Homélies du semestre

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Samedi 14 septembre 2019


Vendredi 30 Août 2019

1Th 4, 1-8

Ps 96

Mt 25, 1-13

 

« Comme l’époux tardait, elles s’assoupirent toutes et s’endormirent. »

C’est la condition des chrétiens depuis la Pentecôte.   Non pas de s’endormir mais d’attendre l’époux qui tarde. Et les chrétiens de Thessalonique à qui est adressée cette lettre que nous entendons  depuis le début de la semaine,  étaient  dans  cette attente vive  comme les dix jeunes femmes,   que l’Epoux vienne !  Le retour imminent du Christ  que nous confessons à chaque Eucharistie !  Lorsque nous célébrons l’Eucharistie.

 

Mais voilà, il se peut que nous nous endormions.   Notez  que toutes ces jeunes filles  s’endorment, même  les prévoyantes.

Cet évangile se termine par : « Veillez donc ! »On pourrait avoir l’impression que l’accent est mis sur la vigilance, mais cette parabole semble insister davantage  sur la prévoyance.  On aurait  l’impression que la différence n’est pas très importante entre les deux.   Mais,  la vigilance, on est bien obligé de s’y soumettre parce que nous sommes dans l’attente.   Quoique nous voulions.   Ne cessons jamais de prier pour que se réalisent un grand nombre d’intentions.   Comme nous sommes des chrétiens dans l’histoire  comme nos premiers frères de Thessalonique,  nous sommes forcément dans une forme de vigilance.

 

Mais la prévoyance c’est autre chose : c’est être équipé.   C’est autre chose.   Cet équipement semble  être   -  je vous propose du moins cette clé de lecture  -  au regard de cette première lettre aux Thessaloniciens : cette bonne compagnie avec  soi-même. Cette capacité à organiser son intérieur avec délicatesse,  beaucoup de tact,  avec  beaucoup de précision et  de détermination.   Cet intérieur : c’est le soi-même,  c’est notre corps. 

Cette qualité et  cet amour que nous serons  capables,  nous sommes,  nous avons été capables de manifester  à nous-mêmes,  comme si nous le faisions avec notre propre épouse ou  notre propre époux,  permet de développer des  fruits  de vertu  incroyables. 

 

Cette huile : c’est cela !   Ceux qui n’ont pas cette huile,  évidemment  ne  pourront  pas aller à la rencontre de  l’Epoux.   Mais cette huile, ce sont toutes ces vertus,  tous ces fruits qui jaillissent de celui qui  avec beaucoup de délicatesse  et  de détermination  va travailler à l’organisation,  à l’amour et au soin de soi-même.   Il peut compter sur l’argent qu’il a en  poche.   Les cinq jeunes filles qui n’étaient  pas prévoyantes,   avaient quand même l’argent nécessaire pour  aller acheter  l’huile.  

Cet argent : c’est l’Esprit Saint !  Nous en avons toujours une bonne provision,  pour peu que nous l’utilisions   pour pouvoir faire germer en nous,  cette qualité,  cette générosité,  ce tact et  cet amour de notre intérieur.  

 

C’est cet  Esprit Saint aussi  qui nous fait nous mettre en route,  qui nous fait nous réveiller,  lorsque,  un cri claque dans la nuit : « Voici l’Epoux ! »

C’est  cet Esprit Saint qui nous permet de trouver le feu nécessaire pour allumer nos lampes, des fois que nous ayons déjà,  ces vertus,  cette huile.  

Demandons cet Esprit Saint !

 

L’Amour du Christ,  l’amour des autres,  qui  sont absolument nécessaires  -  ne pourra jamais être possible  s’il ne s’accompagne pas de cette organisation de soi.   Cet amour,  cet amour de notre intérieur,  de notre corps,  rendu possible par la Grâce.

Seigneur, donne-nous cette Grâce.   Permets-nous de faire naître en nous. C’est Toi qui  le  permets,  tous ces fruits de vertu  rendant possible l’amour de nos frères  et   l’Amour de Toi afin que nous puissions aller   le moment venu à Ta rencontre.

 

Amen


Jeudi 29 Août 2019  :  Martyre de Saint Jean-Baptiste

Jr 1, 17-19

Ps 70

Mc  6, 17-29

 

Jean est vraiment dans cette grande tradition prophétique, d’être capable de parler au roi  comme les prophètes de l’Ancien testament  et il s’adresse à Hérode.

Je me permets de retenir -  si vous le voulez bien  -  un verset de cet évangile :« Hérode avait peur de Jean : il savait que c’était un homme juste et saint et il le protégeait ; quand il l’avait entendu, il était très  embarrassé et pourtant il aimait l’entendre. »  

 

L’original grec pourrait se traduire par : Hérode était très perplexe.  

« Il l’avait entendu, il était très embarrassé, et pourtant il aimait l’entendre. »  

Jean avait tous les traits de la Vérité. C’est sans doute une des caractéristiques de la Vérité : d’être plaisante à entendre  et en même temps très embarrassante.  

C’est toute la différence d’avec le mensonge.  Avec ce qui fait mensonge dans notre vie, avec ce qui fait illusion,  avec ce qui porte des masques  et veut nous entraîner à la confusion.  

Tout le contraire c’est donc  -  de la vérité  -  ce serait l’accueillir avec joie tout de suite ou bien rejeter violemment.

 

Mais là,  il s’agit d’un accueil, en même temps d’un embarras.

La Vérité nous attire  et nous met au travail.  

Et ce travail  là,  Hérode ne veut pas y consentir,  il en perdrait sa propre tête, au sens figuré. Il préfère donc que Jean perde la sienne,  au sens propre.

Et Jean a toutes les caractéristiques de la Vérité parce que,  il sait très bien qu’il ne l’est pas,  lui-même.  Il désigne le Christ, il s’efface, il préfigure sa mort tout comme il préfigure sa naissance. Il est la lampe qui brûle et qui luit.Mais il n’est pas cette Lumière, qui seulement  est Le Christ. 

 

Alors pour nous tous,  la Vérité frappe  à notre porte. Elle  s’appelle Le Christ.   Elle nous apparaît aujourd’hui sous les espèces du Pain et du Vin,  du Corps qui vient nous nourrir.  

Mettons-nous au travail.

 

Amen


Mercredi 28 Août 2019  :  Saint Augustin

1Th 32, 9-13

Ps 138

Mt 23, 27-32

 

Cela fait trois jours que la liturgie nous propose la lecture suivie de la première lettre de Paul aux Thessaloniciens.   On peut repérer quelques petites lignes pour nous  dans cet extrait d’aujourd’hui qui est en continuité avec les jours précédents. 

 

L’apôtre dans cette lettre aux Thessaloniciens n’a pas besoin de justifier qu’il est apôtre.   Dans d’autres de ses lettres à d’autres communautés,  il a besoin de redire qu’il est apôtre.  On pourrait presque dire qu’il a besoin de redire que c’est lui le chef.  Son autorité est contestée dans certaines de ces communautés,  ça n’est pas le cas chez les Thessaloniciens.  Il fait montre ici et là de beaucoup de tendresse, parle à sa communauté comme s’il en parlait comme d’une mère, d’une mère en relation avec son propre enfant, une nourrice en relation avec un bébé.  

 

Et il va reconnaitre que,  il y a eu un cercle vertueux entre lui et sa communauté.  Il ne cache pas qu’il  a beaucoup souffert pour sa communauté.  Il a enduré les souffrances de l’apôtre qu’il décline dans nombreuses de ses lettres du reste.  Il n’a pas ménagé sa peine puisqu’il a voulu garder fidèlement la Parole.  Il a voulu la transmettre.  La Parole qu’il avait reçue, il a voulu la communiquer. Et ça n’a pas  été sans souffrances,  ça n’a pas été sans abnégation, sans sacrifices.

 

Mais la communauté des Thessaloniciens l’a reconnu.  Et à ses yeux, ça a été pour elle, comme une sorte  d’authentification de l’Amour que portait l’apôtre.  Il n’était pas un faux apôtre, il n’était pas comme une sorte de coucou qui cherche à faire son nid chez les autres.  Il était vraiment celui qui vivait ce qu’il disait (rappelez-vous l’évangile d’hier).  Et au fond de cette sorte-là, les Thessaloniciens pour leur part, ont essayé d’imiter eux aussi le Christ  parce qu’ils ont vu  que l’apôtre L’imitait.   Et l’apôtre n’aurait pas été dans cette fidélité à la Parole   -   il n’aurait pas été jusqu’à souffrir parce qu’il était fidèle à la Parole  -  sans doute les Thessaloniciens ne l’auraient pas suivi  (mais ça, la lettre ne le dit pas). Puisqu’il a été jusqu’au bout, ils l’ont suivi.   Et ça produit quoi ?  Ca  produit non  pas une sorte de fan-club Paulinien ; ça produit des disciples du Christ  -  à leur tour, ils veulent imiter Jésus  -  et Jésus crucifié. Voilà ce que l’on peut lire déjà depuis le début, dans cette lettre.

 

Et puis là, nous avons donc  encore cette suite dans l’évangile,  de ces invectives de Jésus contre ses adversaires.  Alors on peut dire qu’aujourd’hui,   Il crève le plafond et Il est hors concours Jésus là,  tellement sa critique est forte : sépulcres blanchis, remplis d’ossements et d’immondices. On pourrait dire beaucoup de choses ou redire beaucoup de choses déjà dites.  Peut-être que l’on peut ajouter ce point suivant à la lecture de ce texte, de se dire que ; chacun d’entre nous,  nous avons notre part à travailler à notre propre salut,  c’est nécessaire.  Et ça ne peut pas se faire sans être relié à la façon dont nous allons aussi travailler au salut des autres, sinon nous tombons dans la critique que Jésus adresse à ses adversaires.

 

Amen


Mardi 27 Août 2019

1Th 2, 1-8

Ps 138

Mt 23, 23-26

 

Voilà cette petite citation de la lettre aux hébreux qui a été lue au moment de l’Alléluia par le frère Pierre-Marie nous dit bien  combien cette Parole de Dieu est efficace, qu’elle juge les intentions et les pensées du cœur.  On le voit en acte par la violence de la Parole de Jésus.  Si quelqu’un d’entre nous est à la place de ces scribes et de ces pharisiens, il reçoit l’équivalent d’une grande claque dans la figure.  On a peine à imaginer que ça soit sans réactions.  Il se trouve que ces scribes et ces pharisiens sont grandement surpris par le Christ,  j’espère que nous en avons conscience  et ce qu’il y a de scribe et de pharisien en nous-même aussi,  peut-être  par la même occasion.

 

Le Christ qui est l’Amour vient éclairer ce qui ne l’est pas en nous  et au fond ce qui est péché en nous  et dans toute la création.   Un péché qui pour particularité, eh bien de couper l’être en deux.   De couper la loi en deux.  Eviter au fond que l’être soit envisagé dans sa totalité et que la loi soit envisagée dans sa totalité.  Cela a pour conséquence que les êtres vont d’abord rechercher leur amour propre plutôt que un amour gratuit.   Alors tous ceux qui ont la responsabilité de la loi ; alors bon,  ça peut être la loi religieuse comme toute loi, mais toute personne au fond,  par rapport à lui-même, eh bien a,  à entendre que le danger est de se  couper de tout soi-même,  et de la totalité de la loi  et de ne rechercher sa propre jouissance personnelle.

 

Alors nous avons en face l’exemple du Christ  Lui-même.  Toujours dans la lettre aux Hébreux que nous n’avons pas lue  -  mais ce n’est pas grave, c’est une affirmation connue  -  que le Christ a été comme le grand prêtre par excellence, qui  s’est offert tout Lui-même en sacrifice,  qu’Il a pris la place des animaux qui étaient offert en sacrifice.   Au fond  -  et c’est une affirmation classique,  mais encore faut-il l’avoir bien dans nos cœurs  -   au fond Jésus a fait ce qu’il a dit ; et c’est tout le contraire de ces scribes et de ces pharisiens.   Au tout  début du chapitre vingt-trois de Matthieu  -  que nous n’avons pas lu non plus,  mais qui est le contexte de ces deux trois versets que nous avons entendu  -  Jésus redit à ses disciples et aux foules : « Sur le siège de Moïse sont assis les scribes et les pharisiens, tout ce qu’ils vous disent,  faites-le  et gardez-le.  Tout ce qu’ils vous disent ; mais ne faites pas selon leurs œuvres car ils le disent et ne font pas. »

 

Alors c’est pareil pour une part pour nous, on n’est pas le Christ. Mais si nous contemplons Celui qui s’est offert tout Lui-même, nous avons des chances de voir brûler au feu de l’Amour  toute la distance qui demeure encore  entre nous et Jésus.

 

Amen


Dimanche 25 août 2019

 

Frères et sœurs, ce petit bout d’Evangile nous permet de découvrir ce que signifie être chrétien. Etre chrétien, c’est se laisser visiter par celui qui traverse villes et villages. Celui qui vient traverser nos lieux d’habitation, nos lieux de vie et nos communautés. Et il vient pour nous enseigner. Et il vient comme une clé. Il vient pour ouvrir les portes et les grilles de nos maisons, de nos communautés. Il vient pour ouvrir les portes et les grilles de notre cœur. Jésus Christ est la clé. Il vient parler d’amour et il vient être l’Amour. Et d’ailleurs il vient aimer.

 

Frères et sœurs, le Christ vient vous visiter ce matin. Il commence par sa Parole, il continuera par son Eucharistie. Il vient vous ouvrir. Il vient déverrouiller ce qui est corseté. Il vient élargir ce qui est trop étroit. Frères et sœurs, quand on parle d’amour, on achoppe toujours, car, l’amour, on ne peut pas en parler. L’amour est fait pour être vécu et non pour être défini, ni pour être encouragé. Alors laissez-vous rejoindre par celui qui, un jour, dans votre histoire personnelle, vous a aimés le premier, et vous devez, sans doute, vous en souvenir. Car celui qui est aimé le sait ; il s’en souvient, c’est marqué dans sa mémoire. Etre aimé par le Christ, cela ne peut pas s’oublier ! Souvenez-vous en. Vous avez été aimés. Tranquillement et sans aucun mérite, aucun. Et cet amour n’attend rien de votre part. Même pas un merci. Avec l’amour du Christ vous avez le droit d’être ingrats si vous le voulez. Mais vous ne pouvez pas l’ignorer, lui qui vous a aimés le premier. Ceux qui parlent d’amour, et en particulier du leur, parlent de ce qu’on appelle l’amour propre. Ils parlent d’un amour enroulé sur lui-même. Mais Jésus n’est pas venu parler d’amour. Il est venu aimer et son amour à lui déverrouille et ouvre.

 

Chers amis, être chrétien ce n’est pas appartenir à un groupe. Ce n’est même pas se réclamer du Christ. Je sais que je suis provocateur en disant cela. Mais être chrétien, c’est, d’abord, avoir été l’objet de son amour. Ni plus ni moins. Celui qui a été l’objet de son amour, il ne peut pas faire autrement dans sa vie que d’en faire mémoire. C’est ce que nous faisons dans l’Eucharistie : chaque fois que le prêtre offre ce que vous apportez, ce pain et ce vin, pour qu’ils deviennent corps et sang par la consécration, c’est pour faire mémoire de ce salut que chacun de vous a reçu, que j’ai reçu un jour, qui fait que je ne suis plus le même. Celui qui a reçu ce salut ne peut pas faire autrement que le contempler, le regarder, le placer dans sa mémoire et dans son être. Celui qui regarde ce salut et cet amour ne peut pas faire autrement que faire alliance avec lui-même ; travailler à faire alliance avec lui, et travailler à faire alliance avec les autres et travailler à faire alliance avec le Père. Et celui qui est touché par cet amour-là ne peut pas faire autrement que tout mettre en œuvre pour lui ressembler.

 

Elle est étroite la porte ; le chemin est étroit aussi. Pourquoi ? Parce que dans nos cœurs il y a encore beaucoup à déverrouiller. Laissons-nous rejoindre par celui qui vient visiter nos groupes et nos communautés, nos villes et villages. Chers amis, être chrétien c’est aussi appliquer pour soi la mesure que l’on applique pour Dieu. Si nous pensons que Dieu est un dieu vengeur, juge, calculateur, rétributeur, alors la porte de notre vie est extrêmement serrée à tel point que nous en étouffons. Et nous pouvons même en mourir. Mais si notre Seigneur et Dieu révélé en Jésus-Christ est un Dieu qui nous aime sans retour, elle est large la porte et le chemin est large. Voyez combien nous avons à travailler pour élargir, pour ouvrir. Et le Christ peut le faire. Il est la clé. Laissez-vous réconcilier par le Christ.

 

Amen. 


Vendredi 23 Août 2019

 

Le grand péché, c’est de déployer sa vie, son être, dans une dynamique contraire à l’amour, à l’amour qui est celui du Père, du Fils et de l’Esprit Saint. La dynamique contraire c’est un amour tourné sur lui-même, un amour égoïste. Et par sa croix, le Seigneur vient le déplier cet amour, l’ouvrir, en faire un amour de tout notre être, de toute notre intelligence, de tout notre désir, un amour libéré, tourné vers Dieu et vers le prochain. Un amour ouvert.

 

C’est la Croix, c’est le don de Jésus le Verbe. Et ce don, ce don total de Jésus vient et peut provoquer notre don à nous-mêmes aussi. Et c’est là que tout le travail commence. Car un don dans l’amour, c’est un don dans l’amour gratuit, ce n’est pas un don qui est mû par la crainte, ce n’est pas un don qui est mû par l’obligation, ce n’est pas aimer parce qu’il faut aimer. On aime parce que l’on aime. Cela paraît simple mais c’est un grand travail. Alors, quand nous accourons à la communion du corps et du sang de Jésus, et que nous nous souvenons qu’il s’est offert pour nous sur la Croix, rappelons-nous qu’il a été le premier à nous aimer.

 

Que cet amour produise chez nous un désir de mieux le connaître cet amour et d’essayer de mieux en vivre, de l’appliquer et d’être nous-mêmes dans l’amour. Il faudra passer par bien des étapes, qui occupent notre vie entière : la première, c’est sans doute la crainte, la crainte servile : aimer parce qu’il le faut ;   la deuxième est sans doute une crainte beaucoup plus sainte : j’aime parce que j’aime le Christ qui aime ; la troisième, qui est plus belle encore : j’aime et c’est tout.

 

Nourrissons-nous et laissons-nous instruire par la Croix et par le Corps du Christ pour que chacun et chacune, comme il peut, puisse grandir de cette façon-là dans la vie.

 

Amen.


Jeudi 22/08/2019

 

Dans le livre des Juges, cet extrait commence avec l’évocation du personnage de Jephté, vaillant guerrier. Mais une bonne partie de ce chapitre 11 évoque combien le peuple d’Israël, à la conquête du territoire qui lui est confié par le Seigneur, combien il a oublié son Dieu, le Dieu de l’Alliance. Et combien déjà il a pactisé avec les dieux des peuples qui étaient déjà sur cette terre. Le cœur du peuple d’Israël est donc divisé, ce qui lui est durement reproché, et le Seigneur se met à leur dire que toutes les défaites à venir sont de leur propre fait, parce qu’ils n’ont pas gardé l’Alliance.

 

Puis apparaît ce vaillant Jephté. Comme vous l’avez entendu il fait un vœu au Seigneur de lui être tout entier donné, jusqu’à sa propre fille, sa fille unique. Et il va être victorieux. Le Seigneur va reprendre la parole qu’il avait donnée de livrer à ses ennemis le peuple d’Israël. Voici que le peuple d’Israël va être de nouveau fort, par le sacrifice d’un seul, et en particulier, de ce qui lui est le plus cher, sa fille.

 

Et nous avons en face, cet extrait de l’Evangile, cette parabole où il est question d’un personnage royal qui cherche à rassembler. Il appelle, il ne cesse d’appeler et ceux qui sont appelés ne répondent pas. Nous pouvons y voir une évocation de la répétition de l’histoire du peuple d’Israël. Le Seigneur appelle et ils sont sourds à son Alliance. Ils peuvent même être très hostiles à ses envoyés qui peuvent être les prophètes. Ceux qui sont hostiles peuvent être des gens du peuple, ou aussi des gens extérieurs au peuple, mais ceux qui font les frais de cette hostilité sont les porte-paroles de cet homme, les prophètes, les juges, comme c’est le cas dans le livre des Juges. Le patriarche, on lui voue une hostilité modérée. Mais Moïse a dû faire face aux récriminations répétées du peuple.

 

Et puis, voici que finalement les gens se rassemblent. Vous avez noté : les bons, les moins bons, ils sont tous là ; beaucoup sont là. La salle est remplie. C’est pour les noces, les noces du Fils. On a le droit d’y voir une évocation de l’Eucharistie, une évocation du don suprême du Fils pour son Père, le moment où il est glorifié, ce qu’il a tant attendu, ce pour quoi il est venu, du reste, dans l’amour et dans la liberté. L’homme qui est pointé du doigt par le roi n’a pas de vêtement de noce. Cette affirmation renvoie chacun de nous à lui-même. Que signifierait le vêtement pour nous ? En quoi cet homme est-il si pécheur ? Au point d’être jeté loin, très loin dans les ténèbres du dehors ? Nous pouvons nous laisser interroger par ce texte et nous demander si notre foi est si vive que cela, si le don de nous-mêmes est à la hauteur de celui de Jephté ou de celui du Christ. Sommes-nous vraiment intéressés par ces noces ? Ou venons-nous au banquet uniquement pour nous rassasier ? Sommes-nous dans la joie des amis de l’époux de voir l’époux ou voulons-nous seulement profiter quelques instants de la chaleur protectrice de ce groupe qui vient se rassembler ?Se donner tout entier soi-même, cela peut faire très peur car se donner tout entier nous renvoie immédiatement à ce qui, chez nous, peut être à la fois un manque crucial et un besoin nécessaire : l’amour. Se donner tout entier signifie donner ce qui nous est le plus cher, la fille de notre cœur, l’amour. Mais où avons-nous cet amour que nous pouvons donner ?

 

Si nous voulons porter le vêtement des noces, nous pouvons faire mémoire de celui qui a été le premier à nous aimer : l’Epoux. Il est mort pour nous. Ensuite, si nous voulons avoir le vêtement des noces, nous pouvons essayer de le contempler cet époux. Nous pouvons rassembler toute notre énergie pour l’aimer, cet époux qui nous aime. Et si nous voulons avoir le vêtement des noces il nous appartient de mettre en œuvre dans notre vie ce qui est l’amour, à notre mesure, petitement. C’est une façon de porter le vêtement des noces. Attention à celles et ceux qui ne portent pas ce vêtement.

 

Amen.


Mercredi 21 Août 2019

Jg 9, 6-15

Ps 20

Mt 20, 1-16

 

Dans cet extrait du livre des Juges, nous avons une fable qui nous est proposée par le prophète Yotam  et qui vise à critiquer l’institution de la royauté.  A cette époque  le peuple d’Israël  est tout juste arrivé en terre promise,  cherche à ressembler aux nations étrangères et veut  un roi.  Et cette fable est assez belle pour dénoncer une forme de mondanité,  puisque chacun des arbres qui sont appelés à devenir roi,  parle du caractère vain  « d’aller se balancer »  au-dessus des autres.   Et finalement dans cette fable, le peuple obtient ce qu’il mérite  d’une certaine façon, c’est-à-dire un roi qui est buisson d’épines.  A  défaut de vouloir s’en tenir à ce qui apparaît comme la volonté de Dieu, c’est-à-dire de ne pas recourir à l’institution  royale.  A ce stade, il n’y a encore pas de roi,   ce n’est jamais qu’une fable  mais c’est une dénonciation de la part de Dieu par la bouche de son prophète qui pourrait ressembler au fond à la morale  de l’évangile que nous avons entendu.

 

Cette fois-ci, ça n’est pas une fable mais une parabole, bien connue : ces fameux ouvriers de la dernière heure qui gagnent autant que ceux de la première heure.   La moralité est sans doute la générosité infinie de Dieu, qu’Il donne comme Il veut, ce qu’Il veut,  à qui Il veut. Et cela vient désarçonner bien des âmes qui pourraient estimer que Dieu rétribue au mérite.  Il y a toujours quelque part au fond de nous, cette idée que nous sommes méritants  -  et au fond cela stimule bien nos vertus  -  si nous pensons que nous ne méritons pas grand-chose,  on pourrait parfois ne pas trop  se bouger le derrière et donc  ne pas être très vertueux.  Et voici qu’il semblerait que le Seigneur rétribue autant  le moins  méritant que le plus méritant.  Cela devrait   -  les uns les autres  -  nous motiver à choisir la volonté du Christ  plutôt que la nôtre  et  nous y attacher de toutes nos forces, de tout notre désir, de toute notre affection. 

 

Alors s’attacher à la volonté du Christ, ça n’est pas  simplement ne rien faire  ni même être embauché à la dernière heure, voire  même n’avoir absolument aucun mérite du tout.  Mais s’attacher à la volonté du Christ,  c’est renoncer à la volonté du monde, à la volonté du pouvoir,  du calcul et précisément du mérite,  c’est-à-dire du plus fort qui gagne.  S’attacher à la volonté du Christ  c’est  ne pas avoir peur d’être considéré parmi  les derniers,  ne pas avoir peur de considérer qu’on a beaucoup perdu aux yeux des autres. Mais cette volonté du Christ quand nous nous y attachons,  produit tellement de bonheur et d’amour qu’il serait quand même dommage de s’en priver.   Et c’est peut-être ce qui est reproché au peuple d’Israël,  d’avoir perdu cette Alliance pleine d’amour et de bonheur au profit d’une logique de calcul et de pouvoir.  Ils n’auront que ce qu’ils méritent, un buisson d’épines comme  roi. 

 

Attention,  pour nous-mêmes,  de ne pas endurer trop le poids du jour et de la chaleur. L’Amour que le Seigneur réserve à ceux qui s’attachent à Lui  de tout son cœur est quand même drôlement rafraîchissant.

 

Amen


20 août 2019  - Fête de Saint Bernard  -  Clairvaux

 

Mt 19, 23-30

 

Ce n’est pas moi qui apprendrai quelque chose de nouveau sur St Bernard de Clairvaux au public choisi qui est réuni ce matin. Nous connaissons son œuvre considérable dans toute sorte de domaines. Mais ce qu’il faut essayer d’approcher un peu plus, c’est le secret de cette figure extraordinaire, la sainteté qui habitait ce moine hors du commun.

Il y a beaucoup de clichés et de récits un peu légendaires sur Bernard de Clairvaux. Ils ont l’inconvénient de l’éloigner encore un peu plus de nous, de le mettre encore un peu plus sur le haut de la montagne, alors que nous nous traînons lamentablement dans la plaine.

Demandons-nous plutôt en quoi ce saint reste proche de nous et en quoi nous pourrions l’imiter sans prétendre faire la même chose que lui. Ce qui apparaît très fort c’est l’attrait et l’attachement d’une grande force qu’il éprouve pour la personne de Jésus. Mais en quoi cela le distingue-t-il des autres figures de sainteté que nous pouvons connaître ? Un saint, un chrétien, qui ne serait pas attaché au Christ aurait du mal à être un saint, un chrétien. Mais Bernard a une manière propre de vivre sa relation avec le Christ. Non seulement c’est une relation d’une rare intensité, dans laquelle il investit toutes les puissances de son être : son affectivité, son imagination, en même temps que son réalisme profond, sa ferveur pleine de feu, sa sensibilité artistique. Mais aussi le Christ est omniprésent dans sa vie. Il n’y a pas un moment où il n’en soit pas tout proche. Bernard est conscient de cette omniprésence. Il n’y a pas un moment où cette présence apparaît moins. Au contraire il en vit sans cesse. Aucun secteur de sa vie n’y échappe. Tout chez lui parle du Christ, respire le Christ et c’est tout naturellement que le Christ est au cœur de ses écrits.

Si je veux être encore plus précis, je dirais que Bernard est littéralement épris du Christ, dans sa double dimension de Verbe divin et d’Homme nous ayant rejoint par l’Incarnation. Epris au sens propre comme un homme peut être épris d’une femme ou l’inverse, au point que l’objet de son amour investit toute sa vie. En même temps qu’il adore, il ne peut rien cacher ni taire son émerveillement devant ce Dieu fait homme. Encore une fois écoutez le fiancé qui n’a plus pour seul sujet de conversation que l’être aimé. Tout son être en est saisi et littéralement bouleversé, non pas d’une façon passagère qui pourrait ressembler à de la sensiblerie, mais de façon permanente. En fait, il ramène tout à lui et la liturgie nous livre à ce propos une formule heureuse qui résume fort bien cette posture profonde de son âme : il est « saisi d’amour pour le Verbe incarné » comme nous le prierons dans l’oraison après la communion. Il reconnaît en lui le Fils de Dieu dans sa majesté et honore en même temps sa proximité qui le touche au cœur et il ne parvient pas à s’en détacher, alors même qu’il a l’impression que les multiples affaires du monde auxquelles il est mêlé malgré lui ne lui laissent pas le loisir de se livrer à la contemplation.

Car c’est là aussi un trait propre à Bernard et une qualité rare : sa capacité de ne pas se laisser distraire au milieu des vicissitudes de ce monde dont il dit pourtant qu’elles l’accablent. Il se présente lui-même dans un regard de dérision teintée d’humour comme la « chimère du siècle », celui qui est mis à toutes les sauces et fait grande illusion. L’oraison du début de la messe lui rend justice en le présentant comme « la lampe qui brûle et qui éclaire dans la maison de Dieu ». C’est un autre trait de sa sainteté : un amour inconditionnel pour l’Eglise, un zèle infatigable pour elle, faisant preuve en sa faveur d’un autorité qui allait bien au-delà de sa seule fonction d’abbé. Il n’a pas ménagé sa peine pour être un vrai réformateur pas seulement des moines, mais aussi des clercs et des évêques, pape compris, à tel point de s’attirer des inimitiés dans les rangs de ceux qui se sentaient démasqués par ses apostrophes. C’est que Bernard ne tolérait ni les demi-mesures, ni les atteintes à la vérité. Il ne pouvait s’accommoder de ce qui flétrit l’Epouse du Christ. Il éprouvait pour elle un zèle jaloux, ce qui était pour lui une autre manière de témoigner son amour au Verbe incarné.

 

Dans le commentaire du Cantique des Cantiques, il médite longuement sur la relation d’intimité sponsale qui unit le Christ et l’Eglise. Mais son propos est sans tiédeur, sa délicatesse et sa douceur, lorsqu’il parle de l’Eglise, épouse du Christ ou de la Vierge Marie, mère du Verbe incarné, ne l’empêchent pas d’être sévère lorsqu’il dénonce les déchirures subies par l’Epouse du fait des hommes, et c’est justice de lui reconnaître ce mérite d’avoir, je cite la prière sur les offrandes de la messe d’aujourd’hui « travaillé de toutes ses forces, par la parole et par l’action, à favoriser la paix de l’Eglise ».

Là où Bernard était aussi excellent, c’est dans le domaine de ses relations. Innombrables étaient ses contemporains attirés par sa personne qui ont fait des pieds et des mains pour entrer à Clairvaux ou y revenir après qu’ils aient reçu des missions à l’extérieur. En voyant ce nombre, on comprend qu’il avait une personnalité très attachante. Mais sa capacité à entrer en amitié et en étroite communion avec beaucoup n’étaient sans doute pas due à ses seules qualités naturelles. Le contenu de ses nombreuses lettres qui nous sont parvenues montrait que rayonnait de lui, sans qu’il en ait forcément conscience, l’intimité qu’il entretenait avec le Christ. Les premiers à en avoir bénéficié, ce sont les frères de sa communauté. Plein d’une rayonnante charité fraternelle avec eux, il ne manquait pas de les faire profiter des fruits de son expérience spirituelle. Comme le dit la prière après la communion : « encouragés par ses exemples et guidés par ses conseils », ceux-ci se mettaient avec bonheur à son école pour avancer sur les voies de la conversion monastique dans « la ferveur de l’esprit ».

Au fond qu’avons-nous à reprendre des riches facettes de sa sainteté ? Certainement son grand amour de l’Eglise, surtout là où elle est blessée, défigurée, humiliée. Et aussi son ardente charité fraternelle. Mais par-dessus tout sa préférence irréfragable pour l’amour du Christ, ce Verbe divin tant désiré et contemplé. Bernard, un saint, qui nous montre le chemin au quotidien.

 +Marc STENGER

 

Evêque de Troyes


Dimanche 18 Août 2019

Jr 38, 4-6. 8-10

Ps 39(40)

Hb 12, 1-4

Lc 12, 49-53

 

Voilà les thèmes proposés par la Parole de Dieu ce dimanche paraissent beaucoup plus sombres que la légèreté et l’élévation suggérés par les textes de l’Assomption de Marie, il y a trois jours.

Il est question de feu brûlant, il est question de division, de boue, de vase  alors que nous étions dans la beauté de la Vierge qui monte au ciel, jeudi.

 

Alors ce texte du prophète Jérémie, un court extrait, qui pourrait presque pousser à un contresens si jamais on voulait forcer l’interprétation de ce court extrait hors de son contexte.  Restons-y uniquement sur l’évocation de ce prophète jeté dans la boue et dans la vase.  Restons sur l’évocation de la boue et de la vase.  Donc le prophète Jérémie sur l’ordre du roi,  après dénonciation, est mis dans une citerne vide, et au fond il y a de la boue et de la vase. Et très vite un noble de la cour,   un nubien va donc intercéder en sa faveur, il va en être sorti. 

 

La boue et la vase peut évoquer tout ce qui est autour de l’étouffement, tout ce qui est autour du péril, tout ce qui est autour de la mort, hein ?  Mais la boue et la vase peut évoquer  -  c’est ce que je vous suggère pour ce dimanche  -  tout ce qui se produit dans le cœur d’un homme qui connaît la singularisation de sa vie  parce qu’il est attaché,  parce qu’il est attaché  à une valeur,  qu’il a choisie tout à fait librement,  en l’occurrence ici Le Seigneur.  C’est un prophète qui est mis dans la citerne,   ce n’est pas n’importe quel homme,  parce qu’il est attaché à cette valeur-là, tout d’un coup, sa vie va connaître une mise à l’écart.  Et une mise à l’écart qui peut être source, en tous cas de turbulences voire de dangers, mais jamais mortelle, cet homme ne meurt pas.

 

Nous, qui sommes chrétiens par notre baptême  -  peut-être que nous éprouvons d’une manière ou une autre, par notre situation dans le monde, dans nos engagements là où nous habitons   -  peut-être pas forcément de l’hostilité  (pour être très honnête, on ne peut pas  forcément dire que nous sommes vraiment la proie d’hostilités  là où nous sommes,  sauf s’il y en a qui le sont, bon)  mais plutôt de l’indifférence qui peut provoquer ce sentiment de singularité.  Et poussé à son extrême  -  comme jeté là  à l’abandon, à la manière du prophète  -  le sentiment que la vase et la boue ne sont pas loin.   

Mais c’est là que tout commence dans notre témoignage, les uns les autres,  car si nous en restons uniquement à ce sentiment d’abandon et de différence par rapport au monde,  eh bien on n’avance pas, on en que reste là.  Il s’agit de s’identifier à ce qu’a vécu Le Christ.  Lui aussi a connu la vase et la boue et j’en veux pour preuve,  le passage de l’évangile que nous avons entendu à l’instant  : Il n’est pas dans la vase et dans la boue, ce n’est pas dit  qu’Il est dans la vase et dans la boue mais Le voici  traversé par un désir très,  très,  intense, puissant,  qui ressemble très fort à ce qu’Il a pu expérimenter lorsqu’Il était au jardin des oliviers.  Le jardin des oliviers, souvenez-vous : Jésus vient de partager son dernier repas avec ses disciples et Il va être arrêté : Il est là,  seul. Ses disciples se sont endormis, ils n’ont même pas pu le veiller.  Il est là face au fond à une alternative.  Nous connaissons l’issue.  Mais faisons comme si nous ne la connaissions pas.  Essayons de nous identifier à Christ, traversé  par un ardent désir, Il a fait le choix de son Père et Il sait qu’il y a en face de Lui  soit la Croix  avec la souffrance qui va avec ; soit l’hypothèse de faire marche arrière.  Et il y a un désir très fort qui Le traverse  de faire connaître et de témoigner  l’Amour de son Père.  Mais je vous le redis : parce qu’Il est attaché à son Père Il est dans cette  solitude.  Parce qu’Il est attaché à son Père,  Il est face à cette violence qui est à la porte de sa vie.  Que faire ?

 

Lorsque nous méditions ce texte avec des personnes détenues  hier à la prison de Clairvaux.  L’image assez spontanément est arrivée,  du funambule.  Nous,  par notre baptême  -  je vais vous déployer cette image  -  nous sommes configurés à l’Amour de  Jésus et j’espère que,  je vous souhaite pour vous,  que vous ayez de manière très sensible  fait l’expérience du salut qu’Il vous offre pour chacun.   Si vous avez fait l’expérience du salut dans votre vie, un  salut concret : Dieu vous a sauvé, une fois pour toutes !  Vous êtes comme un funambule qui a posé ses pieds sur le câble.  Vous avancez, vous avez fait le choix d’avancer.  Le Christ et Son Amour vous ont saisi,  vous n’êtes déjà plus à vous-même mais vous êtes à Celui qui vous aime et vous sauve.  Et vous avancez.  Il n’y a pas d’autre solution  pour maintenir l’équilibre que de demeurer le regard fixé en face de soi et de poser chacun de ses pieds les uns  devant les autres.  Or que peut-il se passer ?  Il peut se passer que notre regard à un moment donné  fixe le vide sous les pieds.  L’expérience du salut que le Christ nous a offert à chacun personnellement viendrait-elle à disparaître ?  Aurions-nous envie de faire marche arrière ?  Voudrions-nous bondir pour aller très  vite sur l’autre rive ?   Pas possible !  Que faire ?  Se laisser tomber dans le vide ?  Nous n’en avons même pas le courage.  Que faire ?  Vous êtes happés par ce désir, immense, brûlant de Celui qui vous aime, Il  vous a mis en route.  Il n’y a plus qu’à poursuivre, il n’y a plus qu’à retransformer son regard, ne plus tourner le regard vers le vide mais  à nouveau en face de soi.  Et continuer à avancer malgré le sentiment de la vase et de la boue.  Personne ne peut vous aider sur cette route.  Seul  Le Christ !  Même pas vos frères et sœurs,  c’est pas vos frères et vos sœurs qui vous ont sauvés !  C’est Le Christ !  Vous êtes bien seul sur ce câble,  il faut avancer et vous  pouvez  vous appuyer que sur  Celui-là seul  qui vous a aimé une fois pour toutes.

 

Alors l’expérience de la vase et de la boue pour le prophète se converti en une prière, comme nous l’avons entendue dans le psaume : « De la vase et de la boue, viens me sortir Seigneur ! Tu m’en as sauvé un jour dans ma vie, continue, je m’appuie sur Toi ! »

Dans Son cœur brûlant le Christ au jardin des oliviers,  n’a pu que s’appuyer que sur Son Père.  Il n’a pas pu s’appuyer sur ses disciples.  Il a décidé finalement de ne pas faire marche arrière. Il a décidé tout à fait librement d’avancer.

Et maintenant  nous pouvons, nous, faire mémoire de l’issue.  Que se passe-t-il ?  Il dit : « Père, non pas ma volonté mais la Tienne ! » 

 

Et c’est la raison pour laquelle, non seulement d’une part,  librement  Il va aller vers la Croix  mais d’autre part surtout,  Il va connaître la Résurrection.  Et cela va nous en être pour tous  profitable. 

Alors que pouvons-nous faire, nous ?  Si  nous sommes dans cette expérience de mise à l’écart ?  Dans un monde qui nous est relativement indifférent, entouré par un univers d’hommes et de femmes qui sans doute ne connaissent pas cette expérience de Salut ?  Et nous qui sommes là, saisis par ce désir ?  Eh bien la première chose, c’est sans doute comme le suggère l’auteur de la lettre aux Hébreux, eh bien de considérer que nous ne sommes pas seuls finalement, malgré notre sentiment de solitude.  Partout dans le monde il y a des frères et des sœurs qui connaissent eux aussi,  l’indifférence et l’hostilité.  Une nuée de témoins : ceux d’hier,  il y a ceux d’avant-hier,  il y a ceux d’aujourd’hui  qui eux aussi sont sur leur câble, eux aussi brûlés d’Amour avancent  et eux aussi s’appuient sur Le Christ.  On peut les considérer comme des témoins, des aides pour nous.  Vraiment !Ensuite, ce que nous pouvons faire,  c’est toujours faire mémoire de cet Amour que nous avons reçu un jour du temps dans notre vie.  Pour continuer à avancer.   Et puis la troisième chose que nous pouvons faire, c’est toujours se dire que :  par la mort et la Résurrection du Christ, aucune vase et aucune boue ne sont plus fortes.

 

St Augustin !  St Augustin qui  était  évêque au nord de l’Afrique avant que le nord de l’Afrique ne devienne musulman.   St Augustin est comme nous tous,  il était brûlé d’Amour ardent ; et puis  il se dit : il y a un mystère…  Il y a des hommes et des femmes qui sont brûlés par un Amour ardent,cet Amour ardent les met à part. Et curieusement, ils forment communauté : c’est la communauté des chrétiens. Il dit,  il l’appelle cette communauté : la cité de Dieu.  Et il dit : « Je ne sais pas pourquoi  mais il y a des hommes et des femmes qui ne sont pas brûlés par ce feu,  qui ne connaissent pas ce Salut.  C’est eux qui sont indifférents, voire hostiles aux premiers.  Et ils forment eux aussi une cité. »   Et il l’appelle : la cité des hommes. »  Alors dans sa tête à ST Augustin,  c’est pas un conflit,  c’est pas la guerre entre la cité des hommes et la cité de Dieu. C’est juste un constat,  pour se dire que,  aujourd’hui dans notre temps comme au temps de St Augustin ;  il y a la communauté de ceux qui  sont sauvés, il y a la communauté de ceux qui sont indifférents  à cet Amour-là. Notre secrète espérance c’est qu’en Christ  tous ces hommes-là ne forment plus qu’un seul groupe à la Fin des Temps. Vous savez, c’est la fameuse parabole du bon grain et de l’ivraie.  Aujourd’hui, il y a la cité de Dieu, il y a la cité des hommes et personne n’a  à donner d’ordre que l’une doit rentrer en conflit avec l’autre.  Les deux sont là dans la parabole du bon grain et de l’ivraie.  Surtout il ne faut pas arracher l’ivraie avant terme !  A la fin des temps, il n’y aura plus qu’une cité : la cité de Dieu ! Alors ça c’est précieux pour nous.

 

Et puis en guise de conclusion : ne soyons pas comme ces Manichéens.  Manichéen, c’était une foi déviante, c’était une hérésie au tout début de l’Eglise, on coupait la tête, pour ça hein, voilà !  Donc  il ne faut pas l’être !  Alors je vais vous ce que c’est être manichéen, s’il y en a qui le sont parmi vous,  il est encore grand temps de changer d’avis.  Les manichéens, ce sont ceux qui disent : eh ben il y a du bien et il y a du mal voilà et puis voilà !  Il y a du bien et il y a du mal sur cette terre et ça va durer tout le temps ; ça c’est pas bien !  Pourquoi ?  Parce que un chrétien, il dit  qu’il y a du bien et du mal mais il rajoute :   

Le bien est éternel mais  pas le mal.

C’est-à-dire que le bien est plus fort : toujours à cause de la Fidélité  du Christ  à Son Père !  Et parce que nous-mêmes  nous pouvons nous appuyer solidement sur Le Christ !Dans la vase et dans la boue  nous ne périrons pas,  la vase et la boue ne sont pas éternelles.

 

Amen


Vendredi 16 Août 2019

Jos 24, 1-13

Ps 135

Mt 19, 3-12

 

Autant dans la première lecture,  le Livre de Josué, que dans  cet évangile, il est question d’Alliance.  Et toute alliance humaine renvoie à cette Alliance fondamentale, ultime  qui est celle que le Seigneur noue avec sa créature, la création ; et de toute alliance humaine,  nous croyons retrouver sa solidité et sa confirmation à travers  l’Alliance que le Seigneur Lui  Le premier  fonde avec sa créature.

 

Il peut y avoir des alliances humaines très malheureuses  qui produisent beaucoup de souffrances,  de culpabilité.  Ce texte, je le crois en tous cas,  ne vient pas apporter une lumière de jugement   mais interroge toutes nos alliances  -  qui généralement, toutes nos alliances  -  ont toujours quelque chose d’un peu malheureux : jamais complètement achevées, jamais complètement solides.  

 

Souvent à renouveler comme c’est le cas dans  l’Ancien Testament entre le Seigneur et les hommes.

Alors le Christ est ce nouage nécessaire de toutes nos alliances pour qu’elles durent.

 

Par Sa mort et Sa Résurrection, le don de Sa  Vie,  Il est ce nouage nécessaire  -  pour que  toutes nos alliances quelles qu’elles soient  -  nos alliances humaines durent, se renouvellent  et  se nourrissent de l’unique  Alliance  jamais rompue  du Ciel avec  la terre.

 

Amen


Mercredi 14 Août 2019 :  Saint Maximilien  Kolbe

Dt 34, 1-12

Ps 65

Mt 18, 15-20

 

A travers ces deux extraits du Deutéronome et de l’évangile, nous voyons se dessiner le ministère d’Amour du Christ. D’abord à partir du Deutéronome, toute l’œuvre de Moïse a été de conduire,   à l’invitation du Seigneur, le peuple des Hébreux en dehors de la terre d’Egypte et de faire traverser le désert pour pouvoir parvenir à la terre promise.

Cette longue épopée est  au fond, bien à l’image de ce qui fait notre désir terrestre  - c’est-à-dire d’atteindre ce que l’on appelle notre patrie du Ciel  -  la terre promise,  c’est ce qu’ont souhaité,  ont cherché les peuples des Hébreux.

 

Il y a comme une frontière infranchissable, en tous cas pour Moïse,  c’est le  Jourdain, c’est la frontière, il ne passera pas.  Nous avons lu dans le Deutéronome qu’il mourra là.  Il verra  mais il ne foulera pas de ses pieds cette terre, l’objet de son désir, en tous cas objet du désir du peuple d’Israël.  Alors il va y avoir un passage possible puisque la suite de l’Ancien Testament, c’est la traversée du Jourdain  et l’arrivée dans cette terre promise sous la houlette de Josué.

 

Dans le livre de l’évangile,  l’extrait que nous avons lu,  nous avons deux terres  l’une face à l’autre :la terre : la nôtre  et   le Ciel.  Et  l’un,  l’une des terres semble bien inaccessible : c’est le Ciel.Pourtant Jésus est le Pont.  Il est le Passage de l’une à l’autre  et Il donne la clé.  La clé du passage de l’une à l’autre, c’est les frères.  Ce sont les frères.  C’est la manière dont nous servons,  nous contribuons à l’unité, à la parole et à l’écoute, au dialogue.  Il y a un autre mot  que j’ai noté et repéré dans ce texte de l’évangile : l’accord, l’accordement entre les frères. Tout ce que nous pourrons faire en faveur de l’accord  -  comme on  va accorder un instrument  de musique   -   entre les frères, eh bien permet d’établir ce lien précieux d’une terre à l’autre. De la terre au Ciel : ça c’est grâce au Christ  qui  était le premier à être le pont : pont définitif  par Sa Croix.

 

Nous célébrons dans l’Eucharistie qu’Il a été d’abord un pont avec nous-mêmes et un pont entre nous et le Ciel et un pont entre nous et nos frères.  Alors  cette terre du Ciel n’est pas inaccessible grâce à Lui.  Encore faut-il que nous passions par ce pont-là.  A l’époque de Moïse, la terre promise paraissait encore bien lointaine  et Moïse ne pourra pas la fouler de ses pieds.

 

Par le ministère d’Amour du Christ  -  cette terre promise   -  nous pouvons la fouler de nos pieds pour peu que nous passions par ce Pont qu’est Le Christ…   Unité,  rassemblement,  accord entre les frères, cela suppose une dose d’obéissance, une dose d’humilité,  bien entendu tout ce qui est autour du pardon et de la réconciliation,  l’écoute, la patience, le discernement, tout ce qui fait notre lot quotidien dans nos familles, dans nos groupes d’associations et dans nos communautés.

Voilà.   En Christ : la Clé et le Pont pour vivre du Ciel.

 

Amen


Dimanche 11 Août 2019

Sg 18, 6-9

Ps 32

Hb 11, 1-2. 9-19

Luc 12,  32-48

 

Voilà dimanche après dimanche en ces mois d’été, nous avons des petites méditations qui nous sont proposées comme si nous vivions  une sorte de récollection estivale   -  comme ça  -  chez nous sans avoir besoin d’aller au monastère.  Nous pouvons toute la semaine, comme ça,  revenir à ces textes relativement simples peut-être,   mais qui nous conduisent à des belles hauteurs  ou des belles profondeurs.  S’il était question il y a deux semaines  en tous cas,  de la prière ;  cette fois-ci  il est question de la foi.  La foi.   Cette Parole de Dieu nous propose trois déclinaisons de la foi.

Vous êtes prêts ?  Commençons.

 

La première déclinaison de la foi : c’est Abraham  qui nous est montré en exemple  de cette déclinaison-là.  Et nous le voyons dans la deuxième lecture : la lettre aux Hébreux.  La foi, comme espérer un objet,  vouloir l’atteindre,  sans être encore dans la capacité de l’atteindre.   C’est comme un chemin que l’on veut parcourir,  on veut arriver à un horizon  et l’horizon toujours est plus loin. Toujours il se dérobe un tout petit peu plus.  Abraham s’est mis en marche de cette façon : « Part, quitte ton pays,  le pays que je  te promets,  c’est ta descendance qui  l’aura,  qui le connaîtra,  c’est  même pas toi ;  mais vas- y !   Cette foi là : c’est la confiance,  c’est la mise en route.  En cette déclinaison-là de la foi,  on y va.

 

Alors notre vie chrétienne peut ressembler à cette déclinaison-là   de la foi.  Quel exemple je peux vous donner ?  Eh bien,  la paix, on peut souhaiter  la paix et puis  la santé  -  et on se dit que la Paix et la santé et le réconfort  -  on  peut  comme ça  un peu  le gagner  chaque jour  -  mais  surtout,  nous avons solidement ancré dans nos têtes que nous les recevront définitivement à notre mort.   Et on pense au ciel,  aux  frères et sœurs qui nous ont précédés  qui  sont dans la paix,  le réconfort,  la santé.   Ils sont libérés de toutes sortes de choses  dont nous sommes privés  mais que nous espérons.  C’est un exemple.  Vous y communiez ou pas,  mais combien de fois nous pouvons  entendre et  porter cela.   Notamment en paroisse quand nous accompagnons  des familles  qui préparent les obsèques de l’un des leurs.

 

La foi comme un chemin, une distance à parcourir et une sorte de tâtonnement.   Et de patience,  de grande patience. Première déclinaison de la foi.   On peut rajouter d’autres exemples….   J’ai perdu mon mari,  j’ai perdu ma femme et j’attends,  j’attends,  de  pouvoir  le revoir.  Voyez.   Le seul problème avec  cette déclinaison de la foi,  c’est que l’on aurait presque tendance à penser  que la vie ne vaut pas complètement la peine d’être vécue,  voyez-vous,   si le meilleur vient après.   Mais….  Ce chemin-là…  Il existe…   Jésus l’a vécu,  les gens qui l’ont rencontré l’ont  vécu.   Cette déclinaison-là  est absolument présentée  notamment chez les prophètes,  les patriarches.

 

Deuxième déclinaison de la foi,  c’est la première lecture du  Livre de la Sagesse,  avec une évocation qui vous aura peut-être échappé.  Alors je vais vous le redire,  le lire  le Livre de la Sagesse (qu’a lu Serge au tout début),  c’est l’évocation de la préparation à la sortie d’Egypte. Le peuple d’Israël est esclave  et  voici qu’il se prépare à être libéré.  Et puis il est libéré.  Et une fois dans le désert,  très vite,  il se met à oublier qu’il était esclave en Egypte.  Et il récrimine, en permanence :« Seigneur !  Moïse !  Pourquoi vous nous avez fait sortir de  cette terre là où les oignons et les poireaux étaient en abondance ?  Là, nous avons faim, nous avons soif ! »  Et dans cette deuxième déclinaison de la foi,  qu’est-ce qui compte ?  Ce n’est  pas tellement le chemin,  et Dieu sait que le chemin sera long.  C’est les signes et les preuves,  comme si  à un moment donné, on a besoin d’être secoué pour se remettre en route,  retrouver confiance. Les signes et les preuves dans le désert, ça va être : « Vous avez soif !  Vous récriminez contre moi ! »  Voilà :   « Moïse !  Frappe  ce rocher !  De ce rocher sortira de l’eau ! »  « Prends ton bâton !  Présente-le face aux serpents à la morsure brûlante ! Tous ceux qui ont été mordus par ces serpents s’en sentiront mieux. »  « Vous avez faim ?  De la manne tombe dans le désert !  Vous voyez que je suis Votre Seigneur !   Ne m’oubliez pas !   Ne cherchez pas à retourner  de  votre point de départ !  Ayez confiance !  Marchez ! »

 

Dans cette deuxième déclinaison de la foi, ce sont les signes.  Alors, j’ai des exemples à vous donner,   par exemple : aller à  Lourdes , toucher la Grotte,  voir les personnes malades  qui sont là dans cette espérance d’être aimés  avec le corps qui est le leur  et  savoir que des hommes et des femmes ont été guéris par cette eau miraculeuse  et  par l’intercession de Marie !  C’est un signe ! D’autres  signes : les saints.   Savoir qu’une jeune femme qui s’appelait  Germaine,  au tout  début de l’ère chrétienne  ici à Bar-sur-Aube,  a été sauvée par le Christ !  Mais c’est un signe pour nous !  Continuez à être chrétien !  Regardez ! Cette  femme a été sauvée par sa foi.   N’ayez pas peur !Et puis d’autres signes encore  comme ceux  qui nous sont offerts par les sacrements.   Deuxième déclinaison de la foi : les signes.

 

C’est moins arriver qui va compter,   mais  c’est  les signes sur la route. Ceux qui prennent la route  pour  partir en vacances,  c’est comme quand on va accomplir un très long voyage avec les enfants dans la voiture : « Papa, maman, quand est-ce qu’on est arrivé ? »  Ca fait cinq minutes que vous avez démarré votre voiture,  ça : regardez  les déclinaisons de la foi,  c’est de se dire : « T’inquiète,  confiance,  on arrive,  enfin  on va arriver. » La deuxième déclinaison de la foi, ce serait  découvrir les premières tuiles romaines un peu avant Lyon,  les premières cigales sur les aires de repos,  ça sent l’arrivée  (si vous allez dans le Sud).  Les signes !

 

Troisième déclinaison de la foi,  troisième déclinaison : ça n’est plus une distance à parcourir, ce n’est plus le temps qu’il nous reste pour arriver au but.  La troisième déclinaison de la foi : c’est l’Amour.  C’est  l’Amour,  l’Amour !  Comment je me laisse aimer  par  Celui  qui est mort  pour moi ?Pas  à cause de moi.  Pour  moi.   Et  qui m’aime jusqu’au  plus profond  de ce qui est le plus sordide dans ma vie.   Donc  la distance à parcourir,  elle n’est pas extérieure à nous-même,  elle est dedans, parce que cette distance  entre Le Christ  qui m’aime  et  moi,  dans ma tête,  elle est immense ;  dans son cœur à Lui : elle n’existe pas.

 

Il m’aime déjà !   Cette troisième déclinaison de la foi consiste à  se  laisser  aimer !

(Il n’y a rien de laborieux comme,  euh… : « Allez ! Il faut marcher !  Oh là-là … Il faut du temps et de la patience… »).  Non,  non,  non !

Il faut se laisser  faire !  A  la limite, c’est très reposant.   Il faut   se   laisser   aimer.

Dans la première déclinaison de la foi, on a l’impression qu’il y a beaucoup de travail à accomplir,  ça vient de nous !  La deuxième aussi   !

Et la troisième : rien à faire !   Et d’ailleurs dès que je  commence à me laisser aimer, je me rends compte que avant même que je connaisse le Christ,  Il m’aimait déjà !  Le chemin  a déjà été fait !

C’est Lui qui se déplace vers moi !  Ce n’est pas moi vers Lui !  C’est Lui qui se déplace vers moi !Et pas moi vers Lui ! (troisième déclinaison de la foi).

 

Alors Jésus dans l’évangile,   Il  rencontre  toutes  sortes de gens.   Des gens qui veulent le contredire.  Il  rencontre des pécheurs,   des malades,  des femmes,  des hommes,  des enfants, des adultes.  Bon, vous  connaissez toutes ces rencontres -là.  Vous pourrez regarder dans l’évangile,  lesquelles  de ces personnes ressemblent  à la première,  lesquelles ressemblent à la deuxième,  lesquelles ressemblent à la troisième...  Vous verrez les signes de la foi…   Vous pourrez.

Je vous invite pour cette semaine,   à vous mettre dans cette position simple :  à genoux  ou  debout les yeux fermés,  un peu à l’écart,  quelques instants : 

 

« Seigneur donne- moi  Ton Esprit Saint. Donne-moi Ton Esprit Saint.  Que je n’aie pas peur ! Toi !  Tu es déjà venu à ma rencontre  et  déjà  Tu me connais ! C’est  Toi  qui  a  fait la route.  Permets-moi   Esprit Saint   que j’ouvre ma porte  à  Celui  qui est là Et qui vient me rendre visite   Et qui me pardonne

 

Amen


Vendredi 9 Août 2019   Sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix

Os 2, 16b. 17b. 21-22

Ps 44

Mt 25, 1-13

 

Plus colossale, et notamment pour la rationalité occidentale  puisque par son parcours philosophique,  elle a pu essayer  -  tout du moins de penser, pour autant que cela soit possible  -  de ce que peut signifier le mystère de la Croix.   C’est cette dimension du martyre  qui traverse ce personnage.  Il y a aussi cette autre dimension de Vierge,  celle qui se consacre tout entier   à Son Seigneur.  Les deux sont inséparables mais  en même temps se distinguent.  

 

Dans ce texte de l’évangile qui nous est proposé,  il y a l’idée d’une recherche de ce qui est caché.  Et d’une bonne affaire pour tous les siècles,  pour celui qui a trouvé ce qui est caché.

Celle  qui était  élève  de  Husserl  a  trouvé la vérité non pas dans un livre philosophique  mais dans le récit autobiographique d’une Sainte du Carmel : la Grande Thérèse.  Et c’est peut-être à la lumière d’une autre sainte du Carmel que ce texte peut  révéler -  en tous cas,  pour celle que nous fêtons aujourd’hui  - toute sa splendeur,  et si Le Christ se cache  à chacun d’entre nous et s’ Il  nous oblige toujours  à nous mettre au travail,   ce qui fait  « tout  nous-même »   pour le trouver,   c’est parce qu’Il ne souhaite pas être aimé pour ses propres dons.

 

Il souhaite tout simplement être  Lui-même  notre récompense.

C’est la Petite Thérèse qui disait cela.

 

Amen


Jeudi 8 Août 2019

Nb 20, 1-13

Ps 94

Mt 16, 13-23

 

C‘est ce récit qui signe la fondation de l’Eglise sur Pierre lui-même  et c’est de ce récit que nous comprenons la raison de la présence des clés dans les mains de Pierre : « Je te donnerai les clés du Royaume. »

 

Pierre apparaît sur cette première facette comme le rocher solide,  le roc inébranlable de la Foi.   La sienne et celle des autres apôtres sur laquelle nous vivons notre aventure ecclésiale.   Notre foi : c’est celle des apôtres.   Et en cela elle ressemble à ce rocher du livre des nombres  duquel coule  de l’eau. Peut-être  l’eau de la vie.   L’eau de la foi.

 

Mais une autre facette apparaît très vite de Pierre.  Il est pierre cette fois-ci non pas de fondation mais il est une  pierre d’achoppement  qui fait tomber, qui fait chuter, occasion de chute, cause de scandale.  Et  il est vite remis à sa place, car pour être une pierre solide,  il faut être à sa place.   Il était passé devant le maître.  Le maître le remet derrière : «  Passe derrière moi. »

C’est un rappel pour chacun d’entre nous,  que,  à notre place de disciple,  nous pouvons être source de solidité,  nous pouvons demeurer inébranlables dans la foi.   Si nous devenons  calife à la place du  calife, c’est compliqué. C’est vrai pour ceux qui ont la charge du gouvernement dans l’Eglise mais c’est vrai pour tous les autres.Nous sommes tous par notre baptême avec cette part  là.

 

Alors les clés, justement ?! Je vous invite chacun à méditer ce texte et à vous interroger…

Quelles clés y-a-t-il  dans ma vie ? Quelle clé suis-je ? Le Christ, quelle serrure  va-t-il ouvrir en moi ? 

 

Amen


Mardi 6 Août 2019  La Transfiguration du Seigneur

Dn 7, 9-10. 13-14

Ps 96

Lc 9, 28b-36

 

La fête de la transfiguration est une fête très, très, belle qui réjouit tous ceux qui dans l’Eglise sont des mystiques, tous ceux qui sont des hommes et des femmes de prière, des hommes et des femmes de veille, un peu à la façon de la prophétesse  Anne dans le Temple, le vieillard Siméon qui vont attendre si longtemps que vienne Le Messie  et qui au moment de la Présentation le découvrent.

 

Pourquoi ?  Eh bien parce qu’il y a dans cette rencontre au sommet de la montagne bien des caractéristiques propres à la vie mystique.  Une nuée, une voix, une frontière entre sommeil et veille assez floue. Les disciples sont accablés de sommeil mais ils ne sont  pas vraiment endormis, et puis en même temps  tout d’un coup tout disparait  et  Jésus seul  demeure  comme si il finissait par se réveiller. Et puis l’indicible : Ils ne rapportent à personne rien de ce qu’ils avaient vu.Tout homme et toute femme qui vit de cette façon-là une vie de prière  ou  laissent  Jésus prier en eux, eh bien reconnaissent bien dans ce texte ce que cela signifie.  Par ailleurs  nous avons quelques caractéristiques du baptême de Jésus, vous avez peut-être remarqué : « Celui-ci est mon Fils,  celui que j’ai choisi. »  Cette voix qui vient du ciel comme au moment où Jésus est plongé dans le Jourdain.

 

Ceci étant, nous sommes,  juste  au moment où Jésus annonce Sa Passion. Et donc pour nous, cette fête nous aide, nous accompagne, nous stimule, nous prépare à vivre eh bien, La Passion.  Alors  la  Passion de Jésus parait dans notre dos  mais elle est déjà devant nous en fait. Elle paraît dans notre dos parce que le Carême,  la Semaine Sainte, c’était presque hier, mais, nous savons bien que nous portons notre Croix et qu’elle n’est pas définitivement enterrée.   Et puis  cette fête a de merveilleux  de rappeler notre propre baptême. Et nous sommes par notre baptême,  configurés à Jésus  et avec  Lui  nous allons de la  Crèche à la Croix  et de la Croix à la Résurrection. Nous avons cette première lecture du livre de Daniel qui raconte une vision. Et alors  la vision est très,  très,  longue et nous avons un tout petit extrait. 

 

Il est question d’un  Vieillard,  qui dans la lecture que l’on peut en faire, ce  Vieillard dont le trône est entouré de flammes de feu,  fait de flammes de feu, peut nous évoquer Dieu. Dieu le Père !  Et nous avons un mystérieux  Fils d’Homme qui parvient jusqu’au  Vieillard et,  du Vieillard  viendra au milieu des nations et  des peuples.  Alors ce Fils d’Homme, tant que nous restons  dans le Livre de Daniel, on ne peut pas forcément savoir qui Il est mais ce Fils d’Homme Jésus se Le réapproprie.  Alors on n’entend pas parler dans le récit de la Transfiguration  mais on en entend parler dans d’autres passages de l’évangile. Ce Fils d’Homme, c’est le Christ lui-même qui va exercer un jugement  -  dans Matthieu vingt-cinq,   ce récit célèbre où il est question de visiter ceux qui sont en prison, où il est question de donner un vêtement à ceux qui sont nus  -  eh bien ce Jésus que nous voyons dans le récit de la Transfiguration en qui  toute unité est faite : Ancien Testament,  Nouveau  Testament,  Eglises réunies, nous-mêmes, eh bien ce Jésus est Celui  qui vient du Père et qui va exercer sur nous tous un jugement.  Il vient faire la Vérité.Il vient révéler la façon dont nous avons porté la Croix et la façon dont nous avons  laissé  porter la Croix.

 

Amen 


Dimanche 4 Août 2019

Qo 1, 1 ; 2, 4-23

Ps 89

 Col 3, 1-5. 9-11

Lc 12, 13-21

 

Chers amis, cette parabole est redoutablement complexe parce que trois fois sur quatre, elle peut nous conduire à un contresens vraiment fâcheux au niveau de sa conclusion : « Voilà ce qui arrive à celui qui amasse pour lui-même au lieu d’être riche en vue de Dieu. »

 

On pourrait  -  c’est là que vous pourrez viser le contresens  -  conclure que ce n’est pas bien de valoriser le soi-même,  au nom d’une certaine spiritualité qui consisterait à dire : tout ce qui est de l’ordre du soi, du moi n’est pas bon,  il faut se nier soi-même et tout ce que l’on peut accumuler de l’ordre des talents ou de l’ordre des richesses,  il  faudrait  vite s’en dépouiller,  c’est  pas bien…C’est pas bien, il faut s’en dépouiller parce qu’il faut partager,  il ne faut pas être trop riche, il faut être ouvert…  Voilà le contresens.

 

Ce n’est pas ce que dit la parabole.  La parabole ne dit pas : ce n’est pas bien de soi-même ou lui- même.  La parabole dit : celui  qui amasse : pour !  Pour ! 

De toutes les façons, chers amis, on ne peut pas faire autrement que d’amasser.  On ne peut pas faire autrement que d’être producteur  de  culture, de biens et de richesse, et au fond c’est notre vocation.   Chacun selon ses capacités et ses talents.  Il y en a qui travaillent la terre, il y en a qui travaillent les livres, il y en a qui travaillent les hommes, il y en a qui  enseignent, il y en a qui les rassemblent.  Chacun selon ses capacités, produit.  Et celui qui ne produit pas  n’existe pas en réalité ou alors c’est un homme ou une femme,  extraordinairement  malheureux,  qui est en permanence en train de se nier.  Il n’y a pas de ça dans la foi chrétienne, il n’y a pas de ça dans la foi  chrétienne.

Je me permets de faire une petite incise : vous savez que par notre baptême  -  et c’est au moment de l’onction du Saint Chrême  -  le prêtre dit au petit enfant ou à l’adulte :  « Tu participes désormais à Sa Dignité : Tu deviens  Prêtre, Prophète et  Roi. »

 

Ces trois dimensions-là sont trois dimensions fondamentales de l’humain   -  d’ailleurs du reste, même s’il n’est pas chrétien et baptisé   -  eh bien  c’est comme s’il y avait trois morceaux en nous-mêmes,  inséparables.

Alors la fonction Prophétique que l’on pourrait au fond  traduire  dans un langage profane qui consisterait  à dire : je suis enseignant,  j’enseigne,  je  cherche à comprendre et je cherche à transmettre,  ça nous habite tous.  Certes il y a des mesures,  mais ça nous habite tous. Il y en a qui en font un métier,  mais pour tous,   en grande quantité ou en petite quantité,  nous sommes des enseignants.   A commencer par la relation qu’on peut avoir avec ses enfants, si nous en avons,  ou  des proches, nous expliquons et au minimum à nous-mêmes, on s’explique à soi,  on cherche à comprendre.  On est des hommes et des femmes qui scrutons.   Eh bien dans le langage biblique, nous sommes des Prophètes. 

 

Royale, la fonction Royale : nous sommes tous  donnés à nous-mêmes et donnés aux autres, pour conduire, rassembler, organiser, structurer, faire en sorte que, eh bien l’humain dans sa dimension collective, existe  et ne meure pas.  Alors tous, maires des communes,  mères des familles, prêtres évidemment,  mais les membres d’une association, cherchant à réconcilier deux personnes qui se font la guerre, on a cette fonction de gouvernement.  Il ne faut pas que le mot gouvernement nous fasse peur, hein ?  On n’est pas tous voués à être président de la république.  Mais chacun a sa façon, nous participons,  à commencer par nous-mêmes et nos plus proches  au vivre ensemble, c’est très à la mode  mais  c’est exact, ça fait partie de notre dimension.Dans la Bible, la fonction royale, est très, très,  bien illustrée par ces Patriarches et ces Rois, les Juges et puis  Jésus !   Et la façon dont  Jésus  prépare ses disciples à prendre leur place dans la construction d’un peuple.  Ca va ? Vous me suivez ?

Il y a la troisième fonction qui est importante et qui dans notre modernité est mise à la poubelle.  On ne sait pas l’expliquer.  Elle nous gêne !   Et pourtant  elle nous colle à la peau comme un sparadrap,  parce que tout simplement  on ne peut pas s’en défaire.  C’est la fonction de Sanctification : la fonction de Prêtre : 

 

Je suis  Prêtre, Prophète et Roi.  Et tout le monde est Prêtre par son baptême. Pas simplement les prêtres !   Madame,  monsieur,  jeunes et vieux, qui que nous soyons,   par notre baptême nous sommes prêtres  et je vous l’ai dit : même si nous ne sommes pas baptisés,  nous avons une fonction, une fonction  Sacerdotale !   Mais qu’est-ce que ça veut dire ?  C’est comment chacun  - alors pareil pour soi-même ou pour d’autres  -  nous sommes en capacité de conduire vers l’inédit.  L’inédit !   Car,  pourquoi l’inédit est important dans notre vie ?  Car si nous sommes dans la posture de cet homme qui a des greniers (dans l’évangile)  et que je me rends compte tout d’un coup que ma vie n’a pas d’autre issue que la mort !  Quel inédit peut surgir ?  Aucun !  Ma richesse ne me produit pas d’inédit,  au contraire,  elle tente même à m’étouffer. Mais si vous poursuivez le raisonnement,   alors ça veut dire que moi-même,  je  tenterais à m’étouffer ?  Qu’est-ce qui va m’apporter de l’air frais ?  Qu’est-ce qui va m’apporter de la lumière ?  Qu’est-ce qui va me créer une ouverture ?  Qu’est-ce qui va fendre ce ciel qui est dans ma tête   pour que je puisse connaître la vie, la liberté,  et  l’Amour ?  Quel est cet inédit ?  Enfin tout du moins  d’où vient-il ? …  Par notre capacité à rendre grâce, à s’ouvrir.

 

Il y a des relations entre les humains  qui  sont,  pas proprement chrétiennes,  et qui peuvent produire  un inédit,  nous ouvrir.  Une rencontre qui tout d’un coup  est un surgissement lumineux pour nous.  Et nous en avons besoin !

Eh bien nous croyons frères et sœurs que rien de ce que nous pouvons  (même si nous ne pouvons pas, du reste) ;  rien de ce que nous vivons ne peut survivre,  ne peut durer,  si jamais à un moment donné,  nous-mêmes, nous n’ouvrons pas  notre cœur, nos vies à cet inédit plus grand que nous.

Je m’explique.  Il y a un exemple d’actualité qui fait parler de lui : c’est la cathédrale Notre Dame de Paris,  vous savez, il y a eu une polémique : est-ce que la cathédrale finalement était vouée à être un lieu de culture ou un lieu de culte ?Elle est les deux, elle est les deux !Mais si jamais sa dimension cultuelle  disparaissait,  sa dimension de culture s’effondrerait. Bien sûr que nous sommes nés humains et en même temps  par notre baptême tournés vers Dieu.   Mais  nous ne pouvons pas être que tournés vers Dieu,  il nous faut notre dimension d’humain  par contre  notre dimension d’humain n’est pas tournée vers Dieu,  c’est la foi de notre baptême.   Si cette dimension d’humain n’est pas tournée vers Dieu,  elle s’effondre…  Elle s’effondre !   

 

Il  manque cette porte ouverte vers la  Lumière. 

Alors  comment on fait pour être prêtre quand on est chrétien ?  Et même si on n’est pas prêtre ?  Cette fonction Sacerdotale !   «  Tu es Prêtre,  Prophète et  Roi  par ton baptême. » 

Comment on fait ?  Eh bien, c’est notre participation à l’Eucharistie.  Il n’y a pas d’autre solution. Pas d’autre !   Mais une participation mais  la plus vive qui soit !   Voyez !  Peu importe les débats : la messe comme-ci ou la messe comme ça !   Le plus important c’est ce qui se passe entre quoi et quoi ?  Entre le moment où je dépose sur l’Autel  ma vie  et  le moment où je reçois  la Vie du Christ !

Voilà !  Je dépose sur l’Autel ma vie  (et encore faut-il avoir  le nez pas complètement plongé dans le porte-monnaie du voisin au moment de la quête).  Je dépose ma vie sur l’Autel !  Ce qui fait ma vie !  Ces nombreuses tonnes de blé qui peuplent mes greniers,  et il n’est pas dit que ce n’est pas bien d’avoir des tonnes de blé dans le grenier !   Il n’est pas dit ça !  Il n’est pas dit : dépouillez-vous en pour le donner au Seigneur !   Ce n’est pas cela qui est dit.  Il est dit :  « Offrez-les sur l’Autel ! »   Et en retour au moment de la Communion, vous recevrez  plus et autre chose.  Vous recevrez quoi ?  : La confiance que  si  jamais le Seigneur vient cette nuit me redemander ma vie,  je n’aurai pas à me préoccuper de ce que j’ai accumulé.  Une fenêtre s’est ouverte !  Un inédit a traversé ma vie !  Et ça nul médecin ne peut vous le dire, hein ?  Nulle  philosophie.

 

Alors il y a deux solutions : soit nous y sommes attachés et ça nous sauve !  Soit nous n’y croyons pas, et alors,  eh bien  je poursuis mon accumulation  ou  alors j’ai fini par me bagarrer avec le voisin, comme  commence  l’évangile : «  Dis à mon frère de partager avec moi. » Et vous voyez où ça nous mène : Caïn et Abel …  Et on refait l’Histoire !  

Cet  inédit  que seule la fonction Sacerdotale nous offre :  l’Eucharistie !

(Alors soyons plus intelligents que d’autres,  ne rentrons pas dans des débats stériles  pour savoir quelle est la bonne  ou la moins bonne des  Eucharisties,  ce n’est pas  la question).

Qu’est-ce que j’offre ?  Qu’est-ce que je reçois ?

 

Amen   


Vendredi 2 Août 2019

Lv  23, 1. 4-11. 15-16. 27. 34b-37

Ps 80

Mt 13, 54-58

 

On se rappelle que par notre baptême, nous sommes constitués de trois dimensions fondamentales (ce n’est pas d’ailleurs le baptême qui nous les donne ces dimensions,  il ne fait que les révéler)  trois dimensions de tout humain :   la dimension du culte,  la dimension de l’enseignement,   la dimension du gouvernement.

C’est-à-dire que nous avons tous,  ces trois parts en-nous-mêmes,   une capacité de conduire les personnes, d’organiser : c’est la fonction du gouvernement. Nous avons tous cette capacité à enseigner et  être enseigné,  cette curiosité d’apprendre,  et pour soi  et  enseigner à d’autres, découvrir, creuser, chercher.   Et cette dimension du culte,  c’est cette dimension qui nous traverse de manière fondamentale,  d’être  dans le don  gratuit, dans l’offrande   -  pour pouvoir obtenir  de la part de quelqu’un qui est invisible  -  eh bien un résultat.   Il se peut parfois que,  bien sûr nous ne sommes pas dans le cadre du culte mais la confiance que nous pouvons accorder à une personne particulière,  à cause  de sa compétence,  soit  comme une sorte  (chez nous  en tous cas)  d’offrande faite à quelqu’un de plus grand.Une confiance, une foi accordée à quelqu’un.

 

Ces trois dimensions nous traversent tous.  Alors le baptême révèle : on devient prêtre, prophète et roi,  comme Jésus Christ.

Alors dans ce passage du livre du lévitique,  nous avons tout un chapitre qui organise les assemblées saintes.  On est quelque part dans la fonction cultuelle,  l’organisation du temps,  la sanctification du temps  du peuple d’Israël,   avec en tête  ce que l’on appelle le jour du repos : le Sabbat.Il y a d’autres fêtes encore,  il n’y a pas que des  Sabbat dans une année,  il y a aussi d’autres fêtes pour le Seigneur.  Pour le Seigneur.

 

Et c’est dans un cadre de Sabbat que  Jésus est à la synagogue de Nazareth.  Eh bien, Il accomplit cette prescription qui a été faite à Moïse : Il est là.  On pourrait même dire d’ailleurs  que,  avec les passages  de l’évangile de Matthieu,  nous ne sommes pas que dans la dimension cultuelle,  peut-être y-a-t-il quelque chose  autour  de l’enseignement,  on le voit avec  Isaïe  quand  Jésus  va  commenter  la Parole  de Dieu.

 

Mais voilà que,  tout d’un coup,  l’évangile que nous avons entendu,   nous dit que dans cette dimension-là  du culte, nous pouvons rater  notre cible.  Nous pouvons nous rassembler  et  en oubliant que  c’est pour  le Seigneur,   car dans cette synagogue de Nazareth   le Seigneur est là…Sauf que….Personne ne s’en rend compte…   Et les personnes se perdent en réflexion,  en conjectures   : «  N’est-il pas le Fils de  ceux-ci ?  Le Frère de celle-là ou de ceux-là   ?  Mais  c’est le Seigneur…

Alors, on peut être très accaparé par cette soif,  cette quête de toujours chercher  au-delà   Celui qui est là…   Alors dans l’évangile,  on  entend que : « ils n’ont pas de foi,  c’est dans la bouche de Jésus.   Jésus dit,  l’évangile dit : « Il ne fit pas beaucoup de miracles à cet endroit- là,  à cause de leur manque de foi. »

 

Alors la foi n’est pas précisément posséder une chose ou ne pas la posséder.  La foi  c’est se dire,  ou reconnaître  que : ce que je cherche est  déjà  là  et  je ne l’avais pas vu.

Par conséquent, qu’est-ce que je fais ?  Je me convertis,  je me retourne   pour mieux voir ou contempler ce que je cherchais  mais qui s’est révélé à moi.  Non pas que j’aie trouvé  mais  qui  s’est révélé  à  moi.

 

C’est ce que l’on vit dans nos assemblées et en particulier dans  l’Eucharistie.  J’ai faim, j’ai soif, je cherche.

Il se révèle à moi   Il se donne !  Je ne Le prends pas,  Il se donne.   Il s’offre,   Le Christ !   Je cherche,  je suis acteur mais,  à un moment donné,   je ne le suis plus : Il s’offre librement à moi.

Ce n’est pas moi qui vais  le prendre comme je prends une boîte de petits pois au supermarché :  Il s’offre !  Il se donne !

 

Eh bien soyons  dans cette foi- là : reconnaître que Celui que je cherche : je ne le prends pas,  Il est déjà  là et Il s’offre à moi.

Et là nous  aurons,  en tous cas,  accompli  notre fonction de sanctification.

Et puis si vous l’avez compris,  j’aurai  accompli ma fonction d’enseignement.

 

Amen


Jeudi 1er Août 2019

Ex 40, 16-21. 34-38

Ps  83

Mt 13, 47-53

 

Cette parabole que nous venons d’entendre  qui  ressemble  très fortement à une autre que nous avons accueilli cette semaine  -  c’est  la parabole du bon grain et de l’ivraie  -  et de son explication,   surtout faite par Jésus,  eh bien  suggère qu’il y a un  tri qui s’opère. Et ce tri, nous en sommes à la fois des sujets et des objets. C’est-à-dire que,  à  la fois   nous subissons ce tri,   et en même temps  nous en sommes acteurs.  Un tri en nous, autour de nous, par rapport à notre environnement,  les autres,  le Seigneur.  Un tri !

 

Et en avoir conscience,  ça nous fait ressembler au  Christ Lui-même.   Au Christ !Rien que ça !  Avoir conscience que  à la fois, nous sommes  acteurs  et  objets de ce tri.   Ressembler au Christ  tel que Paul va le décrire dans une de ses  lettres : tout était soumis à Christ.  Toutes choses  Lui  étaient soumises.  Il récapitule tout en Lui-même.

Une sorte  -  pour le disciple qui est conscient  de cela  -  une sorte de  dé-maîtrise  par rapport au temps, à l’espace, aux êtres,  et en même temps  un  plus grand travail sur lui-même. Un plus grand travail sur lui-même.

 

Nous sommes sujets et objets de ce tri,  si nous en sommes conscients,   nous ressemblons à Christen qui sont récapitulées toutes choses.

Et donc nous devenons vraiment acteurs  d’un travail que nous faisons sur  nous-mêmes et   en nous-mêmes.

 

Amen


Mercredi 31 Juillet 2019

Ex 34, 29-35

Ps 98

Mt 13, 44-46

 

Commençons par cet évangile qui peut évoquer à la fois le Christ et nous-mêmes.

Le Christ : comparable à celui qui a découvert un trésor et vend tout ce qu’il a  pour l’acquérir. Ce trésor,  c’est à la fois la mission que son Père Lui a confié,  ce trésor c’est son Père Lui-même. Et tout ce qu’il a  et qu’Il vend,  pour pouvoir  acquérir ce trésor,  c’est le oui qu’Il adresse à son Père.  La mission qu’Il accepte  à  devenir  l’un des nôtres  et que nous célébrons au moment de Noël.   La mission qu’Il accepte vers ceux que le Père Lui envoie,  Lui donne. Et la mission qu’Il accepte de s’offrir tout entier par amour et c’est ce que nous célébrons à La Passion et à la Résurrection.  Jésus  tout entier offert à son Père et à ceux que son Père Lui donne.

 

C’est le champ acheté à prix d’or : Tout Lui-même.  Ce trésor c’est nous.Ce trésor c’est son Père.

C’est applicable également avec cette perle fine.  Dans ces paraboles,  c’est nous-mêmes également,   ce trésor : c’est le royaume   et  cette somme considérable qu’il faut investir pour l’acquérir  c’est : « tout nous-même ».  Tout nous-même offert   à Christ   pour pouvoir acquérir  le royaume. C’est une bonne affaire  aujourd’hui et  pour les siècles des siècles cette acquisition.  Et celui qui acquiert ce royaume en s’offrant tout lui-même à Christ, eh bien vit dans la joie. 

 

Pour  ce qui est de Moïse et  son visage resplendissant dans ce livre de l’Exode,  ou dans ces représentations artistiques- vous l’avez déjà vu peut-être,  avec une nimbe ou  bien encore  avec des cornes,  pour dire combien son visage est lumineux,  peut-être avez-vous déjà vu une représentation de Moïse ainsi , peut-être celle d’ailleurs  de  Michel-Ange  -  si je ne m’abuse -  à Rome.  Moïse ainsi nimbé de lumière,  peut nous évoquer ces personnages  anciens ou contemporains.  Alors anciens que nous n’aurions pas connus,  contemporains que peut-être nous avons rencontré  sur notre route,  qui par leur parole ou leur exemple,  leur vie tout simplement,  sont comme nimbés de lumière.Peut-être que Ignace de Loyola était  l’un de ceux-là.  Peut-être que nous en avons connu,   plus contemporains qui ont croisé notre route et qui  nous donnent  envie d’investir   « Tout nous-même »  pour acquérir  le Royaume.

 

Risquez-vous donc   à vous offrir  tout entier  à Christ   pour acquérir le Royaume.

 

Amen


Mardi 30 Juillet 2019

Ex 33, 7-11 ; 34, 5b-9. 28

Ps 102

Mt 13, 36-43

 

Il se peut que ce texte produise un petit  peu de trouble pour ses lecteurs,  attendu que dans l’évangile,  Jésus ne cesse d’annoncer la venue du Royaume et que le Royaume est en Lui-même  et par Lui-même. Nous sommes dans l’évangile de  Matthieu,  du chapitre cinq au chapitre sept  inauguré par ce  discours des Béatitudes, nous  montre comment le Royaume vient ;  il est là.  Et en même temps  avec ce texte-là et d’autres,  d’autres  aussi,  le royaume est bien plus tard, bien plus tard : à la fin des temps.  

 

Ici nous sommes dans un discours sur les fins dernières  alors que la parabole dont il est question  (que nous n’avons pas lue)  et quelques versets avant,   il s’agit des fins avant dernières.  C’est-à-dire  là  aujourd’hui dans la réalité d’aujourd’hui,  il y a du bon et du moins bon  -  il faut faire avec  -  surtout n’arrachons pas le mauvais,  on risque d’arracher le bon ;  ça c’est les fins avant dernières. Et là, les fins dernières,  ben ce n’est pas nous,   c’est plus tard,  au jugement dernier. Temps inaccessible  mais qui vient  rendre justice  et  récapituler toutes choses.

 

Voilà nous sommes  dans  ce constat au fond  qu’il y a une  sorte de délai  entre les fins avant  dernières et  les fins  dernières  et  ce qui donne sens à notre vie en Eglise. Vous savez que par notre baptême,  nous sommes prêtre,   prophète  et  roi ; chaque fois que l’onction réalisée sur un nouveau baptisé,  qu’il soit  bébé ou  adulte, on lui dit :   « Tu as été incorporé au peuple de Dieu,  tu fais partie de son Corps,  le Corps du Christ  et  tu participes à Sa dignité  de Prêtre, de  Prophète et  de Roi. »

Ces trois fonctions prophétiques,  sacerdotales  et royales  disent comment chacun d’entre nous,  eh bien  on progresse entre maintenant  et demain.  Et comment chacun d’entre  nous,   on se prépare à faire partie des justes.  Ceux qui font partie des  justes,  ben  c’est bon pour eux.  Ceux qui ne le sont pas,  eh bien ils auront des pleurs et des grincements de dents.

 

Alors pour nous,  mais aussi pour tous ceux que l’on rencontre, et  à qui  on peut témoigner : prophète.   On peut conduire : roi.  Et nous même au fond,  on peut sanctifier par l’exercice du culte : prêtre.  Alors nous sommes de cette façon-là dans ce temps,  en Eglise.  Et l’Eglise petit à petit est appelée  à être complètement semblable  à son modèle du ciel,  cheminant sur la terre.

 

Alors il y a un combat aussi à réaliser pour chacun d’entre nous.   Et  c’est aussi un appel à la sainteté pour chacun d’entre nous  mais c’est que ce combat,  et ce travail, cette mise au travail, elle ne se fait pas qu’autour de nous,  elle  se fait aussi à l’intérieur de nous-même. Pour  faire partie de ces justes,  se distinguer de l’ivraie  et  vraiment être configuré au bon grain. Alors cette considération-là  fait partie de l’ADN même de l’Eglise,  l’Eglise est en marche,  elle pèlerine.   Dans la prière eucharistique, cela nous est redit : nous attendons  Sa venue dans la Gloire.

 

Amen


Dimanche 28 Juillet 2019

Gn 18, 20-32

Ps 137

Col 2, 12-14

Lc 11, 1-13

 

Ce très bel évangile de Luc  chapitre onze,  et ce qui est très beau,  c’est que la liturgie dimanche après dimanche pendant ce temps de vacances   -  est pour un certain nombre parmi nous ,  temps  de repos, et  on pourrait presque dire temps de recollection  -  nous apporte donc,  l’évangile  chaque dimanche : une sorte  de perle qui peut nous accompagner la semaine mais aussi l’année.

Dans ce chapitre onze de Luc, treize versets fonctionnent ensemble.  Luc est génial,  il a réussi à rassembler  tout ce qu’il a découvert  de la prière de Jésus.  Il commence par rapporter  ce qu’il a vu de Jésus en prière : un jour,   quelque part,  Jésus était  en prière.   Ensuite il nous rapporte la prière du chrétien.  Ensuite il nous rapporte un enseignement  et ensuite il nous rapporte une parabole.  Et tout ça est relié par un fil d’or : la prière   -  le thème, vous l’avez repéré ?

 

Et on voit en première lecture,  la prière d’Abraham qui n se veut presque une prière de supplication,  d’intercession,  pour ces habitants de cette ville de Sodome.  

Si vous voulez mon avis,  le tout premier verset du chapitre onze de Luc  est le plus précieux :   un trésor enchâssé dans son écrin.  Un bijou !  Je vous le relis : « Un jour,  Jésus  quelque part était  en prière. »

Imaginez  Jésus…   Un jour quelque part en prière.   

 

Chers amis,  la prière est l’acte le plus simple,  le plus simple !  Et le plus vital qui soit ! Prenons l’exemple de la respiration : est-ce que l’on se pose deux secondes la question de : « est-ce qu’il faut que je respire  ?   Je ne respire pas ?   Comment je respire ?  Qu’est-ce que c’est respirer   ?  Non !  Je respire,  c’est vital !  Et je ne me gratte pas partout avant de me risquer à respirer !   

Eh bien pourquoi  on ne fait pas pareil avec la prière ?   Pourquoi  toujours,  la prière faut qu’on en parle  avant de la vivre ?  Pourquoi il faut qu’on la commente ?   Pourquoi  il fat qu’on donne des méthodes   ?  Pourquoi  il faut qu’on  nous rassure ?  Pourquoi il faut qu’on nous explique ?  Si elle est simple et  si elle est vitale.

 

Vous savez pourquoi  nous la compliquons la prière ?  Parce que en fait,  en réalité, nous sommes nés avec,  c’est notre ADN.   Il n’y a pas besoin qu’on nous  l’explique.   Pourquoi aller compliquer la prière ?

Eh bien parce que,  la cause  est  que nous avons péché,  c’est à  dire cette faille qui nous traverse de part en part, ce que nous savons depuis toujours,  eh bien nous tournons autour au lieu de le vivre.  On le cherche sans jamais bien véritablement  le trouver.  On en parle sans véritablement l’expérimenter.  Pourtant la prière est là.

Et d’ailleurs elle est tellement là  -  que  Jésus quelque part,  un jour en prière   -   Il prie aujourd’hui en moi.  Ce « quelque part » : c’est moi.   Ce  « un jour » : c’est maintenant.  

Car la prière ce n’est rien d’autre que la respiration de Dieu à travers nous : le Fils qui s’adresse à  son Père :  Jésus qui  prie son Père par nous et en nous.   C’est simple,  c’est Dieu qui respire,  la prière. 

 

« Un jour quelque part » : c’est maintenant  en moi.  Christ s’adresse au Père.   C’est tout simple.

Lorsque nous la compliquons la prière, nous en faisons du rabâchage,  parfois nous en faisons une sorte de colloque avec nous-même  et parfois tout simplement,  nous ne la vivons pas  et alors,  nous voilà emportés par les affaires de  -  je ne sais pas quoi  -  de violence, de jalousie,  enfin  de tout ce qui peut  peupler notre quotidien et  souvent avec les autres.

 

Et si nous la vivons la prière…   Il  n’y a pas tout ça,  nous sommes dans la simplicité même  de Jésus qui s’adresse à son Père.   Peu importe ce qu’il dit,  Il a la prière  la plus belle,  pas forcément une prière  encombrée  de paroles.  Pourquoi être  embarrassé  dans  la prière ?  Cela ne m’appartient pas. Christ s’adresse au Père,  c’est  Lui qui parle.  Un jour : c’est maintenant.  Quelque part : c’est à travers moi,   le Christ s’adresse à son Père.

 

Alors chers amis, pour sortir de cette spirale, spirale du péché  qui nous éloigne de ce centre et de cette source :  je vous invite à accueillir le Christ comme étant la clé.   Et comme étant en même temps la porte.Et comme en étant en même temps la demeure. Pour qu’Il puisse rentrer dans cette demeure,  qui  est mon cœur,  il faut qu’Il passe par la porte, et  pour qu’Il passe par la porte  Il faut qu’Il ait la clé   et même si c’est mon cœur : c’est Lui qui a la clé. Vous savez celui qui a la clé, c’est  celui qui est le propriétaire ou  qui a les droits  de passage  par la porte.  Ca a beau être mon cœur : c’est   Sa demeure.   C’est Lui  qui est  la porte et  c’est  Lui qui est la clé. « Christ !  Tu es la clé.   Donne-moi Ton Esprit Saint.   Soit la clé qui ouvre cette serrure,  qui ouvre cette porte  et viens faire ta demeure en moi. »  Voilà ce que nous pouvons attendre du Christ.   Et si nous Lui demandons  cela  et si c’est  seulement  ces mots -là,  que nous pouvons prononcer dans notre prière avant  que ce ne soit Lui qui prenne le relai  de la prière.  Si c’est seulement  « sois  la clé »,   «  sois  la porte »  ou  « viens faire ta demeure »,  eh bien cela revient purement et simplement à invoquer l’Esprit Saint :  « Viens Esprit Saint.  C’est Toi  la clé, la porte.  Viens faire ta demeure en nous. »

 

Vous savez qu’à Noël,  on ne fête rien d’autre que Dieu qui vient faire Sa demeure en nous   :   le Verbe fait chair.   Mais on n’est pas  obligé  d’attendre  Noël pour ça.   C’est tout le temps,  c’est en permanence.  La parole de prière de Jésus  qui s’adresse au  Père : c’est en moi !   Ce n’est  pas dans le ciel,  dans  un monde parallèle,  c’est à travers moi. La prière de Jésus,  elle n’est pas quelque part,  elle n’est pas un jour : elle est ici et maintenant.  «  Toi qui est la clé, ouvre la porte et viens faire Ta demeure. »  Tout le reste, c’est entre nous. C’est simple la prière, non ?

 

Celui qui la vit ainsi,  qui rentre dans ce silence du Christ  qui s’adresse au Père,  qu’est-ce qui  lui est promis ?  … Parce que nous,  on fonctionne souvent comme des ânes…   On a besoin  d’un  bâton et d’une carotte.  Qu’est-ce qui  est   en jeu finalement ?  Qu’est-ce qu’on peut avoir comme cadeau si on vit comme ça ? 

 

Eh bien ni plus ni moins que le bonheur : la paix et le bonheur.

Combien d’entre nous  sommes  fatigués ?  D’ailleurs tellement  qu’on éprouve le besoin d’être en vacances.  Eh bien,  si vous êtes dans cette posture-là,  si Christ est la clé,  est la porte  et  Il vient faire Sa demeure  -  eh bien vous êtes dans la paix,  le repos et dans  le bonheur  -  ça n’appartient qu’à chacun d’entre vous de le décider.

Christ Tu es la clé.  Ouvre  la porte.   Viens faire Ta demeure. »

 

Amen


Jeudi 25 Juillet 2019  -  St  Jacques

2Co 4, 7-15

Ps 125

Mt 20, 20-28

 

Jacques avait pour frère Jean.   Ils étaient pécheurs de poissons  et  Jésus vient les appeler,   Il les rejoint un jour qu’ils étaient en train de réparer leurs filets au bord du lac.  Alors voilà ils font partie de la bande des douze que Jésus appelle à le suivre partout.  Dedans il y a aussi Simon Pierre mais aussi plus tard Luc,  il y a  Matthieu qui est collecteur d’impôts, Nathanaël.  Et nous savons que Jacques et Jean ont pour père un certain Zébédée et  là dans cet évangile, on voit apparaître la maman  qui n’a pas de nom  et qui a du mal à cacher l’ambition qu’elle a pour ses fils.  Une ambition toute humaine et  toute légitime au fond.   Une ambition à partager le pouvoir de Jésus : « Qu’ils soient assis l’un à ta droite, l’autre à ta gauche,  qu’ils boivent à ta coupe. »

 

Alors Jacques sera exaucé, il va boire à la coupe de Jésus.  La coupe de souffrance, la coupe d’amertume ;  ça va être le tout premier apôtre à mourir à cause de sa foi.  Nous sommes dans les années quarante de notre ère  -  il va connaître le même sort que Jean-Baptiste par le roi Hérode Agrippa 1er   -  sa tête va être coupée,  il va mourir.

 

Alors nous avons  ici dans cet évangile une réponse à l’ambition de ces deux hommes  et de leur maman.  Nous connaissons bien,  le Fils de l’Homme n’est pas venu pour être servi  mais pour servir,  donner sa vie en rançon pour la multitude.

 

 IL est bon de se redire toujours,  toujours,  toujours,  comment,  quel style de pouvoir  nous avons au nom de l’évangile mais on peut aussi se dire de quelle façon  Jésus  exerce son autorité dans notre vie.    Rappelons-nous qu’Il est là pour nous sauver, pour  nous guérir du péché.   Et le péché, on ne peut pas s’en défaire  si l’on a en face de soi quelqu’un qui est plein d’orgueil et d’ambition.   Le Seigneur vient vers nous plein de délicatesse,  Il ne force pas la porte  et,   Il ose quitter son rang pour  pouvoir descendre jusqu’au fond de là où on se trouve.   Et Il fait route avec prudence,  délicatesse  (c’est tout le contraire d’une autorité vindicative).  Et au moment où Il finit par nous libérer du péché,  Il disparaît.  Il ne vient pas prendre la place.  Il laisse la nôtre.  Un peu comme dans le texte d’Emmaüs.

Alors Le Seigneur vient à chacun d’entre nous révéler que nous sommes  vases d’argile  mais que nous portons un trésor.  Mais ça n’est possible que dans  cette  délicatesse qui est la sienne,  tout le contraire d’un pouvoir.   Il demande à ses disciples de vivre la même chose.   

 

 Alors il y a bien sûr le pouvoir que l’on voit des hommes d’église,  des responsables,  des supérieurs  de congrégations, de communautés.  C’est une chose.

 

Et il y a le pouvoir de celles et ceux qui vraiment  nous conduisent au cœur du mystère.  C’en est un autre.   Et ceux-là sont des hommes et des femmes  d’une profonde délicatesse  tout à fait désarmée, les mains nues,  patients.    Ils ne s’imposent pas  et s’effacent au moment voulu. 


Mardi 23 Juillet 2019

Ex 14, 21-15, 1a

Cantique  Ex 15, 8, 9, 10. 12  13a.17

Mt  12, 46-50

 

Voilà,  un évangile  qui nous prépare d’ores et déjà à celui que nous recevrons dimanche à la messe puisqu’il est question de Jésus qui parle,  et de personnes qui sont en dehors de son cercle et qui cherchent à Lui parler.  Il y a donc une rencontre qui cherche à se  produire. Pas tellement celle de Jésus avec ceux du cercle du dehors mais ceux du cercle du dehors avec Jésus.   Ils ont  beau être mère et frères,  ce qui compte dans ce récit,  c’est d’être du dedans : faire partie du cercle des disciples,  de ceux qui font la volonté du  Père  qui est aux cieux.

 

Alors cela interroge directement notre prière.  Cela interroge aussi directement  notre écoute de la Parole.  Notre place, tout simplement.  Où nous nous situons ?  Dans le cercle du dehors ou dans le cercle du dedans ?  On n’est pas sur des considérations morales et de mission,  de  se dire qu’il faut être à la périphérie et au loin,  pour rejoindre les gens.  On est plutôt dans des considérations spirituelles pour réduire la distance avec  Celui  qui est au centre.  Plus elle est réduite, plus il y a contact et  plus féconde est notre vie.

 

Une invitation nous est adressée en filigrane dans ce texte :

C’est d’apprendre à faire la volonté du Père. Vouloir les choses bonnes que Lui seul peut donner !  Vouloir les choses bonnes que Lui seul peut donner :

Apprenons à demander l’Esprit Saint : le plus beau cadeau qu’Il puisse  faire.  

Il faut que nous en ayons besoin,  il faut que ce soit une nécessité dans notre vie  cet  Esprit Saint :   ce bon Esprit du Père et  du Fils.

 

Et plus nous en avons besoin et plus nous le demandons, plus nous avons des  chances d’être dans ce cercle  parmi les disciples,  de ceux qui font la volonté du Père.  Alors nous entendrons  Christ   nous parler.   Sa Parole portera jusqu’à nous.  Et alors si nous voulons Lui parler,   Il  nous entendra.

 

Amen


Dimanche 21 Juillet 2019

Gn 18, 1-10Ps 14

Col 1, 24-28

Lc 10, 38-42

 

Chers amis,  ce texte de l’évangile est une sorte de petite méditation légère,  aérienne en ce temps de vacances.  L’évangile est tout court, il est super connu. On peut circuler assez simplement entre ces deux femmes : Marthe,  Marie qui sont sœurs.  Vous savez qu’elles habitent un village qui ne s’appelle pas Bar-sur-Aube mais qui s’appelle Béthanie,  on le découvre dans l’évangile de Jean,   et elles ont un frère, qui n’apparaît pas ici,  qui apparaît toujours dans l’évangile de Jean : c’est le fameux Lazare que Jésus  a ressuscité de son tombeau. 

 

C’est un évangile simple qui peut nous parler aussi  -  notamment  en ce temps de repos,  s’il y en a qui sont en repos  (profitez-en)  car nous pourrions nous identifier assez facilement à la posture de  Marie  -  pendant ce temps de repos : assise aux pieds du  Seigneur.

Mais en fait,  je vous invite à percevoir combien nous sommes beaucoup  du côté de Marthe,   en réalité.  Malheureusement,  je  n‘y peux rien,  ce n’est pas de ma faute,  ne m’en voulez pas.

 

Marthe,  cette femme tiraillée   -   nous dit le texte original en grec  -  elle est tiraillée.  En français courant,  là on a lu : elle est accaparée,  c’est joli mais  «  tiraillée »   on voit mieux  l’écartèlement qu’elle peut subir  cette brave Marthe.   Alors elle est utile (hein ?)  à la maison,  je pense qu’il y a plein de personnes parmi nous comme cette femme,  qui peuvent dire que quelqu’un qui exerce la fonction de Marthe,  c’est utile.  Par exemple, vous voulez profiter d’un bon repas en famille mais si personne ne le prépare ni le sert,  eh bien  on ne peut  pas profiter de ce bon repas…  Il faut bien des personnes pour le faire et le servir.  Il faut bien des Marthe.

Alors je vous propose trois petits pas qu’on va faire ensemble.  Un peu dans ce cadre des vacances, une sorte de cahier d’exercices  de vacances,  en circulant autour de Marthe  tout d’abord,   et de Marie.  

 

Alors si on postule que nous sommes tous nés après le péché des origines,  on postule qu’il y a quelque chose en nous qui nous coupe en deux, hein ?  Alors avec le langage de la foi : on va dire que c’est le péché ;  si on est plus moderne, on va dire qu’on est né  pas fini,  que  nous sommes toujours en cours d’unification.  Donc on est des  Marthe : tiraillés...  

Marthe : tiraillée...   Etre tiraillé,   c’est,  vous voyez bien l’idée : courir à droite et à gauche.   Peut-être que fondamentalement  être tiraillé,  c’est une non-écoute : une non écoute  en soi-même :  la tête et pas le corps.   Le corps qui n’écoute pas la tête.   Le cœur qui est séparé de l’esprit.   Le ciel qui est coupé de la terre.  Une  non écoute.  Il n’y a pas de circulation entre les deux : ça n’écoute pas.  Et s’il n’y a pas d’écoute en nous-mêmes,  si nous sommes dans cet état  non écoutant  en nous-mêmes,  combien plus alors sommes-nous dans  la  non écoute avec les autres ?  On peut écouter les informations comme cela  qui nous parviennent des personnes  mais est-ce que l’on arrive à être en contact avec le cœur des personnes ?  Ca  c’est l’écoute.

 

Alors la figure de Marthe nous interroge  sur l’écoute et la non écoute qu’il y a  en  nous,  et autour de nous.  On pourrait rajouter l’écoute aussi  du Père.   Comment nous qui sommes sur la terre  écoutons le ciel ?   Nous n’écoutons pas ! Eh bien,  c’est le premier pas : nous interroger sur l’écoute à nous qui sommes tiraillés.  Et écartelés.   Attention, hein ?   C’est bon d’être occupé.  Je ne dis pas qu’il ne faut pas être occupé,  mais  être tiraillé.

Marthe et Marie, ce n’est pas une apologie du rien faire,  hein ?C’est   :   malgré  -   avec  -  à cause  -   et   -   grâce   -   à toutes nos obligations.   Comment il  y a  de l’écoute  en moi,  autour de moi et  du ciel.  Voilà.

 

Deuxième pas que je vous propose : Marthe qui dit à Jésus : « Dis-lui  donc de m’aider ! » Alors là,  on imagine le vieux couple !  Vous voyez le vieux couple,  qui  va prendre à parti une tierce personne : « Mais dis-lui donc que tu ne fais jamais la vaisselle !  »  Etc…Celui qui reproche cela à l’autre  ne va pas lui dire directement  alors qu’ils habitent sous le même toit.   Eh bien on a l’impression que l’on a un vieux couple avec Marthe et  Marie : «  Dis-lui donc ! »  Et pourquoi Marthe doit passer par Jésus ?  Elle peut lui dire directement, elles sont dans la même maison…  « Dis-lui donc ! »

 

Alors vous pouvez projeter vos expériences personnelles et parfois dans la vie communautaire quand ce n’est pas dans la société  où combien de fois on est obligé de passer par la presse,  par une tierce personne, histoire de bien faire scandale pour mieux dire ce que l’on a envie de dire ( directement  on n’y arrive pas) à la personne à qui on doit s’adresser,  on va prendre des moyens détournés.

 

Alors ce deuxième pas que je vous invite à faire,  ce n’est pas tellement l’écoute cette fois-ci : c’est la communication, la parole.  Vous me direz s’il n’y  a pas de parole : il n’y a pas d’écoute.  Là c’est la parole.  Eh bien quand il n’y a pas de parole,  qu’on est obligé à ce point de passer par  quelqu’un d’autre,  eh bien c’est quand même l’origine de beaucoup de souffrance.  On pourrait dire  même  aussi de stress,   beaucoup de violence. Et alors forcément ce que nous avons à dire finira toujours par être dit…  mais ça ne sera plus par des mots,  ça peut être par des coups,  ça peut être par des tristesses,  des actes manqués.  Ou le péché.  Et le péché,  je pense en particulier,  soit au péché personnel de chacun,  soit au péché collectif  (que nous avons  connu d’ailleurs dans l’Eglise)  qui est  comme une sorte d’acte manqué.  Un crime,  absolument sordide mais s’il y avait eu parole,  il n’y aurait pas eu péché.  « Dis-lui donc… »   Vous n’avez  qu’à  vous le dire directement  sans être obligés de  vous jeter les assiettes à la figure ou passer par une troisième personne.

Alors ce deuxième pas que je vous invite à faire, c’est comment  il y a parole  en nous aussi,  autour de nous,  et  comment notre prière  est parole avec  le Père.  

 

Le troisième pas que je vous invite à faire,  c’est Marie.Alors Marie,  ça semble tout le contraire : une femme d’écoute, une femme qui est disponible,  elle est physiquement au pied du Seigneur. En fait  le modèle parfait du disciple.  Une sorte synthèse  excellente,   ça n’est pas une femme tiraillée,  ça n’est pas une femme qui subit.   C’est une femme dans la liberté, dans  la volonté, elle agit.   Elle vit,  elle  est actrice de sa vie,  de son corps,  de sa tête,   elle a choisi  de suivre  l’évangile de Jésus.  Elle a choisi la meilleure part,  ça ne lui est pas tombé dessus.   Elle a choisi !

Je ne peux pas en dire plus parce que je ne suis pas Marie.   Et vous non plus. Devenir Marie c’est l’horizon de notre vie : c’est l’horizon de notre vie ! On est encore des Marthe.  Cette unification de notre être  c’est  notre vie.  Et  Celui qui le permet, c’est Christ,  profondément : c’est Lui.   Si…   Nous l’invoquons.

 

Alors on peut se demander les uns les autres  où on nous en sommes  dans cette gradation et si  nous avons ce  désir de devenir Marie. Est-ce que il y a  écoute ?  Est-ce qu’il y a parole ?  Et comment je peux à la suite du Christ  et  avec Lui  progresser   ?Il y a un travail, un travail de vacances,  un bon travail de vacances,  hein ?  Alors pou ceux qui ont  vraiment la possibilité de vivre  une rupture dans leur rythme annuel  à l’occasion de ces  vacances,  essayez de vous essayer  justement,  à  la posture de Marie.  Pas  être physiquement assis au pied de quelqu’un  mais vous comprenez bien, travailler davantage votre parole.  C’est  peut-être le moment de demander des pardons, de vivre des réconciliations.   C’est peut-être le moment aussi de faire silence  et  de quitter le bruit.  Il y a beaucoup de bruit qu’on fabrique. 

 

Je voudrais vous dire un mot seulement, un mot  de la deuxième lecture qui est une lettre  de  Paul aux Colossiens  où il dit textuellement : « Ce qu’il reste à souffrir des épreuves du Christ dans ma propre chair,  je l’accomplis pour son Corps qui est l’Eglise. » 

Cet écartèlement dont je vous ai parlé dans les corps : Marthe tiraillée !  L’Eglise le vit aussi.  Un tiraillement  qui atteint le corps.   Vous savez que le corps chez St Paul,  c’est  nous : c’est nos assemblées,  c’est  nos communautés,  et la tête  c’est  qui ?  C’est le Christ.   Quand nos communautés sont coupées du Christ,  elles sont en hyper grand danger.  Quand l’Eglise est  une Marthe,  et elle l’est forcément puisqu’elle est mère,  elle a toujours à faire très, très attention.   Et c’est là qu’il faut que nous vivions cette Eucharistie avec toute la ferveur qu’il se doit.  Parce que c’est par cette Eucharistie que la tête et le corps se réunissent.   C’est par  l’Eucharistie  que  nous passons progressivement,  que nous faisons passer l’Eglise de Marthe à Marie.  

Vous voyez ?  L’analogie ?   Voilà.  Que celui qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende.

 

Amen  


Vendredi 19 Juillet 2019

Ex 11, 10à 12,14

Ps 115

Mt 12, 1-8

 

Dans cet extrait du livre de l’exode et dans ce passage de l’évangile,  nous  tournons autour du thème de la faim  qui renvoie  à des idées de liturgie,  à des idées de nourriture,  de permis,  de défendu  et  aussi de désir. 

 

Je vous invite à voir notamment à la lumière de l’évangile  et à notre souvenir  de la Semaine Sainte, notamment du Jeudi Saint.  Je vous invite à voir dans ces textes,  eh bien   la belle évocation de Jésus qui  s’offre en nourriture dans l’Eucharistie.

Jésus est le maître du repas,  Jésus est la nourriture,  mais Jésus est  le Temple Lui-même. Jésus est le Sabbat,  Jésus est  Celui  qui s’offre,  qui  vient nous rassasier  sans jamais,  jamais,  jamais  interrompre notre désir de manger. Il vient nous rassasier  avec Lui et en Lui,   notre faim et Sa propre faim. 

 

Avec  Lui et en Lui  notre désir est tourné vers le Père.  Avec Lui et en Lui  nous sommes réconciliés : « Tout nous-même ».Avec Lui et en Lui  nous sommes sur ce chemin  et  nous passons par cette porte  qui nous permet d’être dans la Vie. 

Quand nous allons communier dans quelques instants,  en recevant Son Corps, après l’avoir regardé offert,  brisé pour nous : eh bien soyons conscients  que  c’est cette seule nourriture qui peut apporter pour chacun ce dont il a besoin.

 

Amen


Jeudi 18 Juillet 2019

Ex 3, 13-20

Ps 104

Mt 11, 28-30

 

Voilà dans ce texte, je vous propose de souligner quatre verbes :

« Venez à Moi, venez ! »« Je vous procurerai  »   « Prenez sur vous…  Mettez-vous à mon école,  devenez mes disciples. » « Et  vous trouverez  »

Et à chacun de ces verbes, je vous propose une association :

 

« Venez à Moi » : pour trouver le cœur du Christ  doux et humble,  il s’agit de commencer par venir.  Pour venir vers Lui,  il faut se reconnaître en dette  et être en capacité  de confesser son péché.

« Prenez sur vous mon joug  » : s’offrir à Christ,   s’abandonner à Lui.  Le choisir.  Vouloir marcher avec Lui de la crèche jusqu’à la Croix  et  de la Croix  au  tombeau Pascal.

« Mettez-vous à mon école,  devenez mes disciples. » : c’est confesser Son Nom.  S’identifier à Lui.  Vouloir Lui ressembler. Confesser Son Nom.

 

« Vous trouverez le repos  » : c’est recevoir le Saint Esprit. C’est presque une sorte de grâce,  de cadeau  qui nous est fait au terme de cette recherche  de ces trois premiers verbes. Mais c’est le Saint Esprit seul  qui peut nous permettre :de nous mettre en route vers ce cœur,  de confesser  nos péchés,   de nous identifier à Lui,   de Le choisir et de prononcer Son nom.

 

 

« Venez à Moi…   Prenez sur vous…   Mettez-vous à mon école…   Vous trouverez…  »


Mercredi 17 Juillet 2019

Ex 3, 1-6.  9-12

Ps 102

Mt 11, 25-27

 

Voilà dans ce livre de l’Exode,  nous avons cette belle rencontre entre Moïse et le Seigneur dans le buisson ardent.  Belle rencontre où il n’y a pas grand-chose à voir mais il y a à entendre  et une mission à recevoir. 

Belle prière du Fils de Dieu  dans cet évangile de Matthieu  où  il n’y a pas grand-chose à voir sinon le Fils qui parle à Son Père. 

Et tout de suite après, nous l’entendrons sans doute les jours suivants : la révélation du Cœur du Fils.

Ca nous renvoie à notre mission de baptisé.  Ce qui fait partie du péché  -  le nôtre, le péché de tous   -   c’est de tomber dans la tentation du voir,  de la démonstration,  de tout ce que l’on veut montrer,   de la monstration. 

 

Alors que ce qui va compter, ce n’est pas ce qui se montre mais  ce qui se vitet  ce qui circule entre nous et Dieu.

Nous sommes appelés à devenir des fils comme Jésus est Fils.  Des fils tournés vers le Père.   Des fils qui prient le Père.  Des fils par lesquels Jésus prie Son Père.   C’est une œuvre de l’Esprit. Il n’y a pas grand-chose à montrer, il n’y a pas grand-chose à démontrer : il y a  à vivre selon  le cœur même de Dieu.

 

Le grand enjeu pour nous, c’est d’intérioriser  plus que jamais la Parole de Dieu et la vie même de Jésus  pour que nos cœurs deviennent des cœurs de fils. 

Ne pas tomber dans cette tentation de vouloir d’abord  montrer, démontrer, faire voir, mais plutôt vivre,  révéler,  témoigner et  être signe. 

 

Ce qui est deux postures très différentes : moins arrogante,   il y a moins de puissance.  En tous cas celle qui consiste à être signe  et à révéler  c’est plutôt la puissance du Père Lui-même.

C’est une œuvre de l’esprit Saint. C’est la raison pour laquelle nous pouvons en cette Eucharistie nous rappeler que c’est l’Esprit  qui permet  que  -  en nous-mêmes  -   Le Fils prie  Son Père.  Et que nous devenions des fils  comme il  l’est Lui.

 

Amen


Dimanche 14 Juillet 2019

Dt 30, 10-14

Ps 18

Col 1, 15-20

Lc 10, 25-37

 

Voilà  chers amis  nous avons dans ces textes  (vraiment c’est un cadeau pour nous aujourd’hui)   parce que nous bénéficions des images  -  de cette parabole que nous venons d’entendre et en même temps de cet extrait du livre du Deutéronome en première lecture  -  qui nous permettent de pénétrer dans ce que signifie la vie spirituelle chez chacun d’entre nous. Derrière nos visages, derrière nos postures de baptisés, pratiquants soucieux de faire le mieux,  eh bien  il y a une vie,  il y a une réalité.  Il y a un souci : le souci de réduire au maximum la distance qu’il peut y avoir entre nous-mêmes et le  Seigneur.   Entre nos oreilles  et  Sa Parole.  Entre nous et  le Christ.  Réduire cette distance, car s’il n’y avait pas de distance : Dieu ne serait pas Dieu,  ça ne serait jamais  que nous-mêmes ;  bien que nous croyons  que par  Noël  -  l’Incarnation  -   il se fit l’un des nôtres.  Il n’en demeure pas moins que notre hôte intérieur,  cet étranger,  il nous faut  toujours davantage apprendre à le connaître. Une distance à réduire,  et ce qui est très beau,  c’est que dans cette parabole de l’évangile, il est question d’un chemin   une distance à parcourir et qui va de Jérusalem à Jéricho.  C’est facilité par le fait que ça descend (ça tombe bien) un homme descend de Jérusalem à Jéricho (c’est toujours plus facile de descendre que de gravir de l’altitude).  Mais lorsque nous rencontrons cet hôte plus intérieur,  il nous élève  néanmoins.

 

Je vous propose trois repères  pour commencer,  que nous trouvons dans cet évangile  et qui nous disent quelque chose de la vie spirituelle.  

Un homme est en route : il marche,  il marche…  La vie spirituelle est avant toute chose une marche,  on peut même dire un effort.  (Nos amis scouts qui ont quitté Belroy  pour se rendre à la messe ce matin,  je pense ont marché,  je ne pense pas  que vous avez campé à côté de l’église).

Une marche est un travail.  La vie spirituelle est un travail. Personne ne peut dire : « Je suis arrivé au sommet de ma rencontre avec le Christ en croisant les bras et en étant dans un calme absolu,  ça n’est pas possible. Rencontrer le Christ, réduire cette distance, c’est un travail,  toujours.   Ne jamais  lâcher ce travail.   Quelque chose de laborieux. Ne jamais l’abandonner. 

 

Entre Jérusalem et Jéricho, il faut traverser des endroits périlleux.  Si cet homme avait abandonné sa marche,  peut-être aurait-il été  encore plus soumis à des dangers encore plus violents. Il nous faut marcher,  toujours  travailler.  C’est un travail  intérieur,  c’est un travail de rencontre,  d’écoute, de soi,  de cette Parole qui veut se faire proche de nous-même,  qui  vient s’adresser à nous par des signes,  par des illuminations,  et aussi parce que cette Parole se propose à nous à travers  un texte,   il faut le lire  :  apprendre à le découvrir,  connaître la personne du Christ et  devenir familier de Lui. A travers ce texte, c’est un travail.  Personne ne peut réduire cette distance entre Dieu et lui-même uniquement sur des acquis,  ce n’est pas possible.

 

Le deuxième critère sur la vie spirituelle,  c’est que vous voyez des personnages dans cette parabole qui sont tout et son contraire.  Vous avez ces bandits, ces affreux bandits…  Et vous avez  -  qui leur est  diamétralement  opposée -  cette belle figure du Christ à travers le Samaritain. Ces affreux bandits qui sont là comme l’Incarnation du mal et de la violence qui  est soumise,   qui  nous soumet nos cœurs,  et en face : vous avez  l’abondance absolue  du  Christ. 

Nous ne pouvons pas entrer dans une rencontre avec le Seigneur si nous ne portons pas en nous-mêmes : « tout nous-même »   à la fois la partie blessée de nous-même  à travers ces personnages violents  et en même temps  cette partie réconciliée,  soignée,  en désir de salut,  à travers cette figure du Samaritain.

 

Je ne peux pas m’aventurer en religion si  je ne me porte pas avec mes blessures.  Je ne peux pas m’aventurer en religion  si je ne veux que regarder la beauté  des chatoiements du ciel.  Il faut que je traîne avec moi ma carcasse,  mon corps.  Mes blessures, ma mémoire.  Ces affreux bandits et ce Samaritain  se serrent la main à travers cet homme roué de coups. 

C’est le deuxième critère : « Tout moi-même. »   Tout moi-même !   Je ne peux pas prétendre pratiquer ma foi si je ne viens qu’avec mes beaux habits du dimanche.  Il me faut aussi être avec ma cote crotteuse  devant le Seigneur : « Tout moi-même ».

Troisième critère que nous trouvons dans cet évangile : eh bien, c’est cette distance à parcourir justement et cette attente,  cette attente.  Ce n’est pas tout de suite que le Samaritain vient.   Il faut d’abord qu’il y ait un personnage, et puis un deuxième personnage  et cet homme git au sol.  Peut-être qu’il avait peur de mourir,  peut-être que cette attente lui paraissait interminable,  mais il n’est pas mort.  Et cette attente a connu sa fin.   Le Seigneur vient à notre rencontre lorsque le moment Lui est favorable.   Le moment favorable.

 

Nous pouvons vouloir réduire la distance entre Lui et nous.  Nous pouvons vouloir hâter cette échéance.  Mais tout n’appartient qu’à Lui  et c’est Lui qui vient le moment favorable à notre rencontre.  Le Samaritain se déplace  et  cet homme gisant au sol  finit par rencontrer  Celui qui sera son sauveur.

 

Alors voilà ces trois critères:Tout moi-même -   Toujours au travail   -   Le moment favorable.(Tout moi-même   -   Le moment favorable).

Sur cette route du spirituel  -  qui recherche à rencontrer son Seigneur (chacun d’entre nous du reste)  -   à un moment donné de cette rencontre,  comment se produit-elle ?  Eh bien à travers  l’écriture.  Et vous pourrez faire l’expérience chacun d’entre vous,  d’entrer dans l’écriture inspiré par l’Esprit Saint,  n’importe quelle page de la Bible,  n’importe laquelle.  Vous pouvez vous entraîner avec ces paraboles du Bon Samaritain chez vous tout seul.  Parcourir les lignes.  Essayez de vous laisser approcher par le Christ.   Essayez de L’approcher à travers ce texte, comment faire ?Essayez de circuler à travers ces personnages.  

 

Premier personnage qui va apparaître : cet homme.  Vous pouvez vous identifier à lui,  il n’a pas de nom mais ça peut être vous, ça peut être moi.  Ne cherchez pas à  identifier votre voisine  ou votre parent ou votre ennemi ; c’est vous qui êtes en jeu  et pas les autres.   Si jamais vous vous identifiez à cet homme qui est en route,  que découvrez-vous de lui ?  Et de vous ?

Ensuite de l’autre personnage qui va apparaître : c’est ce prêtre.  On peut deviner de l’hypocrisie, de l’égoïsme : il passe son chemin.   N’identifiez pas vos voisins ni vos pires ennemis  mais vous-mêmes ! Circulez autour de ce personnage.  Que vous dit-il de vous-même ?  Et de lui ? 

L’autre personnage, le troisième : le lévite.  Tournez autour de lui et regardez-le dans les yeux. Que vous enseigne-t-il ?  De votre hypocrisie ?  De votre égoïsme aussi ?   De votre peur peut-être ? De votre indifférence…

 

Essayez  de circuler à nouveau  autour de ce personnage premier qui est désormais au sol,  gisant.  Regardez ce Samaritain.  Cet étranger.  Cet étranger qui concentre sur lui-même  tout ce qui peut être affreux des étrangers,  ce qui nous fait peur, ce qui fait qu’un étranger est un étranger.  Et regardez son geste.  Qu’est-ce qu’il vous renvoie de vous-même ?   Et qu’est-ce qu’il vous renvoie de lui ?

Vous pouvez regarder l’aubergiste : qui accueille dans son auberge.

Et vous pouvez regarder la monture : elle paraît  comme ça,  passer inaperçue,  la monture…  un âne… Un cheval… Que sais-je ?   Regardez-le : c’est un personnage.  

Qu’est-ce que cette monture qui appartient à ce Samaritain peut-elle vous dire  de vous-même ?   Et d’elle-même ?  Elle porte le corps de celui qui est gisant au sol.  Regardez !  Circulez entre chacun de ces personnages.

 

Et n’oubliez pas que vous êtes : « Tout vous-même !  » 

Il y a une partie de vous dans ce lévite, dans ce prêtre.  Une partie  de vous dans cet homme au sol, roué de coups.  Une partie de vous dans ce Samaritain.  Une partie de vous dans cet aubergiste. Une partie de vous dans cette monture.

Circulez.   Vous verrez  que cette distance entre vous-même et Le Seigneur va aller progressivement en se réduisant. Jusqu’à quoi ?  Jusqu’à ce que vous consentiez à vous laisser soigner et  panser vos plaies. Par le Christ.  Par le Christ Lui-même.  Qui vient panser avec son vin,  son huile,  vos blessures.

N’est-ce pas ce que nous vivons à chaque fois que nous célébrons l’Eucharistie ?  Cette auberge n’est-elle pas notre Eglise ?  Si nous y sommes  -  sans blessures  et si nous n’y sommes pas conduits par ce Samaritain  -  que faisons-nous à cette auberge, alors ?   Nous nous saoulons ?  Nous venons faire bombance ? 

Non : dans cette auberge  l’Eglise : nous venons en convalescence. Et dans cette absolue abondance du Samaritain : laissez-vous soigner  par ce Samaritain qui est le Christ.   Il vient panser,  vous hisser sur Sa monture et vous couvrir dans cette auberge.   Et  Il part   mais  Il repassera.  Sans doute, vous Le reverrez  ou   plus jamais.   Mais vous porterez dans votre corps  les marques de Son soin  mais aussi les marques de vos blessures : 

 

« Tout vous-même » : blessures  -  soin  -  péché  -  pardon : « Tout vous-même. »

Pour ma part  -  à quelques semaines de mon départ  -  je peux moi aussi regarder chacun de ces personnages.  Et de me dire que sur cette route qui a passé par le Barsuraubois  -  entre Jérusalem et Jéricho  -  j’ai pu être aussi comme ce prêtre  et ce lévite : j’étais,  je suis et  je serai de l’égoïsme,   du souci de moi,  de la lenteur dans ma décision de porter soin et secours. Mais je suis aussi cet homme roué de coups.  Attaqué par le mal et le péché,  j’étais,  je suis et  je serai.  J’ai rencontré Le Samaritain sur cette route qui passe par le Barsuraubois,   Il est venu me rejoindre,  panser mes blessures : Il est venu,  Il vient et Il reviendra,  encore et encore sur d’autres routes.  

 

Sans doute ai-je été aussi l’aubergiste chaque fois que je célèbre l’Eucharistie,  un autre sacrement  que nous sommes là  à chanter la Gloire de Celui qui offre Sa Vie pour chacun,  et pour moi.

Et  j’aime cette monture :  au fond,  qu’est-ce qui exprime mieux que tout autre image ce qu’est le ministère du prêtre ?  Le ministère sacerdotal.   Celui de la monture : il porte celui que le Christ  sauve pour le conduire à l’Eglise.

 

Amen


Vendredi 12 Juillet 2019   Maison de Retraite de Bar-sur-Aube

Dt 30, 10-14

Lc 10, 25-37

 

Bon,  la question qui est posée par cet homme  dans cet évangile, elle est importante.  Elle rejoint parfois  des questions que l’on peut entendre quand des personnes sont vers  la fin de leur vie  et qu’elles sentent que l’heure du passage est arrivée.  C’est un peu le moment  -  si vous voulez  -  du bilan : « Est-ce que je suis prêt ou prête à partir ?   Qu’est-ce qui me retient encore ?   Et : est-ce que je vais être accueilli après ma mort ? »

 

Alors cet homme dans l’évangile,  il ne va pas mourir,  il dit juste : « Qu’est-ce que je dois faire pour être en règle ? » … Ce que je dois faire pour être en règle.  C’est comme si  il voulait anticiper le moment de sa mort.   Et Jésus raconte une histoire.

 

Alors je vous redis brièvement cette histoire : il y a un homme qui va vers Jérusalem,  et puis alors il tombe entre les mains de bandits.  Il se retrouve roué de coups,  il tombe au sol. Alors voici que Jésus  dans son histoire fait apparaître  -  souvenez-vous  -  trois personnages.  Alors un  qui est un prêtre  -  pas comme les prêtres catholiques,  c’est les prêtres   juifs (mais cela n’a pas d’importance).   C’est quelqu’un qui avait  une grande importance aux yeux des personnes. Voilà.   Alors il y avait un prêtre,  il y avait un lévite : un homme qui savait tout sur la loi religieuse.  Eh bien ces deux personnages ; ils ne font rien pour l’homme qui est blessé. Vous connaissez cette histoire, hein ?  C’est une histoire célèbre.   Le troisième  personnage,  on l’appelle  le Samaritain,  parfois le bon Samaritain.  Alors il faut comprendre par-là que c’est un homme étranger,  et avec lequel il ne faut pas avoir de contacts.  Parce que il est tellement étranger,  tellement étranger à notre foi,  à nos coutumes qu’il ne peut apporter que du malheur…   Alors voilà, cet homme, il  passe  et qu’est-ce qu’il fait cet homme ? Il s’arrête.  Alors il s’arrête  et  il va être extrêmement généreux envers cet homme roué de coups. Et vous savez ce qu’il fait, hein ?  Tellement qu’il est généreux,  il va prendre tout ce qu’il a pour lui,  pour le soigner.  Il le monte sur sa monture et il l’emmène à l’auberge. 

 

Alors chers amis, peut-être que vous ne le savez pas  mais  puisque c’est la messe du mois de juillet et qu’il n’y a pas de messe au mois d’août,  à cette messe-ci,  moi je vais vous dire au revoir parce que je ne serai pas là  en septembre.   Il y aura un autre prêtre à ma place,  et pour tous les mois d’après.   C’est un peu ma dernière messe avec vous : ma dernière messe. Il y aurait eu une messe en août, je vous aurais dit au revoir en août mais,  c’est celle de juillet.

 

Alors je trouve que ce texte de l’évangile,  il est très bien  -  parce que ça me permet de dire que quand je suis arrivé,  il y a cinq ans  -  avec vous,  mais avec toutes les autres personnes  autour de vous,  j’étais quand même pas grand-chose.   Je découvrais,  vous m’avez accueilli,  vous m’avez fait découvrir,  on s’est fait découvrir  mutuellement plein de choses. Et alors dans ma vie de prêtre,  je sais que j’ai été  et  je serai sans doute encore,  comme ces deux premiers personnages : quand même hypocrites et égoïstes.  Je ne m’arrête pas là où il faut m’arrêter,  ça m’est arrivé,  ça m’arrivera,  ça m’arrive sans doute,  au présent.

 

Dans ma vie de prêtre, j’ai été comme l’homme au sol : c’est-à-dire que j’ai eu la grâce de rencontrer le Christ  qui  vienne me soigner jusqu’au cœur de mon péché,  voyez.  Il m’a emmené à l’auberge  Le Christ.   Il m’a emmené à l’église,  il m’a permis de découvrir le lieu où je peux connaître le salut et le pardon : l’auberge,  l’Eglise.

Voilà, avant d’être celui qui donne le pardon au nom de Dieu,  j’ai été celui qui a été pardonné,  qui y est encore.   Et,  j’espère que  pendant de ces cinq années,  j’ai été aussi comme la monture de cet homme  -  âne ou cheval  -  moi je ne sais pas.  Mais celui qui porte sur ses épaules,  sur son dos,  celles et ceux que le Christ rencontre et qu’Il vient soigner et  emporter à l’auberge.

 

Voilà, j’espère que j’ai été un peu tout cela et tout ceci,  d’une façon ou d’une autre,  plus ou moins  l’un ou l’autre personnage ; je circule autour de ces personnages-là  et  je rends grâce avec vous   pour ce que le Seigneur peut faire dans la vie d’une personne.

Eh bien je vous souhaite d’être pareil,  d’être  tout à la fois  -  alors je ne vous souhaite pas d’être très longtemps le prêtre et le lévite -  mais reconnaître que vous l’êtes et  que vous l’avez été,   d’être la personne au sol,  d’être aussi la monture. 

 

Reconnaître  que le Christ est venu vous chercher et  vous accompagner  jusqu’au cœur de l’Eglise pour vous apporter le salut.Et c’est ce que nous allons vivre avec cette Eucharistie.L’Eucharistie : c’est un peu l’auberge,  si vous voulez.  Là où nous allons  connaître tous, chacun,le temps du soin et  de la convalescence.

 

Amen


Jeudi 11 juillet 2019

Pr 2, 1-9

Ps 33

Mt 19, 27-29

 

Benoît,  originaire de Ombrie  - cinquième siècle, étudiant à Rome  -  entend cet appel de l’évangile à tout quitter - et il a donc - comme disent ses  hagiographes  « Gloire à quitter le monde ».  Il va trouver refuge dans une grotte de laquelle il  va passer quelque temps avant  d’aller ensuite au mont Cassin.  Il va connaitre  un rayonnement  avec la rédaction de sa règle  et  celles et ceux qui vont trouver en lui un maître spirituel,  permettant de vivre trois préceptes de celles et ceux qui quittent tout,  à cause du Christ :

 

Le premier : c’est de suivre le Christ  -  premier précepte.   Le deuxième : c’est ne rien préférer à l’amour de Dieu. Le troisième : c’est marcher d’un cœur libre et joyeux  sur les chemins des commandements.

 

Ces trois préceptes font  -  pour celles et ceux qui les  vivent,  on peut les appeler  des disciples, on peut les appeler des moines,  des moines dans leur cœur  -  n’empêche que c’est le chemin des Béatitudes.  Et que tous ceux qui veulent vivre dans leur état de vie tel qu’il est,  comme baptisés à la suite du Christ peuvent trouver dans la règle de St Benoît un chemin concret de mise en application de l’évangile.

 

Cela rappelle à tout le monde que,  une règle de vie est toujours précieuse,  même si nous sommes baptisés.  Se la donner,  pouvoir vérifier avec quelqu’un  si cette règle correspond   et   en mesurer les fruits est toujours source de très grande joie et  de liberté.

 

Alors  qu’en  cette fête  -  St Benoît est devenu patron de l’Europe,  co-patron de l’Europe en mille neuf cent  soixante-quatre  - qu’ en cette fête de Saint Benoît,  nous puissions nous redire quelle règle de vie,  quelle garde à mon cœur,  j’adopte,  pour pouvoir suivre  le Christ  de manière joyeuse et libre.

 

Amen


Mercredi 10 Juillet 2019

Gn 41, 55-57 ; 42, 5-7a. 17-24a

Ps 32

Mt 10, 1-7

 

Voilà  les douze fils de Jacob ont recours en cette période de très grande famine  -  dans cet extrait de la Genèse  - aux réserves de blé que l’on trouve en Egypte.  L’un des fils y est déjà,  vous connaissez sans doute l’histoire de Joseph.  Ses frères voulaient l’éliminer,   il y avait de la jalousie.Ils  ne pensaient pas qu’ils allaient le retrouver.  A cette étape-là du récit,  ils ne l’ont pas encore reconnu, mais Joseph a reconnu ses frères.  Il pleure à l’écart,  Joseph  lui qui a reconnu ses frères   et qui a compris. 

 

Cela devrait sans doute nous faire penser à Pierre,  qui pleure amèrement alors qu’il a trahi Jésus.  Simon Pierre,  le premier des douze.  Douze apôtres choisis par Jésus, pour rénover les douze tribus d’Israël ; chacune venant de l’un des fils de Jacob,  justement  ces fils  qui partent en Egypte.

La famine du temps de l’Egypte  se retrouve dans la bouche de Jésus.  Il y a beaucoup d’hommes, beaucoup de femmes  qui sont pris d’esprits impurs,  de maladies,  d’infirmités   et  il y a besoin de pasteurs,  les brebis sont perdues. Si nous étions dans l’évangile de Jean,  on pourrait sans doute entendre  -  j’imagine  -  que Jésus dise qu’il a beaucoup d’aveugles,  aveuglés par leur péché.  Péché qui trouve son origine au fond, dans cette jalousie  originaire : il y a celle du démon,  il y a aussi celle des frères,  fondateurs des douze tribus d’Israël.

 

Et sur votre route : « Proclamez que le royaume des cieux est tout proche. »

Le troisième mystère lumineux du rosaire : proclamation du Royaume.   Il est tout proche,  il est même complètement présent en Jésus Christ : Lui qui va prendre la place de Joseph,   Lui qui va être le frère livré,   Lui qui va être le Fils du propriétaire de la vigne  qui va être livré   Lui   aussi  par jalousie.

Il va s’offrir pour réconcilier,  pour restaurer,  pour enlever le péché,  pour faire recouvrir la vue.  

C’est par Jésus - nous le croyons - que nous retrouvons cette santé  de l’âme et du corps,  que toute maladies et infirmités sont chassées. 

Nous voyons que les apôtres d’hier - comme ceux d’aujourd’hui  - ont à inscrire leur vie  dans Jésus qui s’offre.

 

A  présenter leur  propre vie  toute nue,  leur fragilité  et  leur péché  et   à donner confiance  à quiconque  de vivre cette même démarche  d’offrande  au   Fils,  Lui qui  restaure  toutes  choses.

 

Amen


Mardi 9 Juillet 2019

Gn 32, 23-32

Ps 16

Mt 9, 32-38

 

Ce petit texte de l’évangile est un texte de transition.  Tout de suite après,  Jésus  va appeler ses douze apôtres.  Après avoir fait  le constat que,  il y a peu d’ouvriers à la moisson.

Je vous invite à contempler cette foule qui est dans l’admiration,  ces pharisiens  qui sont incrédules   et Jésus qui est saisi de compassion.  Je vous invite à circuler entre chacune de ces personnes, ces groupes de personnes :   l’admiration des uns,  l’incrédulité des autres,  la compassion de Jésus.   Et prenez  conscience,  que chacune de ses expressions nous renvoie tous,  au manque fondamental qui habite tout humain.  Si les foules sont dans l’admiration,  c’est  qu’elles voient ce qui leur manquait   -  mais  qui bientôt  -  va leur manquer à nouveau. 

 

C’est que les pharisiens ne sont pas près d’accueillir ce plus,  ce plein. Et que Jésus Lui-même ne cesse de remarquer ce qui manque : il faudrait  des bergers. Et au fond, saisis par ce manque fondamental, peut-être en retour  - nous oserions mettre le doigt sur ce qui fait manque dans notre propre vie.

Et c’est là que ce  génial texte de Genèse est intéressant,  au fond,  la  grâce  est extraordinaire. Alors on voit le combat de Jacob avec ce personnage mystérieux.  Au fond, Jacob fait l’expérience  du mystère  de Dieu.  

Ces manques qui nous habitent et  que nous constatons autour de nous, nous provoquent à faire l’expérience du mystère de Dieu. Pas toujours en plein  mais en creux.  Parfois on peut faire l’expérience du mystère de Dieu par la saturation de notre vie spirituelle.  Tout va bien, on ressent, on Le ressent, on est dans la louange profonde : nous sommes touchés.  Mais il y a aussi le contraire,  on peut faire l’expérience du mystère de Dieu dans le vide….« Je ne ressens rien…  je ne suis pas touché…  je ne suis pas saturé. »

 

En tous les cas, la dernière injonction de Jésus dans l’évangile nous rejoint : « Priez ! »

 

Amen  


Dimanche 7 Juillet 2019

Is 66, 10-14

Ps 65(66)

Ga 6, 14-18

Lc 10, 1-12. 17-20

 

Chers frères et sœurs,  je vous propose que nous nous arrêtions quelques instants sur cet extrait de Paul : la lettre que Paul adresse à sa communauté des chrétiens de Galatie,  province romaine à l’époque de Paul.  Il écrit : « Ce qui compte, ce n’est pas d’être circoncis ou incirconcis, c’est d’être une création nouvelle. »

 

Alors cette phrase peut nous paraître bien étrangère à notre culture contemporaine,  notamment chrétienne,  parce que la pratique de la circoncision rituelle n’existe pas pour nous.  Et pourtant Paul en parle.  Je redis ce que nous disons  parfois au catéchisme : Paul était juif,  Jésus l’était,  les disciples l’étaient  et les tous premiers chrétiens l’étaient ou bien étaient païens.  Mais une bonne quantité d’entre eux étaient juifs au moment de leur conversion, de leur baptême. Cette entaille dans la chair était une prescription rituelle de la loi de Moïse, qui est aussi appliquée par les juifs aujourd’hui et les musulmans.  C’est une marque qui dit notre appartenance à un groupe. Pour Paul,  on n’a plus besoin d’entaille dans la chair pour manifester une appartenance.  Pour Paul, il y a toujours une appartenance, c’est non pas à un groupe mais à une personne :   le Christ. Il n’y a plus besoin de marque dans la chair, car selon lui,  cette appartenance se voit ; sans que nous soyons obligés de faire un tatouage ou même de porter une croix autour du cou, à la rigueur. Cette appartenance se voit.  Pourtant Paul dit : « Je porte dans mon corps les marques des souffrances de Jésus. »  Quelles sont ces souffrances pour lui ?  Est-ce sa circoncision ?  Non, il l’a été, je vous l’ai dit,  mais  pour lui  désormais appartenir à Christ,  c’est bien supérieur à cette question-là.   

 

Parce que Paul  appartient à Jésus, il a décidé de poser sur son cœur une garde,  une garde. Pour pouvoir en lui,  mettre  à l’écart de lui, à distance de lui,  tout ce qui est peur, violence, méchanceté,  et pouvoir préserver son cœur à la présence toute aimante de  Celui  qui le premier l’a aimé : le Christ.  Et cette garde c’est comme une porte,  c’est comme une frontière,  c’est comme une ligne rouge,  qui viendrait protéger Paul de tous les excès.  De tout ce qui serait en lui comme prédation, dévoration.  Donc,  Paul mettant cette garde sur son cœur choisit le  bien,  il choisit l’amour,  il choisit d’être un agneau,  il choisit de ressembler  à Christ.

 

Mais cela c’est coûteux.  Cela ne va  pas de soi, car si autour de lui,  il n’y avait que des agneaux,  que des gens qui étaient dans l’amour et dans la modération,  s’il n’y avait que des gens qui portent sur leur cœur une garde ;  eh bien cela signifierait  que tout le monde appartiendrait au Christ  mais cela signifierait aussi que,  il n’y a plus besoin d’appartenir au Christ.  Le monde serait définitivement,   au fond - comme,  pourrions-nous dire -  sauvé.  Mais ça n’est pas le cas  parce que,  en Paul  comme en nous,  sommeillent  des loups tapis en embuscade et  pour pouvoir s’en protéger,  il faut cette garde.   Et rien au monde ne doit nous faire lâcher cette garde,  baisser cette garde.  Rien au monde ne doit faire en nous, oublier qu’il y a une sorte de porte à protéger : celle du cœur.

Alors cela peut provoquer souffrances dans la vie d’un homme,  cela peut provoquer souffrances.  Mais cela provoque aussi beaucoup de joies.  Et pour un chrétien, cette liberté qu’il revendique vient de cette garde-là.

 

« Je porte dans mon corps les marques des souffrances de Jésus. »  Alors sans qu’ils aient des entailles dans leur chair, ça peut être par exemple  ce que vivent,  chers amis,  celles et ceux qui au milieu d’une communauté chrétienne, eh bien  ce  sont des personnes consacrées,  celles et ceux qui ont fait vœu des conseils évangéliques.  On les appelle  des religieux, des religieuses,  ça peut être des prêtres,  ça peut être des moines,  ça peut être des laïcs  qui ont fait vœu de pauvreté,  de chasteté et d’obéissance.  Certains parmi vous pourraient penser que ça ne mange pas de pain, ce n’est pas très grave.  Que ces personnes font ce qu’elles veulent,  qu’elles sont très libres. Mais si elles le vivent - d’abord c’est parce qu’elles en ressentent un appel -  mais c’est pour qu’elles soient signe : que, appartenir au Christ,  ça puisse se voir et ça se traduit en des choix concrets.   Très concrets. 

 

Personne ne peut dire : « j’ai une garde dans mon cœur »   si ça ne se traduit par aucun choix  déterminé  et concret dans sa vie.  Si au milieu de nous il y a des personnes qui vivent ces conseils évangéliques,  c’est pour nous rappeler : «  Et toi ?   Tu en es où dans la garde de ton coeur ?   Quelle est ta ligne rouge ?  Comment fais-tu pour te prémunir de ces loups tapis  en embuscade ?  Comment fais-tu pour t’attacher à Christ ?   Est-ce que c’est  uniquement dans le huis clos de nos assemblées du dimanche que tu es attaché au Christ ?   Ou est-ce que c’est chaque jour ?  Quelques soient les circonstances et les lieux ?Est-ce que tu es un chrétien sociologique  comme on dit  ou est-ce que tu es un chrétien pratique ?  Attaché au Christ ?   Quelle est ta garde ?   Quelle est la marque dans ton cœur ?   Quelle est ta ligne rouge ? » 

 

Frères et sœurs,  la réponse à cette question ne demeure dans aucun livre.   Chacun d’entre nous pose   sa   garde.   Chacun d’entre  nous est doté de   son   cœur   et de sa   liberté.  Et  chacun connait sa ligne rouge  et chacun sait où se situe ses loups tapis en embuscade.

Si nous regardons l’évangile,  Jésus ne nous promet pas d’être des agneaux au milieu des agneaux,  hein ?  Il nous envoie comme des brebis au milieu des loups.  Il ne nous dit pas : «  Y a pas de loups. »  Il ne nous dit pas : « Vous ne rencontrerez  jamais de loups. »  Non !  Vous êtes comme des brebis au milieu des loups. Alors celui qui n’a pas envie d’être brebis au milieu des loups,  il y a deux solutions :   la première  c’est qu’il ne vive  pas en chrétien.  Miraculeusement,  il verra que vont disparaître tous les prédateurs autour de lui parce que il va le devenir lui-même,  il va rentrer dans la meute,  il va quitter le troupeau. Quand on est au milieu de la meute, on est comme  protégé : première solution.

 

Deuxième solution : on peut se cacher, s’enfermer dans une pièce.  Mais cette fois-ci, ce ne sont pas les loups de l’extérieur  qui peuvent être une menace mais ceux qui sont en moi,  ils  se réveillent. Qu’est-ce que je vais en faire ?   Je n’ai pas d’autre solution alors,  que d’exercer ma liberté  et m’attacher à ce point ferme,  fixe,  solide,  qu’est le  Christ. Il est agneau aussi  le Christ,   Il est l’agneau de Dieu.   Lui aussi,  Il est agneau au milieu des loups. Mais Il a vaincu les loups.

Quand le prêtre présente l’hostie devenue pain : Corps  du Christ  fractionné,  il dit : « Heureux sommes-nous au repas du Seigneur,  voici l’Agneau de Dieu. »   Et  que nous répondons : « Nous ne sommes pas dignes de te recevoir. » Eh bien, le prêtre en présentant l’agneau de Dieu, il dit : voici Celui qui a  vaincu les loups. Et qui réalise ce que dit l’évangile de Luc : « Absolument rien ne pourra vous nuire. »   Vous ne franchirez pas vos lignes rouges.  Votre cœur sera préservé.   Et même si quelqu’un touche à la dignité,  à l’intégrité de votre corps,  vous demeurerez  fermes et solides,  parce que,  attachés à moi,  personne ne peut vous nuire.   Oui il y a  des brebis qui sont mangées par les loups. Combien de frères sont morts à  Pâques au Sri Lanka ?   Ils fêtaient la Résurrection,  des loups leurs sont tombés dessus.  Mais nous nous croyons dans la foi que rien ne peut leur nuire malgré tout.  Ce sont des frères du ciel.  Et l’Eglise va naître et renaître au Sri Lanka. Nous le croyons.   

 

Frères et sœurs : être attachés à Christ,  c’est cette exigence de demeurer vivants,  fermement enracinés  sur Celui  qui nous promet que rien ne pourra nous nuire si nous vivons de Lui, désarmés comme un agneau. Un chrétien n’est pas un guerrier. Un chrétien ne vainc pas les loups avec ses propres forces. Un chrétien ne va pas lui-même faire la guerre. Un chrétien,  c’est d’abord  celui qui est spirituel.  Attaché  à  son  Seigneur  le Maître,  l’Agneau et  le  Berger.

Amen


Vendredi 5 Juillet 2019

Gn 23, 1-4. 19 ; 24, 1-8. 62-67

Ps 105

Mt 9, 9-13

 

Cet appel de Lévi  et  ces nombreuses paraboles  qui sont dans l’évangile,  qui mettent en scène des pêcheurs,  nous rappellent que celles et ceux qui partagent le pain  au moment de l’Eucharistie,  sont appelés à être ce qu’ils sont en vérité : c’est-à-dire des pécheurs.Ceux qui partagent le  pain ne sont pas celles et ceux qui se croient déjà  purs  ou  arrivés, ou  déjà rassasiés. Mais ils se reconnaissent comme affamés.  Ils ne veulent plus manger leurs frères  mais ils savent que,  ils peuvent manger leurs frères  ;  alors ils décident de manger  un unique pain  qui est  l’Agneau,  qui est  le Pain offert,   la  Vie  donnée :   le Christ.

 

Et c’est ainsi que l’Eglise doit se concevoir,  comme des pécheurs en marche,  en route   à la suite de ces pauvres des Béatitudes,  ils  se mettent en route pour laver leur robe dans le sang de l’Agneau.A ces pécheurs  il  faut une robe,  un vêtement de noces ; un peu comme dans cette  autre parabole  des invités au festin.   Pour pouvoir prétendre manger ce pain,   il ne faut pas être n’importe quel pécheur,  mais un pécheur qui a le  désir  du  repentir. Cette Eglise-là  est l’épouse  et  elle  a  besoin d’être appelée  vers son époux,  si nous relisons la première lecture de cette épouse qui est cherchée au loin pour Isaac.

On peut nous dire  que l’épouse  c’est l’Eglise : c’est nous.  Et ce  fils : c’est le Christ,   Il a besoin de se fiancer à son épouse. 

 

Cette épouse n’a pas besoin d’être toute belle,  elle  a  surtout besoin d’avoir de l’huile dans sa lampe.   Et cette huile, c’est les mains ouvertes,   le cœur nu   et  cette  faim   de  celui  qui reconnait qu’il ne peut être nourri que par ce Pain.

 

Amen


Jeudi 4 Juillet 2019

Gn22, 1-19

Ps 114

Mt 9, 1-8

 

Voilà ce texte est très beau et très connu,  je vous invite à être attentif à la fin :l’injonction de Jésus  à cet homme : « Rentre dans ta maison. »   Et le texte précise : « Il se lève  et rentre dans sa maison.»

Notre maison  -  non pas celle de pierre ou de bois  - mais  notre lieu propre,  notre vie intérieure  qu’on appelle parfois notre cœur,  notre âme ;  c’est le lieu où nous demeurons et que nous avons perdu depuis le péché des origines.  Notre vie n’est jamais qu’une quête, en direction de ce lieu,  de cette maison.  Quand nous n’y sommes pas encore,  on peut être comme cet homme : paralysé  ou bien aveugle, il y en a d’autres sur la  route, ou bien lépreux encore.  Pécheurs de toutes sortes,  sont celles et ceux qui demeurent à l’extérieur de leur maison.

 

Jésus permet à cet homme de réintégrer sa maison, avec sa civière.  Ce n’est pas sans lien avec la rencontre de Thomas et  Jésus ressuscité.  Thomas est réintégré  alors qu’il découvre les plaies qui sont autant celles du Crucifié  que les siennes propres, sa civière.

Je vous propose une déclinaison : trois types de baptisés.

 

Celles et ceux qui essaient de retrouver leur lieu,  leur maison en atténuant les brûlures des passions,  par la rosée céleste de la grâce. Le deuxième type de baptisé sont celles et ceux qui cherchent à réintégrer ce lieu en ayant un cœur tout entier contrit,  humble, un peu comme cet homme paralysé qui se fait pardonner ses péchés.  Ceux-là ont un cœur tellement mis à nu devant leur Seigneur,  que cette rosée céleste devient comme un pain.  Un pain des anges,  ils deviennent pain,  ils se nourrissent du pain,  le Corps du Christ.Ils s’identifient à Celui qui est à la fois  l’agneau offert  et  la nourriture. 

 

Le  troisième type d’homme : celles et ceux qui sont baptisés  ont une  humilité et une confession de leur cœur tellement grande dans l’Esprit.   Ces baptisés-là sont rares.   Ils sont donc tout entier  identifiés à Jésus.  Ils ne sont plus le pain,  ils sont sans doute l’agneau.  Et  ils se laissent comme Lui guider par le bon berger.

Amen


Mercredi 3 juillet 2019

Ep 2, 19-22

Ps 116

Jn 20, 24-29

 

Thomas est une figure type du disciple qui nous conduit vers la vie intérieure, dans l’Esprit Saint.  Certes,  on ne voit pas Thomas  priant ou Thomas être seul  -  mais ce qui chez lui marque l’attention  -  va apparaître au moment du dernier repas de Jésus et puis là, au moment de la résurrection ( huit jours après la résurrection)  -  dit au fond tous les symptômes de quelqu’un qui peine sur le chemin de la vie intérieure mais qui  néanmoins y est attiré.

La vie intérieure, la découverte de ce jardin -  qui est le jardin des origines   -  est perdu depuis ce péché des origines.  Du coup ce jardin,  cette vie est quêtée, elle est cherchée.  Et elle se transforme en une sorte de symptôme pour celles et ceux qui la cherchent en une volonté de voir  et d’être vu ; dans une volonté de rationaliser, de calculer, une volonté de prendre une grande place.

 

Et  Thomas  lui,  regrette de ne pas être avec les autres  au bon moment,  Thomas veut voir. Le Seigneur  Le  lui permettra.  Mais la sentence finale est forte : « Heureux ceux qui croient sans avoir vu. »

Pour ceux  qui cherchent sur le chemin de la vie intérieure,  la paix,   une seule chose comptera dans la durée,  Jésus  qui dit au moment du dernier repas : « Je suis le Chemin, la Vérité, la Vie. »

 

Un chemin, il faut du temps,  pour que progressivement le cœur qui recherche ce jardin intérieur cesse de vouloir  voir et  d’être vu,   et enfin  ose regarder ses propres blessures, ses propres plaies,   et finisse par intérioriser son Seigneur.  C’est un long chemin,  beaucoup peuvent s’agiter toute leur vie,  quêter les regards,  chercher la gloire.  Une seule chose peut être vue,  c’est son propre péché ;  le porter,  et  alors  trouver son Seigneur.

Sûrement Thomas l’aura ainsi trouvé,  mais pas que lui,  nous tous au fond,  si  nous voulons emprunter cette route avec Lui.   Cesser alors de vouloir croiser les regards,  être reconnu,  chercher à être vu, voir,  mais plutôt regarder son propre péché.  Et avec la grâce être rendu  dans son jardin où Dieu nous attend.

 

Amen


Mardi 2 Juillet 2019

Gn 19, 15-29

Ps 25

Mt 8, 23-27

 

Nous voyons dans cet épisode les forces du mal qui se déchaînent contre le Christ,  et contre ceux qui sont avec Lui dans la même  embarcation.  Nous voyons Jésus dormant.  Nous voyons la crainte de ceux qui sont avec Lui.  Et nous voyons Jésus se lever  et nous  Le  voyons  calmer les éléments.

Cet épisode peut illustrer ce qui se passe dans ce colloque intérieur  -  de tous ceux qui  habités par l’Esprit Saint  -  invoquent le Seigneur.  Celui qui n’est pas habité par l’Esprit Saint,  qui n’invoque pas le Seigneur : il est dans cette barque sans le Seigneur,  Il n’est même pas là dormant,   Il n’est pas là du tout.   Et les éléments agités ont raison de cette embarcation.

 

Au contraire, ceux qui sont mus par l’Esprit Saint dans ce colloque intérieur,  invoquent leur  Seigneur et  ils sont comme ses disciples  et  Pierre qui réveille  le Maître.

Tout homme qui invoque Son Seigneur et  est l’objet de sa puissance de Ressuscité,  ne se dit pas que le Seigneur dormait,  il se dit : « Tu étais là,  je ne Te voyais pas. »

Toute personne qui fait l’expérience du Christ ressuscité,  d’un passage  (comme Thomas par exemple, nous le verrons demain)   ne se disent pas à un moment : « Tu  n’étais pas là   et  à  un moment : Tu es là. »

Ils se disent : « A un moment, je n’étais pas là   et   Toi Tu étais toujours là. »

C’est l’expérience de Jonas,  c’est l’expérience d’Emmaüs   et  de tous ceux  et de toutes celles qui partagent  le pain  au nom du Christ.

« Tu étais toujours déjà là  mais  je dormais. »

 

Demandons à  l’Esprit Saint  de nous faire communier à  cette présence du Ressuscité.

Amen