Homélies du semestre

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Mercredi 5 décembre 

Is 25, 6-10a : Le festin divin.

Ps 22

Mt 15, 29-37 : Nombreuses guérisons près du lac.

 

Voilà, le décor est planté : depuis la petite antienne que j’ai lue au début de cette célébration, il est question de dévoilement, de révélation, de manifestation.

 

Pendant ce temps de l’Avent, nous attendons et nous croyons que le Seigneur va se dévoiler, comme il ne cesse de le faire en permanence.

La foi est toujours un passage de l’obscurité à la lumière de ce que je ne savais pas et ne voyais pas à ce qui, tout d’un coup, se donne à voir.

 

 Rappelez-vous ces mystères lumineux du rosaire qui sont tous des dévoilements : le baptême de Jésus.

Le dévoilement c’est : il devient aux yeux de tous dans  l’Esprit Saint, le Fils du Père.

Les noces de Cana : un dévoilement de la puissance du Fils, lui qui, dans ces noces, anticipe les noces éternelles.

 

La prédication du Royaume : par sa parole, Jésus, (comme ça pourrait être déjà en partie, le cas, ici (mais nous avons l’exemple de son enseignement sur la montagne), c’est un dévoilement de la vie même du Père et du Fils dans l’Esprit Saint (pas uniquement demain, mais dès maintenant).

 

La transfiguration : par excellence, d’ailleurs c’est même un phénomène lumineux comme le suggèrent les dévoilements.

 

Et  nous avons le dernier repas de Jésus : c’est un dévoilement de cet amour profond qui jaillit du cœur de Jésus même, dans ce repas, (qui annonce, là encore, le festin éternel) mais encore ce don  qu’il fait de lui-même.

 

Qu’est-ce qui pourrait rendre nos yeux aveugles, nos bouches scellées, notre pas trop lourd (au point d’être comme un estropié) ?

De quoi avons-nous besoin d’être libérés ?

Quel voile avons-nous besoin de lever sur nos vies pour voir clair, marcher en homme et femme libres, parler et proclamer la louange de Dieu ?

Qu’est-ce qui peut empêcher cela ?

 

On dit : le péché, certes, mais ça va être une dimension qui naît depuis le péché des origines (ce mal qui est en nous) et que seul, le Seigneur, peut venir ôter.

 

Jésus est ému de compassion, il est saisi dans ses entrailles.

Dans cette rencontre qu’il fait sur une montagne, il est saisi aux entrailles après qu’un grand nombre de boiteux, aveugles, estropiés, muets (et d’autres encore) soient guéris.

 Les entrailles, c’est ce lieu (si jamais c’est un lieu), cette dimension de notre être, où se croisent notre sensibilité, notre mémoire (et puis nous avons aussi) nos émotions, mais nous n’y avons pas accès.

Nous n’avons pas accès à ces entrailles, nous, les nôtres. Nous ressentons mais nous ne pouvons pas (par exemple) modifier notre manière de ressentir.

Nous sommes touchés mais nous ne pouvons pas nous prémunir d’être touchés.

Ce qui se passe dans nos entrailles, nous est inaccessible, barré mais ce lieu est en contact avec notre origine.

De ces entrailles de notre être, nous avons été nourris par nos mamans quand nous étions dans leur ventre (autres entrailles, encore).

Nous avons quitté les entrailles au moment de notre naissance.

 

C’est un point de contact avec notre origine mais c’est aussi un point de contact avec l’Origine avec un O majuscule : la vie divine et le point de contact aussi, avec l’extérieur : ce que nous voyons de nos yeux, ce que nous pouvons toucher, ce que nos cinq sens font entrer en nous.

Jésus est ému par ce qu’il voit mais il est ému de l’émotion même du Père et c’est de ces entrailles-là que jaillit l’Esprit Saint : ‘du côté ouvert de Jésus coulent le sang et l’eau et il donne l’Esprit’.

Ce sont ses entrailles qui se sont ouvertes sur la croix.

 

Dans une région montagneuse de Judée, (la montagne là encore, lieu du dévoilement de Dieu) Marie, en hâte, va à la rencontre d’Elisabeth et des entrailles d’Elisabeth, Jean-Baptiste exulte et par deux fois, Élisabeth va parler de ses entrailles.

 

Nos entrailles sont ce lieu de nous-mêmes (à l’image de Marie et d’Élisabeth et de Jésus) où peut naître du nouveau mais où le voile qui cache nos yeux, qui freine notre marche, qui nous rend  peut-être comme handicapé ou triste ou pas complètement à l’aise avec nous-mêmes, ce voile-là peut être enlevé de nos entrailles.

C’est un don qui nous vient du Christ et nous croyons que, par sa naissance, il vient ôter de nos entrailles, tout voile.

 

Jésus, lui, n’a pas de voile dans ses entrailles et son émotion, je vous le disais, c’est celle du Père et c’est ce désir du Père depuis toute éternité de rassembler son peuple, de le libérer de ce qui le rend malheureux (ce péché des origines) et de le nourrir.

 

Et cette nourriture que nous recevons dans la foi, n’est pas pour calmer notre faim, (nous le savons bien, en tout cas pas notre faim du ventre) mais elle vient nourrir nos entrailles.

Alors, c’est une nourriture spirituelle et qui vient toucher cette partie de nous-mêmes qui a quelque chose à voir avec le Père, dans l’Esprit ; qui a quelque chose à voir avec notre environnement et qui a quelque chose à voir avec notre mémoire.

 

Que cette nourriture que nous allons recevoir, soit le signe du festin à venir qui dès aujourd’hui, s’adresse à nous.

Demandons au Seigneur qu’il vienne faire toute chose nouvelle et apporter la lumière dans nos entrailles enténébrées.

 

Amen.


Dimanche 2 décembre : 1er dimanche de l’Avent
Jr 33, 14-16 : Les institutions de l’avenir.
Ps 24
1Th 3, 12-4, 2 :
Lc 21, 25-28.34-36 : Les catastrophes cosmiques et la Manifestation glorieuse du Fils de l’Homme. Veiller pour ne pas être surpris
 
Je le rappelais en introduction, chers amis : nous sommes donc, le premier dimanche de l’Avent.
Quand nous sommes dans notre famille avec des plus jeunes, il est coutume d’ouvrir chaque jour, une nouvelle fenêtre d’un grand calendrier que l’on appelle le ‘calendrier de l’Avent’.
Il semblerait que, ces dernières années, cette tradition connaisse une popularité de plus en plus grande et on insiste beaucoup (du moins au KT) pour dire que l’Avent est un temps d’attente : il faut avoir la patience d’ouvrir les unes après les autres, chaque jour, ces fenêtres et qu’au fond, il n’y a rien de mieux que d’attendre de recevoir les cadeaux plutôt que de se précipiter à les ouvrir.
Et attendre que le Sauveur lui-même, vienne donner son fruit dans le cœur de chacun, cela ne peut pas se faire dans l’impatience et c’est la raison pour laquelle ces quatre semaines, qui s’ouvrent pour nous, sont vraiment un temps où nous cultivons non pas la peur et la trop grande prudence mais nous cultivons une attente vigilante et résolue, active pour nous préparer à accueillir Celui qui nous invite à sa table (pour tout dire).
 
Vous allez entendre pendant deux dimanches et pendant les messes de semaine, une prière que le prêtre dit chaque jour de l’Avent.
Je vous la lis, (vous l’entendrez tout à l’heure pendant l’eucharistie) et je vais essayer de vous l’expliquer, autant que ça me soit possible.
‘Il est déjà venu, Jésus,  en prenant la condition des hommes pour accomplir l’éternel dessein de ton amour et nous ouvrir le chemin du salut’.
‘Il est déjà venu’ (je pense que vous êtes déjà tous d’accord avec cette idée ; au fond Noël ce serait plutôt une sorte d’anniversaire plutôt que l’attente d’un événement qui se produirait pour la toute première fois : ce Sauveur est déjà venu, un jour.
 
La prière se poursuit et c’est là-dessus que souvent nous n’écoutons plus beaucoup : ‘il viendra de nouveau, revêtu de sa gloire afin que nous possédions dans la pleine lumière, les biens que tu nous as promis et que nous attendons en veillant dans la foi’.
 
Vous avez bien entendu, j’ai bien dit : ‘il viendra de nouveau’.
Celui qui est venu, comme un petit enfant dans la crèche, reviendra revêtu de gloire.
On n’en sait pas plus : quelle sera sa forme et surtout, quand ?
Lui-même, dans l’Évangile, dit qu’il ne sait pas ; seul, son Père le sait et c’est la raison pour laquelle il nous faut attendre.
Nous saurions avec certitude la date ; plus on serait loin de la date, plus on pourrait faire autre chose ; plus on se rapprocherait, plus on serait dans une attente active.
Sauf qu’on ne connaît pas la date !
Nous sommes donc tendus entre deux pôles : entre le moment où il est né et le moment où il va revenir.
 
C’est là-dessus que je vais commencer, si vous voulez bien, à vous proposer quatre repères.
Si vous retenez qu’il est déjà venu et il reviendra, je vais essayer de vous le déplier de quatre façons : la première façon, c’est de se dire que l’horizon est toujours plus important que les limites et les peurs que nous que nous nous posons, dans une vie.
Il se peut, (surtout quand on a beaucoup d’expérience de la vie) que nous soyons trop peureux. Il se peut que nous nous enfermions dans nos trop grandes limites parce que nous connaissons les limites (nous ne sommes pas des enfants). Mais à force de les connaître et de nous circonscrire à l’intérieur de ces limites, nous oublions qu’il y’a plus grand encore, qu’il y a l’horizon. L’horizon de l’utopie, cette énergie (que si j’avais nous nous mettons à la regarder) nous permet de ré-enchanter,
de traverser, de magnifier le sens de notre vie à l’intérieur de nos limites : quand je suis trop enfermé dans mes limites, je finis par ne plus rien faire.
 
Or notre vocation sur la terre, ce n’est pas de ne plus rien faire c’est de créer, c’est de construire, c’est de se lever le matin et de se bouger, c’est de toujours planter, c’est de toujours récolter.
Et si jamais, trop conscient de mes limites je finis par ne plus rien faire et si je ne regarde plus l’horizon qui m’appelle au loin, je meurs.
 
Il y a une petite parabole dans l’Évangile, c’est celle du bon grain de l’ivraie. Il se peut que, à force de trop être attentifs à nos propres limites et à nos peurs, notre champ finisse par être ensemencé que par de l’ivraie, plante stérile avec laquelle nous ne pouvons rien faire.
Mais en son temps, (en son temps !), le Seigneur viendra y mettre du bon grain qui va tout bouleverser et qui va nous donner envie de sortir de nos limites, qui va nous donner envie d’aller plus loin, d’en sortir. C’est le premier principe : nous sommes tendus entre nos limites et l’horizon.
 
Le deuxième principe c’est : il se peut parfois que nous ayons peur des conflits, des bagarres, lorsque ça ne s’entend pas dans les villages, à l’intérieur d’une famille ou entre plusieurs familles.
Il se peut que ces conflits-là, soit on ferme les yeux dessus (on ferme les yeux), soit on ose effectivement les affronter mais en s’enfermant à l’intérieur des conflits ; les conflits viennent ronger notre cœur, alors que ces conflits, on a besoin de les défaire, de les résoudre, de les traverser. Si notre cœur lui-même, s’emberlificote dans les conflits qu’il cherche à résoudre, on ne s’en sort pas ; c’est la raison pour laquelle il ne faut pas perdre de vue que ces conflits, il faut oser les traverser
et oser les résoudre.
L’unité est plus importante que le conflit.
D’ailleurs, si nous osons traverser des conflits, nous nous rendrons compte qu’ils font partie d’un processus, d’un chemin et un chemin en marche vers l’unité, vers la création d’une famille plus large, d’une communauté humaine, d’une communauté à l’intérieur d’un village ou entre plusieurs villages.
Un processus qui nous permet de rejoindre cet horizon, aller au-delà de nos limites ; sinon je m’enferme à nouveau dans mes peurs.
 
La réalité, troisième principe est plus importante que l’idée : il se peut que nous soyons avec beaucoup d’idées : ‘il faudra faire ceci’, ‘ah ! on ne peut pas faire cela, ça ne marchera jamais’ ; on part avec beaucoup d’idées, bonnes, toutes aussi puissantes les unes que les autres.
Il ne faut jamais perdre de vue que ce qui va compter, c’est aussi la réalité ; c’est surtout elle. Les idées ne peuvent jamais se mettre en œuvre en dehors d’une réalité.
 
Prenez l’exemple de dirigeants : on peut avoir des dirigeants de syndicats, des dirigeants d’entreprises ou des dirigeants d’un pays qui ont des bonnes idées, qui ont été choisis pour leurs idées bien meilleures que celles de ceux  qui les ont précédés car ils ont l’idée ultime.
Mais si jamais, en regardant ce qui se passe, on se rend compte que ces idées jamais ne parviennent à se mettre en application et que les gens (de plus en plus) s’éloignent de leurs dirigeants, c’est que ces idées ont un problème ;c’est qu’elles ne sont pas faites pour s’incarner ; elles sont trop loin de la réalité. Il vaut mieux avoir des idées toutes petites mais bien enracinées plutôt que des idées trop grandes, loin du terrain.
J’oserai filer une métaphore mais je ne suis pas agriculteur : attention à la culture hors-sol ! Nos idées, sur la terre ferme.
 
D’ailleurs ça rejoint une affirmation de la foi : si je crois que Dieu s’est incarné, s’est fait homme, a épousé notre chair, alors je suis sauvé ; mais si je crois en un Dieu, qui jamais ne rejoint notre humanité, je ne suis pas sauvé et ça tombe bien puisque Noël, c’est dire : Dieu rejoint notre humanité, notre chair, le concret.
 
Quatrième principe, quatrième tension : il se peut parfois, que nous regardions notre monde et que nous nous disions : ‘dans notre monde il y a deux types de personnes : il y a ceux qui sont dans le wagon de queue du train et qui regardent, tel un spectacle, tout ce que font les autres, c’est leur divertissement (alors pour voir si ce sont les riches ou les pauvres, peu importe !) mais, il y a ceux qui, peut-être, sont les spectateurs du monde : bien solidement assis là aussi où ils se trouvent, ils regardent les autres, ça les divertit.
 
On peut avoir aussi l’impression qu’il y a des personnes qui travaillent, triment etc. et qui ont leur particularité, leur singularité et finalement ce sont eux qui sont regardés, ce sont eux qui divertissent les premiers mais que l’on pourrait réduire à des sortes de pantins, qui assurent un folklore : ‘c’est bien qu’il y ait des gens qui travaillent la terre !
Après tout, ça embellit nos compagnes et quand on vient dans nos maisons le week-end, on voit des tracteurs, c’est magnifique !’.
 
Mais en réalité, on ne peut pas diviser notre monde entre ceux qui profitent et ceux  qui font vivre les premiers : notre monde est plutôt une communauté, une globalité.
 
Attention parfois, à notre façon de nous attacher à notre terre ou à nos villages ou à nos communes,
à notre façon de nous attacher à notre communauté, à nos traditions à nos solidarités ; il faut toujours que, ayant nos racines plongées dans la terre, nous ayons aussi une vision globale, plus large sans quoi notre monde va se séparer en deux, entre ceux qui profitent et puis ceux qui le font vivre.
Voyez, c’est encore une tension.
 
On a vu au départ  qu’il est venu une première fois, Jésus et quand on dit ensuite qu’il va revenir, on dit que :
on est en tension permanente entre une réalité connue et une réalité à venir,
on est en tension permanente entre le temps, l’espace
entre nos limites et l’horizon,
entre la partie et le tout ;
en tension permanente entre le conflit et l’unité,
entre l’idée et la réalité ; toujours avancer avec ces tensions-là, jamais, jamais jamais, abandonner la route et c’est de cette façon-là, que le Christ ne cessera jamais de venir.
Si jamais, nous abandonnons la partie et nous enfermons dans nos excès, le Christ ne viendra pas ; au contraire, si nous travaillons à l’unité, au processus, si nous regardons l’horizon, si nous voulons sortir des conflits, si nous voulons avoir un regard global eh bien oui, progressivement le Christ va venir, il va donner son fruit ; nous allons nous en réjouir.
 
Lui, le Prince de la paix, nous l’attendons.
Qu’il sache lui, qu’il peut compter sur nous car nous remontons nos manches et nous avons conscience que nous pouvons être les premiers témoins de sa venue, comme les bergers, la nuit de Noël.
 
Le temps de l’Avent c’est pour se redire pendant quatre semaines, tout ça mais c’est valable toute l’année et c’est valable toute la vie.

 

Amen.

Vendredi 30 novembre : st André
Rm 10, 9-18 : La parole de la foi.
Ps 18 A
Mt 4, 18-22 : Appel des quatre premiers disciples.
 
Il est très heureux que nous ayons cette fête de Saint André, dans cet interstice entre fin d'année liturgique et début de l’Avent car, avec ces textes un peu apocalyptiques, que nous attendons ces jours-ci, qui nous suggèrent destruction, cette fête de l’apôtre nous invite plutôt à une sorte de reconstruction : après avoir fait (d’une certaine façon) table rase, cette fête de l’apôtre nous invite à remettre un peu dans l'ordre, ce qui fait le fondement de notre foi.
Ça devrait être pour nous une sorte de bouffée d’air frais, quelque chose d'assez réjouissant.
D'ailleurs, nous aurons tout à l'heure, en fin de journée, les vêpres avec une adoration, ça permettra de prolonger cette fête de Saint André.
 
Vous savez (c'est peut-être parfois de la grande théologie) parmi vous, certains anciens se souviennent peut-être de cela au catéchisme (malheureusement, on n’enseigne plus de la même façon) c'est distinguer l'acte de foi, de l'objet de la foi, de la justification.
L'acte de foi, c'est un acte (c'est un verbe), c’est une décision que nous prenons chacun (du moins, j'espère que nous l'avons prise un jour, cette décision) de dire : ‘oui, Jésus Christ est l'unique Sauveur et il nous est donné par Dieu’.
Je peux très bien ne pas faire cet acte-là ; ce n'est pas parce que j'ai été baptisé bébé ou que mon environnement est chrétien, que je décide librement de m'en remettre à Jésus-Christ, unique Sauveur.
 
Dans l'Évangile, c'est très bien illustré, c'est par exemple : passer par la porte.
Jésus-Christ est la porte, on est invité à passer par la porte, le chemin qui y mène, est très étroit (c'est plus facile parfois (il y a l'image du chas de l'aiguille) ; c'est plus facile à un chameau de passer par le chas d’une aiguille que de passer par cette porte ou rentrer dans le Royaume) ; mais c'est une décision.
 
Il y a l'objet de la foi ; l'objet de la foi c'est se dire : ‘la mort et la résurrection de Jésus me donnent la vie, me sauvent’. C'est un peu comme s’il fallait la clef pour ouvrir la porte.Une chose est de dire : ‘je décide de croire’, une autre est de dire : ce en quoi je crois ; ‘c'est Jésus-Christ qui me sauve’.
D'un côté : je décide de croire ou pas, de l'autre : ‘voilà ce en quoi je crois’ ; la clef pour ouvrir la porte.
Si je n'ai pas la clef, je peux toujours décider ; d'une certaine façon je risque, à un moment donné de ne pas aller au-delà du seuil, je peux me fatiguer.
 
La troisième étape, c'est peut-être celle qui est la plus illustrée par ce texte de l'Évangile, que nous avons entendu, ce que Saint-Paul appelle : la justification. C'est un mot que l'on n’emploie pas beaucoup dans une conversation courante, hormis quand quelqu'un veut absolument se justifier devant les autres. La justification, c'est un mot théologique qui est souvent employé dans les querelles ou dans les tentatives de conciliation entre les protestants et les catholiques car, (si ça vous rappelle quelque chose, au XVIe siècle), la réforme a beaucoup achoppé sur cette idée-là.
 
Qu'est-ce qui nous sauve, en fait ?
Est-ce que c'est la foi toute seule ou est-ce que ce sont nos actes, seuls ?
Une personne modérée va dire : ‘eh bien, les deux mon général’.
Ce que reprochaient les protestants aux catholiques c'est que, les protestants disaient : ‘vous les catholiques, ce sont vos bonnes actions qui vous donnent des bons points pour aller au Ciel alors que nous, protestants, (fidèles à ce que st Paul a écrit), nous pensons que c'est plutôt la foi toute seule (sous-entendu : la foi est un don).
C'est un acte, c'est aussi un don : si je me mets à décider librement de croire, c'est peut-être que le Seigneur m'en a donné la possibilité mais une fois que l'on a dit ça, on n’a pas tout dit car, lorsque l'on passe par la porte et que cette porte s'ouvre pour nous, tout d'un coup, il se produit un phénomène extraordinaire : nous sommes remis à notre place, il y a la vérité qui se fait dans notre cœur.
 
Nous sommes remis à notre place et tout d'un coup, la question de notre place se pose.
Nous sommes remis à notre place comme quelqu'un qui a fait une bêtise (il est remis à sa place, ça c'est une première chose : la vérité est faite dans mon cœur) mais la deuxième chose : quelle est ma place, au fond, moi qui suis croyant.
Qui suis aimé par le Père ?
Moi qui suis sauvé, à quoi est-ce que je sers ?
 
La justification est à la fois un événement à l'intérieur de notre cœur et en même temps, un envoi en mission et ce qui l’illustre très bien dans l’Évangile, ce sont les filets.
 
Les deux premiers frères jettent les filets dans la mer, les deux autres s'occupent de leurs filets : si je suis sauvé par le Christ, alors, à la fois mes filets sont réparés (ou alors il faut absolument les réparer) et en même temps, je suis invité à les jeter dans la mer ; si je suis sauvé par le Christ, j'ai trouvé ma place à l'intérieur de moi-même ; il m'appartient aussi de la trouver à l'extérieur.
Dans ce vaste monde, à quoi sert la foi qui brûle mon cœur ?
 
Pour Pierre, André, pour Jacques et Jean, ça paraît assez simple (encore que, il ne faut pas trop le simplifier) : tous ceux qui sont sauvés par le Christ (en théorie tous ceux-là), ne sont pas forcément des apôtres (au sens de, comme une lecture un peu rapide de la lettre aux Romains que nous venons de lire, peut nous suggérer), ils ne sont pas tout de suite ceux qui vont prendre des prospectus à distribuer sur la place publique et dire : ‘Jésus-Christ c'est l'unique Sauveur, suivez-nous’.
Ce n'est pas uniquement prendre son porte-voix et crier dans la rue, ni faire du porte-à-porte ; ça peut l’être : il y en a dont la place est celle-là : ça s'appelle proclamer sa foi.
Il ne suffit pas simplement de croire à l'intérieur du cœur mais il s'agit aussi de la proclamer, d'accord mais on peut la proclamer de mille autres façons.
La question est : quelle est la fécondité de ma foi ?
 
Mes filets, pour qu'ils soient féconds, il ne faut pas qu'ils soient percés : Jésus, en me sauvant, me permet de réparer mes filets.
Ils ne sont plus percés, qu'est-ce que je vais en faire ?
Où vais-je les jeter ?
Pour quelle pêche ?
Alors, on est tous effectivement, envoyés ; certaines vont être religieuses (c'est presque une caricature, excusez-moi mes Sœurs), certains vont être prêtres ; très bien.
Mais tout en étant prêtres, religieuses, laïcs, certains vont être des grands propagateurs de la foi par leur parole,
leur enseignement ;
d'autres par leurs chants,
d'autres par leur militance,
d'autres par leur silence : chacun a sa place dans le grand Corps du Christ.
Les 12 apôtres ont été des hérauts, au sens de ceux qui sont allés propager et constituer des communautés mais tout le monde ne constitue pas des communautés mais il y a à propager.
 
Réjouissons-nous en cette fête puisqu’après avoir eu l'impression d'avoir été invité à laisser tomber tout un édifice (avec les textes de l'Apocalypse), il s'agit de reconstruire.
Est-ce que chaque jour je me remets à croire ?
Est-ce que je décide de croire ?
Est-ce qu’une fois dans ma vie, j'ai décidé de risquer mon unique existence à la suite du Christ ?
Si ce n’est jamais venu, alors, il est temps de le faire !
Est-ce qu'une fois dans ma vie, j'ai décidé de risquer mon unique existence à la suite de Jésus ?
Je repose une troisième fois la question : est-ce que une fois dans ma vie, je me suis risqué à livrer mon unique existence à Jésus-Christ ?
Et ça, ce n'est pas une question uniquement pour les prêtres et les moines !
Si oui, est-ce que je connais Jésus-Christ ?
Si oui encore, quelle est ma place ?

 

Amen.

Jeudi 29 novembre 
Ap 18, 1-2.21-23 ; 19, 1-3.9a : Lamentations sur Babylone. Chants de triomphe au ciel.
Ps 99
Lc 21, 20-28 : L’investissement.
 
Nous sommes encore avec des récits assez semblables à ceux entendus avec les jours et semaines précédentes : on est vraiment dans cette préparation à la venue de celui qui nous est promis et je vous le redisais déjà, (peut-être dimanche, il me semble), l'Avent n'est pas un temps pénitentiel mais il n'en demeure pas moins (comme le Carême lui, est pénitentiel), il n'en demeure pas moins que c'est vraiment un temps de préparation intense, d’augmentation de notre vigilance et d'une certaine façon, les textes de l'Ecriture nous y aident : cette espèce de menace, cette espèce de terreur qui plane sur nos têtes, (dans ces textes apocalyptiques) sont censées vraiment nous réveiller, première chose.
 
La deuxième chose : ces menaces ne sont pas métaphoriques ; ce n'est pas une image, ce n'est pas pour nous parler d'un événement passé, qui ne se reproduira plus, c'est pour nous dire ce qui doit venir donc, il faut le prendre au premier degré. Nous ne sommes pas en train de ressasser quelque chose qui serait survenu ; comme par exemple : si vous lisez les notes de bas de page dans vos Bibles, vous allez entendre que la chute de Jérusalem, telle qu'elle a eu lieu, dit quelque chose de ce qu'il y a, là dans le texte.
Oui et non, car ce dont il est question dans le texte, ce n'est pas la chute de Jérusalem, c'est le jugement de Dieu et le jugement de Dieu surviendra quoi qu'il en soit, comme il est déjà survenu, il survient et il surviendra et pour chacun. Ce n'est pas pour nos aïeux ou ce n’est pas pour les mauvais qui sont à l'autre bout de la terre, c'est pour chacun.
C'était la deuxième chose.
 
La troisième chose : fort de cela, nécessairement, soit on n'y croit pas (si on n'y croit pas, il viendra toutes sortes de choses dans notre vie et du coup, on se dépatouille comme on veut avec cela) ; soit on croit (si on y croit alors, il faut se préparer).
 
Peut-être qu'effectivement ces textes tranchent-ils un peu, avec la douceur, la paix d'un enfant dans une crèche, le jour de Noël mais s'il apporte la paix, c'est qu'il y a de la colère (sinon, il n'a pas besoin d’apporter la paix cet enfant-là, on est bien d'accord !).
 
Que faire avec cette colère quand elle survient, (la colère de Dieu), lorsqu'elle survient dans notre vie ?
La première chose, c'est qu'on ne peut pas l'en empêcher, elle surviendra même pour les justes, cette colère va apparaître.
La deuxième chose : c'est quand elle survient, elle est déjà une délivrance, elle est déjà un salut, elle est déjà une source de conversion pour ceux et celles qui vivent cette colère là mais il faut la traverser, cette colère. Si je l'évite, si je la mets sous le tapis, si je crois qu'elle n'est pas pour moi, je ne peux pas la traverser et elle ne pourra pas me transformer, je ne pourrai pas me convertir et je ne pourrai pas accueillir ce Prince de la paix ;  ce n'est pas possible, puisque je ne l'aurai pas traversée, je n'aurai pas accueilli cette colère ; il faut l'accueillir.
 
Et ce qu'elle produira, les fruits qu'elle donnera, viendront, apparaîtront ; alors les fruits assurément, seront des fruits de patience, de constance et de sobriété ; ce sera aussi tous les fruits de l'Esprit de Dieu (l'Esprit Saint) :
bonté,
justice,
discernement, mais il faut la traverser, cette colère-là.
 
Nous ne sommes pas comme nous nos frères du Kivu que je ne connais pas (vous nous raconterez un jour, peut-être) mais nous sommes trop dans l'idée que tous ces textes bibliques évoquent une réalité déjà vécue et déjà vécue notamment à travers des guerres.
C'est bien autre chose que des guerres, c'est bien au-delà des guerres, tout ce qui nous est proposé.
 
Dans ce temps d'Avent, pour bien nous préparer, je vous propose quelques pistes :
la première, c'est de nous poser la question : comment nous situons-nous face à nos propres désirs?
Est-ce que face à mes propres désirs, mon âme est relâchée ?
Est-ce qu'elle est insouciante ?
Est-ce qu'elle laisse aller ?
Si oui, je suis complètement esclave de mes désirs, complètement et c'est une réaction en chaîne qui s'opère et qui peut me transformer en un objet, un objet de tous mes fantasmes : mon monde va être ordonné à mon estomac ;mon monde va être ordonné à mes rêves, mon monde va être ordonné à mon nombril. Ou bien, (deuxième solution), je n'ai pas une âme relâchée selon mes propres désirs et je vais demander et vivre, (demander au Seigneur et vivre avec sa force), la patience, le courage et la constance,
pour vivre mes désirs à la lumière de son désir,
pour vivre mes désirs à la lumière de sa parole,
pour vivre mes désirs à la lumière de son projet.
 
Vous comprenez que dans le premier axe, si je suis esclave de mes désirs, je vais être comme st Paul sans jamais m'en sortir : ‘je fais ce que je ne veux pas faire et ce que je veux faire, je n'arrive pas à le faire’ ; ça va être sans fin, sans fin mais à un moment donné, je perds le Christ.
Si je perds le Christ, je vais finir par aussi perdre la flamme qu’il y a sur ma lampe.
Et à quoi bon sert-il d'avoir un peu d’huile, si je n'ai même plus de lumière sur ma lampe ?
Mais dans l'autre cas, si je ne perds pas le Christ et que je suis arrimé à son amour et à sa parole, je vais grandir en constance,
en patience,
en sobriété et je vais traverser cette colère et je vais pouvoir accueillir cet enfant de la paix, ce petit enfant.
 
C'est un peu comme si (mesdames, qui avez vécu cela, vous le savez mieux que moi) c'est un peu comme si une femme, dans les douleurs dans l'enfantement, renonçait à cet enfantement : ‘c'est trop dur, j'arrête’.
Eh bien non !
Eh bien, j'imagine qu'il faut y aller, parce que sinon, c'est un problème.
‘Non, allez-y !’
Il faut passer par cette douleur et comme le texte se termine : « la délivrance approche »  et passée cette colère, que va-t-il apparaître ?
Ce petit enfant qui me rappelle que moi-même, petit enfant, je ne suis pas abandonné ni par mon Père du ciel
ni par cette mère tendre, Marie qui, en ce mois de décembre, me précède sur la route et sait très bien qu'au cœur de la colère, il y a la lumière ; elle le sait et elle est le cœur qui bat de notre Eglise : ‘N’ayez pas peur des événements du monde, n’ayez pas peur des turbulences dans votre propre cœur, n’ayez pas peur des turbulences dans mon Eglise; Christ est fidèle ; il est là, continuez à avancer. La crèche n'est pas loin, la nuit va bientôt laisser sa place, au jour.
Avancez et ne fuyez pas.

 

Amen.

Mercredi 28 novembre 

Ap 15, 1-4 : Le cantique de Moïse et le l’Agneau.

Ps 97

Lc 21, 12-19 : Les signes précurseurs.

 

Il nous a été rappelé, avec la célébration de dimanche dernier, que, par notre baptême, nous participons tous à ce que nous appelons : la Royauté de Jésus.

Jésus, par notre baptême, fait de nous des prêtres, des prophètes et des rois ; dimanche, c'était plutôt la dimension de la Royauté de Jésus, la place que nous lui conférons dans l'organisation de la vie humaine et du Royaume.

Et nous avons cette royauté aussi, ce ne sont pas simplement nos chefs (qu'ils soient dans l'Eglise ou à l'extérieur de l'Eglise) mais nous-mêmes, nous participons.

 

Nous disions, cette fois-ci, au moment de la Toussaint, qu'à cause de cela, nous étions dans une situation un peu instable : j'évoquais l'image du strapontin, c'est-à-dire que notre place n'est jamais acquise car le Royaume de Dieu est déjà là mais pas encore.

Nous sommes, comme baptisés, des rois avec Jésus ; nous avons une place à l'intérieur de l'Eglise, (nous disons de manière un petit peu pompeuse que nous avons des droits et des devoirs dans l'Eglise) mais nous avons aussi des droits et des devoirs dans la cité et ce qui est difficile pour chacun d'entre nous (et pour moi), c'est d'avoir en nous-mêmes, clairement, la distinction et l'harmonie entre les deux : le monde n'est pas l'Eglise, l'Eglise n'est pas le monde et en même temps, les deux concourent (en tout cas, c'est notre foi).

 

C'est encore une affaire d'équilibre qui ne va pas de soi mais plus cet équilibre sera acquis, plus nous serons unifiés chacun, parce que sinon nous risquons d'être un petit peu schizophrènes : d'être d'une certaine façon dans l'Eglise, d'une autre à l'extérieur.

Il est important que cette distinction et que cette harmonie se fassent en nous pour que nous soyons de beaux témoignages aussi, dedans et dehors.

 

Tout ceci produit aussi, inévitablement, quelque chose et c'est le sens de cet Évangile (me semble-t-il), c'est qu'on ne peut pas faire autrement que notre conscience nous pousse à participer à la Passion de Jésus.

Inévitablement, nous sommes conduits, à un moment ou à un autre (ou plusieurs fois dans notre vie), à cause de notre conscience, à nous identifier à la Passion du Christ mais nous le vivons dans la puissance de l'Esprit Saint ; ce n'est pas tellement d'ailleurs, nous-mêmes qui le déciderions comme ça, tout seuls mais une motion de l'Esprit et l'Esprit nous aide.

 

Dans cet Évangile il y a une sorte de gravité mais nous savons que nous sommes dans cette littérature de fin d'année liturgique qui nous stimule à la vigilance.

N'oublions pas que l'Esprit nous a été promis et nous est donné ;

n'oublions pas que Jésus a eu confiance en son Père, dans sa Passion et il a été victorieux par sa résurrection.

Eh bien, que nous-mêmes, dans la passion que nous pouvons être amenés à vivre, croyons que la résurrection nous est promise.

Amen.


Dimanche 25 novembre : Le Christ Roi de l’Univers

Dn 7,  13-14 : la vision de l’Ancien et du Fils d’homme.

Ps 92

Ap 1, 5-8 : Vision préparatoire.

Jn 18, 33b-37 : Jésus devant Pilate.

 

La paroisse a investi dans des grands écrans numériques qui vont m'aider à parler avec vous.

 

Je vais commencer par vous raconter une petite histoire qu’on trouve dans la Bible et que je pense que vous ne connaissez pas, même les grandes personnes : c'est une fable.

Vous avez déjà entendu parler des fables de La Fontaine : ‘le corbeau et le renard’ par exemple.

C'est une fable ; alors, il y a d'autres fables que l'on trouve notamment dans la Bible qui n'ont pas été écrites par Jean de La Fontaine mais qui racontent une histoire et surtout, nous donnent une leçon.

Je vais vous raconter cette histoire ; je vais la lire.

 

Des arbres (vous allez voir ce sont des arbres qui parlent), des arbres (des grands arbres) s'étaient mis en route pour choisir celui d'entre eux, qui serait leur roi, (le roi des arbres).

Les arbres partent pour aller choisir celui qui serait leur roi, à tous.

Ils commencent par rencontrer un olivier.

Ils disent à l'olivier : ‘sois notre roi’ et l'olivier répond : ‘est-ce que je vais renoncer à mon huile avec laquelle on honore les dieux pour aller m'agiter au-dessus de vous tous ?

Non, non, je ne veux pas être votre roi’.

 

Les arbres continuent, ils vont chercher un autre qui pourrait devenir roi.

Ils rencontrent un figuier ; ils disent au figuier : ‘sois notre roi’ (le figuier donne des figues) et donc le figuier dit : ‘est-ce que je vais renoncer à la douceur de mon fruit pour aller m’agiter au-dessus de vous tous ?

Non, non, je ne veux pas être votre roi’.

Deuxième échec.

 

Les arbres continuent leur marche pour aller chercher celui d'entre eux qui pourrait devenir leur roi et ils rencontrent une vigne (alors j'en conviens, c'est un tout petit arbre, un mini arbre), mais ils demandent à la vigne : ‘Veux-tu être notre roi ?’

Que répond la vigne ?

‘Vais-je renoncer à mon vin qui réjouit les dieux et les hommes pour aller m'agiter au-dessus de vous, comme ça, en étant votre roi ?

Non, non, je ne veux pas être votre roi, choisissez-en un autre’.

 

Les arbres continuent, ils vont chercher un autre qui pourrait devenir le roi et ils tombent sur un buisson d'épines.

Vous voyez ce que c'est un buisson d'épines ?

C'est ce qui nous fait mal aux jambes quand nous allons récupérer un ballon qui est allé trop loin ; il y a des petites épines dessus, ça nous érafle partout, ce n'est pas très beau.

Et ils disent au buisson d’épines : ‘veux-tu être notre roi ?’

Le buisson d'épines n'est pas complètement dingo, alors il répond : ‘si c'est loyalement, (si c'est de manière juste et non hypocrite) que vous voulez que je sois votre roi, alors je suis d'accord.

Mais attention ! Il faudra que vous veniez vous abriter à mon ombre, (il faudra que vous jouiez le jeu) mais si ce n'est pas pour ça ; attention !

Car je vais répandre un feu parmi vous, qui vous consumera tout entier’.

Fin de l'histoire.

 

Les grandes personnes ont droit de transposer dans des événements de la réalité proche ou plus lointaine, cette fable du groupe de personnes qui veulent se choisir un roi.

 

Les enfants, Jésus n'est pas un roi comme ça. Dans cette histoire, ce sont les arbres qui se choisissent un roi ; ils se choisissent un roi uniquement par opportunité et on pressent que, très vite que ce même roi-là, ils vont le défaire, le jeter et en choisir un autre. Quand on choisit un roi comme cela, quand on fait avoir quelqu'un de tout-puissant au-dessus de nos têtes et si on n’est pas prêt à assumer son imperfection, sa limite, (ce n'est pas non plus un dieu),

si on n’est pas prêt à assumer tout ce à quoi il va nous contraindre, c'est le début de la guerre.

 

D'ailleurs, dans la Bible, le problème des rois c'est qu'en fait, ils sont choisis, ils sont souvent idolâtrés et on veut faire comme les autres nations en ayant un roi et c'est le début de la guerre.

 

Vous avez là un dessin de quoi ?

Un char.

 

Jésus, lui, c'est tout l'inverse.

Le pouvoir de Jésus, son règne, sa puissance, son monde, son univers, son Royaume, ce n'est pas du tout ça et d'ailleurs Jésus va dire : ‘une manière comme ça d'exercer une autorité sur les hommes, c'est négatif’.

D'ailleurs, si on vous choisit comme chef quelque part, si on vous nomme chef quelque part et que le groupe n'est pas prêt à assumer ses responsabilités, Jésus va dire : ‘ce n'est pas bien. Vous allez tout droit vers la guerre’.

 

Il y a plusieurs mots qui disent le Royaume de Jésus : le premier mot on le trouve quand on lit l'Évangile (que je vais vous donner tout à l'heure, chacun des enfants) ; le premier mot c'est la paix.

La puissance de Jésus, le Royaume de Jésus, c'est un royaume de paix :

Un jour, ses disciples étaient sur une barque, sur la mer et la mer se met à s'agiter grandement.

Ils ont peurC'est comme parfois, dans un  groupe, dans un pays, dans une nation, ça s'agite très fort et ça peut faire très peur et ça peut même être très dangereux. Ce lac, sur lequel il y avait des barques, est très agité ; il y a une tempête.

Les disciples ont peur, ils disent Jésus : ‘nous avons peur’.

Que fait Jésus ?

Il calme la tempête ; tout de suite il va installer la paix.

Et à Noël quand on accueille Jésus, pour nous, c'est le Prince de la paix ; c'est tout le contraire de ces royaumes des hommes où on obtient finalement, toujours des tensions.

 

Le deuxième mot, c'est la vie.

Le Royaume de Jésus c'est un royaume où il y a de la vie ; ce n'est pas un royaume où il y a des blessés, où il y a des morts, ce n'est pas un royaume où on empêche que la vie vienne, c'est au contraire, un royaume où la vie est facilitée et montrée en exemple.

On trouve plusieurs passages dans la vie de Jésus où cette vie est présente : Il y a un ami qui s'appelle Lazare et cet ami Lazare venait de mourir.

C'était une grande tristesse pour les sœurs de ce Lazare, c'était une grande tristesse pour Jésus, aussi.

Il lui a redonné la vie, il l’a fait revivre.

 

Et aussi une petite fille, à peu près 12 ans (qui doit être plus âgée que vous à peu près de quatre ans).

C'est la fille d'un chef, justement ; ce chef s’appelle Jaïre.

Cette petite fille est tellement malade, une maladie tellement puissante que la vie finit par partir de son corps : elle finit par mourir. Jésus la rencontre, lui touche la main : "petite fille je te le dis, lève-toi".

Et voici qu'elle ressuscite.

 

Ça, c'est le Royaume de Jésus, ce n'est pas un royaume où on quitte la vie, où on enlève la vie, on la donne.

 

Le Royaume de Jésus, encore ; troisième mot (c'est un mot qui est un peu difficile) la sainteté.

On a des statues dans cette église et on a coutume de dire qu'elles représentent des personnes qui sont saintes.

Qu'est-ce que c'est ?

Dans l'Évangile, par exemple, Jésus a autour de 30 ans et il retourne dans la ville dans laquelle il a grandi, après très longtemps sans y avoir été.

Prenez l'exemple, si jamais vous êtes grands (ça va vous arriver); vous êtes absents pendant longtemps de Bar sur Aube et vous revenez à Bar-sur-Aube à l'âge de 30 ans, (après avoir fait vos études, avoir rencontré quelqu'un, avoir fait des enfants), vous revenez.

Alors, comme tout le monde connaît tout le monde à Bar sur Aube : ‘oh il est là, elle est là ; il est revenu’.

Et Jésus rentre dans sa ville qui s'appelle Nazareth et il rentre dans la synagogue (c'est-à-dire l'église) et il va parler de son Père. Et alors, ça va étonner tout le monde ; il va le faire d’une telle façon que tout le monde va être scié, captivé. Un charisme énorme et les gens vont se dire : ‘mais qui est celui-là ?’

Tout de suite, ça va produire en eux une grande fascination : ça dit la sainteté de Jésus.

 

Mais aussi, Jésus, quand il appelle ses premiers disciples, il y en a un par exemple, qui s'appelle Simon Pierre.

Simon Pierre va se mettre à genoux devant lui et va lui dire : ‘Seigneur, moi je suis un homme pécheur (je ne suis pas grand-chose) éloigne-toi de moi’, parce qu'il a conscience Simon Pierre, que Jésus c'est quelqu'un d'important.

C'est la sainteté.

Dans le Royaume de Jésus il y a de la sainteté, il y a du grand, parfois on dit : ‘il y a du lourd’ (ça en impose).

 

Quatrième mot : la justice.

La justice, ce n'est pas uniquement un juge avec des avocats et un palais, un palais de justice.

Il y a plusieurs épisodes.

Jésus va appeler, par exemple, à le suivre et à être ami avec lui, un homme qui s'appelle Lévi qu'on appelle aussi parfois, Matthieu.

C'est un homme qui a fait de très mauvaises choses et en plus il prend l'argent des gens ; il prend des taxes (plein de taxes, ça pourrait être par exemple sur le carburant) sur plein d'autres choses. Alors imaginez tout de suite, que cet homme était loin d'être aimé : Lévi.

Jésus le choisit, pas que lui, d'autres ; mais lui aussi.

 

C'est de la justice parce qu’il connaît son cœur et sa vie ne se limite pas uniquement à ses gestes ; il y a quelque chose d'autre au fond de lui ; la justice.

 

Il appelle aussi un homme (vous en avez peut-être entendu parler au catéchisme, déjà), un homme qui s'appelle Zachée ; c'est pareil : il prenait des taxes, sauf que lui il était tout petit et dans la ville où Jésus passait, ce fameux Zachée voulait le voir (mais comme il était tout petit et qu’il ne voyait rien), alors il a décidé de monter dans un arbre. 

Jésus le choisit aussi et l’invite à le suivre.

 

C'est la justice, c'est-à-dire que Jésus ne choisit pas à l’apparence : ce n'est pas parce qu'il a des super chaussures, le dernier téléphone à la mode, ce n'est pas parce qu’il a des parents riches ou qu'il a une belle voiture, qu’il le choisit.

Non, c'est uniquement parce qu’il connaît son cœur : c'est juste.

C'est le Royaume de Jésus, ce n'est pas un royaume d'apparence.

 

La vérité.

Il y a un truc terrible, peut-être que les grandes personnes comprendront très facilement : un jour dans la vie de Jésus, il y a des hommes qui viennent (c'était à une époque où on prenait des cailloux et on les lançait sur des gens (malheureusement cette époque n'est pas complètement disparue, mais pas trop ici quand même, on est un peu tranquille par rapport à ça) ; quand on est vraiment en colère contre quelqu'un, on prend un caillou et on lui jette dessus.

Quand il y a plein de gens qui sont en colère contre la même personne, à force de jeter des cailloux, vous imaginez ce qu'il se passe : ça s'appelle lapider.

Il y avait une femme que tout le monde avait vu, (elle n'a pas dû bien se cacher) qui a trompé son mari.

Elle a dû le faire vraiment de manière très visible.

Il y a plein d'hommes qui la prennent, qui l’amènent devant Jésus : voilà ce qu'elle a fait cette femme, elle mérite la mort.

Jésus ne va pas se démonter.

Les hommes vont se mettre en cercle contre la femme, Jésus va dire presque rien ; la seule chose qu'il va dire  (les grandes personnes le savent) : "que celui qui parmi vous n'a jamais péché, lance la première pierre".

 

Il fait la vérité : c'est-à-dire qu'ils accusaient tous cette femme mais eux-mêmes, ils n'étaient pas très propres dans leur cœur. Il n'y avait aucune raison que ce soit elle qui trinque au nom des autres, toute seule, comme ça.

La vérité.

 

Encore deux mots et j'ai fini.

L'amour.

L'amour, on a plein d'exemples ; on pourrait dire que tout ce que Jésus fait c'est un Royaume d'amour (il fait le bien, il est bon) c'est de l'amour.  Un exemple qui est le plus beau de tous les exemples :

un jour, il y avait plein de gens (dix fois plus que ce matin) qui venaient écouter Jésus et ils n'avaient pas à manger.

Les disciples disent : ‘eh bien, on n’a pas de sous pour tout ce monde-là, renvoie-les’.

Jésus prend quelques pains, quelques poissons et il les multiplie, les donne à tout le monde : la multiplication des pains et des poissons.

Ça dit l'amour et le partage du Royaume de Jésus ; ce n'est pas uniquement : on veut faire la guerre contre les autres ; c'est plutôt : on veut s'unir et que tous aient à manger à leur faim.

 

Le dernier mot : que lisez-vous les enfants, là ?

La grâce.

Je l'ai mis en dernier parce que c'est le mot qui, pour moi, est le plus beau. Je vais vous donner un exemple :

 

la grâce, ça veut dire : mon garçon, je te fais un cadeau (c'est un exemple, je n'ai rien) ; imagine que je te donne quelque chose et c'est tout à fait gratuit :

je n'ai pas du tout envie que tu viennes m'obéir après, que tu dises que je suis quelqu'un de super bien.

Non, tu le gardes et moi je ne le dis à personne, c'est gratuit, c'est un cadeau gratuit.

C'est comme si moi, je te donnais les clefs de ma voiture et je te dis : ‘vas-y, pars avec, ne me remercie pas et on n'en parle plus’ ; c'est fini, sans condition, comme ça.

Ça s'appelle la grâce.

Et on dit que Dieu nous donne comme ça des cadeaux et on ne le mérite même pas (à la limite, il n'y a pas de raisons pour lesquelles je te donne les clefs de ma voiture, mais je te les donne), ce n'est même pas une rétribution,

ce n'est pas un salaire, c’est rien.

C'est pareil avec Dieu pour chacun d’entre nous, il donne et il n'attend rien en retour : la grâce.

Ce Royaume de Jésus, c’est un royaume qui est bon, il n'est pas comme celui des hommes, des hommes qui ne connaissent pas dans le fond de leur cœur, Dieu. Les hommes qui ne connaissent pas dans le fond de leur cœur, Dieu, ils font un royaume de compétition, de concurrence ; celui qui est le plus fort,  qui va gagner, un royaume dans lequel on se divise.

 

Le Royaume de Jésus, c’est plutôt tout ça : paix,

vérité,

vie,

amour,

grâce,

justice,

et sainteté.

 

Dans le royaume des hommes, on se choisit des chefs, on va les élire, les choisir ; dans le Royaume de Jésus on ne choisit personne, c'est Jésus qui nous choisit,qui nous appelle, comme il a appelé Bartimée : ‘je t'appelle, viens dans mon Royaume’.

 

Dans le royaume des hommes, on se choisit un chef (les arbres se sont choisis le buisson d'épines, ils l'ont appelé) ; dans le Royaume de Jésus c'est l'inverse : Jésus appelle : ‘viens, suis moi, viens à ma suite’.

Si tu ne veux pas, ne viens pas.

Si tu veux, OK, viens’ : il n'impose rien.

Comme c'est un royaume qui parfois, donne l'impression qu'il n'existe pas (c'est tellement merveilleux, qu’on se dit c’est pour les petits enfants, cette  histoire très belle) mais nous, on croit : ‘si, si, si, si, ça existe !

Jésus l’explique dans l’Evangile : le Royaume de Dieu c'est comme une graine (une petite graine, toute petite graine, c’est tout petit), une graine de moutarde : vous la mettez dans la terre, tout petit comme ça et puis, progressivement ça grandit, petit à petit, progressivement, ça va germer (on ne voit toujours rien avec les yeux) et à un moment donné ça va fendre la terre et ça va pousser : petit à petit, le Royaume de Dieu, en Jésus, grandit.

Voilà ce que c'est le Royaume.

 

Je voulais vous expliquer tout ça parce que Jésus, Roi de l'univers ce n'est pas quelqu'un avec un tank, ce n'est pas quelqu'un avec des soldats : le Royaume de Jésus c'est tout ça.

 

Je vais inviter les catéchistes de KT 1, à s'approcher : Soeur Pierrette, Delphine, Sophie, Pascal, et l'autre Pascale ; approchez-vous.

Les enfants, à l'appel de votre nom, vous allez venir vers votre catéchiste pour recevoir votre Nouveau Testament.


Vendredi 23 novembre 

Ap 10, 8-11 : Le petit livre avalé.

Ps 118

Lc 19, 45-48 : Les vendeurs chassés du Temple. Enseignement dans le Temple.

 

On peut avoir l'impression que dans cet extrait de l'Évangile, Jésus, d'une certaine façon, ‘se lâche’ : tout ce qui a été le motif de son pèlerinage de la Galilée jusqu’à Jérusalem vient, en cet instant, se réaliser ; lui qui accomplit la Loi, eh bien il l'accomplit et c'est en expulsant les vendeurs du Temple.

On voit bien (du moins, nous sommes invités à voir) que, par ce geste, Jésus s’est risqué et il s'est risqué de manière irréversible ; il ne peut pas dire : ‘ah ben non, excusez-moi…’ ; il s'est risqué.

L'amour de son Père le presse.

 

Quand on lit l'Évangile de Jean, du début jusqu'à la fin, il est question, en chacun instant, de l'heure : il y a une heure pour Jésus et une heure qui approche.

Dans les Évangiles de Matthieu, Marc et Luc, cela n'apparaît pas mais on sent une ascension ou une montée en puissance d'un désir d'accomplir ce que le Père a voulu pour le monde, à travers Jésus.

 

Nous avons déjà eu l'occasion de le dire et vous le savez : l’heure que vous avez sur votre montre, sur votre téléphone portable,sur l'horloge de votre cuisine, cette heure-là, c'est l'heure qui mesure artificiellement le temps des hommes mais l’heure dont il est question pour Jésus, (le moment favorable), c'est un temps qui est donné, qui est donné par Dieu et qui peut surgir à chaque instant.

Rappelez-vous l'Évangile de dimanche dernier : cette imminence d'un temps, dont l’issue est connue mais qui ne souviendra qu’au moment favorable.

Le moment favorable pour Jésus, est venu et nous savons que le moment où nous fêterons la nativité du Seigneur, ce moment favorable sera à nouveau venu.

Nous serons invités à l'accueillir dans toute sa nouveauté.

 

Mais il y a un moment favorable dans chacune de nos vies.

Nous ne pouvons pas suivre le Christ en spectateur, pourvu que l'Esprit nous presse, pourvu qu'à un moment donné, nous sentions (pour nous personnellement : ce n'est pas les autres ou notre communauté dans son ensemble mais nous personnellement), pourvu que nous sentions qu'un moment approche (ou que le moment est là) et qu'il convient de se risquer, se décider de manière irréversible.

 

Nous ne sommes pas forcément appelés à ressembler à Jésus par mimétisme : être comme lui sur des chemins poudreux, quelque part entre la Galilée et Jérusalem ou rentrer dans une église et prendre un fouet et renverser tout ce qui pourrait y être mais, (non pas par mimétisme) mais par suite comme un disciple suit son Maître.

Dans notre vie, vient peut-être le moment d'une décision ; le moment est favorable d'accueillir ce que Dieu nous donne.

Amen.


Jeudi 22 novembre : sainte Cécile

Ap 5, 1-10 : Dieu remet à l’Agneau les destinées du monde.

Ps 149

Lc 19, 41-44 : Lamentation sur Jérusalem.

 

Au début de cette semaine, nous avons entendu les textes de l'Évangile qui précédaient cet épisode-là ; Jésus, (je vous le resitue) : Jésus est arrivé à Jérusalem.

Il montait à Jérusalem, c'est le but de son parcours qui commence en Galilée et, à Jérusalem, voici qu'il constate que le Messie n'est pas attendu alors que c'est quand même, (la venue du Messie), une promesse qui traverse tout l’Ancien Testament,

qui a été relayée par les prophètes et par le dernier : Jean-Baptiste, (au prix de sa vie d'ailleurs).

 

Et vous entendez ses paroles très très fortes (imaginez qu'elles soient prononcées sur nous-mêmes et d'ailleurs, elles sont prononcées sur nous-mêmes) : "Si toi aussi, tu avais reconnu en ce jour ce qui donne la paix ! " ou bien encore, il annonce le siège de Jérusalem et il dit : etc. tes ennemis t’encercleront et te détruiront, ils ne laisseront rien "parce que tu n'as pas reconnu le moment où Dieu te visitait".

C'est terrible, c'est comme si le Christ lui-même venait chez vous, (venait chez moi) et que nous ne le reconnaissions pas, alors que nous passons notre temps à le prier, le chercher, le vouloir.

 

Eh bien, dans les textes qui ont précédé, il y a ces deux magnifiques rencontres à Jéricho, (c'est la dernière ville avant que Jésus ne monte) parce que de Jéricho ensuite, il faut monter jusqu'à Jérusalem : Jéricho au bord du Jourdain et ensuite, le désert de Judée avec ses montagnes et arrivée à Jérusalem.

 

Chez Saint Luc, il rentre dans Jéricho et que se passe-t-il ?

C’est la rencontre avec l'aveugle (chez Marc, on l'appelle Bartimée, chez Luc on ne l'appelle pas).

Il ne le voit pas, l’aveugle, mais il l’entend et il veut voir et il voit.

Le Seigneur passe et la rencontre se produit.

 

Le Seigneur continue de passer et à la sortie de Jéricho, en haut de son arbre, Zachée (ça c'est du KT première année) Zachée voit, sauf qu’il ne voit uniquement que parce qu'il monte dans l’arbre sinon il ne voit pas, il est trop petit.

Et la rencontre se produit.

Le Seigneur passe.

 

Mais le Seigneur passe et parfois la rencontre ne se produit pas ; c'est le cas des foules qui entourent Jésus (pourtant, elles sont avec Jésus !), ce n'est pas avec elles que la rencontre a lieu ;  la rencontre a lieu avec l'aveugle et avec Zachée : "descends de ton arbre, aujourd'hui il me faut demeurer chez toi".

L'aveugle : "que veux-tu que je fasse pour toi ?

Que je vois".

Et Jérusalem, pas de rencontre, pas de rencontre ; le Seigneur passe.

 

Qu'est-ce qui donne la paix ?

Jésus reproche à Jérusalem de ne pas avoir accueilli celui qui donne la paix, de ne pas le connaître.

 

C'est l’Agneau de l'Apocalypse, (que nous avons lu en première lecture), qui est aussi une figure de l'Ancien Testament : on parle du livre aux sept sceaux, (sur le tabernacle, ici : voilà le livre aux sept sceaux ;  il y a les sept sceaux qui bordent ; voilà, si un jour vous voulez venir voir).

Ce livre normalement, c'est un rouleau ; il a été représenté avec un livre qu’on ouvre comme ça ; normalement c'est un rouleau qu’on déroule, scellé par ces sept sceaux, écrit de l'intérieur et à l'extérieur.

On pourrait y voir une allusion à l'Ancienne Alliance qui est magnifiée, accomplie par la nouvelle en Jésus, en tout cas, l’Agneau de Dieu, celui qui donne la paix.

 

 Jésus, fait des reproches à Jérusalem mais Jésus, en fait, ira jusqu'au bout quand même. Il pourrait très bien secouer la poussière de ses pieds comme il demande à ses disciples de faire quand ils partent en mission et aller ailleurs, là où on l'accueillera.

Non! Il continue et il va être l’Agneau conduit à l’abattoir du livre d’Isaïe, il va être l’Agneau pascal, celui qui commémore la Pâque ; peut-être aussi pourrait-on dire qu'il a quelque chose à voir avec cette brebis perdue ou celui qui va chercher la brebis perdue.

En tout cas, il va s’offrir jusqu’au bout et c’est cet Agneau-là que nous contemplons et consommons chaque fois que nous célébrons l’eucharistie.

 

Ayons l'humilité de reconnaître que le Seigneur passe, que bien des fois la rencontre n'a pas lieu mais il passe dans nos vies.

Il passe, c'est une hymne : ‘le Seigneur passe’, c'est une hymne de l’Avent je crois, d'ailleurs (‘nous reconnaîtrons les pas de l'inconnu …’)

Et en même temps, si nous faisons le choix de communier tout à l'heure, c'est qu’il ne fait pas que passer ; il s'arrête aussi ; il s'arrête comme pour l'aveugle et comme pour Zachée  et là, tout à l'heure, dans l’eucharistie, lorsque nous communierons, nous serons comme l'aveugle et comme Zachée : la rencontre aura lieu, c'est lui qui donne la paix.

 

Amen.


Mercredi 21 novembre : la présentation de Marie au Temple.

Pr 8, 22-31 : La Sagesse créatrice.

Ps 44

Lc 2, 15b-19 : La visite des bergers.

 

"Quant à Marie, elle conservait avec soin toutes ces choses, les méditant en son cœur".

À deux endroits, dans l'Évangile, il est question de Marie qui retient tous ces événements dans son cœur : là, à côté de la mangeoire et 12 ans plus tard, au temple, lorsque Jésus y est trouvé, réfugié, à l'occasion d'un pèlerinage de toute la famille.

 

Elle retient dans son cœur.

Nous avons coutume de faire du cœur, l'organe de l'affection mais ce cœur-là est aussi intelligence et mémoire : elle retient.

C'est un lieu de décantation et de purification, nous pourrions dire qu'il est comme un creuset, nous pourrions dire qu'il est comme cet endroit où se bonifie un bon ingrédient.

Avec le temps, Marie va comprendre.

 

On a coutume de dire que l'Eglise est aussi un cœur, comme celui de Marie et qu'à l'intérieur de l'Eglise, palpite toute la mémoire de la vie des femmes et des hommes de ce temps, depuis l'origine et que seul un cœur comme celui-là, qui aime, est capable d'en extraire un grand nombre de trésors, est capable d'en extraire la puissance de l'Esprit.

 

Nous avons nous aussi ce cœur, je l'évoquais en introduction : les personnes consacrées, conscientes de ce cœur. Tout baptisé a ce cœur-là ; les personnes consacrées, par leur consécration, l'entretiennent, essaient de rentrer dans cette mémoire, comme Marie, essaient d'extraire l’or au creuset, de récupérer le bon vin qui a vieilli.

 

Il y a trois choses qui peuvent perturber le bon vieillissement, la bonne décantation, la bonne mémoire de ce cœur :

 

la première chose, c'est un désir mal accompagné, mal vécu, mal connu en soi.

Le désir est à la fois un moteur, une force ; il peut être ce qui va gêner le cœur.

Toute personne consacrée présente ce désir au Seigneur et travaille sur elle.

 

La deuxième chose qui peut gêner, c'est la nonchalance : une sorte d'abandon de l'effort, une sorte de fatigue dans l'endurance.

Toute personne qui est un ouvrier du cœur, connaît le danger de la nonchalance dans sa vie.

Troisième chose qui peut gêner ce bon travail,

cette bonne mémoire du cœur, (que toute personne consacrée connait également), c'est l'imagination qui peut être à la fois source de grande créativité, une grande puissance de projection mais aussi une source de grande dispersion, en particulier dans la contemplation.

 

Marie, nous le croyons tout du moins, a été une très, très belle synthèse d'un très, très beau cœur et nous le croyons d'autant plus que nous pensons que c'est elle qui a été la source même de l'Évangile : comment Luc pouvait-il raconter la naissance de Jésus ?

Il n'y était point !

Qui, mieux que Marie, connaissait l'intimité du Fils, notamment sur la croix ?

Les disciples étaient partis ; il y avait Marie, au pied.

Marie était présente dans la chambre haute après la Résurrection, avant la Pentecôte ; elle portait, comme dans un vase, un précieux parfum : c'était tous ces événements qu'elle portait dans son cœur.

 

Ce qui est de Marie n'est pas que ‘à Marie’ mais est aussi ‘de l'Eglise’ et à chacun d'entre nous et nous pouvons rentrer dans ce cœur, dans notre cœur et le considérer comme un précieux vase.

 

Amen.


Dimanche 18 novembre 

Dn 12, 1-3 : La résurrection et la rétribution.

Ps 15

He 10 11-14.18 : Efficacité du sacrifice du Christ

Mc 13, 24-32 : Manifestation glorieuse du Fils de l’Homme. Parabole du figuier.

 

Chers amis, nous entendons avec le livre de Daniel, (en première lecture), cet extrait de l'Évangile selon saint Marc, ce que l'on appelle des apocalypses et nous en ré-entendrons avec le début de l'Avent.

Les apocalypses témoignent de cataclysmes très importants, du bouleversement total du monde, du cosmos ; ils produisent sur les auditeurs ou les lecteurs une très grande frayeur et ils ont de particulier, ces textes apocalyptiques, que ce qu'ils annoncent est sans commune mesure avec toutes les catastrophes que nous avons déjà vécues ; sans commune mesure c'est-à-dire que :si nous avons en souvenir, l’atrocité des deux tours du World Trade Center à la télévision, si nous avons des récits familiaux de la première guerre ou de la seconde, si parmi vous, certains sont allés sur le front, quelque part en Afrique du Nord, si vous avez vécu des catastrophes très grandes, là où vous êtes, ces apocalypses sont infiniment, infiniment plus grandes encore, on ne peut même pas comparer avec du connu.

 

L'effet est quand même assez important et il faut ne pas l'atténuer ; il ne faut pas dire : ‘oh ben oui, ce sont des métaphores, en fait, même pas peur, même pas grave’.

Ce n'est pas du tout la question, la question c'est qu’effectivement Jésus se fait le relais des prophètes de l'Ancien Testament et annonce un bouleversement qui est certain et ce bouleversement, nul ne sait quand est-ce qu'il va survenir.

Il le redit : "ni les anges, ni lui, seul le Père".

 

Mais au cœur de ce bouleversement, il y a dans cet Évangile l'annonce de cette image du figuier au printemps, qui devient tendre et qui bourgeonne, alors que deux chapitres plus tôt, dans l'Évangile de Marc, Jésus maudit un figuier qui va se dessécher et ce figuier est desséché, est maudit au moment où Jésus lui-même va annoncer la fin d'un monde et là, on a un figuier qui reverdit.

Alors, on peut se demander si cette apocalypse va être la fin d'un monde et le début d'un autre (on peut se le demander).

 

Chers amis, je vous invite à vous redire que si nous regardons Jésus dans l'Évangile, il a été ‘tout écoute de son Père’, il n'a pas cessé d'écouter son Père et de se mettre en route à la suite de sa parole, il a accueilli la mission que son Père lui a donnée : tout ceux qui viennent à lui, en son Nom et Jésus a traversé le désert, conduit par l'Esprit Saint et s'est laissé guider jusqu'à la Croix.

Il était ‘tout écoute de son Père’.

 

Nous, aujourd'hui, nous sommes ‘toute écoute du Père’ par Jésus, dans l'Esprit Saint.

Si nous ne sommes pas ‘écoute de l'Esprit Saint’,

si nous n'obéissons pas à cette voix qui murmure au fond de nos cœurs, il y a des chances pour que nous vivions, au fond de nos vies, les mêmes catastrophes que celles annoncées.

C'est-à-dire : chacun d'entre nous va mettre dans son ciel personnel,

ses propres étoiles,

son propre soleil,

ses propres lunes.

Chacun va construire dans son monde personnel, ses propres châteaux,

ses propres empires.

Chacun d'entre nous va constituer un ordre au fond de lui.

 

Il n'y a pas un seul monde, il y en a autant qu'il y a de gens sur terre et dans cette assemblée (si nous sommes une petite centaine), il y a une centaine de mondes :

chacun avec ses constellations,

chacun avec ses empires,

ses châteaux,

ses pouvoirs,

ses forteresses,

ses logiques.

 

Si jamais nous ne sommes pas à l'écoute de l'Esprit Saint (et croyez la parole du Christ), ces empires intérieurs vont s'effondrer, c'est certain.

Ils vont s'effondrer.

Notre ciel va se casser la figure, nous tomber sur la tête, comme nos ancêtres ;

nos châteaux vont être ruinés ;

nos demeures intérieures vont être pillées et l'ébranlement sera certain.

 

Celui qui n'est pas ‘écoute de l'Esprit Saint’, celui qui s’écoute lui-même, tôt ou tard connaîtra cet échec, c'est certain.

 

On est déjà en train de récapituler l'ensemble de l'année liturgique : Jésus n'a jamais dit autre chose : essayer d'être autre chose que l'écoute de soi-même.

 

Si nous commençons à sentir en nous de la nostalgie,

du regret du temps passé,

si nous commençons à sentir en nous de la colère alors que nous ne savons pas vers qui nous diriger ou vers quoi : nous allons partir en guerre contre un tel,

nous allons fulminer contre une telle, nous allons essayer de nous contenir le plus longtemps possible jusqu'à ce que un jour, ça explose ; ce sont des signes avant-coureurs,  des premières fissures apparaissent dans nos châteaux personnels et des étoiles commencent à se décrocher. La ruine est pour bientôt.

 

Ça veut dire que nous n'avons pas été ‘écoute de Celui’ qui est plus grand que nous ; nous avons été ‘écoute de nous-mêmes’.

Et le Christ (le Père s'est donné en son Fils), il n'est pas le prolongement de nous-mêmes ; il nous tire vers plus grand.

 

Celui qui est, au contraire, dans l'écoute de l'Esprit Saint, ne connaîtra pas cette ruine : il est déjà dans le Royaume, d’une certaine façon et il y en a.

Le pape François croit très fort, (en ce dimanche qui est celui du Secours Catholique, et aussi le dimanche (depuis deux ans) de la journée mondiale des pauvres), croit très fort que les pauvres, sont ceux qui crient dans leur misère,

ceux qui ont besoin

et ils sont aussi (on les nomme de la même façon),

ils sont aussi ceux qui sont complètement abandonnés  au Père,

ils sont ‘écoute de l'Esprit Saint’,

ils n'ont pas de forteresse intérieure,

ils n'ont pas d'étoiles dans leur ciel,

ils sont dans une main ouverte qui les porte et les rassure : c’est celle du Père.

 

Il se peut que l'on soit dans la grande misère et qu'on ne se confie pas totalement entre les mains du Père, ça c'est possible

et il se peut qu’on se confie très fort dans les mains du Père en étant très riche, c'est possible aussi ; mais ça existe,  ces pauvres-là qui sont sans forteresse intérieure, sans pouvoir dans leur ciel, ça existe : ce sont ceux des Béatitudes (Matthieu chapitre 5) :

Marie,

Elisabeth,

Jean-Baptiste,

ces pécheurs,

ces aveugles

et ces pécheresses que Jésus va rencontrer …

Ils existent et nous le sommes en puissance par notre baptême, (nous sommes tous plongés dans le bain du baptême), de ces pauvres en puissance.

 

Si jamais il nous arrive (parce qu’en réalité, ça arrive à tous, cette ruine intérieure ; avant de se confier dans les mains du Père, il faut que quelque chose soit tombé) si jamais ça nous arrive que nos châteaux s’écroulent, que ce cataclysme survienne, d'abord :

 je prie pour vous et on peut prier les uns pour les autres : on n’est jamais trop de frères face à ce genre de tourments intérieurs.

C'est une grande douleur, il ne faut pas croire, je le répète : c'est bien supérieur à tout ce qu’on a déjà vu à la télévision.

Si ça nous arrive, restons le plus possible au cœur de nos ruines, n'allons pas trop vite nous cacher dans un refuge, n'allons pas tout de suite monter un échafaudage pour reconstruire hâtivement.

Non ! demeurons au cœur de nos ruines, c'est une grâce que le Seigneur nous fait, c'est une chance, vraiment car si jamais ces forteresses se sont cassées la figure, si nos lunes et nos étoiles sont tombées sur la terre, enfin, nous pourrons nous confier en l'amour du Père, enfin, enfin !

 

Si jamais ça nous arrive au milieu de la vie, enfin !

Beaucoup, ça leur arrive sur leur lit de mort et après tout, mieux vaut tard que jamais, enfin !

Enfin, cet amour du Père qui faisait pression, poussait, voulait s'installer sans forcer la porte, enfin il peut s'installer : notre orgueil démesuré est tombé, c'est une grâce mais c'est douloureux.

 

Ça ne le serait pas, ça ferait bien longtemps qu'on l'on aurait laissé tomber la garde.

Rendons grâce pour cela.

 

Si nous sommes ‘écoute de l'Esprit Saint’, en théorie, il n'y a pas ces chutes mais nous sommes plus facilement ‘écoute de l'Esprit Saint’ une fois que ces chutes sont intervenues.

Vous savez que Jésus (je vous disais tout à l'heure), a écouté son Père ; nous, nous n’avons, d’une certaine façon, que la parole de Jésus et l'Esprit Saint et nous disons que l'Esprit c'est la prière du Fils à son Père.

 

Eh bien, que cette prière soit la nôtre ; alors, nous pourrons voir ces branches de figuier, ici ou là, même si elles paraissent invisibles, verdir et nous dire que, après la chute vient l'amour.

Jésus, lui, n'a pas eu peur de ses chutes, il est même resté dans ses ruines ; à sa résurrection, il avait encore ses stigmates dans les mains, sur ses pieds et son côté.

Il n'a pas reconstruit son château, il a porté les traces de cette ruine, traces de l'amour.

 

Thomas l'a découvert le huitième jour après la résurrection de son Maître, lui, l’incrédule :

Il voit les plaies de Jésus, lui qui est ressuscité et il se met à croire, à croire en quoi ?

À l'amour.

Eh bien, je vous souhaite, aux uns, aux autres de vivre cela.

 

Amen.


Vendredi 16 novembre 

2 Jn 1a. 4-9 : Le commandement de la charité.

Ps 118

Lc 17, 26-37 : Le Jour du Fils de l’Homme.

 

Voilà deux châtiments qui apparaissent : celui de l'eau : Noé, avec le déluge ;

celui du feu : Lot, cette pluie de feu qui s’abat sur ceux qui sont demeurés dans la ville de Sodome.

Ce texte peut nous faire peur, susciter en nous de l'inquiétude et il faut se laisser aller à cette inquiétude.

 

Vous savez, Jésus, n'a pas cessé de prêcher le Royaume ; c'est le troisième mystère lumineux que nous prions avec le rosaire ; du début jusqu'à la fin, même lorsqu’il ne dit rien : sa venue dans la crèche à Noël est déjà prédication du Royaume.

Sa prédication du Royaume c'est pour nous rappeler à nous tous qui le voyons, l’entendons, croisons son pas ou son regard, que doit advenir ce que le Seigneur n'a jamais cessé de promettre depuis les Patriarches : la réconciliation du monde et l'instauration de ce jardin perdu par nos aïeux, le jardin des origines.

 

Or, par commodité, incrédulité, nous projetons toujours ce Royaume après notre mort, (nous en faisons au mieux, le paradis) et alors, lorsque ça nous chante, de notre vivant, nous allons accumuler des bons points.

Mais ce n'est pas une réalité d'après notre mort le Royaume, c'est une réalité dans laquelle nous pouvons pénétrer avec joie, si nous sommes prêts et alors dans l'Évangile, cela est illustré par la venue de l'Epoux et nous nous attablons à un banquet de noces : Cana est la survenue d'un royaume pour celles et ceux qui s'y sont préparés, un festin  et ceux qui ne s'y sont pas préparés (eh bien voilà) : c'est le texte d'aujourd'hui.

 

Mais ce n'est pas pour après notre mort et même si jamais, aujourd'hui ou demain, deux  pays se mettaient à se faire la guerre, proches de chez nous, ce ne serait encore pas suffisamment comparable à ce que Jésus annonce ; si aujourd'hui, devaient tomber des étoiles sur la terre et anéantir notre vie, ça ne serait encore même pas suffisamment fort : la colère de Dieu existe, elle n'est pas qu'une métaphore.

 

Il faut s'y préparer, à cette venue du Royaume ; il pousse en nos vies, il fait pousser, il force.

Alors évidemment, on peut rajouter des couches de béton par-dessus pour patienter un petit peu plus ou se laisser rencontrer par Celui qui vient mais ce vous savez que les couches de béton successives peuvent quand même être brisées avec violence.

 

Attention au brusque retour à la réalité, pour celles et ceux qui pensent que tout ceci se jouera après leur mort.

 

Amen.


Jeudi 15 novembre 

Phm 7-20 : Requête en faveur d’Onésime.

Ps 145

Lc 17, 20-25 : La venue du Royaume de Dieu.

 

Vous savez ce que sont les fake news.

Nora, est-ce que tu sais ce que sont des fake news ?

Nora, les fausses nouvelles, est-ce que tu sais ce que sont les fausses nouvelles ?

Par exemple, si je te dis que demain tu vas gagner 1 million d'euros et que tu ne les as pas, c'est une fausse nouvelle.

Dans l'Évangile, il y a des fausses nouvelles : ‘voilà : il est là-bas, Jésus’ ou ‘voici, il est ici’.

Jésus dit : ‘n'y croyez pas parce que c'est une fausse Nouvelle’.

Les fake news, il y en a aussi dans la Parole de Dieu.

 

Vous savez que l'avant-dernier verset du livre de l'Apocalypse, (donc on est vraiment  tout à la fin de la Bible), c'est : ‘Maranatha, viens Seigneur Jésus’.

Maranatha, c'est un mot araméen, ça exprime tout le désir du cœur, un désir qui nous traverse tout entier, un désir que Jésus vienne.

C'est un désir tellement grand que parmi nous, il n'y a pas beaucoup d'exemples de désirs comme ça.

Les personnes qui ont perdu leur mari ont un désir très grand de le revoir.

Quelqu'un qui a quitté sa terre et qui cherche une terre d'exil a un désir très très très grand pour pouvoir reconstruire sa vie quelque part.

J’essaie de donner des exemples de quelque chose de très fort.

Un petit enfant a un désir, à Noël, d'avoir plein de cadeaux mais on voit que c'est à l'échelle de ce qu’est le petit enfant.

 

Un désir, voilà ce qu’est le Royaume, c'est tout simple et en même temps, c’est très  beau car le Royaume, on ne peut pas mettre la main dessus.

 

Amen.


Mercredi 14 novembre 

Tt 3, 1-7 : Devoirs généraux des fidèles.

Ps 22

Lc 17, 11-19 : Les dix lépreux.

 

Voilà un itinéraire de salut qui est illustré par cette rencontre que Jésus fait avec ces 10 lépreux.

Tous ceux qui se préparent au baptême (les adultes qui se préparent au baptême) ont eu, à un moment donné de leur préparation, à découvrir cette rencontre de Jésus avec ces 10 lépreux et surtout avec cette figure de celui qui, samaritain, revient rendre gloire à Dieu.

 

Dans les itinéraires singuliers des adultes qui se préparent au baptême (mais c'est valable aussi pour nous), il se peut qu’à un moment donné, nous soyons amenés à suivre une trajectoire qui est semblable à celle de ce 10e lépreux.

 

Regardons la scène : Jésus est aux confins et à distance du centre, proche de ce territoire où normalement, il n'a guère sa place, pays des samaritains, 10 lépreux, personnes malséantes avec lesquels il convient de poser une grande distance pour ne pas contracter ce péché qui est le leur : la lèpre.

 

Dans nos distances, dans nos confins, dans nos manières à nous de nous tenir à distance, le Seigneur se rend présent et il se peut, le moment venu, le moment favorable, que l'un ou l'autre, nous-mêmes, un jour (pourquoi ce jour-là et pas plus tard ou pas plus tôt ?) nous décidions de nous singulariser, de briser la distance, de nous lever, de nous mettre en route et de rejoindre le Christ. Nous nous singularisons par rapport au groupe duquel nous sommes, pour briser la distance que nous avons posée, pour des raisons légales et à cause du péché et de la malédiction.

Nous allons hors frontières, nous transgressons pour pouvoir rendre gloire à Dieu et nous approcher du Christ.

 

Il y a dans nos vies, dans nos cœurs, dans nos imaginaires bien des confins et des distances que nous maintenons, que nous entretenons. Ces confins et ces distances nous établissent fermement dans une sorte de sécurité.

Le Seigneur vient les frôler, Lui, le Verbe fait chair, il vient faire sa demeure parmi nous, il vient frôler tous ces ‘no man’s land’ que nous posons dans nos vies (comme pour être tranquilles) et à un moment donné, l'un ou l'autre va rencontrer dans sa vie, la puissance de la grâce et va surtout en témoigner, se mettre en route, rendre gloire à Dieu en brisant toutes les distances. Ce lépreux guéri (si vous avez bien fait attention) vient à la rencontre de Jésus et brise, du coup, toute distance réglementaire.

 

Ça rejoint ce que dit Paul dans sa lettre à Tite : ‘lorsque lui, notre Sauveur a manifesté sa bonté et son amour pour les hommes, il nous a sauvés, non pas à cause de la justice de nos propres actes mais par sa miséricorde’.

Ces ‘mise en route’ dans la vie de nos frères (ou dans la nôtre), un jour, par grâce, c'est la miséricorde de Dieu dans nos vies et le baptême que nous avons reçu quand nous étions tout bébé suffit et ne suffit pas :

Il suffit car il est définitif.

Il ne suffit pas car il nous reste à nous mettre en route ; il nous reste à nous mettre en route pour rendre gloire à Dieu pour sa miséricorde.

 

Voilà, demandons au Seigneur d'accentuer en nous cette vigilance, de guetter sa venue, lui qui vient frôler nos distances et surtout qu’il suscite en nous, par une bonne dose de miséricorde, qu'il suscite en nous notre désir de  rendre grâce pour le salut qu’il nous donne.

 

 Ça n'arrive pas qu'aux autres, ça n'est pas arrivé il y a 2000 ans uniquement, ça peut arriver.

Prenez garde car si ça arrive dans votre vie demain, vous risquez d'être très ébranlés.

 

On en reparlera ; c’est le texte que nous lirons le dernier dimanche : la chute des étoiles, les cataclysmes que le Seigneur promet, c’est ni plus ni moins, la découverte survenue dans notre vie, de la puissance de son salut.

Si vous n'y êtes pas prêts, vous risquez d'être drôlement secoués.

Amen. 

 


Mardi 13 novembre 

Tt 2, 1-8. 11-14 : Devoirs particuliers à certains fidèles. Fondement dogmatique de ces Exigences.

Ps 36

Lc 17, 7-10 : Servir avec humilité.

 

L'Évangéliste Luc est le seul à s'être souvenu de cette petite parabole de Jésus ; il y en a d'autres semblables, rapportées par le Luc lui-même ou d'autres évangélistes, où il est question de récompense à la fin (notamment voire le maître lui-même prendre le tablier et servir ses propres serviteurs) mais là, non ! il n'y a pas de récompense ; c'est vraiment la particularité de cette petite parabole.

 

Il est question dans le texte, de serviteurs et il faudrait lire plutôt le mot esclave, pour bien dire la façon dont les gens sont entièrement disponibles pour le maître.

Le texte ne met pas en avant d'arbitraire de la part du maître, n'empêche qu'il n'y a aucun contrat de travail, aucun salaire de fixé et aucune limite dans l'embauche : on ne sait pas combien de temps ces hommes vont être au service de ce maître. Ça dit quelque chose des temps dans lesquels nous sommes.

 

Certes, je l'ai dit à plusieurs reprises, nous récapitulons toute l'année liturgique qui va progressivement s’achevant ; on va attendre aussi la venue de Celui qui vient mais nous sommes dans un temps (qui est long maintenant puisque ça fait plus de 2000 ans) où nous attendons.

Nous sommes dans une économie de l'attente, dans ce que Paul dit à Tite, dans le texte que nous avons lu : il donne des consignes à Tite comment doit se comporter des vieilles personnes qu'elles soient homme ou qu’elles soient femme et puis il finit en disant dans son extrait : ‘la grâce de Dieu s'est manifestée pour le salut de tous les hommes.

Elle nous apprend…et cetera, et cetera, attendant que se réalise la bienheureuse espérance’.

Nous sommes dans cette attente et dans cette attente, comme ces serviteurs, attendant que revienne le maître et attendant : rien, c'est-à-dire surtout pas une récompense.

Nous attendons une bienheureuse espérance mais qui n'est pas une récompense.

 

Alors je vous invite à être attentif à trois petites choses :

la première, c'est qu'il nous faut organiser dans la durée, une attente sans récompense pour soi-même.

Dans notre prière, nous pouvons nous demander : quelles sont les récompenses que j'attends pour moi-même et dans la foi, que je n'aurai pas ?

On peut les attendre, ces récompenses mais ces récompenses sont des illusions : ce qui m'est donné c'est quelque chose d'infiniment gratuit qui n'est pas la réponse à une secrète attente d'une quelconque récompense.

Paul le dit par ailleurs, que la grâce est absolument gratuite, sans aucun mérite.

 

Alors dans ma prière je peux me dire : ‘mais qu'est-ce que j'attends ?’

Quelle récompense secrètement, y a-t-il quelque part dans mon cœur, par rapport à moi-même ?

 

La deuxième chose : c'est par rapport au groupe dans lequel nous nous situons, que nous appelons l'Eglise.

Tout ce que je vis, tout ce que je fais, quelle récompense est-ce que j'en attends secrètement ?

Le regard des autres,

l’estime,

une chaleur,

une écoute,

que je sois utile,

que quelqu'un me dise combien je suis important ; quelle récompense est-ce que j'attends à être dans le groupe que nous appelons l’Eglise ?

 

Et la troisième chose, dans ma prière, par rapport au monde : quelle récompense est-ce que j'attends pour moi et mon Eglise, de la part du monde ?

‘Ah ! Vous êtes importants comme chrétiens, nous avons besoin de vous.’

Est-ce type de récompense que nous attendons ?

 

Les réponses ne sont pas si évidentes et ne pensons pas trop vite à nos frères qui, manifestement, ont l'air d'attendre bien plus que nous, une récompense ; nous aussi, nous en attendons.

Dans ces trois niveaux de l'échelle, nous attendons un salaire, une rétribution, une reconnaissance et ça fait partie de notre nature, pourtant la grâce qui nous est promise, est hors attente.

 

Alors, dans cette eucharistie (que nous célébrons aujourd'hui), les textes que je prends pour les prières, sont pour tous ceux et toutes celles qui, dans l'Eglise, exercent une responsabilité,  tous ceux qui ne sont pas ordonnés, parce que l'on prie souvent pour ceux qui sont ordonnés mais on ne prie pas suffisamment pour ceux qui ne le sont pas ; tous les baptisés, laïcs, tous ceux et toutes celles qui, sans attendre aucune gratification, font vivre notre communauté et notre Eglise à tous les niveaux de l'échelle.

 

Que le Seigneur les encourage et qu'il me mette en eux, toujours, cette non-attente d’une récompense sinon, celle d'avoir fait ce qu'il fallait faire, au moment où il fallait le faire.

C'est un don de Dieu et c'est source aussi de très grandes joies d'être libéré du regard des autres.

Alors ça peut être vrai dans nos tout petits groupes, c'est vrai à l’échelle de la très, très grande Eglise mais c'est vrai, à l'échelle de notre communauté.

 

En attendant, le temps est long, il nous faut gérer cette attente.

N'attendons pas trop de récompenses qui nous mettraient trop au centre et reconnaissons combien la grâce est infiniment plus grande que cela et toute gratuite.

Amen.


Dimanche 11 novembre 

1 R 17, 10-16 : A Sarepta. Le miracle de la farine et de l’huile.

Ps 145

He 9, 24-28 : le Christ scelle la nouvelle alliance par son sang.

Mc 12, 38-44 : les scribes jugés par Jésus. L’obole de la veuve.

 

Chers amis, ça fait plusieurs dimanches que nous écoutons un extrait de la lettre aux Hébreux, en deuxième lecture.

On a longtemps dit que la lettre aux Hébreux avait été écrite par saint Paul et puis maintenant, (depuis, je pense, une quarantaine d'années), on ne le dit plus, on dit qu'elle est écrite par un anonyme ; on ne sait pas trop qui est l'auteur et c'est une lettre que nous n'avons pas coutume, à titre personnel de lire, peut-être parce que nous avons peur de sa difficulté.

 

Alors, j'en profite pour vous donner un peu le thème de cette lettre, pour que ça vous encourage à la lire seuls, cette fameuse lettre aux Hébreux que l'on trouve dans le Nouveau Testament, dans nos bibles.

L'idée c'est la suivante : lorsqu'il y avait encore un temple à Jérusalem (qu’il n'y a plus, comme vous savez), dans ce temple, il y avait tous les jours et même plusieurs fois par jour, des sacrifices d'animaux.

Il y avait des prêtres, (ce n'était pas des prêtres comme ceux de l'Eglise catholique, c'étaient des prêtres que l’on dit, de l'Ancien Testament) qui recevaient des animaux vivants que des personnes pieuses apportaient au temple (d’ailleurs, à vrai dire, elles les achetaient dans le temple).

Il y avait des animaux exprès pour être vendus à l'intérieur du temple, vivants.

Ça pouvait être de petits animaux : des colombes, par exemple.

On sait que les parents de Jésus, au moment où ils ont présenté Jésus après sa naissance, ils ont aussi offert des colombes mais ça peut être aussi des grands taureaux, des grosses bêtes.

 

Acheter un animal ça coûtait très cher (je pense que ceux qui, parmi vous sont dans l'élevage, connaissent la valeur d'un animal) et l'idée était pour les personnes qui offraient ces animaux, de dire : ‘il y a un lien qui s'est brisé en nous, en moi,

je me suis levé ce matin pas heureux,

il y a de la colère en moi,

ce n'était pas comme ça, hier ; aujourd'hui on irait voir un médecin,

on irait voir un psychologue,

on prendrait des médicaments ou tout simplement on irait se plaindre).

Il y avait au temps de l’Ancien Testament, l'idée selon laquelle cette espèce de mal-être était le symptôme d'une alliance qui était brisée entre le Ciel et la terre, entre moi et Dieu et cette alliance pouvait se briser plein de fois dans une vie

mais je pouvais, plein de fois dans une vie, offrir au temple ces animaux pour que, en les offrant, le Seigneur les accepte et renoue une alliance avec moi.

 

Je sais qu'il y a des personnes qui, tous les jours, viennent dans cette église

pour allumer des cierges,

prier devant des statues,

devant Marie : c'est aussi une façon de faire don de soi et de demander que le Seigneur vienne raccommoder quelque chose qui est cassé, en moi.

 

Les prêtres étaient comme des bouchers ou des équarrisseurs, en fait, parce qu’ils avaient la charge de tuer les bêtes,

de verser le sang des animaux sur l'autel (qui était un autel de pierre)

et ensuite de les couper en morceaux

et de les faire cuire : tout ça dans le temple.

Et une part de ce qui a été cuit revenait au prêtre, pour son alimentation et une autre part revenait aux gens qui l’avaient offert.

Ça, ça nous paraît… c'est comme ça ; ça, c'est le thème de la lettre aux Hébreux et l'auteur de la lettre aux Hébreux va dire : ‘Jésus, lui, il a été prêtre, il a été comme un prêtre’

Il était là pour renouer quelque chose entre Ciel et terre (vous allez entendre les cloches, c’est parce qu'il est bientôt 11 heures et que c'est le 11 novembre ; je referme la parenthèse) donc Jésus a été comme un prêtre mais il a été plus encore, il a été comme les animaux : il a été la victime offerte et on dit d'ailleurs, qu'il a été l’Agneau pascal ; il a été les deux à la fois.

C'est ce que dit l'auteur de la lettre aux Hébreux : Jésus a été les deux.

 

Et d’ailleurs, ça, c'est définitif ; il n'y a pas meilleur don de soi et meilleur sacrifice pour raccommoder le lien entre Ciel et terre, renouer l'alliance ; c'est pour ça qu'on dit qu’il y a une alliance nouvelle et éternelle.

 

Alors, ça ne nous empêche pas de nous lever le matin,  en ayant envie de casser la figure à quelqu'un, en étant triste, ou en ayant l'impression que ça ne va pas.

L'idée c'est de se donner tout entier soi-même à Christ, se donner tout entier soi-même à Jésus.

 

Je passe à l'Évangile.

On va parler de cette veuve, si vous voulez bien.

On est toujours dans le même temple, (ce temple a été détruit en 70 de notre ère) et il y a des gens qui mettaient de l'argent dans des troncs, (comme ici cela existe) et c'était pour que soient financés tous les travaux qu'il y avait à faire dans le temple.

 

Vous voyez la scène : il y a du monde, des gens qui donnent des pièces et Jésus (extraordinaire !), on a l'impression qu'il est le seul à voir quelque chose qui paraît extrêmement insignifiant et transparent : c'est le don que fait une dame, veuve, pauvre.

 

On aurait envie de voir les colonnades du temple, la splendeur du lieu, on aurait envie de voir ces gens bien habillés qui donnent beaucoup (entre parenthèses, Jésus ne dit pas que ce n'est pas bien de donner beaucoup) mais Jésus, lui, voit comme si le caméra était fixée sur une seule chose, (c'est ce qui ne se voit presque pas) : cette femme qui donne.

 

Il y a un petit problème ; une petite histoire, si vous voulez que je vais vous raconter pour parler de cette veuve.

 

Imaginez que vous êtes quelque part entre ici (et je ne sais pas, moi ; prenez la côte Troyes), Proverville et vous allez en direction de Bligny et un jour de brouillard.

Vous voyez au loin une espèce de masse dans le brouillard, qui est vraiment informe et qui a tendance à grandir au fur et à mesure que vous approchez : qu'est-ce que c'est que cette masse ?

Un monstre ?

Ça fait peur mais vous n'avez pas le choix, parce que vous avez besoin d'aller jusqu'à votre destination.

 

Vous continuez à avancer.

Les contours de cette chose se précisent.

Un ours ?

Pourquoi pas un ours ?

C'est plus précis, les contours sont plus nets mais c'est tout aussi effrayant.

 

Vous prenez votre courage à deux mains car vous devez absolument aller jusqu'à votre destination, vous avancez, vous avancez : ‘oh mais non ! ça a des contours d'un humain.

Un étranger.

Un étranger sur cette route, comment est-ce possible?’

Un étranger comme on en voit à la télé.

Un étranger.

Vous avez peur parce que vous n'aimez pas les étrangers mais il faut aller jusqu'au bout.

 

Vous continuez à marcher et vous approchez et vous dites : ‘Ah ! Mais non, mais non, mais c'est un frère’.

C'est un frère, comme quoi les apparences sont trompeuses.

‘Comment ai-je pu penser en étant loin que j'avais affaire à un monstre pour enfin me rendre compte, que c'est un frère qui est sur cette route ?’

 

 Cette pauvre veuve, le regard que Jésus a eu pour la voir est un regard complètement net et pur, dépouillé de tout ‘a priori’, un regard comme Dieu en a, chaque fois qu'il nous regarde, chacun.

Quand il pose son regard sur nous, nous ne sommes ni de monstrueux pécheurs,

ni d'étranges personnes ;

nous sommes des fils et filles :

nous sommes ses enfants dénués de tout…

Et nous, eh bien nous avons à grandir sous ce regard-là, un regard qui épouse celui du Père.

 

Notez que, pour que les contours de cette chose, deviennent un frère, il m'a fallu avancer, il m'a fallu progresser sur la route.

Je serais resté, là où j'étais, j'aurais rebroussé chemin,

j'aurais crié à tue-tête dans tout Bar sur Aube : ‘il y a un monstre dans la forêt de Proverville’

et je serais passé à côté du frère.

 

Vous savez, chers amis, il y a dans la tradition de l'Eglise, (une tradition spirituelle) l'idée selon laquelle on ne devient pas mûr dans la foi, tout de suite.

C'est bien la raison pour laquelle, le sacrement de la confirmation (par exemple) a été dans l'histoire, peu à peu différé.

On a besoin de la grâce pour grandir dans la maturité de la foi mais on a besoin de temps, aussi.

 

Au tout début de notre vie de foi,  de croyant, de baptisé, on va commencer par avoir un regard qui va être captateur ; un regard qui va se poser sur les autres pour mieux convoiter leurs biens : ‘ah ! j'aimerais bien être habillé comme une telle personne !

ah ! j’aimerais bien avoir les mêmes capacités que telle autre !’

Alors, ça va créer de l'envie, du désir, (du désir à l'envers : de la jalousie) mais on est ainsi.

 

Le deuxième âge dans la foi, ça va être un âge plutôt d’adultes, de jeunes adultes et l'autre, on va avoir envie de prendre sa place, on va vouloir qu'il prenne la nôtre (mais c’est une question de place) ce n'est pas un frère ; l'autre va être une sorte d'ennemi. Au tout début de l'histoire Sainte, les frères ont tout de suite été des ennemis.

 

Celui qui arrive à l'âge mûr de la foi, ne va pas chercher à être captateur,

ne va pas chercher à prendre la place, il va tout simplement contempler : c'est le regard contemplatif :

L'autre n'est ni moche ni beau, ni enviable ni détestable, ce n'est ni un ennemi ni un ami,

ce n'est pas une question d'aimer ou de ne pas aimer l'autre : l'autre est un frère. C'est un frère.

 

Quand nous allons communier au Corps de Jésus, avant même de communier nous allons regarder le Corps et le Sang de Jésus.

Accueillons-les pour ce que ces espèces sont : Jésus qui donne une fois pour toute, sa vie, comme dans la lettre aux Hébreux et nous allons communier à cette vie-là et en communiant ensemble, nous sommes des frères et des fils.

 

Alors, il faut faire du chemin pour rentrer dans cette compréhension de cette fraternité.

Ça nous est donné, si nous le voulons bien.

 

Jésus a vu cette veuve avec ce regard contemplatif :

il n'a pas vu ceux qui ont les beaux vêtements,

il n'a pas vu ceux qui ont une grande place,

il a vu cette veuve qui n’a ni place, ni beaux vêtements : c'est une sœur.

C'est notre sœur.

 

Comme chacun d'entre nous, si nous faisons attention, au-delà des apparences : nous sommes des frères, nous sommes des sœurs.

C'est la plus belle nouvelle qui puisse nous être donnée.

 

Si nous commémorons la paix, qui est un don de Dieu, reconnaissons que nous avons fait du chemin et que nous avons encore beaucoup de chemin à faire, pour que les frères ne se fassent pas la guerre.

Ça va commencer par la qualité de notre vie en communauté.

 

En recevant le Corps du Christ que l'on se dise : ‘nous sommes des frères, nous allons communier à la même nourriture’.

 

Amen.


Vendredi 9 novembre : Dédicace de la basilique du Latran.

Inauguration et bénédiction de la restauration de la toile de st Maurice à Rouvre les vignes.

 

Ez 47, 1-2.8-9.12 : La source du Temple.

Ps 45

Jn 2, 13-22 : La purification du Temple.

 

Je vais m'approcher un peu de vous, je vais continuer à parler fort mais ce n'est pas pour vous agresser, c'est pour que ceux qui sont dans mon dos, entendent.

Je vais poser des petites questions pour interagir avec vous ; moi, je n'ai pas les réponses aux questions que je vous pose donc, si personne ne répond, eh bien, il n'y aura pas de réponse.

Combien y a-t-il d'habitants à Rouvres?

104 ou 106

106 habitants

C'est variable, on pourrait dire 110 pour faire un compte à peu près rond.

Dans une année civile, quelles sont les occasions pour que les 110 habitants se retrouvent ?

Il y a des occasions ?

Les deuils,

Monsieur Descharmes qu’avez-vous dit ?

La saint Vincent, la saint Maurice, les baptêmes (c'est vous qui dites parce que moi je n'en sais rien) : vous dites qu’à la Saint-Vincent, à la Saint-Maurice, ça ressemble pas mal ; des obsèques ; au monument au mort pour les armistices ; à la sainte Barbe avec les pompiers.

Les habitants viennent-t-il en nombre ?

Pas tout le temps.

Et qu'est-ce qui fait que parfois, ils viennent plus que d'autres fois ?

C'est : des fois on a plus de temps que d'autres fois.

La commune de Rouvres est une commune où tout le monde se connaît, je présume ; parfois de trop ?

On se connaît bien ?

Est-ce qu'il y en a, qui sont là depuis peu de temps à Rouvres, (hormis ceux que qui sont nés il n'y a pas longtemps, certes) ?

 Toutes les familles sont-elles là depuis longtemps à Rouvres?

Il y a de nouveaux habitants quand même ?

Et vous, vous êtes depuis pas très longtemps.

C'est sympa Rouvres ?

C'est une question fermée en fait, vous êtes obligés de dire : oui.

Il arrive parfois (là, ce que je vais dire, ce n'est pas une question, c'est une affirmation), je ne parle pas de Rouvres mais parfois, ailleurs ou ici, ça arrive qu’il y ait un peu des tensions, que ce ne soit pas très simple dans les communes.

Dans l’Evangile que j’ai lu, l'idée c'est de dire : ‘imaginez une commune comme Rouvres et que ça frictionne un peu : il y a ‘ceux du haut’, ‘ceux du bas’, ‘ceux de  je ne sais pas quoi’, ceux du milieu’.

Ça frictionne et on pense que si ça frictionne c'est de la faute des autres, en fait : parce que ‘ceux du haut’ auraient dû écouter ‘ceux du bas’.

Imaginez donc que dans l'église, primitivement, il y a longtemps, ‘ceux du bas’ qui sont contre ‘ceux du haut’, viennent à l'église et ils allument des cierges et disent : ‘Seigneur, Seigneur, faites que ‘ceux du haut’ écoutent ‘ceux du bas’’ ; voilà un des sens de l’église au milieu du village (ce n’est pas tellement au milieu, d’ailleurs !).

On va à l'église pour demander que ceux qui ne sont pas d'accord avec nous, le soient.

Imaginez que ‘ceux du haut’ viennent aussi à l'église allumer leurs cierges : ‘Seigneur, Seigneur, faites que ‘ceux du bas’ nous écoutent et soient d'accord avec nous’.

Quand il arrive des événements dramatiques, ça rassemble ‘ceux du haut’ et ‘ceux du bas’.

Alors l'église, en fait,  est à l'origine comme dans l’Evangile qui parle d’un temple (en fait, le temple à Jérusalem,) c'est le lieu où on se réconcilie.

On voit bien qu'il y a une unité qui est abîmée, alors, on va dans l'église (on va dans le temple) et on va tout faire dans nos prières (ou parfois en participant à la messe) pour dire : ‘Seigneur, fais quelque chose’ (souvent : ‘fais quelque chose pour les autres, raisonne-les’).

Et parfois le Seigneur nous raisonne nous-mêmes, ça c'était le sens d'un temple ou d'une église.

Ça n'a pas changé : quand il y a une vie, dans une église, régulièrement ; on vient et quand on célèbre la messe, on célèbre la messe en ayant le désir qu’il y ait un rassemblement de toute personne au-delà des différences et des clivages et au-delà même de ceux qui croient et de ceux qui ne croient pas.

‘Rassemble tout le monde même s’il y en a qui ne croient pas ; (à la limite, ils ne croient pas) mais rassemble-les parce que c'est quand même bien mieux quand on est ensemble, que divisés ; c'est ça l'idée, le lieu d'église.

C'est vrai, quand une église est fermée, c'est triste ; alors parfois, il y a d'autres choses qui rassemblent : ça va être le monument aux morts.

Ça nous rassemble, on peut dire… Quand on est au monument aux morts, on ne prie pas grand-chose : on est devant la pierre et puis, on se rassemble…

Les familles sont touchées, quand même.

Imaginez que pour une saint Maurice et une saint Vincent, peut-être que ça peut être la joie d'être ensemble et les vapeurs du champagne qui rassemblent, (ça peut aider).

Je vais vous re-poser une question : pour les chrétiens, quels sont les lieux sur terre qui sont super sacrés ? (Là, moi j'ai la réponse mais je vous la pose).

Les lieux sur terre qui sont super sacrés, du genre : il faut y aller au moins une fois dans sa vie avant de mourir, si on est chrétien.

Il y a Rome, il y a Lourdes.

C'est toujours la même qui répond.

Lourdes, Rome, les cathédrales (ça fait beaucoup mon garçon) mais pourquoi pas ?

Il y a une cathédrale dans plein d'endroits.

Qui d'autre ?

Vous avez le droit de répéter la même chose.

Jérusalem.

En fait, pour un chrétien, il n'y a aucun lieu sur terre, qui est sacré, pour une raison très importante, c'est que (c'est sous-entendu dans l'Évangile que j'ai lu et c'est pour ça que je vous le dis : c'est une manière de faire une homélie, en fait), c’est que : Jésus, quand il a promis que le temple serait détruit ; (c'est ce qui s'est passé) mais Jésus a institué la messe dans une pièce anonyme (ça, ce n'était pas dans l'Évangile d'aujourd'hui) mais quand on célèbre, par exemple le jeudi Saint, ( on lit l’Evangile le jeudi Saint), cela se passe dans une pièce dont on ne sait pas l'adresse et on ne sait pas où c'est.

Comme ça on ne peut pas y aller en pèlerinage.

Partout où des chrétiens se rassemblent et célèbrent la messe, (même si c'est dehors ou dans une gare ou dans une chambre ou n'importe où) ; et bien, c'est sacré, mais partout.

Et partout, c'est nulle part, c'est-à-dire qu'il n'y a aucun lieu dans lequel il faut absolument aller sans quoi on va pas au Ciel.

Alors, c'est bien d'aller à Lourdes, c'est important de visiter Rome mais ce n'est pas sacré.

 

Par exemple ce soir, l’église va être sacrée parce qu'on va y célébrer la messe mais si demain on célèbre la messe dans la salle municipale (ça, je pense que Monsieur le maire apportera une objection mais ma foi, si ça arrivait) ce serait la salle municipale qui serait sacrée le temps de la messe. 


Jeudi 8 novembre : les saints non nommés du diocèse

Ph 3, 3-8a : La vraie voie du salut chrétien.

Ps 104

Lc 15, 1-10 : la brebis perdue et la drachme perdue et retrouvées.

 

On a une présence importante de la joie, dans ce texte de l'Évangile et saint Luc l'évangéliste a beaucoup retenu de Jésus, la joie.

 

C'est la joie de qui ?

C'est la joie du berger et la joie de la femme qui partent à la recherche de cette brebis ou de cette pièce qui est perdue : deux petites paraboles pour dire la joie de Dieu, la joie de Celui qui part à la recherche de celui ou celle qui est perdu. La joie de Dieu ; on est fait pour y goûter, c'est notre vocation, c'est un don, le don majuscule de tous les dons qui peuvent nous être faits dans l'Esprit Saint.

 

 La joie, c'est ce qui peut nous permettre aussi de sentir à quelle distance nous nous trouvons du Ciel : moins il y a de la joie, plus on est loin ; plus il y en a, plus on se rapproche.

Je disais ce matin à Sœur Isabelle : il y a des chrétiens qui, au nom de leur baptême, font des têtes terribles (on a l'habitude de le dire, ce n'est pas nouveau) ; on a l'impression que toute la misère du monde s'est écrasée sur leurs pieds ; on a l'impression que c'est important pour eux.

Peut-être, mais d'abord, ce n'est pas communicatif, mais c'est surtout que c'est tout le contraire au Ciel, c'est tout le contraire de leur vocation.

 

Il se peut que nous traversions des moments difficiles, ça c'est vrai,

il se peut qu'il y ait de la tristesse (ça ne se motive jamais d'ailleurs, la tristesse, mais il se peut que ça survienne dans nos vies), mais on ne peut pas s’y complaire, ce n'est pas bien ; il faut travailler là-dessus.

Il peut y avoir de l’acédie qui justifie aussi beaucoup la tristesse ou le manque de joie, tout du moins.

Le manque de joie n'est pas forcément de la tristesse, ça peut être de l’acédie mais il est bon aussi, de demander au Seigneur ou de se faire aider, (pas forcément toujours, dans la prière ou pas que !) par un accompagnement spirituel ou par une communauté, un groupe pour pouvoir se dégager, aller au large et goûter à nouveau, cette joie.

 

Il se peut aussi que l'on ne soit pas suffisamment pauvre, ça peut arriver.

Ce que je vous dis là, ça peut vous paraître terrible à entendre, surtout que généralement les pauvres ont rarement choisi d'être pauvres ; peut-être vaudraient-ils l'inverse mais saint Luc retient souvent, que la pauvreté est un chemin de joie et un chemin, en tout cas, qui est tracé dans les Béatitudes.

Il se peut que nos richesses nous enflent et nous empêchent de goûter à cette joie-là : on peut être trop riche de nos relations, on peut être trop riche de nos certitudes, trop riche de tous nos biens matériels, de notre orgueil etc. etc. qui nous enferment.

 

On peut le demander dans l'Esprit Saint, ce fruit de la joie.

La joie, comme tout fruit, nous le recevons aussi, quand (et ça c'étaient les Évangiles des huit jours qui ont précédé) quand nous acceptons de nous identifier à Jésus, de nous attacher à lui beaucoup beaucoup, beaucoup et de passer avec lui par le Golgotha : il n'y a pas de joie si jamais, il n'y a pas de combat, pas d’ascèse ; ça n’est pas possible.

Demandons cette joie-là.

 

Vous savez qu’à la naissance de Jésus, il y a beaucoup de joie qui s'exprime dans le Ciel, beaucoup de joie ; eh bien, c'est là même joie que cette femme, c'est la même joie que ce berger, c'est la joie de Dieu.

 

On ne dit pas comment la brebis a réagi, en étant retrouvée ; (on ne se pose pas la question pour la pièce parce que je pense que la pièce n'a pas réagi), mais la brebis, comment a-t-elle réagi ?

On peut imaginer Jésus, à la crèche, comment était-il ?

 

 À nous d'imaginer comment il était ; parce que c'est bien la joie de Celui qui a retrouvé, ce n'est pas la joie de celui qui s'est laissé retrouver. On goûte à la joie de Celui qui a retrouvé, on goûte à cette joie-là, on y participe.

 

Et quand on est retrouvé nous-mêmes ; aussi cet exemple du fils prodigue : il a été retrouvé (il s'est mis en route, c'est vrai ; il a retrouvé son père) et là c'est sans doute, tout ce que l'on pourra voir à Noël en contemplant Jésus.

Comment était-il ?

Comment croyons-nous qu'il était, lui : dans la joie peut-être, dans la paix sans doute, dans la confiance ; en tout cas, nous-mêmes aimés par plus grand que nous.

 

Amen.


Mercredi 7 novembre 

Ph 2, 12-18 : Travailler au salut.

Ps 26

Lc 14, 25-33 : Renoncer à tout ce qu’on a de cher.

 

À la suite des lectures de la Toussaint et dans la perspective de cette fin d'année liturgique, nous avons à réapprendre à être ‘dans le monde’ sans ‘être du monde’, un peu assis sur ce fameux strapontin du monde, dans un déséquilibre constant, toujours à chercher notre place, sûrs que Celui qui est lumière et salut, est le Christ et qu’en permanence, des vents contraires peuvent venir nous déséquilibrer.

 

Ces textes de l'Évangile comme celui d’aujourd’hui, viennent nous rappeler l'importance de la vigilance ; la vigilance, ce que nos maîtres spirituels cherchent toujours, ce que nos pères dans la foi appellent en grec : la nepsis, la vigilance.

 

C'est un peu comme si vous sortiez d'un grand tourment ; vous en êtes sortis (joyeusement, d'ailleurs) après beaucoup de combats, vous avez appris à tirer toutes les leçons de ce qui vous a entraîné jusqu'à ce tourment et vous voilà de nouveau sur une berge, tranquilles, paisibles et vous voilà repartis à revivre ou à continuer à vivre votre vie ; et vous vous dites : ‘attention ! Attention!

Que je ne retombe pas dans les mêmes ornières.

On ne m'y reprendra jamais plus !

Attention !’ La perte de la vigilance, c'est oublier tout cela.

 

Toute chose étant comparable, par ailleurs notamment, (nous sommes sur un autre plan), les armistices commémorés chaque année nous rappellent qu'il y a eu une guerre même si aujourd'hui il n'y en a pas : ‘attention !’

Eh bien, de la même façon, pour chacun d'entre nous : la vigilance.

 

La vigilance, c’est faire mémoire de tout ce qui nous a libérés par l’aveu, dans la discrétion d'un confessionnal ; de tout ce qui nous a libérés par un pardon que nous avons reçu, c'est ancrer sa vie sur l'espérance, la foi (beaucoup la foi), l’effort et la charité aussi, pour nous-mêmes, pour les autres. La vigilance c'est une action ininterrompue comme ce roi doit calculer avant de commencer sa guerre ;

comme celui qui veut construire cette tour doit calculer la dépense.

 

Chez Luc, il y a le souvenir que Jésus a invité à renoncer à sa propre famille, a invité à porter sa propre croix à la suite du Christ et aussi à calculer avant de commencer une quelconque œuvre ; Luc a eu ce souvenir-là.

 

La vigilance c'est aussi se demander si nous sommes vraiment avec une option préférentielle, dans notre cœur : celle du Christ plus que quiconque.

 

Il se peut (et pour de très très bonnes raisons), que nous partagions notre cœur en 1000 morceaux et en en donnant à beaucoup de monde ; un morceau chacun. Si notre cœur est dispersé de cette façon-là, comment pouvons-nous être, pour chacun de ceux à qui nous avons donné un morceau de notre cœur, comment pouvons-nous être une aide ?

comment pouvons-nous être un témoin ?

comment pouvons-nous être un port précieux ?

Si jamais nous sommes dispersés à ce point-là, rappelez-vous le vent mauvais qui apparaît et nous serons les premiers à tomber. Un aveugle ne peut pas conduire un autre aveugle, il tombera ; ils tomberont tous les deux dans le même trou.

 

Nous avons prié et chanté : ‘le Seigneur est ma lumière et mon salut’ et ce psaume se terminait (cet extrait, tout du moins, lu par Sœur Pierrette) : "espère le Seigneur, sois fort et prends courage, espère le Seigneur".

Si vraiment nous sommes dans cette vigilance, nous pouvons faire nôtre cette parole de psalmiste.

 

Amen.


Mardi 6 novembre 

Ph 2, 5-11 : Abaissement et élévation du Christ.

Ps 21

Lc 14, 15-24 : Sur les invités qui se dérobent.

 

C'est la deuxième fois qu'il y a un interlocuteur de Jésus qui a une parole juste et non conflictuelle avec Jésus ; souvenez-vous, la première fois c'était l'Évangile de ce dimanche : le scribe qui dialogue avec Jésus, ne cherchait pas du tout querelle à Jésus.

Un chef des pharisiens dit : ‘heureux celui qui participera au repas dans le Royaume des Cieux’.

Il a raison et il ne cherche absolument pas à prendre Jésus au piège.

 

La participation au festin des noces, au repas dans le Royaume, c'est ce à quoi nous sommes tous appelés, c'est le désir de notre cœur : prendre place à la table du festin.

Le festin messianique est une promesse de l'Ancien Testament, Jésus l'accomplit en lui-même : son dernier repas, au cours duquel il va instituer l’eucharistie est une figure, une anticipation de ce festin des noces ; nous avons les multiplications des pains dans la plaine ou dans le désert ;

nous avons ce repas pris au bord du lac de Tibériade après la résurrection de Jésus : quelques poissons grillés attendent les disciples qui étaient sur la barque.

 

Participer à ce repas, (à un festin), c'est comme connaître à nouveau la joie de l'Éden des premiers temps (que nous avons perdu), où il y avait à manger en abondance, sans se forcer, sans être dans la peine de la culture de la terre ; il suffisait de tendre la main (ne pas se tromper d'arbres, ceci étant) ; il suffisait de prendre pour se nourrir.

 

C'est vraiment notre désir ; mais néanmoins, notre chair, (nous sommes là dans cette dichotomie telle que nous présente l'Évangile), notre chair se rebelle contre ce désir-là, puisqu'il y a trois personnages qui résistent ; ils n'ont pas le temps : le premier est occupé par ses activités, l'autre par ses acquisitions,  le troisième par la sexualité ; ils n’ont pas le temps, ils ont besoin de différer alors que leur cœur désire ou en tout cas, le cœur de tout homme) désire participer à ce repas.

Il y en a qui sont prêts et qui n'osent pas le dire : ce sont les pauvres, les estropiés, les boiteux.

Ils y vont à ce repas-là.

 

L'idéal, pour ne pas mettre en colère le Maître, le Père, (le Père du Ciel), c'est d'avoir la même attitude que les pauvres tout en étant dans l'activité, tout en étant occupé et faisant partie des premiers appelés mais avoir la même attitude qu’eux, pour être prêts à entrer dans cette salle.

 

Alors, quel est l'inverse de l'activité, de l'acquisition et de la sexualité ?

C'est la pauvreté, chasteté et l'obéissance, cette attitude-là que tout homme peut, en suivant ces trois conseils évangéliques à la façon des consacrés, des religieux, religieuses, des prêtres ; tout baptisé peut suivre ces conseils-là. Chacun peut entrer de cette façon-là.

 

Ce repas n'est pas uniquement un notre mort, il n'est pas uniquement à chaque eucharistie, il est à chaque instant, pour peu que nous posions sur notre cœur une garde ;  une garde précisément, pour que nous demeurions chastes, pauvres et obéissants, que nous le soyons à chaque instant. Et alors, ce festin des noces nous est promis et se réalise à chaque instant, chaque rencontre, chaque événement.

 

Il est important de nous rappeler que nous nous préparons à vivre la fin de l'année liturgique et que nous avons besoin de grandir en vigilance, pour pouvoir accueillir, quand il viendra, le Seigneur.

 

Sans le Christ, nous ne pouvons rien faire et sans lui, nous ne pouvons pas poser une garde à notre cœur ; sans lui, nous ne pouvons pas rentrer dans ce repas des noces ; sans lui, nous ne pouvons pas grandir dans la pauvreté, la chasteté, l'obéissance.

 

Demandons qu’il nous permette de vivre comme lui, comme lui, que nous gardions les commandements de son Père, comme lui, que nous puissions garder ses propres commandements : poser cette garde sur notre cœur et être prêts à entrer dans cette salle de noces.

 

Amen.


Dimanche 4 novembre 

Dt 6, 2-6 : L’amour de Dieu, essence de la Loi.

Ps 17

He 7, 23-28 : Immutabilité du sacerdoce du Christ. Perfection du grand prêtre céleste.

Mc 12, 28b-34 : Le premier commandement.

 

Chers amis, le mystère de l'Humain que, depuis la nuit des temps, nous cherchons à percer, c'est notre rapport précisément au temps et le fait, que dans nos cœurs et dans nos mémoires, nous ayons une vision très éclatée du temps (ce que vous avez vu de vous-mêmes dans votre glace ce matin, ne sera pas ce que vous verrez de vous-mêmes ce soir ;

les photos que vous avez faites lors de votre mariage, il y a 20 ans, vous renvoient une image qui vous paraît passée et voire même peut-être impossible : comment est-ce possible que j’ai été comme ça?), nous avons un rapport très éclaté, au temps et à l'histoire.

 

Hier, nous étions avec des couples qui avaient été invités par la paroisse pour célébrer leur amour et un grand nombre d'entre eux, avait apporté des albums de photos.

Ils se sont rendus compte (ils le savaient) ; les uns les autres se sont montrés les albums et en fonction du nombre d’années de mariage, (plus ça grandissait, il y a des couples qui ne sont pas forcément de très très vieux couples mais dès qu'il y a 10 ou 15 ans de mariage), ce ne sont plus les mêmes personnes.

Les photos jaunies nous renvoient, quand nous les regardons, à ce que nous ne sommes plus : une image de nous-mêmes que nous étions mais que nous ne sommes plus.

 

Il y a des saisons dans notre vie : printemps, été, automne, hiver ; les saisons de notre vie peuvent correspondre à des âges de la vie mais aussi, à des degrés de conscience différents que nous pouvons avoir de nous-mêmes et de l'environnement.

Il en est de même de Dieu, en fait : depuis toujours, le combat du spirituel c'est d'avoir un seul Dieu, un Dieu Unique comme nous voudrions avoir un cœur unique

et une perception unique de nous-mêmes et des autres et de ne pas nous laisser disperser à plusieurs perceptions.

Plus nous avons une vision très éclatée de nous, des autres et de Dieu, plus je disais en introduction tout à l'heure, la tendance pour nous, c'est la bagarre,

la violence, le règlement de compte, l'insatisfaction, une sorte d'insécurité, une peur.

Plus cette vision est unifiée, plus nous nous sentons à l’aise et c'est pareil avec Dieu.

 

Le problème c'est que Dieu, en réalité, les uns les autres, nous ne pouvons pas en avoir une connaissance directe : ça n'est pas possible.

Certains spirituels, certains mystiques qui pourraient peut-être, être très très abîmés dans la prière (par exemple) et très accompagnés par un accompagnateur spirituel, pourraient avoir une vision directe avec le Père comme Jésus connaissait son Père.

Mais en fait, nous ne sommes pas comme ça ; nous sommes en proie à des sentiments très divers : si vous avez l’un ou l'autre, prié ce matin, le sentiment que vous aurez eu de Dieu, ne sera sans doute pas le même, à midi et pas le même non plus, ce soir.

 

Alors, faut-il dire que Dieu lui-même a changé entre ce matin, ce midi et ce soir ?

Serait-il comme un pilulier : le dieu du lundi matin, ne serait pas le même que le dieu du lundi midi et encore moins celui du lundi soir et comme ça, chaque jour?

Nous n'avons pas une connaissance directe alors, quand nous parlons de Dieu, nous sommes dans les approximations (nous pouvons au mieux, parler de Jésus, qui nous conduit vers le Père) mais nous n'avons pas une connaissance directe.

 

Alors, chaque fois que nous allons en parler ou chaque fois que nous allons l'imaginer ou le ressentir, c'est comme ce que je vous disais tout à l'heure, nous allons être très éparpillés.

Si je passais le micro à chacun d'entre vous et que je vous demandais : ‘mais c'est quoi Dieu pour vous ?

Quelle expérience en avez-vous ?’

Il y aurait une centaine de réponses, toutes différentes ; nous serions très éclatés les uns par rapport aux autres et pourtant nous n’arrêtons pas de dire que nous croyons en un Dieu Unique.

Si pour un public de chrétiens, le Dieu Unique n'est déjà pas unique, alors, qu'est-ce que ça peut être dans un monde où il y a plusieurs religions qui revendiquent Dieu ?

 

Pour parvenir à cette connaissance unique de Dieu, Jésus, lui, est très concret, très pragmatique et il nous propose ‘le chemin du frère’.

Le chemin du frère : au lieu d'imaginer Dieu au gré de nos sentiments,

de nos émotions et de notre mémoire, il nous propose tout simplement de nous mettre en route vers le frère et tout ce que j'essaie de vivre avec lui, de facile,

de pas facile, qui va me remettre en question, qui va résister, va me dire quelque chose de Dieu et me faire grandir dans cette découverte.

 

Jésus nous propose une règle de réciprocité : plus je vais accepter la réciprocité entre moi et mes frères, mieux je vais connaître, ce mystère d'amour qui est au cœur même de Dieu.

Qu'est-ce que c'est cette règle de réciprocité ?

Si vous avez un peu lu ou écouté ou cherché autour de vous, vous savez qu'il y a une règle universelle qui précède le christianisme et qui n'est pas que chez les chrétiens, qui s’appelle ‘la règle d'or’ : ‘ce que vous ne voulez pas que l'on vous fasse, ne le faites pas aux autres’.

Vous avez déjà entendu cette règle d'or ?

 

Elle a deux  problèmes, cette règle d'or : le premier c'est que c'est une prescription, c’est une obligation

et le deuxième c'est qu'elle est négative : ‘ne fais pas à l’autre ce que tu ne voudrais pas que l'autre te fasse’.

C'est une règle de réciprocité et plus je vais prendre en considération l'autre, plus effectivement, mon cœur va s’unifier et ce Dieu de qui je parle,

et auquel je crois, va devenir unique dans mon cœur.

Mais je vous le redis, cette règle est une prescription et est négative.

Ce n'est pas ce que Jésus va faire ; d'abord, Jésus, vous savez, il va utiliser des exemples ; il va nous demander de faire pareil : c’est le lavement des pieds (par exemple) et puis ça va être le pardon : en de nombreuses occasions, notamment prenez l’exemple de la femme adultère : beaucoup voudraient lapider cette femme surprise en flagrant délit et Jésus, vous savez quelle est sa proposition ; il va dire très peu de choses : "celui qui n'a pas péché, qu’il lui jette la première pierre".

C'est une règle de réciprocité mais qui est basée sur du négatif et une prescription.

 

Chez saint Matthieu, au chapitre sept, il propose une règle de réciprocité, mais positive et qui ouvre à un infini et ça, c'est l'infini de l'amour, d'un cœur qui peut s’unifier à l'image du Dieu Unique.

Je vous dis cette règle de réciprocité, au chapitre sept dans l’Evangile de Matthieu : "tout ce que vous voulez que les autres fassent pour vous, faites-le vous-mêmes pour eux".

Voyez, il inverse ‘la règle d'or’ pour ne pas partir de soi mais des autres et c'est positif.

"Tout ce que vous voulez que les autres fassent pour vous, faites-le vous-même pour eux. "

 

Un infini qui s'ouvre, ce n'est pas un infini qui disperse, ce n'est pas le dieu du lundi, le dieu du mardi, le dieu du mercredi, c'est un infini qui rassemble puisque ce qui va compter pour moi (c'est l'idée : ce qu'il faudrait qui compte pour moi), c'est l'amour de l'autre, moi ; l'amour de moi et de l'autre, les deux ensemble ; je vous rappelle ce qu’on a entendu dans l'Évangile : le second commandement que Jésus a trouvé dans le livre du Deutéronome : "tu aimeras ton prochain comme toi-même", il l’intègre dans cette règle de réciprocité : "Tout ce que vous voulez que les autres fassent pour vous, faites-le vous-mêmes pour eux".

 

Eh bien, intégrer l'autre et le mettre en dialogue avec soi dans cette réciprocité, va créer un amour d'un Dieu Un, absolument unique : mon cœur se rassemble,

mon cœur a trouvé son lieu, son paradis,  il retrouve son jardin des origines,  mon cœur se réconcilie avec lui.

 

Si je pars de mon cœur, eh bien là, je pars dans tous les sens mais si je pars de l'autre et de ce que je voudrais que l'autre fasse pour moi alors non, je ne pars pas dans tous les sens  mais mon cœur se rassemble dans son jardin des origines.

Ce n'est plus le dieu du lundi matin, midi, soir ; c'est le Dieu des origines et c'est le Dieu qui m'aime, qui m'appelle et qui me recrée, qui m'attend.

 

Cette règle de réciprocité est importante, chers amis, parce qu'on a trop tendance à faire de nos pratiques religieuses, des affaires de sentiments personnels : alors on va prier seul ou en famille, on va être à genoux, on va prier mais dès qu'il va s'agir d'être un tout petit peu dans du pratique,dans du concret et dans du ‘ce qui se voit’, on n’est plus là.

Or, c'est inséparable ; le pratique, le concret, le ‘ce qui se voit’, est toujours lié (toujours, il ne faut pas le séparer mais je le dis, parce qu'on est tous comme ça, on le sépare), est toujours lié à notre prière et notre cœur.

 

Ne soignez pas trop votre cœur tout de suite, uniquement, commencez déjà par vous demander : ‘et moi par rapport à l'autre ?’

Parce que de toute façon, notre cœur on y pense et on y pense spontanément et de trop  mais : ‘et moi par rapport à l'autre ?’

Et vous verrez combien va s’unifier ce cœur et vous allez la trouver forcément et nous allons la trouver forcément cette règle de réciprocité pour ne pas faire de Dieu, un dieu éclaté et divisé.

 

Demandons à l'Esprit Saint qu’il nous aide parce que ça demande beaucoup de courage aussi, beaucoup de courage : sortir de son petit narcissisme,

 de son petit monde personnel et accepter la différence.

Nous chrétiens, la différence on en parle beaucoup, on en parle beaucoup.

Amen.


Jeudi 1 er Novembre : Fête de la Toussaint

Ap 7, 2-4.9-14 : Les serviteurs de Dieu seront préservés. Le triomphe des élus au Ciel.

Ps 23

1 Jn 3, 1-3 : Vivre en enfants de Dieu.

Mt 5, 1-12a : les Béatitudes.

 

Chers amis, cette fête, pour que nous puissions y entrer avec toute l’intelligence de l'Esprit (c’est un peu prétentieux de ma part), c'est peut-être bien de nous redire ses origines.

 Les origines de la fête de la Toussaint, c'est la mémoire que nos aïeux chrétiens faisaient de leurs propres aïeux qui étaient morts à cause de leur foi, (les quatre premiers siècles de notre ère), c’était vraiment au tout début, tout début de l'Eglise.

 

L'Eglise était une jeune fille toute naissante et elle n'avait encore pas créé et forgé de dogmes, de règles de foi.

Sa seule règle était, au fond, l'Ecriture et toutes les prescriptions qui paraissaient dans les Évangiles, dans la bouche de Jésus ou sous la plume de saint Paul.

 

Et puis, il y avait la célébration de la Pâque qui  se faisait toutes les semaines (ce que nous appelons l’eucharistie) et les frères chrétiens n’étaient pas réunis dans des églises de pierre, puisque cette installation du culte n'était encore pour eux, pas du tout permise (ils vivaient de manière un peu cachée ou un peu dissolue à l'intérieur du monde), ils se rassemblaient, comme ça, toutes les semaines, pour fêter le huitième jour : le jour de la résurrection de Jésus et la recréation du monde.

 

Et l’organisation de leurs groupes n’était pas aussi clivée que celle qu'on pourrait imaginer : ce n'était pas la secte de ceux qui avaient des chapeaux de couleur verte pour se distinguer de ceux qui avait les chapeaux de couleur rouge ;

ce n'est pas ceux qui mangeaient ceci contre ceux qui mangeaient cela ; ils étaient dans le monde avec des limites qui nous semblent parfois un peu floues, 1600 ans plus tard.

 

La seule chose qui nous est attestée,  c'est qu'un grand nombre d'entre eux sont morts martyrs (donc à cause de leur foi), parfois torturés ; donc vraiment à cause du noyau de leur foi ; c'est-à-dire, la profession de foi qu'ils ont tenue jusqu'au bout, à faire : ils croyaient en Jésus-Christ ressuscité des morts, Fils de Dieu et c'est ça qui a été pour eux, la bascule vers la mort.

 

Les générations suivantes, au moment où la paix était installée (les réalités de l'Eglise commençaient à s'enraciner et l’Eglise commençait à devenir complètement sédentaire), les générations suivantes ont voulu honorer leurs aïeux et ils se sont dit : ‘ces frères chrétiens, (donc ces frères !) ont, d'une manière tout à fait particulière, ressemblé à Jésus jusque dans sa mort’.

Ils en ont fait donc un exemple à suivre, l'exemple du martyre : aller jusqu'au bout de notre foi, même si ça doit nous coûter la vie.

Ils y ont vu une sorte de répétition de ce que Jésus a vécu vendredi Saint et Pâques avec la secrète espérance d'abord, qu'ils ressuscitent, (déjà ces frères chrétiens) et que du coup, quelques siècles après, ceux qui font mémoire d’eux, vont être en communion avec eux et, alors que parfois, vivre la fidélité à l'Évangile peut être dure mais pas mortelle,

la fidélité à l'Évangile peut être épuisante, peut s’éroder à cause de la routine (mais pas mortelle, j'insiste), ces frères chrétiens qui sont au Ciel, forment une solidarité qui stimule ceux qui restent sur la terre : voilà, c'est ça le sens de la Toussaint.

 

Nous sommes en solidarité avec ceux qui prient pour nous,

intercèdent pour nous au Ciel,

nous ont précédés et ils savent ce que coûte ‘être fidèle au Christ’ et nous, nous ne le savons encore pas complètement puisque nous ne sommes pas allés encore au bout de notre vocation, les uns, les autres mais ils intercèdent pour nous : ça s'appelle la communion des Saints.

Ça, c'est un peu l'origine de cette fête.

 

La deuxième chose qui est importante à se dire et qui puise ses racines dans l'Évangile et en particulier dans cette lettre de saint Jean, qu’on a lue ce matin : le monde  ne nous connaît pas encore, les chrétiens car, les chrétiens, comme fils de Dieu, le monde ne les connaît pas.

Le monde connaît les églises, les clochers,

il connaît ceux qui font un signe de croix,

il connaît ceux qui se réclament d’eux mais le monde ne peut pas connaître (ça c'est une vérité de la foi, j'espère que je ne vais pas vous choquer : on va aller droit au but, on ne va pas tourner autour du pot !) le monde ne peut pas connaître (il ne peut pas, quoi qu'on en rêve !), il ne peut pas connaître notre identité de fils de Dieu.

 

 Par le bain du baptême, le Père et le Fils viennent habiter en nous et nous donnent l'Esprit Saint ; ils nous donnent de collaborer et d'être fils de Dieu à l'image de Jésus qui est Fils de Dieu : nous avons une identité de fils de Dieu mais nous nous trouvons dans une situation tout à fait paradoxale ; c'est-à-dire que nous sommes dans le monde, (nous en sommes lorsque nous vivons des échanges mondains), nous sommes nés de chair, nous ne sommes pas des anges et nous avons besoin les uns des autres, quels qu' ils soient ; nous avons besoin de cette réciprocité avec quiconque, quiconque.

 

Imaginez qu'on se prive complètement de la réciprocité avec des gens qui ne sont pas fils de Dieu, ça serait même matériellement, très compliqué ; on ne peut pas rêver de ça : nous sommes dans le monde mais nous n'en sommes pas, par notre baptême.

Et le monde ne peut pas le connaître, il ne peut pas le savoir.

 

Alors, il y a deux solutions : soit on arrête d'être fils de Dieu (c'est plus simple)

soit on veut que le monde tout entier, devienne à l'image des fils de Dieu mais ça n'est pas en notre pouvoir ; on ne sait pas faire.

Donc on est obligatoirement depuis notre baptême, quelles que soient nos prétentions (humanistes, extrémistes ou tout ce que vous voulez ; vous avez le droit d'être ce que vous voulez) mais ça reste comme ça :

On est en situation, au fond de nous-mêmes, (dans notre cœur) et en relation avec les autres, on est dans une situation de ce que l'on appelle de crise (ce n'est pas que c'est le bazar), c'est que l'équilibre n'est jamais atteint ;

on est dans une situation inconfortable, comme si nous étions condamnés, au fond, par notre baptême, à être sur le strapontin du monde, c'est inconfortable : tous les jours, nous devons réajuster, rééquilibrer et chercher notre juste place, (déjà en nous-mêmes, pour commencer) et vis-à-vis du monde.

 

La solution, ce serait que tout le monde devienne fils de Dieu mais ça ne s'appellerait plus ‘le monde’, ça s’appellerait quoi ?

On me souffle : ‘le paradis’ ; même pas mais pourquoi pas ?

Ça s'appellerait le Royaume et ce Royaume, Jésus, nouveau Moïse au sommet de la montagne à partir de laquelle il va prêcher les Béatitudes, ce Royaume est déjà à l'œuvre, il est en route : tous ceux qui vont vivre comme Jésus, proches de lui, à la manière de nos aïeux que l'on appelle les saints.

Oui, ils sont déjà ici et maintenant, dans le Royaume mais c'est en cours: "la création gémit des douleurs de l'enfantement" ; ce Royaume est en cours mais il n'est pas installé ; il est au mieux, dans notre cœur (au mieux et encore, parce que c'est un équilibre précaire, tous les jours, comme quelqu'un qui chaque jour doit redire à celui ou à celle qu'il aime, chaque jour, doit lui redire : je t'aime).

Ça n'est pas définitif ; ce Royaume n'est pas définitif, il est en route en nous et autour de nous.

 

Le monde ne peut pas connaître notre identité de fils et parfois même, nous avons du mal à la percevoir nous-mêmes.

Vous voyez un peu la situation, le déséquilibre permanent dans lequel nous nous trouvons.

Alors, on a besoin (là, toujours) de cette communion avec nos frères, les Saints.

 

Troisième chose, le premier réseau social au monde, le premier Internet qui a existé dans l'histoire c'est la communion des Saints.

Le premier serveur qui ne coûte absolument rien et qui ne détruit aucune énergie et ne produit pas de carbone, c'est l’eucharistie car nous sommes mis en lien les uns avec les autres sur la terre, entre nous et terre et Ciel, non pas avec nos outils de communication mais avec la communion des Saints.

 

Dites-vous bien qu’en cet instant, à l'heure où je vous parle, il y a quelque part dans le monde, des frères qui sont en train de se coucher après avoir célébré l’eucharistie (où vous voulez : la banquise, la brousse, la ville).

A l’heure où je vous parle, il y a des frères qui se réveillent à peine et qui vont plus tard, célébrer l’eucharistie.

À l'heure où je vous parle, il y a des frères qui sont dans des situations de toute nature, difficiles ou pas difficiles, peut-être même qu'ils sont obligés de vivre cachés ou bien qui sont au contraire dans des assemblées 10 fois plus nombreuses que la nôtre ; vous avez des frères partout dans le monde et à l’heure qu’il est, (forcément à cause du décalage horaire) ils sont dans des situations différentes.

 

Évidemment, ces frères, vous pouvez les rejoindre par Skype, Snapchat, Facebook (et tout ce que vous voulez) mais nous sommes, par l’eucharistie, dans la communion des Saints avec ces frères-là et je rajoute : ce que l'on ne peut pas faire avec Skype, Snapchat et Facebook, c'est la communion avec ceux qui sont au Ciel (ça, on ne sait pas encore faire).

 

Alors, vous allez vous dire : ‘on s'en fout’ ; mais non ‘on ne s’en fout pas’, parce que vous savez qu’à l’Origine, dans le livre de la Genèse, Dieu dans sa grande bonté, a révélé qu'il ne fallait pas que l'Homme soit seul : "il n'est pas bon que l'Homme soit seul".

Alors c'est vrai, que Dieu a formé un être à son image mais il lui a donné des frères et tous ceux qui nous précèdent, sont ces frères-là car, dites-vous bien que, si jamais vous vous trouvez dans une situation analogue à celle de nos frères martyrs des quatre premiers siècles : vous êtes tout seul dans l'arène ; eh bien non, puisqu'il y a une multitude de gens qui applaudissent en voyant les bêtes en train de vous déchiqueter, écarteler, couper la tête, manger les doigts, la langue, arracher les yeux, (tout ce que vous voulez).

Vous êtes bien tout seul !

Bon appétit !

Vous êtes bien tout seul, personne n'est à votre place en cet instant entre les griffes et les dents des bêtes, personne !

Si ! si ! Vous avez vos frères du Ciel et ça, ça change tout, ça change tout.

Ça s'appelle la communion des Saints.

 

La conclusion de cette affaire, c'est l'Amour ; l'Amour, car en vérité, si nous avons été plongés dans le bain du baptême c’est que nous avons été aimés par Celui qui a donné sa vie pour nous et que notre vie n'est pas une vie d'héroïsme et de martyre volontaire, notre vie est d'abord une vie d'Amour et s’il y en a qui connaissent l'étroitesse du chemin de l'Évangile, c'est parce qu'ils aiment.

Évidemment, celui qui ne connaît pas l'étroitesse du chemin de l'Évangile, c'est qu'il n'aime pas encore suffisamment.

 

On ne peut pas s'accommoder avec l'Amour,

l'Amour nous travaille,

l’Amour nous transforme et nous met en crise, nous aussi et nous déséquilibre en permanence et nous fait entrer dans un chemin de plus en plus étroit.

Voyez ce cercle (appelons-le vertueux, parce qu’on dirait vicieux, on se découragerait) et le cercle de l'Amour est d'abord un cercle tout à fait positif qui prend sa source dans l’eucharistie et se termine dans le service.

 

Lorsque nous allons regarder tout à l'heure le Corps et le Sang de Jésus, nous pouvons nous dire que c'est le Corps et le Sang de Jésus et c'est vrai.

C'est aussi le corps et le sang de nos frères et c'est aussi notre propre vie.

 

Amen.


Mercredi 31 octobre 

Ep 6, 1-9 : Morale domestique.

Ps 144

Lc 13, 22-30 : La porte étroite et l’entrée dans le Royaume.

 

La réponse de Jésus c'est, dans le texte : "efforcez-vous, (en grec : luttez), luttez efforcez-vous d'entrer par la porte étroite",

luttez, car ‘ça se bouscule au portillon’ (pourrait-on dire),

 ne vous laissez pas engourdir ;

que vos cœurs et vos corps ne s'endorment pas, ne s’arrêtent pas en si bon chemin.

Il faut tenir bon, dans la vigilance.

 

Nous sommes invités à nous identifier à Jésus qui veille, Jésus qui n'est jamais en repos : quand il emmène ses disciples à l'écart pour se reposer un peu, Jésus ne se repose pas ; très vite (l’appel), la mission vient à lui (des hommes et des femmes en quantité, viennent vers lui) et ‘il est pris aux entrailles’ car il aperçoit là, comme un troupeau sans berger.

Jésus veille, Jésus demeure ferme dans sa vigilance.

 

Quand les disciples voudraient bien renvoyer les gens qui sont là, nombreux dans la plaine, affamés, Jésus leur répond : "donnez-leur vous-mêmes à manger",

ne vous relâchez pas.

 

Même si Jésus semble comme endormi, au fond du bateau, sur la mer agitée ; il veille : bien vite, les disciples obtiendront de lui, qu'il ouvre les yeux et qu'il calme les éléments.

 

A Gethsémani, Jésus ne va pas s'endormir, à la différence de ses disciples : il veille.

 

Et combien de fois Jésus, la nuit, va prier son Père !

 

Et quand il sera au désert, 40 jours et 40 nuits, il va tenir ferme dans sa vigilance.

 

C'est ce Jésus-là, qu'il nous faut regarder, contempler aujourd’hui : il lutte ; nous luttons pour ne pas nous engourdir car ‘ça se bouscule au portillon’.

 

Il ne suffit pas de dire qu'on a entendu parler de Jésus ; encore faut-il que nous désirions très fort entrer avec lui dans la salle des noces car c'est pour nous, l’époux et si c'est notre époux, eh bien, ne nous endormons pas : notre cœur aime.

 

Amen


Dimanche 28 octobre : Baptême de Marie-Lou et Emmy

Jr 31, 7-9 : Restauration promise à Israël.

Ps 125

He 5, 1-6 : Sacrifice terrestre : au jour de sa chair.

Mc 10, 46b-52 : L’aveugle de la sortie de Jéricho.

 

Le Seigneur par sa grâce, faisant toujours des choses bonnes : nous avons en ce jour deux baptêmes et cet Évangile qui vient d'être proclamé : cette histoire de cet homme qui est aveugle et qui va recouvrer la vue.

Il y a d'autres aveugles dans l'Évangile : chez Matthieu, à Jéricho, (il n'y en a pas qu'un seul), il y en a deux, anonymes.

Chez Luc, il n'y en a qu'un mais il n'a pas de nom.

Chez Marc, c'est Bartimée

et chez saint Jean, il y a un aveugle de naissance qui est guéri mais non pas à Jéricho mais à Jérusalem, à côté de la piscine de Siloé.

Il semblerait que Jésus aime bien guérir des aveugles, que cette guérison a quelque chose à nous dire, à nous, aujourd'hui.

 

On aimerait faire de la foi,  une appartenance à un groupe

ou bien on aimerait faire de la foi, un outil,

une méthode,

un savoir être pour mieux résister aux tentations d'un monde qui bouge.

 

Or la foi, dans ce texte, (où il est tout entier question de foi), ne parle ni de l'appartenance à un groupe (ceux qu'on appellerait donc les chrétiens, même si le baptême est l'entrée dans un groupe, appelons ça plutôt, une communauté) et la foi dans ce texte, n'est pas non plus, un bel outil et un beau savoir-vivre,(ou un savoir être) dans un monde qui bouge.

 

C'est d'abord deux choses : question de vue et question d'audition.

Oui, les oreilles et les oreilles viennent de la tête, pour ensuite passer, (vous le savez bien, vous y êtes habitués) aux oreilles du cœur.

 

Cet homme est aveugle, il n'existe pas : il est au bord de la route, les gens passent, ils ne le voient pas ; il est transparent pour les gens et il ne voit pas les gens ; il est aveugle, il n'existe pas.

 

La foi, avant qu'elle soit, elle n'est pas (ça paraît aussi simple que ça) mais cet homme, quand il va recouvrer la vue, va se mettre donc à exister et pas lui tout seul.

Si vous avez fait attention au texte, il n'y a pas que lui qui va se mettre à exister mais la foule ne sera plus anonyme (ni même dangereuse) : la foule va même servir à le redresser, elle va lui permettre de vivre la rencontre avec Jésus.

 

Donc, avant que cet homme recouvre la vue, il n'existe pas, (pas plus que les gens) et tout d'un coup, il est question d'une écoute,

une écoute primordiale,

un murmure,

un son, cet homme entend une rumeur : quelqu'un passe.

 

La foi est écoute,

elle est écoute d'un bruit

ou d'une rumeur qui va, à un moment donné, s’adresser à ce coin du cœur qui, depuis les origines, a entendu et a mémorisé la parole créatrice du Père : ‘Que cela soit et cela est’.

Nous avons tous ça, au fond du cœur et nous savons que les premières paroles du papa ou de la maman adressées à l'enfant à sa naissance, restent imprimées toute sa vie, dans la langue dans laquelle ces paroles ont été prononcées et elles s'impriment parce qu'elles rejoignent là, plus profondément encore, cette parole du Dieu Créateur : au commencement la terre était informe et vide et Dieu dit : ‘que cela soit et cela est’.

 

Cet homme Bartimée, qui n'existe pas,

qui n'est pas encore engendré dans la foi, c'est une parole (et avant d'être parole, murmure ;  avant d'être murmure, bruit de celui qui passe), qui vient résonner à ses oreilles.

 

Première réaction de cet aveugle, Bartinée, ce n'est pas de dire : ‘Jésus, que je devienne l'un de ton groupe’ ou ‘Jésus, donne-moi la bonne méthode pour’...

Non, la première réaction de cet aveugle, c'est de reconnaître combien il a besoin de Jésus : ‘prends pitié de moi’.

Cet homme qui est mendiant au bord de la route, (imaginez un aveugle mendiant au bord de la route) ; il se passe deux choses pour lui : la première, c'est qu'il est dépendant et par la force des choses (et par des logiques sociales que beaucoup de savants ont analysées), quelqu'un qui est dépendant, son univers social maintient cette dépendance.

Cet homme qui ne croyait pas, (n'était pas engendré encore à la foi), cet homme est donc dépendant et maintenu dépendant, au bord de la route.

 

Deuxième caractéristique de cet homme, c’est que d'autres pensent pour lui : la foule a pensé pour lui que rencontrer Jésus, ce n'était pas pour lui.

Sinon, il l’aurait prié, bien avant que Jésus passe.

C’est une deuxième caractéristique : quand nous ne sommes pas encore engendrés à la foi, c'est que nous nous laissons aller à ce que d'autres pensent pour nous, ce que saint Jean appeler la logique du monde, la ténèbre.

 

Et à partir du moment où cet homme va entendre le passage de Jésus, (il ne va pas le voir, il va l'entendre), il ne va plus dépendre de la foule

et il ne va plus se laisser aller à ce que les autres pensent à sa place ;

il va tout de suite établir le contact : ‘Seigneur j'ai besoin de toi’ (non pas : ‘je suis dépendant de toi’ ; ‘j'ai besoin de toi’).

Le ‘prends pitié’, ça n'est pas : ‘Seigneur, j'ai péché contre le premier commandement, deux fois ;

ou j'ai péché contre le deuxième commandement, trois fois ;

ou j'ai péché contre le troisième commandement, une fois ; ce n'est pas ça qu'il dit.

Il dit : ‘j'ai besoin de toi, je ne suis pas dépendant ; je n'attends pas tu me dises ce qu'il faut faire’ ; il dit : ‘j'ai besoin de toi’ et le contact continue à s'établir et nous voyons naître et renaître cet homme : que veux-tu que je fasse pour toi ? (Ce n'est pas : ‘il faut que tu fasses telle chose’)

Que veux-tu que je fasse pour toi ?

-                      Que je vois !

 

Tout à l'heure, quand ces enfants, (avec l'aide de leur parrains, marraines) Emmy et Marie-Lou vont recevoir la lumière allumée au cierge de Pâques, je vais dire : ‘recevez cette lumière de la foi’ ; parents, parrains, marraines, vous avez la charge de la maintenir allumée, cette foi-là qui est vision, (à travers cette flamme) car, lorsque le Seigneur viendra, Emmy et Marie-Lou, chacune pour leur part, pourront, (pourront ! pourront, ce n'est pas devront), pourront aller à sa rencontre ; si le Seigneur passe dans leur vie comme il est passé à Jéricho.

 

Chers amis, la foi, c'est une affaire de vision, une affaire d'audition : que cette parole de Dieu qui, sans cesse, résonne dans  nos liturgies, qui est accessible à tous, aujourd'hui,

dans nos missels,

sur Internet,

dans nos Bibles,

en groupe,

en communauté ou à l’extérieur de la communauté ; que cette parole, nous la fassions retentir car si nous n’entretenons pas notre foi, elle est comme cette même bougie que je vais mettre dehors et qui, très vite peut s'éteindre au premier courant d'air.

Il n'y a que la parole de Dieu qui peut entretenir vive, cette foi.

 

Une dernière chose ; je vous disais en introduction : la foi, ça n'est pas appartenir à un groupe : je suis de ceux-là donc, je ne suis pas des autres (non ça n'est pas une question d'appartenance ; quoiqu’il est vrai, que tout à l'heure, vous, parents, parrains marraines, vous signerez les registres) ;

la foi n'est pas une bonne méthode, je vous le rappelle, n'est pas une façon de mieux vivre dans un monde agité (il n'est pas plus agité aujourd'hui qu’il ne l'était hier, il est autrement agité),

la foi, c'est une écoute d'une parole.

 

Saint Augustin disait, (il y a fort longtemps), lui qui était quelque part dans le Maghreb, un grand évêque du nord de l'Afrique, il disait : ‘Jésus prie pour nous, il prie pour nous car il est notre prêtre.

Il prie en nous car il est notre tête et nous le prions, Jésus, car il est notre Dieu’.

 

Bienheureux sont ceux qui, dans la foi, vont reconnaître en lui, leur voix et

bienheureux ceux qui, dans la foi, vont reconnaît en eux, sa voix et c'est exactement ce qui se passe dans cette rencontre entre cet aveugle et Jésus.

Amen.


Vendredi 26 octobre 

Ep 4, 1-6 : Appel à l’unité.

Ps 23

Lc 12, 54-59 : Savoir interpréter les signes des temps.

 

Nous sommes toujours dans ces questions de ‘temps favorable’ à l'approche de la fin de l'année liturgique, avec cette phrase que nous entendons dans l'Évangile, prononcée par Jésus : "pourquoi aussi ne jugez-vous pas par vous-mêmes ce qui est juste ? ".

 

Juger par nous-mêmes ce qui est juste, ce sont des questions de discernement, d'appréciation de ce qu'il convient de faire,

de dire,

de ne pas faire,

de ne pas dire.

C'était la nourriture de Jésus lui-même : "ma nourriture c'est de faire la volonté de mon Père".

Il accomplissait ce qui était juste, c'était son travail, sans peine, d'ailleurs.

 

Ça ne l’a pas privé, néanmoins, de quelques tensions, de grandes tensions comme par exemple à Gethsémani : "non pas ce que je veux mais ce que tu veux".

Quelques tensions là encore, (nous l'avons entendu pas plus tard qu’hier) : ‘lui qui voulait rassembler les enfants de Jérusalem’, il n'a pas réussi ‘et pourtant par sa vie donnée, il a commencé à allumer un feu sur la terre’ ; donc, un désir.

 

Le désir de Jésus est toujours juste mais ça n'est pas parce qu'il fait la volonté du Père que ce qu'il veut (et même si c’est ce que veut Dieu, son Père) se réalise présentement sous ses propres yeux.

 

Et nous-mêmes ?

Ces questions de discernement, nous y sommes tous confrontés,

 que nous soyons religieuses,

prêtre,

laïcs,

jeunes ou vieux,

que nous ayons beaucoup d'argent ou pas,

que le monde entier soit à nos pieds ou qu'au contraire, nous soyons isolés ; toujours, il faut savoir ce qu'il convient de faire.

 

En réalité, nous ne pouvons pas mettre la main sur la volonté de Dieu :

elle se révèle,

elle se donne à connaître,

elle est première : ça n’est pas nous qui pouvons la créer,

la scruter,

 la mettre sous un microscope.

Nous n'avons que des signes qui peuvent nous aider.

 

Le discernement, c'est un don.

Le discernement n'est pas lié à l'expérience,

il n'est pas lié au savoir : quelqu'un de très intelligent et qui aurait acquis une grande expérience, peut ne pas avoir ce don du discernement ;

un enfant peut l’avoir et réciproquement.

C'est un don qui nous est fait, c'est vraiment le travail de l'Esprit Saint.

 

Nous ne pouvons pas mettre l'Esprit Saint sous le microscope car il est comme le vent : il souffle où il veut.

En revanche, nous pouvons reconnaître les moments favorables, aux fruits de l'Esprit Saint.

 

Ces fruits de l'Esprit Saint, que nous célébrons à la Pentecôte : bienveillance,

joie,

paix,

charité,

bonté,

fidélité,

maîtrise de soi, tous ces fruits de l'Esprit Saint, s'ils s'installent dans notre vie, c'est que les moments sont favorables : le Royaume de Dieu est arrivé dans notre maison.

 

Alors, c'est le moment de prendre des décisions mais s’il n’y a pas ces fruits-là, il faut les demander et prier l'Esprit,

être attentifs aux signes,

en parler à un accompagnateur,

lire la parole de Dieu,

être patient, toujours patient

et se battre comme parfois, Jésus a dû se battre face à ses adversaires

ou éprouver la douleur sur son chemin vers la Croix.

 

Il n'y a que les fruits de l'Esprit qui nous permettent de savoir, si nous sommes dans les temps favorables et si nous avons ce don du discernement.

 

Sinon, remettons-nous en à un autre et prions que le Seigneur nous donne son Esprit. 


Mercredi  24 octobre : Messe votive à Jésus, Christ et Seigneur

Ep 3, 2- 12 : Paul, ministre du Mystère du Christ.

Cantique Is 12

Lc 12, 39-48 : Se tenir prêt pour le retour du Maître.

 

L'expérience nous permet de savoir quand sont "les temps et les moments favorables" : par exemple, le cuisinier va savoir, rien qu'en regardant et en humant, quand est-ce que son plat est cuit, (à force d'expérience), le moment favorable pour le sortir du four ou éteindre le gaz ; c'est le moment favorable, il le sait.

 

Une femme qui aura élevé ses propres enfants et les enfants d'une autre ; à un moment donné, acquiert par l'expérience, le sens du temps favorable pour  par exemple, permettre qu'un enfant fasse ses premiers pas sans qu’il soit tenu ou tout autre moment significatif dans la croissance et le développement de cet enfant.

Celui qui travaille la terre, acquiert par l’expérience le sens des moments favorables :

c'est le moment favorable pour semer

repiquer,

ça va être le moment favorable pour récolter.

C'est basé sur la vue,

C’est basé sur l'analyse,

l'odorat peut-être, aussi

et puis ce sens que nous avons du mal à déterminer et qui nous indique avec certitude, quand c'est le moment favorable.

 

Dans cet Évangile, ce serviteur fidèle, cet intendant censé, donne en temps voulu, "le moment favorable", (le Kairos), la ration de nourriture à chacun et celui qui est insensé ne sait pas le faire.

D'ailleurs, il ne va pas donner, il va lui-même prendre pour lui et il va s'enivrer.

 

Celui qui connaît le Christ, celui qui cherche à le connaître, ce n'est pas celui qui va l’imiter en toute chose, c'est quelqu'un qui va aller au-delà de l'imitation de Jésus ;

il va aller jusqu'à se synchroniser sur lui, être dans son temps à lui et ‘accueillir’ plutôt que de ‘vouloir’ ; accueillir ce que lui, donne, quand c'est le moment favorable.

Ça nous désarçonne puisque nous sommes plutôt maîtres de nous-mêmes et heureusement ! dans ce bas monde, (que nous sommes maîtres de nous-mêmes) mais la suite du Christ, ce n'est pas être ‘maître de nous-mêmes’.

 

Nous savons que Christ est déjà venu.

Quand nous allons célébrer Noël, nous allons célébrer une sorte d'anniversaire de sa venue.

À chaque fois que nous célébrons l’eucharistie, nous disons que nous attendons son retour.

Il est déjà venu, nous savons qu'il va revenir, nous ne savons pas quand.

 

À chaque fois que Jésus prêche le Royaume, à chaque fois qu'il prend en exemple des pauvres, il est en train de dire : ‘chez ces personnes-là, le moment favorable est arrivé ;

ils sont dans mon Royaume,

ils n'ont plus à attendre,

ils y sont, ça n'est pas pour demain ; le moment favorable est là, pour eux.

Il invite ses disciples à découvrir, peu à peu, pour eux-mêmes, la science des moments favorables en regardant les pauvres,

en regardant le lys des champs,

en regardant les oiseaux du ciel,

en regardant les aveugles qui sont guéris,

les pécheresses pardonnées.

 

Quels sont les moments favorables ?

Il y en a trois dans nos vies, ce sont des passages d'un âge à un autre (ça n'est pas le passage de la vie à la mort), ce sont les passages d'un âge à un autre dans chacune de nos vies ;  il y a deux passages (il y a trois âges, deux passages).

 

 Le passage de l'enfance à l'adolescence ; attention, ça ne correspond pas à nos enfances et nos adolescences à nous : on peut être enfant jusqu'à notre mort.

L'enfance spirituelle, c'est quand nous sommes nourris par le lait : nous ne pouvons pas manger de nourriture solide et c'est le lait des vertus élémentaires, du plus simple possible de la parole de Jésus, le plus simple possible.

Celui qui vit cela,

qui essaie de l'écouter,

de le mettre en pratique dans sa vie ressemble à une maison solide, sur le roc ; ça va être tout ce que Jésus va dire dans les 3 chapitres 5, 6, 7 de Matthieu et avec au centre : ‘on te frappe sur une joue, tu tends l'autre’.

L'élémentaire des paroles de Jésus : essayer de les écouter et de les mettre en pratique.

Parfois, on peut en rester là toute notre vie ; on croit qu'on y arrive et quand on n'y arrive pas, c'est la faute des autres ou alors on refuse de les appliquer dans notre vie, en disant : ‘ce n'est pas pour nous’.

Ça, c'est l'enfance.

 

A un moment donné, on passe à un autre âge : l'adolescence.

Je ne suis plus à mettre en pratique ou à me gratter la tête pour mettre en pratique les paroles de Jésus, elles me deviennent naturel et naturellement je reconnais mon péché et mes limites (sans que ce soit la faute des autres !) : naturellement, ça m'est difficile de présenter l'autre joue mais je ne vais pas tailler un procès aux autres, ce n'est pas la faute des autres (c'est la faute de personne, d'ailleurs).

La parole de Jésus est plus forte que moi, je le reconnais humblement, à l'adolescence et du coup,  je vais pouvoir être plus facilement dans la contemplation des êtres : en voyant quelqu'un je ne vais pas le regarder comme un adversaire,

un rival,

je ne vais pas le regarder avec jalousie,

ou envie,

je vais le regarder : cette personne va être belle, c'est un fils de Dieu,

c'est une fille de Dieu.

C'est l'adolescence : passage à la capacité de contempler.

 

Le troisième âge, l'âge adulte ; peu y parviennent et prions les uns pour les autres pour que nous y parvenions, peut-être.

L'âge adulte, c'est être avec Jésus au désert.

L'âge adulte, c'est seul, être capable de compter sur la parole de Dieu.

L’âge adulte, c'est assumer son corps et son histoire.

L'âge adulte, c'est dépendre entièrement du Christ.

L'âge adulte, c'est ne pas avoir peur des bêtes sauvages et du démon car nous pouvons compter sur la parole et sur elle seule : c'est notre trésor et notre richesse.

 

Et le passage d'un âge à un autre, ce sont les moments qui nous sont favorables mais encore faut-il que nous les percevions.

On ne peut jamais le vouloir, on peut toujours le désirer et le demander mais ça nous vient un jour, comme ça, dessus, sur le nez (d'une certaine façon) ou pas car seul Jésus, connaît les moments favorables dans nos vies.

 

Il est assez dur à la fin : "le serviteur qui connaît la volonté de son Maître et qui n'a rien préparé pour l'accomplir, recevra un grand nombre de coups".

Cette volonté, nous la connaissons, en vérité.

Nous la connaissons, chaque fois que nous célébrons l’eucharistie, elle est présente.

Ce dernier repas, il nous invite à le prendre avec lui

et boire avec lui au calice de son sang versé,

et se nourrir au pain de sa vie bien cuite.

 

Amen.


Mardi 23 octobre : Notre-Dame de la Sainte Espérance

Ep 2, 12-22 : Prière de Paul.

Ps 84

Lc 12, 35- 38 : Se tenir prêt pour le retour du Maître.

 

Nous commençons à entrer dans cette fin d'année liturgique ; nous allons être rendus sensibles par l'enseignement de Jésus, au sens de l’attente et de l'espérance,

à cette lumière que nous allons recevoir, à Noël.

La fin de l'année liturgique, (fin novembre) est un point culminant de notre année ; progressivement nous allons être entraînés à vivre le temps de l’Avent.

 

Dans cet Évangile, nous sommes à la fois mobilisés par le Christ pour être chercheurs et en même temps être cherchés par le Maître ; les deux à la fois.

Une invitation à faire de nos corps et de nos vies (qu'elles soient personnelles ou collectives) un temple, un palais Royal, tout apprêté pour recevoir le Roi.

 

Donc, ceci devrait nous mobiliser dans tous les aspects que cela peut représenter à nos yeux, chacun, différents que nous sommes :

reprendre conscience de la dignité de nos corps,

réinstaller du silence

ou de l'amour,

cultiver la joie ; tout ce que la métaphore du palais Royal et du Roi peuvent susciter pour nous.

 

Un Roi dans son palais, ne lui faut-il pas un accueil ?

ne lui faut-il pas la joie de ce qui sont autour de lui ?

ne lui faut-il pas la beauté qui convienne ?

Tout ceci peut-être, avons-nous à le remettre en œuvre dans notre vie, que ce soit au plus individuel (au plus intime) comme au plus collectif (une communauté, par exemple) :

nous apprêtons de couleurs de fête une église, alors que nous nous préparons à Noël, par exemple, pour accueillir celui qui doit venir ;

bientôt nous allons préparer la crèche, par exemple.

 

Et en même temps, c'est lui qui vient nous chercher, en même temps il vient à notre rencontre.

C'est lui, le Roi qui déjà, apprête pour lui et pour nous, la table ;

c'est lui qui frappe à la porte,

c'est lui qui s'invite.

Nous n'allons pas l'inviter, même si nous préparons tout ce qu'il faut dans nos vies ; c'est lui qui vient.

Il vient à notre rencontre.

Il nous faut les lampes allumées mais c'est lui qui est là et qui se laisse éclairer, les deux mouvements sont inséparables.

 

Et de même que nous devons cultiver cette joie,

cultiver cet amour,

cultiver ce silence nécessaire, c'est lui qui nous les donne, lui comme consolateur, il nous les donne : amour,

joie

et silence véritable.

Nous les cherchons, nous les cultivons, il nous les donne : la Terre donnera son fruit.

Amen


Dimanche 21 octobre 

Is 53, 10-11 : Quatrième chant du Serviteur.

Ps 32

He 4, 14-16 :

Mc 10, 35-45 : La demande des fils de Zébédée. Les chefs doivent servir.

 

Depuis la rentrée scolaire, souvenez-vous, nous avons eu dans la liturgie du dimanche, les annonces de la Passion que Jésus fait par trois fois à ses disciples.

Nous avons donc la première, au cours de laquelle Simon Pierre a récriminé ;

nous avons eu le deuxième où les disciples se querellaient pour savoir : ‘qui était le plus grand’

et puis nous avons là, maintenant, après quelques semaines de pause, la troisième annonce de la Passion où vous pouvez être témoins, (comme je l'ai été), de la façon dont Jésus va profiter de la demande de Jacques et Jean, pour redire qu'il est venu, Jésus, "pour servir et non pas pour être servi".

 

Vous savez, quand l'on dit notre profession de foi, chaque dimanche à la messe, (je ne sais pas si vous avez déjà fait attention, mais) nous décrivons comme une sorte de mouvement que Jésus fait du ciel vers la terre, de la terre vers le ciel ; cette espèce de parabole : je crois en Dieu le Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre (nos regards sont tournés vers le haut) et puis, quand nous disons :

 nous croyons en son Fils unique, Jésus-Christ, (nos regards progressivement descendent et descendent jusqu'aux enfers, dans lesquels il descend),

 troisième jour, il ressuscite des morts (nos regards, à nouveau s’élèvent et ils repartent vers le ciel, d'où il est venu).

 

Ce mouvement-là devrait nous expliquer, nous dire ce que cet Évangile vient rejoindre au cœur de notre vie, aujourd'hui : en Jésus, Dieu vient rejoindre

le cœur de notre existence et de ses différents moments,

de ses différentes émotions,

de ses différentes étapes.

Il n'y a aucun moment de notre vie qui n'ait pas sa place dans l'Évangile, parce que Jésus vient nous rejoindre dans tous les moments de notre vie ; on dit qu'il vient adopter notre vie.

 

J'ai quelques exemples qui vont vous parler, que j'ai trouvés dans l'Évangile en tournant les pages.

Premier exemple : (quand on tourne les pages de l'Évangile de Luc),

le Seigneur nous rejoint dans nos stérilités.

L'Évangile de Luc va commencer assez fortement : Elisabeth (celle qui va devenir la maman de Jean-Baptiste) ne peut pas avoir d'enfant.

Le Seigneur vient rejoindre cette femme et à travers elle, toutes les femmes et au fond, tous, hommes et femmes dans nos stérilités : nous n'arrivons pas à produire du fruit dans nos vies : le Seigneur vient nous rejoindre là.

 

La joie des naissances car nous voyons bien la venue au monde de Jean-Baptiste, celle de Jésus et le Seigneur vient nous rejoindre au creux de nos joies lorsqu'une naissance vient changer notre existence, que ce soit dans notre vie personnelle ou autour de nous : le Seigneur nous rejoint dans une naissance.

 

Le baptême de Jésus par Jean Baptiste (ou bien encore la mission de prophète de Jean-Baptiste), si vous le voulez bien, peut nous dire combien le Seigneur nous rejoint dans nos désirs de changement.

Au cœur de nos vies, il se trouve que nous pouvons être traversés, bien des fois, par des désirs de changement ; la routine peut nous user ;

nous pouvons être rongés par la fatigue de l'habitude

et il y a des moments dans une existence, où ça change, quand par exemple : nous quittons le lycée pour les études supérieures,

ou lorsque nous nous marions,

ou lorsque nous passons à la retraite,

nous déménageons ; voilà des changements.

Au cœur de nos changements, Dieu vient nous rejoindre en Jésus, comme il l’a fait pour Jean-Baptiste ou au cœur du baptême de Jésus.

 

Il se peut parfois que nous soyons travaillés par des aridités,

des sentiments de solitude : le Seigneur nous rejoint là ; nous ne sommes pas seuls comme ça été le cas pour Jésus : 40 jours dans le désert. 

 

Il se peut que nous soyons en proie à des durcissements du cœur,

des sentiment d'échec ;

Jésus en a connus aussi : le durcissement du cœur de tous ceux et de toutes celles qui lui en veulent et puis peut-être un sentiment d'échec quand il va prêcher à Nazareth : la foule ne l’accueille pas.

Nous sommes rejoints là, par Jésus lui-même, au creux de ces sentiments d'échec et de ces durcissements.

 

Je pourrais continuer la liste ; je vais vous citer par exemple nos désirs de repas et de fête : c'est la multiplication des pains ; Dieu nous rejoint là.

 

Et puis dans l'Évangile de ce dimanche, au creux de nos souffrances, Dieu nous rejoint aussi, (au creux de nos souffrances) comme le Fils de Dieu, au moment de sa Passion, va souffrir tel le serviteur de ce livre que nous avons entendu en première lecture ( le livre d’Isaïe) va être mené à l'abattoir,

va souffrir,

va se laisser conduire vers son lieu de souffrance.

Jésus nous rejoint jusqu'au creux de ce qui nous fait souffrir.

 

Mais qu'est-ce qui peut nous faire souffrir dans notre vie ?

Sans doute le décalage que nous éprouvons bien souvent entre nos désirs et la réalité, les fameux : ‘j'aimerais bien mais, je ne peux point’.

Ces souffrances-là, liées à ce décalage (souvent, on pense que c'est la faute des autres et puis souvent, les autres nous rappellent que ce n'est pas de la leur et que c'est quelque part en nous que se situe cette souffrance-là) ; cette soif, cette faim ; cette faim et cette soif qui nous taraudent, Jésus vient les rejoindre.

 

Il vient se faire pain,

il vient se faire source d'eau vive comme pour la Samaritaine,

il vient se faire pain comme dans le désert,

il vient se faire nourriture comme lors dans son dernier repas.

Il vient les convertir,

les adopter si notre faim devient la sienne,

la faim de Dieu de tout son peuple.

 

Si jamais nous nous laissons rejoindre dans la foi, par celui qui vient au creux de notre vie que va-t-il se passer naturellement ?

Il va se passer que nous allons le choisir comme nous le faisons au moment de l’eucharistie quand nous nous déplaçons pour communier à son Corps et à son Sang ;  nous venons lui dire : ‘j'ai faim de toi,

je crois en toi,

je veux t'adopter comme tu m'adoptes ;

tu me rejoins, je te rejoins ;

tu viens te faire pain, eh bien moi je viens te manger ;

j'ai besoin de toi ;

ma faim devient ta faim ;

tu es la porte ;

tu es le chemin que je veux emprunter ;

tu es la vie que je veux vivre.

Celui ou celle qui se laisse rejoindre par le Christ dans la foi, il peut, s’il le veut,

tout à fait librement,

conduit par l'Esprit Saint, choisir de passer par la porte du Christ,

il peut choisir vivre de sa vie,

 il peut se laisser adopter par Jésus.

À ce moment-là, sa faim n'est plus la sienne mais c'est celle du Christ, en lui.

 

La troisième étape va être toute naturelle : si c'est Jésus qui a faim en moi,

si je me suis laissé rejoindre jusqu'à être adopté par lui, je vais pouvoir dire à tous, combien leur propre faim et leur propre soif, ils peuvent les tourner vers Jésus : je peux devenir missionnaire.

 

En ce dernier jour de la semaine de prière mondiale pour les missions, nous sommes invités à nous laisser rejoindre par cette faim de Dieu et sa faim, c'est la nôtre.

La nôtre est la sienne et il veut dire à tous : ‘je désire que tous viennent à moi,

je désire que tous viennent boire à ma source et viennent manger à ma table’.

 

Quand tout à l'heure, à la fin de l’eucharistie, je vais présenter le Corps et le Sang de Jésus, je vais dire : "par lui, avec lui, et en lui".

Nous pouvons passer par Jésus,

l'adopter ;

qu'il devienne notre porte.

Mais si nous sommes passés par la porte,

si nous communions à sa vie, au moment où nous allons ressortir, nous allons pouvoir l'annoncer, en être des témoins.

 

Je vais demander à Maxime, (si tu veux bien ! qui est dans l'assemblée) peut-être aussi Noémie, ainsi que Côme, de vous approcher.

Je vais vous donner des petites prières que vous allez pouvoir donner autour de vous.

Vous allez pouvoir aller un petit peu partout dans l'assemblée, donner  au plus grand nombre possible, un exemplaire de cette prière.

Allez-y.

C'est une prière qui nous est adressée, qui vient par les œuvres pontificales missionnaires à l'occasion de cette semaine de prière et dessus nous lisons : ‘j'ai soif de toi, viens’.

Nous la prierons tout à l'heure ensemble.

 

Jésus dit à Jacques et Jean : "vous voulez siéger à ma droite et à ma gauche"?

Cela appartient à mon Père".

Et sur la croix, il y aura à la droite et la gauche de Jésus le bon larron et le mauvais larron, ça ne sera pas la place de Jacques et Jean.

Mais, peuvent siéger, proches de Jésus, ceux qui vont le suivre ou se laisser rejoindre par lui jusqu'au creux de leurs désirs qui parfois, peuvent provoquer souffrance,

soif intense,

faim très grande.

 

Eh bien, choisissons, si nous le voulons, dans l'Esprit, de nous laisser rejoindre par celui qui a faim de nous,

soif de nous et d’aller annoncer à tout cœur,

à tous les cœurs insatiables qu'ils peuvent trouver en lui une fontaine intarissable,

un pain très bon,

sans limite.

 

Amen.


Vendredi 19 octobre : messe votive à l’Esprit Saint

Ep 1, 11-14 : Le plan divin du salut.

Ps 32

Lc 12, 1-7 : Parler ouvertement et sans crainte.

 

Voilà deux séquences, (on pourrait dire) dans cet extrait de l'Évangile, une adresse aux pharisiens, qui nous redit quelque chose que nous avons déjà  entendu : ‘méfiez-vous de l'hypocrisie des pharisiens’ et puis ensuite, juste avant de parler de la crainte que les disciples peuvent éprouver, il est question de révéler ou de dévoiler tout ce qui est caché, tout ce qui est dit en cachette.

 

Nous pouvons déjà nous dire, pour commencer, que Jésus vient toucher ce qui, en nous parfois, nous pose problème,

nous inquiète, c'est-à-dire la crainte, la peur.

 

La peur engendre la peur, d'ailleurs ; il y a, au creux de notre vie, un dynamisme qui peut nous paralyser et qui s'appelle chez nous, la peur.

On peut commencer et les disciples ont vécu cela : la crainte des ennemis, la crainte de ceux qui persécutent et nous avons dans notre histoire, nos frères et sœurs chrétiens qui, par le passé lointain, (parfois proche), ont connu la crainte et nous savons que ‘la crainte n'évite pas le danger’ puisqu'ils ont connu la crainte de la persécution et sont tombés sous le poids de la persécution, comme martyrs.

 

Mais  cette crainte peut nous paralyser et c'est précisément la portée de la parole de Jésus : il nous invite à ce que nous défaisions en nous, tous ces liens qui nous paralysent

et transformions cette crainte (crainte du danger) en une crainte de Dieu, ce qui est déjà, tout différent : Dieu ne peut pas nous paralyser, Dieu nous libère.

 

Je vous propose une image, elle vaut ce qu'elle vaut ; c'est que : si jamais nous sommes soucieux de la propreté de notre maison, à un moment donné, on va cesser de mettre la poussière sous le tapis.

Ça va bien cinq minutes, quand on fait le ménage.

Béatrix, tu vois un tapis, tu vois la poussière et quand on est parfois pas très courageux, la poussière, on va la cacher : on va la cacher sous le tapis,

on va la cacher dans un coin

ou on ne va pas la regarder.

Mais ça ne dure pas longtemps cette affaire-là.

 

Alors, on va se dire : ‘il va falloir que j'enlève la poussière de sous le tapis,

j'enlève la poussière des coins’ et ça peut m’occuper longtemps.

 

On peut passer à une phase supérieure qui serait la tentation de dire : ‘je veux que ma maison soit très, très propre (ce sont ceux qui sont frappés d'une forme d'excès dans leur propreté, maniaquerie) ; ils vont dire : ‘je vais enlever le tapis ; il n'y aura plus de tapis, comme ça je ne risquerai pas d'avoir des nids de poussière sous le tapis

et je vais enlever tout ce qui pourrait être une cachette à poussière.

 

Sauf que ça ne marche pas. : dans notre cœur, on ne peut jamais enlever ces coins et ces recoins, on ne peut pas enlever les tapis.

Par contre, on peut en permanence, enlever la poussière.

 

Ce dynanisme qui consiste en permanence, sans jamais se lasser,

sans jamais désespérer de soi-même

ni de notre intérieur, ce dynamisme du ménage (si j’ose dire) est un dynamisme spirituel très vertueux : ni abandonner,

ni vouloir tout enlever

mais ce ménage là, ce dynamisme du désir.

 

N'éteignons jamais le désir (d'abord, on n'y arrivera pas, sans quoi, on tombe dans une dépression profonde) mais laissons-nous emporter par ce désir.

Il est bon, d'ailleurs et Dieu dans sa bonté radicale, ne peut que nous entraîner à ce qu'en permanence, nous soyons dans cette quête.

 

Une quête, (c'est une image la poussière, entendons-nous, c'est une image) mais nous pourrions éteindre toute quête, en mettant tout sur le tapis ou en virant tapis et meubles.

Non !

 

Notre quête a besoin d'avancer de cette façon-là: c'est l'Esprit Saint, raison pour laquelle dans cette eucharistie, je vous ai proposé de prier l'Esprit Saint.

C'est lui qui nous éclaire,

qui met en route ce que nous avons renoncé à faire : le ménage ;

qui nous met en route dans ce ménage-là

et qui nous évite de mettre à la poubelle trop vite, tapis et meubles.

Non, ne faisons tout surtout pas ça.

 

Cet Esprit Saint ouvrira délicatement toutes les portes qu'il faut ouvrir en nous,

il nous révélera délicatement tous les coins vers lesquels il nous faut aller

et il nous remettra en route, chaque fois que nous avons la tentation d'abandonner.

 

Une fois que je vous ai dit tout ça, vous oubliez très vite l'image du tapis,

de la poussière

et de l'aspirateur et vous le transposez à vos vies : cet Esprit, qui vient révéler tout ce qui est caché et qui nous libère de tout ce qui nous paralyse.

 

Amen.


Jeudi 18 octobre : ST LUC

2Tm 4, 10-17b : Recommandations suprêmes.

Ps 144

Lc 10, 1-9 : Mission des 72 disciples.

 

Dans les manuscrits originaux de l'Évangile de Luc, on lit que le Seigneur envoie ses disciples (70 ou 72, ça dépend des manuscrits) et seulement st Luc, fait référence à cet envoi de ces 70 ou 72), une sorte de deuxième envoi en mission.

On retrouve ce même nombre, nous sommes dans le livre de la Genèse au chapitre 10, la table des peuples : (pareil, selon que nous soyons en hébreu ou en grec), ils sont 70 ou 72.

Peut-être alors, Saint Luc a-t-il retenu du cœur de Jésus, son désir universel et quand il écrit les Actes des Apôtres, (donc, tout de suite après l'Évangile de Jean, dans le Nouveau Testament) on voit bien comment st Luc rapporte cette expansion universelle de l'Eglise,

comment le cœur de Jésus se déploie dans l'Esprit Saint.

 

Quoi qu'il en soit, les disciples sont équipés (on pourrait dire) de la puissance de Jésus et qu'ils ne se formalisent pas en chemin, sur tout ce qui pourrait être barrière culturelle, prescription alimentaire ;

qu'ils mangent ce qu'on leur donne ;

qu'ils aillent où on les accueille, point.

Le cœur de Jésus, là encore, fait éclater quelques limites cultuelles et culturelles qui pouvaient exister en son temps.

 

Mais d'où vient cette puissance des disciples ?

Et d'où vient cette puissance que nous avons en nous-mêmes, nous qui sommes disciples de Jésus, aussi?

 

Nous savons que, ce qui vient beaucoup batailler dans nos vies, dans nos cœurs, ce sont les esprits de convoitise et de suffisance et que ces esprits viennent ébranler notre cœur : ils viennent faire tomber ce qui en nous, tout ce qui serait fruit de l'Esprit Saint mais pas solidement arrimé.

Vous savez que notre vocation, c'est de déployer les fruits de l'Esprit dans nos vies mais s'ils ne sont pas suffisamment arrimés à l'arbre, ces fruits peuvent tomber par terre et se gâter.

Alors, la convoitise,

la suffisance,

la vaine gloire viennent secouer l'arbre de notre âme et ces fruits tombent par terre ; ils se gâtent.

Mais n'ayons pas peur !

Au fond, notre âme en est ainsi purifiée et elle le sera d'autant plus que, à terme, ce sont la suffisance et la convoitise qui finiront par mourir.

 

Qu'est-ce qui est puissant dans l'Évangile de Luc ?

N'est-ce pas le cœur de Marie ?

Celle qui a accueilli le message de l'ange,

celle qui lui a dit :’oui’

et celle qui médite dans son cœur, tous ces événements.

Plusieurs fois, Luc nous rappelle combien Marie médite cela.

Le cœur de Marie est sans doute, le cœur purifié,

humble,

arrivé à cette humilité qui fait la puissance du disciple de Jésus.

 

Pour arriver à cette humilité là, vous comprenez bien, (je comprends bien aussi) qu'il faut que suffisance, vaine gloire, orgueil, tombent  par terre ; eux, qui sans cesse, viennent batailler contre le travail de l'Esprit Saint.

Marie s'est laissée travailler complètement et elle est parvenue à cette humilité qui a permis d'accueillir le Verbe, qui a permis que Jésus vienne parmi nous.

 

Luc a su dépeindre tout cela, avec une grande grâce.

Dans certaines cultures, je pense notamment en Amérique du Sud, Luc est un peintre ; avec sa palette à la main, il est celui qui a le plus (alors pas Jean-Pierre ; peintre artiste, qui peint des toiles), a su peindre le visage de Jésus,

le visage de Marie

et surtout, le visage de la miséricorde de Dieu.

 

Alors, rendons grâce pour ce que cet homme a pu transmettre à la suite de l'Eglise et à nous-mêmes aujourd'hui et surtout, demandons que nous puissions grandir dans cette humilité, à notre tour.

 

Amen.


Mercredi 17 octobre : st Ignace d’Antioche

Ga 5, 18-25 : Liberté et charité.

Ps 1

Lc 11, 42-46 : Contre les pharisiens et les légistes.

 

Jésus n'y va pas de main morte dans son propos.

On pourrait reconnaître, quand le pape François parle, des accents à peu près semblables avec autant d'image et de puissance.

 

En tous les cas, cet extrait de l'Évangile avec cet extrait de la lettre aux Galates peut  nous redire de trois choses assez simples, mais qui sont fondamentales pour nous : une source d’eau pure, que l'on peut trouver parfois au détour d'un chemin ou en montagne,

ne peut pas faire jaillir une eau nauséabonde,

ne peut pas faire jaillir une eau sale,

une eau putréfiée ; de même, un cœur qui est profondément enraciné dans le Royaume de Dieu, ne peut pas faire jaillir autre chose que : la foi, l'espérance et la charité.

Alors, sommes-nous de cette source d'eau pure ou du côté de cette source d'eau putride ?

Question qui nous est adressée.

 

De même, si nous n'avons ni huile ni feu, nous ne pouvons pas mettre en route la lampe, surtout si c'est une lampe à huile.

Si nous n'avons pas en nous l’Esprit de Dieu, nous ne pouvons pas éclairer.

 

Cette controverse avec les pharisiens et cet extrait de la lettre aux Galates nous rappellent que tout don vient d'En-Haut.

 

Amen.


Mardi 16 octobre : sainte Marguerite Marie Alacoque

Ep 3, 14-19 : La prière de Paul.

Ps 22

Mt 11, 25-30 : L’Evangile révélé aux petits enfants. Le Père et le Fils. Jésus maître au fardeau léger

 

Lorsqu'il s'agit d'amour, il faut toujours imaginer que l'on se trouve sur une ligne de crête ou sur un fil comme un funambule car l'amour est une réalité sur laquelle on se méprend très vite.

La première chose (et c'est peut-être le contexte dans lequel Marguerite-Marie Alacoque est née,

a grandi,

a découvert le Christ), c’est ce que l'on appelle dans l'histoire de la spiritualité : le jansénisme ; l'amour peut être réduit à l’obéissance à un certain nombre de préceptes et même si cette obéissance peut se faire dans la souffrance, on va dire que c'est bon car tel est le chemin de l'amour ; quelque chose que l'on peut résumer (avec quelques excès, peut-être) : dire que dans ce versant-là de l'excès de l'amour, on a affaire à une réalité très froide, très métallique, très légaliste.

Et l'autre côté, ce serait (ce que parfois les statues du Sacré-Cœur nous laissent deviner), c’est-à-dire un amour dégoulinant, plein de… volonté …attention presque collante et sucrée comme un bonbon, un amour qui veut absolument qu’on s'embrasse en permanence ; c'est un excès bien entendu.

 

Quand on lit cet Évangile d'ailleurs, les deux apparaissent : le commandement et ce "demeurer dans l'intimité de Jésus" doublé par le fait que Jésus invite à ce que cet amour soit vécu en communauté par les disciples : "aimez-vous les uns les autres".

Est-ce qu'il faut le vivre comme quelque chose de très pénible, de très contraint ou au contraire, faut-il le vivre dans la chaleur d'un amour adolescent ?

Eh bien, ce n'est ni l'un ni l'autre sauf qu’évidemment, nos cœurs se balancent en fait,  entre l'un et l'autre.

 

C'est peut-être le psaume qui est intéressant, (du coup, dans cette fête) qui nous est proposé ; cette idée dynamique, le mouvement : "le Seigneur me conduit".

"Il est mon berger, il me conduit" et pour ne pas tomber d'un côté ou de l'autre de cette crête acérée, il faut plutôt marcher car si nous restons immobiles, nous risquons de tomber d'un côté ou de l'autre.

 

"Le Seigneur me conduit par de justes chemins pour l'honneur de son nom.

Si je traverse les ravins de la mort, je ne crains aucun mal" (d'ailleurs).

Le Seigneur me promet "une table, dressée pour moi" ; il me promet "des prés d'herbe fraîche".

 

C'est sans doute, toute cette promesse que Marguerite Marie, en toute humilité et sans aucune présomption, a perçu dans les visions qui étaient les siennes : c'était une mystique.

Elle a pu passer d'une jeunesse sans joie, comme il a été dit tout à l'heure (comme ça peut arriver à d'autres, d'ailleurs,) et d’une connaissance de Jésus très formelle, très scolaire peut-être (en tout cas, qui ne communiquait pas beaucoup d'amour) à une relation beaucoup plus tendre, vivante où circulait le désir en elle.

Nous sommes promis tous, à cela, chacun selon les dons qui lui sont faits.

 

Le premier ingrédient qu'il faut que nous demandions dans notre prière, c'est de celui de ne jamais nous arrêter en si bon chemin et de ne pas présumer de nos forces, car sinon, nous tombons de cette crête acérée, nous tombons d'un côté ou de l'autre, dans un excès ou l'autre.

 

C'est de nouveau le rappel que s’il y a un commandement auquel il faut obéir, c'est que peut-être celui de l'humilité, de la ‘non présomption’.

Sur ce chemin de l'amour, le Seigneur nous prend comme nous sommes et pas comme nous fantasmerions d'être.

L’amour, en Jésus, vient à nous comme nous sommes prêts à le recevoir et pas comme nous fantasmerions qu'il soit.

 

C'est un chemin de pauvreté,

de simplicité,

ou simplification.

 

Demandons cette grâce à l'Esprit Saint : il est l'amour du Père et du Fils.

Que cet Esprit nous donne de le sentir, de le recevoir et de mieux de prier encore et de le vivre avec nos frères.

 

Amen.


Lundi 15 Octobre : ste Thérèse d’Avila

Rm 8, 22-27 : Destinés à la gloire.

Ps 18a

Jn 15, 1-8 : La vigne, la véritable.

 

C'est la voix contemplative qui frappe à la porte de notre cœur et de notre communauté, à travers cette fête de sainte Thérèse d’Avila.

Ne nous y trompons pas, sainte Thérèse d’Avila était aussi une femme très active par les fondations qu'elle a menées à travers l'Espagne ; elle n’était pas simplement une femme qu'on pourrait imaginer passive, agenouillée sur un prie-Dieu du matin jusqu'au soir.

 

Ceci étant, c'est quand même la voix contemplative qui est présentée, c'est-à-dire comment un être se laisse travailler par l'Esprit Saint, (celui qui vient en nous, intercéder pour nous en gémissements inexprimables, l'Esprit du Père et du Fils) donc, quelqu'un qui se laisse travailler par cet Esprit Saint pour que son cœur se laisse unifier ; que ce cœur soit de moins en moins l'objet complètement servile de passions qui peuvent le traverser.

 

Or, d'une part nous ne pouvons pas travailler sur notre cœur (nous ne sommes pas les ouvriers du cœur, c'est l'Esprit Saint)

et de deux, nous n'avons pas d'accès à ce cœur (nous avons éventuellement des rétroviseurs ou des miroirs qui nous permettent de savoir ce qui se passe dans ce cœur,

comment diagnostiquer les maladies de notre cœur ou les progrès de notre cœur.

On ne peut pas le faire en direct, ça n'existe pas.

 

Et le premier grand rétroviseur, ce sont les autres,

c'est l'action,

ce sont les fruits : on peut juger d'un cœur bon par les fruits bons et d'un cœur encore pas suffisamment unifié, par des fruits moins bons voire mauvais.

 

‘Demeurer en Jésus’ : ce n'est pas uniquement rester assis ou à genoux (ça n'existe pas, d'ailleurs), même les ermites ne sont pas dans ce genre de choses mais c'est, en lien avec celles et ceux qui nous renvoient à nous-mêmes et aux progrès de notre cœur, être vraiment attentif à une écoute inouïe ; creuser cette écoute en nous, l'écoute d'une bonté radicale.

La parole de Dieu est l'annonce d'une bonté radicale ; pouvoir écouter cette annonce de cette bonté radicale dans nos vies.

Sainte Thérèse d’Avila était attentive à cela, à travers l'Ecriture, elle s’est laissée saisir par celui qui a été bonté pour elle ; elle a pu donc être bonté pour d'autres.

 

Creuser l'écoute, ça nous pouvons le faire (ça, par contre) et nous avons à le faire, creuser l'écoute.

Nous pouvons toujours égarer nos oreilles là où il ne le faut pas et là effectivement, nous écouterons, mais de mauvaises choses qui empoisonneront notre cœur mais nous pouvons les égarer volontairement, là où il faut, ces oreilles et c'est là que nous entendrons des paroles de bonté radicale.

En nul autre endroit que dans l'Évangile, nous ne pouvons les recevoir.

 

Amen.


Mercredi 10 octobre : ste Tanche

Ga 2, 1-2. 7-14 : L’assemblée de Jérusalem. Pierre et Paul à Antioche.

Ps 116

Lc 11, 1-4 : "Le Notre Père".

 

"Que ton nom soit sanctifié", cette sanctification du nom de Dieu, qu'est-ce que ça peut vouloir dire ?

Vouloir de tout notre cœur reconnaître la sainteté de Dieu et désirer que tous reconnaissent cette sainteté, c'est comparable à un cœur qui s'attache très fort

aux promesses du Christ,

aux promesses d’hériter du Royaume,

aux promesses de connaître la vie,

aux promesses d'être touché par l'Amour de celui ou de ceux qui viennent faire leur demeure en nous : le Père, le Fils et l'Esprit Saint.

C'est s’attacher de toute notre foi à ces promesses-là, de toute notre foi.

 

Ce n'est pas simplement s'attacher à la foi que l'on confesse, ce n'est pas uniquement dire : "je crois en Dieu le Père tout-puissant etc. " ; c'est s’attacher très fort à croire que les promesses que Jésus nous a faites, vont se réaliser pour nous : hériter du Royaume.

 

Si nous n’y croyons pas très fort, c'est en fait tout  l'inverse ; si nous regardons dans l'Évangile au chapitre 25 (l'Évangile de Matthieu, le jugement dernier),  si le Royaume n'est pas pour nous, c'est donc le contraire : la géhenne de feu,

l'éloignement de l'Amour du Père, un peu comme ce fils quitte la maison paternelle pour s’éloigner dans un pays inconnu et dépenser tout son bien.

Ça c'est quand je ne m'attache pas de tout mon cœur aux promesses que le Seigneur me fait : d'hériter du royaume.

Désirer que la sainteté de Dieu soit reconnue par tous et vouloir la reconnaître nous-mêmes, c'est croire aux promesses que Jésus nous fait.

 

Et c'est cette première demande que Jésus présente dans cette prière du "Notre-Père", cette prière qui est présentée comme capitale, comme nourriture même, prière unique.

Il s'agit de prier cette prière unique comme Jean-Baptiste l'a appris aussi à ses disciples.

 

C'est la prière de toute l'Eglise, prière unique pour tous les temps, tous les jours, comme nous, tous les jours, il nous faut recourir à la nourriture, une nourriture qui nous alimente, qui nous permet de survivre.

Eh bien c'est pareil, cette prière unique et dans cette prière unique, la première chose qui apparaît : ce désir, reconnaître la sainteté de Dieu, s’attacher aux promesses de Jésus pour nous.

 

Le souvenir que Luc a de cette prière du "Notre-Père" est différent des autres évangélistes.

"Pardonne-nous nos péchés car nous-mêmes, nous pardonnons" ; c'est-à-dire que pour lui, c'est absolument naturel que nous pardonnions (dans le souvenir que Luc a des paroles de Jésus) ; en revanche, que nous ayons du besoin du pardon de Dieu, (peut-être que ça ne nous est encore pas tellement  évident) mais la prière nous rappelle qu'il faut que cela le devienne pour nous : nous avons besoin de ce pardon du Seigneur.

 

"Et ne nous laisse pas entrer en tentation", dans la version originale de Luc, cette formule est déjà celle-là ; ce n'est pas uniquement lié au changement de traduction de l'année dernière (souvenez-vous il y a un an, on était à l'époque où nous changions le "Notre-Père").

Dieu ne peut pas suggérer le mal, ce n’est pas lui qui ‘nous fait entrer’ ; par contre, si nous nous attachons à ce désir de sainteté, aux promesses de Jésus, effectivement, il peut nous aider fort bien à ne pas nous laisser aller aux suggestions du démon, (ça c'est sûr !), donc, de connaître le sort des boucs (de Matthieu 25 au jugement dernier) ; de ne pas connaître ce sort-là.

 

Cette prière unique qui vient  nous nourrir et nourrir toute l'Eglise, hier, aujourd'hui et demain, qu'elle fasse croître en nous, le désir de la sainteté de Dieu.

 

Amen.


Dimanche 7 octobre : rentrée paroissiale

Gn 2, 18-24 : La formation de la femme.

Ps 127

He 2, 9-11 : Le sacerdoce du Christ.

Mc 10, 2-16 : Question sur le divorce.

 

Vous allez trouver que l'Évangile, pour une messe de rentrée, est un peu sévère.

Je pense qu'il va donner à causer ou d'être dans les salles à manger et les cuisines dans les 24 heures qui viennent.

Je me permets d’attirer votre attention sur le fait que Jésus fait du KT avec des grandes personnes et qu'il pointe chez eux leur cœur endurci : "c'est à cause de la dureté de votre cœur que Moïse a permis tout cela".

 

Au début de cette nouvelle année, c'est la rentrée des enfants du KT, la rentrée des catéchistes aussi et puis la rentrée de toute la communauté paroissiale.

Et alors, une communauté, qu'est-ce que c'est (une communauté chrétienne) ?

C'est un lieu où tous ceux qui ont un cœur dur sont les bienvenus.

Si on a un cœur tout propre et tout neuf et tout saint, ce n'est pas la peine de venir, on est déjà au ciel.

La communauté chrétienne c'est plutôt le lieu où on a tout à apprendre.

Je ne sais pas, Isabelle, si quelqu'un dans ta classe sait déjà tout, tout, tout, tout du français, ce n'est pas la peine ; autant qu'il passe en classe supérieure, qu'il aille voir ailleurs ; pareil, en anglais ; c'est pareil pour la communauté paroissiale.

Si on sait tout, tout, tout sur tout et que notre cœur est formidablement tendre, on peut s'économiser et puis regarder le foot à la télé le dimanche matin ou aller couper du bois.

 

 Alors qu'est-ce qu'un cœur dur ?

Pour savoir si on a tous notre place ;

(tout ce que je vais dire est vrai aussi pour les couples,

c'est vrai pour les classes,

les cours de récréations

 et la communauté), qu'est-ce qu'un cœur dur ?

pour savoir si vous avez tous passé l'examen d'entrée dans la communauté.

 

Est-ce que parmi vous, il y en a qui se croient supérieurs ?

Il faut se croire supérieur pour avoir un cœur dur ; ont un cœur dur, ceux qui se croient supérieurs.

Si vous vous croyez supérieurs, vous pouvez mettre une petite croix sur votre feuille ; c'est déjà un premier bon point pour entrer dans la communauté paroissiale :

se croire supérieur aux autres,

avoir une meilleure expérience que les autres,

avoir enduré des choses bien plus héroïques que les autres

et puis surtout avoir acquis bien des compétences, que les autres n'ont pas, évidemment et on a absolument besoin de ça : des gens qui en savent plus que les autres.

Donc, se croire supérieur.

 

Est-ce qu'il y en a parmi vous, par exemple, (ça c'est la deuxième compétence indispensable) qui ramènent tout à eux-mêmes.

Ramener tout à soi ; est-ce qu'il y en a ?

Oui ! donc, voilà ;  on a déjà quelques brebis supplémentaire dans la communauté.

Ramener tout à soi: c'est important de ramener tout à soi, parce que sinon ça veut dire qu'on est déjà parfait.

Non, on a besoin de cœurs encore assez durs, ceux qui ramènent tout à eux-mêmes, comme dans un couple par exemple : ça peut être l'homme qui ramène tout à lui mais ça peut être la femme aussi et même entre frères et sœurs.

Donc, si quelqu'un parmi vous ramène tout à lui eh bien ! bienvenue dans la communauté paroissiale.

 

Vouloir conserver son petit confort spirituel c'est-à-dire qu'il faudrait que la communauté tout entière soit, prie et ait les mêmes attitudes que moi.

A la limite, d'ailleurs, tout le monde pourrait venir prier chez moi, comme je veux ; (d'ailleurs, seulement ceux que je veux, d’ailleurs), en fait.

Si vous êtes comme ça ; eh bien ! bienvenue dans la communauté : on va bien vivre ensemble, là on a besoin d'être complémentaires.

 

Un autre cœur dur, (un autre critère) : ceux qui n'arrivent pas du tout à mettre en conformité leurs actes avec leurs paroles ; voyez, c’est : ‘faites ce que je dis mais pas ce que je fais’.

S’il y en a parmi nous, eh bien oui ! venez, venez, "venez à moi, les petits-enfants".

 

On a besoin de personnes ainsi parce qu'il n'y a que des cœurs durs qui peuvent se laisser aller à l'école de Jésus ; sinon ce n'est pas la peine d'aller à l'école.

 

Quelque chose qui est formidable : ceux qui croient qu'ils peuvent se sauver eux-mêmes et sauver les autres : ce sont les grands envoyés de Jésus.

Ils peuvent prendre la place du prêtre et même de Jésus lui-même, ils peuvent se sauver tout seul.

Ils repèrent facilement chez eux et chez les autres ce qu'il faut changer pour accéder au Ciel.

Eh bien, s’il y en a comme ça, parmi vous, venez et restez ; surtout restez, on a besoin de vous.

 

Manquer de gratuité, (alors ça c'est formidable), c'est-à-dire : ce sont tous ceux qui, parmi nous ou dans une famille ou à l'école, sont prêts à faire quelque chose mais uniquement si on les supplie et si on leur promet une grande récompense donc ce sont des services bénévoles mais payants, en fait.

S’il y en a parmi vous ; écoutez, bienvenue ! ceux qui manquent de gratuité, on en a besoin.

 

Ce qui est plus subtile, c'est de manquer de chasteté : ce sont ceux qui accaparent tout le monde, qui accaparent, c’est-à-dire : ‘tu ne pourras jamais exister sans moi, j'ai besoin de te prendre toujours sous mon ombre, parce que moi, je suis fort et j'ai un amour qui déborde, qui a besoin d’aimer beaucoup.

On a besoin de vous aussi.

 

Voici plusieurs exemples de cœurs durs que l’on peut trouver dans des couples,

que l'on peut trouver dans des familles,

que l'on peut trouver à l'école,

que l'on peut trouver dans une communauté.

 

Si vous trouvez que je suis un peu cynique : non !

C'est une sorte d'humour certes, mais pour dire qu'il ne faut pas se voiler la face : si nous voulons que la parole de Jésus fasse son effet dans notre cœur, si nous voulons vraiment qu’en nous mettant à son école, nous progressions, encore faut-il reconnaître que ‘le médecin n’est pas fait pour la personne bien portante mais pour le malade’ et que dans notre communauté personne ne peut se croire exempt de cela.

 

Et si nous commençons notre aventure ensemble, au début de cette année scolaire, c'est pour se dire : il n'y a pas de parfaits entre nous.

Et à quoi sert notre communauté ?

A grandir.

 

Ici, à l'école de Jésus, on n’apprend pas les mathématiques,

on n’apprend pas une opinion politique,

on n’apprend pas à se situer d’une façon particulière dans le monde, on apprend à ce que nos cœurs soient moins durs et nous reconnaissons que c'est grâce à Jésus, l’Unique : " par lui, avec lui et en lui".

 

Alors, je vous souhaite une excellente année, où tous, avec ce que nous sommes, (notre cœur comme il est, en devenir), nous osions aller à l'école de Jésus en lisant la parole ensemble, pour nous rappeler pourquoi nous sommes faits : pour que notre cœur se dilate, lui qui est insatiable, qu'il soit irrigué,

qu'il soit nourri,

qu'il s’attendrisse

et qu'il devienne lumineux.

"Venez à moi" vous tous et laissez venir les petits enfants à Jésus.

 

Amen.


Vendredi 5 octobre 

Jb 38, 1.12-21 ; 40, 3-5 : La Sagesse créatrice confond Job.

Ps 138

Lc 10, 13-16 : Mission des soixante-douze disciples.

 

C'est un Évangile qui appelle à la conversion, qui vient d'être proclamé : des villes païennes sont prises en exemple par Jésus, parce que ces villes-là ont été ou auraient été beaucoup plus promptes à écouter la Parole et se convertir à cette Parole, tandis que des villes qui accueillent le Messie, Jésus, (comme par exemple : Capharnaüm, Corazine, Betzaïde), ne se montrent pas du tout disposées à accueillir sa parole et à se convertir.

Donc un Évangile de conversion qui nous rappelle ce qui se joue dans nos vies depuis notre baptême.

 

Je reviens à ce fameux baptême, que nous avons reçu, souvenez-vous, quand nous étions grands comme ça (j'en ai déjà parlé en début de semaine) ; ce baptême-là ne détruit pas du tout notre liberté ; il n’enlève pas du tout notre libre arbitre.

Ça n'est pas parce que nous sommes baptisés, que nous devons être comme des moutons aveugles derrière un berger : nous pouvons à tout moment, nous échapper du troupeau, suivre un autre berger.

 

Notre baptême ne nous aliène pas ; au contraire même, (normalement), notre baptême nous donne une certaine hauteur de vue qui nous rajoute presque

une liberté supplémentaire,

une sorte de plus grande lucidité,

 une sorte de discernement presque plus grand sur nous-mêmes

et sur les choix que nous avons à faire ; soit de faire le bien, soit de faire le mal, finalement ;

soit de suivre le Christ, soit de suivre son adversaire.

 

Ces villes de Corazine, Betzaïde et Capharnaüm sont sans doute travaillées par le démon et celles qui ont accueilli la Parole, sont sans doute travaillées par la Parole de vie, avant l'heure, par le Christ lui-même.

 Nous pouvons faire le bien ou choisir de ne pas le faire, donc, choisir le mal, l'adversaire du Christ : le démon.

 

Mais n'oublions pas que demeure en nous et c'est ça que le baptême a exaucé,

c’est ça que le baptême magnifie dans notre vie.

Le baptême met la lumière sur la vérité de notre vie, c'est ce que l'on appelle notre nature ; le baptême ne l'annule pas.

 

Il y a un adage du Moyen Âge qui dit que : "la grâce ne supprime pas la nature", elle la suppose, même.

Nous ne pouvons pas être responsables de nos actes ou choisir librement si nous imaginons qu'il n'y a plus cette nature en nous.

Le fameux moi qui s'exprime quand je dis "je", suppose cette nature

qui a été visitée par Jésus,

aimée par lui,

 réconciliée par lui.

Nous ne pouvons pas être libres si nous oublions cette donnée-là.

 

Prenez l'exemple d'une épée, une épée en fer : cette épée,  on peut s'en servir pour faire du bien, pour faire du mal ; il n'en demeure pas moins qu'elle demeure en fer.

Notre nature n'est pas de fer mais notre nature, encore peut-être, nous faut-il la connaître.

Peut-être nous faut-il l'accepter!

En fait, c'est le grand combat de chacun d'entre nous : la connaître et l'accepter pour mieux être libre ; sinon on ne peut pas aimer, sinon on ne peut pas aimer.

 

Amen.


Jeudi 4 octobre : saint François d’Assise

60 ans de vie religieuse de sœur Blandine

50 ans de vie religieuse de sœur Pierrette

Jb 9, 21- 27 : La justice divine domine le droit.

Ps 26

Lc 10, 1-12 : Mission des soixante-douze disciples.

 

Tout ce que nous allons pouvoir dire de saint François d'Assise, nous allons pouvoir le dire (bien que nous avons des vocations différentes) de la bienheureuse mère Marie-Alfonse Epinger et de plein d’autres saints que nous connaissons.

 

À partir de ce texte de l’Evangile, le petit pauvre d'Assise, le ‘Poverello’ (nous sommes au XIIIe siècle) aura tout quitté, (même de manière très démonstrative), tout laissé à son père pour pouvoir se mettre aux affaires de Dieu,

se donner totalement à l'Eglise,

chercher à la reconstruire avec les pauvres.

 

Il aura été marqué d'ailleurs, par les marques de Jésus crucifié ; c'est une des raisons pour lesquelles sans doute, la liturgie a choisi de lire la lettre aux Galates où Paul va dire : "dès lors, que personne ne vienne me tourmenter car moi, je porte dans mon corps la marque des souffrances de Jésus".

 

Ceux qui ont été attentifs aux écrits de saint François, (aux fioretti) sont peut-être marqués par la grande harmonie qu'il peut y avoir dans sa vie

entre la joie, la souffrance, 

entre le petit, le laid, le méprisé et le beau,

entre la terre et le ciel ;

comment le cosmos se croise dans le cœur même de François jusqu'à aller évangéliser les loups ou bien encore rencontrer le sultan à Damiette.

 

Revenons à cet Évangile ; les tout-petits, qui sont les tout-petits ?

On dit que ce sont ceux des Béatitudes.

Les tout-petits sont ceux qui vont essayer de vivre dans leur vie, les paroles de Jésus et s'attacher à lui, vraiment ; un peu comme quelqu'un qui va planter et greffer.

Moi, je n'ai jamais greffé mais j'ai vu faire.

 

Eh bien, jusqu'à ce que nous soyons greffés à Christ, qu'il soit planté en nous ;  nous, greffés à lui : tout un temps, la plante a besoin d'avoir son tuteur et sa protection et tout un temps, la greffe a besoin d'être protégée jusqu'à sa cicatrisation et même après cicatrisation, on voit encore la marque de la greffe jusqu'à ce que ce que tout ceci par amalgame, disparaisse du regard.

Et nous ne faisons plus la différence entre la semence ou la plante toute petite et puis la plante grande et puis la greffe : tout ceci devient une seule et même réalité.

 

Le tout-petit, c'est celui qui va tellement s’attacher à l'Évangile que l'on ne va plus vérifier, voir la différence entre lui et l'Évangile ; les tout-petits sentent bon l'Évangile.

Il n'y a rien de surfait chez le tout-petit.

 

Soyez ces tout-petits (ou déjà vous l'êtes), en tout cas vous avez suivi des exemples qui le sont car ils étaient pour vous, certainement, agréables à suivre.

 

"Mon joug est bienfaisant" : il arrive parfois que nous soyons ravis par l'amour.

Peut-être vous est-il arrivé de tomber amoureux ; peut-être que ces éclats des premiers moments se sont renouvelés dans vos vies, ça peut arriver qu’un foyer, après de nombreuses années ensemble, soit encore très amoureux l'un de l'autre comme les premiers temps… Eh bien tant mieux.  

 

Ça arrive aussi avec le Christ et des gens sont ravis comme saint François, peut-être comme la bienheureuse mère Marie-Alfonse et quand on a été ravi par le Christ c'est comme quand on a vu une très belle lumière magnifier un paysage.

On ne peut pas supporter d'avoir les yeux bandés, après ; c'est compliqué.

Quand on s'est réjoui à cette belle lumière, quand on a été emporté par la beauté de ce paysage, comment supporter alors d'être dans le noir ?

Celui qui est ravi par le Christ, va se donner les moyens de continuer à suivre le Christ, avec sa pauvreté.

 

"Apprenez de moi", "apprenez de moi" ; faites de votre vie comme le travail du forgeron : le forgeron a besoin de ses outils, (d'ailleurs, il ne peut pas toucher la matière chaude avec ses mains) ; il a besoin d'outils aussi pour amplifier la force de son bras et de son poignet ; le forgeron a besoin d'outils.

C'est tout ce que vous allez apprendre du Christ, par son exemple, sa parole.

Apprenez de lui comme un forgeron apprend son métier et emploie ses outils.

 

Mais "apprenez de moi" : le forgeron a besoin du feu ; sans ses outils, il ne peut rien faire ; il a beau avoir des outils qui démultiplient sa force, s'il n'a pas le feu !...

Il a beau avoir une bonne maîtrise de son art, s'il n'a pas le feu !...

Alors, apprenez du Christ, jusqu'au bout, c'est-à-dire l'Esprit Saint.

 

Vous avez appris une manière d'être apostolique,

une manière d'écouter Jésus,

une manière de le prier ou de vivre en communauté, n'oubliez pas le feu qu’est l'Esprit Saint.

Mais ça aussi vous l'avez appris, bien évidemment.

Ne l'oubliez pas.

Amen

 


Mercredi 3 octobre 

Jb 9, 1-12.14-16 : La justice divine domine le droit.

Ps 87

Lc 9, 57-62 : Exigence de la vocation apostolique.

 

J'espère que nous avons été suffisamment attentifs à ce texte, où nous avons trois exemples de personnages qui diffèrent leur réponse définitive à se mettre à la suite de Jésus.

 Une fois, explicitement,  Jésus invite quelqu'un à le suivre ; on peut pré-supposer que les deux autres fois, il les invite mais ça n'est pas rapporté par le texte.

 

Je vous invite à accueillir ce texte de la façon suivante : nous avons été au jour de notre baptême (oui  je sais, il y a longtemps) nous avons été sanctifiés ; baptême et confirmation.

Il y a eu un petit délai entre le baptême et la confirmation, (pas énorme, normalement, pour votre âge) mais aujourd'hui, le délai est un peu plus grand : ça s'étale jusque (ça peut aller jusqu'à l'âge adulte nous le savons), dans notre diocèse c'est autour de la classe de seconde ou première.

 

Nous recevons cette puissance de l'Esprit Saint, qu'on appelle une sanctification dans nos vies, qui n'est pas qu’intellectuelle,

 qui prend tous nos corps,

qui vient nous brûler de l'intérieur,

qui rejoint notre désir,

qui crée une grande unité dans notre vie

et qui produit des fruits, les fruits de l'Esprit Saint qui ne sont pas qu'une affaire de ‘femme saoule’.

C'est quelque chose de très concret dans nos vies.

 

Il se peut que cette sanctification-là (qui est comme un feu ardent), nous ayons su  l’entretenir chaque fois que, le Seigneur passant,

chemin faisant,

sur notre route, chaque fois nous lui répondions : "oui".

Et à chacun de ces "oui", cette puissance ardente demeure, s’entretient comme lorsqu'on jette des brindilles dans ce feu-là.

 

Il se peut que cette puissance-là ce soit éteinte chaque fois que, chemin faisant,

sur notre route,

le Seigneur passant, nous répondions : "non" comme lorsqu'on jette du sable sur un feu.

 

Mais il se peut que cette puissance ardente se soit ravivée, chaque fois que nous avons été comme l'un de ces deux fils de l'Évangile, qui, après avoir dit "non" à son père, va faire ce qu'il a dit qu'il ne ferait pas ; il transforme son "non" en "oui".

Et dans nos vies cela s'appelle le repentir et la confession : c'est un moyen de raviver la flamme.

 

Nous avons vocation à être heureux et nous avons vocation à être lumineux ; pas toujours être névrosé, triste et plein de rancœur et de dents dressées contre des tas de choses qui appartiennent au passé ; nous avons vocation à la joie.

 

Il est temps (nous avons jusqu'à notre mort), il est temps d'être plutôt dans le repentir et la confession c'est-à-dire transformer les" non" que nous avons dits un jour (ce n'est pas forcément la faute des autres) en un "oui".

 

Amen.


Mardi 2 octobre : la fête des saints anges gardiens

Ex 23, 20-23a : Promesses et instructions en vue de l’entrée en Canaan.

Ps 90

Mt 18, 1-5. 10 : Qui est le plus grand ? Le scandale.

 

C'est un épisode de la vie de Jésus et de ses disciples qui doit avoir été peut-être rapporté au moins quatre fois depuis 10 jours, dans nos messes.

Donc, nous y revoilà.

 

Avec cette rencontre et cette mention à la fin de l'Évangile : "gardez-vous de mépriser un seul de ces petits : car, je vous  le dis, leurs anges dans les Cieux voient sans cesse la face de mon Père".

On est devant une réalité absolument invisible, ces anges qui sont rapportés dans plusieurs passages de l'Évangile : Jésus qui promet que les anges du Seigneur monteront et descendront, lorsqu'il rencontre Nathanaël ;

nous avons les archanges qui vont être les annonciateurs de bonnes nouvelles, notamment au moment de l'Incarnation.

Ces anges, réalité invisible, peuvent nous rassurer dans les moments les plus difficiles de notre vie, lorsque nous avons l'impression d'être dans une barque très ballotée par les flots et que,  soit Jésus n'est pas du tout dans la barque,

soit il dort extrêmement profondément.

 

Le fait de savoir qu'il y a les anges, quelque part, peut nous fortifier mais peut-être que ça ne suffit pas car ces anges ont sans doute la vocation à être vus ou en tout cas, à être honorés et il ne suffit pas de nous dire que Dieu nous protège et d'attendre passivement qu'il intervienne dans nos vies comme une sorte de magicien ou de gourou car Dieu ne fait pas ça, en réalité mais peut-être que ces anges nous appellent à améliorer notre écoute ; car s'ils sont invisibles, (peut-être que nous aimerions les voir) en tout cas, ils peuvent être entendus, ils peuvent être écoutés.

 

Donc, c'est la question de l'écoute dans nos vies ; l'écoute de trois choses, très importantes ; la troisième d'ailleurs, est plus importante que les deux premières mais nous ne pouvons pas arriver à la troisième tant que nous n'apprenons pas à écouter les deux premières.

 

Première chose à écouter : la parole de Dieu ; écouter la parole de Dieu (ce n'est pas tout de le dire, encore faut-il le faire !).

La deuxième c'est : nos corps ; apprendre à écouter nos corps, nos corps dans leurs fatigues, dans leurs désirs.

Quelqu'un qui veut être attentif à l'œuvre de Dieu dans sa vie mais qui est tout le temps à réprimer son corps ou à être complètement sourd à ses besoins ; je ne paierai pas cher pour la suite de sa vie.

Celui qui apprend à écouter la parole de Dieu et qui apprend à écouter son corps, assurément, il pourra apprendre à écouter le plus important : l'Esprit Saint ; l'Esprit Saint qui est l'opérateur logique de Dieu qui œuvre dans notre vie.

 

Tant que nous n'apprenons pas à écouter l'Esprit Saint, nous sommes très pliés sur leurs nous-mêmes et nous faisons notre volonté avant de faire celle de Dieu, même si nous croyons que nous faisons celle de Dieu : je peux venir à la messe tous les jours,

je peux avoir des exercices de piété qui se multiplient,

voire même être tout le temps à servir 1000 choses autour de moi, même les plus pauvres ; si je n'écoute pas l'Esprit Saint ; eh bien, je ne suis jamais que l'esclave de moi-même, en réalité.

 

Donc, les anges agissent, assurément mais c'est une réalité qui est encore très loin de nous et ça veut dire que nous sommes encore assez loin de Dieu, en fait.

 

Alors, il nous appartient de décider d'avancer ou pas,

de creuser davantage ou pas, notre fidélité au Seigneur.

 

Un petit conseil : célébrer les anges gardiens, ça leur fait une belle jambe (d'ailleurs je crois qu'il n'en ont pas, des jambes) mais ça leur fait une belle jambe qu’on les célèbre ; mais être attentif à ce qu'ils sont,

à ce qu'ils louent,

à leur propre action de grâce,

à leur action dans nos vies, ça, c'est bien, c'est mieux.

 

Le petit conseil c'est : nous ouvrir à un père spirituel ; il y a longtemps que je ne l'ai plus dit cela mais c'est bien de se le redire.

Celui qui est capable (ou celle ; alors je sais que c'est, en réalité, 0,5 % des chrétiens donc ça ne fait pas beaucoup ; 0,5 % des chrétiens s'ouvrent à un père ou une mère spirituelle, si on veut) mais s’y ouvrir et y être attentif, être attentif à sa propre parole dans nos vies, c'est essayer de se décoller de soi-même et d'être moins esclave de soi : ce n'est pas ‘mon moi’ qui agit dans ma vie mais c'est la douce voix de l'Esprit, dans ma vie.

 

Alors, cette réalité spirituelle et invisible, qu'on pourrait penser d'ailleurs un petit peu surannée, des anges, deviendra concrète.

S’il y en a parmi vous qui pensent que les anges n'existent pas, qu'ils n'ont pas d'intérêt ; attention ! vous êtes en train de tomber dans un précipice profond.

 

Amen


Lundi 1er octobre : sainte Thérèse de l’Enfant Jésus et de la sainte Face

Is 66, 10-14c : Jugement sur Jérusalem.

Ps 130

Mt 18, 1-5 : Qui est le plus grand ?

 

Cette petite voie,

ce petit chemin,

ce petit sentier très étroit, que Sainte Thérèse a cherché à vivre, elle ne l'a pas inventé mais elle l’a exalté, elle l’a loué.

Ce chemin c'est une personne, c'est le Christ lui-même et elle l’a extrait de sa propre pratique de religieuse mais aussi de lectrice de la Bible et de priante.

 

Au fond, c'est se dire que nos cœurs sont insatiables depuis la création du monde, ils ont soif et  ils enflent, n'ont pas d'eau mais d'orgueil.

La soif engendre la soif et parce que j'ai soif, je vais puiser à toutes sortes de puits mais des puits qui me renferment sur moi.

Le Christ est le seul à nous désaltérer et à nous donner la vie.

 

La petite voie, c'est le Christ lui-même, celui qui désenfle nos cœurs ; c'est le puits d'eau qui coule pour la vie éternelle, c'est le puits de la Samaritaine.

 

Ce n'est pas simplement un chemin dans la tête, c'est aussi un chemin pour les corps,

un chemin d’humilité,

un chemin, sans doute, de fraternité : la petite Thérèse ne vivait pas toute seule, elle était en communauté ;

un chemin de purification, de service aussi, à l'image du Christ qui était toute sa vie au service ; il était Dieu qui venait lui-même se faire petit pour que nous tous, nous le devenions et que nous soyons adoptés comme enfants du Père.

 

Jésus a donné l'exemple : il a lavé les pieds de ses disciples mais il s'est aussi fait tout petit à la crèche ; or, Thérèse a voulu se faire toute petite ; non pas pour se planquer derrière le placard mais tout simplement pour devenir ce que nous avons tous, vocation à être : ‘enfant de Dieu’.

Vous savez sans doute qu'elle avait voulu être missionnaire, parcourir le monde ; elle n'a pas pu ; néanmoins, elle a prié pour tous les missionnaires, pour la mission de l'Eglise ; donc elle ne s'est pas cachée, elle était toute ouverte et toute exposée.

 

Cette petite voie,

ce petit chemin de l'enfance, nous sommes appelés à l'emprunter, chacun selon nos capacités, avec nos corps et ses forces mais aussi avec les appels de l'Esprit, dans nos vies ; que nos cœurs se désenflent, que nous mettions derrière, au placard, notre orgueil et que nous nous laissions rejoindre et aimer par celui qui est le visage du Père.

 

Amen.


Jeudi 27 septembre : saint Vincent de Paul

Qo 1, 2-11 : Prologue.

Ps 89

Lc 9, 7-9 : Hérode et Jésus.

 

Dans l’Evangile de Luc, on n'en sait pas plus sur la mort de Jean-Baptiste, on apprend juste comme ça, de manière très laconique que Hérode a fait décapiter Jean le Baptiste.

Matthieu et Marc donnent des descriptions sanguinolentes de la décapitation de Jean le Baptiste et Luc va nous rapporter à la fin de l'Évangile, la rencontre de Hérode avec Jésus : il cherchait à le voir, il finit par le voir.

Nous savons que Hérode aura sa part dans la mort du Christ.

 

Au fond, Hérode est un peu l'image du vieil Adam, du vieil homme c'est-à-dire celui qui, après le péché des origines et par privation, ne connaît plus ce que signifie la jouissance du Ciel mais va jouir d'autres choses et en l'occurrence de la mort, de ce qui tire vers la mort.

Il va l'exprimer de maintes façons, (déjà dans la décapitation de Jean le Baptiste)  mais aussi dans sa manière très ironique de participer à la condamnation de Jésus, alors que lui-même est fasciné par cet  homme.

Il craint mais il va participer à la mort.

 

Il aura contribué à son salut et à notre salut parce qu'il va être un instrument de la mort de Jésus, ce Hérode.

Il est donc ce vieil Adam comme Saul lui-même, (avant de devenir Paul), participera aussi de la même jouissance, cette même fascination pour à la fois ce qui pourrait être le Beau, le Bien, le Bon et en même temps la mort.

Nous savons que Saul va  participer à la chasse aux chrétiens, participer aussi à leur condamnation.

Tout ceci, ne peuvent le comprendre que celles et ceux qui, parmi nous, auront renoncé aux jouissances de ce monde, aux richesses étincelantes de la terre et se laissent travailler par la grâce, par l'Esprit.

Oui, Hérode, oui, Saul et tant d'autres dans cette fascination pour la mort, la jouissance des choses d’En-Bas, ont participé au salut.

 

N'oublions pas qu'il y a de l’Hérode en nous et quand nous allons regarder tout à l'heure le Corps du Christ qui nous sera présenté, vous aurez le droit de voir : vous-mêmes, Hérode et le Christ.

 Aime qui est offert de manière unique et sans doute  incompréhensible, en dehors de ce que l'Esprit Saint produit en nous, à aimer jusque-là.

Il est ce Fils unique envoyé par le Père pour venir récupérer du produit de la vigne.

Il est ce Fils unique qui va être, à l'instar des précédents envoyés du Père, va être exécuté par les ouvriers de la vigne.

Ça n'a pas de sens humainement parlant mais c'est quand même ce qui aura été source de notre salut, ce qui nous fait vivre.

Hérode aura participé à cela.

 

Amen.


Mercredi 26 septembre : saint Côme et Damien

Pr 30, 5-9 : Paroles d’Agur.

Ps 118

Lc 9, 1-6 : Mission des Douze.

 

Ces hommes qui sont rassemblés en un groupe, (nommés les 12),

ont d'abord été appelés par Jésus,

ensuite il leur a enseigné toutes choses,

ensuite il leur a montré des signes

et maintenant il les envoie.

Il leur donne le nom d'apôtre; apôtre, l’envoyé, c'est le même mot.

 

Et ils sont envoyés dans une pauvreté radicale ; en fait, ils n'ont droit à rien et le reste, (la Providence si j’ose dire), s’occupera bien d’eux ; ils sont projetés dans une sorte de grande pauvreté, grand dénuement.

Cette expérience apostolique est nécessaire pour qu'ils n'en restent pas uniquement à une connaissance ou à une intuition mais qu'ils éprouvent le Christ lui-même.

 

Qu'est-ce que ça nous renvoie à nous et de nous ?

Ça nous renvoie que notre vie chrétienne, pour la plupart est fondée par le baptême que nous avons reçu quand nous étions grands comme ça (geste du petit bébé) et à ce baptême grand comme ça, nous n'avons pas choisi grand-chose, (nous le savons bien, c'est assez classique) mais nous n'avons surtout pas choisi de souffrir pour Jésus.

Nous avons sans doute été dans le désir de nos propres parents, que nous soyons baptisés, c'est très bien.

 

Au mieux, nous attendons du Seigneur, qu'il nous apporte bien des choses positives et nous pouvons lui confier d'ailleurs, toutes nos intentions (c'est ce que nous faisons dans nos cœurs, je présume) et dans nos intentions, il y a le salut, que nous ou d'autres  soient préservés de tout mal.

Ça, c'est bien.

 

Mais que se passe-t-il quand nous souffrons ?

Tant que nous sommes épargnés, que nos proches le sont, le Seigneur est bon !

D'ailleurs, nous ne savons pas si ce c'est le Seigneur qui épargne

ou la bonne santé,

la médecine

ou la sécurité de notre pays

ou que sais-je !

. Mais tant que nous et les autres sommes épargnés, tout va bien.

 

Parfois nous sommes touchés par le sort de ceux qui, loin de nous, souffrent, parfois.

Parfois, il se trouve que nous puissions être touchés par leur sort mais quand l’étau se resserre sur nous-mêmes, comme les apôtres : ils ne peuvent pas se cacher,

ils ne peuvent pas fuir,

ils ne peuvent pas se protéger ;

ils sont dans une situation qui les contraint, eux, à la vérité : rien ne les protège, ils n'ont rien en charge.

Alors évidemment, ils peuvent éventuellement faire marche arrière mais ce serait sans doute, d'ailleurs, se renier ; ils ne le font pas.

 

Que se passe-t-il quand le sort (d'une certaine façon,) s’abat sur nous ?

Il n'y a pas à faire, on est obligé (ou pas ! d'abord, on est très libre) de vivre ce que nous avons à vivre, au nom du Christ.

Il ne s'agit même pas, je ne parle même pas de la proclamation de notre foi prosélyte en faisant du porte-à-porte et en hurlant combien le Seigneur est bon ; mais c'est ce que nous avons à vivre et qui nous est pesant, (ce que l'on appelle les afflictions) que nous les vivions ou pas en son Nom.

Mais ça, chacun est libre de cela ; il faut surtout être libre de cela.

 

Ceux qui ne le sont pas, vont souffrir très fort et cela n'aura pas de sens.

Ceux qui sont libres, peuvent très bien dire : ‘je ne veux pas le vivre’, ils ne le vivent pas et personne n'a le droit de les juger (il n'y a aucune raison de les juger, d'ailleurs).

 Et ceux qui veulent le vivre au nom du Christ, ces afflictions, ne peuvent pas avoir raison d’eux mais c'est un engagement de la foi, c'est un passage qui est rude.

On revient à l'idée d'hier de la voie étroite et de la porte étroite.

 

Tu n'étais pas là, alors tu ne peux pas le savoir : toutes tes petites misères, Claude-Annie ; toutes tes petites misères (je parle à toi mais c'est pour tout le monde) peuvent ou pas être vécues dans la foi.

Pour celui qui les vit dans la foi, il n'y a pas de fuite possible, il va jusqu'au bout : ça s'appelle porter sa croix ; (je ne vous parle même pas de mourir à cause de sa foi, mangé par les bêtes dans les arènes romaines) ; ce sont nos petites misères ! Mais qui peuvent être pour nous un enfer.

 

Et nos petites misères, ça peut être un deuil à faire,

la maladie d'un proche,

la persécution de je ne sais pas quel voisin,

le fils qui a perdu son travail ; il peut y avoir tout ça dans nos petites misères et plein d'autres choses.

 

Il est question dans la première lecture de mensonge et dans le psaume aussi.

Celui qui dit qu'il aime Dieu et qui se dérobe devant justement cette question de ses petites misères, est un menteur.

Celui qui dit qu'il aime !

Celui qui dit qu'il aime Dieu mais qui ne se dérobe pas devant ses petites misères et les vit avec le Christ, n'est pas un menteur.

Chacun fait ce qu'il peut.

 

Amen.


Mardi 25 septembre 

Pr 21, 1-6.10-13 : Le grand recueil Salomonien.

Ps 118

Lc 8, 19-21 : La vraie parenté de Jésus.

  

C'est un des rares textes qui parle des frères de Jésus : la mère et les frères ; un texte troublant : on ne parle pas du père, peut-être était-il à son atelier ?

 Mère et frères, nous avons cette prescription de l'Ancien Testament : "tu honoreras ton père et ta mère".

Jésus pourtant semble les laisser choir à l'extérieur du cercle ; ils ne peuvent pas accéder jusqu'à lui.

Nous resterons d'ailleurs sans trop savoir, hormis ce qu'il dit, les raisons pour lesquelles cette distance se creuse.

 

Mais nous savons que sa mère est toujours présente du début jusqu'à la fin de son itinéraire et même après, jusqu'à la Pentecôte.

Dans l'Évangile de Luc, d'ailleurs, la tradition raconte qu'elle-même aurait participé à la conservation de cet Évangile jusqu'à ce qu'il soit mis par écrit; un peu comme si c'était le regard de la mère qui transparaissait dans tout ce que nous recevons dans cet Évangile :

Qui mieux que la mère peut narrer la visite de l'ange ?

Et qui mieux que la mère peut narrer la naissance du fils ?

En tout état de cause :"ma mère et mes frères sont ceux qui écoutent la parole de Dieu et la mettent en pratique".

 

Le texte insiste donc sur cette obligation,

cette nécessité,

cette difficulté aussi (car il n'y aurait pas besoin d'insister si ça n'était pas difficile), d'écouter la parole de Dieu et la mettre en pratique.

C'est une spirale, c'est celle de l'amour, la spirale de l'amour :

plus nous aimons le Christ, plus nous sommes appelés à passer par la porte étroite.

Plus nous aimons le Christ, plus la parole de Dieu se fait parfois un peu anguleuse, rugueuse, difficile et pourtant, nous l'aimons, le Christ.

Et plus nous voulons goûter à cette parole, plus elle est difficile.

Plus nous aimons le Christ, plus le Mâlin veut nous avoir au tournant, plus il nous tente.

Plus il y a de l'amour, plus il y a de la tentation : c'est une loi ainsi faite ; je n'y peux rien et je suis comme vous : je suis face à cette loi-là.

Plus nous aimons le Christ, plus nous sommes attirés profondément sur un chemin de plus en plus étroit qui ressemble de temps à autre à une crête acérée.

Plus nous aimons le Christ, plus la porte peut nous paraître furieusement étroite, absolument pas du tout conforme aux normes actuelles pour l'accueil des personnes handicapées.

C'est ainsi.

 

Et c'est en même temps une joie car plus s’installe en nous la charité, plus s’installe en nous la charité.

Peut-être que c'est ça que nous aimons, d'ailleurs : aimer l'Amour, il n'y a rien de tel : c'est le Christ.

Alors, persévérons dans la foi et dans l'espérance pour ne pas, en si bon chemin, nous arrêter.

Peut-être que ce texte met en scène ceux qui aiment le Christ et sont passés par la porte étroite et ceux qui n’y sont pas encore passés.

Allez savoir !

 

Mais la mère de Jésus est celle qui n'a jamais quitté le Fils, tout en le laissant vaquer à sa propre révélation, à la maison du Père.

 

 

Amen.


Lundi 24 septembre 

Pr 3, 27-34 : Les joies du sage.

Ps 14

Lc 8, 16-18 : Comment recevoir et transmettre l’enseignement de Jésus ?

 

Ces sentences, nous les voyons en différents endroits dans les quatre Évangiles, (surtout les trois premiers) et ils servent très communément, à l'intérieur de l'Eglise,

à justifier la mission, par exemple,

à stimuler la mission,

notre témoignage devant le monde, de notre foi.

 

Mais une autre lecture peut être faite, celle des pères de l'Eglise, notamment à la lumière de ce que saint Paul peut dire de la folie de la Croix et la sagesse du monde ou de la folie du monde et la sagesse de la Croix, avec une inversion des valeurs.

Ce que nous avons, nous pouvons le reconnaître à la lumière de l'humilité de Marie : celui qui a, c'est sans doute ce qui, aux yeux du monde, correspond à rien.

Celui qui, dans la foi, a, aux yeux du monde, est celui qui n'a pas.

Celui qui, aux yeux de la foi, est riche, aux yeux du monde, est celui qui est pauvre.

Celui qui, aux yeux de la foi est puissant, aux yeux du monde, il n'est rien.

 

Alors, celui qui va exposer, au sommet de la montagne ce qu'il a,

et éclairer,

celui qui va faire paraître au grand jour ce qui est secret, est sans doute à la lumière de Marie, celui qui est humble ; il ne va se prévaloir d'aucun trésor personnel,

aucune puissance qui ne lui soit propre mais plutôt de ce qui lui vient de la foi,

et de ce qui lui est donné.

 

C'est une invitation à renouveler notre fidélité à celui qui est source de tout bien, comme nous allons le faire dans cette eucharistie.

 

Nous déposons sur l'autel, peut-être ce que nous avons de nécessaire mais aussi ce que nous avons en trop et nous allons recevoir ce dont nous avons besoin, chacun.

C'est cela sans doute qui, aux yeux du monde, peut être un témoignage.

 

Amen.


Dimanche 23 septembre 

Sg 2, 12.17-20 : La vie selon les impies.

Ps 53

Jc 3,16- 4,3 : La vraie et la fausse sagesse. Contre les discordes.

Mc 9, 30-37 : Deuxième annonce de la Passion. Qui est le plus grand ?

 

Nous poursuivons dans l'Ancien Testament, ces lectures qui nous mettent sous les yeux ces figures (souvenez-vous, dimanche dernier) de ces personnages qui souffrent, qui semblent souffrir librement.

 Dimanche dernier, il était question d'un mystérieux serviteur souffrant dans le livre d’Isaïe, qui se laisse conduire docilement à l'abattoir et qui essuie toute la haine qui pleut sur lui, sans se dérober, aucunement.

Il est une figure (je vous l’avais dit, un peu) par anticipation, de ce qu’était Jésus, tel que nous le recevons dans notre foi (notamment, souvenez-vous, nous l’avions dit) au moment de la semaine Sainte.

 

Cette fois-ci, dans le livre de la Sagesse, il est question d'un juste (qui d'ailleurs, prétend être fils de Dieu) ; et là, on est plutôt du côté des adversaires qui veulent l’éprouver.

Essayons de rentrer, (si vous le permettez, au début de cette homélie), dans la signification de ce qui se passe.

 

Que se passe-t-il ?

Il y a des gens qui sont gênés par ce  que renvoie cet homme juste.

Alors, il dit qu'il est juste ou il paraît qu'il est juste ; il n'empêche que cette justice fait problème.

 

Ça dit quelque chose de notre cœur.

Vous savez que, dans notre manière de concevoir l'humain, nous les chrétiens, à la lumière de la Parole de Dieu, nous avons un cœur qui est fêlé  (vous le savez), depuis la Genèse et donc, nous allons voir deux choses comme les deux faces d'une même monnaie.

 

Première chose : nous voulons voir Dieu, nous avons ce désir d'absolu et d'unité en nous ; formidable !

Ces adversaires, dans le livre de la Sagesse, en éprouvant le juste : ‘si jamais le juste dit vrai, si vraiment il est fils de Dieu, alors ! Dieu va le délivrer’  donc ils verront Dieu, ces adversaires.

‘Je veux voir Dieu ; en persécutant son envoyé, je le verrai, moi, qui le cherche’.

Première face de la monnaie.

J'en conviens, (en regardant Nicole qui fait la moue), j'en conviens que peut-être, ce n'est pas une méthode qui nous paraît charitable.

Mais essayez de vous dépouiller de ce que vous avez reçu au catéchisme (ça n'obéit pas à la charité donc ce n'est pas bien : oui ! Mais…).

Les confessionnaux sont bourrés de messages qui ne sont pas bien.

‘Je veux voir Dieu, je tue son envoyé, je vois Dieu’.

Très bien.

 

Deuxième face de la monnaie : ‘ce juste m’embête car il me renvoie à moi-même, la justice que je n'ai pas, ce que je ne suis pas’.

Ça ce sont les phénomènes des cours de récréation en collège : je n'aime pas un tel parce qu’il a le sac que je n'ai pas,

il a la moustache que j'aimerais avoir;

elle a les chaussures que mes parents ne veulent pas m'offrir etc.

 

Deuxième face :

‘Je n'aime pas l'autre à cause de ce qu'il me renvoie de moi

de ce qu'il me renvoie de ce que je n'aime pas en moi,  qui me déplaît,

qui est insuffisant,

qui n'est pas à la hauteur de mes espérances,

de l'image que je me fais de moi-même.

Fort heureusement, on se fait des images assez positives de soi, sauf quand on ne s’en fait pas ; ça existe aussi : il y a des personnes qui ont une image bien d’elles- mêmes, (d’abord c'est tout à fait naturel ça aide à tenir le coup), mais il se trouve qu'il y a, dans notre environnement, il y a des lumières qui viennent de briser cette image que nous nous faisons de nous-mêmes.

Les justes sont de celles-là.

‘Je veux voir Dieu, je ne veux pas voir mon péché (si j'utilise un terme qui vient tout droit de l'Évangile).

C'est bon pour ça ?

Très bien.

 

On va passer à l'Évangile.

C'est exactement ce phénomène qui se passe entre les disciples : Jésus annonce pour la deuxième fois, sa Passion (dimanche dernier, il l’annonçait pour la première fois ; il l’annonce trois fois ; j’ai regardé dimanche prochain : on n’aura pas droit à la troisième fois).

Jésus annonce un moment important de son itinéraire, les disciples ne comprennent rien et ils sont entre eux, (vous avez bien entendu) à se quereller gentiment, pour savoir lequel d'entre eux faisait danser son ours, le mieux, devant tout le monde : "lequel d'entre eux était plus grand", lequel d'entre eux était finalement le plus enviable, d'une certaine façon.

Évidemment en s'y prenant comme ça, ça ne marche pas bien et on imagine ce qui peut se passer comme saint Jacques l’a dit dans sa lettre : une querelle peut survenir pour des raisons de jalousie ou de toutes choses, les disciples ‘se mettent dessus’ les uns contre les autres.

Voilà ce qui se passe.

 

Alors, je me suis amusé à lire dans l'Évangile, un certain nombre de prescriptions qui nous viennent de Jésus (qu'on a apprises au catéchisme) et qu'il est bon de mettre en application.

 Par exemple, quand on lit les Béatitudes, chez Saint Matthieu, on lit :

que c'est positif d'être pauvre en esprit,

que c'est positif d'être doux,

que c'est positif d'être dans l’affliction,

d'avoir faim et soif de la justice,

d'être un cœur pur,

un artisan de paix

ou d'être persécutés pour la justice.

Vous êtes d’accord ?

Ce sont les Béatitudes ; vous êtes d'accord ! (ça c'est autre chose) ; vous savez que c'est dans les Béatitudes.

Et ces valeurs positives : "heureux les pauvres de cœur, ils verront Dieu".

 

Là encore, je me suis amusé à aller plus loin dans l'Évangile, je suis allé de l'autre côté dans de l'Évangile, à la fin (Matthieu chapitre 25), ce que l'on appelle ‘le jugement dernier’ qu'on lira très certainement, vers la fin du temps ordinaire.

Il y a ceux qui ont faim,

ceux qui ont soif,

ceux qui sont étrangers,

nus,

malades

ou  en prison ; alors ça ce n'est pas positif de l’être, mais c'est positif d'aller à leur secours : c'est bien de donner à manger à celui qui a faim,

c'est bien de donner à boire à celui qui a soif,

qui est étranger, l'accueillir

celui qui est nu, l'habiller,

celui qui est malade, le soigner,

celui qui est en prison, le visiter.

 

Et je me dis : il y a trois grandes catégories de baptisés.

 

La première catégorie de baptisés, ce sont ceux qui n'entendent pas la Parole de l'Évangile et de toutes les façons, si jamais un jour, ils viennent au confessionnal, au mieux, ils diront : ‘je m'accuse de ne pas obéir à l'Évangile (pour faire bref).

Il faut que j'installe davantage la présence de Dieu dans ma vie’.

Il y a tout à faire, pourrait-on dire : ‘j'ai du chemin, je n'obéis pas.

Première catégorie, personne n'en est là, je crois.

 

Deuxième catégorie de baptisés : ce sont ceux qui vont dire : ‘j'essaie d'être un miséricordieux’: ‘j'ai été miséricordieux auprès de ma voisine, elle ne m'a jamais remercié, je ne comprends pas, pourtant je lui ai pardonné’.

 

‘Je suis engagé dans un mouvement au service de la paix et j'essaie d'en parler dans la communauté paroissiale et personne n'écoute, tout le monde s'en fiche.

Alors ça m’agace, ça m'agace, ça m'agace, ça m'agace.

Pourtant je fais ce qui est dit dans l'Évangile : je suis au service de la paix’.

 

‘Je visite des prisonniers et je suis tout seul ; toute la communauté s'en fout.

Voyez comment on est ?

Tout le monde se fiche de ce que j'essaie de faire ; je visite des prisonniers, c’est pourtant important : Jésus lui-même l'a dit dans l'Évangile’.

 

Je pourrais multiplier les exemples.

Vous voyez que le problème là, ce n'est pas tellement de faire mais : c'est de ne pas se taire, en fait ; c'est-à-dire de vouloir paraître ou de faire mousser autour de ce que l'on fait de notre obéissance à l'Évangile.

Je me fais mousser : ‘ma cause doit devenir la cause de tout le monde’.

‘Je suis triste (mais légitimement d'ailleurs, ce n'est pas du tout un effet de manche), je suis légitimement triste de voir que j'avance seul, dans l'effort qui est le mien et je n'arrive pas à entraîner avec moi d'autres et partager ma joie.

De même que j'ai du mal à me réjouir de ce que d'autres essaient de vivre à la suite de l'Évangile’ ; c'est la deuxième catégorie de chrétiens.

 

Les disciples, si vous voulez (si vous n'êtes pas complètement endormis) les disciples, dans l'Évangile que j'ai proclamé tout à l'heure, ils en sont là.

Ils suivent Jésus ; personne ne peut dire : ‘toi tu suis plus Jésus que moi’ ; ils sont tous dans le même groupe, (vous avez vu, dans le même !) mais ils se querellent parce qu'ils ne se reconnaissent pas les uns les autres, (on pourrait dire) à égalité : ils ont besoin de paraître ; c'est comme ça.

On revient à cette question de cette unique pièce de monnaie avec ses deux  faces : ‘j’ai soif de Dieu donc je vais écouter sa Parole mais je n'aime pas ce que les autres me renvoient de ma limite.

Ma limite c’est que j'aimerais que Dieu soit pour moi tout seul ou voire même, que je sois Dieu donc, qu'on fléchisse le genou devant moi-même, car je suis Dieu, tellement je le suis de près’.

C'est bon ?

Bien.

 

Il y a une troisième catégorie de chrétiens que nous sommes tous, en fait, en puissance.

On dira ça à la Toussaint ; on dira que nous sommes tous en puissance, la troisième catégorie de chrétiens : ce sont ceux qui suivent, qui font etc. les commandements, les Béatitudes, le Jugement dernier, toutes les autres prescriptions : ‘je te gifle sur une joue tu tends l'autre’ ; tu n'as pas besoin d'attendre qu'on écrive un article dans le journal pour en a parler etc… très bien ; ils font et ‘leur main droite ignore ce que donne la main gauche’,

‘quand tu pries, tu t’enfermes dans ta chambre’

 ou ‘quand tu jeûnes, tu mets du parfum sur ta tête’ ; ce sont ceux qui passent inaperçus et leur centre de gravité n'est donc pas dans l'interaction avec les autres (‘chacun faisant danser son ours dans le grand bal des dupes’) mais c'est plutôt au fond du cœur : ça s'appelle la prière, le centre de gravité est au cœur du cœur, cette respiration intérieure.

Je n'ai pas besoin d'avoir mon équilibre ; voyez un enfant qui apprend à marcher il tient les mains de deux personnes, une personne de chaque côté, pour le faire avancer ; non plus besoin ; c'est à l'intérieur que l'équilibre se fait : la prière du Fils qui prie son Père dans mon cœur.

C'est la troisième catégorie.

Nous le sommes tous en puissance, on avance là-dessus, on avance, on avance ; je vous rassure.

On en est progressivement.

 

Cet enfant que Jésus prend, il est merveilleux cet enfant.

On aura l'occasion d'en parler (parce que je dois vous avouer quand même que mon esprit étant tel qu'il est, meurtri comme plein d'autres : j'y ai vu tous les scandales de pédophilie qui traversent l'Eglise) : cet enfant accueillez-le comme il peut être accueilli avec  l'ensemble de la Bible.

 

Nabuchodonosor, ce grand roi babylonien dont on a donné le nom à une bouteille de champagne qui fait combien comme contenance ? 18 bouteilles de champagne.

Nabuchodonosor est un grand roi, ce grand roi babylonien n'était donc pas juif, il était idolâtre comme plein d'autres ; c'est-à-dire qu'ils étaient dans la deuxième catégorie de chrétiens (si vous voulez, il n'était pas chrétien non plus mais c'est bien ce phénomène de: ‘je contemple mon nombril’, c'est un peu ça ; ‘contemplez mon nombril, ça fait du bien’), un peu cette catégorie-là ; il était idolâtre.

Un jour, il façonne une idole et il ordonne à tout le monde de s’agenouiller devant elle.

Il y a trois enfants, trois enfants hébreux qui refusent.

Il y avait des hébreux dans son pays parce qu’ils avaient été déportés donc ils étaient en terre étrangère, exilés.

Trois enfants, peut-être encore typés, trois enfants innocents : ils refusent parce que leur Dieu n'est pas fait de mains d’hommes, ce n'est pas leur nombril, c'est ce Dieu vivant dans leur cœur.

Ils refusent.

Alors, il est furax Nabuchodonosor, mais un truc d'enfer et  pour le coup, tellement d'enfer, qu'il va ordonner qu'on creuse un trou et qu'on y mette une braise, d’une chaleur très très grande pour les brûler, les enfants (il était un peu fou dingue).

Il les y met, ils y vont et les enfants ne meurent pas et ils chantent : ils chantent la gloire de Dieu au creux de la fournaise.

 

Soyez comme ces enfants qui refusent l’idolâtrie.

Regardez plutôt les réalités d'En-Haut à partir de votre cœur comme cette troisième catégorie de chrétiens.

Jésus prend un enfant comme un exemple, il l’embrasse.

 

Amen.


Jeudi 20 septembre 

1Co 15, 1-11 : Le fait de la résurrection.

Ps 117

Lc 7, 36-50 : Le repas chez Simon.

 

Cette rencontre ressemble très fort à d'autres rencontres du même type, dans les Évangiles et pourtant elle est unique, unique chez Luc.

Je vous propose de la lire de s'être façon parce que cette rencontre est tellement belle qu'elle est quasiment inépuisable comme tout le texte de l'Évangile, d'ailleurs.

 

Je vous propose de considérer cette présence de cette femme, telle qu'elle est décrite à l'intérieur de la maison de Simon le pharisien ; considérez et cette femme et Simon le pharisien lui-même, comme ce que nous sommes : une personne toute entière, avec en nous-mêmes ce que l'on a coutume de dire parfois : ‘la tête et le cœur’, parfois aussi en reprenant des catégories plus classiques : ‘le corps et l'âme’.

 

Ce texte est commode : nous avons cette femme qui peut représenter en nous-mêmes cette dimension plus féminine,

plus sensuelle et désirante,

pleine de bonté et soucieuse de miséricorde (chez chacun, il y a cette dimension en lui, chez chacun, qu’on soit homme ou femme, d’ailleurs) ;

 puis cet homme, Simon le pharisien, pourrait représenter chez chacun d'entre nous, cette dimension plus masculine,

virile,

plus attachée à la justice et à la vérité,

plus hiératique comme parfois peut l’être, la vérité.

 

Tête et cœur, nous le savons, font rarement bon ménage.

Nous ne pouvons pas les séparer (sauf à couper la tête !) mais les personnes sont uniques, une ; nous ne pouvons pas les couper.

Combien de tensions, de recherches, de quêtes, de violences aussi, proviennent de cette difficulté à concilier ces deux dimensions : cette femme, cet homme.

Nous voyons bien d'ailleurs comment l’un juge l'autre et la présence de cette femme chez cet homme pose problème.

 

Et il y a Jésus.

Il va être touché par cette femme; il touchera autrement cette femme.

Beaucoup d'Amour engendrera beaucoup d'amour ; parce qu'il a été le premier à beaucoup aimer, cette femme va beaucoup aimer et dans l'intervalle, ce geste quasiment sacramentel (qui, très étonnamment, est donné par la femme elle-même) un contact, une onction va profondément pardonner.

 

Amour (je pourrais dire : aveu), pardon, amour.

Jésus va magnifier l'amour ; l'Amour de Jésus va magnifier l'amour de cette femme.

Cette dimension désirante et peut-être sensuelle de nos vies, de nos corps (nos corps eux-mêmes dans leur capacité à aimer), va être élevée par un Amour plus grand qui les précède et leur succède : c'est l'action du Verbe dans l'incarnation, Jésus qui vient visiter, Verbe, prendre chair dans la Vierge.

Il vient ainsi réconcilier l’humanité en sa chair, en elle-même.

 

Mais c'est aussi l'action du Ressuscité, lui qui descend dans nos profondeurs, aux enfers, vient nous libérer de tous nos liens ; il nous réconcilie.

 

Il ne vient pas couper et enlever cette femme ou virer ce pharisien ; il va accomplir ce geste de miséricorde qui va magnifier l'amour dans la maison de Simon le pharisien et inviter et l'un et l'autre à s'entendre, se respecter ; raison pour laquelle Paul va dire dans sa lettre aux Corinthiens qu'il faut croire en la résurrection car, ne pas croire en la résurrection a pour effet immédiat de séparer tête et cœur.

 

Amen.


Mercredi 19 septembre : St Janvier

1Co 12, 31-13,13 : La hiérarchie des charismes. Hymne à la charité.

Ps 32

Lc 7, 31-35 : Jugement de Jésus sur sa génération.

 

Peut-être que parmi vous, il y en a qui ne sont pas du tout amateurs de cimes, de hauteur, d'élévation ; il y en a qui préfèrent peut-être les plats pays, notamment ceux pour qui marcher ou faire du vélo est un peu laborieux ; alors puisqu'il faut faire de l'exercice, autant le faire dans des lieux qui ne sont pas trop éprouvants : alors on va privilégier la plaine d’Arcy ou la vélo-voie qui va de Troyes à Lusigny, parce qu'elle est toute horizontale.

Il y en a peut-être d'autres qui sont sensibles aux élévations, aux hauteurs qui permettent de mieux voir et le chemin parcouru derrière nous et mieux s'approcher des nuages et peut-être du ciel, se rapprocher de l'air un petit peu plus pur, par exemple.

 

Dans la scène qui est rapportée par Jésus, dans cet Évangile, on est vraiment au plat pays, c'est-à-dire une interaction entre des personnages qui jouent de leur influence les uns par rapport aux autres : ‘nous avons fait ceci, vous n'avez pas réagi, nous avons fait cela, ils n'ont pas réagi’.

Dans cette interaction entre ces personnages, il n'y a pas beaucoup d'amour, il n'y a pas beaucoup d’élévation, il n'y a pas beaucoup de cœur ; au fond, c'est le plus fort qui va gagner.

On se croirait dans une chronique de presse au matin, à la radio, pour savoir celui qui aboie le plus fort et qui donc du coup, se fait le plus entendre.

Il se peut parfois que nos communautés soient un peu ainsi, c'est-à-dire pas du tout élevées et c'est à celui qui va le plus influencer untel, untel, monsieur le curé ; eh bien, c’est celui-là qui va gagner ; celui qui joue le plus des coudes, qui est le plus beau, la plus belle, celui qui promettra monts et merveilles.

 

Or, saint Paul nous suggère une voie supérieure, il nous la recommande ; de toutes ses forces, il nous exhorte à la choisir : " recherche avec ardeur les dons les plus grands : foi espérance, charité", la charité lui semble plus grande encore : " je vais vous indiquer le chemin par excellence".

 

On se décolle de ce plat pays, des relations très horizontales telles qu’elles sont décrites dans l'Évangile, pour accéder à ce que Jésus appelle, lui, la Sagesse de Dieu : " la Sagesse de Dieu reconnue juste".

 

Une fois que j'ai dit tout ça en introduction, c'est pour se dire que nous sommes des vases d'argile et que nous avons au fond de nous-mêmes le trésor de l'amour.

Il est en culture, il est en germe.

Il nous appartient de demander qu'il grandisse, que cet amour-là croisse, que nous ne restions pas uniquement le nez sur nos vases d'argile mais que nous ayons les yeux sur ce qu'il contient, ce vase : cet amour.

 

Notre prière intérieure devrait être continuelle ; au lieu de se tâter le pouls à chaque instant, plutôt prier le Père du Ciel, en Jésus : ‘fais grandir en moi l'amour,

fais grandir en moi l'amour,

sois l'amour dans ma vie : que j'aime comme tu aimes’ ; voilà ce que devrait être notre prière au lieu de s'angoisser,

au lieu de se morfondre dans nos vases d'argile.

 

Le démon, d'ailleurs, est toujours heureux quand nous regardons nos vases d'argile mais " la Sagesse de Dieu est reconnue juste"  par ceux qui regardent le contenu : ce germe d'amour qui est appelé à croître.

Notre prière doit être en permanence cela, un désir, un désir de grandir dans l'amour.

 

Vous savez que les gens riches, plus ils sont riches, plus ils veulent être riches parce que ça ne leur suffit jamais ; ceux qui ont très soif, ils tombent sur une boisson excellente, (alcoolisée ou non) et du coup, ils ont de plus en plus soif.

Eh bien, nous devrions être la même chose avec l'amour : être touchés par lui et vouloir grandir par lui et en lui.

 

D'ailleurs, méfiez-vous, parce qu’à regarder le contenu (ce germe d'amour qui est appelé à croître pour prendre un petit peu de hauteur), vous risquez de reconnaître votre indigence ; non pas votre vase d'argile mais votre indigence, c'est-à-dire votre soif.

Faites attention parce que à demander d'aimer, vous risquez de vouloir aimer (c'est la meilleure chose que l'on puisse espérer, peut-être) mais c'est vertigineux, ça ne s'arrête plus jamais.

 

Amen.


Dimanche 17  septembre 

Is 50, 5-9a : Troisième chant du Servteur.

Ps 114

Jc 2, 14-18 : la foi et les œuvres.

Mc 8, 27-35 : Profession de foi de Pierre. Première annonce de la Passion.

Conditions pour suivre Jésus.

 

Chers amis, en plein milieu du mois de septembre, alors qu'il fait encore bien beau, nous avons des textes (qui nous sont proposés) qui ressemblent beaucoup à ce que nous entendions fin mars, début avril, c'est-à-dire autour de la fin du Carême, la semaine Sainte (je ne sais pas si vous avez fait attention !).

 

Première lecture, le livre d’Isaïe (c’est un très grand livre, épais, épais, plus de 50 chapitres, dans l'Ancien Testament) ; pour nous les chrétiens, (nous l'avons dans notre Bible évidemment), ce livre-là, est lu plein de fois dans l'année, dans la liturgie.

Ces textes, nous les interprétons  nous, avec nos oreilles de chrétiens : par exemple, quand nous sommes réunis pour fêter Noël, (la messe de la nuit), nous avons en première lecture, un texte qui nous dit que : ‘la lumière se lève et que le messager de paix arrive’ ; alors, nous l'accueillons comme la venue de Jésus et en fait, c'est un texte d’Isaïe, plusieurs siècles avant la venue de Jésus.

 

Là, dans ce que nous avons entendu aujourd'hui (si vous avez fait attention), nous avons une sorte de monologue : un personnage, un mystérieux serviteur (parfois quand on va lire dans nos Bibles, il y a des titres et parfois ce mystérieux serviteur  est appelé ‘serviteur souffrant’), il a laissé plusieurs textes dans le livre d’Isaïe.

On ne sait pas trop qui sait, peut-être est-ce le prophète lui-même mais il n'a pas de nom dans les textes.

Et alors, il souffre, c'est pour cela que l'on dit : ‘serviteur souffrant’ mais c'est très étrange parce qu'il dit qu'il est livré à l'appréciation des hommes,

à la vindicte populaire,

que sa vie est en danger,

qu'il en a bien conscience

et qu'il ne se dérobe pas à la violence.

Voilà, personnage étrange, on pourrait l'imaginer se cacher,

se protéger, on ne sait pas pourquoi d'ailleurs, il est à ce point en danger ; et un texte comme celui-là, nous l'avons entendu (souvenez-vous) pendant la semaine Sainte : Rameaux,

semaine Sainte,

Passion ; et là, on le ré-entend  aujourd'hui et c'est pour ça que ça nous fait penser un peu au printemps alors que nous ne sommes pas loin de l'automne.

Navré.

 

Question de violence, de mort, de souffrance ; ce serviteur ne se dérobe pas,

il ne se cache pas,

il ne va pas se protéger,

il va endurer ce qu'il pressent ; il aura eu raison de le pressentir parce qu'il va souffrir.

D’ailleurs, dans un des textes, il dit de lui-même : "il est comme un agneau livré, conduit à l'abattoir".

C'est une des raisons (mais pas seulement pour celle-là) qui nous font penser que Jésus est l’Agneau de Dieu ; (mais c'est aussi une parole de chez St-Jean).

 

L'Évangile ; voyez le contexte : (vous me suivez toujours ? pour l'instant c'est l’explication de texte ; vous allez voir ça va décoller dans pas longtemps) Jésus est avec ses disciples.

Et d'abord, il pose une question : ‘pas pour vous, mais pour les autres : qui suis-je ?’

 

 Les disciples vont rapporter ce que les gens disent : Élie, par exemple (c'est pas mal Elie ; Élie, c’est un grand prophète de l'Ancien Testament).

 Jésus aurait pu être Elie parce que, pour nos amis juifs, (comme on le lit dans le livre des Rois, dans l'Ancien Testament), Elie est parti vivant au Ciel, vivant ; alors nos amis juifs pensent qu'Elie va revenir vivant, puisqu'il n'est pas mort.

 Alors Jésus pourrait être Elie.

Moïse : pourquoi pas ?

Oui ! c'est quand même quelqu’un  important ; il est à l'origine de l’Alliance et il a libéré le peuple en le faisant traverser la mer rouge et traverser le désert.

Vous savez que ces deux personnages, on les voit côte à côte avec Jésus à un moment donné ; savez-vous où c'est ? (ça c'est pour réveiller) savez-vous où c'est et quand ? Moïse, Elie, avec Jésus côte à côte ?

S’il y en a qui prient le rosaire, c'est un des mystères lumineux du rosaire : la Transfiguration, pour dire quand même que ce sont des personnages majeurs.

‘Alors tu pourrais être celui-là ou celui-là aux dires des gens ou un prophète’.

 

Bon très bien, mais alors maintenant, toujours aux disciples : "et vous ? "

Bonne réponse de Pierre : "tu es le Messie" c'est-à-dire :

tu es mon étoile dans le ciel,

tu es mon soleil,

tu es mon amour,

tu es mon Dieu,

tu es celui que mon cœur aime,

tu es celui que je désire et que j'espère,

tu es celui qui est annoncé.

Mesdames, ça serait l'équivalent de bien mieux que vos maris ;

messieurs, ce serait l'équivalent  de bien mieux que vos épouses ;

c'est bien mieux que le meilleur président qu'on aurait jamais eu sur terre,

bien mieux que tout ça : tu es celui-là,

tu es annoncé,

tu es venu,

tu es là,

tu es devant moi,

tu es le Messie.

Bonne réponse.

 

Sauf que Pierre s'est fait prendre ; ses pieds sont rentrés dans les plis du tapis : il tombe, Pierre.

Pourquoi ?

Parce qu’un peu de manière prétentieuse, le brave Pierre qui vient de dire que Jésus était tout ça, il veut prendre le dessus : ‘il ne t'arrivera pas tout ce que tu annonces ; ce n'est pas possible !

-Mais si tu viens de dire que j'étais pour toi, tout, pourquoi veux-tu être au-dessus de tout? Comment est-ce possible ?

Puisque tu viens de dire que j'étais ton amour, comment peux-tu être par-dessus ? Ce n'est pas possible !

Si je suis tout pour toi, pourquoi veux-tu être par-dessus moi ? Au-dessus du tout ?

 

 Alors là, on est piégé, on ne sait plus quoi dire.

Pierre vient de dire que Jésus était le maximum pour lui et Jésus lui a répondu : ‘oui, mais je dois mourir ;

je suis ton étoile dans le ciel mais je vais m'éteindre ;

je suis ton soleil mais je vais m'éclipser ;

je suis le meilleur que tu puisses imaginer mais je vais me ternir et me faner;

je suis la plus belle rose mais on va me couper.

Je ressusciterai.

Pierre : ‘non ! Ce n'est pas possible ! Ce n'est pas possible !’

 

Alors je vous envoie deux exemples : pour celles et ceux qui se sont mariés, parmi vous, quand vous vous êtes mariés à l'Eglise, quelles ont été vos paroles au moment de l'échange des consentements ou bien ce qu'aurait dit le prêtre au moment de la réception des consentements ?

Vous vous souvenez de votre engagement au moment du mariage ?

Ce fameux ‘oui’ que vous vous échangez, il est assorti de quelle prescription ?

‘Dans le bonheur, dans les épreuves ;

dans la santé, dans la maladie ;

pour tous les jours de ma vie’.

Je suis tout pour toi et en même temps, je mourrai (avant de ressusciter le troisième jour !)

 

Un autre exemple : des enfants KT ; tout leur cœur (pour dire que le KT c'est pas mal, parfois, quand même) tout leur cœur déposé en Jésus : ‘je veux faire ma première communion et même si mes parents le veulent, je veux faire aussi ma profession de foi’ ; c'est pour dire !

Arrive la classe de sixième (c'est la classe de la profession de foi, remarquez !), première contradiction dans la cour de l'école :

-‘t'es chrétien toi, je t'ai vu un jour !

….euh !

Oh làlà !la fillette ! il est chrétien !

…Eh ben ! euh…

Et ben si, tu es chrétien !

 

et puis !Jésus, il était tout pour moi, tout pour moi ! contradictions !

Mon étoile dans le ciel s’éteint ; non seulement parce que être ami de Jésus, cela ne m'a pas protégé et que je me rends compte que ce n'est pas tout sur terre.

 

Alors, qu'est-ce que je vais faire ?

 

Alors ça, c'était des explications de textes ; maintenant je peux décoller ?

C'est bon ?

Vous suivez ?

 

La parole de Dieu aujourd'hui, nous invite à revisiter notre liberté : il n'y a pas d'amour sans liberté.

On est souvent des chrétiens de la tête (voyez-vous !) : on sait des choses ; on a des opinions d'ailleurs, aussi ; on nous a enseigné des choses que nous avons bien mémorisées dans la tête et on s'autorise à penser des choses (on est tout à fait bon là) au nom de notre foi; la synthèse que nous faisons dans notre tête.

 

Mais la rencontre entre Pierre et Jésus nous invite à être des chrétiens du cœur : de passer de la tête au cœur c'est-à-dire de l'intelligence, du savoir à la foi, l'amour et ce n'est pas possible, s’il n’y a pas la liberté.

Et la liberté, voyez-vous, ça ne se décrète pas ; il faut que nous ayons beaucoup de respect les uns par rapport aux autres : il y a des personnes qui sont libres et qui ont durement acquis cette liberté

et d'autres qui ne le sont pas encore et qui pourtant peinent et cherchent à l'avoir, cette liberté ;

il y en a qui pensent l’être et qui ne le sont pas.

 

Cette liberté est précieuse, pourquoi ?

Parce que je ne peux pas aimer dans la souffrance si je ne suis pas libre, ce n'est pas possible; je ne peux pas aimer dans la souffrance et je ne peux pas aimer jusque-là si je ne suis pas libre ; ce n'est pas possible.

 

Si nos ados, à un moment donné, font une crise c'est qu'ils se rendent compte qu'il leur manque la liberté, pourtant, ils la revendiquent.

Il leur manque cette liberté, ils en ont bien conscience, d'ailleurs ; c'est pour ça que c'est la crise.

 

Cette liberté, ça se cultive,

ça mûrit,

ça ne se sollicite pas (on ne peut pas tirer dessus comme sur le poireau), ce n'est pas possible ;

il faut que ça pousse et donc nous sommes appelés à être des chrétiens qui quittons  nos sécurités,

nos raisonnements pour passer au cœur et ça c'est un don, ça se demande,

ça se travaille,

ça se cherche : "qui demande, trouve ; à qui frappe, on ouvre la porte".

 

Pour que notre amour aille jusqu'à l'amour du Fils et cet amour du Fils est un amour qui va aller jusque sur la croix.

Mais je vous ai dit : ça ne se juge pas.

 

Combien de personnes qui, au nom de l'amour ou au nom de la foi (ou les deux), à un moment donné, vont achopper sur leur route,

vont se prendre les pieds sur les obstacles,

vont tomber : ils ont peur.

 

Il y en a qui ne vont pas jusqu'au martyre (on parle souvent des martyrs); il y en a qui n'y vont pas et pourtant ils sont dans le contexte ; ça ne se juge pas.

 

Mais la provocation de la parole aujourd'hui c'est : ‘et notre liberté ?’(ce n'est pas notre liberté de faire ce que je veux (je pense qu'on l’a déjà cette liberté-là : si je suis venu à la messe aujourd’hui,(sauf les enfants) les grandes personnes, sont des personnes qui veulent bien venir à la messe, par exemple.

 

Mais la liberté d'aimer jusqu'au bout ; alors ça, c'est autre chose !

 

Eh bien, laissons-nous instruire : je vous propose trois petits remèdes :

premier remède : c'est la patience ; ça, ça se travaille en toute chose.

S’il y a des dentellières, parmi vous, continuez à faire de la dentelle, ça cultive la patience.

Mais si vous avez un jardin, cultivez-le, ça cultive aussi la patience.

Si vous avez un mari, ça cultive la patience, et réciproquement.

Si vous avez des adversaires, continuez à les avoir, ça cultive aussi la patience : n’ayez pas que des gens qui vous aiment et qui vont dans votre sens : là, ça ne cultive plus la patience.

 

La deuxième chose : c'est l'Ecriture ; elle cultive aussi beaucoup l'amour et la patience mais l'Ecriture, allez-y, n’ayez pas peur de cette Ecriture-là ; allez-y !

Vous avez  certainement tous une Bible chez vous.

 

Troisième chose : c'est que vous pouvez prier Marie (ce n'est pas que vous pouvez, c'est qu’à la limite, même que vous devez prier Marie), votre Mère : elle était avant, pendant et après  cet épisode de la Croix et elle nous couvre de son manteau car passer par la Croix c'est toujours une sortie, c'est toujours une expulsion à l’extérieur et elle nous protège de son manteau,

elle nous accompagne,

elle nous sécurise,

c’est l’Etoile sur le chemin.

 

Amen.


Lundi 13 Août

 

On est là, peu de temps après la Transfiguration de Jésus et la première annonce de sa Passion.

Voici la deuxième et une mise en question de son identité et comme à chaque annonce de sa Passion : est-ce que Jésus est véritablement le Fils de Dieu, et s’il l’est, pourquoi doit-il payer un impôt au temple puis qu’il est dans le cœur de celui qui est au cœur du temple ? Mais, bon prince, il paie donc l’impôt.

Ce que nous renvoie l’Evangile, c’est, sans doute un peu, notre propre condition de Fils. Quel impôt devons-nous ? Et à qui, en tant que fils ? Sans entrer dans des considérations de morale sociale, le premier impôt que nous devons en permanence, et bien que fils, c’est cette attitude de fils que nous avons face à notre Père.

Nous recevons tout de lui, et, par conséquent, nous avons à être dans une attitude permanente de reconnaissance, de réception, de pauvreté, de dépendance, d’aveu et de reconnaissance de notre misère. Nous avons besoin de lui. Nous avons des dettes envers lui, dettes de son amour et de sa grâce. Voilà ce que nous lui devons en permanence. Cette position de mendiants.

Cette position de fils ou cet impôt permanent, pourrait-on dire, envers notre Père, n’est pas faite pour entretenir une sorte d’attitude misérable ou d’image négative de nous-mêmes, c’est pour mettre en permanence en tension notre désir de ne pas nous arrêter en si bon chemin et d’aller jusqu’au bout de la course, pour gagner le trophée, le trophée du Royaume.

 

Amen.


Dimanche 12 Août 2018

 

Imaginez quelqu’un qui vient d’être baptisé. On pourrait dire qu’il y a trois grandes façons pour devenir croyant, un croyant conscient.

 

La première façon, c’est accueillir, écouter un certain nombre d’enseignements et de préceptes que l’on entend à la télévision, au catéchisme, de personnes qui connaissent et qui nous racontent, ce que dit le prêtre à la messe et tout ceci, on l’accueille et on essaie d’en faire quelque chose et c’est déjà pas mal. On peut, de cette façon, se fabriquer sa foi et sa fidélité à Jésus. Doucement, doucement, lorsqu’on a entendu, lorsqu’on a assimilé tout ce qu’on nous a raconté, on va donc devenir, très souvent mais pas toujours, des chrétiens attachés à des valeurs. On nous a dit que ceci était bien, que cela n’était pas bien, qu’il faut faire ça ; on le garde parce qu’au fond on est des gens polis, hein ? Donc, cela donne des chrétiens attachés à des valeurs. Ceci est une première manière de faire. C’est bien…

Il y a une deuxième manière de faire qui est à partir de ce que l’on observe. A un moment donné, on se dit : certains disent des choses qu’ils ne font pas. Alors on va plutôt observer ceux qui font et qui nous édifient. On a pu observer ceux qui ne font pas ce qu’ils racontent, on va observer ceux qui font ce qu’ils racontent. On va donc regarder les gens qui prient, on va regarder les gens qui ont des habitudes de foi dans leur vie, par exemple ceux qui vont à la messe le dimanche matin. On les voit et du coup on va faire pareil par mimétisme ; on va voir ceux qui ont un engagement dans la cité et le vivent au nom de leur foi ; et si cela nous paraît édifiant, nous reproduisons la même chose, par souci de cohérence entre des paroles et des actes. Ce n’est pas mal non plus. En fonction de ce que notre cœur capte comme étant beau dans les témoignages véridiques autour de nous, nous allons donc piocher, ici ou là, tel ou tel exemple. C’est dans ce sens-là que des statues ornent nos églises. Avant que le cinéma n’existe, les statues ont été mises dans les églises pour que nous voyions un certain nombre d’exemples. Evidemment, comme les statues ne bougent pas, si on n’a pas assimilé ce que l’on raconte de leurs vies, on ne sait pas ce qu’ils ont vécu. Mais ce sont tous des personnages qui ont vécu des choses édifiantes, ce qui nous donne - ou pas - envie de leur ressembler. Ressembler à ceux qui nous paraissent édifiants.

Bon. Première façon, on a entendu ; deuxième, on a vu. Alors la troisième façon ? C’est là que je vais retomber sur mes pattes et cela a quelque chose à voir avec la première lecture qui a été lue du livre des Rois.

 

Le prophète Elie, c’était un homme extrêmement tempétueux et qui avait deux gros ennemis. Le premier grand ennemi, c’était un groupe de gens qui adoraient de faux dieux, des dieux adorés dans les pays alentour, considérés comme des dieux « pas bien », pas des dieux qui convenaient. Donc Elie partait en guerre contre ces dieux et tous ceux qui les représentaient.

Son deuxième ennemi était une femme, c’était la femme du roi qui s’appelait Jézabel. Il ne pouvait pas la voir en peinture parce qu’elle faisait la promotion de ces dieux, de ces faux dieux. Juste avant ce texte, Elie a fait un coup d’éclat extraordinaire, il a éliminé d’un seul coup une grande quantité de gens qui adoraient les faux dieux. Alors il est bien content. Le voilà qui part. Il apprend que Jézabel le poursuit. Et alors là, il s’effrite complètement. Lui qui était un grand gaillard si sûr de lui, tout à coup ça s’effondre à l’intérieur de lui. Il se met à avoir très peur. Alors il s’en va au désert, et pour faire bref, il fait une déprime, une sorte de burn-out, un grand coup de blues. Et là, il s’effondre, dans le désert. Il veut se laisser mourir. Si vous avez bien entendu, le Seigneur lui propose une première fois de se ravitailler et il refuse ! Il a décidé d’arrêter là. Il pense qu’il ne viendra pas à bout de cette Jézabel. Le Seigneur lui propose une deuxième fois ce repas frugal, il le prend. Si tu prends ce que je te donne tu pourras aller jusqu’au bout de ton chemin, parce que comme tu es là, c’est sûr que tu ne le pourras pas. Il prend et il y va. Cela marche. Que se passe-t-il ?

N’oubliez pas que je veux vous parler de la troisième manière de vivre son baptême. Que se passe-t-il ? Il éprouve ses limites. Je répète : Elie éprouve ses limites. Nous en avons tous. Limites psychiques, spirituelles, physiques, intellectuelles etc… Nous avons aussi des équilibres sur lesquels nous nous posons. Pour des tas de raisons dont nous nous fichons un peu parce qu’on ne nous demande pas d’étudier la psychologie du prophète Elie, Elie a transgressé ses limites. C’est comme ça, et le voilà qui s’effondre.

Deux solutions s’offrent à lui. La première : j’abandonne ! Quand les limites sont transgressées, peut m’exploser à la figure une sorte de vertige. Je ne peux plus, je ne pourrai jamais ! Deuxième solution qu’Elie n’a pas entrevue mais qui lui a été proposée dans son dialogue avec le Seigneur, c’est : profite et recommence. Profite de ce temps où tu as fléchi le genou à terre pour recommencer. Vivre un nouveau recommencement. Mais qu’est-ce que cela produit dans son cœur, à Elie ? La conscience de ses limites va produire dans son cœur une liberté nouvelle et quelque chose que, peut-être, il ne connaissait pas vraiment, c’est l’amour.

 

Car la foi de notre baptême, ce n’est pas essayer d’obéir servilement à des paroles, ni du mimétisme, mais d’abord de l’amour, mais un amour qui soit profondément enraciné en nous. Et comment pouvons-nous le vivre, cet amour ? On a pigé et retenu ! Il arrive donc qu’éprouver nos limites nous fasse comprendre ce que vivre et aimer signifie. Il y a de nombreux personnages qui ont connu cela. Saint Paul c’est pareil : avant de devenir Saint Paul, il était un grand héros de la foi, mais de la sienne : un chasseur de chrétiens. Il les capturait. C’était un rigoriste, très attaché aux valeurs. Il voulait faire comme ses pères. Et puis à un moment il est tombé. Il a éprouvé ses limites. Deux solutions : ou bien il reste là, écrasé comme une lavette sur le chemin qui mène à Damas, ou bien il se relève. Mais attention, en se relevant il n’est plus le même. Toute personne étant passée par une telle épreuve le sait.

Ce qui nous est proposé dans cette Eucharistie, c’est de nous dire : Où en suis-je ? Pour moi, la foi de mon baptême, est-ce seulement des paroles écoutées (et pas forcément comprises), la foi de mon baptême, est-ce du mimétisme (sans forcément que les ressorts intérieurs soient piégés), ou est-ce que la foi de mon baptême, c’est l’Esprit, l’Esprit d’amour que j’ai découvert, soit en ayant transgressé mes propres limites, soit, tout simplement, en les ayant remarquées ? Alors je vous propose de demander parce que transgresser pour transgresser, cela peut être dangereux ! Demander. Demander cet amour. Et c’est ce que je souhaite pour les enfants qui seront baptisés tout à l’heure après la messe. Les parrains et marraines, je leur donnerai des cierges allumés pour conserver la lumière de la foi dans le cœur de leurs filleuls. C’est exactement ce que leurs parents ont demandé pour eux : faire partie de l’amour du Père et du Fils, c’est un amour qui est simple à comprendre une fois qu’on l’a.

On est sevré, en appel, on n’a absolument envie de tuer personne, ni même d’éliminer ceux qui sont différents de nous. Et on arrive, on arrive à avancer, quelles que soient nos misères ou celles des autres. C’est la marque de cet amour vécu.

 

Deux exemples dans nos vies, car nous ne sommes pas tous obligés de partir à Damas comme Saint Paul ou dans le désert comme Elie.

Premier exemple : il y en a peut-être parmi vous qui se regardent dans un miroir le matin quand ils se réveillent. Certains peuvent être effrayés, à partir d’un certain âge. Ce sont ceux qui se découvrent vieux ! Deux solutions : Ma vie s’arrête là ! Ou bien je me dis : Tout va bien, le printemps n’est pas loin ! Ceux qui ont des oreilles pour entendre, qu’ils entendent ! Le printemps n’est pas loin. Deuxième exemple, très concret : ceux qui sont dans des associations, ceux qui ont des entreprises familiales, je pense en particulier aux viticulteurs ou agriculteurs mais cela peut être vrai pour les artisans, ceux qui travaillent en paroisse, bénévoles ou autre chose, et qui ont des responsabilités, et qui se disent : de toute façon il n’y a plus personne ! Personne ne me succédera. Les gens qui se disent cela vont tout faire pour rester le plus longtemps possible là où ils sont puisque ils ont un souci du bien commun parce que s’ils lâchent tout va s’effondrer ! Le problème, c’est que les limites sont vite atteintes lorsque ce que nous essayons de servir, de construire, nos engagements, c’est justement pour que ça vive, mais si on le vit jusqu’à toute extrémité et jusqu’à notre mort, tout s’effondre. C’est fini l’époque où un curé restait dans la même paroisse pendant cinquante ans. C’est bien, il connaît les gens, mais le problème c’est que quand il mourait la paroisse tombait avec lui. Cela, c’est la première solution : après moi il n’y a plus rien. La deuxième solution c’est de se dire : peut-être que c’est dans ma tête et que, de toute façon, c’est sûr, tant que j’y suis il n’y aura rien d’autre. Il y a des successions qui peuvent être réussies. Il peut y avoir quelque chose après nous. Encore faut-il qu’on le veuille ! On peut multiplier les exemples.

On va recevoir Jésus dans l’Eucharistie. Personne ne vient à de moi si le Père ne l’a dit. Le Père qui a dit : ceux qui vont avoir le goût de vivre autre chose que de la ressemblance, du mimétisme et de l’obéissance sans avoir compris ce qu’il y a dans le cœur de Dieu. Ceux qui veulent aller au-delà, par goût, sont attirés vers le Père et par le Père. Quel est ce ressort intérieur qui est dans le cœur du chrétien, qui fait se mouvoir, comme une pendule, tout ce beau mécanisme de celui qui est capable de donner sa vie sans vouloir faire parler de lui et sans attendre de récompense ?

On va recevoir Jésus. Notre foi est la foi en un crucifié, donc on peut se dire que ce n’est pas très joli, mais c’est un crucifié ressuscitant ! Un nouveau commencement. Quand j’ai transgressé mes limites, je peux soit mourir, soit vivre un nouveau commencement, ressusciter. Et c’est celui-là que nous allons recevoir, celui qui, dans la confiance, s’abandonne au Père et qui nous fait vivre avec lui dans les nouveaux commencements. Nous sommes tous invités à vivre tout à l’heure ce dynamisme du nouveau commencement, ce dynamisme de l’amour.

 

Amen.


Jeudi 9 août : ste Thérèse-Bénédicte de la Croix

Os 2,16b.17b.21-22 : Le Seigneur et son épouse infidèle

Ps 44

Mt 25, 1-13 : Parabole des 10 vierges.

 

Être prévoyant comme ces cinq jeunes filles qui ont de l’huile dans leur lampe ou comme ceux qui écoutent la Parole et la mettent en pratique ; leur vie est solidement bâtie sur le roc ou bien ils sont prêts à aller à la rencontre de l'Epoux quand il arrive.

 

Nous sommes dans ce temps d'attente dont il est question, l’attente de l'Epoux.

L'Eglise primitive attendait le retour de Jésus et nous sommes comme cette Eglise des commencements : nous attendons le retour de l'Epoux et dans cette attente, nous pouvons petit à petit, laisser naître l'espérance et au cœur de cette espérance, l'Amour.

L'Amour, c'est cette huile dans la lampe des prévoyantes.

 

Celles qui n'en ont pas s'entendre dire : "allez vous en acheter", de l’huile.

Comment peut-on s'acheter de l'Amour ?

Comment pouvons-nous mettre de l'Amour dans notre attente ; que notre attente ne soit pas impatience ou fatigue mais qu’elle soit Amour ?

Sans aucun doute, dans la pratique des vertus.

Les vertus font naître l'Amour et l'Amour fait naître les vertus, c'est un cercle vertueux.

"Allez vous en acheter" : allons les uns les autres, nous appliquer à mettre en pratique l'Évangile pour avoir une maison bien solidement construite sur le roc.

 

Petit à petit, devenons des prévoyants pour avoir une bonne mesure bien pleine, tassée et débordante de cette huile, de cet Amour dont il est nécessaire pour pouvoir entrer dans la salle des noces.

 

Les martyrs ont eu cet Amour et c'est bien précisément parce qu'ils avaient l'Amour qu'ils sont morts martyres, sinon sans doute, la mort ne les aurait pas atteints.

 

Demandons au Seigneur qu'il nous donne cet Esprit des vertus et cet Esprit de l'Amour pour que nous ayons suffisamment en nous, cette huile ou ce terrain solide sur lequel bâtir notre maison et que notre attente soit espérance.

 

Amen.


Mercredi 8 août : St Dominique

Jr 31, 1-7 : Restauration promise à Israël.

Cantique Jr 31

Mt 15, 21-28 : Guérison de la fille d’une Cananéenne.

 

Ce texte de l’Evangile illustre la puissance de la foi avec un début (un commencement) et une arrivée (une fin) ; le début, c'est l'insistance de la prière représentée par cette femme et la fin, (l'arrivée), c'est le discernement représenté par Jésus.

Cet Evangile nous  fait passer de ce point de départ : l'insistance de la prière dans la foi, au discernement qui opère, ce point d'arrivée, dans la foi.

 

L'insistance dans la prière, fait naître en nous, un premier discernement, nous fait percevoir assez vite (pour celui qui est persévérant dans cette prière) fait voir assez vite,

 là où il y a de l'égoïsme,

là où il y a de l'orgueil,

là où il y a de la vanité et petit à petit, cette âme qui est persévérante dans la prière, va commencer à vouloir se dissocier de cet orgueil,

de cet égoïsme.

 

L'étape ultérieure c'est, toujours  dans cette insistance de la prière, dans cette persévérance de la prière (notons que cette femme ne cesse pas d'être insistante), l'étape suivante c'est de quitter progressivement un ‘moi’ (notre moi), pour commencer à toucher du doigt la lumière et la puissance de l'humilité : je quitte mon ‘moi’ et sa totalité, pour commencer à me réjouir de ce qui est humble.

Et je peux commencer à repérer la beauté intérieure des êtres : ne pas être préoccupé plus que ça par l'avoir, le pouvoir ou le savoir mais plutôt mais me réjouir simplement par la beauté intérieure des êtres.

 

La troisième étape, c'est sans nul doute ce que représente Jésus : le discernement.

Le discernement de Jésus est total, est parfait, c'est le discernement du Fils de Dieu que nous ne sommes pas (nous le sommes par adoption), c'est un discernement qui sonde, qui révèle les choses divines.

Nous, nous en approchons très fort, (nous n'en sommes pas), nous approchons de ce discernement-là mais il n’est possible que si nous avons quitté ce ‘moi’ qui nous caractérise et si nous n'avons surtout pas perdu l'insistance de la prière.

 

Alors tout ceci montre le chemin que nous fait faire la puissance de la foi.

 

Que cela nous donne goût à la prière et nous donne goût à une première prière : ‘Seigneur, si tu le veux, fais-moi le don de la foi’.


Mardi 7 août :

Jr 30, 1-2. 12-15. 18-22 : Restauration promise à Israël.

Ps 101

Mt 14, 22-36 : Jésus marche sur l’eau et Pierre, avec lui.

 

Comme cela arrive parfois dans l'Évangile, Jésus invite ses disciples à un déplacement, ici matérialisé par un déplacement géographique : une traversée, quitter une rive au profit d'une autre.

 Pierre a quitté une rive au profit d'une autre et aura appris une leçon de choses, une leçon d'humilité ; il aura appris quelque chose de l'humilité de Jésus, l’humilité du Christ :

Jésus a besoin de prier seul, (aller à l'écart dans la montagne) son Père, une nuit.

 

Et Pierre est tenté de quitter la barque alors qu'il voit Jésus comme étant le Ressuscité.

Il est tenté d'aller à sa rencontre en quittant cette barque, en s'éloignant des autres, en se singularisant.

Jésus le lui permet et lui permet d’éprouver quelques limites à ses capacités spirituelles et affectives ; bien vite, il verra le vent.

 

Cette expérience de salut qu'il fera, alors qu'il sombre dans l’eau, lui permet de découvrir de l'intérieur, quelque chose de l'humilité de Jésus.

Il aurait pu rester dans la barque, se prosterner comme les autres ou comme ces habitants de l'autre rive qui accourent vers Jésus.

Il n'est pas moins, pas plus en besoin de salut que ses frères.

 

Quitter la barque a été pour lui, l'expérience de mieux la retrouver, de retrouver une place parmi les autres.

Il aurait pu être comme le publicain: "Seigneur, prends pitié du pécheur que je suis"

On peut peut-être se demander s'il n'a pas été plutôt comme le pharisien : ‘Seigneur je te rends grâce d'être comme ceci et comme cela ou de ne pas être comme ceux-ci et comme ceux-là’.

Il aura voulu quitter la barque, il la retrouve ; c'est une expérience d'humilité dont nous avons tous besoin, même à l'intérieur de la barque, d’ailleurs.

 

Cette barque, nous avons coutume de la comprendre comme l'Eglise, nous pouvons la voir aussi comme Marie et son cœur : dans le Magnificat, elle est l’humble servante, elle a toute l’humilité du Fils et elle s'adresse au Père qui "renverse les puissants et élève les humbles".

Rendons grâce pour la tentation de Pierre mais aussi pour cet exemple d'humilité forcée.

 

Amen


Samedi 4 août : 18ème dimanche ordinaire

Ex 16, 2-4. 12-15 : La manne  et les cailles.

Ps 77

Ep 4, 17. 20-24 : La vie nouvelle dans le Christ.

Jn 6, 24-35 : Discours dans la synagogue de Capharnaüm.

 

Chers amis, il y a deux voies royales pour arriver au sommet de la montagne.

Imaginez que vous voulez faire l'ascension d'une grande montagne, vous êtes en vacances, c’est prêt, tout va bien ; mettons : le mont Blanc, par exemple.

Deux voies sont là, deux chemins, cette montagne, pour vous, c'est le lieu de la rencontre avec Dieu.

 

La première voie, je vous la décris : la première voie, c'est celle qui inspire tous ces chrétiens qui sont touchés par la crèche, la naissance de Jésus ; on appelle ça, l'Incarnation : Dieu qui se fait proche, celui qui vient habiter parmi nous.

Ces chrétiens-là, sur cette voie-là, (ceux qui veulent démarrer l'ascension de cette montagne par cette voie-là) sont sensibles très, très fort, à la proximité de Dieu avec l'Homme, l'assimilation de Dieu avec le monde : La lumière vient éclairer nos ténèbres.

Ces chrétiens-là, au nom de leur foi, (attachés à Jésus qu'ils sont), vont se dire : ‘ma vie doit être un service de l’Homme, de l'Homme qui souffre, de l'Homme qui est pauvre ou de l’Homme qui est petit, parce que Jésus s'est fait pauvre et petit.

Dieu est venu naître au milieu des bergers et il était à l'écart de la salle commune : ça va être par exemple, tous ces chrétiens qui vont s'engager dans le monde, ceux qui ont  été dans les syndicats.

La figure un petit peu symbolique de ces chrétiens-là, ce sont les prêtres ouvriers.

Ceux qui vont être dans la solidarité au service de leurs frères, ceux qui vont être présents dans le monde.

Une voie qui monte au sommet de cette montagne.

 

Peut-être, allez-vous mieux comprendre si je vous parle de la deuxième voie.

La deuxième voie qui prend la montagne par un autre versant : ce sont tous les chrétiens, amis de Jésus, qui ont été touchés par la croix du Christ.

On n’est plus du côté de la crèche, on est de l'autre côté de l'arc : la croix.

 

Sur la croix, Jésus est abandonné ; ses disciples ne sont plus là : Judas a trahi, Pierre a renié trois fois, Marie est tenue à l'écart, il n'y a plus les anges dans le ciel qui chantent : ‘gloire à Dieu’ ; c'est la ténèbre à la neuvième heure du jour !

 Jésus est seul : « mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? »

Attaché à son Père, il va vivre le grand exode, dans le silence.

 

Tous ces chrétiens qui sont touchés par la croix, vont être touchés par tout l'inverse des chrétiens touchés par la crèche : ce n'est pas la proximité, ce n'est pas l’assimilation, ce n'est pas le service des frères qui vont les toucher parce que la croix leur suggère une mise à distance, une critique du monde (la lumière éclaire les ténèbres, certes, mais les ténèbres n'ont pas accepté la lumière), ces chrétiens-là vont se mettre à distance, ces chrétiens-là vont vivre une sorte de résistance au monde.

Certes, ils vont servir le monde mais point dans l’assimilation, plutôt dans une sorte de critique humaine.

La figure symbolique de ces chrétiens-là ça pourrait être le moine, d'une certaine façon.

D'un côté, le prêtre, de l'autre le moine.

Qu'est-ce qu'il va les différencier ?

Eh bien, tout ce que vous savez de l’un et de l’autre, et peut-être la clôture, pour le moine.

Voie royale, deuxième voie vers le sommet de la montagne.

Il y a des chrétiens qui vont se situer du côté de la première voie, dans tous leurs choix de vie spirituelle et d'engagements ; et d’autres, de l'autre côté dans tous leurs choix de vie spirituelle et d'engagements.

Très bien.

 

Il y a une troisième voie car le problème de ces deux voies dont je vous ai parlé, c'est qu'on est encore trop dans le ‘faire’ ; on est dans le faire (le verbe faire) alors que l'Évangile que nous avons entendu nous suggère tout autre chose : la foi est un abandon, un abandon au Christ ; ça n'est pas d'abord une production, ça n'est pas un ‘faire’, c'est un abandon : « je suis ce pain descendu  du Ciel ».

Encore faut-il que les chrétiens de la première voie ainsi que les chrétiens de la deuxième voie soient capables de dire : ‘je me suis abandonné à toi, qui es le pain du Ciel’ car Jésus, en vérité, il n'a pas besoin de nous.

C'est lui qui sauve, ce n’est pas nous ; c’est lui qui nourrit, ce n’est pas nous ; voilà la critique de l'Évangile pour nous, ce soir.

 

Cette troisième voie, c'est celle de l'Esprit Saint, c'est celle qui souffle à nos cœurs cet abandon du Fils dans les bras du Père : soyons des fils dans les bras du Père.

Laissons-nous d'abord rejoindre comme un pauvre ou comme un malfrat.

Soyons à la crèche avec Jésus ou soyons au pied de la croix avec lui : c'est lui qui sauve, ce n'est pas nous.

 

C'est seulement après que vous pourrez donner à manger et c'est seulement après que vous pourrez prier pour le monde.

Mais d'abord, abandonnez-vous à lui, c'est la critique de cet Évangile.

La foi n'est pas d'abord un ‘faire’, elle est un abandon au Christ.

Amen


Vendredi 3 Août 2018

 

Ces textes ont un point commun avec le psaume. C’est la patience du prophète, la patience du Fils de Dieu devant les tribulations. Certains pensent que quand il y a la patience il n’y a pas de tribulations. Au contraire, la personnalité déploie toutes ses potentialités lorsque, justement, nous connaissons les tribulations. Les tribulations ne sont pas toujours des adversités. C’est ce qui vient mettre à rude épreuve le lien de nos désirs. Alors en tout cas, pour celui qui est attaché au Royaume de Dieu, il lui faut la patience.

Il lui faut lutter de tout son cœur, de toutes ses forces pour l’obtenir car la patience est un don et c’est un don qui se construit. Il nous faut cette patience car si nous ne l’avons pas, les tribulations, nous allons chercher à les fuir le plus possible et nous réfugier dans de faux royaumes, ou alors dans des royaumes qui ne sont pas de Dieu en tout cas, dans des imaginaires, dans des petites niches, ici ou là, que nous avons créées. Mais si nous avons la patience, alors, nous entrons dans ce Royaume de Dieu et nous faisons l’expérience du Seigneur qui est comme un rocher sur lequel nous pouvons nous appuyer pour nous protéger de toutes les vagues de notre existence. Il n’y a que dans la patience que nous pouvons vivre ce Royaume.

Il faut la construire et se donner une règle de vie dans laquelle nous pouvons nous attacher à un aspect de notre personnalité, de notre existence où la patience nous fait défaut. Sur cet aspect-là nous allons, méticuleusement, construire, pierre après pierre, cette patience qui nous est nécessaire, au lieu de vouloir tout de suite installer la patience pour toute chose. Petit à petit... On y arrive… Et on y arrive d'autant plus que de toutes les façons c’est nécessaire. Quand on y arrive il y a deux pièges dans lesquels il ne faut pas tomber.  

  

- Premier piège, justement quand on a l’impression de ne pas y arriver, c’est de relâcher son travail, c’est de relâcher cette construction de la patience, c’est de s’impatienter, premier piège.   

  

- Le deuxième piège, quand on a l’impression qu’on est parvenu, c’est de tomber, là, dans la présomption : ça y est ! Je suis patient pour le reste de mes jours, c’est formidable ! Dans les deux cas nous tombons car la patience, c’est comme le désir, c’est un arc bien tendu, pas trop au risque de casser, mais suffisamment pour qu’il sonne de la belle musique de Dieu pour nous.     

 

Quel est l’intérêt d’être patient ? C’est d’abord de vivre du Royaume. Jésus l’était, Jérémie et tant d’autres prophètes et martyrs. Pierre, à sa façon a été patient, à la différence de Judas. La patience ne nous évite pas de tomber, mais il faut aussi de la patience pour se relever. Celui qui tombe en étant patient aura la patience de se relever. Si celui qui n’est pas patient tombe il ne pourra pas se relever : il n’aura pas assez de patience. Quel est l’intérêt d’avoir de la patience ? Déjà pour soi après tout ce que je viens de dire pour être comme Jésus dans les tribulations. Mais c’est nécessaire aussi pour les autres car la compagnie de quelqu’un qui est patient est une compagnie précieuse. Elle nous évite de tomber dans la tentation de nous fuir nous-même.

 

Amen


Jeudi 2 Août 2018

 

Jésus continue à parler du Royaume de Dieu comme il l’a fait il y a quelques paraboles où il nous parle du Jugement Dernier avec cette image du filet qui est jeté dans la mer et qui ramasse une grande quantité de choses bonnes ou moins bonnes et c’est seulement après la pêche, une fois sur le rivage que l’on peut rejeter dans la mer ce qui ne convient pas.

C’est une façon pour nous de prendre patience. Un peu comme la parabole du bon grain et de l’ivraie : il ne nous appartient pas de faire le tri nous-mêmes. Pour plusieurs raisons. La première, c’est que n’est pas mauvais ce que l’on imagine tout de suite, et ensuite il se peut que nous ayons à enlever de nos yeux la poutre qui nous empêche de voir clair quand nous sommes obsédés par la paille du voisin. Et puis tout simplement parce qu’il ne nous appartient pas de tout savoir. Une fois que l’on sait cela, on peut se dire : à quoi bon croire ? ou bien tout simplement cela peut renouveler notre fidélité. Il est bon de se dire qu’on aime Dieu ou pas, mais si nous l’aimons, c’est cela qui fait de nous des bons serviteurs. Et un bon serviteur, c’est celui qui va vivre et prendre patience à l’intérieur d’un univers où il y a du bon et du moins bon, sans se poser la question de savoir si je peux ou pas venir à bout de tous ceux qui sont loin, ce n’est pas la question.

Un bon serviteur il est là où il demeure et puis c’est tout. Et puisqu’il aime Dieu il va essayer le plus possible de prendre garde. Prendre garde à ses passions, prendre garde à ses désirs, prendre garde à son cœur, le plus possible, le bon serviteur va prendre garde à ses sens et à ses pensées. Il doit prendre patience dans les difficultés et devant ses plaisirs. Il va vivre au milieu du monde. Ce n’est pas lui qui fait le tri. Ce n’est pas son affaire.

 

Amen


Mercredi 1er Août 2018

 

Jésus nous parle en paraboles pour expliquer le Royaume des cieux et, plus encore, pour faire pénétrer ses auditeurs dans le Royaume des cieux. On ne peut pas connaître le Royaume des cieux ou y pénétrer tant que notre âme est troublée, tant que notre œil est embué. Et nous ne pouvons pas rendre limpide notre âme ou rendre clair notre œil tant que nous ne passons pas par un deuil.

Il y a le deuil des êtres qui nous sont chers et qui nous sont ravis par la mort ; il y a des deuils d’êtres qui nous sont chers et qui nous sont ravis autrement ; il y a des deuils que nous faisons à chaque instant de notre vie, par rapport à des situations, des rêves, des objets ou des personnes, sans que cela soit synonyme de mort. Ce sont ces deuils-là qui sont importants. Il n’y a pas d’âme claire, d’œil limpide si nous ne passons pas par un deuil. Il n’y a pas de deuil possible tant que nous sommes dans la distraction.

Celui qui achète un champ, c’est que, d’abord, il a pris la peine de le fouiller. Et s’il y a trouvé une perle fine, alors, il est prêt à vivre son deuil et il vend tout ce qu’il a. Il en est ainsi pour le trésor du champ et c’est pareil pour cette perle. C’est vrai pour chacun d’entre nous tellement nous sommes des hommes et des femmes de désir attirés par ce qui ravit notre cœur.

Comment, alors, vivre ces passages précieux ? Je vous propose aujourd’hui la prière. Le livre de Jérémie nous donne une très belle prière du prophète et une réponse de Dieu et à chaque eucharistie nous prions avec un psaume, par exemple celui qui a été lu tout à l’heure, qui est un bel exemple de prière. La prière. Il nous arrive souvent de réciter et lire, redire toujours les mêmes paroles. Dieu n’a pas besoin d’être informé de ce qui se passe dans notre cœur et de ce dont nous avons besoin puisque il est plus grand que notre cœur et qu’il connaît toute chose. Mais ces paroles sont précieuses pour nous. Ces paroles forment notre désir, ces paroles nous rappellent notre unique nécessaire. Elles nous éloignent de la distraction, elles nous permettent de vivre ces deuils et de nous attacher à l’unique nécessaire.

 

Nous avons besoin de ces paroles pour mieux nous approcher encore de ce point le plus cher que Jésus vivait avec son Père. Tout à l’heure l’antienne de l’Evangile était : « Je vous appelle mes amis, dit le Seigneur, car tout ce que j’ai entendu de mon Père je vous l’ai fait connaître ». Ce point où Jésus est proche de son Père, l’entend, connaît toute chose de lui, c’est ce que nous recherchons dans notre propre prière. Etre le plus proche possible de ce point, cette plus grande proximité possible avec notre Seigneur. Cela produit en nous un mélange de tendresse, d’infinie tendresse, et un peu de larmes, tout simplement car nous mesurons l’infinie distance qui est entre nous et Lui alors que notre cœur nous attire vers Lui. Cette distance nous est cruelle et en même temps elle s’impose à nous. Nous voudrions la combler mais elle est là. D’où ce mélange de tendresse et de larmes. Nous sommes des êtres de désir, ces mots sont nécessaires. Prions, répétons toujours ces mots, ces mots de la prière. Comme les prophètes, à l’exemple de Jérémie, comme le psalmiste, comme Jésus à son Père, comme chaque disciple de Jésus, prions, de sorte que nous nous attachions toujours plus à celui que notre cœur aime, et que nous nous éloignions toujours davantage de celui qui est source, dans notre vie, de distraction.

Amen


Lundi 30 juillet 2018

 

Nous avons une évocation de ce que l’on appelle le Jugement Dernier. D’autres paraboles dans l’Evangile nous en font le récit. Ce texte-ci d’ailleurs nous renvoie à une parabole que Jésus prononce quelques versets plus tôt, c’est une explication. Nous savons que dans le même évangile de Saint Matthieu et seulement chez Saint Matthieu il y a ce que l’on appelle le Jugement Dernier, les brebis à droite les boucs à gauche, quand est-ce que nous t’avons fait tout cela, quand est-ce que tu étais nu, étranger et malade ? - Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits c’est à moi que vous l’avez fait.

Plusieurs occasions pour Jésus d’évoquer le jugement dernier. Cette explication que nous donne Jésus ce matin est intéressante parce qu’elle nous montre, assez violemment, que nous n’y sommes pas encore ! Et que comme nous n’y sommes pas encore, il faut que le bon grain cohabite avec la zizanie parce que nous ne sommes pas les anges et nous ne sommes pas à la fin du monde. Nous avons été semés et une partie de nous a été semée d’ivraie. Nous ne sommes pas les anges qui allons moissonner et nous ne sommes pas à la fin du monde. Il y a une cohabitation. Plusieurs points d’attention que nous pouvons retenir.

 

Premier point d’attention, c’est de toujours rester le plus possible en travail ou en chemin. Cette humilité n’est pas faite que pour les autres. Humilité nécessaire pour se dire que cette séparation du bon grain et de l’ivraie n’est jamais définitive, n’est jamais très claire, qu’il faut faire  attention de ne pas être du mauvais côté. Généralement, ceux qui discernent l’ivraie se situent donc du côté du bon grain, mais, peut-être que sans le savoir, ils sont du côté de la zizanie. Ils se réclament beaucoup de l’humilité et c’est vrai qu’en cette fête de Saint Ignace, on pourrait parler de discernement et se rendre compte combien nous pouvons avoir dans nos yeux poutre et paille qui nous empêchent de voir l’ivraie qui est en nous-même. L’humilité : travail jamais achevé, nous sommes toujours en chemin. Garder ce travail en route. Comme une femme qui garde toujours un ouvrage de point de croix en route. C’est pareil. 

 

Le deuxième aspect, c’est la centralité de la Parole de Dieu. Nous pouvons nous prévaloir, les uns et les autres d’une grande expérience professionnelle, spirituelle, humaine… Nous avons croisé sur notre route de la zizanie. Donc nous allons fabriquer des défenses que nous sommes capables de prévoir. Parfois la zizanie survient sans que nous l’ayons prévue. Notre expérience est nécessaire mais elle ne remplacera jamais cette ressource infinie de la parole de Dieu. Il faut croiser notre expérience et la parole de Dieu. Car c’est au moment où l’on s’y attend le moins que la zizanie apparaît dans notre champ.

Le troisième aspect : on reconnaît l’arbre à ses fruits. Donc on peut beaucoup gloser pour savoir si nous sommes ou ne sommes pas du côté du bon grain. N’empêche que c’est le bon grain que nous produirons qui l’attestera.

 

Amen.


Dimanche 29 juillet 

 

Chers amis, à l'écoute de ces textes, j'aurais envie de vous faire une petite introduction, un petit préambule, une petite leçon de choses que l'on fait quand on fait de la philo en terminale, quand on lit des magazines dans les gares en attendant les trains qui ne partent jamais, sur le thème du désir ; c'est toujours bon à prendre car chaque fois qu'il est question de désir, ça parle vraiment de notre colonne vertébrale.

 

La première chose c'est que nous sommes tous des êtres de désir, désirant, désirés, assoiffés comme des éponges qui ont absolument besoin d'avoir toujours, toujours, toujours du liquide pour rassasier une soif, une sécheresse intérieure.

 

Trois caractéristiques à ce désir ; la première caractéristique c'est que le désir nous appartient, chacun a le sien : je peux marcher dans la rue, je peux désirer telle autre personne que je rencontre ou que je croise ou bien cette côtelette qui est dans la vitrine du boucher (ou que sais-je encore) mais c'est mon désir, la personne que je croise en a certainement un autre ; chacun a le sien, désir personnel ; il n'y a pas de désir absolument identique pour tout le monde.

Ensuite, la deuxième caractéristique du désir c'est qu'il est sourd et aveugle, le désir ne sait pas où il va : il n'entend pas, c'est-à-dire que le désir peut prendre pour de l'or, tout ce qui brille (tellement il est assoiffé).

Tout n'est pas bon à prendre mais le désir ne le sait pas.

 

Et la troisième caractéristique du désir c'est qu'il est insatiable, c'est-à-dire qu'il ne s'arrête pas, il n'y a pas la touche ‘off’ (ça n’existe pas).

Il y a des personnes qui ont l'impression d'avoir perdu tout leur ressort, (qui seraient comme dans une forme de dépression profonde)  mais il y a quand même du désir, désir à l'envers certes mais il y a du désir ; le désir s'arrête quand on va dans un cercueil (excusez-moi, c'est comme ça).

Parfois, le désir, on aimerait bien quand même qu’il fasse une pause parce quand on est mauvais compagnon de son désir, (quand on ne fait pas une très bonne route avec ce compagnon parfois, qui peut paraître très envahissant), on aimerait bien le jeter dans le bas-côté du chemin, qu’il nous fiche la paix ; mais ça n'existe pas.

Ça c’est le petit préambule.

 

Une fois qu'on a dit ça, on peut regarder assez sereinement ces textes : je vous invite à avoir en mémoire la lecture du deuxième livre des Rois, qui a été lue en premier et puis ensuite, cet Évangile : il est question dans les deux, de prodigalité (je ne sais pas si ce mot vous l'avez déjà employé, si vous avez fait un peu de français, prodigalité ça vous dit quelque chose) ; il apparaît dans l'Évangile, dans une scène où il n'est absolument pas question de la multiplication des pains.

Prodigue, prodigalité, ça vous évoque quelque chose dans l'Évangile, hormis la multiplication des pains ?

L'enfant prodigue : un père avait deux fils, le plus jeune dit à son père : ‘donne-moi mon héritage, je m'en vais, je suis grand, ça y est, le désir en moi m’appelle à vivre autre chose’.

Donc le voilà riche puisque son père lui a donné son héritage, il a les poches bien pleines et il s'en va dans un pays lointain, nous dit le texte, pour mener une vie de désordre.

Imaginez la scène ; on en sait un petit peu plus dans l'Évangile, quand à son retour chez lui, son frère aîné, (jaloux comme un pou), dit à son père : ‘comment se fait-il ?

Il a mené une vie de désordre : il a dépensé tout ton argent avec des filles’ (alors imaginez, poches bien pleines: cet enfant va être prodigue : très généreusement, il va donner comme pour exercer un pouvoir sur les personnes qu'il va rencontrer.

Il a besoin de satisfaire sa faim et sa soif : il voit des femmes ; toc ! des sous ;

il veut avoir des compagnons, parce que dans sa solitude, (lui, qui est parti dans un pays lointain) il ne supporte pas, donc il veut des compagnons de fête, il veut des courtisans : toc ! des sous ; seulement, le problème de cette prodigalité qui est quand même un peu suspecte, c'est qu'il n'a plus de sous et le voilà tout seul, livré à lui-même et le démon  rigole ; le démon rigole parce qu'il l’a bien eu.

Et le voilà en train de manger la nourriture des cochons.

 

Cette prodigalité de ce fils qui est parti loin de son père, nous renvoie à une autre prodigalité, c’est celle de celui qui n'est pas parti loin de son Père : c'est Jésus, lui-même, qui est toute obéissance et écoute de la parole ; il obéit à son Père.

Pourquoi la prodigalité humaine, chers amis, est-elle suspecte, à votre avis ?

C'est-à-dire la prodigalité de celles et ceux qui vont nous inonder de ce qui nous satisfait (vous vous souvenez de cet épisode il y a quelques mois, de ce supermarché quelque part dans le sud-est de la France, propose du Nutella à prix absolument imbattable.

Que s'est-il passé ?

Le patron de ce supermarché a été tout à fait remarqué et remarquable par sa prodigalité, il a pu faire parler de lui et de son entreprise, des gens sont venus nombreux et malheureusement n'étaient pas satisfaits car ils en auraient bien voulu plus.

Les voici complètement dépendants et sous l'emprise de l'enseigne qui a piégé ces gens et voici qu'après avoir eu (pour les plus chanceux) le Nutella qu'ils voulaient, ils se sont rendus compte qu'ils en voulaient plus et qu'il n'y en avait plus.

Ils ont été pris au piège.

 

La prodigalité humaine est suspecte pour trois raisons : la première, c'est que c'est toujours le fait d'un seul homme ou d'un groupe restreint.

La deuxième, c'est qu'elle exerce un pouvoir, cette prodigalité : je vous donne mais vous voilà piéger car vous dépendez de moi ; ça peut être de l'argent,

ça peut être de l'affection,

ça peut être de la reconnaissance,

ça peut être du pouvoir,

toutes sortes de biens matériels : ‘Tiens, je vais te donner une responsabilité dans mon conseil’.

‘Tiens, puisque tu es plus intelligent que les hommes, j'ai besoin de toi.

Vous voyez comme nous pouvons dépendre de celles et ceux qui nous promettent monts et merveilles, c'est le deuxième problème.

Le troisième problème de la prodigalité, c'est qu'elle est éphémère : sitôt exerce-t-elle sa puissance sur moi, que je ne suis déjà plus satisfait, j’en veux plus encore : ‘tu m'as donné du pouvoir, j'aimerais bien en avoir plus et là, le démon, il rigole, il rigole.

Ça c'est le fait de ceux qui sont prodigues pour attirer sur eux-mêmes.

Et à l'inverse, ils nous révèlent toute notre pauvreté : combien nous sommes misérables, à tel point que nous avons dépendu de ces gens.

 

Regardons Jésus et le signe des pains et des poissons : c'est la prodigalité divine.

Regardez : à partir de leurs maigres provisions à eux, Jésus produit le miracle eucharistique.

Il ne sort pas de ses poches, les pains et les poissons manquants : à partir de leurs maigres provisions à eux, à partir d’eux- mêmes, il extrait toute cette richesse qui va être nécessaire pour nourrir et nourrir en abondance : il y a du surplus, ce qu'il n'y a pas dans la prodigalité humaine car il n'y en a jamais assez.

Dans la prodigalité divine, il y a abondance : il y a des restes.

 

Regardez encore ce miracle eucharistique, ce partage des pains et des poissons qui se multiplient: Jésus obéit à son Père ; c'est ça, sa puissance !

Il ne promet pas de partager son trône de gloire sur les empires terrestres, il tourne vers son Père ; il bénit pains et poissons en tournant vers le ciel, les dons qu’il fait, il n'attire pas à lui.

 

Et la troisième chose qui est super importante, contrairement au Nutella de ce supermarché, cette  prodigalité divine produit comme une espérance : celles et ceux qui communient à cette abondance de Dieu ne sont pas à vouloir se faire la guerre, pour chacun avoir son avantage ; mais cette prodigalité divine construit une communauté réunie par une seule chose : l'espérance.

Le désir aveugle et sourd se transforme en une commune espérance.

Désirer et espérer ce n'est pas la même chose ; permettez-moi de penser qu’’espérer’ est supérieur à ‘désirer’.

 

Au moment de la quête, nous allons être distraits, nous allons chercher notre porte-monnaie mais nous pourrions tourner le regard vers l'autel qui se prépare avec hosties, vin et l'Eglise nous invite à y voir vraiment, vraiment, vraiment nos maigres provisions.

Ce n'est pas Dieu qui nous donne, c'est nous qui déposons sur l'autel nos maigres  provisions.

Ne dépendons pas du sac de riz, de la baisse des impôts, du pouvoir que l'on nous promet pour nous mettre dans la poche, non !

Sur l'autel c'est ce que nous donnons de nous-mêmes, nos provisions ; sur l'autel, au moment de la quête de l'offertoire.

Et nous y recevrons cette grâce, cette prodigalité, ce qui étanche un peu notre désir, converti en une commune espérance, comme dit Paul aux Ephésiens.

 

Je vous invite, en cet été, à ne pas perdre notre unité, notre prudence car tout ce qui brille n'est pas d’or !

 

Amen.


Vendredi 27 juillet 2018

 

L’Evangile est redoutable qui nous oblige à vérifier nous-mêmes ce que nous avons compris, ce que j’ai compris, ce que j’ai compris de tout l’Evangile. Il y a celui qui entend la parole du Royaume sans comprendre et celui qui entend la parole et comprend. Notre fécondité ou bien notre existence vient vérifier si j’ai, si nous avons compris cette parole. Que dire alors qui manifesterait que j’ai compris, que dire alors qui manifesterait que nous avons compris ou pas encore compris ? Comprendre la parole de Dieu, c’est sans doute aimer l’amour, mais une fois qu’on a dit cela, il y a encore beaucoup de choses à vivre, à faire et à dire.

 

Je vous propose l’éclairage suivant qui vaut ce qu’il vaut : nous sommes tous des êtres de désir. Et quand Jésus nous parle il vient parler à ce désir-là qui est au fond de nous.

Le désir en nous a trois particularités.

La première, c’est qu’il nous appartient,

la deuxième, c’est qu’il est complètement sourd et aveugle,

la troisième, c’est qu’il est insatiable, c’est-à-dire que le désir est toujours un assoiffé.

 

Nous sommes des êtres de désir. Cette terre qui reçoit la semence dont il est question dans la parabole du semeur, c’est cette terre affamée, assoiffée. C’est notre terre à chacun, chacun la sienne. Ce n’est pas le désir du voisin, c’est le mien. Que faire avec ce désir, s’il est sourd et aveugle, s’il est insatiable et nous appartient ? Il peut partir dans tous les sens. Deux sens très opposés : ou bien il va vers le bien, ou bien il va vers le mal. Généralement ce n’est ni complètement du côté du mal, ni complètement du côté du bien, mais ces deux directions très opposées existent. Le bien, c’est ce qui, à travers nous, puisque ce désir va se développer à travers nous, à travers nos mains, nos corps, nos paroles, c’est donc ce qui va servir tout ce qui est plus petit que nous, tout ce qui est comme nous et tout ce qui est plus grand que nous. Plus grand que nous, donc Dieu lui-même. Et le mal, c’est tout ce qui va à travers nous desservir tout cela. Généralement, ce qui dessert, c’est ce qui divise et détruit. C’est Dieu qui est à l’origine de ce désir. Ce désir a pour vocation plutôt le bien. Si le désir produit le mal il peut s’annuler lui-même et nous emporter vers la mort. Puisqu’il est sourd et aveugle, comment l’orienter vers ce pour quoi il est fait, vers le bien ?

 

Il est bon aussi de se dire qu’il y a trois façons d’être : esclaves, mercenaires ou fils.

L’esclave, c’est celui qui n’aime pas le bien mais qui le fait quand même. Il a très très peur de la réprimande. Il pense que Dieu peut nous faire du mal : ayant très peur, je fais quand même le bien mais le bien, je ne l’aime pas.

Le mercenaire, c’est celui qui aime bien le bien et qui va le faire parce que lui, en revanche, ce n’est pas la réprimande qu’il attend, c’est la rétribution : je veux un certain nombre de bénéfices. Je veux que le Seigneur me fasse des cadeaux. Je vais être un gentil petit élève qui attend ses images.

Puis il y a le fils, comme Jésus, qui aime le bien et le fait tout à fait gratuitement. Le fils n’a pas peur et n’attend aucune rétribution. Il aime le bien pour lui-même et l’accomplit. Il aime l’amour. C’est un désir qui a trouvé sa direction. Je pense que c’est cette fameuse bonne terre.

 

Trois façons de rester dans cette direction, autant que possible.

La première, c’est fuir de toutes ses forces tout ce qui est caché dans notre vie, je peux faire des choses en cachette, manger ou autre, me disant que si le Bon Dieu me voit il est grand et miséricordieux, mais le regard des autres me gêne. Fuir cela au maximum.

La deuxième chose se relie à notre faiblesse, fuir l’orgueil, fuir la vanité, la présomption, la prétention… On a bien des raisons d’être pleins de talents. Entendez : celui qui comprend la parole porte du fruit mais chacun selon son charisme ; pour certains c’est cent, d’autres soixante, d’autres trente, peu importe, on pourrait s’en enorgueillir, pas possible ! Attention. Fuyons cela le plus possible.

 

La troisième chose, je suis toujours en chemin. Cela n’est jamais acquis. Ce n’est pas parce que, un jour, l’amour a été lumineux dans ma vie, que c’est terminé comme si j’étais sur orbite. Nous ne  sommes pas sur orbite dans la vie spirituelle. Amen. 


Jeudi 26 juillet 2018

 

Nous voilà plongés au cœur du cœur du cœur du cœur du cœur du mystère de la foi : croire c’est espérer ; posséder ce que l’on espère, est-ce encore espérer ? C’est ce que dit Saint Paul dans l’une de ses lettres. Le désir, le désir qui anime toute vie, si tout d’un coup il est comblé, ce désir existe-t-il encore ?

 

Nous rencontrons autour de nous quantités de personnes qui sont malades du désir : ou bien ils n’osent pas désirer, ils ont peur de désirer, ils ne savent pas désirer, ou bien, d’une certaine façon, ils désirent trop. Cela peut donner toutes sortes de choses qui vont de la dépression à la violence et à la tristesse… Nous ne pouvons pas croire sans désir, ou si ne parvenons pas à faire quelque chose de notre désir.

 

« Les prophètes et vos pères ont tant désiré voir ce que vous voyez et entendre ce que vous entendez » rappelle Jésus à ses disciples dans l’Evangile. Et bien nous, nous croyons que ce qui anime notre vie, ce que nous désirons trouve sa place en Jésus. Nous désirons ce que Jésus désire. Ce que Jésus désire, nous le désirons. Il y a toujours du désir. On garde la corde de l’arc bien tendue, il y a toujours du désir en nous, un désir qui nous fait avancer. Parfois il nous faut prendre patience et parfois il nous faut accepter de recevoir ce que nous n’aurions pas voulu ou attendu. Parfois il nous faut accepter d’avoir un peu faim, parfois il nous faut accepter d’être dans la réconciliation et le pardon et c’est une affaire de désir : j’attends. Voyons la façon dont Marie a attendu, en compagnie d’Elisabeth la venue au monde de celui qui lui était annoncé. Nous désirons en Jésus. Ce qu’il désire, lui, c’est notre désir et réciproquement. Cela, c’est un cadeau qui nous est fait.

 

Alors Anne et Joachim ont désiré voir et entendre ce que nous, nous pouvons désirer en Jésus. Mais eux, ils ont été la génération d’avant. Ils ont fait le don de leur fille. Alors n’ayons pas peur de désirer ou d’aimer, que ce désir prenne sa place dans le désir-même du Fils. « J’ai ardemment désiré manger cette Pâque avec vous… » Voilà le désir de Jésus. Que ce soit aussi le nôtre et c’est ce que nous allons vivre dans quelques instants.

Amen.


Mercredi 25 juillet : st Jacques de Majeur.

2 Co 4, 7-15 : Tribulations et espérances du ministère.

Ps 125

Mt 20, 20-28 : Demande de la mère des fils de Zébédée. Les chefs doivent servir.

 

Cette image que saint Paul utilise dans sa deuxième lettre aux Corinthiens, est célèbre et elle est en même temps très instructive ; je vous la redis , il parle de nos vies,

de nos corps,

de nos êtres comme à la fois vase d'argile (contenant) et trésor (contenu), les deux ensemble : ‘nous sommes comme des trésors dans des vases d'argile’ et donc la puissance extraordinaire des Apôtres, (chacun des baptisés en puissance), ne vient pas de ce qui se voit (les vases d'argile) mais de ce qu'il y a à l'intérieur du vase d'argile ; pourtant le vase d'argile est nécessaire pour porter ce trésor comme s'il venait à se répandre et à se perdre s'il n'y avait pas ce contenant, aussi fragile qu'il soit.

 

Ça peut renvoyer à notre nature,

à notre nature fragile,

à notre nature changeante, inconstante, capable du plus beau (notamment avec l'aide de la grâce) comme capable du plus laid, quand elle s'abandonne à elle-même.

Mais il y a plus grand encore que cette nature, il y a ce trésor qui est à l'intérieur et qui assurément, est la grâce, la grâce que les Apôtres ont su nous communiquer par leur foi et par leur parole, par la puissance des sacrements.

 

Le point de contact en nous-mêmes, entre cette grâce (ce trésor) et ces vases d'argile (dirons-nous notre nature, notre vie, nos corps), ce point de contact c'est l’humilité ; l'humilité est la mère du discernement.

Elle est à la fois point de contact, moment le plus rayonnant entre le trésor et le vase (ce qui fait de nous des êtres lumineux, des êtres féconds, capables de transmission et de communication de la grâce, la puissance de Dieu) mais l’humilité est aussi mère du discernement, c'est-à-dire qu'elle nous permet d'anticiper tout ce qui va être, de notre part, choix malheureux, décisions qui nous conduiraient au péché ; en tout cas qui manifesteraient la fragilité du vase, jusqu'à peut-être que ce vase, tellement fragile qu'il soit, finisse par se rompre et donc laisse se perdre ce qu'il y a à l'intérieur.

 

Discerner (je le disais déjà, hier) c'est anticiper tout ce qui viendrait nous conduire dans des ornières,

tout ce qui nous conduirait au péché,

attaquer le mal à sa racine,

connaître les signes avant-coureurs en nous-mêmes de ce qui serait l'ambition,

l’orgueil,

ce qui serait la vanité,

ce qui serait le pouvoir ; anticiper cela, pour mieux s'en prémunir,

s’en détourner,

préserver le vase, qu'il ne soit pas brisé ;

mieux porter le contenant précieux, cette grâce.

 

Plusieurs façons pour toujours rester assez proche de cette humilité-là,

ne pas perdre cette humilité,

ne pas perdre cette lumière brillante :

premièrement, c'est se rappeler toutes les grâces que nous recevons dans notre vie, cette puissance qui agit à travers notre faiblesse.

Cette puissance n'est pas de nous, ça demande de l'humilité.

La puissance de Jacques et de Jean n'est pas dans leur pouvoir terrestre, ils n'en ont pas, sinon celui-là seul du service et du sacrifice ; la puissance leur est donnée, c'est un don.

Nous rappeler tout ce que nous recevons et même si nous croyons très honnêtement, en être pour quelque chose ; eh bien, bien avant ce quelque chose, il y a certainement la puissance de Dieu.

 

Pour rester au plus proche de l'humilité, essayer aussi de ne condamner personne.

On a bien des raisons d'en vouloir à des tas de gens et notre histoire est souvent parsemée de moments injustes; ne pas en vouloir, ne pas condamner ; ça ne nous appartient pas.

Jacques et Jean ne reçoivent pas le pouvoir terrestre d'être juges et de condamner qui que ce soit.

 

Et puis surtout, se rappeler que nous sommes des vases d'argile, nous sommes fragiles : pas trop d'ambition au sens de ne pas se prendre tout de suite pour des demi-dieux,

 des trois quarts de dieux,

des dieux entiers mais tout simplement, pour des instruments.

 

Ces petits conseils nous aident à rester au plus proche de ce vrai trésor qui est, et la grâce et l'humilité, ce que Jésus rappelle Jacques et Jean.

 

Amen


Mardi 24 juillet 

Mi 7, 14-15. 18-20 : Prière pour la confusion des nations. Appel au pardon divin.

Ps 84

Mt 12, 46-50 : La vraie parenté de Jésus.

 

En lisant l'exhortation du pape François intitulée : ‘la joie de l'amour’, l'exhortation qui a maintenant un an (peut-être, un peu plus), nous découvrons qu’il y a deux manières de voir la question familiale, la famille : une manière (en exagérant toujours un peu) une manière un peu fixée, une sorte de chose immobile et qui s'imposerait comme une sorte de modèle

ou bien davantage une réalité vivante, lieu de maturation, de processus de singularisation de chacun, de recomposition de liens et de transmission : le père n'est pas le fils ; le fils à son tour, devient père d'un autre etc.

 

Lorsque la famille de Jésus vient frapper à la porte, (libre à nous de la regarder d'une manière ou d'une autre), en tout cas, Jésus répond par une question, qui m'a inspiré le thème du discernement.

 

Le discernement, ça n'est pas savoir ce qui doit arriver mais c'est connaître par quelle voie, quelque chose doit arriver et surtout quel moment ; c'est connaître les moments favorables, l’heure : "l’heure est venue" ; "Femme, mon heure n'est pas encore venue".

 

Le discernement, c’est sentir,

connaître,

voir,

toucher les étapes par lesquelles une chose doit survenir dans notre histoire et du coup, repérer à quel moment une chose va éclore ; un peu comme (si nous regardons du côté du travail de la terre) quelqu'un sait les étapes de maturation d'une plante.

Il en est ainsi avec le disciple de Jésus.

 

Discerner, c’est mener le combat contre le Mâlin qui jamais, ne viendra frontalement sur notre terrain car sinon, nous serions tous vainqueurs, toujours ; or ce n'est pas le cas.

Pour pouvoir déjouer la guerre qui peut nous être menée, il faut pouvoir attaquer la racine du mal et donc, anticiper, mieux connaître les processus dans nos vies.

 

On peut donc regarder cette rencontre de Jésus avec les siens, comme la volonté de Jésus (tout du moins dans son enseignement, par la question posée), la regarder comme une question qui nous est adressée à nous : ‘savez-vous discerner les moments,

les temps,

les étapes

et les processus ; savez-vous discerner ?

Êtes-vous capables de sortir de votre trésor du neuf et de l'ancien et êtes-vous capables d'entendre ma parole ?

"On vous a dit, moi je vous dis".

Tout homme qui écoute les commandements de Jésus est donc semblable à celui qui tire de son trésor du neuf et de l'ancien.

 

Pour bien discerner,

pour bien anticiper,

pour bien connaître les temps et les moments, il faut être un bon auditeur de la parole, bien connaître les commandements de Jésus et les vivre ;

alors nous connaissons les temps et les moments,

alors nous sommes de moins en moins pris par surprise,

alors nous sommes de moins en moins des victimes,

nous sommes de moins en moins des passifs,

nous sommes de plus en plus acteurs.

 

Marie le savait, Marie a appris au contact de son Fils.

Certes, elle a été surprise par la parole de l'ange, certes le moment n'était pas encore venu à Cana mais elle a appris ; elle était là au bon moment, à la Croix,

elle était là au bon moment, avant la Pentecôte,

elle était là au cœur de la communauté, gardant et méditant toutes ces choses.

Marie a appris à discerner, à connaître les temps et les moments favorables.

Prions, prions-la, elle, pour que nous vienne cet esprit de discernement,

que nous soyons de plus en plus de fins connaisseurs des temps et des moments dans l'histoire du monde et dans notre vie.

 

Amen.


Dimanche  22 juillet

Jr 23, 1-6 : Oracles messianiques. Le roi de l’avenir.

Ps 22

Ep 2, 13-18 : Réconciliation des juifs et des païens entre eux et avec Dieu.

Mc 6, 30-34 : Jésus et les foules.

 

Après que le peuple d'Israël a quitté la terre d'Égypte, après que ce peuple a traversé pendant 40 ans, le désert (vous savez qu'ils étaient sous la houlette de Moïse), voici qu'ils traversent le Jourdain et de l'autre côté du Jourdain, ils font l'expérience de la sédentarité : ils ne sont plus nomades mais sédentaires.

Étant sédentaires, commence à paraître un certain nombre de conflits, de différents, la paix commence à se fragiliser et voici qu'il faut qu’il y ait des hommes investis d'un pouvoir, qui viennent entretenir la paix,

arbitrer,

rendre justice : on les appelle des juges.

 

À un moment donné, (on est à l'époque du prophète Samuel) le peuple est déjà sédentaire depuis un certain temps) le peuple dit : ‘donne-nous un roi, on veut un roi comme toutes les autres nations autour de nous, ont le leur ; c'est bien un roi, on veut être comme eux et de cette façon-là, la paix sera toujours présente à l'intérieur de notre peuple, il n'y aura plus de différents et puis surtout, on sera fort devant les nations étrangères qui veulent nous faire la guerre.

Ça irrite Samuel qui demande au Seigneur et puis finalement : un roi ; vous savez, c'est l'expérience de Saül, David, Salomon et puis le peuple, ce fameux royaume va se séparer en deux et il va y avoir les rois du Nord, les rois du Sud.

Ces rois, les uns après les autres, qui exercent le pouvoir au nom de Dieu, vont l'exercer non pas au service des autres mais ils vont se servir eux-mêmes ; (ils vont être des bienfaiteurs, comme au départ, des humbles choisis par le Seigneur) mais ensuite leur pouvoir va n’être rien d'autre que se servir eux-mêmes.

Alors le peuple est fatigué et des prophètes régulièrement, rappellent à ces rois-là que leur pouvoir ne vient pas d’eux, il n'est pas pour eux, il est pour ce peuple de l'Alliance.

 

Une promesse est faite par le Seigneur : ‘arrivera un jour, un bon berger, un vrai roi, un bon Pasteur, qui fera l'unité et surtout qui prendra soin des brebis, des brebis fatiguées, malades et qui les conduira sur des pâturages d'herbe fraîche ; le peuple sera en sécurité, défendu de ces nations étrangères qui l’entourent et il sera en confiance avec le Seigneur’.

Il se trouve que ce roi annoncé (il est dit dans la Bible, vous l'avez peut-être entendu dans cette première lecture, il pourra être un successeur de David, comme si David avait été ce roi par excellence, magnifique (il a eu son péché David, aussi), nous croyons que ce roi annoncé, ce bon Pasteur, celui qui exerce un pouvoir, non pour lui-même mais au service de ses frères, des plus petits du troupeau, c'est Jésus.

 

D'ailleurs, on le voit dans l'Évangile : ‘venez, venez (les disciples reviennent de mission) ; venez, vous reposer, vous devez être fatigués ; venez, vous restaurer, on va aller à l'écart (voyez, ils n'ont même pas le temps de manger) ils vont à l'écart et les foules arrivent nombreuses et Jésus est pris aux entrailles.

Il est pris au cœur, c'est sa relation avec son Père qui vibre, c'est l'amour du Père et du Fils qui vibre en voyant des foules qui ont l'air d'être encore, sans berger.

 

Mais que font les docteurs de la loi ?

Que font les pasteurs de ce peuple pour que des brebis soient à ce point, comme errantes?

Et Jésus, lui ne va pas manger, il va les enseigner, les instruire : voilà un exemple ; Jésus est donc cet exemple du bon Pasteur, du bon berger.

 

On pourrait se demander d'où vient en nous, cette tentation du pouvoir qui vient comme nous renfermer ?

D'où vient en nous cette tentation d'un pouvoir qui se renferme sur lui-même ?

D'où vient en nous cette tentation ?

En nous, il y a comme une sorte de grande faim, de grande soif, de grand désir, un grand désir de pouvoir être en sécurité,

de pouvoir être en paix,

protégé,

d'être dans sa zone de confort.

 

Si on regarde Jésus, au début de l'Évangile, il va être au désert pendant 40 jours, souvenez-vous : c'est le texte que nous lisons le premier dimanche de Carême.

Il y est conduit par l'Esprit Saint et il va être drôlement accueilli par le démon.

Au bout de 40 jours, il a faim et soif, il a faim : son désir est tendu comme la corde d’un arc, bien tendu.

Que va-t-il se passer ?

Trois tentations vont apparaître dans cette soif (parce que au bout de 40 jours dans le désert, on aurait envie de retrouver un peu son chez soi) ; je ne sais pas si vous partez comme ça 40 jours, loin de chez vous ; est-ce que au bout de 40 jours, vous seriez peut-être contents de retrouver votre lit, par exemple ; peut-être !

Imaginez : 40 jours dans le désert,  Jésus, la corde de son arc est bien tendue d'un désir de trouver stabilité, confort, sécurité (après tout, pourquoi pas ?).

 

Vont apparaître trois tentations : tentation du pouvoir,

tentation du savoir

et tentation de l’avoir.

Ça va apparaître chez lui : il a faim, il est dans ce désir d'un confort et d'une sécurité et apparaissent en lui, trois désirs très forts, trois incarnations de son désir : je veux le pouvoir, je veux du savoir et je veux de l’avoir ; je veux posséder, je veux connaître et je veux exercer un service ou une domination sur d'autres.

 

Que va faire Jésus ?

Vous le savez, (premier dimanche de Carême) Jésus va toujours en référer à la parole du  Père, à l'Ecriture : il va être dans la prudence et il va rejeter ces tentations parce qu'il a repéré que c'étaient des tentations.

 

Il se trouve que lorsque ce pouvoir, ce savoir et cet avoir apparaissent alors que nous sommes au comble de notre désir d'asseoir notre sécurité, le grand danger c'est lequel ?

C'est qu’après avoir tout investi dans le pouvoir,

tout investi dans l'avoir

 et tout investi dans le savoir, je découvre que je ne sais rien, je ne possède rien et mon pouvoir, j'en veux encore ; c'est une tentation.

J'ai très faim et je me rends compte au final, qu’après avant avoir tout investi, j'ai encore plus faim : c'est un mirage ; le démon aurait pu lui faire croire que c'était vrai mais il avait bien repéré que c'était un mirage.

 

Vous savez, quand on a du pouvoir, quand on a du savoir et beaucoup d'avoir et que c'est uniquement pour sa sécurité, son confort personnel, uniquement pour son quant-à-soi, le grand danger c'est lequel ?

D'en redemander, premièrement : on n'en a jamais assez ou bien de se faire avoir parce qu'on vit au détriment du regard des autres.

 

À quoi ça sert d'avoir tant ? À impressionner les autres : ‘Ah ! tu as vu ?’

À quoi ça sert de savoir tant ? A impressionner : ‘Ah ! mais tu sais beaucoup de choses’.

À quoi ça sert  d'avoir tant de pouvoir ? Ah ! je m’incline’

 

Quel pouvoir avez-vous ?

Mais quoi ça sert de vivre aux dépens des autres ?

À quoi ça sert?

C'est le grand danger de ceux qui ont pouvoir, savoir et avoir uniquement pour eux-mêmes ; c'est ce qui est condamné dans la première lecture : ces bergers qui n'exercent pas ce pour quoi  ils sont faits : ils ont du pouvoir mais c'est pour mieux se servir eux-mêmes.

Ils ont donc un troupeau mais c'est pour que le troupeau les loue :

‘ah ! que vous êtes grands !

ah ! que vous savez des choses !

ah ! ce que vous êtes riches !

 

Mais ce n'est pas ce que cherche le Seigneur : s’il a des rois, ce n'est pas pour qu’on  s’incline devant eux, c'est pour qu'ils reconnaissent celui qui est au-dessus de leur tête et qui leur donne mission : le Père.

Jésus aurait pu savoir beaucoup de choses, il aurait pu avoir, il aurait pu pouvoir beaucoup de choses : l'avant-veille de sa crucifixion, alors qu'il était au jardin des oliviers, il aurait pu avoir (avoir !) une armée d'anges ; mais il y renonce.

Qu’auraient-ils pu faire ?

Lui épargner les soldats qui venaient pour l'arrêter ; il y renonce.

 

Jésus aurait pu savoir quelle était l'issue certaine : la mort, il avait deviné (d'ailleurs, il en parle aux disciples) aurait-il pu savoir de science certaine qu'il allait ressusciter, lui ?

Pas sûr ! Si non, ça veut dire qu'il aurait fait semblant de mourir : ‘oh ! Je vais mourir ; oh !eh bien de toute façon je sais que je ressuscite donc je vous dis à tout à l'heure.’

Non, c'est une vraie mort, c'est une vraie mort avec tout ce qu'elle comporte : la crainte de perdre tous ceux avec qui on a construit des liens,

tout ce qu'on a construit ; une vraie mort comme peut en vivre les uns, les autres dans nos entourages ; il descend pour de vrai sous terre ; pour de vrai, il va rejoindre les morts dans les enfers ; il ne fait pas semblant.

 Il aurait su d'une science certaine qu'il allait ressusciter tout de suite, il aurait fermé les yeux et il aurait attendu ; ce n'est pas ce qu'il fait.

 

Et le pouvoir ?

Effectivement, il aurait pu tout de suite faire tomber le feu du ciel sur tous ses détracteurs, (vous savez ces pharisiens et chefs de la Loi qui, tout au long de son pèlerinage jusqu'à Jérusalem, n'arrêtent pas de l'accuser) ; jamais ! ce sont ses disciples qui ont voulu, Jacques et Jean ; mais pas lui ; jamais il n'a fait tomber le feu du ciel ; il en avait le pouvoir.

Il y a renoncé et c'est ce qui fait sa force : il n'est pas tombé dans le piège du diable qui consiste à dire : ‘tu veux ta zone de confort,

tu veux la préserver,

tu veux construire ton château fort pour être mis en sécurité ; allez, je te donne le pouvoir.

 Je te donne beaucoup d'argent et je te donne une grande science’ ; il y a renoncé.

Il est allé nu, nu jusqu'à la croix.

 

 

Ces textes viennent un peu comme dénoncer des excès que les uns et les autres, nous pouvons avoir en communauté ou même à l'extérieur.

Par exemple, quand nous sommes prêtre,

quand nous sommes diacres

ou relais village,

quand nous préparons des obsèques,

des mariages,

quand nous faisons de l'accueil,

quand nous avons une équipe de KT, nous avons un service qui nous est confié donc, nous avons un pouvoir.

Ce n'est pas mauvais en soi, ce n’est pas mauvais ; qu’en faisons-nous ?

 

Est-ce que c'est pour asseoir notre besoin de confiance et de sécurité,

exister aux yeux des autres

ou est-ce que c'est pour servir ?

 

C'est la question qui nous est adressée à tous car il arrive que nous déployons toute notre énergie en communauté, pour mieux exister nous-même ; alors nous sommes assez aveugles sur les autres et c'est vrai aussi à l'extérieur : je suis dans un club : c'est moi qui suis trésorier du club ; je suis au travail, par rapport à mes voisins, on a toujours un pouvoir et c’est nécessaire, nous en avons besoin.

Mais est-ce pour moi ou est-ce pour les autres ?

Voilà l'enjeu.

 

À quoi ça nous sert aujourd'hui, nous qui venons à la messe ce matin.

L'enjeu c'est le suivant, il y a deux enjeux.

 

Le premier c'est de se dire : ‘il faut déjà que le curé soit bien à sa place et nous, nous aurons la nourriture que nous voulons, nous serons vraiment bien accompagnés comme ces brebis qui vont être accueillies sur des pâturages d'herbe fraîche ; que le curé fasse bien comme il faut son travail, nous, nous serons en protection.

 

C'est vrai ! mais ça peut se retourner contre les brebis.

Si les brebis sont dans leur quant-à-soi, préoccupées du regard des autres, elles auront un mauvais berger.

Encore faut-il avoir faim, sans quoi le berger peut toujours donner des tas de trucs, on attend toujours autre chose ; encore faut-il avoir faim !

Ce n'est pas toujours vrai mais c'est vrai beaucoup : on a le pasteur que l'on mérite, (pas toujours mais ça marche des fois) ; en plus, on peut se le demander, en quoi ça peut marcher ?

 

La deuxième chose c'est : ces soifs de sécurité,

ces soifs de confiance,

de protection qui font partie de notre être (on en a besoin depuis les origines) : soit nous les trouvons dans tous ces faux-semblants qui s'appellent : pouvoir, savoir, avoir ; soit nous les trouvons dans une autre nourriture qui vient réellement calmer notre faim,

réellement nous nourrir et nous élève : c’est Jésus lui-même ; il n'a pas le temps de manger et en plus, il se donne en nourriture et nous allons le trouver dans l’eucharistie, juste après ; juste après il s’offre pour nous.

 

Au lieu de sonner trompette autour de nous, au lieu de montrer combien nous sommes importants, décidons plutôt d'emprunter cette voie toute petite, de cette brebis qui s'est écartée du troupeau, qui va être récupérée par le Christ lui-même, qui vient la faire paître.

 Prenons le chemin de cette brebis-là et allons jusqu'à la table où il s’offre en nourriture pour nous (après tout c'est le sens de nos communautés) : nos communautés c'est d'abord : partager celui qui est vraie nourriture pour nous, plutôt que d'aller nous perdre dans toutes sortes de mirages.

 

Alors, demandons au Seigneur, qu’il nous aide vraiment les uns, les autres (qui que nous soyons) petits et  grands,

investis ou pas,

conscients ou pas de toutes nos forces et de toutes nos faiblesses

qu'il vienne nous nourrir,

qu’il creuse en nous cette vraie faim de son Corps, de son Sang, de sa parole et de sa vie et nous pouvons demander à Marie, elle qui sait tout de choses, (qui sait ça, depuis le début de son Fils), qui n'a jamais emprunté le chemin du pouvoir, du savoir et de l’avoir, de veiller sur cette route.

 

Amen.


Vendredi 20 juillet 

Is 38, 1-6. 21-22.7-8 : Maladie et guérison d’Ezéchias.

Ct  Is 38

Mt 12, 1-8 : Les épis arrachés.

 

Il est question de l'Ecriture dans ce texte, Jésus faisant référence à l'Ecriture.

L'Ecriture nous paraît souvent paradoxale, comme si une chose et son contraire pouvaient être affirmés mais celui qui les connaît, croit qu'il n'y a rien de trop, ni rien de mal dans la création et que "tout concourt au bien" et que même, Dieu transforme merveilleusement tout ce qui pourrait être contre sa volonté.

Dieu transforme merveilleusement, en lisant l'Ecriture (ceux qui connaissent, peuvent en attester), tout ce qui pourrait paraître comme contraire à sa volonté et nous en avons un exemple, ici, dans l'Évangile (et nous en avons toujours un exemple, dans l'Évangile) car le Christ fait en lui, l'unité de toute l'Ecriture : Ancien et Nouveau Testaments.

 

Une loi transgressée et Jésus va, sans périmer l'Ancien (Testament), révéler le sens de la justice divine : "Vous connaîtriez, vous sauriez que personne n'a commis de faute".

La pointe, dans l'Ecriture (pour ceux qui la connaissent) c'est la miséricorde et non pas le sacrifice.

Entrez dans cette dynamique-la pour être parmi les disciples de Jésus, pour vous laisser convertir car reconnaissons-le, la justice divine souvent, c'est la nôtre; reconnaissons que ce que Dieu aime, ce n'est pas nécessairement ce que nous aimons, nous.

Pour rentrer dans cette justice de Dieu, nous pouvons déjà commencer par reconnaître humblement que ce qui souvent, va mouvoir nos jugements, c'est notre faim.

 

Mais notre faim est-elle bien orientée ?

Si je vais juger quelqu'un, si je vais être dans le : ‘j'aime’ ou le ‘ je n'aime pas untel ou une telle’, si je vais être dans : ‘un tel ou une telle a tort ou a raison’, peut-être que, ce qu'il y a derrière, c'est ma faim.

Évidemment, pas une faim de pain, on est d'accord, mais mon désir : vous voyez que si c'est mon désir qui est à l'origine de mon jugement, ça veut dire que ça n'est pas du tout orienté vers le Père, c'est orienté vers mon estomac, c'est orienté vers moi, vers mon moi ; je vais vérifier et estimer toute chose à partir de ma hauteur personnelle, de ma hauteur.

Il faut que je commence par concevoir tout simplement : ‘oui, j'ai faim’ ; d'ailleurs ce n'est ni bien ni mal mais autant le reconnaître, voyez-vous, parce que Dieu n’est pas mon ventre.

"Ils avaient faim les compagnons de David, ils ont mangé".

 

Ensuite, recourrez aux Ecritures ; les Ecritures, il faut les connaître, il n'y a pas à transiger ; on n’a aucune excuse.

Il y a 50 ans, on aurait dit : ‘mais oui ! mais à l'époque, l'Ecriture, on ne la connaissait pas, on n’avait pas le droit de l'ouvrir ; c'est vrai mais ça ne marche plus, ça, c'est fini depuis 50 ans.

Mais il faut les ouvrir, (non mais sans blague !), pas seulement le ‘Prions en Eglise’ et rechercher le trésor qui est au milieu car de la première page à la dernière, c'est le Christ qui est à l'intérieur, c'est le Christ, de la première page à la dernière.

L’Ecriture, ce n'est pas ce que le prêtre en dit le dimanche (peut-être, un peu, mais) mais c'est bien plus large que ça !

 

 Que fait Jésus dans ce passage ?

Il va faire référence à l'Ecriture comme il fera d'ailleurs, dans le désert des tentations et comme il fait en de multiples occasions.

Ce retour à l'Ecriture permet de ne pas confondre mon ventre avec le Père car, sans quoi, il peut tomber dans un imbroglio terrible : justifier, de se justifier, de se justifier.

Est-ce qu'on n’est pas comme cela, parfois, entre nous ?

 

Ensuite, imiter le Christ (ça, c'étaient des petites choses, les jours précédents).

S'il est question de miséricorde, on peut tout simplement regarder comment Jésus est miséricorde.

Alors là, on est plutôt dans une sorte d'échange verbal mais combien de fois est-il miséricorde, Jésus, dans l'Évangile ?

Plein de passages ; de manière très concrète, très concrète : l'aveugle de Jéricho, la femme adultère chez st Jean, la femme pécheresse qui vient baiser ses pieds, par exemple, Jésus qui prend ses repas avec les publicains ; l’imiter.

 

Et puis, reconnaître son péché (ce n'est pas pareil que reconnaître sa faim), reconnaître son péché c'est dire : ‘eh bien oui ! j'ai confondu ma faim avec le Seigneur’, ça c'est le péché.

Mais avoir faim, c'est avoir faim, je reconnais que j'ai faim et que du coup, parce que j'ai faim, je peux être trompé (je ne suis pas toujours trompé, notez !).

 

Amen.


Jeudi 19 juillet 

Is 26, 7-9.12.16-19 : Psaume.

Ps101

Mt 11, 28-30 : Jésus ,maître au fardeau léger.

 

"Venez à moi… Apprenez de moi… ".

Avoir trouvé le trésor ne signifie pas l'avoir acquis ; je peux avoir localisé (comme une autre parabole le dit) au milieu d'un champ un trésor, je veux être propriétaire du champ : il me faut tout vendre pour devenir le propriétaire de ce champ et de ce trésor.

 

Je peux avoir été touché par la parole de Dieu,

par un geste,

des sacrements de l'Eglise (le sacrement des malades, l’eucharistie),

je peux avoir été rejoint par un visage,

Jésus peut m'avoir fait signe mais je ne suis pas encore le disciple du Maître au fardeau léger : il me faut apprendre de lui,

venir à lui,

il me faut tout vendre.

Un fardeau a beau être léger, c'est un fardeau ; il a beau nous alléger, il n'en demeure pas moins qu'il nous faut l'acquérir, qu'il nous faut le porter ; c'est la raison pour laquelle, dans cet Évangile, il y a cette idée de prendre sur soi, avec lui un  fardeau léger.

 

Que faire ?

Ne pas en rester à une émotion et à un appel d'un temps de notre histoire,

ne pas rester sur le bord de la route mais se mettre en chemin.

Apprendre de Jésus dans l'Évangile,

essayer le plus possible, de l’imiter,

maîtriser nos passions, les lui offrir,

vouloir lui ressembler.

Nous pouvons rechercher dans nos vies la sobriété, la simplicité, nous pouvons confesser notre limite et notre pauvreté (toujours) et surtout ne pas oublier de le louer, le remercier.

 

Il y en a beaucoup qui avant nous, ont et trouvé le trésor et acquis le trésor : Marie, Jean-Baptiste, les apôtres, les martyrs, tous les saints.

Nous pouvons les prier : eux, ils ont trouvé et acquis le trésor ; ils sont allés jusqu'au Maître et ils ont porté avec lui et lui avec eux, le fardeau léger ; ils ont tout vendu et appris de lui.

Prions-les et mettons-nous en route.

 

Amen.


Mercredi 18 juillet 

Is 10, 5-7. 13-16 : Contre le roi d’Assyrie.

Ps 93

Mt 11, 25-27 : L’Evangile révélé aux simples. Le Père et le Fils.

 

Les sages et les savants dont il est question, peuvent être ceux des villes incriminées hier, par Jésus ; souvenez-vous : nous avions Corazine,

nous avions Bethsaïde,

nous avions Capharnaüm, des centres religieux où peut-être y avait-t-il beaucoup de sages, de savants et pourtant Jésus parle des tout-petits, ceux qui sont tout-petits comme le Fils l’est lui-même : ce sont ceux des Béatitudes et c'est un don qui est fait à celui qui ne le choisit pas ; ça lui est donné.

On peut le demander dans la prière mais devenir tout-petits comme les Béatitudes, ça nous est donné et quand ça survient dans une existence, c'est l'équivalent d'un grand tremblement de terre.

 

Celui qui est tout-petit, c'est celui qui tout d'un coup va faire l'expérience,

va voir,

va prendre conscience de son péché, de sa présomption et de son orgueil.

Il va voir combien présomption et orgueil ont habité sa vie et le don lui est fait, de se tenir à ‘l’orient de son cœur’.

 

Vous savez, ‘l’orient du cœur’, je pense à ce jardin des Origines dans lequel nos aïeux : le Terreux et la Vivante (Adam et Eve), après avoir consommé, dans la transgression, ce fruit de l'arbre de la connaissance du bien et du mal, tout d'un coup, se sont mis à voir.

Et à voir quoi ?

Qu'ils étaient nus.

A voir la luxuriance d'un jardin qui déjà, commence à leur échapper et ils sont chassés.

À l’orient, des chérubins protègent l'entrée de ce jardin.

 

Se tenir à ‘l’orient du cœur’, c'est se tenir sur ce seuil, se souvenir de cet état d'innocence (pourrions-nous dire) ou de ce moment de notre vie

où nous n'avions guère conscience de cette toute-puissance,

nous n'avions guère conscience de cette présomption,

guère conscience de cet orgueil,

guère conscience que nous nous recevions d'un Père Créateur

et tellement guère conscience de cela que nous avons voulu usurper sa place.

 

Alors, se tenir à ‘l’orient du cœur’, c'est constater cela et en même temps, puisque je suis sur le seuil, je me rends bien compte que hors de ce jardin,

c'est un univers beaucoup plus chaotique,

beaucoup plus irrégulier : il y a plus de plis,

d'ombre,

il y a plus de péché (pourrions-nous dire),

d'infidélité,

d'inconstance, à commencer surtout, par les miennes.

 

Se tenir à ‘l’orient du cœur’, c'est être comme Adam et regarder avec componction, (ou en tout cas, avec déception) Caïn, meurtrier de son frère ;

se tenir à ‘l’orient du cœur’, c'est regarder ces sodomites qui sont brûlés par le feu ;

se tenir à ‘l’orient du cœur’, c'est voir Salomon qui est déchu en même temps qu’Esaü, déchu ;

se tenir à ‘l’orient du cœur’, c'est voir le grand roi David pleurer son double péché ;

se tenir à ‘l’orient du cœur’, c'est voir l'infidélité de Simon-Pierre et la faillite de Judas ;

se tenir à ‘l’orient du cœur’, c'est voir l'infidélité d'Israël et la pauvreté des apôtres ;

 

mais se tenir à ‘l’orient du cœur’, c'est être riche de tout cela aussi car c'est au creux de cet exil que l'Amour vient.

Souvenez-vous : le fils prodigue, il lui a été fait don de se tenir à ‘l’orient de son cœur’ (rentrer en lui-même) ; il décide de retourner vers son père ;

souvenez-vous du publicain : "Seigneur, prends pitié du pécheur que je suis".

 

Être pécheur et se reconnaître comme tel, devant le Seigneur, ça n'est pas être misérable ; au contraire, c’est chercher les plus hautes qualités d'être mais se reconnaître pécheur, c'est se tenir tout près de la source de l'Amour (eh bien si non, pas d'amour et nous confessons un dieu mort) ; au contraire, nous recevons la vie d'un Dieu plein de vie, plein d'amour.

Encore faut-il être tout-petit !

 

Amen.


Mardi 17 juillet 

Is 7, 1-9 : Première intervention d’Isaïe.

 Ps 47

Mt 11, 20-24 : Malheur aux villes des bords du lac.

 

Corazine, Bethsaïde, Capharnaüm, sont des centres rabbiniques, des lieux de connaissance de Dieu ; pourtant ces villes sont montrées du doigt par Jésus : il leur manque de se convertir, contrairement à ce qu'auraient pu faire, en leur temps, Tyr, Sidon et Sodome.

 

La connaissance que nous avons de nous-mêmes, la connaissance que nous avons de Dieu et des autres, nous croyons qu'elle est tronquée,

qu'elle est imparfaite,

qu'elle n'est pas ajustée : nous avons de la peine à trouver le juste milieu par exemple, entre l'amour de soi et la haine de soi.

La connaissance de soi est toujours une chose délicate et en équilibre et donc du coup, la connaissance des autres et de Dieu, pareil.

 

Nous croyons alors, qu'il nous faut grandir dans une plus grande vérité de nous-mêmes et nous attacher avec plus de force à ce que nous pourrions appeler la conscience ou bien encore, un plus grand attachement à ce que, ces semaines et ces mois précédents, nous avons appelé les vertus : la justice, la prudence, la force et la tempérance.

 

Si l'humain naturel se laisse aller à lui-même, il est très enclos sur lui mais s'il cherche à se déplier et à s'ouvrir, il grandira effectivement dans une connaissance plus ajustée.

Mais alors donc, il lui faut être dans ce permanent effort de conversion ; ce que n’ont pas fait ces villes, citées par Jésus.

 

Il ne suffit pas de connaître l'Ecriture, il ne suffit pas de pratiquer et d'enfiler jour après jour des exercices de piété ; ils sont nécessaires et l'Ecriture aussi, (ô combien nécessaires !) mais il faut  ajouter tout de suite, tout de suite (à ces différentes dimensions de la vie religieuse : la lecture de l'Ecriture, la pratique), il faut y ajouter un exercice : à la fois se méfier de sa volonté propre (si elle n'est pas transformée ou si elle ne cherche pas à s’aiguiser), d'une part et d'autre part, grandir davantage dans une ressemblance avec le Christ, de manière concrète, (très concrètement) : il n'y a pas une situation de notre vie,

il n'y a pas un mouvement de nos émotions,

un mouvement de notre âme qui ne puisse trouver une ressemblance avec ce qu'a vécu Jésus.

Et si nous ne trouvons pas c’est que nous n'avons pas suffisamment lu l'Évangile.