Homélies du semestre

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Dimanche 23 septembre 

Sg 2, 12.17-20 : La vie selon les impies.

Ps 53

Jc 3,16- 4,3 : La vraie et la fausse sagesse. Contre les discordes.

Mc 9, 30-37 : Deuxième annonce de la Passion. Qui est le plus grand ?

 

Nous poursuivons dans l'Ancien Testament, ces lectures qui nous mettent sous les yeux ces figures (souvenez-vous, dimanche dernier) de ces personnages qui souffrent, qui semblent souffrir librement.

 Dimanche dernier, il était question d'un mystérieux serviteur souffrant dans le livre d’Isaïe, qui se laisse conduire docilement à l'abattoir et qui essuie toute la haine qui pleut sur lui, sans se dérober, aucunement.

Il est une figure (je vous l’avais dit, un peu) par anticipation, de ce qu’était Jésus, tel que nous le recevons dans notre foi (notamment, souvenez-vous, nous l’avions dit) au moment de la semaine Sainte.

 

Cette fois-ci, dans le livre de la Sagesse, il est question d'un juste (qui d'ailleurs, prétend être fils de Dieu) ; et là, on est plutôt du côté des adversaires qui veulent l’éprouver.

Essayons de rentrer, (si vous le permettez, au début de cette homélie), dans la signification de ce qui se passe.

 

Que se passe-t-il ?

Il y a des gens qui sont gênés par ce  que renvoie cet homme juste.

Alors, il dit qu'il est juste ou il paraît qu'il est juste ; il n'empêche que cette justice fait problème.

 

Ça dit quelque chose de notre cœur.

Vous savez que, dans notre manière de concevoir l'humain, nous les chrétiens, à la lumière de la Parole de Dieu, nous avons un cœur qui est fêlé  (vous le savez), depuis la Genèse et donc, nous allons voir deux choses comme les deux faces d'une même monnaie.

 

Première chose : nous voulons voir Dieu, nous avons ce désir d'absolu et d'unité en nous ; formidable !

Ces adversaires, dans le livre de la Sagesse, en éprouvant le juste : ‘si jamais le juste dit vrai, si vraiment il est fils de Dieu, alors ! Dieu va le délivrer’  donc ils verront Dieu, ces adversaires.

‘Je veux voir Dieu ; en persécutant son envoyé, je le verrai, moi, qui le cherche’.

Première face de la monnaie.

J'en conviens, (en regardant Nicole qui fait la moue), j'en conviens que peut-être, ce n'est pas une méthode qui nous paraît charitable.

Mais essayez de vous dépouiller de ce que vous avez reçu au catéchisme (ça n'obéit pas à la charité donc ce n'est pas bien : oui ! Mais…).

Les confessionnaux sont bourrés de messages qui ne sont pas bien.

‘Je veux voir Dieu, je tue son envoyé, je vois Dieu’.

Très bien.

 

Deuxième face de la monnaie : ‘ce juste m’embête car il me renvoie à moi-même, la justice que je n'ai pas, ce que je ne suis pas’.

Ça ce sont les phénomènes des cours de récréation en collège : je n'aime pas un tel parce qu’il a le sac que je n'ai pas,

il a la moustache que j'aimerais avoir;

elle a les chaussures que mes parents ne veulent pas m'offrir etc.

 

Deuxième face :

‘Je n'aime pas l'autre à cause de ce qu'il me renvoie de moi

de ce qu'il me renvoie de ce que je n'aime pas en moi,  qui me déplaît,

qui est insuffisant,

qui n'est pas à la hauteur de mes espérances,

de l'image que je me fais de moi-même.

Fort heureusement, on se fait des images assez positives de soi, sauf quand on ne s’en fait pas ; ça existe aussi : il y a des personnes qui ont une image bien d’elles- mêmes, (d’abord c'est tout à fait naturel ça aide à tenir le coup), mais il se trouve qu'il y a, dans notre environnement, il y a des lumières qui viennent de briser cette image que nous nous faisons de nous-mêmes.

Les justes sont de celles-là.

‘Je veux voir Dieu, je ne veux pas voir mon péché (si j'utilise un terme qui vient tout droit de l'Évangile).

C'est bon pour ça ?

Très bien.

 

On va passer à l'Évangile.

C'est exactement ce phénomène qui se passe entre les disciples : Jésus annonce pour la deuxième fois, sa Passion (dimanche dernier, il l’annonçait pour la première fois ; il l’annonce trois fois ; j’ai regardé dimanche prochain : on n’aura pas droit à la troisième fois).

Jésus annonce un moment important de son itinéraire, les disciples ne comprennent rien et ils sont entre eux, (vous avez bien entendu) à se quereller gentiment, pour savoir lequel d'entre eux faisait danser son ours, le mieux, devant tout le monde : "lequel d'entre eux était plus grand", lequel d'entre eux était finalement le plus enviable, d'une certaine façon.

Évidemment en s'y prenant comme ça, ça ne marche pas bien et on imagine ce qui peut se passer comme saint Jacques l’a dit dans sa lettre : une querelle peut survenir pour des raisons de jalousie ou de toutes choses, les disciples ‘se mettent dessus’ les uns contre les autres.

Voilà ce qui se passe.

 

Alors, je me suis amusé à lire dans l'Évangile, un certain nombre de prescriptions qui nous viennent de Jésus (qu'on a apprises au catéchisme) et qu'il est bon de mettre en application.

 Par exemple, quand on lit les Béatitudes, chez Saint Matthieu, on lit :

que c'est positif d'être pauvre en esprit,

que c'est positif d'être doux,

que c'est positif d'être dans l’affliction,

d'avoir faim et soif de la justice,

d'être un cœur pur,

un artisan de paix

ou d'être persécutés pour la justice.

Vous êtes d’accord ?

Ce sont les Béatitudes ; vous êtes d'accord ! (ça c'est autre chose) ; vous savez que c'est dans les Béatitudes.

Et ces valeurs positives : "heureux les pauvres de cœur, ils verront Dieu".

 

Là encore, je me suis amusé à aller plus loin dans l'Évangile, je suis allé de l'autre côté dans de l'Évangile, à la fin (Matthieu chapitre 25), ce que l'on appelle ‘le jugement dernier’ qu'on lira très certainement, vers la fin du temps ordinaire.

Il y a ceux qui ont faim,

ceux qui ont soif,

ceux qui sont étrangers,

nus,

malades

ou  en prison ; alors ça ce n'est pas positif de l’être, mais c'est positif d'aller à leur secours : c'est bien de donner à manger à celui qui a faim,

c'est bien de donner à boire à celui qui a soif,

qui est étranger, l'accueillir

celui qui est nu, l'habiller,

celui qui est malade, le soigner,

celui qui est en prison, le visiter.

 

Et je me dis : il y a trois grandes catégories de baptisés.

 

La première catégorie de baptisés, ce sont ceux qui n'entendent pas la Parole de l'Évangile et de toutes les façons, si jamais un jour, ils viennent au confessionnal, au mieux, ils diront : ‘je m'accuse de ne pas obéir à l'Évangile (pour faire bref).

Il faut que j'installe davantage la présence de Dieu dans ma vie’.

Il y a tout à faire, pourrait-on dire : ‘j'ai du chemin, je n'obéis pas.

Première catégorie, personne n'en est là, je crois.

 

Deuxième catégorie de baptisés : ce sont ceux qui vont dire : ‘j'essaie d'être un miséricordieux’: ‘j'ai été miséricordieux auprès de ma voisine, elle ne m'a jamais remercié, je ne comprends pas, pourtant je lui ai pardonné’.

 

‘Je suis engagé dans un mouvement au service de la paix et j'essaie d'en parler dans la communauté paroissiale et personne n'écoute, tout le monde s'en fiche.

Alors ça m’agace, ça m'agace, ça m'agace, ça m'agace.

Pourtant je fais ce qui est dit dans l'Évangile : je suis au service de la paix’.

 

‘Je visite des prisonniers et je suis tout seul ; toute la communauté s'en fout.

Voyez comment on est ?

Tout le monde se fiche de ce que j'essaie de faire ; je visite des prisonniers, c’est pourtant important : Jésus lui-même l'a dit dans l'Évangile’.

 

Je pourrais multiplier les exemples.

Vous voyez que le problème là, ce n'est pas tellement de faire mais : c'est de ne pas se taire, en fait ; c'est-à-dire de vouloir paraître ou de faire mousser autour de ce que l'on fait de notre obéissance à l'Évangile.

Je me fais mousser : ‘ma cause doit devenir la cause de tout le monde’.

‘Je suis triste (mais légitimement d'ailleurs, ce n'est pas du tout un effet de manche), je suis légitimement triste de voir que j'avance seul, dans l'effort qui est le mien et je n'arrive pas à entraîner avec moi d'autres et partager ma joie.

De même que j'ai du mal à me réjouir de ce que d'autres essaient de vivre à la suite de l'Évangile’ ; c'est la deuxième catégorie de chrétiens.

 

Les disciples, si vous voulez (si vous n'êtes pas complètement endormis) les disciples, dans l'Évangile que j'ai proclamé tout à l'heure, ils en sont là.

Ils suivent Jésus ; personne ne peut dire : ‘toi tu suis plus Jésus que moi’ ; ils sont tous dans le même groupe, (vous avez vu, dans le même !) mais ils se querellent parce qu'ils ne se reconnaissent pas les uns les autres, (on pourrait dire) à égalité : ils ont besoin de paraître ; c'est comme ça.

On revient à cette question de cette unique pièce de monnaie avec ses deux  faces : ‘j’ai soif de Dieu donc je vais écouter sa Parole mais je n'aime pas ce que les autres me renvoient de ma limite.

Ma limite c’est que j'aimerais que Dieu soit pour moi tout seul ou voire même, que je sois Dieu donc, qu'on fléchisse le genou devant moi-même, car je suis Dieu, tellement je le suis de près’.

C'est bon ?

Bien.

 

Il y a une troisième catégorie de chrétiens que nous sommes tous, en fait, en puissance.

On dira ça à la Toussaint ; on dira que nous sommes tous en puissance, la troisième catégorie de chrétiens : ce sont ceux qui suivent, qui font etc. les commandements, les Béatitudes, le Jugement dernier, toutes les autres prescriptions : ‘je te gifle sur une joue tu tends l'autre’ ; tu n'as pas besoin d'attendre qu'on écrive un article dans le journal pour en a parler etc… très bien ; ils font et ‘leur main droite ignore ce que donne la main gauche’,

‘quand tu pries, tu t’enfermes dans ta chambre’

 ou ‘quand tu jeûnes, tu mets du parfum sur ta tête’ ; ce sont ceux qui passent inaperçus et leur centre de gravité n'est donc pas dans l'interaction avec les autres (‘chacun faisant danser son ours dans le grand bal des dupes’) mais c'est plutôt au fond du cœur : ça s'appelle la prière, le centre de gravité est au cœur du cœur, cette respiration intérieure.

Je n'ai pas besoin d'avoir mon équilibre ; voyez un enfant qui apprend à marcher il tient les mains de deux personnes, une personne de chaque côté, pour le faire avancer ; non plus besoin ; c'est à l'intérieur que l'équilibre se fait : la prière du Fils qui prie son Père dans mon cœur.

C'est la troisième catégorie.

Nous le sommes tous en puissance, on avance là-dessus, on avance, on avance ; je vous rassure.

On en est progressivement.

 

Cet enfant que Jésus prend, il est merveilleux cet enfant.

On aura l'occasion d'en parler (parce que je dois vous avouer quand même que mon esprit étant tel qu'il est, meurtri comme plein d'autres : j'y ai vu tous les scandales de pédophilie qui traversent l'Eglise) : cet enfant accueillez-le comme il peut être accueilli avec  l'ensemble de la Bible.

 

Nabuchodonosor, ce grand roi babylonien dont on a donné le nom à une bouteille de champagne qui fait combien comme contenance ? 18 bouteilles de champagne.

Nabuchodonosor est un grand roi, ce grand roi babylonien n'était donc pas juif, il était idolâtre comme plein d'autres ; c'est-à-dire qu'ils étaient dans la deuxième catégorie de chrétiens (si vous voulez, il n'était pas chrétien non plus mais c'est bien ce phénomène de: ‘je contemple mon nombril’, c'est un peu ça ; ‘contemplez mon nombril, ça fait du bien’), un peu cette catégorie-là ; il était idolâtre.

Un jour, il façonne une idole et il ordonne à tout le monde de s’agenouiller devant elle.

Il y a trois enfants, trois enfants hébreux qui refusent.

Il y avait des hébreux dans son pays parce qu’ils avaient été déportés donc ils étaient en terre étrangère, exilés.

Trois enfants, peut-être encore typés, trois enfants innocents : ils refusent parce que leur Dieu n'est pas fait de mains d’hommes, ce n'est pas leur nombril, c'est ce Dieu vivant dans leur cœur.

Ils refusent.

Alors, il est furax Nabuchodonosor, mais un truc d'enfer et  pour le coup, tellement d'enfer, qu'il va ordonner qu'on creuse un trou et qu'on y mette une braise, d’une chaleur très très grande pour les brûler, les enfants (il était un peu fou dingue).

Il les y met, ils y vont et les enfants ne meurent pas et ils chantent : ils chantent la gloire de Dieu au creux de la fournaise.

 

Soyez comme ces enfants qui refusent l’idolâtrie.

Regardez plutôt les réalités d'En-Haut à partir de votre cœur comme cette troisième catégorie de chrétiens.

Jésus prend un enfant comme un exemple, il l’embrasse.

 

Amen.


Jeudi 20 septembre 

1Co 15, 1-11 : Le fait de la résurrection.

Ps 117

Lc 7, 36-50 : Le repas chez Simon.

 

Cette rencontre ressemble très fort à d'autres rencontres du même type, dans les Évangiles et pourtant elle est unique, unique chez Luc.

Je vous propose de la lire de s'être façon parce que cette rencontre est tellement belle qu'elle est quasiment inépuisable comme tout le texte de l'Évangile, d'ailleurs.

 

Je vous propose de considérer cette présence de cette femme, telle qu'elle est décrite à l'intérieur de la maison de Simon le pharisien ; considérez et cette femme et Simon le pharisien lui-même, comme ce que nous sommes : une personne toute entière, avec en nous-mêmes ce que l'on a coutume de dire parfois : ‘la tête et le cœur’, parfois aussi en reprenant des catégories plus classiques : ‘le corps et l'âme’.

 

Ce texte est commode : nous avons cette femme qui peut représenter en nous-mêmes cette dimension plus féminine,

plus sensuelle et désirante,

pleine de bonté et soucieuse de miséricorde (chez chacun, il y a cette dimension en lui, chez chacun, qu’on soit homme ou femme, d’ailleurs) ;

 puis cet homme, Simon le pharisien, pourrait représenter chez chacun d'entre nous, cette dimension plus masculine,

virile,

plus attachée à la justice et à la vérité,

plus hiératique comme parfois peut l’être, la vérité.

 

Tête et cœur, nous le savons, font rarement bon ménage.

Nous ne pouvons pas les séparer (sauf à couper la tête !) mais les personnes sont uniques, une ; nous ne pouvons pas les couper.

Combien de tensions, de recherches, de quêtes, de violences aussi, proviennent de cette difficulté à concilier ces deux dimensions : cette femme, cet homme.

Nous voyons bien d'ailleurs comment l’un juge l'autre et la présence de cette femme chez cet homme pose problème.

 

Et il y a Jésus.

Il va être touché par cette femme; il touchera autrement cette femme.

Beaucoup d'Amour engendrera beaucoup d'amour ; parce qu'il a été le premier à beaucoup aimer, cette femme va beaucoup aimer et dans l'intervalle, ce geste quasiment sacramentel (qui, très étonnamment, est donné par la femme elle-même) un contact, une onction va profondément pardonner.

 

Amour (je pourrais dire : aveu), pardon, amour.

Jésus va magnifier l'amour ; l'Amour de Jésus va magnifier l'amour de cette femme.

Cette dimension désirante et peut-être sensuelle de nos vies, de nos corps (nos corps eux-mêmes dans leur capacité à aimer), va être élevée par un Amour plus grand qui les précède et leur succède : c'est l'action du Verbe dans l'incarnation, Jésus qui vient visiter, Verbe, prendre chair dans la Vierge.

Il vient ainsi réconcilier l’humanité en sa chair, en elle-même.

 

Mais c'est aussi l'action du Ressuscité, lui qui descend dans nos profondeurs, aux enfers, vient nous libérer de tous nos liens ; il nous réconcilie.

 

Il ne vient pas couper et enlever cette femme ou virer ce pharisien ; il va accomplir ce geste de miséricorde qui va magnifier l'amour dans la maison de Simon le pharisien et inviter et l'un et l'autre à s'entendre, se respecter ; raison pour laquelle Paul va dire dans sa lettre aux Corinthiens qu'il faut croire en la résurrection car, ne pas croire en la résurrection a pour effet immédiat de séparer tête et cœur.

 

Amen.


Mercredi 19 septembre : St Janvier

1Co 12, 31-13,13 : La hiérarchie des charismes. Hymne à la charité.

Ps 32

Lc 7, 31-35 : Jugement de Jésus sur sa génération.

 

Peut-être que parmi vous, il y en a qui ne sont pas du tout amateurs de cimes, de hauteur, d'élévation ; il y en a qui préfèrent peut-être les plats pays, notamment ceux pour qui marcher ou faire du vélo est un peu laborieux ; alors puisqu'il faut faire de l'exercice, autant le faire dans des lieux qui ne sont pas trop éprouvants : alors on va privilégier la plaine d’Arcy ou la vélo-voie qui va de Troyes à Lusigny, parce qu'elle est toute horizontale.

Il y en a peut-être d'autres qui sont sensibles aux élévations, aux hauteurs qui permettent de mieux voir et le chemin parcouru derrière nous et mieux s'approcher des nuages et peut-être du ciel, se rapprocher de l'air un petit peu plus pur, par exemple.

 

Dans la scène qui est rapportée par Jésus, dans cet Évangile, on est vraiment au plat pays, c'est-à-dire une interaction entre des personnages qui jouent de leur influence les uns par rapport aux autres : ‘nous avons fait ceci, vous n'avez pas réagi, nous avons fait cela, ils n'ont pas réagi’.

Dans cette interaction entre ces personnages, il n'y a pas beaucoup d'amour, il n'y a pas beaucoup d’élévation, il n'y a pas beaucoup de cœur ; au fond, c'est le plus fort qui va gagner.

On se croirait dans une chronique de presse au matin, à la radio, pour savoir celui qui aboie le plus fort et qui donc du coup, se fait le plus entendre.

Il se peut parfois que nos communautés soient un peu ainsi, c'est-à-dire pas du tout élevées et c'est à celui qui va le plus influencer untel, untel, monsieur le curé ; eh bien, c’est celui-là qui va gagner ; celui qui joue le plus des coudes, qui est le plus beau, la plus belle, celui qui promettra monts et merveilles.

 

Or, saint Paul nous suggère une voie supérieure, il nous la recommande ; de toutes ses forces, il nous exhorte à la choisir : " recherche avec ardeur les dons les plus grands : foi espérance, charité", la charité lui semble plus grande encore : " je vais vous indiquer le chemin par excellence".

 

On se décolle de ce plat pays, des relations très horizontales telles qu’elles sont décrites dans l'Évangile, pour accéder à ce que Jésus appelle, lui, la Sagesse de Dieu : " la Sagesse de Dieu reconnue juste".

 

Une fois que j'ai dit tout ça en introduction, c'est pour se dire que nous sommes des vases d'argile et que nous avons au fond de nous-mêmes le trésor de l'amour.

Il est en culture, il est en germe.

Il nous appartient de demander qu'il grandisse, que cet amour-là croisse, que nous ne restions pas uniquement le nez sur nos vases d'argile mais que nous ayons les yeux sur ce qu'il contient, ce vase : cet amour.

 

Notre prière intérieure devrait être continuelle ; au lieu de se tâter le pouls à chaque instant, plutôt prier le Père du Ciel, en Jésus : ‘fais grandir en moi l'amour,

fais grandir en moi l'amour,

sois l'amour dans ma vie : que j'aime comme tu aimes’ ; voilà ce que devrait être notre prière au lieu de s'angoisser,

au lieu de se morfondre dans nos vases d'argile.

 

Le démon, d'ailleurs, est toujours heureux quand nous regardons nos vases d'argile mais " la Sagesse de Dieu est reconnue juste"  par ceux qui regardent le contenu : ce germe d'amour qui est appelé à croître.

Notre prière doit être en permanence cela, un désir, un désir de grandir dans l'amour.

 

Vous savez que les gens riches, plus ils sont riches, plus ils veulent être riches parce que ça ne leur suffit jamais ; ceux qui ont très soif, ils tombent sur une boisson excellente, (alcoolisée ou non) et du coup, ils ont de plus en plus soif.

Eh bien, nous devrions être la même chose avec l'amour : être touchés par lui et vouloir grandir par lui et en lui.

 

D'ailleurs, méfiez-vous, parce qu’à regarder le contenu (ce germe d'amour qui est appelé à croître pour prendre un petit peu de hauteur), vous risquez de reconnaître votre indigence ; non pas votre vase d'argile mais votre indigence, c'est-à-dire votre soif.

Faites attention parce que à demander d'aimer, vous risquez de vouloir aimer (c'est la meilleure chose que l'on puisse espérer, peut-être) mais c'est vertigineux, ça ne s'arrête plus jamais.

 

Amen.


Dimanche 17  septembre 

Is 50, 5-9a : Troisième chant du Servteur.

Ps 114

Jc 2, 14-18 : la foi et les œuvres.

Mc 8, 27-35 : Profession de foi de Pierre. Première annonce de la Passion.

Conditions pour suivre Jésus.

 

Chers amis, en plein milieu du mois de septembre, alors qu'il fait encore bien beau, nous avons des textes (qui nous sont proposés) qui ressemblent beaucoup à ce que nous entendions fin mars, début avril, c'est-à-dire autour de la fin du Carême, la semaine Sainte (je ne sais pas si vous avez fait attention !).

 

Première lecture, le livre d’Isaïe (c’est un très grand livre, épais, épais, plus de 50 chapitres, dans l'Ancien Testament) ; pour nous les chrétiens, (nous l'avons dans notre Bible évidemment), ce livre-là, est lu plein de fois dans l'année, dans la liturgie.

Ces textes, nous les interprétons  nous, avec nos oreilles de chrétiens : par exemple, quand nous sommes réunis pour fêter Noël, (la messe de la nuit), nous avons en première lecture, un texte qui nous dit que : ‘la lumière se lève et que le messager de paix arrive’ ; alors, nous l'accueillons comme la venue de Jésus et en fait, c'est un texte d’Isaïe, plusieurs siècles avant la venue de Jésus.

 

Là, dans ce que nous avons entendu aujourd'hui (si vous avez fait attention), nous avons une sorte de monologue : un personnage, un mystérieux serviteur (parfois quand on va lire dans nos Bibles, il y a des titres et parfois ce mystérieux serviteur  est appelé ‘serviteur souffrant’), il a laissé plusieurs textes dans le livre d’Isaïe.

On ne sait pas trop qui sait, peut-être est-ce le prophète lui-même mais il n'a pas de nom dans les textes.

Et alors, il souffre, c'est pour cela que l'on dit : ‘serviteur souffrant’ mais c'est très étrange parce qu'il dit qu'il est livré à l'appréciation des hommes,

à la vindicte populaire,

que sa vie est en danger,

qu'il en a bien conscience

et qu'il ne se dérobe pas à la violence.

Voilà, personnage étrange, on pourrait l'imaginer se cacher,

se protéger, on ne sait pas pourquoi d'ailleurs, il est à ce point en danger ; et un texte comme celui-là, nous l'avons entendu (souvenez-vous) pendant la semaine Sainte : Rameaux,

semaine Sainte,

Passion ; et là, on le ré-entend  aujourd'hui et c'est pour ça que ça nous fait penser un peu au printemps alors que nous ne sommes pas loin de l'automne.

Navré.

 

Question de violence, de mort, de souffrance ; ce serviteur ne se dérobe pas,

il ne se cache pas,

il ne va pas se protéger,

il va endurer ce qu'il pressent ; il aura eu raison de le pressentir parce qu'il va souffrir.

D’ailleurs, dans un des textes, il dit de lui-même : "il est comme un agneau livré, conduit à l'abattoir".

C'est une des raisons (mais pas seulement pour celle-là) qui nous font penser que Jésus est l’Agneau de Dieu ; (mais c'est aussi une parole de chez St-Jean).

 

L'Évangile ; voyez le contexte : (vous me suivez toujours ? pour l'instant c'est l’explication de texte ; vous allez voir ça va décoller dans pas longtemps) Jésus est avec ses disciples.

Et d'abord, il pose une question : ‘pas pour vous, mais pour les autres : qui suis-je ?’

 

 Les disciples vont rapporter ce que les gens disent : Élie, par exemple (c'est pas mal Elie ; Élie, c’est un grand prophète de l'Ancien Testament).

 Jésus aurait pu être Elie parce que, pour nos amis juifs, (comme on le lit dans le livre des Rois, dans l'Ancien Testament), Elie est parti vivant au Ciel, vivant ; alors nos amis juifs pensent qu'Elie va revenir vivant, puisqu'il n'est pas mort.

 Alors Jésus pourrait être Elie.

Moïse : pourquoi pas ?

Oui ! c'est quand même quelqu’un  important ; il est à l'origine de l’Alliance et il a libéré le peuple en le faisant traverser la mer rouge et traverser le désert.

Vous savez que ces deux personnages, on les voit côte à côte avec Jésus à un moment donné ; savez-vous où c'est ? (ça c'est pour réveiller) savez-vous où c'est et quand ? Moïse, Elie, avec Jésus côte à côte ?

S’il y en a qui prient le rosaire, c'est un des mystères lumineux du rosaire : la Transfiguration, pour dire quand même que ce sont des personnages majeurs.

‘Alors tu pourrais être celui-là ou celui-là aux dires des gens ou un prophète’.

 

Bon très bien, mais alors maintenant, toujours aux disciples : "et vous ? "

Bonne réponse de Pierre : "tu es le Messie" c'est-à-dire :

tu es mon étoile dans le ciel,

tu es mon soleil,

tu es mon amour,

tu es mon Dieu,

tu es celui que mon cœur aime,

tu es celui que je désire et que j'espère,

tu es celui qui est annoncé.

Mesdames, ça serait l'équivalent de bien mieux que vos maris ;

messieurs, ce serait l'équivalent  de bien mieux que vos épouses ;

c'est bien mieux que le meilleur président qu'on aurait jamais eu sur terre,

bien mieux que tout ça : tu es celui-là,

tu es annoncé,

tu es venu,

tu es là,

tu es devant moi,

tu es le Messie.

Bonne réponse.

 

Sauf que Pierre s'est fait prendre ; ses pieds sont rentrés dans les plis du tapis : il tombe, Pierre.

Pourquoi ?

Parce qu’un peu de manière prétentieuse, le brave Pierre qui vient de dire que Jésus était tout ça, il veut prendre le dessus : ‘il ne t'arrivera pas tout ce que tu annonces ; ce n'est pas possible !

-Mais si tu viens de dire que j'étais pour toi, tout, pourquoi veux-tu être au-dessus de tout? Comment est-ce possible ?

Puisque tu viens de dire que j'étais ton amour, comment peux-tu être par-dessus ? Ce n'est pas possible !

Si je suis tout pour toi, pourquoi veux-tu être par-dessus moi ? Au-dessus du tout ?

 

 Alors là, on est piégé, on ne sait plus quoi dire.

Pierre vient de dire que Jésus était le maximum pour lui et Jésus lui a répondu : ‘oui, mais je dois mourir ;

je suis ton étoile dans le ciel mais je vais m'éteindre ;

je suis ton soleil mais je vais m'éclipser ;

je suis le meilleur que tu puisses imaginer mais je vais me ternir et me faner;

je suis la plus belle rose mais on va me couper.

Je ressusciterai.

Pierre : ‘non ! Ce n'est pas possible ! Ce n'est pas possible !’

 

Alors je vous envoie deux exemples : pour celles et ceux qui se sont mariés, parmi vous, quand vous vous êtes mariés à l'Eglise, quelles ont été vos paroles au moment de l'échange des consentements ou bien ce qu'aurait dit le prêtre au moment de la réception des consentements ?

Vous vous souvenez de votre engagement au moment du mariage ?

Ce fameux ‘oui’ que vous vous échangez, il est assorti de quelle prescription ?

‘Dans le bonheur, dans les épreuves ;

dans la santé, dans la maladie ;

pour tous les jours de ma vie’.

Je suis tout pour toi et en même temps, je mourrai (avant de ressusciter le troisième jour !)

 

Un autre exemple : des enfants KT ; tout leur cœur (pour dire que le KT c'est pas mal, parfois, quand même) tout leur cœur déposé en Jésus : ‘je veux faire ma première communion et même si mes parents le veulent, je veux faire aussi ma profession de foi’ ; c'est pour dire !

Arrive la classe de sixième (c'est la classe de la profession de foi, remarquez !), première contradiction dans la cour de l'école :

-‘t'es chrétien toi, je t'ai vu un jour !

….euh !

Oh làlà !la fillette ! il est chrétien !

…Eh ben ! euh…

Et ben si, tu es chrétien !

 

et puis !Jésus, il était tout pour moi, tout pour moi ! contradictions !

Mon étoile dans le ciel s’éteint ; non seulement parce que être ami de Jésus, cela ne m'a pas protégé et que je me rends compte que ce n'est pas tout sur terre.

 

Alors, qu'est-ce que je vais faire ?

 

Alors ça, c'était des explications de textes ; maintenant je peux décoller ?

C'est bon ?

Vous suivez ?

 

La parole de Dieu aujourd'hui, nous invite à revisiter notre liberté : il n'y a pas d'amour sans liberté.

On est souvent des chrétiens de la tête (voyez-vous !) : on sait des choses ; on a des opinions d'ailleurs, aussi ; on nous a enseigné des choses que nous avons bien mémorisées dans la tête et on s'autorise à penser des choses (on est tout à fait bon là) au nom de notre foi; la synthèse que nous faisons dans notre tête.

 

Mais la rencontre entre Pierre et Jésus nous invite à être des chrétiens du cœur : de passer de la tête au cœur c'est-à-dire de l'intelligence, du savoir à la foi, l'amour et ce n'est pas possible, s’il n’y a pas la liberté.

Et la liberté, voyez-vous, ça ne se décrète pas ; il faut que nous ayons beaucoup de respect les uns par rapport aux autres : il y a des personnes qui sont libres et qui ont durement acquis cette liberté

et d'autres qui ne le sont pas encore et qui pourtant peinent et cherchent à l'avoir, cette liberté ;

il y en a qui pensent l’être et qui ne le sont pas.

 

Cette liberté est précieuse, pourquoi ?

Parce que je ne peux pas aimer dans la souffrance si je ne suis pas libre, ce n'est pas possible; je ne peux pas aimer dans la souffrance et je ne peux pas aimer jusque-là si je ne suis pas libre ; ce n'est pas possible.

 

Si nos ados, à un moment donné, font une crise c'est qu'ils se rendent compte qu'il leur manque la liberté, pourtant, ils la revendiquent.

Il leur manque cette liberté, ils en ont bien conscience, d'ailleurs ; c'est pour ça que c'est la crise.

 

Cette liberté, ça se cultive,

ça mûrit,

ça ne se sollicite pas (on ne peut pas tirer dessus comme sur le poireau), ce n'est pas possible ;

il faut que ça pousse et donc nous sommes appelés à être des chrétiens qui quittons  nos sécurités,

nos raisonnements pour passer au cœur et ça c'est un don, ça se demande,

ça se travaille,

ça se cherche : "qui demande, trouve ; à qui frappe, on ouvre la porte".

 

Pour que notre amour aille jusqu'à l'amour du Fils et cet amour du Fils est un amour qui va aller jusque sur la croix.

Mais je vous ai dit : ça ne se juge pas.

 

Combien de personnes qui, au nom de l'amour ou au nom de la foi (ou les deux), à un moment donné, vont achopper sur leur route,

vont se prendre les pieds sur les obstacles,

vont tomber : ils ont peur.

 

Il y en a qui ne vont pas jusqu'au martyre (on parle souvent des martyrs); il y en a qui n'y vont pas et pourtant ils sont dans le contexte ; ça ne se juge pas.

 

Mais la provocation de la parole aujourd'hui c'est : ‘et notre liberté ?’(ce n'est pas notre liberté de faire ce que je veux (je pense qu'on l’a déjà cette liberté-là : si je suis venu à la messe aujourd’hui,(sauf les enfants) les grandes personnes, sont des personnes qui veulent bien venir à la messe, par exemple.

 

Mais la liberté d'aimer jusqu'au bout ; alors ça, c'est autre chose !

 

Eh bien, laissons-nous instruire : je vous propose trois petits remèdes :

premier remède : c'est la patience ; ça, ça se travaille en toute chose.

S’il y a des dentellières, parmi vous, continuez à faire de la dentelle, ça cultive la patience.

Mais si vous avez un jardin, cultivez-le, ça cultive aussi la patience.

Si vous avez un mari, ça cultive la patience, et réciproquement.

Si vous avez des adversaires, continuez à les avoir, ça cultive aussi la patience : n’ayez pas que des gens qui vous aiment et qui vont dans votre sens : là, ça ne cultive plus la patience.

 

La deuxième chose : c'est l'Ecriture ; elle cultive aussi beaucoup l'amour et la patience mais l'Ecriture, allez-y, n’ayez pas peur de cette Ecriture-là ; allez-y !

Vous avez  certainement tous une Bible chez vous.

 

Troisième chose : c'est que vous pouvez prier Marie (ce n'est pas que vous pouvez, c'est qu’à la limite, même que vous devez prier Marie), votre Mère : elle était avant, pendant et après  cet épisode de la Croix et elle nous couvre de son manteau car passer par la Croix c'est toujours une sortie, c'est toujours une expulsion à l’extérieur et elle nous protège de son manteau,

elle nous accompagne,

elle nous sécurise,

c’est l’Etoile sur le chemin.

 

Amen.


Lundi 13 Août

 

On est là, peu de temps après la Transfiguration de Jésus et la première annonce de sa Passion.

Voici la deuxième et une mise en question de son identité et comme à chaque annonce de sa Passion : est-ce que Jésus est véritablement le Fils de Dieu, et s’il l’est, pourquoi doit-il payer un impôt au temple puis qu’il est dans le cœur de celui qui est au cœur du temple ? Mais, bon prince, il paie donc l’impôt.

Ce que nous renvoie l’Evangile, c’est, sans doute un peu, notre propre condition de Fils. Quel impôt devons-nous ? Et à qui, en tant que fils ? Sans entrer dans des considérations de morale sociale, le premier impôt que nous devons en permanence, et bien que fils, c’est cette attitude de fils que nous avons face à notre Père.

Nous recevons tout de lui, et, par conséquent, nous avons à être dans une attitude permanente de reconnaissance, de réception, de pauvreté, de dépendance, d’aveu et de reconnaissance de notre misère. Nous avons besoin de lui. Nous avons des dettes envers lui, dettes de son amour et de sa grâce. Voilà ce que nous lui devons en permanence. Cette position de mendiants.

Cette position de fils ou cet impôt permanent, pourrait-on dire, envers notre Père, n’est pas faite pour entretenir une sorte d’attitude misérable ou d’image négative de nous-mêmes, c’est pour mettre en permanence en tension notre désir de ne pas nous arrêter en si bon chemin et d’aller jusqu’au bout de la course, pour gagner le trophée, le trophée du Royaume.

 

Amen.


Dimanche 12 Août 2018

 

Imaginez quelqu’un qui vient d’être baptisé. On pourrait dire qu’il y a trois grandes façons pour devenir croyant, un croyant conscient.

 

La première façon, c’est accueillir, écouter un certain nombre d’enseignements et de préceptes que l’on entend à la télévision, au catéchisme, de personnes qui connaissent et qui nous racontent, ce que dit le prêtre à la messe et tout ceci, on l’accueille et on essaie d’en faire quelque chose et c’est déjà pas mal. On peut, de cette façon, se fabriquer sa foi et sa fidélité à Jésus. Doucement, doucement, lorsqu’on a entendu, lorsqu’on a assimilé tout ce qu’on nous a raconté, on va donc devenir, très souvent mais pas toujours, des chrétiens attachés à des valeurs. On nous a dit que ceci était bien, que cela n’était pas bien, qu’il faut faire ça ; on le garde parce qu’au fond on est des gens polis, hein ? Donc, cela donne des chrétiens attachés à des valeurs. Ceci est une première manière de faire. C’est bien…

Il y a une deuxième manière de faire qui est à partir de ce que l’on observe. A un moment donné, on se dit : certains disent des choses qu’ils ne font pas. Alors on va plutôt observer ceux qui font et qui nous édifient. On a pu observer ceux qui ne font pas ce qu’ils racontent, on va observer ceux qui font ce qu’ils racontent. On va donc regarder les gens qui prient, on va regarder les gens qui ont des habitudes de foi dans leur vie, par exemple ceux qui vont à la messe le dimanche matin. On les voit et du coup on va faire pareil par mimétisme ; on va voir ceux qui ont un engagement dans la cité et le vivent au nom de leur foi ; et si cela nous paraît édifiant, nous reproduisons la même chose, par souci de cohérence entre des paroles et des actes. Ce n’est pas mal non plus. En fonction de ce que notre cœur capte comme étant beau dans les témoignages véridiques autour de nous, nous allons donc piocher, ici ou là, tel ou tel exemple. C’est dans ce sens-là que des statues ornent nos églises. Avant que le cinéma n’existe, les statues ont été mises dans les églises pour que nous voyions un certain nombre d’exemples. Evidemment, comme les statues ne bougent pas, si on n’a pas assimilé ce que l’on raconte de leurs vies, on ne sait pas ce qu’ils ont vécu. Mais ce sont tous des personnages qui ont vécu des choses édifiantes, ce qui nous donne - ou pas - envie de leur ressembler. Ressembler à ceux qui nous paraissent édifiants.

Bon. Première façon, on a entendu ; deuxième, on a vu. Alors la troisième façon ? C’est là que je vais retomber sur mes pattes et cela a quelque chose à voir avec la première lecture qui a été lue du livre des Rois.

 

Le prophète Elie, c’était un homme extrêmement tempétueux et qui avait deux gros ennemis. Le premier grand ennemi, c’était un groupe de gens qui adoraient de faux dieux, des dieux adorés dans les pays alentour, considérés comme des dieux « pas bien », pas des dieux qui convenaient. Donc Elie partait en guerre contre ces dieux et tous ceux qui les représentaient.

Son deuxième ennemi était une femme, c’était la femme du roi qui s’appelait Jézabel. Il ne pouvait pas la voir en peinture parce qu’elle faisait la promotion de ces dieux, de ces faux dieux. Juste avant ce texte, Elie a fait un coup d’éclat extraordinaire, il a éliminé d’un seul coup une grande quantité de gens qui adoraient les faux dieux. Alors il est bien content. Le voilà qui part. Il apprend que Jézabel le poursuit. Et alors là, il s’effrite complètement. Lui qui était un grand gaillard si sûr de lui, tout à coup ça s’effondre à l’intérieur de lui. Il se met à avoir très peur. Alors il s’en va au désert, et pour faire bref, il fait une déprime, une sorte de burn-out, un grand coup de blues. Et là, il s’effondre, dans le désert. Il veut se laisser mourir. Si vous avez bien entendu, le Seigneur lui propose une première fois de se ravitailler et il refuse ! Il a décidé d’arrêter là. Il pense qu’il ne viendra pas à bout de cette Jézabel. Le Seigneur lui propose une deuxième fois ce repas frugal, il le prend. Si tu prends ce que je te donne tu pourras aller jusqu’au bout de ton chemin, parce que comme tu es là, c’est sûr que tu ne le pourras pas. Il prend et il y va. Cela marche. Que se passe-t-il ?

N’oubliez pas que je veux vous parler de la troisième manière de vivre son baptême. Que se passe-t-il ? Il éprouve ses limites. Je répète : Elie éprouve ses limites. Nous en avons tous. Limites psychiques, spirituelles, physiques, intellectuelles etc… Nous avons aussi des équilibres sur lesquels nous nous posons. Pour des tas de raisons dont nous nous fichons un peu parce qu’on ne nous demande pas d’étudier la psychologie du prophète Elie, Elie a transgressé ses limites. C’est comme ça, et le voilà qui s’effondre.

Deux solutions s’offrent à lui. La première : j’abandonne ! Quand les limites sont transgressées, peut m’exploser à la figure une sorte de vertige. Je ne peux plus, je ne pourrai jamais ! Deuxième solution qu’Elie n’a pas entrevue mais qui lui a été proposée dans son dialogue avec le Seigneur, c’est : profite et recommence. Profite de ce temps où tu as fléchi le genou à terre pour recommencer. Vivre un nouveau recommencement. Mais qu’est-ce que cela produit dans son cœur, à Elie ? La conscience de ses limites va produire dans son cœur une liberté nouvelle et quelque chose que, peut-être, il ne connaissait pas vraiment, c’est l’amour.

 

Car la foi de notre baptême, ce n’est pas essayer d’obéir servilement à des paroles, ni du mimétisme, mais d’abord de l’amour, mais un amour qui soit profondément enraciné en nous. Et comment pouvons-nous le vivre, cet amour ? On a pigé et retenu ! Il arrive donc qu’éprouver nos limites nous fasse comprendre ce que vivre et aimer signifie. Il y a de nombreux personnages qui ont connu cela. Saint Paul c’est pareil : avant de devenir Saint Paul, il était un grand héros de la foi, mais de la sienne : un chasseur de chrétiens. Il les capturait. C’était un rigoriste, très attaché aux valeurs. Il voulait faire comme ses pères. Et puis à un moment il est tombé. Il a éprouvé ses limites. Deux solutions : ou bien il reste là, écrasé comme une lavette sur le chemin qui mène à Damas, ou bien il se relève. Mais attention, en se relevant il n’est plus le même. Toute personne étant passée par une telle épreuve le sait.

Ce qui nous est proposé dans cette Eucharistie, c’est de nous dire : Où en suis-je ? Pour moi, la foi de mon baptême, est-ce seulement des paroles écoutées (et pas forcément comprises), la foi de mon baptême, est-ce du mimétisme (sans forcément que les ressorts intérieurs soient piégés), ou est-ce que la foi de mon baptême, c’est l’Esprit, l’Esprit d’amour que j’ai découvert, soit en ayant transgressé mes propres limites, soit, tout simplement, en les ayant remarquées ? Alors je vous propose de demander parce que transgresser pour transgresser, cela peut être dangereux ! Demander. Demander cet amour. Et c’est ce que je souhaite pour les enfants qui seront baptisés tout à l’heure après la messe. Les parrains et marraines, je leur donnerai des cierges allumés pour conserver la lumière de la foi dans le cœur de leurs filleuls. C’est exactement ce que leurs parents ont demandé pour eux : faire partie de l’amour du Père et du Fils, c’est un amour qui est simple à comprendre une fois qu’on l’a.

On est sevré, en appel, on n’a absolument envie de tuer personne, ni même d’éliminer ceux qui sont différents de nous. Et on arrive, on arrive à avancer, quelles que soient nos misères ou celles des autres. C’est la marque de cet amour vécu.

 

Deux exemples dans nos vies, car nous ne sommes pas tous obligés de partir à Damas comme Saint Paul ou dans le désert comme Elie.

Premier exemple : il y en a peut-être parmi vous qui se regardent dans un miroir le matin quand ils se réveillent. Certains peuvent être effrayés, à partir d’un certain âge. Ce sont ceux qui se découvrent vieux ! Deux solutions : Ma vie s’arrête là ! Ou bien je me dis : Tout va bien, le printemps n’est pas loin ! Ceux qui ont des oreilles pour entendre, qu’ils entendent ! Le printemps n’est pas loin. Deuxième exemple, très concret : ceux qui sont dans des associations, ceux qui ont des entreprises familiales, je pense en particulier aux viticulteurs ou agriculteurs mais cela peut être vrai pour les artisans, ceux qui travaillent en paroisse, bénévoles ou autre chose, et qui ont des responsabilités, et qui se disent : de toute façon il n’y a plus personne ! Personne ne me succédera. Les gens qui se disent cela vont tout faire pour rester le plus longtemps possible là où ils sont puisque ils ont un souci du bien commun parce que s’ils lâchent tout va s’effondrer ! Le problème, c’est que les limites sont vite atteintes lorsque ce que nous essayons de servir, de construire, nos engagements, c’est justement pour que ça vive, mais si on le vit jusqu’à toute extrémité et jusqu’à notre mort, tout s’effondre. C’est fini l’époque où un curé restait dans la même paroisse pendant cinquante ans. C’est bien, il connaît les gens, mais le problème c’est que quand il mourait la paroisse tombait avec lui. Cela, c’est la première solution : après moi il n’y a plus rien. La deuxième solution c’est de se dire : peut-être que c’est dans ma tête et que, de toute façon, c’est sûr, tant que j’y suis il n’y aura rien d’autre. Il y a des successions qui peuvent être réussies. Il peut y avoir quelque chose après nous. Encore faut-il qu’on le veuille ! On peut multiplier les exemples.

On va recevoir Jésus dans l’Eucharistie. Personne ne vient à de moi si le Père ne l’a dit. Le Père qui a dit : ceux qui vont avoir le goût de vivre autre chose que de la ressemblance, du mimétisme et de l’obéissance sans avoir compris ce qu’il y a dans le cœur de Dieu. Ceux qui veulent aller au-delà, par goût, sont attirés vers le Père et par le Père. Quel est ce ressort intérieur qui est dans le cœur du chrétien, qui fait se mouvoir, comme une pendule, tout ce beau mécanisme de celui qui est capable de donner sa vie sans vouloir faire parler de lui et sans attendre de récompense ?

On va recevoir Jésus. Notre foi est la foi en un crucifié, donc on peut se dire que ce n’est pas très joli, mais c’est un crucifié ressuscitant ! Un nouveau commencement. Quand j’ai transgressé mes limites, je peux soit mourir, soit vivre un nouveau commencement, ressusciter. Et c’est celui-là que nous allons recevoir, celui qui, dans la confiance, s’abandonne au Père et qui nous fait vivre avec lui dans les nouveaux commencements. Nous sommes tous invités à vivre tout à l’heure ce dynamisme du nouveau commencement, ce dynamisme de l’amour.

 

Amen.


Jeudi 9 août : ste Thérèse-Bénédicte de la Croix

Os 2,16b.17b.21-22 : Le Seigneur et son épouse infidèle

Ps 44

Mt 25, 1-13 : Parabole des 10 vierges.

 

Être prévoyant comme ces cinq jeunes filles qui ont de l’huile dans leur lampe ou comme ceux qui écoutent la Parole et la mettent en pratique ; leur vie est solidement bâtie sur le roc ou bien ils sont prêts à aller à la rencontre de l'Epoux quand il arrive.

 

Nous sommes dans ce temps d'attente dont il est question, l’attente de l'Epoux.

L'Eglise primitive attendait le retour de Jésus et nous sommes comme cette Eglise des commencements : nous attendons le retour de l'Epoux et dans cette attente, nous pouvons petit à petit, laisser naître l'espérance et au cœur de cette espérance, l'Amour.

L'Amour, c'est cette huile dans la lampe des prévoyantes.

 

Celles qui n'en ont pas s'entendre dire : "allez vous en acheter", de l’huile.

Comment peut-on s'acheter de l'Amour ?

Comment pouvons-nous mettre de l'Amour dans notre attente ; que notre attente ne soit pas impatience ou fatigue mais qu’elle soit Amour ?

Sans aucun doute, dans la pratique des vertus.

Les vertus font naître l'Amour et l'Amour fait naître les vertus, c'est un cercle vertueux.

"Allez vous en acheter" : allons les uns les autres, nous appliquer à mettre en pratique l'Évangile pour avoir une maison bien solidement construite sur le roc.

 

Petit à petit, devenons des prévoyants pour avoir une bonne mesure bien pleine, tassée et débordante de cette huile, de cet Amour dont il est nécessaire pour pouvoir entrer dans la salle des noces.

 

Les martyrs ont eu cet Amour et c'est bien précisément parce qu'ils avaient l'Amour qu'ils sont morts martyres, sinon sans doute, la mort ne les aurait pas atteints.

 

Demandons au Seigneur qu'il nous donne cet Esprit des vertus et cet Esprit de l'Amour pour que nous ayons suffisamment en nous, cette huile ou ce terrain solide sur lequel bâtir notre maison et que notre attente soit espérance.

 

Amen.


Mercredi 8 août : St Dominique

Jr 31, 1-7 : Restauration promise à Israël.

Cantique Jr 31

Mt 15, 21-28 : Guérison de la fille d’une Cananéenne.

 

Ce texte de l’Evangile illustre la puissance de la foi avec un début (un commencement) et une arrivée (une fin) ; le début, c'est l'insistance de la prière représentée par cette femme et la fin, (l'arrivée), c'est le discernement représenté par Jésus.

Cet Evangile nous  fait passer de ce point de départ : l'insistance de la prière dans la foi, au discernement qui opère, ce point d'arrivée, dans la foi.

 

L'insistance dans la prière, fait naître en nous, un premier discernement, nous fait percevoir assez vite (pour celui qui est persévérant dans cette prière) fait voir assez vite,

 là où il y a de l'égoïsme,

là où il y a de l'orgueil,

là où il y a de la vanité et petit à petit, cette âme qui est persévérante dans la prière, va commencer à vouloir se dissocier de cet orgueil,

de cet égoïsme.

 

L'étape ultérieure c'est, toujours  dans cette insistance de la prière, dans cette persévérance de la prière (notons que cette femme ne cesse pas d'être insistante), l'étape suivante c'est de quitter progressivement un ‘moi’ (notre moi), pour commencer à toucher du doigt la lumière et la puissance de l'humilité : je quitte mon ‘moi’ et sa totalité, pour commencer à me réjouir de ce qui est humble.

Et je peux commencer à repérer la beauté intérieure des êtres : ne pas être préoccupé plus que ça par l'avoir, le pouvoir ou le savoir mais plutôt mais me réjouir simplement par la beauté intérieure des êtres.

 

La troisième étape, c'est sans nul doute ce que représente Jésus : le discernement.

Le discernement de Jésus est total, est parfait, c'est le discernement du Fils de Dieu que nous ne sommes pas (nous le sommes par adoption), c'est un discernement qui sonde, qui révèle les choses divines.

Nous, nous en approchons très fort, (nous n'en sommes pas), nous approchons de ce discernement-là mais il n’est possible que si nous avons quitté ce ‘moi’ qui nous caractérise et si nous n'avons surtout pas perdu l'insistance de la prière.

 

Alors tout ceci montre le chemin que nous fait faire la puissance de la foi.

 

Que cela nous donne goût à la prière et nous donne goût à une première prière : ‘Seigneur, si tu le veux, fais-moi le don de la foi’.


Mardi 7 août :

Jr 30, 1-2. 12-15. 18-22 : Restauration promise à Israël.

Ps 101

Mt 14, 22-36 : Jésus marche sur l’eau et Pierre, avec lui.

 

Comme cela arrive parfois dans l'Évangile, Jésus invite ses disciples à un déplacement, ici matérialisé par un déplacement géographique : une traversée, quitter une rive au profit d'une autre.

 Pierre a quitté une rive au profit d'une autre et aura appris une leçon de choses, une leçon d'humilité ; il aura appris quelque chose de l'humilité de Jésus, l’humilité du Christ :

Jésus a besoin de prier seul, (aller à l'écart dans la montagne) son Père, une nuit.

 

Et Pierre est tenté de quitter la barque alors qu'il voit Jésus comme étant le Ressuscité.

Il est tenté d'aller à sa rencontre en quittant cette barque, en s'éloignant des autres, en se singularisant.

Jésus le lui permet et lui permet d’éprouver quelques limites à ses capacités spirituelles et affectives ; bien vite, il verra le vent.

 

Cette expérience de salut qu'il fera, alors qu'il sombre dans l’eau, lui permet de découvrir de l'intérieur, quelque chose de l'humilité de Jésus.

Il aurait pu rester dans la barque, se prosterner comme les autres ou comme ces habitants de l'autre rive qui accourent vers Jésus.

Il n'est pas moins, pas plus en besoin de salut que ses frères.

 

Quitter la barque a été pour lui, l'expérience de mieux la retrouver, de retrouver une place parmi les autres.

Il aurait pu être comme le publicain: "Seigneur, prends pitié du pécheur que je suis"

On peut peut-être se demander s'il n'a pas été plutôt comme le pharisien : ‘Seigneur je te rends grâce d'être comme ceci et comme cela ou de ne pas être comme ceux-ci et comme ceux-là’.

Il aura voulu quitter la barque, il la retrouve ; c'est une expérience d'humilité dont nous avons tous besoin, même à l'intérieur de la barque, d’ailleurs.

 

Cette barque, nous avons coutume de la comprendre comme l'Eglise, nous pouvons la voir aussi comme Marie et son cœur : dans le Magnificat, elle est l’humble servante, elle a toute l’humilité du Fils et elle s'adresse au Père qui "renverse les puissants et élève les humbles".

Rendons grâce pour la tentation de Pierre mais aussi pour cet exemple d'humilité forcée.

 

Amen


Samedi 4 août : 18ème dimanche ordinaire

Ex 16, 2-4. 12-15 : La manne  et les cailles.

Ps 77

Ep 4, 17. 20-24 : La vie nouvelle dans le Christ.

Jn 6, 24-35 : Discours dans la synagogue de Capharnaüm.

 

Chers amis, il y a deux voies royales pour arriver au sommet de la montagne.

Imaginez que vous voulez faire l'ascension d'une grande montagne, vous êtes en vacances, c’est prêt, tout va bien ; mettons : le mont Blanc, par exemple.

Deux voies sont là, deux chemins, cette montagne, pour vous, c'est le lieu de la rencontre avec Dieu.

 

La première voie, je vous la décris : la première voie, c'est celle qui inspire tous ces chrétiens qui sont touchés par la crèche, la naissance de Jésus ; on appelle ça, l'Incarnation : Dieu qui se fait proche, celui qui vient habiter parmi nous.

Ces chrétiens-là, sur cette voie-là, (ceux qui veulent démarrer l'ascension de cette montagne par cette voie-là) sont sensibles très, très fort, à la proximité de Dieu avec l'Homme, l'assimilation de Dieu avec le monde : La lumière vient éclairer nos ténèbres.

Ces chrétiens-là, au nom de leur foi, (attachés à Jésus qu'ils sont), vont se dire : ‘ma vie doit être un service de l’Homme, de l'Homme qui souffre, de l'Homme qui est pauvre ou de l’Homme qui est petit, parce que Jésus s'est fait pauvre et petit.

Dieu est venu naître au milieu des bergers et il était à l'écart de la salle commune : ça va être par exemple, tous ces chrétiens qui vont s'engager dans le monde, ceux qui ont  été dans les syndicats.

La figure un petit peu symbolique de ces chrétiens-là, ce sont les prêtres ouvriers.

Ceux qui vont être dans la solidarité au service de leurs frères, ceux qui vont être présents dans le monde.

Une voie qui monte au sommet de cette montagne.

 

Peut-être, allez-vous mieux comprendre si je vous parle de la deuxième voie.

La deuxième voie qui prend la montagne par un autre versant : ce sont tous les chrétiens, amis de Jésus, qui ont été touchés par la croix du Christ.

On n’est plus du côté de la crèche, on est de l'autre côté de l'arc : la croix.

 

Sur la croix, Jésus est abandonné ; ses disciples ne sont plus là : Judas a trahi, Pierre a renié trois fois, Marie est tenue à l'écart, il n'y a plus les anges dans le ciel qui chantent : ‘gloire à Dieu’ ; c'est la ténèbre à la neuvième heure du jour !

 Jésus est seul : « mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? »

Attaché à son Père, il va vivre le grand exode, dans le silence.

 

Tous ces chrétiens qui sont touchés par la croix, vont être touchés par tout l'inverse des chrétiens touchés par la crèche : ce n'est pas la proximité, ce n'est pas l’assimilation, ce n'est pas le service des frères qui vont les toucher parce que la croix leur suggère une mise à distance, une critique du monde (la lumière éclaire les ténèbres, certes, mais les ténèbres n'ont pas accepté la lumière), ces chrétiens-là vont se mettre à distance, ces chrétiens-là vont vivre une sorte de résistance au monde.

Certes, ils vont servir le monde mais point dans l’assimilation, plutôt dans une sorte de critique humaine.

La figure symbolique de ces chrétiens-là ça pourrait être le moine, d'une certaine façon.

D'un côté, le prêtre, de l'autre le moine.

Qu'est-ce qu'il va les différencier ?

Eh bien, tout ce que vous savez de l’un et de l’autre, et peut-être la clôture, pour le moine.

Voie royale, deuxième voie vers le sommet de la montagne.

Il y a des chrétiens qui vont se situer du côté de la première voie, dans tous leurs choix de vie spirituelle et d'engagements ; et d’autres, de l'autre côté dans tous leurs choix de vie spirituelle et d'engagements.

Très bien.

 

Il y a une troisième voie car le problème de ces deux voies dont je vous ai parlé, c'est qu'on est encore trop dans le ‘faire’ ; on est dans le faire (le verbe faire) alors que l'Évangile que nous avons entendu nous suggère tout autre chose : la foi est un abandon, un abandon au Christ ; ça n'est pas d'abord une production, ça n'est pas un ‘faire’, c'est un abandon : « je suis ce pain descendu  du Ciel ».

Encore faut-il que les chrétiens de la première voie ainsi que les chrétiens de la deuxième voie soient capables de dire : ‘je me suis abandonné à toi, qui es le pain du Ciel’ car Jésus, en vérité, il n'a pas besoin de nous.

C'est lui qui sauve, ce n’est pas nous ; c’est lui qui nourrit, ce n’est pas nous ; voilà la critique de l'Évangile pour nous, ce soir.

 

Cette troisième voie, c'est celle de l'Esprit Saint, c'est celle qui souffle à nos cœurs cet abandon du Fils dans les bras du Père : soyons des fils dans les bras du Père.

Laissons-nous d'abord rejoindre comme un pauvre ou comme un malfrat.

Soyons à la crèche avec Jésus ou soyons au pied de la croix avec lui : c'est lui qui sauve, ce n'est pas nous.

 

C'est seulement après que vous pourrez donner à manger et c'est seulement après que vous pourrez prier pour le monde.

Mais d'abord, abandonnez-vous à lui, c'est la critique de cet Évangile.

La foi n'est pas d'abord un ‘faire’, elle est un abandon au Christ.

Amen


Vendredi 3 Août 2018

 

Ces textes ont un point commun avec le psaume. C’est la patience du prophète, la patience du Fils de Dieu devant les tribulations. Certains pensent que quand il y a la patience il n’y a pas de tribulations. Au contraire, la personnalité déploie toutes ses potentialités lorsque, justement, nous connaissons les tribulations. Les tribulations ne sont pas toujours des adversités. C’est ce qui vient mettre à rude épreuve le lien de nos désirs. Alors en tout cas, pour celui qui est attaché au Royaume de Dieu, il lui faut la patience.

Il lui faut lutter de tout son cœur, de toutes ses forces pour l’obtenir car la patience est un don et c’est un don qui se construit. Il nous faut cette patience car si nous ne l’avons pas, les tribulations, nous allons chercher à les fuir le plus possible et nous réfugier dans de faux royaumes, ou alors dans des royaumes qui ne sont pas de Dieu en tout cas, dans des imaginaires, dans des petites niches, ici ou là, que nous avons créées. Mais si nous avons la patience, alors, nous entrons dans ce Royaume de Dieu et nous faisons l’expérience du Seigneur qui est comme un rocher sur lequel nous pouvons nous appuyer pour nous protéger de toutes les vagues de notre existence. Il n’y a que dans la patience que nous pouvons vivre ce Royaume.

Il faut la construire et se donner une règle de vie dans laquelle nous pouvons nous attacher à un aspect de notre personnalité, de notre existence où la patience nous fait défaut. Sur cet aspect-là nous allons, méticuleusement, construire, pierre après pierre, cette patience qui nous est nécessaire, au lieu de vouloir tout de suite installer la patience pour toute chose. Petit à petit... On y arrive… Et on y arrive d'autant plus que de toutes les façons c’est nécessaire. Quand on y arrive il y a deux pièges dans lesquels il ne faut pas tomber.  

  

- Premier piège, justement quand on a l’impression de ne pas y arriver, c’est de relâcher son travail, c’est de relâcher cette construction de la patience, c’est de s’impatienter, premier piège.   

  

- Le deuxième piège, quand on a l’impression qu’on est parvenu, c’est de tomber, là, dans la présomption : ça y est ! Je suis patient pour le reste de mes jours, c’est formidable ! Dans les deux cas nous tombons car la patience, c’est comme le désir, c’est un arc bien tendu, pas trop au risque de casser, mais suffisamment pour qu’il sonne de la belle musique de Dieu pour nous.     

 

Quel est l’intérêt d’être patient ? C’est d’abord de vivre du Royaume. Jésus l’était, Jérémie et tant d’autres prophètes et martyrs. Pierre, à sa façon a été patient, à la différence de Judas. La patience ne nous évite pas de tomber, mais il faut aussi de la patience pour se relever. Celui qui tombe en étant patient aura la patience de se relever. Si celui qui n’est pas patient tombe il ne pourra pas se relever : il n’aura pas assez de patience. Quel est l’intérêt d’avoir de la patience ? Déjà pour soi après tout ce que je viens de dire pour être comme Jésus dans les tribulations. Mais c’est nécessaire aussi pour les autres car la compagnie de quelqu’un qui est patient est une compagnie précieuse. Elle nous évite de tomber dans la tentation de nous fuir nous-même.

 

Amen


Jeudi 2 Août 2018

 

Jésus continue à parler du Royaume de Dieu comme il l’a fait il y a quelques paraboles où il nous parle du Jugement Dernier avec cette image du filet qui est jeté dans la mer et qui ramasse une grande quantité de choses bonnes ou moins bonnes et c’est seulement après la pêche, une fois sur le rivage que l’on peut rejeter dans la mer ce qui ne convient pas.

C’est une façon pour nous de prendre patience. Un peu comme la parabole du bon grain et de l’ivraie : il ne nous appartient pas de faire le tri nous-mêmes. Pour plusieurs raisons. La première, c’est que n’est pas mauvais ce que l’on imagine tout de suite, et ensuite il se peut que nous ayons à enlever de nos yeux la poutre qui nous empêche de voir clair quand nous sommes obsédés par la paille du voisin. Et puis tout simplement parce qu’il ne nous appartient pas de tout savoir. Une fois que l’on sait cela, on peut se dire : à quoi bon croire ? ou bien tout simplement cela peut renouveler notre fidélité. Il est bon de se dire qu’on aime Dieu ou pas, mais si nous l’aimons, c’est cela qui fait de nous des bons serviteurs. Et un bon serviteur, c’est celui qui va vivre et prendre patience à l’intérieur d’un univers où il y a du bon et du moins bon, sans se poser la question de savoir si je peux ou pas venir à bout de tous ceux qui sont loin, ce n’est pas la question.

Un bon serviteur il est là où il demeure et puis c’est tout. Et puisqu’il aime Dieu il va essayer le plus possible de prendre garde. Prendre garde à ses passions, prendre garde à ses désirs, prendre garde à son cœur, le plus possible, le bon serviteur va prendre garde à ses sens et à ses pensées. Il doit prendre patience dans les difficultés et devant ses plaisirs. Il va vivre au milieu du monde. Ce n’est pas lui qui fait le tri. Ce n’est pas son affaire.

 

Amen


Mercredi 1er Août 2018

 

Jésus nous parle en paraboles pour expliquer le Royaume des cieux et, plus encore, pour faire pénétrer ses auditeurs dans le Royaume des cieux. On ne peut pas connaître le Royaume des cieux ou y pénétrer tant que notre âme est troublée, tant que notre œil est embué. Et nous ne pouvons pas rendre limpide notre âme ou rendre clair notre œil tant que nous ne passons pas par un deuil.

Il y a le deuil des êtres qui nous sont chers et qui nous sont ravis par la mort ; il y a des deuils d’êtres qui nous sont chers et qui nous sont ravis autrement ; il y a des deuils que nous faisons à chaque instant de notre vie, par rapport à des situations, des rêves, des objets ou des personnes, sans que cela soit synonyme de mort. Ce sont ces deuils-là qui sont importants. Il n’y a pas d’âme claire, d’œil limpide si nous ne passons pas par un deuil. Il n’y a pas de deuil possible tant que nous sommes dans la distraction.

Celui qui achète un champ, c’est que, d’abord, il a pris la peine de le fouiller. Et s’il y a trouvé une perle fine, alors, il est prêt à vivre son deuil et il vend tout ce qu’il a. Il en est ainsi pour le trésor du champ et c’est pareil pour cette perle. C’est vrai pour chacun d’entre nous tellement nous sommes des hommes et des femmes de désir attirés par ce qui ravit notre cœur.

Comment, alors, vivre ces passages précieux ? Je vous propose aujourd’hui la prière. Le livre de Jérémie nous donne une très belle prière du prophète et une réponse de Dieu et à chaque eucharistie nous prions avec un psaume, par exemple celui qui a été lu tout à l’heure, qui est un bel exemple de prière. La prière. Il nous arrive souvent de réciter et lire, redire toujours les mêmes paroles. Dieu n’a pas besoin d’être informé de ce qui se passe dans notre cœur et de ce dont nous avons besoin puisque il est plus grand que notre cœur et qu’il connaît toute chose. Mais ces paroles sont précieuses pour nous. Ces paroles forment notre désir, ces paroles nous rappellent notre unique nécessaire. Elles nous éloignent de la distraction, elles nous permettent de vivre ces deuils et de nous attacher à l’unique nécessaire.

 

Nous avons besoin de ces paroles pour mieux nous approcher encore de ce point le plus cher que Jésus vivait avec son Père. Tout à l’heure l’antienne de l’Evangile était : « Je vous appelle mes amis, dit le Seigneur, car tout ce que j’ai entendu de mon Père je vous l’ai fait connaître ». Ce point où Jésus est proche de son Père, l’entend, connaît toute chose de lui, c’est ce que nous recherchons dans notre propre prière. Etre le plus proche possible de ce point, cette plus grande proximité possible avec notre Seigneur. Cela produit en nous un mélange de tendresse, d’infinie tendresse, et un peu de larmes, tout simplement car nous mesurons l’infinie distance qui est entre nous et Lui alors que notre cœur nous attire vers Lui. Cette distance nous est cruelle et en même temps elle s’impose à nous. Nous voudrions la combler mais elle est là. D’où ce mélange de tendresse et de larmes. Nous sommes des êtres de désir, ces mots sont nécessaires. Prions, répétons toujours ces mots, ces mots de la prière. Comme les prophètes, à l’exemple de Jérémie, comme le psalmiste, comme Jésus à son Père, comme chaque disciple de Jésus, prions, de sorte que nous nous attachions toujours plus à celui que notre cœur aime, et que nous nous éloignions toujours davantage de celui qui est source, dans notre vie, de distraction.

Amen


Lundi 30 juillet 2018

 

Nous avons une évocation de ce que l’on appelle le Jugement Dernier. D’autres paraboles dans l’Evangile nous en font le récit. Ce texte-ci d’ailleurs nous renvoie à une parabole que Jésus prononce quelques versets plus tôt, c’est une explication. Nous savons que dans le même évangile de Saint Matthieu et seulement chez Saint Matthieu il y a ce que l’on appelle le Jugement Dernier, les brebis à droite les boucs à gauche, quand est-ce que nous t’avons fait tout cela, quand est-ce que tu étais nu, étranger et malade ? - Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits c’est à moi que vous l’avez fait.

Plusieurs occasions pour Jésus d’évoquer le jugement dernier. Cette explication que nous donne Jésus ce matin est intéressante parce qu’elle nous montre, assez violemment, que nous n’y sommes pas encore ! Et que comme nous n’y sommes pas encore, il faut que le bon grain cohabite avec la zizanie parce que nous ne sommes pas les anges et nous ne sommes pas à la fin du monde. Nous avons été semés et une partie de nous a été semée d’ivraie. Nous ne sommes pas les anges qui allons moissonner et nous ne sommes pas à la fin du monde. Il y a une cohabitation. Plusieurs points d’attention que nous pouvons retenir.

 

Premier point d’attention, c’est de toujours rester le plus possible en travail ou en chemin. Cette humilité n’est pas faite que pour les autres. Humilité nécessaire pour se dire que cette séparation du bon grain et de l’ivraie n’est jamais définitive, n’est jamais très claire, qu’il faut faire  attention de ne pas être du mauvais côté. Généralement, ceux qui discernent l’ivraie se situent donc du côté du bon grain, mais, peut-être que sans le savoir, ils sont du côté de la zizanie. Ils se réclament beaucoup de l’humilité et c’est vrai qu’en cette fête de Saint Ignace, on pourrait parler de discernement et se rendre compte combien nous pouvons avoir dans nos yeux poutre et paille qui nous empêchent de voir l’ivraie qui est en nous-même. L’humilité : travail jamais achevé, nous sommes toujours en chemin. Garder ce travail en route. Comme une femme qui garde toujours un ouvrage de point de croix en route. C’est pareil. 

 

Le deuxième aspect, c’est la centralité de la Parole de Dieu. Nous pouvons nous prévaloir, les uns et les autres d’une grande expérience professionnelle, spirituelle, humaine… Nous avons croisé sur notre route de la zizanie. Donc nous allons fabriquer des défenses que nous sommes capables de prévoir. Parfois la zizanie survient sans que nous l’ayons prévue. Notre expérience est nécessaire mais elle ne remplacera jamais cette ressource infinie de la parole de Dieu. Il faut croiser notre expérience et la parole de Dieu. Car c’est au moment où l’on s’y attend le moins que la zizanie apparaît dans notre champ.

Le troisième aspect : on reconnaît l’arbre à ses fruits. Donc on peut beaucoup gloser pour savoir si nous sommes ou ne sommes pas du côté du bon grain. N’empêche que c’est le bon grain que nous produirons qui l’attestera.

 

Amen.


Dimanche 29 juillet 

 

Chers amis, à l'écoute de ces textes, j'aurais envie de vous faire une petite introduction, un petit préambule, une petite leçon de choses que l'on fait quand on fait de la philo en terminale, quand on lit des magazines dans les gares en attendant les trains qui ne partent jamais, sur le thème du désir ; c'est toujours bon à prendre car chaque fois qu'il est question de désir, ça parle vraiment de notre colonne vertébrale.

 

La première chose c'est que nous sommes tous des êtres de désir, désirant, désirés, assoiffés comme des éponges qui ont absolument besoin d'avoir toujours, toujours, toujours du liquide pour rassasier une soif, une sécheresse intérieure.

 

Trois caractéristiques à ce désir ; la première caractéristique c'est que le désir nous appartient, chacun a le sien : je peux marcher dans la rue, je peux désirer telle autre personne que je rencontre ou que je croise ou bien cette côtelette qui est dans la vitrine du boucher (ou que sais-je encore) mais c'est mon désir, la personne que je croise en a certainement un autre ; chacun a le sien, désir personnel ; il n'y a pas de désir absolument identique pour tout le monde.

Ensuite, la deuxième caractéristique du désir c'est qu'il est sourd et aveugle, le désir ne sait pas où il va : il n'entend pas, c'est-à-dire que le désir peut prendre pour de l'or, tout ce qui brille (tellement il est assoiffé).

Tout n'est pas bon à prendre mais le désir ne le sait pas.

 

Et la troisième caractéristique du désir c'est qu'il est insatiable, c'est-à-dire qu'il ne s'arrête pas, il n'y a pas la touche ‘off’ (ça n’existe pas).

Il y a des personnes qui ont l'impression d'avoir perdu tout leur ressort, (qui seraient comme dans une forme de dépression profonde)  mais il y a quand même du désir, désir à l'envers certes mais il y a du désir ; le désir s'arrête quand on va dans un cercueil (excusez-moi, c'est comme ça).

Parfois, le désir, on aimerait bien quand même qu’il fasse une pause parce quand on est mauvais compagnon de son désir, (quand on ne fait pas une très bonne route avec ce compagnon parfois, qui peut paraître très envahissant), on aimerait bien le jeter dans le bas-côté du chemin, qu’il nous fiche la paix ; mais ça n'existe pas.

Ça c’est le petit préambule.

 

Une fois qu'on a dit ça, on peut regarder assez sereinement ces textes : je vous invite à avoir en mémoire la lecture du deuxième livre des Rois, qui a été lue en premier et puis ensuite, cet Évangile : il est question dans les deux, de prodigalité (je ne sais pas si ce mot vous l'avez déjà employé, si vous avez fait un peu de français, prodigalité ça vous dit quelque chose) ; il apparaît dans l'Évangile, dans une scène où il n'est absolument pas question de la multiplication des pains.

Prodigue, prodigalité, ça vous évoque quelque chose dans l'Évangile, hormis la multiplication des pains ?

L'enfant prodigue : un père avait deux fils, le plus jeune dit à son père : ‘donne-moi mon héritage, je m'en vais, je suis grand, ça y est, le désir en moi m’appelle à vivre autre chose’.

Donc le voilà riche puisque son père lui a donné son héritage, il a les poches bien pleines et il s'en va dans un pays lointain, nous dit le texte, pour mener une vie de désordre.

Imaginez la scène ; on en sait un petit peu plus dans l'Évangile, quand à son retour chez lui, son frère aîné, (jaloux comme un pou), dit à son père : ‘comment se fait-il ?

Il a mené une vie de désordre : il a dépensé tout ton argent avec des filles’ (alors imaginez, poches bien pleines: cet enfant va être prodigue : très généreusement, il va donner comme pour exercer un pouvoir sur les personnes qu'il va rencontrer.

Il a besoin de satisfaire sa faim et sa soif : il voit des femmes ; toc ! des sous ;

il veut avoir des compagnons, parce que dans sa solitude, (lui, qui est parti dans un pays lointain) il ne supporte pas, donc il veut des compagnons de fête, il veut des courtisans : toc ! des sous ; seulement, le problème de cette prodigalité qui est quand même un peu suspecte, c'est qu'il n'a plus de sous et le voilà tout seul, livré à lui-même et le démon  rigole ; le démon rigole parce qu'il l’a bien eu.

Et le voilà en train de manger la nourriture des cochons.

 

Cette prodigalité de ce fils qui est parti loin de son père, nous renvoie à une autre prodigalité, c’est celle de celui qui n'est pas parti loin de son Père : c'est Jésus, lui-même, qui est toute obéissance et écoute de la parole ; il obéit à son Père.

Pourquoi la prodigalité humaine, chers amis, est-elle suspecte, à votre avis ?

C'est-à-dire la prodigalité de celles et ceux qui vont nous inonder de ce qui nous satisfait (vous vous souvenez de cet épisode il y a quelques mois, de ce supermarché quelque part dans le sud-est de la France, propose du Nutella à prix absolument imbattable.

Que s'est-il passé ?

Le patron de ce supermarché a été tout à fait remarqué et remarquable par sa prodigalité, il a pu faire parler de lui et de son entreprise, des gens sont venus nombreux et malheureusement n'étaient pas satisfaits car ils en auraient bien voulu plus.

Les voici complètement dépendants et sous l'emprise de l'enseigne qui a piégé ces gens et voici qu'après avoir eu (pour les plus chanceux) le Nutella qu'ils voulaient, ils se sont rendus compte qu'ils en voulaient plus et qu'il n'y en avait plus.

Ils ont été pris au piège.

 

La prodigalité humaine est suspecte pour trois raisons : la première, c'est que c'est toujours le fait d'un seul homme ou d'un groupe restreint.

La deuxième, c'est qu'elle exerce un pouvoir, cette prodigalité : je vous donne mais vous voilà piéger car vous dépendez de moi ; ça peut être de l'argent,

ça peut être de l'affection,

ça peut être de la reconnaissance,

ça peut être du pouvoir,

toutes sortes de biens matériels : ‘Tiens, je vais te donner une responsabilité dans mon conseil’.

‘Tiens, puisque tu es plus intelligent que les hommes, j'ai besoin de toi.

Vous voyez comme nous pouvons dépendre de celles et ceux qui nous promettent monts et merveilles, c'est le deuxième problème.

Le troisième problème de la prodigalité, c'est qu'elle est éphémère : sitôt exerce-t-elle sa puissance sur moi, que je ne suis déjà plus satisfait, j’en veux plus encore : ‘tu m'as donné du pouvoir, j'aimerais bien en avoir plus et là, le démon, il rigole, il rigole.

Ça c'est le fait de ceux qui sont prodigues pour attirer sur eux-mêmes.

Et à l'inverse, ils nous révèlent toute notre pauvreté : combien nous sommes misérables, à tel point que nous avons dépendu de ces gens.

 

Regardons Jésus et le signe des pains et des poissons : c'est la prodigalité divine.

Regardez : à partir de leurs maigres provisions à eux, Jésus produit le miracle eucharistique.

Il ne sort pas de ses poches, les pains et les poissons manquants : à partir de leurs maigres provisions à eux, à partir d’eux- mêmes, il extrait toute cette richesse qui va être nécessaire pour nourrir et nourrir en abondance : il y a du surplus, ce qu'il n'y a pas dans la prodigalité humaine car il n'y en a jamais assez.

Dans la prodigalité divine, il y a abondance : il y a des restes.

 

Regardez encore ce miracle eucharistique, ce partage des pains et des poissons qui se multiplient: Jésus obéit à son Père ; c'est ça, sa puissance !

Il ne promet pas de partager son trône de gloire sur les empires terrestres, il tourne vers son Père ; il bénit pains et poissons en tournant vers le ciel, les dons qu’il fait, il n'attire pas à lui.

 

Et la troisième chose qui est super importante, contrairement au Nutella de ce supermarché, cette  prodigalité divine produit comme une espérance : celles et ceux qui communient à cette abondance de Dieu ne sont pas à vouloir se faire la guerre, pour chacun avoir son avantage ; mais cette prodigalité divine construit une communauté réunie par une seule chose : l'espérance.

Le désir aveugle et sourd se transforme en une commune espérance.

Désirer et espérer ce n'est pas la même chose ; permettez-moi de penser qu’’espérer’ est supérieur à ‘désirer’.

 

Au moment de la quête, nous allons être distraits, nous allons chercher notre porte-monnaie mais nous pourrions tourner le regard vers l'autel qui se prépare avec hosties, vin et l'Eglise nous invite à y voir vraiment, vraiment, vraiment nos maigres provisions.

Ce n'est pas Dieu qui nous donne, c'est nous qui déposons sur l'autel nos maigres  provisions.

Ne dépendons pas du sac de riz, de la baisse des impôts, du pouvoir que l'on nous promet pour nous mettre dans la poche, non !

Sur l'autel c'est ce que nous donnons de nous-mêmes, nos provisions ; sur l'autel, au moment de la quête de l'offertoire.

Et nous y recevrons cette grâce, cette prodigalité, ce qui étanche un peu notre désir, converti en une commune espérance, comme dit Paul aux Ephésiens.

 

Je vous invite, en cet été, à ne pas perdre notre unité, notre prudence car tout ce qui brille n'est pas d’or !

 

Amen.


Vendredi 27 juillet 2018

 

L’Evangile est redoutable qui nous oblige à vérifier nous-mêmes ce que nous avons compris, ce que j’ai compris, ce que j’ai compris de tout l’Evangile. Il y a celui qui entend la parole du Royaume sans comprendre et celui qui entend la parole et comprend. Notre fécondité ou bien notre existence vient vérifier si j’ai, si nous avons compris cette parole. Que dire alors qui manifesterait que j’ai compris, que dire alors qui manifesterait que nous avons compris ou pas encore compris ? Comprendre la parole de Dieu, c’est sans doute aimer l’amour, mais une fois qu’on a dit cela, il y a encore beaucoup de choses à vivre, à faire et à dire.

 

Je vous propose l’éclairage suivant qui vaut ce qu’il vaut : nous sommes tous des êtres de désir. Et quand Jésus nous parle il vient parler à ce désir-là qui est au fond de nous.

Le désir en nous a trois particularités.

La première, c’est qu’il nous appartient,

la deuxième, c’est qu’il est complètement sourd et aveugle,

la troisième, c’est qu’il est insatiable, c’est-à-dire que le désir est toujours un assoiffé.

 

Nous sommes des êtres de désir. Cette terre qui reçoit la semence dont il est question dans la parabole du semeur, c’est cette terre affamée, assoiffée. C’est notre terre à chacun, chacun la sienne. Ce n’est pas le désir du voisin, c’est le mien. Que faire avec ce désir, s’il est sourd et aveugle, s’il est insatiable et nous appartient ? Il peut partir dans tous les sens. Deux sens très opposés : ou bien il va vers le bien, ou bien il va vers le mal. Généralement ce n’est ni complètement du côté du mal, ni complètement du côté du bien, mais ces deux directions très opposées existent. Le bien, c’est ce qui, à travers nous, puisque ce désir va se développer à travers nous, à travers nos mains, nos corps, nos paroles, c’est donc ce qui va servir tout ce qui est plus petit que nous, tout ce qui est comme nous et tout ce qui est plus grand que nous. Plus grand que nous, donc Dieu lui-même. Et le mal, c’est tout ce qui va à travers nous desservir tout cela. Généralement, ce qui dessert, c’est ce qui divise et détruit. C’est Dieu qui est à l’origine de ce désir. Ce désir a pour vocation plutôt le bien. Si le désir produit le mal il peut s’annuler lui-même et nous emporter vers la mort. Puisqu’il est sourd et aveugle, comment l’orienter vers ce pour quoi il est fait, vers le bien ?

 

Il est bon aussi de se dire qu’il y a trois façons d’être : esclaves, mercenaires ou fils.

L’esclave, c’est celui qui n’aime pas le bien mais qui le fait quand même. Il a très très peur de la réprimande. Il pense que Dieu peut nous faire du mal : ayant très peur, je fais quand même le bien mais le bien, je ne l’aime pas.

Le mercenaire, c’est celui qui aime bien le bien et qui va le faire parce que lui, en revanche, ce n’est pas la réprimande qu’il attend, c’est la rétribution : je veux un certain nombre de bénéfices. Je veux que le Seigneur me fasse des cadeaux. Je vais être un gentil petit élève qui attend ses images.

Puis il y a le fils, comme Jésus, qui aime le bien et le fait tout à fait gratuitement. Le fils n’a pas peur et n’attend aucune rétribution. Il aime le bien pour lui-même et l’accomplit. Il aime l’amour. C’est un désir qui a trouvé sa direction. Je pense que c’est cette fameuse bonne terre.

 

Trois façons de rester dans cette direction, autant que possible.

La première, c’est fuir de toutes ses forces tout ce qui est caché dans notre vie, je peux faire des choses en cachette, manger ou autre, me disant que si le Bon Dieu me voit il est grand et miséricordieux, mais le regard des autres me gêne. Fuir cela au maximum.

La deuxième chose se relie à notre faiblesse, fuir l’orgueil, fuir la vanité, la présomption, la prétention… On a bien des raisons d’être pleins de talents. Entendez : celui qui comprend la parole porte du fruit mais chacun selon son charisme ; pour certains c’est cent, d’autres soixante, d’autres trente, peu importe, on pourrait s’en enorgueillir, pas possible ! Attention. Fuyons cela le plus possible.

 

La troisième chose, je suis toujours en chemin. Cela n’est jamais acquis. Ce n’est pas parce que, un jour, l’amour a été lumineux dans ma vie, que c’est terminé comme si j’étais sur orbite. Nous ne  sommes pas sur orbite dans la vie spirituelle. Amen. 


Jeudi 26 juillet 2018

 

Nous voilà plongés au cœur du cœur du cœur du cœur du cœur du mystère de la foi : croire c’est espérer ; posséder ce que l’on espère, est-ce encore espérer ? C’est ce que dit Saint Paul dans l’une de ses lettres. Le désir, le désir qui anime toute vie, si tout d’un coup il est comblé, ce désir existe-t-il encore ?

 

Nous rencontrons autour de nous quantités de personnes qui sont malades du désir : ou bien ils n’osent pas désirer, ils ont peur de désirer, ils ne savent pas désirer, ou bien, d’une certaine façon, ils désirent trop. Cela peut donner toutes sortes de choses qui vont de la dépression à la violence et à la tristesse… Nous ne pouvons pas croire sans désir, ou si ne parvenons pas à faire quelque chose de notre désir.

 

« Les prophètes et vos pères ont tant désiré voir ce que vous voyez et entendre ce que vous entendez » rappelle Jésus à ses disciples dans l’Evangile. Et bien nous, nous croyons que ce qui anime notre vie, ce que nous désirons trouve sa place en Jésus. Nous désirons ce que Jésus désire. Ce que Jésus désire, nous le désirons. Il y a toujours du désir. On garde la corde de l’arc bien tendue, il y a toujours du désir en nous, un désir qui nous fait avancer. Parfois il nous faut prendre patience et parfois il nous faut accepter de recevoir ce que nous n’aurions pas voulu ou attendu. Parfois il nous faut accepter d’avoir un peu faim, parfois il nous faut accepter d’être dans la réconciliation et le pardon et c’est une affaire de désir : j’attends. Voyons la façon dont Marie a attendu, en compagnie d’Elisabeth la venue au monde de celui qui lui était annoncé. Nous désirons en Jésus. Ce qu’il désire, lui, c’est notre désir et réciproquement. Cela, c’est un cadeau qui nous est fait.

 

Alors Anne et Joachim ont désiré voir et entendre ce que nous, nous pouvons désirer en Jésus. Mais eux, ils ont été la génération d’avant. Ils ont fait le don de leur fille. Alors n’ayons pas peur de désirer ou d’aimer, que ce désir prenne sa place dans le désir-même du Fils. « J’ai ardemment désiré manger cette Pâque avec vous… » Voilà le désir de Jésus. Que ce soit aussi le nôtre et c’est ce que nous allons vivre dans quelques instants.

Amen.


Mercredi 25 juillet : st Jacques de Majeur.

2 Co 4, 7-15 : Tribulations et espérances du ministère.

Ps 125

Mt 20, 20-28 : Demande de la mère des fils de Zébédée. Les chefs doivent servir.

 

Cette image que saint Paul utilise dans sa deuxième lettre aux Corinthiens, est célèbre et elle est en même temps très instructive ; je vous la redis , il parle de nos vies,

de nos corps,

de nos êtres comme à la fois vase d'argile (contenant) et trésor (contenu), les deux ensemble : ‘nous sommes comme des trésors dans des vases d'argile’ et donc la puissance extraordinaire des Apôtres, (chacun des baptisés en puissance), ne vient pas de ce qui se voit (les vases d'argile) mais de ce qu'il y a à l'intérieur du vase d'argile ; pourtant le vase d'argile est nécessaire pour porter ce trésor comme s'il venait à se répandre et à se perdre s'il n'y avait pas ce contenant, aussi fragile qu'il soit.

 

Ça peut renvoyer à notre nature,

à notre nature fragile,

à notre nature changeante, inconstante, capable du plus beau (notamment avec l'aide de la grâce) comme capable du plus laid, quand elle s'abandonne à elle-même.

Mais il y a plus grand encore que cette nature, il y a ce trésor qui est à l'intérieur et qui assurément, est la grâce, la grâce que les Apôtres ont su nous communiquer par leur foi et par leur parole, par la puissance des sacrements.

 

Le point de contact en nous-mêmes, entre cette grâce (ce trésor) et ces vases d'argile (dirons-nous notre nature, notre vie, nos corps), ce point de contact c'est l’humilité ; l'humilité est la mère du discernement.

Elle est à la fois point de contact, moment le plus rayonnant entre le trésor et le vase (ce qui fait de nous des êtres lumineux, des êtres féconds, capables de transmission et de communication de la grâce, la puissance de Dieu) mais l’humilité est aussi mère du discernement, c'est-à-dire qu'elle nous permet d'anticiper tout ce qui va être, de notre part, choix malheureux, décisions qui nous conduiraient au péché ; en tout cas qui manifesteraient la fragilité du vase, jusqu'à peut-être que ce vase, tellement fragile qu'il soit, finisse par se rompre et donc laisse se perdre ce qu'il y a à l'intérieur.

 

Discerner (je le disais déjà, hier) c'est anticiper tout ce qui viendrait nous conduire dans des ornières,

tout ce qui nous conduirait au péché,

attaquer le mal à sa racine,

connaître les signes avant-coureurs en nous-mêmes de ce qui serait l'ambition,

l’orgueil,

ce qui serait la vanité,

ce qui serait le pouvoir ; anticiper cela, pour mieux s'en prémunir,

s’en détourner,

préserver le vase, qu'il ne soit pas brisé ;

mieux porter le contenant précieux, cette grâce.

 

Plusieurs façons pour toujours rester assez proche de cette humilité-là,

ne pas perdre cette humilité,

ne pas perdre cette lumière brillante :

premièrement, c'est se rappeler toutes les grâces que nous recevons dans notre vie, cette puissance qui agit à travers notre faiblesse.

Cette puissance n'est pas de nous, ça demande de l'humilité.

La puissance de Jacques et de Jean n'est pas dans leur pouvoir terrestre, ils n'en ont pas, sinon celui-là seul du service et du sacrifice ; la puissance leur est donnée, c'est un don.

Nous rappeler tout ce que nous recevons et même si nous croyons très honnêtement, en être pour quelque chose ; eh bien, bien avant ce quelque chose, il y a certainement la puissance de Dieu.

 

Pour rester au plus proche de l'humilité, essayer aussi de ne condamner personne.

On a bien des raisons d'en vouloir à des tas de gens et notre histoire est souvent parsemée de moments injustes; ne pas en vouloir, ne pas condamner ; ça ne nous appartient pas.

Jacques et Jean ne reçoivent pas le pouvoir terrestre d'être juges et de condamner qui que ce soit.

 

Et puis surtout, se rappeler que nous sommes des vases d'argile, nous sommes fragiles : pas trop d'ambition au sens de ne pas se prendre tout de suite pour des demi-dieux,

 des trois quarts de dieux,

des dieux entiers mais tout simplement, pour des instruments.

 

Ces petits conseils nous aident à rester au plus proche de ce vrai trésor qui est, et la grâce et l'humilité, ce que Jésus rappelle Jacques et Jean.

 

Amen


Mardi 24 juillet 

Mi 7, 14-15. 18-20 : Prière pour la confusion des nations. Appel au pardon divin.

Ps 84

Mt 12, 46-50 : La vraie parenté de Jésus.

 

En lisant l'exhortation du pape François intitulée : ‘la joie de l'amour’, l'exhortation qui a maintenant un an (peut-être, un peu plus), nous découvrons qu’il y a deux manières de voir la question familiale, la famille : une manière (en exagérant toujours un peu) une manière un peu fixée, une sorte de chose immobile et qui s'imposerait comme une sorte de modèle

ou bien davantage une réalité vivante, lieu de maturation, de processus de singularisation de chacun, de recomposition de liens et de transmission : le père n'est pas le fils ; le fils à son tour, devient père d'un autre etc.

 

Lorsque la famille de Jésus vient frapper à la porte, (libre à nous de la regarder d'une manière ou d'une autre), en tout cas, Jésus répond par une question, qui m'a inspiré le thème du discernement.

 

Le discernement, ça n'est pas savoir ce qui doit arriver mais c'est connaître par quelle voie, quelque chose doit arriver et surtout quel moment ; c'est connaître les moments favorables, l’heure : "l’heure est venue" ; "Femme, mon heure n'est pas encore venue".

 

Le discernement, c’est sentir,

connaître,

voir,

toucher les étapes par lesquelles une chose doit survenir dans notre histoire et du coup, repérer à quel moment une chose va éclore ; un peu comme (si nous regardons du côté du travail de la terre) quelqu'un sait les étapes de maturation d'une plante.

Il en est ainsi avec le disciple de Jésus.

 

Discerner, c’est mener le combat contre le Mâlin qui jamais, ne viendra frontalement sur notre terrain car sinon, nous serions tous vainqueurs, toujours ; or ce n'est pas le cas.

Pour pouvoir déjouer la guerre qui peut nous être menée, il faut pouvoir attaquer la racine du mal et donc, anticiper, mieux connaître les processus dans nos vies.

 

On peut donc regarder cette rencontre de Jésus avec les siens, comme la volonté de Jésus (tout du moins dans son enseignement, par la question posée), la regarder comme une question qui nous est adressée à nous : ‘savez-vous discerner les moments,

les temps,

les étapes

et les processus ; savez-vous discerner ?

Êtes-vous capables de sortir de votre trésor du neuf et de l'ancien et êtes-vous capables d'entendre ma parole ?

"On vous a dit, moi je vous dis".

Tout homme qui écoute les commandements de Jésus est donc semblable à celui qui tire de son trésor du neuf et de l'ancien.

 

Pour bien discerner,

pour bien anticiper,

pour bien connaître les temps et les moments, il faut être un bon auditeur de la parole, bien connaître les commandements de Jésus et les vivre ;

alors nous connaissons les temps et les moments,

alors nous sommes de moins en moins pris par surprise,

alors nous sommes de moins en moins des victimes,

nous sommes de moins en moins des passifs,

nous sommes de plus en plus acteurs.

 

Marie le savait, Marie a appris au contact de son Fils.

Certes, elle a été surprise par la parole de l'ange, certes le moment n'était pas encore venu à Cana mais elle a appris ; elle était là au bon moment, à la Croix,

elle était là au bon moment, avant la Pentecôte,

elle était là au cœur de la communauté, gardant et méditant toutes ces choses.

Marie a appris à discerner, à connaître les temps et les moments favorables.

Prions, prions-la, elle, pour que nous vienne cet esprit de discernement,

que nous soyons de plus en plus de fins connaisseurs des temps et des moments dans l'histoire du monde et dans notre vie.

 

Amen.


Dimanche  22 juillet

Jr 23, 1-6 : Oracles messianiques. Le roi de l’avenir.

Ps 22

Ep 2, 13-18 : Réconciliation des juifs et des païens entre eux et avec Dieu.

Mc 6, 30-34 : Jésus et les foules.

 

Après que le peuple d'Israël a quitté la terre d'Égypte, après que ce peuple a traversé pendant 40 ans, le désert (vous savez qu'ils étaient sous la houlette de Moïse), voici qu'ils traversent le Jourdain et de l'autre côté du Jourdain, ils font l'expérience de la sédentarité : ils ne sont plus nomades mais sédentaires.

Étant sédentaires, commence à paraître un certain nombre de conflits, de différents, la paix commence à se fragiliser et voici qu'il faut qu’il y ait des hommes investis d'un pouvoir, qui viennent entretenir la paix,

arbitrer,

rendre justice : on les appelle des juges.

 

À un moment donné, (on est à l'époque du prophète Samuel) le peuple est déjà sédentaire depuis un certain temps) le peuple dit : ‘donne-nous un roi, on veut un roi comme toutes les autres nations autour de nous, ont le leur ; c'est bien un roi, on veut être comme eux et de cette façon-là, la paix sera toujours présente à l'intérieur de notre peuple, il n'y aura plus de différents et puis surtout, on sera fort devant les nations étrangères qui veulent nous faire la guerre.

Ça irrite Samuel qui demande au Seigneur et puis finalement : un roi ; vous savez, c'est l'expérience de Saül, David, Salomon et puis le peuple, ce fameux royaume va se séparer en deux et il va y avoir les rois du Nord, les rois du Sud.

Ces rois, les uns après les autres, qui exercent le pouvoir au nom de Dieu, vont l'exercer non pas au service des autres mais ils vont se servir eux-mêmes ; (ils vont être des bienfaiteurs, comme au départ, des humbles choisis par le Seigneur) mais ensuite leur pouvoir va n’être rien d'autre que se servir eux-mêmes.

Alors le peuple est fatigué et des prophètes régulièrement, rappellent à ces rois-là que leur pouvoir ne vient pas d’eux, il n'est pas pour eux, il est pour ce peuple de l'Alliance.

 

Une promesse est faite par le Seigneur : ‘arrivera un jour, un bon berger, un vrai roi, un bon Pasteur, qui fera l'unité et surtout qui prendra soin des brebis, des brebis fatiguées, malades et qui les conduira sur des pâturages d'herbe fraîche ; le peuple sera en sécurité, défendu de ces nations étrangères qui l’entourent et il sera en confiance avec le Seigneur’.

Il se trouve que ce roi annoncé (il est dit dans la Bible, vous l'avez peut-être entendu dans cette première lecture, il pourra être un successeur de David, comme si David avait été ce roi par excellence, magnifique (il a eu son péché David, aussi), nous croyons que ce roi annoncé, ce bon Pasteur, celui qui exerce un pouvoir, non pour lui-même mais au service de ses frères, des plus petits du troupeau, c'est Jésus.

 

D'ailleurs, on le voit dans l'Évangile : ‘venez, venez (les disciples reviennent de mission) ; venez, vous reposer, vous devez être fatigués ; venez, vous restaurer, on va aller à l'écart (voyez, ils n'ont même pas le temps de manger) ils vont à l'écart et les foules arrivent nombreuses et Jésus est pris aux entrailles.

Il est pris au cœur, c'est sa relation avec son Père qui vibre, c'est l'amour du Père et du Fils qui vibre en voyant des foules qui ont l'air d'être encore, sans berger.

 

Mais que font les docteurs de la loi ?

Que font les pasteurs de ce peuple pour que des brebis soient à ce point, comme errantes?

Et Jésus, lui ne va pas manger, il va les enseigner, les instruire : voilà un exemple ; Jésus est donc cet exemple du bon Pasteur, du bon berger.

 

On pourrait se demander d'où vient en nous, cette tentation du pouvoir qui vient comme nous renfermer ?

D'où vient en nous cette tentation d'un pouvoir qui se renferme sur lui-même ?

D'où vient en nous cette tentation ?

En nous, il y a comme une sorte de grande faim, de grande soif, de grand désir, un grand désir de pouvoir être en sécurité,

de pouvoir être en paix,

protégé,

d'être dans sa zone de confort.

 

Si on regarde Jésus, au début de l'Évangile, il va être au désert pendant 40 jours, souvenez-vous : c'est le texte que nous lisons le premier dimanche de Carême.

Il y est conduit par l'Esprit Saint et il va être drôlement accueilli par le démon.

Au bout de 40 jours, il a faim et soif, il a faim : son désir est tendu comme la corde d’un arc, bien tendu.

Que va-t-il se passer ?

Trois tentations vont apparaître dans cette soif (parce que au bout de 40 jours dans le désert, on aurait envie de retrouver un peu son chez soi) ; je ne sais pas si vous partez comme ça 40 jours, loin de chez vous ; est-ce que au bout de 40 jours, vous seriez peut-être contents de retrouver votre lit, par exemple ; peut-être !

Imaginez : 40 jours dans le désert,  Jésus, la corde de son arc est bien tendue d'un désir de trouver stabilité, confort, sécurité (après tout, pourquoi pas ?).

 

Vont apparaître trois tentations : tentation du pouvoir,

tentation du savoir

et tentation de l’avoir.

Ça va apparaître chez lui : il a faim, il est dans ce désir d'un confort et d'une sécurité et apparaissent en lui, trois désirs très forts, trois incarnations de son désir : je veux le pouvoir, je veux du savoir et je veux de l’avoir ; je veux posséder, je veux connaître et je veux exercer un service ou une domination sur d'autres.

 

Que va faire Jésus ?

Vous le savez, (premier dimanche de Carême) Jésus va toujours en référer à la parole du  Père, à l'Ecriture : il va être dans la prudence et il va rejeter ces tentations parce qu'il a repéré que c'étaient des tentations.

 

Il se trouve que lorsque ce pouvoir, ce savoir et cet avoir apparaissent alors que nous sommes au comble de notre désir d'asseoir notre sécurité, le grand danger c'est lequel ?

C'est qu’après avoir tout investi dans le pouvoir,

tout investi dans l'avoir

 et tout investi dans le savoir, je découvre que je ne sais rien, je ne possède rien et mon pouvoir, j'en veux encore ; c'est une tentation.

J'ai très faim et je me rends compte au final, qu’après avant avoir tout investi, j'ai encore plus faim : c'est un mirage ; le démon aurait pu lui faire croire que c'était vrai mais il avait bien repéré que c'était un mirage.

 

Vous savez, quand on a du pouvoir, quand on a du savoir et beaucoup d'avoir et que c'est uniquement pour sa sécurité, son confort personnel, uniquement pour son quant-à-soi, le grand danger c'est lequel ?

D'en redemander, premièrement : on n'en a jamais assez ou bien de se faire avoir parce qu'on vit au détriment du regard des autres.

 

À quoi ça sert d'avoir tant ? À impressionner les autres : ‘Ah ! tu as vu ?’

À quoi ça sert de savoir tant ? A impressionner : ‘Ah ! mais tu sais beaucoup de choses’.

À quoi ça sert  d'avoir tant de pouvoir ? Ah ! je m’incline’

 

Quel pouvoir avez-vous ?

Mais quoi ça sert de vivre aux dépens des autres ?

À quoi ça sert?

C'est le grand danger de ceux qui ont pouvoir, savoir et avoir uniquement pour eux-mêmes ; c'est ce qui est condamné dans la première lecture : ces bergers qui n'exercent pas ce pour quoi  ils sont faits : ils ont du pouvoir mais c'est pour mieux se servir eux-mêmes.

Ils ont donc un troupeau mais c'est pour que le troupeau les loue :

‘ah ! que vous êtes grands !

ah ! que vous savez des choses !

ah ! ce que vous êtes riches !

 

Mais ce n'est pas ce que cherche le Seigneur : s’il a des rois, ce n'est pas pour qu’on  s’incline devant eux, c'est pour qu'ils reconnaissent celui qui est au-dessus de leur tête et qui leur donne mission : le Père.

Jésus aurait pu savoir beaucoup de choses, il aurait pu avoir, il aurait pu pouvoir beaucoup de choses : l'avant-veille de sa crucifixion, alors qu'il était au jardin des oliviers, il aurait pu avoir (avoir !) une armée d'anges ; mais il y renonce.

Qu’auraient-ils pu faire ?

Lui épargner les soldats qui venaient pour l'arrêter ; il y renonce.

 

Jésus aurait pu savoir quelle était l'issue certaine : la mort, il avait deviné (d'ailleurs, il en parle aux disciples) aurait-il pu savoir de science certaine qu'il allait ressusciter, lui ?

Pas sûr ! Si non, ça veut dire qu'il aurait fait semblant de mourir : ‘oh ! Je vais mourir ; oh !eh bien de toute façon je sais que je ressuscite donc je vous dis à tout à l'heure.’

Non, c'est une vraie mort, c'est une vraie mort avec tout ce qu'elle comporte : la crainte de perdre tous ceux avec qui on a construit des liens,

tout ce qu'on a construit ; une vraie mort comme peut en vivre les uns, les autres dans nos entourages ; il descend pour de vrai sous terre ; pour de vrai, il va rejoindre les morts dans les enfers ; il ne fait pas semblant.

 Il aurait su d'une science certaine qu'il allait ressusciter tout de suite, il aurait fermé les yeux et il aurait attendu ; ce n'est pas ce qu'il fait.

 

Et le pouvoir ?

Effectivement, il aurait pu tout de suite faire tomber le feu du ciel sur tous ses détracteurs, (vous savez ces pharisiens et chefs de la Loi qui, tout au long de son pèlerinage jusqu'à Jérusalem, n'arrêtent pas de l'accuser) ; jamais ! ce sont ses disciples qui ont voulu, Jacques et Jean ; mais pas lui ; jamais il n'a fait tomber le feu du ciel ; il en avait le pouvoir.

Il y a renoncé et c'est ce qui fait sa force : il n'est pas tombé dans le piège du diable qui consiste à dire : ‘tu veux ta zone de confort,

tu veux la préserver,

tu veux construire ton château fort pour être mis en sécurité ; allez, je te donne le pouvoir.

 Je te donne beaucoup d'argent et je te donne une grande science’ ; il y a renoncé.

Il est allé nu, nu jusqu'à la croix.

 

 

Ces textes viennent un peu comme dénoncer des excès que les uns et les autres, nous pouvons avoir en communauté ou même à l'extérieur.

Par exemple, quand nous sommes prêtre,

quand nous sommes diacres

ou relais village,

quand nous préparons des obsèques,

des mariages,

quand nous faisons de l'accueil,

quand nous avons une équipe de KT, nous avons un service qui nous est confié donc, nous avons un pouvoir.

Ce n'est pas mauvais en soi, ce n’est pas mauvais ; qu’en faisons-nous ?

 

Est-ce que c'est pour asseoir notre besoin de confiance et de sécurité,

exister aux yeux des autres

ou est-ce que c'est pour servir ?

 

C'est la question qui nous est adressée à tous car il arrive que nous déployons toute notre énergie en communauté, pour mieux exister nous-même ; alors nous sommes assez aveugles sur les autres et c'est vrai aussi à l'extérieur : je suis dans un club : c'est moi qui suis trésorier du club ; je suis au travail, par rapport à mes voisins, on a toujours un pouvoir et c’est nécessaire, nous en avons besoin.

Mais est-ce pour moi ou est-ce pour les autres ?

Voilà l'enjeu.

 

À quoi ça nous sert aujourd'hui, nous qui venons à la messe ce matin.

L'enjeu c'est le suivant, il y a deux enjeux.

 

Le premier c'est de se dire : ‘il faut déjà que le curé soit bien à sa place et nous, nous aurons la nourriture que nous voulons, nous serons vraiment bien accompagnés comme ces brebis qui vont être accueillies sur des pâturages d'herbe fraîche ; que le curé fasse bien comme il faut son travail, nous, nous serons en protection.

 

C'est vrai ! mais ça peut se retourner contre les brebis.

Si les brebis sont dans leur quant-à-soi, préoccupées du regard des autres, elles auront un mauvais berger.

Encore faut-il avoir faim, sans quoi le berger peut toujours donner des tas de trucs, on attend toujours autre chose ; encore faut-il avoir faim !

Ce n'est pas toujours vrai mais c'est vrai beaucoup : on a le pasteur que l'on mérite, (pas toujours mais ça marche des fois) ; en plus, on peut se le demander, en quoi ça peut marcher ?

 

La deuxième chose c'est : ces soifs de sécurité,

ces soifs de confiance,

de protection qui font partie de notre être (on en a besoin depuis les origines) : soit nous les trouvons dans tous ces faux-semblants qui s'appellent : pouvoir, savoir, avoir ; soit nous les trouvons dans une autre nourriture qui vient réellement calmer notre faim,

réellement nous nourrir et nous élève : c’est Jésus lui-même ; il n'a pas le temps de manger et en plus, il se donne en nourriture et nous allons le trouver dans l’eucharistie, juste après ; juste après il s’offre pour nous.

 

Au lieu de sonner trompette autour de nous, au lieu de montrer combien nous sommes importants, décidons plutôt d'emprunter cette voie toute petite, de cette brebis qui s'est écartée du troupeau, qui va être récupérée par le Christ lui-même, qui vient la faire paître.

 Prenons le chemin de cette brebis-là et allons jusqu'à la table où il s’offre en nourriture pour nous (après tout c'est le sens de nos communautés) : nos communautés c'est d'abord : partager celui qui est vraie nourriture pour nous, plutôt que d'aller nous perdre dans toutes sortes de mirages.

 

Alors, demandons au Seigneur, qu’il nous aide vraiment les uns, les autres (qui que nous soyons) petits et  grands,

investis ou pas,

conscients ou pas de toutes nos forces et de toutes nos faiblesses

qu'il vienne nous nourrir,

qu’il creuse en nous cette vraie faim de son Corps, de son Sang, de sa parole et de sa vie et nous pouvons demander à Marie, elle qui sait tout de choses, (qui sait ça, depuis le début de son Fils), qui n'a jamais emprunté le chemin du pouvoir, du savoir et de l’avoir, de veiller sur cette route.

 

Amen.


Vendredi 20 juillet 

Is 38, 1-6. 21-22.7-8 : Maladie et guérison d’Ezéchias.

Ct  Is 38

Mt 12, 1-8 : Les épis arrachés.

 

Il est question de l'Ecriture dans ce texte, Jésus faisant référence à l'Ecriture.

L'Ecriture nous paraît souvent paradoxale, comme si une chose et son contraire pouvaient être affirmés mais celui qui les connaît, croit qu'il n'y a rien de trop, ni rien de mal dans la création et que "tout concourt au bien" et que même, Dieu transforme merveilleusement tout ce qui pourrait être contre sa volonté.

Dieu transforme merveilleusement, en lisant l'Ecriture (ceux qui connaissent, peuvent en attester), tout ce qui pourrait paraître comme contraire à sa volonté et nous en avons un exemple, ici, dans l'Évangile (et nous en avons toujours un exemple, dans l'Évangile) car le Christ fait en lui, l'unité de toute l'Ecriture : Ancien et Nouveau Testaments.

 

Une loi transgressée et Jésus va, sans périmer l'Ancien (Testament), révéler le sens de la justice divine : "Vous connaîtriez, vous sauriez que personne n'a commis de faute".

La pointe, dans l'Ecriture (pour ceux qui la connaissent) c'est la miséricorde et non pas le sacrifice.

Entrez dans cette dynamique-la pour être parmi les disciples de Jésus, pour vous laisser convertir car reconnaissons-le, la justice divine souvent, c'est la nôtre; reconnaissons que ce que Dieu aime, ce n'est pas nécessairement ce que nous aimons, nous.

Pour rentrer dans cette justice de Dieu, nous pouvons déjà commencer par reconnaître humblement que ce qui souvent, va mouvoir nos jugements, c'est notre faim.

 

Mais notre faim est-elle bien orientée ?

Si je vais juger quelqu'un, si je vais être dans le : ‘j'aime’ ou le ‘ je n'aime pas untel ou une telle’, si je vais être dans : ‘un tel ou une telle a tort ou a raison’, peut-être que, ce qu'il y a derrière, c'est ma faim.

Évidemment, pas une faim de pain, on est d'accord, mais mon désir : vous voyez que si c'est mon désir qui est à l'origine de mon jugement, ça veut dire que ça n'est pas du tout orienté vers le Père, c'est orienté vers mon estomac, c'est orienté vers moi, vers mon moi ; je vais vérifier et estimer toute chose à partir de ma hauteur personnelle, de ma hauteur.

Il faut que je commence par concevoir tout simplement : ‘oui, j'ai faim’ ; d'ailleurs ce n'est ni bien ni mal mais autant le reconnaître, voyez-vous, parce que Dieu n’est pas mon ventre.

"Ils avaient faim les compagnons de David, ils ont mangé".

 

Ensuite, recourrez aux Ecritures ; les Ecritures, il faut les connaître, il n'y a pas à transiger ; on n’a aucune excuse.

Il y a 50 ans, on aurait dit : ‘mais oui ! mais à l'époque, l'Ecriture, on ne la connaissait pas, on n’avait pas le droit de l'ouvrir ; c'est vrai mais ça ne marche plus, ça, c'est fini depuis 50 ans.

Mais il faut les ouvrir, (non mais sans blague !), pas seulement le ‘Prions en Eglise’ et rechercher le trésor qui est au milieu car de la première page à la dernière, c'est le Christ qui est à l'intérieur, c'est le Christ, de la première page à la dernière.

L’Ecriture, ce n'est pas ce que le prêtre en dit le dimanche (peut-être, un peu, mais) mais c'est bien plus large que ça !

 

 Que fait Jésus dans ce passage ?

Il va faire référence à l'Ecriture comme il fera d'ailleurs, dans le désert des tentations et comme il fait en de multiples occasions.

Ce retour à l'Ecriture permet de ne pas confondre mon ventre avec le Père car, sans quoi, il peut tomber dans un imbroglio terrible : justifier, de se justifier, de se justifier.

Est-ce qu'on n’est pas comme cela, parfois, entre nous ?

 

Ensuite, imiter le Christ (ça, c'étaient des petites choses, les jours précédents).

S'il est question de miséricorde, on peut tout simplement regarder comment Jésus est miséricorde.

Alors là, on est plutôt dans une sorte d'échange verbal mais combien de fois est-il miséricorde, Jésus, dans l'Évangile ?

Plein de passages ; de manière très concrète, très concrète : l'aveugle de Jéricho, la femme adultère chez st Jean, la femme pécheresse qui vient baiser ses pieds, par exemple, Jésus qui prend ses repas avec les publicains ; l’imiter.

 

Et puis, reconnaître son péché (ce n'est pas pareil que reconnaître sa faim), reconnaître son péché c'est dire : ‘eh bien oui ! j'ai confondu ma faim avec le Seigneur’, ça c'est le péché.

Mais avoir faim, c'est avoir faim, je reconnais que j'ai faim et que du coup, parce que j'ai faim, je peux être trompé (je ne suis pas toujours trompé, notez !).

 

Amen.


Jeudi 19 juillet 

Is 26, 7-9.12.16-19 : Psaume.

Ps101

Mt 11, 28-30 : Jésus ,maître au fardeau léger.

 

"Venez à moi… Apprenez de moi… ".

Avoir trouvé le trésor ne signifie pas l'avoir acquis ; je peux avoir localisé (comme une autre parabole le dit) au milieu d'un champ un trésor, je veux être propriétaire du champ : il me faut tout vendre pour devenir le propriétaire de ce champ et de ce trésor.

 

Je peux avoir été touché par la parole de Dieu,

par un geste,

des sacrements de l'Eglise (le sacrement des malades, l’eucharistie),

je peux avoir été rejoint par un visage,

Jésus peut m'avoir fait signe mais je ne suis pas encore le disciple du Maître au fardeau léger : il me faut apprendre de lui,

venir à lui,

il me faut tout vendre.

Un fardeau a beau être léger, c'est un fardeau ; il a beau nous alléger, il n'en demeure pas moins qu'il nous faut l'acquérir, qu'il nous faut le porter ; c'est la raison pour laquelle, dans cet Évangile, il y a cette idée de prendre sur soi, avec lui un  fardeau léger.

 

Que faire ?

Ne pas en rester à une émotion et à un appel d'un temps de notre histoire,

ne pas rester sur le bord de la route mais se mettre en chemin.

Apprendre de Jésus dans l'Évangile,

essayer le plus possible, de l’imiter,

maîtriser nos passions, les lui offrir,

vouloir lui ressembler.

Nous pouvons rechercher dans nos vies la sobriété, la simplicité, nous pouvons confesser notre limite et notre pauvreté (toujours) et surtout ne pas oublier de le louer, le remercier.

 

Il y en a beaucoup qui avant nous, ont et trouvé le trésor et acquis le trésor : Marie, Jean-Baptiste, les apôtres, les martyrs, tous les saints.

Nous pouvons les prier : eux, ils ont trouvé et acquis le trésor ; ils sont allés jusqu'au Maître et ils ont porté avec lui et lui avec eux, le fardeau léger ; ils ont tout vendu et appris de lui.

Prions-les et mettons-nous en route.

 

Amen.


Mercredi 18 juillet 

Is 10, 5-7. 13-16 : Contre le roi d’Assyrie.

Ps 93

Mt 11, 25-27 : L’Evangile révélé aux simples. Le Père et le Fils.

 

Les sages et les savants dont il est question, peuvent être ceux des villes incriminées hier, par Jésus ; souvenez-vous : nous avions Corazine,

nous avions Bethsaïde,

nous avions Capharnaüm, des centres religieux où peut-être y avait-t-il beaucoup de sages, de savants et pourtant Jésus parle des tout-petits, ceux qui sont tout-petits comme le Fils l’est lui-même : ce sont ceux des Béatitudes et c'est un don qui est fait à celui qui ne le choisit pas ; ça lui est donné.

On peut le demander dans la prière mais devenir tout-petits comme les Béatitudes, ça nous est donné et quand ça survient dans une existence, c'est l'équivalent d'un grand tremblement de terre.

 

Celui qui est tout-petit, c'est celui qui tout d'un coup va faire l'expérience,

va voir,

va prendre conscience de son péché, de sa présomption et de son orgueil.

Il va voir combien présomption et orgueil ont habité sa vie et le don lui est fait, de se tenir à ‘l’orient de son cœur’.

 

Vous savez, ‘l’orient du cœur’, je pense à ce jardin des Origines dans lequel nos aïeux : le Terreux et la Vivante (Adam et Eve), après avoir consommé, dans la transgression, ce fruit de l'arbre de la connaissance du bien et du mal, tout d'un coup, se sont mis à voir.

Et à voir quoi ?

Qu'ils étaient nus.

A voir la luxuriance d'un jardin qui déjà, commence à leur échapper et ils sont chassés.

À l’orient, des chérubins protègent l'entrée de ce jardin.

 

Se tenir à ‘l’orient du cœur’, c'est se tenir sur ce seuil, se souvenir de cet état d'innocence (pourrions-nous dire) ou de ce moment de notre vie

où nous n'avions guère conscience de cette toute-puissance,

nous n'avions guère conscience de cette présomption,

guère conscience de cet orgueil,

guère conscience que nous nous recevions d'un Père Créateur

et tellement guère conscience de cela que nous avons voulu usurper sa place.

 

Alors, se tenir à ‘l’orient du cœur’, c'est constater cela et en même temps, puisque je suis sur le seuil, je me rends bien compte que hors de ce jardin,

c'est un univers beaucoup plus chaotique,

beaucoup plus irrégulier : il y a plus de plis,

d'ombre,

il y a plus de péché (pourrions-nous dire),

d'infidélité,

d'inconstance, à commencer surtout, par les miennes.

 

Se tenir à ‘l’orient du cœur’, c'est être comme Adam et regarder avec componction, (ou en tout cas, avec déception) Caïn, meurtrier de son frère ;

se tenir à ‘l’orient du cœur’, c'est regarder ces sodomites qui sont brûlés par le feu ;

se tenir à ‘l’orient du cœur’, c'est voir Salomon qui est déchu en même temps qu’Esaü, déchu ;

se tenir à ‘l’orient du cœur’, c'est voir le grand roi David pleurer son double péché ;

se tenir à ‘l’orient du cœur’, c'est voir l'infidélité de Simon-Pierre et la faillite de Judas ;

se tenir à ‘l’orient du cœur’, c'est voir l'infidélité d'Israël et la pauvreté des apôtres ;

 

mais se tenir à ‘l’orient du cœur’, c'est être riche de tout cela aussi car c'est au creux de cet exil que l'Amour vient.

Souvenez-vous : le fils prodigue, il lui a été fait don de se tenir à ‘l’orient de son cœur’ (rentrer en lui-même) ; il décide de retourner vers son père ;

souvenez-vous du publicain : "Seigneur, prends pitié du pécheur que je suis".

 

Être pécheur et se reconnaître comme tel, devant le Seigneur, ça n'est pas être misérable ; au contraire, c’est chercher les plus hautes qualités d'être mais se reconnaître pécheur, c'est se tenir tout près de la source de l'Amour (eh bien si non, pas d'amour et nous confessons un dieu mort) ; au contraire, nous recevons la vie d'un Dieu plein de vie, plein d'amour.

Encore faut-il être tout-petit !

 

Amen.


Mardi 17 juillet 

Is 7, 1-9 : Première intervention d’Isaïe.

 Ps 47

Mt 11, 20-24 : Malheur aux villes des bords du lac.

 

Corazine, Bethsaïde, Capharnaüm, sont des centres rabbiniques, des lieux de connaissance de Dieu ; pourtant ces villes sont montrées du doigt par Jésus : il leur manque de se convertir, contrairement à ce qu'auraient pu faire, en leur temps, Tyr, Sidon et Sodome.

 

La connaissance que nous avons de nous-mêmes, la connaissance que nous avons de Dieu et des autres, nous croyons qu'elle est tronquée,

qu'elle est imparfaite,

qu'elle n'est pas ajustée : nous avons de la peine à trouver le juste milieu par exemple, entre l'amour de soi et la haine de soi.

La connaissance de soi est toujours une chose délicate et en équilibre et donc du coup, la connaissance des autres et de Dieu, pareil.

 

Nous croyons alors, qu'il nous faut grandir dans une plus grande vérité de nous-mêmes et nous attacher avec plus de force à ce que nous pourrions appeler la conscience ou bien encore, un plus grand attachement à ce que, ces semaines et ces mois précédents, nous avons appelé les vertus : la justice, la prudence, la force et la tempérance.

 

Si l'humain naturel se laisse aller à lui-même, il est très enclos sur lui mais s'il cherche à se déplier et à s'ouvrir, il grandira effectivement dans une connaissance plus ajustée.

Mais alors donc, il lui faut être dans ce permanent effort de conversion ; ce que n’ont pas fait ces villes, citées par Jésus.

 

Il ne suffit pas de connaître l'Ecriture, il ne suffit pas de pratiquer et d'enfiler jour après jour des exercices de piété ; ils sont nécessaires et l'Ecriture aussi, (ô combien nécessaires !) mais il faut  ajouter tout de suite, tout de suite (à ces différentes dimensions de la vie religieuse : la lecture de l'Ecriture, la pratique), il faut y ajouter un exercice : à la fois se méfier de sa volonté propre (si elle n'est pas transformée ou si elle ne cherche pas à s’aiguiser), d'une part et d'autre part, grandir davantage dans une ressemblance avec le Christ, de manière concrète, (très concrètement) : il n'y a pas une situation de notre vie,

il n'y a pas un mouvement de nos émotions,

un mouvement de notre âme qui ne puisse trouver une ressemblance avec ce qu'a vécu Jésus.

Et si nous ne trouvons pas c’est que nous n'avons pas suffisamment lu l'Évangile.

 

Si nous trouvons une ressemblance entre ce qu'a vécu Jésus et ce qui nous est donné de vivre, alors il n'y a pas de fuite possible.

Par exemple : si quelque chose nous fait mal, nous aurions tendance à transformer ce mal (ou à chercher à le fuir, plutôt) parce qu'il nous est désagréable mais regardons si Jésus n'a pas vécu quelque mal que ce soit et ce mal-là, qu'en a-t-il fait ?

Si nous sommes appelés à vivre de la joie, une grande joie, qu'est-ce que Jésus en a fait lui-même ?

Et nous mettrions cette joie à sa juste place.

S’il nous arrive de rencontrer des personnes qui nous trahissent, par exemple, qu'est-ce que Jésus a fait en pareille circonstance ?

Et des personnes qui nous flattent, qu'est-ce que Jésus en a fait ?

Si des personnes nous font du bien tout gratuitement, qu'est-ce que Jésus a fait en pareille circonstance ?

Pensez à cette femme pécheresse qui va lui oindre les pieds.

Si des gens nous ignorent ou si nous rencontrons devant nous du silence, de l'indifférence, qu'est-ce que Jésus faisait en pareille circonstance ?

 

Ces liens très concrets entre les situations de notre vie et celles du Christ, nous permettent de récupérer ce que nous croyons avoir perdu : la ressemblance avec le Père, ce que le péché ne nous permet pas de vivre si nous nous laissons aller à notre volonté propre : ça s'appelle la conversion.

 

Et comme un aveugle ne peut pas conduire un autre aveugle ou bien alors, comme nous ne pouvons pas toujours nous fier à la paille qu’il y a dans l'œil de notre frère puisque nous n'avons pas grande connaissance de la poutre qu’il y a dans le nôtre, alors il nous faut recourir en permanence au Christ.

 

Amen.


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15 juillet 2018 : Consécration de l’autel de Meurville

 

Introduction

 

Nous voici rassemblés pour un beau moment de la vie de la communauté, celui où est consacré un nouvel autel pour l’église St Benoît.

 

Un autel ce n’est pas simplement un bloc de matériau décoratif, ce n’est pas simplement un instrument utile pour la célébration de la liturgie, il est un symbole, il représente la communauté à travers celui qui a voulu et a créé cet autel, à travers ceux qui se rassemblent autour de lui pour célébrer la mort et la résurrection de Jésus. Maisil représente aussi le Christ qui fait don de sa vie pour nous. Autrement dit, il est une des jonctions entre le Christ et nous, un lien entre ciel et terre ; d’où cette belle liturgie de la consécration qui associe toute l’Eglise à l’Eglise qui est ici à Meurville, qui célèbre la rencontre entre Dieu et les hommes, à travers le Christ.

Puisse cet autel, puisse cette liturgie être créateurs de communion entre nous.

Reconnaissons tout ce qui nous garde éloignés de cette communion et demandons au Seigneur et sa miséricorde pour la construire autour de son autel.

 

 

Homélie Mc 6, 7-13

 

Cet Evangile qui commence par l’appel et l’envoi des disciples est une sorte de mode d’emploi pour ceux que Jésus envoie en mission, donc pour chacun d’entre nous. Un mode d’emploi qui dit non pas ce que nous devons dire ou faire ; A chacun de s’adapter aux circonstances dans lesquelles il est appelé à annoncer la Bonne Nouvelle. Mais le mode d’emploi de ce que nous devons être.

 

La première chose qui apparait dans ce texte de ce que doit être le missionnaire, c’est qu’il doit être une personne libre et totalement disponible. Marc développe ce qu’est cette disponibilité : accepter de ne pas avoir de sécurité matérielle. Nous qui passons notre temps à installer des précautions dans nos vies – ainsi le veut la société d’aujourd’hui – Jésus nous dit : « Ne prenez rien pour la route » : je pense à ceux qui préparent leurs valises pour les vacances ; il ne faut rien laisser au hasard. L’invitation de Jésus c’est : « faites confiance » ; vous avez en vous les richesses qu’il faut pour bien vivre la mission.

C’est un thème qui revient souvent chez lui. Ce ne sont pas vos richesses, ni vos diplômes qui vous rendent crédibles auprès des autres, c’est ce que vous portez dans votre coeur, c’est votre attention aux autres, c’est votre disponibilité et c’est aussi votre liberté.

Le modèle du missionnaire c’est Jésus, il était totalement disponible à chacun et surtout il était libre, il n’était inféodé à aucun pouvoir religieux, il était totalement au service du projet de son Père d’apporter le salut à tous les hommes.

Il y a quelque chose de profondément symbolique dans l’autel que nous allons consacrer. Quand vous regardez aujourd’hui la plupart des églises, vous vous apercevez qu’il y a une sono, du chauffage, des micros, un instrument pour accompagner les chants. Je ne dis pas que tout cela n’a pas d’importance, mais l’autel incarne, si je puis dire, le seul nécessaire, il incarne le Christ qui est la source principale et essentielle de notre vie, de qui nous recevons ce qui fait sens à celle-ci.

Ce que Jésus voulait dire à ceux qu’il envoyait, c’était de ne pas prendre l’accessoire pour l’essentiel. Il s’agit donc de bien retrouver ce qui est l’essentiel de notre vie, ce qui lui donne un sens et un but, et c’est d’être comme Jésus branché sur Dieu, en phase avec Dieu, en relation étroite avec Dieu. C’est ce que nous rappelle l’autel quand nous rentrons dans une Eglise, il est le lieu où nous puisons la richesse de fond dans notre vie.

 

Il y a une deuxième attitude importante que souligne l’Evangile pour celui qui est envoyé. C’est l’importance de l’accueil, non pas de celui qui est envoyé, mais de ce qu’il annonce. Ce qui est en jeu, c’est ce que nous avons à annoncer. Nous nous lamentons facilement sur le fait qu’aujourd’hui l’Evangile n’est plus entendu. Mais fondamentalement, Jésus le rappelle ici, celui qui entend le message du Règne de Dieu est libre de l’accueillir ou de le refuser. Mais ce n’est pas le message en tant que tel qui dans cet accueil ou dans ce refus est important, c’est le lien créé entre celui qui reçoit le message et celui qui le lui envoie, le Christ lui-même. Nous n’avons donc pas à nous préoccuper de notre capacité à convaincre ; Ce que le Seigneur veut, c’est entrer en relation avec chaque homme. Si le destinataire du message n’est pas disponible pour le recevoir et entrer dans cette relation d’amour à laquelle Dieu l’invite, ce n’est pas de notre responsabilité, c’est le travail de l’Esprit dans le coeur des personnes qui n’est pas encore achevé. La mission pour nous ce n’est pas d’augmenter le nombre des chrétiens, mais c’est de témoigner par nous-même de l’Evangile, montrer qu’il donne sens à notre vie. Le reste appartient à la grâce de Dieu qui est le signe du lien entre Dieu et chaque homme. Cet autel que nous allons consacrer témoigne de la présence du Christ au coeur, au centre de notre vie. Il appelle à la rencontre avec le Christ. Le seul témoignage que nous avons à donner c’est d’être des intermédiaires de cette rencontre par le témoignage de notre propre rencontre. Nous n’avons pas à convaincre, mais à dire. Si nous disons bien, c’est-à-dire si nous témoignons bien, peut-être convaincrons-nous que le Christ est là au cœur de chacun pour le rencontrer. C’est en quelque sorte le message de cet autel. On peut bien-sûr remercier celui qui en est à l’origine. Mais il sera un disciple missionnaire authentique s’il s’efface derrière celui qui s’incarne dans chaque célébration eucharistique sur cet autel.

 

+Marc STENGER

 

Evêque de Troyes


Mercredi 11 juillet : saint Benoît

Pr 2, 1-9 : la Sagesse contre les mauvaises compagnies.               

Ps 33

Mt 19, 27-29 : Récompense promise au détachement.                           

 

Saint Benoît s'est dépouillé, à l'invitation de cette recommandation de l'Évangile : "celui qui aura quitté à cause de  mon Nom ", saint Benoît s'est dépouillé de nombreuses tuniques du monde jusqu'à la dernière (il s'est mis tout nu),  la dernière qui est la suffisance et la vaine gloire et il a bâti une solide clôture autour de lui : celle de la tempérance.

 

Saint Benoît a prié, il a mis au centre de sa vie et de ses frères, la prière ; une prière qui agit comme un bâton, ce bâton qu'on agite devant des chiens féroces.

Cette prière a éloigné de lui, l'ennemi mais l’a excité davantage ; elle a été aussi comme ce qui se passe dans le ciel à l'aube, (vous savez quand ces étoiles disparaissent pour laisser la place à la lumière du jour) : sa prière a su faire taire tous les bruits pour laisser paraître dans sa vie et dans celle du groupe de ses frères, le silence, le silence de l'Epoux.

 

Il a ceint son tablier, tablier du service des frères, des veilles et des longs jeûnes et il a tenu sa lampe allumée, la lampe de la prière et du silence.

Dans les deux cas, par les jeûnes, par le service des frères ainsi que par la prière et le silence, il s’est tout tourné vers son soleil : l'Epoux.


Mardi 10 juillet 

Os 8,4-7.11-13 : Anarchie politique et idolâtrie.

Ps 113b

Mt 9, 32-38 : Guérison d’un démoniaque muet.

 

Dans cet Évangile il y a un miracle, des personnes qui ne l’accueillent pas à sa juste mesure.

Ils s’étonnent : "on n’a jamais vu rien de pareil ! "ou bien, une sorte de jalousie peut-être, en tout cas de rejet: "c'est par le chef des démons qu'il expulse les démons".

Jésus est saisi de compassion, ce sourd-muet se met à parler et Jésus qui parle de la prière.

 

Je vous propose de relire ce texte dans la paix, la prière ; la prière, c'est la clef du Royaume des Cieux.

Tout ceux qui s'attachent à elle comme il faut, reçoivent par elle, tous les biens qui sont préparés et ceux qui n'ont pas confiance dans le Royaume, vont n’avoir d’yeux que pour les choses de ce monde, un peu comme dans ce texte.

Ceux qui n’ont pas confiance dans le Royaume, vont n’avoir d’yeux que pour des mesquineries, des querelles et des comparaisons : ‘oh ! il doit agir par le doigt de Satan, certainement !’ au lieu de se réjouir, tout à fait gratuitement, de ce que le Maître est capable de faire.

La prière et la clef du Royaume des cieux : tous ceux qui prient comme il faut, reçoivent tous les biens préparés pour ceux qu'Il aime et ceux qui n'ont pas confiance dans le Royaume, n’ont d’yeux que pour les choses de ce monde.

 

Comment faire pour bien prier ?

Alors là, il y a des siècles et des siècles de littérature.

Mais il y a une constante ; la première c'est : persévérer,

être dans la joie de l'espérance,

être aussi dans l'endurance de la foi,

mais persévérer, toujours.

Dans la prière : toujours remettre l'ouvrage sur l’établi.

Essayer de se détacher de tous les débats intérieurs qui peuvent surgir, chaque fois que nous voulons faire silence et de tous les débats extérieurs, aussi.

 Je ne peux pas prier en étant empêtré dans des tas de nœuds avec mes frères : ‘si tu vas présenter ton offrande à l’autel et si tu as quelque chose contre ton frère, dépose là  ton offrande et va demander pardon à ton frère’.

La prière ça va être aussi, le silence, finalement ; en tout cas tenter d'y parvenir ;

se garder de toutes sortes de rêveries car le silence peut ne pas être pas un vrai silence (il peut ne pas y avoir de débats intérieurs, il peut aussi de ne pas y avoir de nœuds avec les frères) mais je peux rêver.

 

Celui qui persévère dans la prière va finalement devenir comme Jésus dans cet Évangile : il est saisi de compassion.

Celui qui aime la prière, a alors obtenu les clefs du Royaume ; il va être comme Jésus : il va vivre ce que l'on appelle ‘la componction’ : beaucoup, beaucoup de tendresse, comme Jésus, mêlée à un soupçon de tristesse, comme Jésus car "ces foules sont nombreuses et elles sont sans berger".

 

Celui qui arrive comme Jésus, par la prière et parce qu'il aime la prière, finalement n'aura plus rien à demander dans la prière, même pas des ouvriers pour le Royaume parce qu'il le sera devenu, lui-même.

 

Amen.


Dimanche 8 juillet 

Ez 2, 2-5 : Vision du livre.

Ps 122

2Co 12, 7-10 : Paul parle de lui.

Mc 6, 1-6 : Visite à Nazareth.

 

En allant droit au but, en écoutant cet Évangile, nous sommes placés devant une sorte de dilemme : soit Jésus est le Fils de Dieu et alors, (à en croire la foule qui est à Nazareth), il ne peut pas être de Nazareth ou bien c'est un homme extraordinaire et bien sympathique, quelqu'un qu'on connaît bien, un type de chez nous, alors il est de Nazareth ; mais il ne peut pas être les deux, il ne peut pas être Fils de Dieu et de Nazareth, ce n'est pas possible : voilà ce qui se passe dans le texte.

Mais les détracteurs de chez yeux sont un peu gênés parce qu'ils ne peuvent pas nier la puissance de Jésus : Jésus accomplit de grands miracles.

Alors, il est le Fils de Dieu ou il n'est pas le Fils de Dieu?

Eh bien, ils ont opté : il ne peut pas être Fils de Dieu mais on ne sait pas pourquoi il fait des grands miracles.

 

Ce qui se passe là, c'est une des définitions d'un mot qu'on entend souvent dans la presse.

C'est un mot qui a deux grandes définitions ; la définition que l'on connaît bien, c'est chaque fois que l’on évoque ce mot dans la presse (ça je n'y reviendrai pas, vous allez voir quand je vais vous dire le mot, vous allez comprendre !) mais l'autre définition du mot c'est ce qui se passe dans l'Évangile ( je vais vous la donner cette définition).

C'est le mot scandale.

Le scandale, dans la presse, tout de suite on voit à peu près ce que ça veut dire.

Mais il y a une autre définition du mot scandale : c'est refuser (ou bien accepter, cela dépend) pour de mauvaises raisons, ce qu'au fond de notre cœur, nous aurions envie d'accepter pour de bonnes raisons.

 

Je vais prendre un exemple tout bête : vous connaissez quelqu'un qui veut absolument, par lui-même, tailler la haie de son jardin ; il ne l'a jamais fait.

Il va le faire, il va tailler la haie de son jardin et cette brave personne s'y prend très mal : la moitié de sa haie est très, très mal taillée mais cette personne-là a une sorte d'amour-propre, (une sorte d'orgueil) et de manière obstinée, il va continuer et ses voisins vont lui dire : ‘mais si tu veux on peut t’aider parce qu’on est équipé, on sait comment faire’.

‘Non, non, non !

Et puis, cette personne va se finir par se laisser convaincre par sa femme : ‘mais laisse donc, laisse donc faire d'autres, laisse donc faire ; tu vois bien que tu n'y arrives pas, la haie est tout ondulée’.

Et sur les deux derniers mètres qu’il laisse faire par les voisins, la haie est impeccablement taillée.

Alors sa femme lui dit : ‘tu vois, tu vois, tu aurais dû écouter’

L'autre ne dit rien, rouge, tout rouge !

 

De manière obstinée, il a refusé mais au fond de lui-même, il se rendait bien compte qu'il n'était pas capable ; il aurait pu tout simplement baisser la garde et laisser faire d'autres.

C'est un exemple un peu comme dans l'Évangile : ‘Mais cet homme, il doit être certainement être Fils de Dieu puisqu'il accomplit des miracles’.

Mais non, par une sorte de fierté locale, ça ne peut pas être lui ; on le connaît, lui et ses parents !  

 

Je vais prendre d'autres exemples qui se vivent en paroisse.

Nous sommes nombreux, en communauté paroissiale, à avoir des responsabilités à divers niveaux : il peut y avoir des relais-village,

il peut y avoir des personnes qui préparent les liturgies,

il peut y avoir des personnes qui font de l'accueil,

qui préparent les fleurs

ou l'église,

celles qui vont préparer des obsèques, des baptêmes, des mariages.

A tous niveaux de l'échelle paroissiale, il arrive parfois qu'il y ait une sorte de certitude  chez plusieurs de ces personnes-là.

 

Par exemple, ce que j'entends souvent chez les relais-village : ‘oh ! eh bien, de toute façon après moi, il n'y a plus personne.

Ah ben si, je vous jure, père Guillaume, après moi il n'y a plus personne, les jeunes dans le village ne pratiquent plus ; je mourrai, il n'y aura plus personne’

‘Allez’!

‘Non, non, non, c'est sûr !’

 

Des personnes qui préparent depuis 1000 ans (1000 ans !), qui préparent (je ne sais pas moi ! mettons) des messes ou autre chose :

‘ mais on pourrait trouver des jeunes personnes pour lire !’

‘Non, non, non! Parce que les jeunes personnes, on ne les connaît pas et elles ne lisent pas bien’.

‘Mais si !’

‘Mais je vous jure, par expérience c’est désagréable d'entendre lire quelqu'un qui ne sait pas lire !’

Voyez, ce genre d'obstination, alors qu'au fond du cœur, nous sommes tous réunis par le même désir, le même Amour, nous sommes attirés par le même Christ et au début de notre expérience en Eglise, nous nous sommes risqués à lire pour la première fois, au micro ; nous étions bien contents que quelqu'un nous fasse confiance pour que nous devenions relais-village.

Et pourquoi n'y aurait-il pas quelqu'un d'autre ?

Pourquoi ça mourrait-t-il, tout de suite, là, à notre mort ?

L’Eglise existe depuis 2000 ans, pourquoi devrait-elle tout d'un coup, disparaître parce que nous avons des certitudes ?

 

Les certitudes conduisent à une forme d'obstination, surtout quand ces certitudes ne peuvent pas être en dialogue : nous nous construisons des patries imaginaires dans lesquelles nous nous réfugions, des Nazareth intérieures.

‘Moi, je connais tout le monde, je sais bien ; alors, j'ai raison de penser ce que je pense’.

‘Mais si Jésus viens-tu visiter dans ton Nazareth intérieur, que vas-tu faire de lui ?

Tu vas lui claquer la porte ?

Parce que tu connais trop bien les choses et les personnes, trop certain du résultat !

Jésus vient te visiter, que fais-tu ?’

 

Je reviens à mes exemples : je vous ai dit que beaucoup parmi nous ont des responsabilités en paroisse, beaucoup parmi nous ont des responsabilités vis-à-vis des autres chrétiens ; par exemple, des membres d’une équipe-moisson ont des responsabilités vis-à-vis des personnes relais-village ; les personnes qui font partie de l'équipe pastorale ont des responsabilités vis-à-vis des autres chrétiens.

Si tout le monde arrivait avec ses certitudes à la rencontre d'autres chrétiens qui ont aussi leurs certitudes, quel est le résultat ?

Un cœur obstiné qui rencontre un cœur obstiné, qu'est-ce que ça fait ?

Ça fait des étincelles.

J'ai posé la même question hier à la messe à Arsonval, c'était la même réponse : ça fait des étincelles.

 

Eh bien oui et heureusement qu'il y a des personnes qui vont finir par baisser pavillon, baisser la garde et prendre sur elles, sans quoi ça ferait toujours des étincelles en permanence.

C'est précisément ce que fait Jésus : Jésus lui, il prend sur lui le refus ; il prend sur lui l'obstination des autres.

Nous ne sommes pas Jésus, attention !

Jésus prend sur lui l'obstination des autres et il transforme dans son cœur le refus en ‘oui’ du Père.

C'est un vrai mystère de l'Amour : il transforme nos refus en ‘oui’ du Père.

 

Quand je vais présenter tout à l'heure, le corps du Christ, je vais le briser au moment de la communion: c'est le cœur du Christ, c'est aussi la gangue qui entoure notre cœur qui, en Jésus et dans la foi, est brisée.

 

Au lieu d'être certitude contre certitude, accueillons le refus de l'autre et vous allez voir : ça brise la certitude de l'autre, quand on accueille son refus.

J'accueille son refus, tout d'un coup son refus disparaît.

 

Nous sommes mûs par le même amour de Jésus.

En communiant tout à l'heure, si nous sommes trop certains de nous-mêmes, nous ne recevons qu'un bout de carton mais si au contraire, nous acceptons de reconnaître que dans notre petit intérieur, Jésus vient nous rendre visite ; eh bien, nous cessons d'être obstinés deux secondes et nous recevons le corps du Christ, celui qui transforme toutes sortes de refus en ‘oui’ du Père.

 

« Les fils d’Israël avaient le cœur obstiné, le visage dur », c'est vrai ; Jésus a fait la même expérience et nous la faisons aussi ; sauf que Jésus a pris sur lui.

Alors reconnaissons qu'il prend sur lui nos refus,

reconnaissons qu'il nous donne infiniment son amour et que par l'expérience que nous avons de la responsabilité les uns par rapport aux autres, nous pouvons nous aussi apprendre à prendre sur nous, le refus de nos frères.

Vous allez voir, ça crée de l'Amour.

 

L'aiguillon dont parle saint Paul, dans sa chair, c'est ça.

Saint Paul était animé d'un amour extraordinaire, lui qui a été converti sur chemin de Damas, il a dû se colleter en permanence, des communautés dans lesquelles il y avait du refus, de la mesquinerie.

Au lieu d'être dans la joie de l'Amour, elles étaient dans l'obscurité de la mesquinerie.

Accueillons donc, ce corps du Christ qui porte sur lui le refus des frères et Jésus le les transforme en ‘oui’ du Père.

 

Amen.


Vendredi 6 juillet : Les saints évêques du diocèse de Troyes.

Am 8, 4-6. 9-12 : Contre les fraudeurs et les exploiteurs. Annonce du châtiment : obscurité et deuil.

Ps 118

Mt 9, 9-13 : Appel de Matthieu et repas avec les pécheurs.

 

Jésus est à table avec des pécheurs ; le repas dans l'Évangile, est parfois assimilé un temps de discussion,

de partage

mais aussi de fête ; nous pouvons avoir en mémoire, l'épisode des ‘noces de Cana’, par exemple mais il est avec des pécheurs ; peut-être que ces pécheurs sont dans la joie du Père comme "cet homme qui part à la recherche d'une brebis qui est perdue, qui la retrouve, qui revient avec et qui réunit ses voisins et ses amis : il est dans la joie".

Ces pécheurs qui sont avec Jésus, sont peut-être dans la joie du Père, un peu comme "cette femme qui a perdu une pièce de monnaie, elle balaie tout son intérieur, elle la retrouve, elle réunit ses amies, ses voisines : elle est dans la joie".

Jésus est le souvenir joyeux de Dieu et les pécheurs qui sont en contact avec Jésus, le savent intimement.

Ils ont besoin d'être rejoints dans ce souvenir-là, le souvenir qu'ils étaient dans le dans l'Amour du Père et qu'ils ont perdu cet Amour ; ils en ont besoin.

 

Mais dans cette scène, il y a les pharisiens qui semblent ne pas s'en réjouir ; peut-être sont-ils captifs : ils ne voient pas en quoi, ces hommes pécheurs ont besoin d'être dans la joie du Père.

Sans doute ne le voient-ils pas car Jésus est obligé de dire que "le médecin est pour les personnes malades".

Ces pharisiens seraient-ils malades sans s’en à percevoir eux-mêmes ?

 

Nous pouvons toujours, toujours, toujours invoquer Jésus ; nous sommes sûrs qu’en l'invoquant et en nous approchant de lui, il vient détruire tout ce qui nous rend captifs.

Il faut le vouloir !

Et puis, il y a aussi toutes formes d’ascèse qui peuvent nous y aider, mais les deux ensemble : Jésus et l’ascèse, une vraie volonté.

 

Si en nous, il y a quelques ressentiments,

si en nous, il y a quelques colères,

si en nous, il y a quelques impatiences,

si en nous, il y a quelques difficultés de nous réjouir,

si nous n'arrivons pas être dans la joie du Père, c'est que peut-être nous ne trouvons du côté des pharisiens, captifs.

C'est le moment d'invoquer Jésus pour qu'il vienne dissiper tout ce qui nous tient captifs.

 

Amen.


Jeudi 5 juillet : st Antoine-Marie Zaccaria

Am 7, 10-17 : Conflit avec Amasias. Amos expulsé de Béthel.

Ps 18b

Mt 9, 1-8 : Guérison d’un paralytique.

 

Le texte dit : « voyant leur foi, Jésus dit au paralysé » et nous, nous voyons le pouvoir de Jésus à l’œuvre.

Jésus voit la foi des gens et nous voyons le pouvoir de Jésus à l’œuvre, le pouvoir de Jésus de redresser ; un pouvoir que nous avons aussi grâce à Jésus qui nous le donne, Jésus lui-même.

D'ailleurs, les gens à la fin, « rendent gloire à Dieu parce qu'Il a donné un tel pouvoir aux hommes ».

 Ce pouvoir, Jésus nous le communique par les apôtres, par notre baptême ; ce pouvoir d'être redressé et de se tenir à la porte de notre cœur.

Ouvrir la porte ou ne pas l'ouvrir ; quand nous l'ouvrons, faire sortir tout ce qui est scories et faire entrer le Christ ; nous avons ce pouvoir-là : nous tenir à la porte du cœur et ouvrir la porte.

 

Cet homme qui est paralysé, qui retrouve la santé, se redresse, cet homme-là a retrouvé son pouvoir des origines : se tenir à la porte de son cœur.

Se tenir la porte du cœur,

goûter aux délices du Père,

être dans la joie,

être libre ; combien d'entre nous peuvent être par exemple,on pourrait dire fatalistes ?

‘Ce qui nous arrive c'était écrit quelque part’ ; ‘il y a pire ailleurs’; ‘c'est comme ça’.

 

C'est vrai qu'il y a une sorte d'obéissance aux événements et à la providence mais en même temps, se tenir la porte du cœur, ça n’est pas être ligoté par du déterminisme, des forces obscures.

Nous sommes plus forts que ça puisque nous pouvons le faire sortir du cœur, nous pouvons le laisser sortir.

Notre cœur c'est quand même le lieu où il y a la perle, vous connaissez la parabole du trésor ?

Du trésor dans cette pêche ; « un collectionneur de perles fines, il trouve une perle de grand prix ».

Notre cœur c'est aussi le lieu où il y a ce trésor caché dans le champ : « un homme trouve un trésor un champ, vend tout ce qu’il a et achète le champ ».

Notre cœur c'est le lieu du levain : « une femme prend du levain, le met dans la pâte jusqu’à ce que toute  la pâte lève ».

Notre cœur c'est le lieu de la toute petite graine, la graine de moutarde.

Notre cœur c'est quand même un lieu, ce n'est quand même pas rien ; nous tenir à la porte du cœur.

 

Se tenir la porte du cœur c'est être très vigilant.

Que dit Jésus, quand il est au jardin des oliviers, juste avant son arrestation, à ses disciples ?

« Tenez vos cœurs en éveil », « veillez et priez », se tenir à la porte du cœur ; voilà le pouvoir que Jésus a, lui qui est doux et humble de cœur.

Ce pouvoir-là, il nous le donne et nous avons le pouvoir de nous tenir à la porte de notre cœur.

Et plus nous nous tenons à la porte de notre cœur, plus nous nous redressons et nous sommes dans la paix, plus nous sommes des êtres de réconciliation et plus nous diffusons la joie.

Ce que nous pouvons faire dans cette eucharistie, c’est déjà nous réjouir mais en tout cas, contempler ce pouvoir de Jésus qu'il nous donne : nous tenir la porte de notre cœur pour que nous nous redressions.

 

Amen.


Dimanche 1er juillet 

Sg 1, 13-15.2 ; 23-24 : Chercher Dieu et fuir le péché.

Ps 29

2Co 8, 7.9.13-15 : Motifs de générosité.

Mc 5, 21-24.35b-43 : Guérison d’une hémoroïsse et résurrection de la fille de Jaïre.

 

Hier matin, avec Jean-Pierre et Pierre-Alban Delannoy, nous avons célébré, comme à l'accoutumée, la messe à la maison centrale à Clairvaux avec ces textes que nous avons entendus et je voudrais vous partager dans cette homélie, ce qui a été apporté dans la discussion avec les personnes détenues.

Je trouve que cette rencontre a été vraiment animée par l'Esprit Saint.

La première chose c'est : que se passe-t-il si vous achetez des légumes et des fruits frais et que vous les laissez sur la table de votre salon, surtout par ces températures, pendant très longtemps ?

Que va-t-il se passer ?

Ils se fanent, ils pourrissent et donc c'est exactement tout le contraire du mot que Josette, tu as eu du mal à dire tout à l'heure : ‘incorruptibilité’.

Les fruits, les légumes et encore plein de choses vivantes sont corruptibles et nous aussi, d'ailleurs et je ne vous fais pas de dessin mais il nous arrivera la même chose, en réalité.

Pourtant Josette, tu as lu : "le Seigneur a créé l'homme pour l'incorruptibilité", donc le contraire.

Nous croyons très fort que nous sommes corps et âmes, les uns les autres et que pour ce qui est du corps, il est clair en tout cas, que nous allons vers notre mort naturelle : nous sommes corruptibles mais nous sommes aussi cette âme, cette âme précieuse qui est, elle, (ou peut être) incorruptible, c'est-à-dire animée du souffle vivant, du souffle créateur comme au commencement, en Jésus.

Et nous avons beaucoup insisté dans ce dialogue avec les personnes détenues, hier : seul celui qui est l’Agneau de Dieu,

celui que nous allons recevoir en nourriture

celui qui est le Christ, le Seigneur, le Ressuscité, peut nous apporter

ou entretenir,

alimenter,

renouveler cette vie et bien au-delà d'ailleurs de notre mort naturelle, si bien que nous pouvons être effectivement éternels.

Mais nous pouvons également mourir bien avant notre mort naturelle, si cette âme, (ce principe intérieur), n'est plus irriguée, s’il n’y a plus ce contact avec le Christ lui qui est l’Agneau.

La discussion a beaucoup circulé après, sur le mal, sur le diable, celui qui nous empêche d'être connectés, branchés, sur le Christ, source de vie ; car en réalité nous sommes suffisamment grands les uns et les autres, pour savoir qu’en nous, il peut y avoir quelque chose qui meurt ou bien en nous, il y a quelque chose qui se renouvelle.

Nous sommes suffisamment grands, nous devinons tout seuls ce qu’est en nous, cette vie spirituelle et quand est-ce qu'il y a de la mort ;

quand est-ce qu'il y a de la vie.

La question des personnes détenues, c'est : comment se fait-il qu'il peut y avoir en nous comme de la mort ?

Alors ils ont mis rapidement un mot dessus : le diable, le Mâlin, le Mal.

Mais comment se fait-il qu'il puisse agir dans notre vie ?

Nous sommes arrivés à une image : ‘imaginez que vous êtes enfermés dans une pièce et que vous avez les yeux bandés et vous savez qu’à l'intérieur de cette pièce il y a un adversaire, (peu importe lequel, il y a un adversaire).

Cet adversaire va vouloir vous….

Comment allez-vous faire pour vous accommoder de la présence de cet adversaire, en sachant que lui aussi d'ailleurs, par moment, il a les yeux bandés ?

Vous allez essayer de l'éviter le plus possible.

Si vous ne voyez pas clair, vous allez essayer d'écouter, vous allez essayer de mettre en action vos autres sens pour percevoir sa présence et le plus possible, vous déplacer et éviter chaque fois qu'il va vouloir vous rejoindre.

Eh bien, dans la vie spirituelle, celui que l'on appelle le Mâlin, le démon, il agit de cette façon et celui qui s'assoupit, celui qu'il ignore, va très rapidement se laisser rejoindre par cet adversaire.

Alors les uns et les autres, (personnes détenues), étaient fort d'accord avec cette affaire et se disaient : ‘au fond, notre façon d'éviter la présence de cet adversaire dans cette pièce, nous qui avons les yeux bandés, ça va être : faire comme dans la deuxième lecture (par exemple) être dans le don gratuit,

dans le bien,

dans le partage ou l'écoute de la parole,

toute chose qui nous permettent de ne pas nous assoupir et de ne pas nous laisser aller aux attaques de l'adversaire.

Attention l'adversaire est plus fort.

Un jour, vous allez avoir la l’impression que cet adversaire, vous l'avez vaincu : vous ne sentez plus sa présence, ça fait longtemps qu'il n'est pas venu vers vous, ça y est, j'ai réussi!

Je suis dans la vie éternelle pour toujours, je suis branché sur le Christ, merveilleux, et ça durera !

C'est là que l'adversaire est plus fort : il s’est tapi en embuscade dans un coin de la pièce, vous avez fini par oublier sa présence, c'est là qu'il saute et il vous dévore.

Ces deux femmes de l'Évangile (évidemment il est question pour ces deux femmes de l'Évangile de quelque chose qui serait de l'ordre un petit peu de la mort, on le voit bien) :

cette femme, c'est celle qui depuis 12 ans est atteinte de cette espèce de maladie qui lui fait perdre du sang, c'est très caché, il n'y a qu'elle qui le sait, les autres ne le voient pas, n'empêche qu'elle a un principe vital qui s'amenuise et qui tend à couler et la faire littéralement se vider, si je puis dire.

Et puis vous avez cette jeune fille qui normalement est censée être la promesse de la vie, elle arrive à sa maturité tout du moins religieuse : 12 ans mais elle est à toute extrémité.

Pour ces deux personnes, il est question de contact : cette femme que l'on dit ‘hémorroïsse’, (cette femme qui perd du sang) a besoin de toucher Jésus et cette fille, cette petite fille de 12 ans a besoin d'être sauvée (c'est sûr !), Jésus vient la toucher, "la prend par la main : lève-toi (talitha coum)!

Et hop ! Elle se redresse.

Dans les deux cas, il faut être touché,

touché par Jésus,

toucher Jésus.

Dans ces deux cas-là, ce qui a été coupure d'avec le Christ ou ce qui a mené vers la mort a été transformé en vie, comme une mort spirituelle, lente mais certaine, qui pouvait sans doute même conduire à une sorte de mort naturelle, en tout cas, a été stoppée par la rencontre avec le Christ.

Alors on peut se dire, (si vous m'avez suivi, ça c’est ce qu’on a dit avec les personnes détenues ; Jean-Pierre es-tu d'accord ?), la première chose à ne pas faire, si l'on ne veut pas mourir de l'intérieur, c'est de se dire : ‘soit je n'ai besoin de rien, soit j'ai gagné’.

Dire que j'ai gagné ou que je n'ai besoin de rien (gagné sur l'adversaire) c'est se dire que définitivement, j'ai acquis toute chose et je suis au Christ pour toujours ; je me trompe.

Je me trompe et je cours de graves dangers, d'accord ?

Si je suis dans ce désir permanent de la rencontre, conscient de ce que peut produire en moi l'adversaire mais conscient que, même à toute extrémité, je peux toucher le Christ, le rejoindre, même si je suis vraiment, vraiment, vraiment au bout de tout, là, j'ai gagné parce que même au bout de tout, le Christ est là, il se laisse rejoindre, il peut me rejoindre ; même quand je suis à bout de tout et si j'ai conscience que je peux faire appel à lui.

Alors on a employé une dernière image, Jean-Pierre, (je ne sais pas si tu te souviens ? une autre image) l'image de l'arc.

Un arc avec ses flèches.

Si l'arc n'est pas assez tendu, il ne sert à rien ; on n’arrive pas à lancer les flèches ; un arc pas tendu, c'est celui qui dit : ‘je n'ai besoin de rien’ ou ‘j'ai vaincu mon adversaire, je peux ranger mon arc et mes flèches, c'est terminé’.

Mais un arc trop tendu, c'est un arc qui claque, la corde se brise ; un arc trop tendu c'est celui qui va se dire : ‘c'est moi qui vais vaincre l'adversaire’, ‘d'ailleurs, c'est moi qui suis tapi en embuscade pour aller lui couper la tête’ mais là, la corde claque : je ne peux pas, ce n'est pas moi qui ai le pouvoir de le vaincre ; attention !

Ce n'est pas moi, c'est celui qui est là (le père montre l’autel)et qui par sa mort sur la croix le vainc.

Par contre j'ai besoin que ma corde soit tendue, jamais relâchée ; pas trop, jamais relâchée !

C'est celui qui va être dans la vigilance, vous savez ces quatre vertus-là : prudence, force, tempérance, justice.

Suffisamment tendu pour toujours être dans cette vigilance j'ai toujours, toujours, toujours le Christ qui, même si je suis dans les ultimes dessous peut me toucher, ou je peux le toucher : il me remet en route, il me réalimente.

Conclusion des affaires, nous sommes dans la vie éternelle sans attendre d'être au ciel, chaque fois que la corde de mon arc est tendue comme il faut.

Trop tendue, elle claque, je ne suis plus dans la vie éternelle ; pas assez tendue, elle ne sert à rien, je ne suis plus dans la vie éternelle.

Je ne sais pas si vous avez pigé, en tout cas, c'est ce que l'on a dit avec les personnes détenues.

Elles ont eu la gentillesse de nous dire qu'elles avaient compris.

Amen.