Homélies du semestre

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Mercredi 11 avril : St Stanislas

Ac 5, 17-26 : Arrestation et délivrance miraculeuse des Apôtres.

Ps 33

Jn 3, 16-21 : L’entretien avec Nicodème.

 

Dit autrement : si nous sommes en paix avec nos frères, nous pouvons combattre les démons mais si nous combattons nos frères, nous sommes en paix avec les démons et la vérité, dont nous parle st Jean, c'est de ne pas être en paix avec les démons mais les combattre ; donc, être en paix avec nos frères.

 

"Dieu a tellement aimé le monde qu'il a donné son Fils unique".

"Dieu est Amour".

 

Voici quatre points qui peuvent nous aider à combattre les démons,

à être en paix avec mon frère

et donc, servir la vérité.

 

Le premier point : Dieu nous a donné son Fils unique, l'Unique engendré ; nous pouvons croire en lui.

Croire au Fils unique, engendré, c’est être comme dit le Psaume 62 : "mon âme est attachée à toi, ta droite me tient".

 

Le deuxième point, c'est toujours considérer que c'est une grâce pour nous, d'être dérangé par nos frères alors que nous pourrions croire le contraire.

 

Le troisième point, c'est de travailler (comme nous le proposait déjà le Carême, d’ailleurs) de travailler à la purification de nos sens, en particulier les oreilles,

les yeux

et la langue.

Les oreilles, c'est tout ce que nous pourrions entendre ;

les yeux, voir ;

la langue, goûter (ce n'est pas la parole qui est en question, là, mais le goût).

 

En revanche, le quatrième point : travaillons à mesurer l'activité de notre langue, la parole.

Ces quatre points peuvent nous aider à être en paix avec nos frères ;

donc, à nous appliquer à combattre les démons ;

donc, à, concrètement, travailler à l'Amour

et donc à être attachés à l'Unique engendré, celui que le Père nous donne dans son Amour.

 

Amen.


Mardi 10 avril 

Ac 4, 32-37 : La première communauté chrétienne.

Ps 92

Jn 3, 7b-15 : L’entretien avec Nicodème.

 

Pendant le Carême, pendant la semaine Sainte, on aura appris ce que signifie le zèle, l'amour de la Croix, pour que tout ce que nous avons reçu le jour de Pâques,

nous puissions le cultiver,

le faire durer, cet élan,

cette joie,

cette légèreté,

cette libération,

cette libération toute neuve qui nous entraîne au loin), nous avons appris pendant le Carême quelques exercices ou retours aux sources qui nous prévenaient,

nous aidaient,

nous ont déjà aidés à cultiver et à entretenir cette joie de Pâques car il nous faut durer, il nous faut durer.

 

Pour durer (et c'est peut-être la leçon de cet Évangile) dans cette route que nous allons avoir jusqu'à l'Ascension, nous allons avoir un grand nombre d'explorations vers le Ciel ; pour pouvoir durer, il nous faut à la fois conjuguer notre zèle,

nos fermes résolutions (vous savez, un peu comme le 1er janvier, au matin),

nos fermes résolutions

mais en même temps, une disponibilité à la force qui vient d'En-Haut que l'on appelle : la grâce car nul homme sur terre ne peut, par ses propres forces, vaincre toutes les attaques de l'ennemi ; ça n'est pas possible, même avec les meilleurs entraînements et les plus grandes résolutions du monde.

 

La vertu, c'est le tissage habile,

humble,

doué,

le tissage des résolutions avec la grâce.

 

Alors comment faire ?

On peut se rappeler de quelques petites choses que nous avons découvertes pendant le Carême et la semaine Sainte : d'abord, ne pas perdre de vue le fil de l'Amour que le Seigneur peut avoir, sa profonde miséricorde et sa patience (c'est peut-être la parabole du fils prodigue qui en est la plus belle illustration).

Nous en avons été les objets pendant le Carême ; nous avons été aussi les sujets (nous avons essayé d'être nous-mêmes à l'école de cette patience et de cet Amour) ; ne pas perdre ce fil-là, même si on a été libéré par les eaux baptismales.

 

 Ensuite la foi (alors, ça c'est vendredi Saint et Pâques), la foi en l'invincible puissance du Christ ressuscité, ne pas le perdre non plus.

Cette puissance-la demeure, elle n'est pas que d'un seul jour, elle est pour toujours.

Mais à partir du moment où je pense que j'ai moi-même, une grande puissance, je vais oublier la puissance du Christ.

 

Et puis, demander avec l'intention de la recevoir

cette force qui vient d'en haut,

ce souffle,

ce vent,

cet Esprit Saint,

ce souffle Créateur, celui qui féconda le sein de la Vierge,

celui qui planait sur les eaux au commencement du monde ; l'implorer pour chacun, pour nous avec l'intention de le recevoir.

 

Vous savez que Judas n'a pas compté sur la puissance qui vient d'En-Haut et Pierre ne l'a probablement pas reçue ; l'un et l'autre se sont cassés la figure ; l’un, plus fort que l'autre mais demandons-le, cet Esprit, pour nous.

 

Si nous ne perdons pas de vue ces trois fils, nous pourrons alors tisser cette toile où, à la fois, notre détermination,

volonté,

résolutions,

zèle et en même temps la grâce viendront ensemble faire une belle toile.

 

Nous avons, comme illustration de cet appel à la vigilance et à durer, la parabole du semeur ; ça tombe bien, nous avons à nous assurer des fruits pascals qu'ils seront abondants et qu'ils dureront et nous avons (nous l'avons entendu dans l'oraison d’introduction) nous avons demandé au Seigneur que nous puissions nous-mêmes témoigner des fruits de Pâques.

Que le semeur puisse, en nous-mêmes, semer dans la bonne terre et non pas dans la pierre ou les ronces et pour ceci alors, n'oublions pas de nous tourner vers la force qui vient d'En-Haut.

 

Amen


Lundi 9 avril : l’Annonciation

Is 7, 10-14 ; 8,10 : Seconde intervention d’Isaïe.

Ps 39

He 10, 4-10 : Inefficacité des sacrifices anciens.

Lc 1, 26-38 : L’annonciation.

 

Comme toutes les solennités qui mettent au centre la foi et le ‘oui’ de Marie, nous pouvons ressentir légitimement beaucoup d’émotion et peut-être ne pas nous sentir tout à fait dignes de ce que cette solennité révèle, en l'occurrence : le Christ, lui-même.

Mais c'est ainsi, il faut de temps à autres, venir aux sources et c'est ce que propose l'Annonciation.

 

Le Verbe fait chair, le Verbe de Dieu, nos yeux n'ont pas pu le voir, ne savent pas le voir.

Son âme humaine, nos yeux non plus, ne peuvent pas la voir, par contre son corps, oui : il s'est fait l'un des nôtres par son corps et c'est ce que les témoins de la foi ont dû contemplé.

Par son corps, son corps semblable au nôtre, (nous pouvons dire qu'il s'est incarné : c'est ce que nous célébrons à Noël) et par son corps semblable au nôtre,

il nous a enseigné,

il a accompli des miracles,

il nous a nourris,

libérés,

il a laissé une trace (et quelle trace dans l'histoire des hommes) : c'est par son corps.

 

Par son corps, l’âme du Verbe essaie de nous rejoindre dans notre monde extérieur mais pour nous entraîner vers son intimité à lui, peu à peu, dans trois dimensions :

l'attitude qu'il convient d'avoir avec Dieu (cette attitude filiale)

la bonté envers tout prochain

et la sobriété à l'égard du monde.

 

Voilà ce que nous pouvons retenir des paroles de Jésus,

ses attitudes,

ses miracles jusqu'au sacrifice lui-même de sa vie.

Le Verbe a essayé de nous rejoindre dans notre monde extérieur et de nous entraîner dans son intimité mais ne nous méprenons pas : tout ceci c'est en réponse au ‘oui’ de Marie, certes, mais d'abord au ‘oui’ du Verbe : "me voici, je viens faire ta volonté".

 

Amen.


Dimanche 8 avril 

Ac 4, 32-35 : La première communauté chrétienne.

Ps 117

1 Jn 5, 1-6 : Aux sources de la charité.

Jn 20, 19-31 : Apparitions aux disciples.

 

Nous sommes toujours dans le même élan de ce que nous avons fêté, il y a une semaine : l'Eglise a besoin de déplier,

d’étendre,

de défroisser,

d'élargir tout le contenu de ce qui a été vécu joyeusement, toute la profondeur de ce qui a été célébré, il y a huit jours : nous sommes dans ce que l'on appelle, l'Octave (les huit jours) et aujourd'hui, ça s’achève mais en fait, nous continuerons à explorer le mystère de la résurrection, au moins jusqu'à l'Ascension de Jésus, c'est-à-dire nous avons encore presque 40 jours. 

 

Aujourd'hui, sur la décision du pape Jean-Paul II, le deuxième dimanche de Pâques est le dimanche dédié à la ‘divine miséricorde’ mais, comme nous l'avons entendu dans l'Évangile de Jean, nous sommes à la fois à cheval sur ‘le soir du premier jour’ (apparition de Jésus ressuscité à ses disciples, Thomas n'était pas là) et ‘huit jours plus tard’ (c'est-à-dire un peu comme aujourd'hui) Jésus apparaît de nouveau ressuscité, Thomas y est, Thomas est présent.

Ce qui nous permet, en ce huitième jour, de mettre le doigt sur un aspect très puissant de la foi et du début de l'Eglise : les tous premiers témoins de la résurrection ont été témoins d'un tombeau vide, de quelques messagers célestes qui leur parlent de la résurrection de Jésus et, dans la foi et l'amour, vont conclure comme un don qui vient de Dieu, que celui qui n'est plus dans le tombeau, est ressuscité.

Ça va être  pour eux, l'équivalent d'un feu ardent qui va embraser leur cœur ;

ça va être puissant

et ça va les entraîner comme  une sorte de feu qui se propage : de cette puissance qui vient embraser leur cœur, va naître des codes,

des mots,

des attitudes de la foi

et vont naître des communautés.

 

 Les premiers mots de la foi vont naître de la foi en la résurrection de Jésus ; les premiers mots de la foi, lesquels ?

 ‘Jésus est Fils de Dieu, il est Christ et Seigneur’, ça naît de la résurrection.

 

Deuxième mot de la foi (j'aurais dû commencer par celui-là): ‘Jésus est mort et ressuscité’.

 

Troisième mot de la foi : ‘il faut en être témoin’.

 

Quatrième (ce n'est pas un mot mais une attitude) : ‘d'ailleurs celui qui vous le dit, lui-même en est témoin’.

Ces quatre aspects sont nés de la résurrection de Jésus :

Jésus Fils de Dieu, Christ et Seigneur, 

il est mort et ressuscité ;

soyez-en les témoins ;

d'ailleurs, celui qui vous en parle, témoigne ; un peu comme Jean l’évangéliste, d'ailleurs mais un peu comme celles et ceux (surtout ceux) qui vont s'exprimer par exemple, dans les Actes des Apôtres.

Donc, d'un feu qui embrase le cœur, naissent des mots de la foi,

des attitudes de témoins,

une communauté qui grandit.

 

Nous, nous nous situons à l'autre bout de la chaîne :

personne parmi nous, n’était au tombeau de Pâques ;

personne parmi nous, a eu le privilège de Thomas (mettre ses mains dans le côté ouvert de Jésus ou dans les blessures des mains et des pieds)

personne, parmi nous.

Nous, c'est l'inverse : par notre baptême,

par des témoins de la foi,

par une communauté qui existait avant nous, nous avons reçu les mots,

les attitudes,

les gestes,

les codes qui structurent notre vie chrétienne et permettent à notre foi de grandir comme un une plante sur son tuteur ; voyez, c'est l'inverse : nous n'étions pas au tombeau de Pâques, nous recevons ce qui est né de Pâques.

 

Mais en ce huitième jour, nous sommes mis en demeure : notre foi est-elle vraiment ardente comme celle des premiers disciples et témoins de la résurrection ?

Plusieurs fruits de la résurrection, au-delà des mots.

 

Premier fruit de la résurrection : la paix (plusieurs fois Jésus, dans l'Évangile de Jean, donne la paix : "la paix soit avec vous", "la paix soit avec vous", "la paix soit avec vous") c'est un fruit de la résurrection.

Vous savez, on le dit aussi le 1er janvier : ‘Sainte-Marie, mère de Dieu’, c'est aussi le jour dédié à la paix.

Cette paix nous est donnée, nous ne pouvons pas uniquement la fabriquer tout seuls même si nous le reconnaissons, nous avons à en être, chacun pour notre part, des cadeaux mais la paix véritable nous est donnée puisqu’elle naît dans un cœur profondément unifié ; la paix est un fruit de la foi en la résurrection.

 

Le deuxième fruit de la foi en la résurrection, c'est le partage des biens.

Le partage des biens ce n'est pas uniquement trois pièces dans la corbeille, au moment de la quête.

L’utopie communautaire des premiers siècles, elle a existé ; elle a été fragile, elle a existé.

Il n'y a plus de : ‘ça c'est à moi’ et ‘ça c'est à toi’ ; il y a : ‘c'est à nous’ et la communauté se construit sur des biens mis en commun et d'ailleurs, quand vous lisez les Actes des Apôtres, il n'y a pas :‘un peu qui reste pour moi’, il y a :‘tout qui est mis dans la communauté’(souvent, ça nous chatouille) ; ce point-ci nous chatouille et ce n'est pas notre culture mais entendez comment la foi en la résurrection construit ‘un nous’, construit une communauté qui va jusque-là.

 

Et le troisième fruit de la résurrection c'est le témoignage, le témoignage d'un cœur ardent.

Avez-vous un cœur ardent ?

 

Qu'est-ce que Thomas a bien pu voir dans les plaies de Jésus ?

Qu'est-ce qu'il a bien pu voir qui lui permette de proclamer cette très belle profession de foi ?

Jésus n'est plus en cet instant : "Jésus de Nazareth, ce prophète puissant en acte et en paroles", en cet instant, Jésus est Christ et Seigneur il est : "Mon Seigneur et mon Dieu".

 

Qu'est-ce qu’il a bien pu voir Thomas, dans les plaies de Jésus, qui lui permette de dire cela ?

Nous avons certainement déjà vu des plaies, les nôtres ou celles d’autres ; ces plaies ne nous ont jamais (certainement) conduits jusqu’à une affirmation de la foi.

 

Qu’a vu Thomas ?

Je vais vous donner la réponse de l'Eglise mais pourvu que cette réponse soit la nôtre, pourvu que nous ayons notre réponse.

Dans le Credo nous disons : "Jésus est descendu aux enfers".

Lettre de Pierre, chapitre trois : "il est parti aux enfers, prêcher aux vivants" pour les en sortir et les tourner vers les réalités d'En-Haut, les hisser vers le Ciel.

 

Celui qui croit en la résurrection, lorsqu'il voit des plaies,

lorsqu'il voit du péché,

lorsqu'il voit de l’enfer, il voit de l'Amour et de l'élévation car ce péché,

cet enfer

et ce sordide, Jésus, il l’élève.

Celui qui ne croit pas en la résurrection est englué dans ce péché,

cet enfer

et ce sordide : il y reste comme s'il en était aspiré.

Celui qui croit en la résurrection, il se dit : ‘Jésus est venu jusque-là et nous en a tirés.

Je peux me laisser aspirer par lui’ ; nous appelons ça, la miséricorde : "je ne suis pas venu pour les bien portants, je suis venu pour les malades et les pécheurs".

Si nous acceptons que le sauveur vienne se frotter aux pécheurs et aux malades, alors, nous ressuscitons avec lui ; mais si ça nous gêne, eh bien, nous avons encore du chemin à parcourir.

 

Thomas a vu dans les blessures de son Christ et Seigneur (dans son "mon Seigneur et mon Dieu") : c'est lui le… il s’est vu pardonné

et plus encore, il s'est vu sauvé,

il s'est vu détaché,

il s'est vu coupé de son propre péché,

il s'est vu exaucé et tiré vers les réalités d'En-Haut,

il s'est vu naître à nouveau : ‘me voici désormais caché en Dieu avec Jésus.

C'est son témoignage à lui.

 

Qu'en sera-t-il pour nous ?

Nous qui sommes des baptisés de la première heure?

Qu'en sera-t-il pour nous. ?

 

A travers le baptême de ces quatre enfants, nous renouvelons aussi notre baptême pour que nous puissions, dans la résurrection de Jésus, contempler sa miséricorde.

 

Amen.


Vendredi 6 avril : Octave de Pâques

Ac 4, 1-12 : Pierre et Jean devant le Sanhédrin.

Ps 117

Jn 21, 1-14 : Apparition au bord du lac de Tibériade.

 

Je ne vous dirai rien sur les 153 poissons,

je ne vous dirai rien sur Pierre qui est nu, avant de remettre son vêtement,

je ne vous dirai rien sur ces gestes de Jésus qui peuvent évoquer l’eucharistie.

 

Je vous propose plutôt de parler de la bonté de Jésus.

Par notre baptême, nous sommes (et nous avons à devenir aussi, chaque jour ce que nous sommes par notre baptême) et par notre baptême nous avons (mais il nous faut également faire fructifier chaque jour ce que nous avons) ; nous sommes et nous avons la bonté de Jésus et la meilleure façon d'être,

de demeurer

et de faire fructifier cette bonté chaque jour, (de vérifier chaque jour que nous sommes baptisés), c'est de s'exercer à cette bonté.

 

D’où peut-être, le mouvement irrépressible de ces disciples vers leur Seigneur qui, sur le rivage, est bonté pour eux.

 

Amen


Jeudi 5 avril 2018

 

Lorsque les disciples découvrent que c’est bien Jésus ressuscité qui est au milieu d’eux, c’est vraiment une révélation. Ce n’est pas simplement une prise de conscience ou tout d’un coup l’intelligence qui se met à comprendre. C’est une révélation profonde qui bouleverse tout leur être, un peu, nous l’entendrons dimanche dans l’Evangile de Jean, comme Thomas qui, regardant les plaies de Jésus, ne se met pas simplement à déduire quelque chose, mais va être complètement renversé par une révélation absolument radicale et inédite dans sa vie, comme elle l’est pour les disciples dans la lecture d’aujourd’hui.

Il y a quelque chose qui ressemble un petit peu à ce qui s’est passé au tombeau pour les femmes, sauf que là, les disciples sont remplis de frayeur, ce qui n’était pas le cas des femmes. Il y a aussi quelque chose qui ressemble à ce que les disciples ont vécu lorsqu’ils étaient dans une barque, sur l’eau, au moment où la mer étaient agitée et qu’ils ont vu Jésus marcher sur l’eau. Il y a un peu les mêmes attitudes dans ce texte. Ce que l’on ne trouve pas chez les femmes ni dans la barque, c’est la joie. On peut retenir également un autre élément dans ce texte. Nous en avions déjà un embryon hier. Ce sont les paroles de Jésus : « il faut que s’accomplisse tout ce qui a été écrit à mon sujet dans la loi de Moïse, les prophètes et les psaumes. Il est écrit que le Christ souffrirait, qu’il ressusciterait d’entre les morts le troisième jour et que la conversion serait proclamée en son nom pour le pardon des péchés à toutes les nations en commençant par Jérusalem ». On a ici une profession de foi, ce qu’on appelle aussi un Kérygme.

Nous entendions dans la lecture de tout à l’heure les premiers éléments de la foi pour les tout premiers chrétiens. Ce qui nous interpelle nous qui ne sommes pas des tout premiers chrétiens : la suite de la Résurrection aujourd’hui, c’est quoi ? C’est : nous sommes nés de Dieu, parce que notre baptême dans la mort et la vie de Jésus Christ nous fait passer avec lui de la mort à la vie. Nous sommes –rappelez-vous l’affirmation de Pâques- nous sommes avec le Christ, cachés en lui ; nous sommes nés de lui. Cela ne peut pas ne pas être accompagné par une parole et par une vie, qui soient, l’une et l’autre, témoignage, qui soient explication ; non pas justification mais explication.                 

La parole c’est de dire la foi : d’où vient le fait que nous soyons nés de Dieu ? D’où vient que nous soyons dans la paix ? Et les actes, cela va être, nous le verrons dès les lectures de dimanche prochain, le partage des biens dans la communauté, la paix concrètement vécue. Ce qui nous renvoie à la qualité de ce que nous disons et de ce que nous nous témoignons les uns aux autres, et ce que nous disons et témoignons en dehors de notre communauté. Cela nous interroge sur la qualité de ce que nous disons, ce que nous montrons de nous-mêmes au-dedans et à l’extérieur. Si nous sommes nés de Dieu.

 

Amen. 


Mercredi 4 avril :

Ac 3, 1-10 : La guérison d’un impotent.

Ps 104

Lc 24, 13-35 : les deux disciples d’Emmaüs.

 

L'Amour véritable, c'est nous tourner vers les réalités d'En-Haut.

Quand on aime véritablement, nous tournons, nous faisons tourner celles et ceux que nous aimons, vers les réalités d'En-Haut et c'est ce que Jésus fait admirablement avec tous les témoins de la résurrection, (tous les témoins de Jésus ressuscité) et il le fait pour toute son Eglise avec la résurrection et bien entendu, l'Ascension où physiquement nous tournons nos regards vers le ciel.

 

Emmaüs est un très bel épisode que Luc a bien retenu, (en tout cas, heureusement qu'il l’a retenu dans sa mémoire, cet épisode).

Il avait omit, Luc, la deuxième multiplication des pains que les autres évangélistes eux, avaient bien en mémoire ; par contre il s'est bien souvenu de cette apparition à Cléophas et son compagnon, de cette longue route que ces deux disciples font, de Jérusalem à Emmaüs et d'Emmaüs à Jérusalem.

 

Nous pouvons retenir bien des choses, je vous en suggère deux :

La première, c'est cette affirmation qui est centrale : "ne fallait-il pas que le Christ souffrît cela pour entrer dans sa gloire ? "

 Nous avons certainement là, (peut-être, je pense, humblement), un point de contact avec la foi des tout premiers chrétiens.

"Ne fallait-il pas que le Christ souffrît cela pour entrer dans sa gloire ? "

 

 Et la deuxième chose, c'est le cheminement lui-même.

Ce cheminement qui pourrait être le nôtre, de Jérusalem à Emmaüs et d'Emmaüs à Jérusalem ; le chemin, long, sans cesse à refaire, rejoint par le Christ ; un chemin presque physique que nous accomplissons au long des jours de notre vie (dont la marche de Pâques n'est qu'une image, une petite image) ; mais le chemin que nous accomplissons, chacun.

 

Dans quel but, pour quoi faire ?

Lorsque l'on désire de tout son cœur, (lorsque l'on veut un bien) eh bien, on met tout en œuvre pour y parvenir.

La plus grande des œuvres de l'homme, c'est de vouloir ce qu'il doit.

Plus il le veut, plus il y  parvient ; plus il y parvient, plus il le veut ; c'est un désir et un dynamisme vertueux.

 

Et qu'est-ce que doit l'homme ?

Il doit aimer de l'Amour vrai (ce n'est pas de la convoitise de supermarché), l'Amour vrai.

La plus grande des œuvres de l'homme c'est de vouloir ce qu'il doit, c'est-à-dire : vouloir aimer.

Plus il le veut, plus il y parvient ; plus il y parvient, plus il le veut.

 

Et vouloir le vrai Bien, cet Amour vrai, c'est l'atteindre, aussi.

C'est ce que font les disciples, c'est ce que nous faisons chacun : ils l’atteignent en Jésus et ils l’atteignent en arrivant à Emmaüs.

 

Jésus les y conduit d'une certaine façon

même si eux-mêmes, étaient décidés à y aller ; (ils sont conduits jusqu'à l'auberge)

même si eux-mêmes, étaient décidés à y aller ;

même si eux-mêmes disent à Jésus : "reste avec nous".

C'est le Christ qui les y conduit.

Même si eux-mêmes étaient décidés à manger, (pour ne pas défaillir), c'est le Christ qui les conduit au repas pascal.

 

Et signes qu'ils ont atteint ce vrai Bien : Jésus s'efface

et les voici, découvrant que leur cœur était brûlant au contact des Ecritures

et ils décident de repartir à Jérusalem, ce lieu précisément que, d'une certaine façon, ils fuyaient.

 

Notre vie de chaque jour, notre cheminement, c'est vouloir atteindre l'Amour.

Nous sommes rejoints là par celui qui est l'Amour et nous conduit au-delà de nos limites d'aimer, pour aimer comme il aime.

 

Amen.


Mardi 3 avril :

Ac 2, 36-41 : les premières conversions.

Ps 32

Jn 20, 11-18 : L’apparition à Marie de Magdala.

 

Pour Marie-Madeleine, la situation est désormais toute différente : il y a un changement, un retournement soudain : "s’étant retournée".

 

Marie-Madeleine est désormais dans une autre perspective, celle de l'Ascension, comme toute l'Eglise aujourd'hui ; on est passé, par les eaux du baptême, de la mort à la vie et nous voici tournés vers l'Ascension, prochaine perspective : "ne me retiens pas".

 

Marie-Madeleine a appris et elle va encore apprendre (nous avons appris et nous apprendrons encore) à nous réjouir et à passer en Dieu seul, à nous réjouir en Dieu seul.

Cette grande joie de la résurrection et c'est une joie en Dieu seul ; entendons par-là : nous apprenons et nous apprendrons encore à nous tourner vers ce qui ne passe pas,

à nous réjouir de ce qui ne passe pas,

à rester et à demeurer, là où Dieu est.

 

Amen.


Samedi 31 mars : Veillée pascale

Gn 1, 1- 2, 2 : L’œuvre des six jours.

Ps 103

Gn 22, 1-18 : le sacrifice d’Abraham.

Ps 15

Ex 14, 15-15, 1a : La sortie d’Egypte.

Cantique Ex 15

Is 54, 5-14 : La Jérusalem nouvelle.

Ps 29

Is 55, 1-11 : Invitation finale.

Cantique Is 12

Ba 3, 9-15.32- 4,4 : La sagesse, prérogative d’Israël.

Ps 18b

Ez 36, 16-17a.18-28 : oracle sur les montagnes d’Israël.

Ps 41-42

Rm 6, 3b-11 : La vie avec le Christ.

Ps 117

Mc 16 , 1-7 : Le tombeau vide. Message de l’ange.

 

 

Nous avons la joie d'accueillir Luc, qui est diacre permanent en Haute-Marne, à Joinville ou à côté de Joinville et il est là ce soir, un peu par hasard.

Donc, nous l'accueillons avec joie.

 

Nous avons écouté sept événements majeurs dans ces textes : cette longue énumération d'un certain nombre d'événements portés par la foi de nos aïeux, à travers ces lectures.

On est un petit peu comme Marie, voyez-vous : Marie qui veille jusque dans la fatigue ; elle veille son Fils.

Elle l’a reçu au pied de la croix et elle veille, elle et d'autres femmes ; elle guette ; une mère dont le cœur est transpercé.

Nous l'avons quittée le vendredi Saint, Marie et elle continuait à veiller et à prier son Fils et nous sommes dans cette attitude, nous-mêmes, ce soir : nous avons veillé et prié en écoutant, en faisant mémoire comme Marie elle-même, de tous ces événements dans son cœur.

 

Alors, quels événements ?

Nos événements à nous, c'est le patrimoine que nous avons en commun avec nos aïeux, de l'Ancien Testament : tous ces faits.

Comment dans les moments très difficiles, improbables, dont l'issue très incertaine, de manière laborieuse, d'alliance faite et défaite, nos aïeux ont eu foi.

Nous avons fait mémoire de la foi de nos aïeux en écoutant ces textes et nous avons entendu l'Évangile à l'instant.

 

Et cet Évangile, parce que nous sommes chrétiens, nous y voyons Jésus qui résume à lui seul dans sa propre personne, (lui, l’Agneau qui a été offert et qui est désormais pour nous : le Ressuscité), il rassemble dans sa personne toute entière, toute cette foi de nos aïeux.

Je répète : de manière laborieuse, dans des événements difficiles aux issues incertaines, nos aïeux ont eu foi et Jésus a eu foi en son Père et même, jusqu'au bout, sur la croix, il s'est adressé à son Père.

Et il a eu raison d'avoir foi, comme nous-mêmes ce soir, nous disons : nous avons eu raison d'avoir eu foi en Christ parce qu'il est le soleil invaincu : au petit matin, au lever du soleil, les femmes viennent au tombeau  (premier jour de la semaine, le jour de la création de la lumière)  le Christ est ressuscité.

 

Maintenant (et mon homélie se termine là), que nous reste-t-il à faire ?

Nous sommes tous dans l'assemblée je crois, peu ou prou des baptisés ; il nous reste à renouveler notre promesse du  baptême.

Alors c'est vrai qu’à notre baptême, nous n'étions peut-être pas en mesure de faire une promesse (eh bien, c'est le moment de la faire).

On renouvelle cette promesse de dire que chaque jour de notre vie, chaque jour, nous sommes d'accord pour vérifier dans notre existence que ce que nous vivons, nous le vivons dans la foi du Christ.

Si nous vivons de manière laborieuse notre existence,

si les issues de notre vie nous paraissent incertaines,

si nous sommes en proie au doute, à la colère, (bref nous ne sommes guère mieux que nos aïeux !), nous avons nous, le Christ ressuscité, premier-né d'entre les morts.

Parce que nous sommes baptisés dans la mort du Christ et ressuscité avec lui ce soir ; nous disons, chaque jour de notre vie : ‘oui, je crois en Christ’.

C'est-à-dire que le baptême n'est pas une chose d'une journée, le baptême est une affaire à renouveler et à vérifier chaque jour. 

 

Ce soir, par notre participation à la veillée pascale, nous disons : chaque jour, je vais vérifier que malgré,

avec,

à cause,

grâce à tout ce qui se présente dans ma vie, je tiens bon car j'ai avec moi la foi en Christ ressuscité.

Gardez bien ces mots ; ces mots sont très utiles ; ce ne sont pas que des conjonctions, comme ça : malgré,

avec,

à cause,

et grâce à tout ce que je peux vivre chaque jour (agréable,

désagréable,

injuste,

juste,

espéré,

inespéré,

bien,

pas bien,

bon,

pas bon, tout ce que l'on veut) malgré,

à cause,

grâce,

et avec, je trace ma route car j'ai foi en Jésus-Christ : il est premier-né d’entre les morts et  par mon baptême je suis passé avec lui, de la mort à la vie.

Chaque jour : à cause, malgré, avec, grâce.


Vendredi 30 mars : vendredi Saint 

Is 52, 13-53, 12 : quatrième chant du Serviteur.

Ps 30

He 4,14-16 ; 5, 7-9 : Sacrifice terrestre : au jour de sa chair.

Jn 18,1- 19, 42 : la Passion.

 

Le vendredi Saint, nous avons, dans la célébration de la Passion, (la célébration de la Croix), nous avons la grande prière universelle, très grande, très solennisée, pleine d'ampleur qui essaie d'embrasser le monde entier.

Juste après cette grande prière, il nous est proposé de vénérer la croix, une croix de bois, toute nue, que nous pouvons embrasser,

toucher,

devant laquelle nous pouvons nous incliner.

 

Cette croix flamboyante, cette croix toute belle, il y a trois voies pour y parvenir que nous avons entendues dans l'Ecriture.

 

La première voie, c'est celle de ce personnage mystérieux, anonyme, du livre d’Isaïe : ce serviteur souffrant, bafoué, conduit comme un agneau à l'abattoir ; il n’avait plus figure humaine : il est pour nous le Christ.

 

La deuxième voie, c'est le grand prêtre de l’épître aux Hébreux.

Le grand prêtre dans le temple, (celui qui ne pouvait qu'une fois par an entrer dans le Saint des Saints, offrait des sacrifices pour que le Seigneur pardonne et le sang n'était pas le sien ; c’était celui d’animaux.

Ce grand prêtre de l'épître aux Hébreux s’offre lui-même.

Pour nous, c'est : le Christ.

 

La troisième voie, c'est dans la Passion selon Saint Jean : la croix est comme un trône, un trône royal et Jésus avance comme un roi.

Il est souverain.

Avez-vous remarqué comment il maîtrisait tout ?

Il est souverain devant le grand prêtre, devant Ponce Pilate, roi de douleur mais roi.

Troisième voie.

 

Trois voies mystérieuses qui semblent s'éloigner de nous, qui conduisent à cette croix flamboyante.

Quand nous nous approcherons d'elle, tout à l'heure, nous pourrons y voir notre péché que seul, ce roi porte et nous pourrons y voir cet abîme d'Amour.

Amen.


Jeudi 29 mars : Jeudi Saint

Ex 12, 1-8.11-14 : La Pâque.

Ps 115

1Co 11, 23-26 : Le "Repas de Jésus".

Jn 13, 1-15 : Le lavement des pieds.

 

Quand les enfants, qui étaient avec Jésus (quand Jésus était lui-même un enfant), rencontraient leurs grands-parents (Jésus avait des grands-parents également ; on connaît assez bien les grands parents de Jésus du côté de sa maman : Anne et Joachim) ; quand ils étaient petits, ils voient leurs grands-parents et ils demandent : ‘papy, mamy, pourquoi est-ce qu'on fête Pâques ?’

Quand Jésus avait cette taille-là : ‘pourquoi est-ce qu'on fête Pâques ?’

 

‘Eh bien mon petit, on fête Pâques parce que nos arrière, arrière, arrière, arrière, arrière, grands-parents (tu sais, mon garçon, ma fille), c'étaient des esclaves.

Ils étaient dans une terre qui n'était pas la leur, ils étaient esclaves et le Seigneur, (ton Seigneur, mon grand !), il a vu leur condition et il s'est souvenu qu'il avait fait Alliance avec eux.

Alors il a fait lever du milieu d’eux, un homme, un type extraordinaire : Moïse.

Et à la suite de Moïse, le Seigneur les a tous conduits à l'extérieur de cette terre d'esclavage.

Et mon grand ! si on fête Pâques, c'est pour se souvenir de la libération de cette terre d'Égypte et on se souvient qu’une mer qui nous empêchait de sortir (nos arrière, arrière, arrière, arrière, arrière, grands-parents), une mer s'est ouverte ; ils sont passés, elle s’est refermée ; ils étaient sauvés.

Voilà pourquoi on fête Pâques, mon garçon’.

 

Alors Jésus et les autres, (tous pareils), fêtent Pâques tous les ans.

Et puis, il y a eu la dernière Pâques de Jésus, avant sa mort, (on pense qu'il avait autour de 33 ans).

Comme toutes les personnes (petits et grands), il monte à Jérusalem et c'est le moment de fêter Pâques : on va fêter la libération de nos arrière, arrière, arrière, arrière, arrière, de la terre d’Egypte.

Voilà ce que fait Jésus avec ses disciples cette fois-ci, il n'a plus de 12 ans, il en a 33.

 

Et après, dans ce repas, il va faire des choses différentes de tous les autres repas :

d'abord il va bénir le pain,

 bénir le vin

et il va dire des paroles inhabituelles : "désormais ce pain et ce vin, ce sont mon corps et mon sang ".

Ah bon ? pourquoi ?

‘Je vais donner ma vie : le Fils de l’Homme  va être enlevé, il va être crucifié ; je le fais par Amour, c’est moi’.

Et c'est ce qui va survenir, la nuit suivante.

"Faites-le en mémoire de moi, toujours".

Car nous avons besoin d'être libérés d'une autre terre d'esclavage (cette fois-ci, elle ne s’appelle pas l'Égypte), c'est notre cœur.

 Il y a dans notre cœur du péché qui nous rend esclave.

"Chaque fois que vous boirez à ma coupe de sang et que vous mangerez mon corps, je serai là à vous faire sortir de cette terre d'esclavage pour que votre cœur aime comme moi, j'aime.

Et c'est ce qu'on appelle, l’eucharistie, la messe. 

 

Ce soir, on se souvient de ce moment-là mais Jésus n'a pas fait qu’utiliser du pain, du vin (pour que ça devienne Corps et sang) ; vous avez entendu, il fait quoi avec ses disciples ?

 

Levez la main ceux qui savent qu'ils vont se faire laver les pieds ; vous voyez, il y en a un certain nombre.

Donc, Jésus, pendant ce repas, a aussi lavé les pieds de ses disciples et il dit : là encore, comme pour la coupe et le pain, "faites-le vous aussi, entre vous".

 

Si vous le permettez, je vais terminer mon homélie sur cette parole-là : "faites-le vous aussi entre vous, lavez-vous les pieds".

Que Jésus lave les pieds, (excusez-moi, entre nous soit dit, ce n'est pas un scoop), pendant  toute sa traversée de la Galilée jusqu'à Jérusalem,  il n’a cessé de se faire le serviteur ; ce n'est pas un scoop.

Certes, c'est la première fois qu’il lave les pieds de ses disciples (mais il se fait serviteur de ses disciples en lavant les pieds) mais il a été serviteur, d'autres façons, d'autres fois.

Ce qui est un scoop, c'est qu'il demande à ses disciples de faire de même entre eux.

 

Comment peut-on se laver les pieds, aujourd'hui, dans une communauté de disciples de Jésus ?

Faire communauté entre frères et sœurs, ça peut être source de souffrance ; il ne faut pas se le cacher, on n’est pas toujours en train de louer le Seigneur et ‘dévisser les ampoules’.

Nous sommes frères et sœurs en Christ ; si nous n'avions pas le Christ au centre, il n'y aurait pas grand-chose qui nous tiendrait ensemble.

Il y a Christ mais n'empêche que, nous sommes tous avec dans notre cœur, cet esclavage du péché.

 

Faire une communauté entre frères et sœurs, c'est souffrir de ce que le frère ou la sœur nous a dit une parole ou ne nous a rien dit (parfois ça peut être une source de souffrance que le frère ou la sœur ne nous dise rien, alors qu'on attendait qu'il dise quelque chose, nous dise une parole) ou nous fasse quelque chose ou ne nous fasse pas quelque chose, qui peut, (allez savoir pourquoi ?) nous faire du mal.

Et si vous regardez bien, une vie communautaire c'est beaucoup, ces tentatives de communion entre nous : combien de fois va-t-on se demander pardon (on va essayer de rapprocher les antagonismes, les mouvements contraires) :

nous n'avons pas tous les mêmes options politiques,

nous ne sommes pas tous originaires des mêmes ensemble paroissiaux,

nous ne sommes pas tous des hommes,

nous ne sommes pas tous des femmes,

nous pouvons parfois prier différemment,

nous pouvons être sensibles à 1000 choses dans le monde ou dans l'Eglise, très différentes ; ça ne va pas de soi !

Alors, au lieu de se contenter d'être des anonymes, les uns à côté des autres ou de faire des clans, nous sommes appelés par le Christ à nous laver les pieds.

 

Qu'est-ce que ça veut dire ?

Si notre frère ou notre sœur nous fait souffrir, (parce qu'il a dit, pas dit, fait, pas fait), la balle est dans notre camp, pas dans le camp du frère ou de la sœur qui nous a fait souffrir.

On aimerait bien, parfois que "le feu du ciel lui tombe sur la tête" pour faire justice : C’est bien le bon Dieu : il réparerait la faute, j’ai été offensé ; non, la balle est dans notre camp.

Tout va dépendre de ce que je vais faire de cette souffrance que m'a causée le frère ou la sœur.

J'ai ma liberté, j'ai mon cœur éclairé par la mort et la résurrection de Jésus, par ses sentiments lui-même (à Jésus), ses sentiments à lui.

Si je communie à la même coupe, au même Corps que mes frères (mais le Corps donné du Christ, et le sang versé du Christ par Amour) ; alors la balle est dans mon camp.

Qu'est-ce que je vais faire de cette souffrance causée par mes frères et sœurs ?

 

Première possibilité : à mon tour, je crée une souffrance à mon frère et à ma sœur en retour (voyez, du genre, tu m'as fait mal, je te fais mal : "œil pour œil, dent pour dent") eh bien, c'est le frère qui aura gagné ; il aura gagné et le démon aussi ; le démon applaudit, il va être content, le démon.

 

Mais si je ne réponds pas à la souffrance par une autre souffrance, c'est moi qui ai gagné et le ciel se réjouit: c'est ça ‘se laver les pieds’ les uns aux autres, c’est cela ‘se laver les pieds’ les uns aux autres.

 

Tout dépend de ce que je vais faire de la souffrance infligée par le frère ou la sœur.

Si à mon tour, je suis source de souffrance en réponse, c'est foutu (pas définitivement, grâce à Dieu) mais sur le moment, c'est foutu.

Et là, le démon qui est apparu dans le désert, au début du Carême et au début de la mission de Jésus, il est content, il se réjouit.

 

Mais si je réponds par la bonté, parfois par un silence (il vaut mieux se taire, parfois), par le service (ça peut arriver, également) ou toute autre attitude guidée par la charité de Jésus, alors j'ai gagné et déjà, Jésus ressuscite ; c'est la fête, c'est la joie.

 

Saint Paul dit dans une lettre qu'il a écrite aux Romains : "pour ceux qui aiment Dieu, tout concourt au bien".

Alors pendant ces trois jours : jeudi vendredi, samedi et dimanche, on se dit : Dieu nous a aimés, Dieu nous a aimés, Dieu nous a aimés et jusqu'à donner sa vie ; très bien ! mais, la question qui nous est posée, c'est : est-ce qu’on l’aime?

"Pour ceux qui aiment Dieu, tout concourt au bien".

 

Conclusion : lavons-nous les pieds les uns aux autres.

On va faire le geste, le geste que Jésus a fait dans l'Évangile de Jean ; on va le faire mais ce n'est pas un geste que l'on est amené à faire toute l'année, (de laver les pieds), c'est effectif.

Est-ce que je vais avoir cette charité même de Jésus vis-à-vis de mes frères et sœurs, de sorte que la communion que nous formons ne soit pas que formelle mais qu'elle soit effective en Jésus.

 

Amen.


Vendredi 23 mars 

Jr 20, 10-13 : Les confessions de Jérémie.

Ps 17

Jn 10, 31-42 : La véritable identité de Jésus. Jésus se retire au-delà du Jourdain.

 

Voilà, signe que nous sommes très très proches du dimanche des Rameaux : Jésus échappe une dernière fois à la lapidation et à l'arrestation, il s'enfuit près du Jourdain ; la prochaine fois, il tombera dans le filet, juste après Gethsémani.

Pour l'instant il en échappe une fois de plus.

 

Face à lui, des détracteurs qui ne veulent pas croire en sa divinité ; le grand prêtre, lui, au moment de son interrogatoire dira la vérité : « Est-il vrai que tu as dit que tu es le Fils de Dieu ?

C'est toi qui le dis ».

 

Nous pouvons nous préparer à rentrer dans ce mystère du don de Jésus (ou du don de Dieu) : l'Amour absolu,

pur,

parfait,

simple,

lumineux,

qui dure, en nous demandant si et de quelle façon, nous n’aurions pas besoin de nous laisser convertir par ce don de Jésus.

Ne serions-nous pas comme ses détracteurs ?

Ne ferions-nous pas écran entre les hommes et Dieu ?

Ne serions-nous pas en train de, nous-mêmes, produire une sorte de mort,

chaque fois que nous faisons écran entre les hommes et Dieu,

chaque fois que nous arrêtons l'Amour à nous-mêmes,

chaque fois que nous empêchant qu'un rayon de la lumière aille jusqu'à nos frères ?

Ne serions-nous pas nous-mêmes, dans une forme de péché et de péché mortel lorsque nous faisons écran entre nos frères et Dieu ?

 

 

C'est sur cette question que nous voici au seuil des Rameaux.


Mercredi 21 mars 2018

 

Nous entrons résolument dans la Passion. Nous nous préparons à entrer d’une manière plus active dans ce que nous célébrerons dimanche, de sorte que dimanche nous ne soyons pas passifs ou pris au dépourvu. Nous sommes entraînés à mieux vivre de l’intérieur la Passion de Jésus.

La puissance de la Parole de Dieu, c’est comme le désert, rappelez-vous, le désert, mercredi des Cendres, premier dimanche de Carême. La puissance de la Parole de Dieu, comme la puissance du désert, le savent ceux-là seuls qui en ont fait l’expérience. Ont goûté cette puissance ceux-là seuls qui en ont fait l’expérience. Et dans cet Evangile, c’est la primauté de la Parole et de son écoute qui est mise en avant par le Fils, dans sa relation étroite avec son Père. Il sait de quoi il parle. Et il sait aussi ce qui lui arrivera. Même s’il ne sait pas forcément d’avance si l’issue de la Croix lui sera favorable ou pas. Il est étroitement lié à son Père dans la foi, il lui obéit, il se donne vraiment tout entier comme le serviteur souffrant. Parce qu’il a entendu d’auprès du Père.

Alors nous, il nous est demandé d’entendre aussi. Il nous est demandé que ces Paroles habitent en nous, en notre espace intérieur. Ceux qui n’ont pas d’espace intérieur ou si la Parole n’y a pas encore déposé son fruit, sont ceux qui vont être préoccupés de se donner en théâtre à l’extérieur d’eux-mêmes. De cette terrible grâce de se faire entendre, de se faire voir, de susciter des opinions, favorables ou pas, d’ailleurs, cela n’a pas d’importance… Ceux qui n’ont pas encore cet espace intérieur fécondé par la Parole sont des acteurs sur une scène de théâtre imaginaire, extérieure.

C’est le nœud de l’Evangile d’aujourd’hui : ce que Jésus reproche à ses interlocuteurs c’est leur narcissisme, leur orgueil, leur toute-puissance. D’ailleurs, même, ils ont pris Dieu, ils l’ont accaparé, ils sont Dieu ! Ces lectures d’aujourd’hui font du mal aux idoles ; elles brisent nos idoles. Comme le refus de ces trois Israélites, ces trois Hébreux qui sont jetés dans la fournaise de la première lecture.

Alors, l’expérience de la puissance de la Parole dans notre intérieur, le savent ceux-là seuls qui l’ont vécu.

 

Amen.


Lundi 19 mars : St Joseph

2S 7, 4-5a.12-14a.16 : Prophétie de Nathan

Ps 88

Rm 4, 13.16-18.22 : La justice de Dieu par la foi.

Mt 1, 16.18-21.24a : Joseph assume la paternité légale de Jésus.

 

Joseph a conscience du mystère, dans cette scène.

Il a conscience de quelque chose qui est plus grand que lui et qui lui échappe et il va donc se retirer.

Il va donc se retirer pour que l'Esprit Saint fasse son œuvre et c'est là que naît la puissance même de Joseph.

 

Toute paternité spirituelle peut trouver sa source dans le modèle de Joseph.

Joseph s'est retiré, il ne s’est pas effacé;

Joseph s'est retiré, il n'a pas disparu ;

Joseph s'est retiré, il n'a abandonné personne ;

Joseph s'est retiré pour laisser cette place à ce qui doit advenir.

 

Parfois nous sommes bien encombrants et Joseph ne l’a pas été mais Joseph n'a pas quitté ses responsabilités : il a vraiment été père, faisant advenir,

laissant naître,

créant cette distance nécessaire pour qu'advienne, naisse et se déploie.

 

Alors, il y a des fruits de ce juste retrait ;

premier fruit, dans l'Évangile : doit naître l’Emmanuel, (Dieu avec nous) et naîtra Dieu avec nous.

À la fin de l'Évangile : "je serai avec vous jusqu'à la fin des temps".

Mais les autres fruits, vous les entendrez dans la préface que je dirai pendant l’eucharistie : la justice ou la justesse (Joseph, l'homme juste),

la prudence (homme prudent)

 et la fidélité.

 

Amen.


Dimanche 18 mars 

Jr 31,31-34 : La nouvelle Alliance.

Ps 50

He 5, 7-9 : Le sacrifice terrestre : au jours de sa chair.

Jn 12, 20-33 : Jésus annonce sa glorification par sa mort.

 

Chers amis, les Evangélistes : Matthieu, Marc, Luc, Jean n’ont pas eu tous, les mêmes souvenirs des mêmes épisodes et des mêmes paroles de Jésus, au même moment.

Par exemple : Matthieu, Marc et Luc se souviennent bien de ce qui s'est passé au Baptême de Jésus et ce qui s'est passé à la Transfiguration (ils se souviennent bien ! En tout cas, ils se souviennent tous les trois de la même chose).

 Saint Jean, par exemple, ne se souvient pas de la même chose du Baptême de Jésus, il ne se souvient pas de la Transfiguration et Saint Jean, par exemple, il se souvient d’une parole du Père, (celle que nous avons entendu, là), qui ne figure pas dans les trois autres Évangiles ; de même, Saint Jean va se souvenir d'une parole de Jésus (là encore, que l'on a entendue, aujourd'hui) que les trois autres Evangélistes, eux, vont situer au moment de l'agonie de Jésus, à Gethsémani.

 

Vous savez, quand nous serons réunis, dimanche prochain, ici, pour la célébration des Rameaux (ou le samedi, la veille au soir, à Ville sur Terre) on entendra la Passion et dans cette Passion, on va entendre (après le dernier repas de Jésus et avant son arrestation) : Jésus emmène quelques disciples : Pierre, Jacques et Jean au Mont des Oliviers (ou à Gethsémani).

Jésus va dire des choses et on va reconnaître, (dans l'Évangile qu'on a entendu aujourd'hui, chez Saint Jean, à un autre moment de la vie de Jésus), des choses semblables.

Regardons ensemble : il y a une voix qui vient du ciel dans cet Évangile : le Père s'adresse Jésus ; le Père s'adresse à Jésus : "je l'ai glorifié et je le glorifierai encore".

Alors, avant de se poser la question : glorifier, qu’est-ce que ça veut dire ? retenons ça : le Père s'adresse à Jésus.

Le Père s'adresse à Jésus à la Transfiguration, le Père s'adresse à Jésus au Baptême ; vous savez, il dit : "voici mon fils bien-aimé ou celui en qui j'ai mis tout mon amour" et puis à la Transfiguration il rajoute : "écoutez-le".

Le Père parle ; et là, le Père parle à Jésus : "je l'ai glorifié, je le glorifierai encore" et tout le monde entend.

C'est quand même quelque chose extrêmement merveilleux qui relève de l'intimité de Jésus, de sa relation à son Père.

Gardons cela, comme ces jours qui nous préparent à vivre la semaine Sainte et la Passion de Jésus car, que voit-on lorsque l'on célèbre la Passion de Jésus ?

Eh bien, on voit son obéissance extraordinaire (à son Père).

 

"Je l'ai glorifié, je le glorifierai encore" ; qu'est-ce que cela peut vouloir dire ?

Jean, dans son souvenir, est polarisé par une chose : c'est la croix de Jésus mais dès le début de l'Évangile (dès le début alors que la croix apparaît à la fin).

Dès le début, il est obnubilé par la croix de Jésus, c'est vraiment son horizon.

 

Regardons la croix.

Le vendredi Saint, nous serons à Montier en l’Isle et on aura une grande croix en bois, toute nue.

À la marche de Pâques, qui se passera dans la nuit du dimanche de Pâques au lundi, tous les pèlerins marcheurs suivront une grande croix ; regardons la croix de Jésus.

Eh bien, pour Saint Jean, la croix, c'est comme une sorte de pièce de monnaie : il y a deux faces sur la croix ; pour saint Jean il y a deux faces : il y a à la fois l'horreur absolue (quelque chose de pas beau, on est bien d'accord : on associe souvent à la croix à la mort) et il y a quelque chose d'extraordinaire, de beau, de magnifique ; il y a les deux faces, on ne peut pas les séparer.

Et pour saint Jean, la croix c'est le moment extraordinaire où Jésus s’offre à tous.

Il s’offre à tous et c'est le moment excellent où il s’offre aussi à son Père.

 

Gardons cela ; ça nous parle ou ça ne nous parle pas mais c'est pour ça que saint Jean, quand il nous parle de la croix, (ça traverse tout l'Évangile), il se souvient des paroles de Jésus, que Jésus se prépare à donner sa vie sur la croix ; vraiment un don !(ce n'est pas comme si on lui retirait la vie) il la donne et ça s'appelle la glorification.

 

Pour nous, la glorification, ça nous évoque peut-être les stars, la gloire, les paillettes, l'argent, le 20 heures à la télévision, les émissions brand time, la gloire ; c'est être au sommet de l'opinion publique et saint Jean a aussi cette version-là dans sa tête (c'est aussi une définition qu'il a).

D'ailleurs Jésus dans un Évangile (qu'on a lu cette semaine, chez saint Jean), Jésus dit : "vous, vous recevez votre gloire les uns des autres".

C'est comme si vous passiez à la télévision et que vous attendiez le lendemain avec impatience, pour savoir ce que l'audimat révèle de votre gloire : si beaucoup ont regardé la télévision au moment où vous êtes passés, alors votre gloire est immense.

 

Pour Jésus, ça ce n'est pas bien, pour Jésus, ça s'appelle du péché (e n'est pas pour nous cacher dans un trou de souris mais c'est pour reconnaître que notre cœur a une tendance un peu comme ça).

Quand Jésus s’est offert sur la croix, ce n'est pas pour " se la péter" (permettez-moi à ce terme un peu trivial) ce n'est pas pour que l'on en parle beaucoup à l'audimat, ce n'est pas du tout ça ; ce n'est pas la même gloire.

 

Quand il s'offre sur la croix, il sait très bien, combien ça va toucher un point du cœur, tout à fait sombre, qui va à la fois attirer notre regard et en même temps l’effacer car, (comme Jésus librement s’offre par amour), il y a quelque chose qui vient toucher dans notre cœur notre orgueil, et révéler notre amour à nous.

 

Vous avez entendu dans cet Évangile : "Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul, s'il meurt il porte beaucoup de fruits".

Alors ça, les quatre Evangélistes ont retenu cette parole de Jésus et puis : "qui aime sa vie la perd et qui s'en détache en ce monde, la gardera pour la vie éternelle".

Moi, je vais montrer avec orgueil, une grande connaissance maintenant, vraiment pour qu’il se dise : ‘le Père Guillaume, il est extraordinairement intelligent’.

 "qui aime sa vie" dans le texte grec c'est : qui aime son âme,

qui aime son soi,

qui aime son identité, la perd.

On ne peut pas aimer son nombril, si vous voulez ; à partir du moment où on aime son nombril, on disparaît,

on se liquéfie,

on se dissout,

on devient insignifiant.

Donc "qui aime sa vie la perd, (vous avez compris qui aime son âme) ; qui s'en détache la garde pour la vie éternelle.

Le mot vie, ce deuxième mot, dans le texte grec, c'est la durée entre naissance et mort, ce n'est pas le même mot.

Je vous ai bien exposé mes grandes connaissances et je tiens ma gloire de vous-mêmes. Voilà.

 

Maintenant, entrons avec sérieux, dans cette dernière étape vers les Rameaux.

Vous savez que dans la nuit du jeudi Saint au vendredi Saint, après la Cène que nous célébrerons à Baroville, il nous sera proposé de veiller un peu, pour adorer Jésus,

comme pour faire à Gethsémani,

comme pour s'associer le plus proche possible de l'angoisse et l'agonie de Jésus.

 

 "Maintenant mon âme est bouleversée,

Que vais-je dire ?

Père, sauve-moi de cette heure".

Vous savez, à Gethsémani, Jésus va dire : "Père si tu peux éloigner de moi cette coupe (coupe de souffrances, entendons) non pas ce que je veux mais ce que tu veux".

Il y a cette tension intérieure de Jésus ; là, on la trouve aujourd'hui, dans l'Évangile de Jean mais vous savez qu'on va la réentendre juste après le dernier repas de Jésus.

On est invité à veiller avec lui dans la nuit du jeudi Saint au vendredi Saint.

 

Pour rentrer dans cette dernière étape de notre Carême, regardons Jésus, regardons Jésus.

Regardons sa Passion, son amour passionné ; il ne nous demande pas d'aimer de la même qualité que lui,

il ne nous demande pas dans la même excellence que lui,

il ne nous demande pas d'être dans la même perfection que lui,

il nous demande de le contempler, lui, qui se donne pour nous ; ce n'est pas nous pour lui, c'est lui pour nous.

 

Regardons son obéissance de Fils, ça peut nous paraître étonnant et peut-être excessif ; il ne nous demande pas de faire pareil, en cet instant ; en cet instant, il nous demande de le laisser s’offrir à son Père.

Réentendons les paroles de la lettre aux Hébreux : "pendant les jours de sa vie dans la chair, le Christ offrit avec un grand cri et dans les larmes, des prières et des supplications à Dieu qui pouvait le sauver de la mort".

 

Ne le retenons pas, Jésus ; ne cherchons pas à atténuer son sort ; ça n'est pas ce qui nous est demandé ; il nous est demandé d'oser regarder la croix,

son obéissance de Fils,

son amour excellent.

Je sais, c'est dur, (peut-être obscène) mais il nous est demandé de le regarder aussi dans ses souffrances ; ce sera le vendredi Saint.

Ne le retenons pas ; c'est lui, ce n'est pas nous ; il ne nous est pas demandé de souffrir à sa place pour le salut du monde, c'est lui qui s'offre pour nous tous.

 

Contemplons-le.

Peu importe ce que cela évoque dans notre mémoire personnelle, de nos relations père-fils, de nos tentatives d'amour parfois blessé ; peu importe.

Il ne nous est pas demandé de prendre sa place ; il nous est demandé de nous laisser réchauffer, éclairer par son amour.

Tel est le sens de ce dernier dimanche car lorsque nous nous reverrons dans sept jours, nous serons palmes à la main, pour chanter : "Hosannah, le voici le Messie".

 

Préparons-nous à l'accueillir, lui et ce qu'il a à nous offrir et non pas nous, ce que nous voudrions l'empêcher de vivre, par respect.

Laissons-le, lui, aller jusqu'au bout de son don à lui.

 

Amen.


Vendredi 16 Mars 2018 :  

 

Dans cet Evangile, nous avons fait un saut, nous avons franchi un chapitre par rapport aux Evangiles des jours précédents. Et dans cet Evangile, l’intrigue, le drame et le décor de ce que sera la Passion de Jésus, commencent à se dresser : Jérusalem, la question de tuer Jésus, une fête, la fête des Tentes, qui durait sept jours, et l’occasion, pour lui et d’autres, d’aller à Jérusalem, cela nous fait penser à ce que nous vivrons le jour des Rameaux, cette montée et cette entrée à Jérusalem. Tout est là réuni.

 

Nous voyons que nous sommes résolument tournés vers la fin du carême et la Passion de Jésus. La Passion, justement, elle va commencer. Dans cet Evangile, vous avez repéré peut-être que la question : « D’où vient Jésus ? », « Qui est-il ? » apparaît, avec des qui pro quo. Quelle est l’identité de Jésus ? Dans cette passion que nous célébrerons, aux Rameaux et pendant la semaine Sainte, nous célébrerons, mot un peu savant, l’Identité de Jésus.

 

Qu’est-ce que ça veut dire l’identité de quelqu’un ? Sans entrer dans de grands détails, on peut néanmoins aller sur le terrain suivant : ce qu’aime une personne dit ce qu’elle est. Ce qu’aime une personne dit ce qu’elle est. Or, l’amour a ceci de particulier que c’est souvent un chemin à la suite d’un certain nombre d’objets et de réalités convoitées, qui, pour la plupart d’entre elles peuvent produire insatisfaction, déception, manque.

L’amour : vous aimez votre mari, votre femme, et, à un moment donné, vous vous poserez la question : qu’est-ce que je ferai lorsque mon mari, ma femme, ne sera plus là ? Aimer une maison, et déjà se pose la question de son entretien et de la possibilité de la faire durer par peur de ne plus la voir dans l’éclat des premiers jours. On aime un ami ; et déjà, derrière, se profile la crainte de le perdre. Aimer un bon plat et vient la déception de voir qu’il est déjà terminé…

 

Or, ce que le juste, le sage dans l’Ancien Testament ou Jésus nous apprennent, c’est qu’il y a un amour qui, lorsqu’on l’aime, ne peut se perdre. Il y a un amour qui, lorsqu’on l’aime, ne peut se perdre. Je répète une troisième fois : il y a un amour qui, lorsqu’on l’aime, ne peut se perdre. A votre avis ? Qu’est-ce que Jésus ne perd pas dans ces derniers instants et qui dit son identité ? Qu’est-ce qu’il est, jusqu’aux derniers instants et qu’il ne perd pas ?

- Le Père.

Amen.


Enterrement Père Lucien MORTIER : homélie de notre évèque

Cathédrale de Troyes - 12 mars 2018

 

Homélie  Mt 25, 31-40

 

Ceux qui ont connu Lucien Mortier savent que ce passage de Matthieu 25 était le cœur de son idéal sacerdotal. Mais je ne crois pas m’avancer beaucoup en disant, à partir du souvenir que j’ai gardé de nos trop rares conversations que c’était aussi le cœur de sa vie d’homme et de croyant. Je suis persuadé qu’il avait conscience, comme nous sommes invités à l’avoir aussi, que ce texte est assurément le message le plus important de tous les Evangiles.

Cette Parole du Christ a structuré sa vie d’homme et de prêtre. Ce matin avec lui nous voulons nous demander comment il structure aussi notre propre vie. Il nous dit quelque chose du P. Mortier. Que nous dit-il à nous aujourd’hui ?

La première chose qui me frappe, c’est qu’un seul critère de choix, de séparation entre les hommes (entre les brebis et les chèvres) subsistera au dernier jour : l’amour des petits. Cet amour des petits, c’est la carte d’identité des bénis du Père, des vrais disciples. Toutes nos divisions humaines, toutes ces barrières que nous avons élevées entre nous seront d’un seul coup abolies. Il n’y aura plus de distinction entre catholique, protestant, juifs, musulmans, ni même entre croyants et incroyants. Il n’y aura plus de distinction entre hommes de droite et hommes de gauche, entre riches et pauvres, entre noirs et blancs. Tout cela sera aboli ; restera une seule séparation : ceux qui ont appris à aimer leurs frères et ceux qui ne l’ont pas fait. Nous ne serons pas jugés sur notre pratique religieuse, ni sur la qualité de notre foi, ni sur l’intensité de notre prière, ni sur la fécondité de notre ministère, si nous sommes prêtres. Nous ne serons jugés, jaugés que sur l’amour. Et même pas sur l’amour de Dieu, uniquement sur l’amour de nos frères. Voilà une bonne nouvelle qui devrait certainement plaire à Lucien Mortier et qui concerne l’humanité entière. L’humanité ne peut être sauvée, libérée que par l’amour. Cet amour que comme prêtre le Père Mortier a essayé de déployer. C’est un message qui dépasse largement le cadre d’une religion, c’est un message proprement universel.

C’est parce que ce message dépasse le cadre d’une religion que Jésus nous invite à faire preuve d’initiatives concrètes.

« J’ai eu faim » nous dit-il. Certes il n’y a pas que des faims matérielles, mais il y a déjà celles-là. Quand on pense que des millions d’hommes vivent toute leur vie avec la faim au ventre. Et non seulement dans le Tiers Monde. Tout près de chez nous l’affluence aux « Restos du Cœur » s’accroit. Et il n’y a pas que des faims de nourritures. Il y a d’autres faims. La faim d’être aimé, d’être reconnu. Le désir d’être considéré par les autres comme un homme et comme un frère, des faims qui habitent le cœur de beaucoup de ceux qui sonnent au presbytère ou à la maison paroissiale. La faim de justice, la faim de paix, la faim de travail pour tant de demandeurs d’emplois. Ce sont là les faims de nos contemporains, des faims que Lucien Mortier a côtoyées et a essayé d’accueillir en prêtre qu’il était. Aujourd’hui la question qui nous est posée à nous c’est : « J’avais faim. M’avez-vous donné à manger ? ».

Il y a des étrangers parmi nous. Bien-sûr nous le savons. Les débats électoraux ne nous en laissent rien ignorer. Et il nous faut nous interroger sur nos manières d’être et de penser, sur la qualité de notre accueil. Disciples de Jésus, savons-nous reconnaître en tout étranger le visage de Jésus ? C’est la seule manière dont nous pouvons connaître et reconnaître sa présence. C’est souvent difficile. Mais il y a aussi d’autres manières d’être étranger. Dans notre propre environnement, tous ne trouvent pas toujours leur place. L’archiprêtre Lucien Mortier a croisé plus d’un de ces étrangers parmi ses paroissiens habituels ou de circonstance. A chacun de nous la question, à chacun de nous la réponse sur notre capacité de les accueillir.

Des prisonniers il n’y en a pas que dans les prisons. Mais il y a d’abord ceux qui sont dans les prisons à Clairvaux et ailleurs. Tous ceux aussi qui sont enfermés, torturés, éliminés à cause de leurs idées ou de leur foi, parce qu’ils ont voulu rester des hommes libres et fidèles. Et surtout n’allons pas dire : « qu’est-ce que nous y pouvons ? ». Il y a des organisations qui y peuvent quelque chose et qui attendent notre concours. Il y a encore d’autres formes d’enfermements dans des addictions. L’énumération n’est jamais finie. Bref, le Christ nous invite à faire preuve d’imagination pour libérer tous ceux qui sont prisonniers, car ils sont le Christ sur notre route.

Tous ceux qu’on vient d’énumérer ont été le Christ sur la route du prêtre qui se présente devant son Seigneur. Ils sont le Christ sur notre route. Il n’y a pas d’autre Christ que ceux-là. Cet incognito de Jésus nous dérange, nous aimerions des signes d’identité plus probants. Nous avons certes l’Eucharistie, mais nous avons surtout tous ces pauvres de la terre.

Donner un verre d’eau ça peut paraître banal lorsque c’est notre Seigneur et Maître que nous rencontrons. Matthieu 25 nous rappelle qu’il n’y a rien de banal là où il y a l’amour, surtout pas ces petits gestes qui manifestent que nous avons accueilli un de nos frères. On n’en parlera ni dans les journaux ni à la télé, mais ce geste aura fait sens dans l’existence de celui qui l’a posé et de celui à qui il aura été destiné, car il aura été le geste de l’amour.

La vie d’un prêtre comme la vie de chacun d’entre nous, c’est l’histoire d’un apprentissage qui va jusqu’au bout de l’amour. Lucien Mortier aura fait beaucoup de choses dans sa vie de prêtre. Nous-mêmes nous ne manquons pas d’activités que nous considérons comme importantes. Un jour, comme pour lui aujourd’hui, s’écrira pour nous le mot fin, et d’un coup notre image sera figée pour l’éternité. Sera-ce l’image de celui qui a appris à aimer ? « Au soir de cette vie, dit St Jean de la Crois, tu seras examiné sur l’amour ».

 

+Marc STENGER

Evêque de Troyes


Dimanche 11 mars : 4° dimanche de Carême

2 Ch 36,14-16.19-23 : La ruine de Jérusalem.
Ps 136

Ep 2, 4-10 : Gratuité du salut dans le Christ.

Jn 3, 14-21 : L’entretien avec Nicodème.

 

Au VIe siècle avant Jésus, (une époque que nous n'avons pas connue, très lointaine), ce que l'on appelle aujourd'hui, la terre d'Israël était partagée en deux : il y avait un royaume du nord, il y avait un royaume du sud et chacun de ces royaumes, avait son roi.

Ça a été partagé en deux, approximativement 10 siècles avant Jésus et tous les livres que nous avons dans l’Ancien Testament, (les livres prophétiques principalement, les livres des rois), vont raconter comment les rois du nord, comment les rois du sud vont être plus ou moins fidèles à leur Seigneur (d'ailleurs plus moins que plus) et les prophètes font sans cesse les interpeller, les maintenir éveillés : ‘attention ! si vous oubliez l'Alliance,

si vous oubliez pourquoi vous existez,

si vous oubliez que j'ai donné la vie à votre peuple, il va vous arriver des choses graves’.

 

Ça n'a pas loupé : huitième siècle avant Jésus, le royaume du nord se fait manger par le roi d’Assyrie, Sargon II (722-721 av J-C) et le royaume du Sud à quelques années d'intervalle, se fera manger par Nabuchodonosor  (586 av J-C) et les peuples se font déporter : c'est l'exil.

 

L'exil à Babylone (VIe siècle avant Jésus), c'est pendant cet exil que nous avons ce psaume qui a été chanté, tout à l’heure.

Je vais vous relire les versets du psaume.

Imaginez-vous des hommes et des femmes, loin de leur terre (un peu comme ça peut arriver aujourd’hui),  qui ont perdu leur capitale (leur capitale a été détruite, le temple vidé de ses objets précieux).

"Au bord des fleuves de Babylone, nous étions assis et nous pleurions, nous souvenant de Sion"  (Jérusalem).

Et pour cause, ils n’y sont plus !

"Aux saules des alentours nous avions pendu nos harpes".

Mais oui ! nos cœurs ne sont plus à la fête.

"C'est là que nos vainqueurs nous demandèrent des chansons et nos bourreaux des airs joyeux".

Entendez par-là : les membres de l'armée de Nabuchodonosor qui ont vidé ce royaume et sa capitale.

 "Chantez-nous disaient-ils, (un peu comme pour se moquer, quelques chants de votre terre natale), quelques chants de Sion".

Mais comment chanterait-on au Seigneur, si nous sommes loin de chez nous ?

"Comment chanterions-nous au Seigneur sur une terre étrangère ? "

"Si je t'oublie Jérusalem, que ma main droite m'oublie".

Et dans un excès de mélancolie :

"Je veux que ma langue s'attache à mon palais si je perds ton souvenir,

si je n'élève Jérusalem au sommet de ma joie. "

 Voilà, c'est un psaume de déportation.

 

Cette déportation aura duré (comme le livre que nous avons lu en première lecture, nous le dit) 70 ans (peut-être plus ou moins) et puis, les uns, les autres vont retourner dans leur terre.

Ils vont être libérés d'une certaine façon, mais ils auront perdu définitivement (mais vraiment définitivement) la souveraineté : ils sont chez eux mais ça n'est plus à eux, comme une sorte d'époque perdue ; ils reviennent mais les fastes d'antan n'existent plus.

 

Cette terre, Jérusalem, elle est sainte ; c'est comme ça que l'on dit : la Terre sainte (il y en qui partent en pèlerinage en Terre sainte).

Pour nous les chrétiens, toute terre est sainte depuis la Pentecôte : l'Esprit habite partout, toute terre est sainte, même Bar sur Aube, même vos maisons, même nos corps sont sanctifiés par l'Esprit Saint, depuis la Pentecôte.

Mais oui, mais la Palestine, ce n'est quand même pas rien !

C'est quand même le lieu que les pieds de Jésus ont foulé

de la Galilée, marchant jusqu’à Jérusalem,

de Capharnaüm, qui était sa ville,

Jéricho,

le désert de Juda,

Jérusalem.

Mais qu’a-t-il fait Jésus ?

L’Evangile est truffé de toutes ses rencontres qui, sur cette terre, en ce temps-là, ont profondément touché les hommes et les femmes.

Ils ont rencontré celui qui s'est donné pour eux, entièrement, une fois pour toutes.

 

Prenez par exemple : l'aveugle Bartimée à Jéricho.

Qu'est-ce qui le guérit ?

Qu'est-ce qui le sauve ?

La rencontre avec celui qui, tout entier s'est donné librement pour lui ; ça l’a sauvé.

 

Que s'est-il passé pour le paralytique : vous savez à Capharnaüm, il passe par le toit de la maison, grâce à ses compagnons.

Il rencontre une fois pour toutes et une unique fois comme ça a dû arriver une seule fois dans sa vie, quelqu'un qui se donne tout entier librement pour lui ; ça le sauve.

Il n'y a aucune condition ; il ne se donne pas un petit peu, il se donne tout entier et ça va à la fois le guérir et le sauver.

 

Nous avons aussi par exemple, ce jeune garçon qui vient de décéder, le fils unique d'une femme veuve à Naïm.

Son convoi funéraire croise Jésus, il est tout entier don pour lui, ça lui ressuscite.

 

Lazare ; on pourrait multiplier les exemples.

 

Et c'est la raison pour laquelle, pour nous, cette terre est sainte : c'est le lieu où le Fils de l'homme s'est donné et le moment par excellence où il s'est donné plus que tout, c'est la Croix.

Ce n'est pas complètement à Jérusalem d'ailleurs, c'est juste à côté : le Golgotha, quand on sera le vendredi Saint, (la Passion), on parlera du lieu du crâne, le Golgotha, le calvaire, l'endroit où Jésus est crucifié, c'est à l'extérieur de Jérusalem.

Le détail a son importance : ça veut dire qu'il n'a pas été reconnu par les siens, Jésus, il est chassé de la ville.

Jérusalem, ce n’est pas n’importe quelle ville : capitale, centre religieux et politique.

 

Jésus y était à ses 12 ans, en pèlerinage ; ses parents l’ont retrouvé dans le Temple.

Ses parents ont offert ce qu'il fallait après sa naissance, à Jérusalem, au Temple.

Tout juif converge vers Jérusalem, chaque année, pour la fête de la Pâque, ce n’est quand même pas rien !

Jésus n’y sera pas reconnu, il sera chassé.

 

Cette terre n'est pas sainte pour nous comme elle l’est pour un juif : nous ne sommes pas juifs ; mais c'est quand même le lieu du don de Jésus et ce n'est quand même pas rien !

 

En ce dimanche, quand on fait mémoire de Jérusalem, c'est un peu comme pour se stimuler (voyez-vous) : Jérusalem, c'est la ville où nous allons entrer triomphalement dans deux semaines, le jour de la fête des Rameaux.

Nous serons ici, dimanche matin à 10h30, dehors plus précisément, rameaux à la main (la veille on sera à Ville sur Terre) et on entrera triomphalement dans la ville en chantant : "hosanna", en accueillant celui qui est envoyé du Seigneur.

 

Quand on prie le psaume de ce jour, nous ne sommes pas mélancoliques, au contraire, nous sommes dans la joie (la mélancolie est pour les fils d'Israël qui sont loin de leur terre) mais nous, nous sommes dans la joie d'approcher de si près de Jérusalem et d’y être dans deux semaines.

 Ce dimanche est vraiment le dimanche où on se stimule, où on s'encourage : ‘allez ! ne perdons pas patience, nous y arrivons !’

Jérusalem, le lieu du don de Jésus, le lieu de ce qui nous sauve.

 

Parlons-en de ce qui nous sauve : lui Jésus, sur la Croix, il est don total, tout de suite.

Nous, c'est beaucoup plus compliqué ; dans nos relations, dans notre affectivité, dans notre manière d'être (parfois avec nous-mêmes), on met des conditions partout ; partout, il y a des conditions.

Nos consciences sont un peu comme un contrat d'assurance avec des clauses en quantité, en quantité, en quantité, en quantité ; on est un peu comme : ‘j'aimerais bien mais je ne peux point’.

 

 J'aimerais bien aimer complètement bien, là, paf ! d'un amour simple mais cet amour, il est complètement plié et froissé comme une boule de papier.

Alors on aime mais, si c’est à la folie, c'est un amour qui n'est encore pas complètement libre (du moins, pas pour l'autre) mais on est souvent : ‘je t'aime un petit peu’ ‘et un tout petit peu plus’ mais avec plein de conditions à tous les étages.

C'est notre condition, on ne peut pas se le cacher : on est comme une boule de papier froissé.

Même si Jésus a donné sa vie une fois pour toutes, nous, il nous faut toute la vie pour accueillir ce ‘une fois pour toutes’.

Je répète ma phrase et là, vous allez tout comprendre, je l'espère : même si Jésus s'est donné une fois pour toutes, nous, il nous faut toute notre vie pour accueillir ce ‘une fois pour toutes’ ; c'est un peu comme s'il fallait toute notre vie pour déplier, défroisser tout ce qui nous est donné : il nous faut toute une vie pour grandir en liberté.

 

Nous allons donc célébrer, à Pâques, cet amour souverain et cette liberté géniale qui nous sont donnés par le Christ mais reconnaissons qu’il faut que ça se déplie dans nos vies.

 Confions très fort, donc, en cette grâce puissante que nous donne le Seigneur, tout cela ; ne nous décourageons pas, ne nous décourageons pas, notre vie va se déplier, elle va se déplier ; déjà, peut-être, elle l’est plus aujourd’hui qu’elle ne l’était, il y a quelques années ; elle va continuer à se défroisser, cette vie et elle va devenir de plus en plus simple et limpide, claire, transparente dans la vérité.

 

 On cessera de penser au jugement, on pensera davantage au cadeau que Dieu nous fait, son pardon.

"Dieu a envoyé son Fils dans le monde", nous dit l'Évangile de Jean, "non pas pour juger le monde mais pour que, par lui, le monde soit sauvé".

Voilà, ce qu’il nous offre, c'est tout gratuit.

Cheminons encore 15 jours et puis, dans quinze jours, on sera cette grande semaine Sainte et ce sera le moment, vraiment, de se reposer dans cette confiance inouïe qui nous est donnée par celui qui, sans condition, s’offre une fois pour toutes, pour nous.

Amen


Mercredi 7 mars :

Dt 4, 1.5-9 : La vraie Sagesse.

Ps 147

Mt 5, 17-19 : L’accomplissement de la Loi.

 

Nous approchons progressivement de la mi-Carême et nous avons à la fois, dans cet extrait du Deutéronome, au chapitre quatre et dans ce discours de Jésus sur la montagne, chez Matthieu, l'idée que, à la fois pendant le Carême et tout au long de notre cheminement de baptisé : le Seigneur vient nous enseigner,

il vient nous instruire, (il est comme un instituteur avec ses élèves),

nous apprendre le commandement de Dieu,

nous apprendre à les mettre en pratique, comme si cet enseignement n'était jamais acquis une fois pour toutes, qu'il nous fallait jour après jour, à nouveau, nous laisser instruire ; à la fois, écouter (comme c'est suggéré dans le livre du Deutéronome) et en même temps, imiter (comme c'est suggéré cette fois-ci dans l'Évangile) imiter le professeur.

 

Et en quoi consiste cette Loi ?

‘Jésus vient accomplir’.

D'abord cette loi vient révéler une sorte de misère (la nôtre, bien évidemment, celle de  tous, en général) ; cette misère qui consiste à ce que chacun choisisse principalement un objet et va investir toute son énergie, toute sa vie pour l’atteindre.

 

Or, la question que nous pose cet éducateur, Jésus, c'est :

et toi, que choisis-tu ?

 Qu’aimes-tu ?

Quel objet choisis-tu par amour et qui te donnerait l'Amour ?

 

Cette voix nous invite à ne pas choisir au hasard, à ne pas choisir un objet qui augmenterait notre misère mais qui, au contraire, la fera quitter au profit de l'Amour, (Celui qui est source de cet Amour), qui aime notre misère et nous en fait sortir.

 

Poursuivons: nous tous, si nous prêtons garde à notre terre de misère (dont nous sommes pétris), peut-être sommes-nous dans une forme de comparaison les uns, les autres;

peut-être que chacun va aller dans le sens de ce que qui lui paraît bon,

chacun va aller dans le sens de ce qui lui convient

ou bien va se lamenter de ne pas réussir à aller dans le sens de ce qui lui convient

et voire même, se réjouir de se lamenter de ne pas pouvoir aller jusqu'au bout de ce qui lui convient.

Et vu sous cet angle, notre vie n'a pas beaucoup d'intérêt.

 

Mais si nous connaissons l'Amour, que choisissons-nous ?

qu’aurions-nous envie de choisir ?

 

Ce petit trait de la Loi, cette toute petite lettre : le iota, (que Jésus entend ne pas abolir mais accomplir), c'est ce lieu sûr en nous-mêmes,

cette maison bien gardée,

cette citadelle fortifiée,

cette Jérusalem dont le Seigneur vient consolider les portes et renforcer les barres, c'est le lieu de l'Amour.

 

Si en connaissant Jésus et en l’ayant choisi, nous nous tenons à l'intérieur de ce lieu sûr et en sécurité, il faut y demeurer, accomplir notre tâche de ce lieu là et aimer et servir quiconque, de sorte que, en le servant et l’aimant, nous nous appliquions à ce qu'il ne dépende pas de nous-mêmes, nous le servions sans que nous devenions pour lui, un nouvel objet à conquérir, une nouvelle source de discorde ou un nouvel objet à s'approprier.

 

Servons et aimons depuis notre lieu sûr, en faisant en sorte que personne ne dépende de nous-mêmes mais que nous soyons pour chacun : service et bonté.

 

‘Que choisis-tu ?

Choisis-tu ce petit iota qui semble enfoui dans la masse de tout ce qu'il faut faire ou ne pas faire, dans la masse de notre misère ; choisis-tu l'Amour ou pas ?

En tout cas, je suis là et je frappe à ta porte ;  je suis là pour t'enseigner ; fais de moi ton Maître ; imite-moi.

 

Amen.


Mardi 6 mars :

Dn 3, 25.34-43 : Cantique d’Azarias dans la fournaise

Ps 24

Mt 18, 21-35 : La parabole du débiteur impitoyable.

 

Il n'y a que saint Matthieu qui se souvient pas de cette parabole de Jésus, qui la rapporte, elle qui nous relie directement à cette demande de la prière du Notre-Père : "pardonne-nous nos offenses comme nous-mêmes nous pardonnons aussi".

 

On voit l'énormité de la dette que chacun peut avoir avec le Seigneur : 60 millions de pièces d'argent, c'est une somme faramineuse et nous voyons, par conséquent, la patience et la miséricorde de Dieu et du coup, les conséquences morales mais plus encore, les conséquences spirituelles, humaines que cela peut avoir dans nos relations les uns avec les autres.

 

C'est toujours la même question en nous-mêmes et ça touche ce que l'on appelle le péché : lorsque quelqu'un nous fait du bien ou nous fait du mal, en nous-mêmes, cela peut susciter beaucoup de résonance (nous pouvons être, en permanence préoccupés, par le bien ou le mal que nos frères et sœurs commettent).

 

Mais la question ce n'est pas de savoir le bien ou le mal qu'ils commettent, c'est plutôt : qu’en faisons-nous, nous-mêmes?

Comment en tirons-nous profit,

Comment nous situons-nous ?

Comment parvenons-nous à garder l'amour devant ce que font les frères ?

L'idée n'est pas d'arriver en conquérant pour corriger ou sauver un frère ou une sœur qui se perd dans des actes mauvais ni même susciter des faveurs d'un frère ou d'une sœur qui commet le bien.

La question : qu'est-ce que j'en fais en moi-même ?

 

Et si nous sommes plutôt touchés par le cas de figure de ce serviteur dans l'Évangile, qui ne va pas parvenir à délier de sa dette, un frère, c’est que nous avons encore du chemin, nous-mêmes, dans la relation que nous entretenons avec nos frères et sœurs qui commettent bien ou mal.

 

Regardons donc comment nous nous situons nous-mêmes,

comment nous parvenons à considérer en nous-mêmes

et quel progrès nous tirons du bien ou du mal commis par nos frères.

 

Si un frère commet un bien, par exemple, comment sommes-nous dans l'approbation,

comment parvenons-nous à aider ce frère ?

Si un frère commet un mal, comment sera notre correction,

comment sera notre compassion ?

 

L'idée c'est que, en toute circonstance, (surtout d'ailleurs, quand le frère commet un mal) nous puissions être dans l'Amour et que ce frère-là soit aimé pour lui-même et non pas dans l'attente de quelconque retour du frère (ou de la sœur).

Dieu est amour, nous en avons la preuve dans cette parabole (60 millions de pièces d'argent d'amour et plus encore) ; nous sommes l'objet de cet amour et nous sommes invités à en devenir les sujets, également.

 

Un frère ou une sœur qui commet un mal, comment vais-je l’aimer?

Un frère ou une sœur qui commet un bien, comment vais-je l’aimer, sans me l'approprier ? (ou sans même rejeter le frère qui commet le mal).

 

Ce chemin de Carême est beau ; il nous rappelle que nous sommes objets de cet amour infini mais que nous en sommes aussi, des sujets.

 

 

"Seigneur pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés".


Dimanche 4 mars : 3° dimanche de Carême

Ex 20, 1-17 : Le Décalogue.

Ps 18b

1Co 1, 22-25 : Sagesse du monde et sagesse chrétienne.

Jn 2, 13-25 : La purification du Temple.

 

Nous allons évoquer plusieurs commencements :

par exemple comment peut-on démarrer une équipe de catéchisme, ici à Arrentières ?

Une équipe de catéchisme à Arrentières, peut démarrer comme ce matin : une maman qui fait déjà du KT a invité d'autres mamans et d'autres enfants à participer à la messe et à préparer des lectures.

Les enfants ont lu devant tout le monde et les mamans sont ravies (n'est-ce pas Virginie ?)

Ça peut être un début pour risquer une équipe de KT à Arrentières.

 

Comment peut-on avoir la messe à Arrentières et commencer à en avoir peut-être plus ?

D'abord avoir d'autres prêtres mais faire comme la commune a fait : c’est-à-dire, se mobiliser autour de l'église.

 

Comment la foi en Dieu Unique est-elle née, comment a-t-elle commencé ?

Elle a commencé par une étincelle, une étincelle que pour nous, nous croyons être une étincelle d'Amour, un acte d'Amour.

Il y a d'abord eu un acte d'Amour dans la création du monde et un acte d'Amour dans ce don de la Loi, tel qu’on le voit parfois représenté dans le film ‘les 10 commandements’ et tel que la Bible elle-même, dans le livre de l'Exode, nous le raconte.

 

Nous avons ces tables de pierre, gravées en lettres de feu qui sont données à Moïse au sommet du mont Sinaï.

Ça n'est pas une prescription qui rend triste et qui enserre, c'est une prescription qui sanctifie,  libère et conduit et dégage loin celles et ceux qui l’accueillent (c'est du moins comme ça, que le peuple juif accueille ce don de la Loi).

 

Vous  savez peut-être de mémoire, ce qui s'est passé avec ces tables (Isabelle, tout à l'heure, a lu le contenu de ces tables de la Loi) : sitôt Moïse redescendu de la montagne avec ces tables de la Loi, que constate-t-il ?

Ceux et celles à qui elles étaient destinées, étaient déjà en train de passer à autre chose et au lieu de tourner leur regard vers un horizon infini, étaient en train de regarder leur nombril : ils avaient façonné un veau d’or avec tous leurs bijoux, qu'ils avaient fondus.

 

Qu’à cela ne tienne, le Seigneur est patient et a fait à nouveau don de deux autres tables de la Loi…

Ça c'est le début, d'une aventure dans la foi, que l'on appelle l'Alliance du Ciel avec la Terre et édictée par l'Amour.

 

"Je suis un Dieu jaloux", non pas de cette jalousie qui peut vraiment nous faire souffrir et blesser les humains mais entendez par-là, une exclusivité : "je suis le Dieu unique et vous êtes mon peuple".

Il y a là, certes, une exigence mais une exigence vraiment (dans la foi), fait grandir et libère.

 

Que se passe-t-il au cours des âges, au cours des siècles ?

Cette étincelle des commencements finit par disparaître sous le boisseau : on ne sait plus pourquoi on fait les choses,

pourquoi on a une église à Arrentières,

pourquoi on ne doit pas se livrer à l'idolâtrie,

pourquoi on doit honorer son père et sa mère,

pourquoi on ne doit pas convoiter la femme de son voisin,

pourquoi on doit croire Dieu Unique ;

 on ne le sait plus, au cours des âges.

 

Il y a eu des prophètes dans l'Ancien Testament, qui ont redit : ‘Mais souvenez-vous, vous êtes aimés, vous l'avez été et vous l'êtes toujours’.

Mais ce pourquoi-là s'est perdu ou se perd ; déjà dans la Bible.

 

On arrive à l'époque de Jésus.

Jésus, dès l'âge de 12 ans jusqu'à sa trentaine d'années, n'a pas trop quitté sa Galilée natale (la Galilée pour Jésus, c'est grosso modo sa campagne) et quand il va à Jérusalem, il monte à la capitale ; il arrive au Temple, le centre de la vie politique et religieuse de sa nation et il y va comme tout bon juif, à l'occasion de la fête de la Pâques.

J'ouvre la parenthèse : ce n'est pas la fête des œufs et des cloches, c'est la fête de la sortie d'Égypte ; je referme la parenthèse.

 

Que constate Jésus ?

Une organisation dans le Temple qui est bien rodée et qui se justifie : les fameux changeurs, les marchands de colombes, les marchands de bœufs ne sont pas des vendeurs de cartes postales et de frites à la sortie des lieux touristiques; tous ces gens-là ont leur raison d'être à l'intérieur du Temple car à l'intérieur du Temple, il y a une monnaie et il y a surtout un rite : offrir des animaux en sacrifice pour demander au Seigneur qu'il vienne nous pardonner  plein de choses et qu'il rétablisse son Alliance avec nous (il n'y avait ni confessionnal ni sacrifice eucharistique ; il n'y avait rien d'autre que ça) ; il fallait des animaux, il fallait les acheter avec la monnaie locale, (voilà la raison d'être de tous ces personnages).

 

Jésus le sait, ses parents ont eu affaire (quand il était tout petit et quand ils l'ont offert au Temple), ses parents ont eu affaire à ces changeurs et à ces vendeurs ; Jésus les chasse violemment avec un fouet, c'est violent ! (imaginez que quelqu'un, ici, chasse tout le monde d'un coup, d'un seul et dise : ‘arrêtez de faire ce que vous faites’.

 

C'est ce que fait Jésus et il souhaite retrouver l'étincelle des commencements : pourquoi faites-vous tout ce que vous faites ?

Vous le faites parce que votre Dieu vous aime et vous a choisis.

Si vous l'avez oublié, tout ce que vous faites c'est lettre morte, vous perdez votre temps.

Dans un couple, si vous ne renouvelez pas votre amour, par un peu de fantaisie, que peut-il se passer ?

Il peut s’user un peu, quand même ; il en est de même pour notre foi.

S’il n’y a pas de fantaisie dans notre couple et si dans notre foi il n'y a pas la volonté de dégager cette origine ou cette source ; nous faisons de belles choses, nous décorons les églises, nous nous réunissons mais pour pas grand-chose.

 

Le pape François, dans son exhortation ‘la joie de l'Évangile’ au tout début de son pontificat, il l’a dit et redit (ce n'est pas le premier à l'avoir dit, c'est déjà dans la Parole de Dieu et tous les prophètes l'ont souligné) il va dire : ‘notre cœur a une fâcheuse tendance à s'éparpiller et à quitter sa zone d'inconfort pour aller se situer, là où ça lui est plus confortable, notre cœur.

Il va dire : on n’aime pas se tenir au centre de notre cœur (le centre de notre cœur, (pour lui, dans son image), c'est l'Amour qui vient aimer la fine pointe de notre vie qui en a le plus besoin ; mais ce centre-là, pour lui, c'est notre zone d’inconfort).

 

Je sais qu'il y a au moins une infirmière dans l'assemblée, (il y en a peut-être d'autres) ; quand il faut soigner une plaie, il faut peut-être atteindre le centre de cette plaie pour la soigner (n'est-ce pas où je m'abuse ?) pour la désinfecter ; ça pique un peu, (ça peut, ça dépend ce qu'on met), ça peut piquer mais il faut bien le faire !

 

Le centre du cœur (le siège des émotions, de la foi et de la conscience) ce centre-là (quand on dit que Dieu aime), il est aimé là, où on a besoin de l’être.

Parfois, ça vient un peu mettre en lumière, ce qui nous est le moins plaisant mais c'est pour nous en libérer.

Le cœur va plutôt se situer dans ses périphéries, ses zones plus confortables, un peu comme : ‘je n'ai pas envie de me faire soigner une plaie parce que ça va me faire mal’.

 

Les zones les plus confortables, ce sont les zones de l'habitude,

les zones où on ne fait pas trop la vérité sur soi-même

 et ce sont les zones de confort, par exemple :

il peut m’être plus confortable de rester chez moi, un dimanche matin où il caille très fort et chez moi il fait très bon et je suis tranquille.

Je vois moins de gens mais je m'en fiche puisque je suis bien, là où je suis ;

 

je ne me remets pas en question mais pourquoi faire ?

Puisqu’à chaque fois, ça me titille, ça m'embête.

 

Je peux préférer par exemple, être dans mon canapé plutôt que de rencontrer d'autres personnes.

 

L'idée du pape François (et c'est dans la droite ligne de l'Ecriture d'aujourd'hui), c'est : osons remettre en question nos zones de confort (et c'est le sens du Carême) pour nous laisser attirer par cet Amour-là, cet Amour qui nous réchauffe et nous réjouit.

Alors oui, il faut un peu se déplacer !

 

Le sens du Carême : jeûne, prière, partage en communauté, c'est pour se stimuler, pour se dire : ‘bon allez ! Moi j'ai trouvé ce qui m'était bien confortable dans ma vie mais peut-être qu'il ne faut pas que je m'en arrête là, pour rejoindre Celui qui est la source de toute sainteté et de toute liberté en moi et Celui qui me dégager, me libère’.

C'est ce que fait Jésus quand il secoue un petit peu l'arbre.

 

‘Je suis un Dieu qui vous aime, jaloux’.

Saint Paul dans sa lettre (et je termine par-là) va nous dire : nous adorons un Messie crucifié.

Nous avons dans nos églises des croix, nous avons plein d'objets qui nous rappellent Jésus, qui nous rappellent notre foi.

A temps de saint Paul, il n'y avait pas de crucifix, (pas encore) mais Jésus avait été déjà, bel et bien crucifié.

Rappelons-nous ce que nous adorons, ce ne sont pas les objets,

ce n'est pas l’autel de Bouchardon,

ce ne sont pas les merveilleux vitraux,

la merveilleuse église,

ce que nous adorons c'est ce vers qui, ils nous renvoient.

Ils nous renvoient vers qui ?

Ils nous renvoient vers un crucifié.

C'est pour adorer la mort ?

Non non !

Nous n’adorons pas la mort.

C'est pour adorer la vie ?

D'une certaine façon, mais pas la nôtre, aujourd'hui.

 

C'est pour adorer quoi alors ?

C'est pour adorer l'Amour.

 

Amen.


Jeudi 1° mars :

Jr 17, 5-10 : Sentences de sagesse.

Ps 1

Lc 16,19-31 : Le mauvais riche et le pauvre Lazare.

 

Il est bon de voir qu'il y a une petite correspondance entre le début de la première lecture : "maudit soit l'homme qui met sa foi dans un mortel" et puis le psaume qui dit la même chose mais, à l'envers : "heureux est l’homme qui n'entre pas au conseil des méchants".

 

Donc le décor est dressé : il y a un choix à faire et tous ces textes proposés par la liturgie d'aujourd'hui, nous invitent à repérer ce lien qui existe en nous entre notre corps et ce qu'on appelle : "la jouissance et l'amour" ; c'est-à-dire un lien qui nous aliène, en fait.

 

Et, le Seigneur, en Jésus (et c'est le lot du Carême et c'est le propos de toute une vie de baptisé) vient défaire ce lien de l'amour autocentré pour qu’à la place de jouissance et amour avec nous-mêmes, ce soit le lien de la Vie ; pas la vie biologique mais la Vie du Père, une Vie largement plus haute, plus grande et plus profonde que ces simples questions de nécessité qui peuvent se résumer à des choses du genre : jouissance et amour.

 

Les prophètes ont beaucoup critiqué, ce lien de jouissance-amour avec nous-mêmes ; ils ont beaucoup exposé d'ailleurs combien un homme qui était au conseil des méchants ou un homme, (comme le fait le prophète Jérémie) qui met sa foi dans un mortel, est un homme qui sera peu partageur, un homme qui ne s'occupera pas du pauvre, de l'orphelin et de la veuve, qui n’accueillera pas l'étranger ; c'est quelqu'un qui va fausser les balances sur les marchés et qui va rechercher à accumuler toujours plus de profit.

Les prophètes ont bien repéré combien ce lien de jouissance-amour avec nous-mêmes était beaucoup alimenté par l'argent, la fascination de l'argent.

 

Si on en vient ce texte, chez st Luc, on peut voir un rapport avec cet Évangile, comme le pape François lui-même l'avait fait, pour introduire  l'année de la miséricorde : une lecture morale qui viserait à vérifier en nous-mêmes, combien nous sommes ouverts ou pas, aux nécessités de celles et ceux qui, à notre porte, crient et ont faim, ceux qui n'ont pas ; on peut avoir cette lecture-là de l'Évangile.

Cette parabole est l'une des seules de tout l’Evangile qui est d'une richesse absolue, que l'on ne peut jamais trop épuiser et je vous invite à une autre lecture.

 

Regardez bien ce brave Lazare, certes il est pauvre, il a un grand désir : c'est de profiter de la richesse du riche.

Par malheur ou par providence (allez savoir !) il n'en profitera pas mais ce qui lui vaut quand même d'être dans le sein d'Abraham, c'est-à-dire dans notre tradition théologique ; on dirait : il est au paradis (je crois que l'on peut dire ça).

 

Mais il y a un abîme absolument infranchissable entre les deux, dans le sort qui leur est réservé, c'est bien le signe que Lazare certes, plus ou moins volontairement, son désir a pu ne pas être complètement perverti par des questions matérielles.

Il a pu être, comme dans le livre de Jérémie, celui qui a planté ses racines qui glissent jusque vers un ruisseau : vient la sécheresse ; il ne s’en rend pas compte ; ainsi celui qui s'enracine dans le Seigneur.

Et le riche n'aura pas eu ce bonheur, trop rempli de lui-même, qu'il était.

 

C'est une invitation à repérer où est-ce que nous plantons, nous plongeons nos racines et j'ai envie de vous dire cette petite maxime d'un spirituel du XIIe siècle (ou 13e, je crois): "À celui dont tu t'emploies à servir la volonté, réclame ton salaire.

Mais si celui de qui on sert la volonté, c'est nous-mêmes, ça devient un problème.

Il faut donc vivre de manière à ne rien te devoir à toi-même car tu ne peux rien te remettre.

Le Péché majuscule, avec l'argent ce serait spéculer avec soi-même et il y en a qui le font et on pense qu'ils sont quelque part sous terre.

 

Amen.


Mercredi 28 février :

Jr 18, 18-20 : A l’occasion d’un attentat contre Jérémie.

Ps 30

Mt 20, 17-28 : Troisième annonce de la Passion. Demande de la mère des fils de Zébédée. Les chefs doivent servir.

 

Si vous dites à un ivrogne qu'il est ivrogne, il va se fâcher, assurément et si vous dites un bavard qu'il est bavard, il va vous condamner durement ; par contre, si vous leur mentez et vous leur dites tout l’inverse, ils seront contents, cela leur sera agréable et vous vous serez faits des amis.

Voilà, tel est le sort de la vérité.

 

Jésus, dans cette troisième annonce de la Passion, parle de lui-même comme celui qui sera livré, flagellé, crucifié et qui ressuscitera ; il est cette vérité-là, vérité paradoxale qu'on doit poser au milieu comme une très belle chose et

qu'on doit adorer sans éclat ni splendeur,

qu'on doit adorer comme le crucifié,

qu'on doit adorer comme amour bafoué.

Rappelez-vous l'ivrogne à qui on dit qu'il est ivrogne et qui se fâche ; rappelez-vous l’ivrogne à qui on dit un mensonge et qui sera content.

 

Alors, adorer cette vérité-là, (c'est donc l'adorer comme le Crucifié-livré, l'amour qui se livre, qui se risque) mais c'est aussi adopter la tenue du serviteur, ceindre le tablier du serviteur dans deux directions : la première direction, c'est que, si vous avez devant vous, des personnes qui exècrent la vérité, ne les juger surtout pas ;

aimez-les, ne les jugez surtout pas ;

ayez pitié d'elles.

 

Et la deuxième direction : être en tenue de serviteur, c’est aussi être très humble soi-même et demander en permanence que le Seigneur fasse la vérité en nous,

que toujours, nous nous convertissions,

que la question en réalité ne soit pas celle de l'ivrogne qui ne peut pas entendre la vérité ;

que la question en réalité soit à nous-mêmes : ‘où suis-je devant la vérité ?’

 

Amen.


Mardi 27 février

Is 1, 10.16-20 : Contre l’hypocrisie.

Ps 49

Mt 23, 1-12 : Reproches aux scribes et aux pharisiens.

 

En Jésus, qui est l'Amour, il y a trois dimensions ; trois dimensions que, pendant le Carême, nous pouvons revisiter.

 

Ce jeûne, cette prière, cette aumône, que nous sommes appelés les uns, les autres à vivre, nous conduisent au-delà de nous-mêmes, ce n'est pas simplement une performance à laquelle nous sommes livrés mais une contemplation renouvelée de l'Amour, en Jésus.

 

Voilà donc trois dimensions :

La première dimension c'est que Jésus est tout entier, contemplation de son Père ; Jésus reçoit tout de lui, il lui rend tout, (lui donne tout, lui offre tout) ; contemplation de son Père.

La deuxième dimension c'est que Jésus est profonde bonté pour les hommes, profonde bonté pour les hommes.

Et la troisième dimension, c'est la sobriété de Jésus à l'égard du monde ; ce n'est pas à l'égard des hommes, c'est à l’égard du  monde, sa sobriété.

 

Nous pouvons tout au long de ce Carême, repérer dans ce que la liturgie nous offre à contempler, chacune de ces trois dimensions.

Et la liturgie va accentuer, selon les jours, l'une ou l'autre dimension ; il est vrai d'ailleurs que, plus nous allons approcher de la semaine Sainte, plus ces trois dimensions vont vraiment s'aiguiser, s’accentuer ; on va arriver à la pointe de chacune d'entre elles.

Et la fine pointe, l'extrême pointe, ce sera le vendredi Saint :

la contemplation à l'égard de son Père,

la bonté à l'égard des hommes,

la sobriété à l'égard du monde.

 

Si nous regardons chacune de ces dimensions, dès aujourd'hui et un petit peu, en ayant en filigrane ce texte du jour, nous pouvons nous rappeler que Jésus, par rapport à son Père, n'a rien préféré d'autre à lui.

En renonçant à être à l'égal de Dieu, (ce que nous célébrons à Noël, "le Verbe se fait chair", ce n'est pas qu'il abandonne son Père, c'est qu'il ne préfère rien d'autre à lui : le Père l'envoie.

La deuxième dimension, cette bonté à l'égard des hommes, Jésus va se confronter à ces différents ‘fruits de la chair’, comme dirait Saint-Paul (vous savez saint Paul, dans ses lettres, va lister les fruits de l'Esprit et il va lister les fruits de la chair ; je vous en rappelle comme ça, de mémoire : la convoitise, la gourmandise, l'adultère, l'inconstance, la cupidité etc.) il va se confronter à cela ; c'est-à-dire qu’à chaque fois qu'on va le voir en relation avec des pharisiens,

chaque fois qu'on va le voir en relation avec des malades, avec des pécheurs de toutes sortes, il va se confronter à ces fruits de la chair.

 

Mais que fait-il ?

Il est bonté et même à l'égard des pharisiens d'ailleurs, car, à l'égard des pharisiens, même s'il va jusqu'à leur dire : "malheureux êtes-vous", il ne les condamne pas ; il n'est pas venu pour juger, il est venu pour sauver.

C'est important pour nous-mêmes, d'ailleurs.

 

La troisième dimension, c'est la sobriété à l'égard du monde ; nous en avons encore un exemple dans l'Évangile d'aujourd'hui.

Ce qui peut être mondanités,

ce qui peut être orgueil,

ce qui peut être cupidité, accumulation, Jésus va le mettre de côté pour lui-même ; ce qu’une spiritualité que nous connaissons, parfois résume en disant : Jésus va choisir la pauvreté, il va choisir les renoncements.

 

Ces trois dimensions sont bonnes à contempler et plus nous approchons d'elles, plus elles produisent en nous, du fruit ; c'est-à-dire, effectivement, plus nous allons nous laisser aimer et d'un Amour qui n'est pas simplement pour nous conforter dans notre propre péché mais un Amour qui va nous mettre en route pour notre propre conversion.

Plus nous allons convertir nos regards à l'Amour de Jésus, plus cet Amour-même va nous convertir.

Voyez, c'est un cercle vertueux.

 

Amen.


 

Dimanche 25 février 2018 - Baptême Octave Mandelli  (Monseigneur Stenger)

Homélie Mc 9, 2-10

 

L’Evangile de ce dimanche nous présente le récit de la transfiguration, un récit très scénarisé avec des jeux d’ombre et de lumière, avec des voix off. On a un peu l’impression d’être transporté dans un autre monde. Or la transfiguration est une expérience parfaitement courante pour ceux qui savent voir. Un certain nombre d’entre nous ont, j’en suis sûr, déjà vécu cet événement.

Quelques exemples : dans un visage de souffrance, on croise soudain un regard vivant ; dans un corps vieilli tout à coup on perçoit une intensité ; chez un être qui ne paie pas de mine, on voit la lumière d’une présence. La transfiguration exprime ce mystère qu’on peut vérifier : dans la chair fragile une ferveur, un éclat se laissent parfois constater. Cela veut dire que la chair dont nous sommes faits parle : elle témoigne que la vie à accueillir se trouve bien en elle. Quand il s’agit de la conception d’un enfant, cette chair est même particulièrement éloquente. Mais la chair témoigne aussi que cette vie vient de plus loin que nous : M. et Mme Mandelli en savent quelque chose. Et aussi ce qu’on trouve beau dans certains corps flétris et flageolants, c’est cette évidence de vie qui déborde des yeux, alors que les apparences disent l’usure, la dégradation. La chair, alors qu’elle n’est plus capable de produire de la vie reste pourtant habitée par la vie, révélée par la vie.

Jésus invite aujourd’hui trois de ses disciples à une expérience de ce type : percevoir dans son corps qu’ils connaissent, la lumière d’une vie inconnue qui vient d’ailleurs. Cette lumière se manifeste là largement, dans tout ce qui fait la personne de Jésus : son corps, ses vêtements. Elle s’étend même à l’espace qui entoure l’homme, là où d’autres personnes se tiennent qui contribuent à projeter une lumière sur lui. Ici il y a autour de Jésus Moïse et Elie. Ils sont comme des projecteurs pour mettre Jésus en pleine lumière.

C’est dans le visible que se révèle tout l’invisible, le secret, le profond de Jésus, Dieu lui-même. Mais où se révèle-t-il de préférence ? Dans la chair de ceux qui l’accueillent. Est-ce que cela voudrait dire que la chair des croyants est lumineuse, alors que celle des incroyants demeurerait opaque ? Regardons-nous : où est l’opacité et où est la transparence ? Non, il y a une réalité beaucoup plus profonde. Il y a parfois des gens qui sans connaître Dieu ont compris que la vie vient de plus loin : on ne la maîtrise pas, on ne la fabrique pas. Ils l’ont compris et leur chair aussi l’a compris. Elle devient poreuse à la vie venue d’ailleurs ; elle s’ouvre, elle reçoit et quelle beauté parfois se révèle en eux.

Puis il y en a d’autres – ce peut être des croyants – qui prétendent tout maîtriser, y compris l’image qu’ils donnent. Ils ne reçoivent rien, ils se flattent de tirer d’eux-mêmes ce qu’ils sont. Alors leur chair se ferme à tout ce qui vient d’ailleurs.

Jésus est transfiguré aujourd’hui. Mais chaque jour il exerce ses disciples à voir les êtres transfigurés que l’on croise en chemin, regarder ce lépreux, cette femme pécheresse. Mais il apprend aussi à ses disciples à ne pas se laisser prendre par les faux semblants de ceux qui paradent devant les autres. Avant d’apprendre à lire les âmes, Jésus apprend à lire la chair, à la contempler, à la percevoir, et non pas à jeter seulement un regard clinique sur elle. Ce n’est possible que si ce regard est dû à l’Esprit Saint. Cette vie venue d’ailleurs c’est la vie de l’Esprit. Celui qui perçoit cette vie dans un être contre toute apparence, c’est par l’Esprit qu’il arrive à l’apercevoir. Qu’on soit croyant ou pas, quand on voit une lumière, une beauté, une noblesse dans une chair qui apparemment n’a rien pour elle, alors on fait l’expérience de l’Esprit. Regardez maintenant autour de vous comme tous sont beaux dans la lumière de l’Esprit.

Jésus éduque les siens, nous éduque, à voir comme Dieu voit dans la lumière de l’Esprit dont il est lui-même rempli. Qui aurait pu penser qu’une prostituée de village apportant un parfum dont elle masse les pieds de Jésus serait un jour présentée en pleine lumière dans la beauté de son geste ? Qui aurait cru qu’un bandit crucifié à côté de Jésus serait pour nous celui qui fait briller la lumière du paradis ? Qui aurait cru qu’un corps crucifié deviendrait l’image rayonnante de notre foi. Ce sont des expériences de transfiguration de la chair envahie par la vie venue du Père. Cette chair habitée par l’Esprit manifeste qu’elle n’a pas dit son dernier mot, qu’on n’a pas encore tout vu de sa gloire.

C’est ce qui a été révélé aux parents qui baptisent leur enfant aujourd’hui. On ne sait pas, Dieu le sait et en lui on peut le savoir, quand on a tout vu de la gloire de Dieu qui se déploie dans la chair de l’homme.

Que faire de cette expérience ? Les disciples ont vu la gloire rayonnante du Fils pour entrer eux-mêmes dans cette gloire. Ils ne retournent pas à la grisaille du monde habituel comme si rien ne s’était passé. Ils vont dans l’obscurité du quotidien, faire ce travail d’ouverture à la chair lumineuse qui vient de Dieu. Les parents qui attendent un enfant font-ils autre chose que cela ? Ils apprendront aussi à reconnaître la lumière de la vie chez ceux en qui elle brille et à ne pas se laisser tromper par le clinquant des faux éclats. C’est cet apprentissage que nous devons faire nous aussi : la vie lumineuse qui vient de Dieu, on ne saura la reconnaître et en parler que si on en est devenu soi-même familier.

La transfiguration n’est donc pas un miracle qui se produit une fois ; c’est un style de vie. Dans ce qui n’a l’air de rien la splendeur de Dieu s’installe et il faut habituer notre cœur à la reconnaître. C’est ce que nous sommes appelés à nous habituer à faire chaque dimanche dans cette eucharistie que nous allons poursuivre : un peu de pain, un peu de vin, pas grand-chose. C’est pourtant mine de rien, la chair glorieuse du Christ. C’est ce que nous sommes appelés à faire dans le baptême que nous allons célébrer tout à l’heure : un enfant, un peu d’eau, un peu d’huile, c’est pourtant tout la vie de Dieu qui fait irruption en lui et le remplit d’Esprit.

 

+Marc STENGER

 

Evêque de Troyes


Mercredi 21 février :

Jon 3, 1-10 : Conversion de Ninive et pardon divin.

Ps 50

Lc 11, 29-32 : Le signe de Jonas.

 

Nous avons ici deux figures : la figure de Jonas et puis, nous avons la figure de la reine de Saba.

La figure de Jonas, nous l'avons entendue dans la première lecture ; la figure de la reine de Saba, il faut aller voir (si ma mémoire est précise) au premier livre des Rois, chapitre 10 et nous allons avoir la venue de cette reine, de ce royaume que l'on situerait entre le dixième siècle et le cinquième siècle avant Jésus, quelque part au sud de l'Arabie ; un royaume qui s'était beaucoup enrichi, qui avait une certaine puissance.

Une reine vient à la rencontre de Salomon et elle s’extasie sur la sagesse de Salomon ; cette femme païenne va reconnaître en Salomon, le roi d'un royaume qui a fait alliance avec le Dieu unique.

C'est de toute beauté surtout, lorsque l'on sait que Salomon est un homme qui a eu le cœur très dispersé finalement, notamment avec beaucoup de femmes païennes.

 

Peu importe, Jésus va utiliser ces deux figures pour répondre à ceux qui attendent un signe.

Qui sont ces gens qui peuvent attendre des signes ?

C'est déjà bien d'en attendre, et d'en chercher, des signes ; ça serait presque condamnable de ne pas en chercher, des signes !

On pourrait les comparer ces gens qui cherchent des signes, à ces aveugles que Jésus rencontre dans l'Évangile ; vous savez qu’aux aveugles, il va leur permettre de retrouver la vue ; il ne va pas les laisser dans leur cécité.

 

Ceux qui ouvrent les yeux, (dans la rencontre avec le Christ), sont ceux qui vont retrouver le chemin de l'Amour, un Amour qui précède,

un Amour qui enveloppe

et un Amour qui oriente.

Ceux qui ont les yeux fermés, sont ceux qui ont perdu cette trace en eux, de cet Amour et ceux qui le cherchent, (qui cherchent un signe), sont ceux qui activement, sont prêts à se mettre en route et à se convertir (c'est là qu'on retrouve les habitants de Ninive) : soit faire pénitence, soit se convertir.

 

La conversion (l'idée d'un retournement) c'est aller au-delà de cette ancienne disposition du cœur, qui nous a conduit à commettre des actes que nous désapprouvons et nous voulons aller au-delà, un peu comme si je ne connaissais pas l'Amour et tout d'un coup, je le connais et je suis conduit à avancer et non pas à faire du surplace ni à reculer ; je suis prêt à avancer.

Voyez, un peu comme ceux qui cherchent un signe.

Ceux qui ne le cherchent pas peut-être, sont-ils condamnables ; ceux qui ne sont pas prêts à avancer ou à se convertir, peut-être sont-ils tout autant méprisables.

 

Et puis, il y a : faire pénitence.

Faire pénitence : j'ai un regret si important d'actes que j'ai pu commettre, un regret si important que je veux punir ces actes et je veux avancer, là encore.

 

Eh bien, si je n'avance pas, je suis comme ceux qui ne cherchent pas de signe ; si j'avance, je suis comme ceux qui cherchent un signe.

Trouvons-le en Jésus en se décidant,  personnellement à avancer : faire pénitence ou se convertir ; se laisser aller à l'Amour, être touché par l'Amour.

 

Et les fruits qui sont signe que nous avançons sur notre chemin de l'Amour, c'est notre capacité à être dans la bonté et notre capacité à être dans le pardon.

Là, où il y a résistance au pardon et à la bonté, peut-être que tout simplement, c'est la manifestation d'un état stationnaire : je n'avance pas, je reste sur place, (peut-être même, je recule) et j'ai renoncé à chercher un signe.

Je ne cherche pas la lumière.

 

Au fond, le Christ peut passer sur ma route comme le Christ qui passe à Jéricho ;  je ne cherche pas à le rencontrer.

Mais si je veux avancer,

si je suis touché par l'Amour,

si je suis prêt à vivre conversion et pénitence, ça veut dire que je suis touché par l'Amour, j'avance.

 

Seigneur sauve moi, que je retrouve la vue.

 

Amen.


Mardi 20 février :

Is 55, 10-11 : La Parole de Dieu comme la pluie et la neige.

Ps 33

Mt 6, 7-15 : La vraie prière : le Notre Père.

 

Dans cet extrait du livre d’Isaïe, il est question de cette parole qui, telle la pluie et la neige, ne retourne pas vers le ciel sans avoir fécondé la terre ; cette parole nous l'avons fêtée à Noël ; nous pouvons l'entendre comme étant le Christ lui-même.

Et au fond, si nous associions cet extrait du livre d’Isaïe à l'Évangile, nous pourrions voir comment l'Amour, dans son unité, vient faire en nous son œuvre pour nous unifier et pour nous tourner vers Celui qui est la source de tout amour.

 

Et nous avons alors, la prière du Notre-Père avec ses deux versants : ce versant tourné vers le Père (justement) et ce versant tourné vers les frères.

 

Je vous propose trois principes pour entrer dans ce travail de fermentation de l'Amour,

ce travail de fermentation qui vient nous unifier et nous rendre semblable à lui ;

ce travail qui nous tourne vers le Père, celui qui est la source de tout amour.

 

Trois principes : le premier principe (je ne dis pas que ce sont des principes simples, mais après tout, le carême n'est pas simple) premier principe : nous ne savons pas de quoi demain sera fait.

Dans notre prière, essayons de nous détacher, autant que possible, de la préoccupation permanente de demain.

 

Le deuxième principe (parce que nous avons une mémoire qui, toujours, fixe les choses) essayons de nous détacher, de nous mettre à distance de nos souvenirs de peine et de nos souvenirs de joie.

Pourquoi nous séparer ou nous mettre à distance de nos souvenirs de joie ?

Parce que, lorsque nous avons un souvenir de joie dans le cœur, la barre est haute et nous serons immédiatement tristes, si la joie suivante n'est pas égale ou supérieure à la première (le problème du souvenir de joie c'est qu'il engendre très souvent tout de suite après, une déception ; donc une tristesse).

Et le souvenir de tristesse, (si nous pouvons nous en détacher quelque peu !), car si nous sommes trop prêts de nos souvenirs de tristesse, nous croyons alors, que le progrès est impossible et que la joie jamais ne surviendra.

Oui, il y a des joies et des tristesses dans nos vies et si nous pouvons les mettre à distance, cela évite d'avoir trop d'embûches sur notre parcours.

 

Et le troisième principe, c'est de ne jamais séparer l'amour pour le Père : "Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de tout ton esprit" de l'amour pour le prochain et soi-même ; ne jamais les séparer.

Ils sont unis ; Jésus n'a jamais séparé les deux, il portait les deux.

 

Alors, lorsque nous prierons le Notre-Père, notamment tout à l'heure et si nous avons au cœur, ces trois principes (qui peuvent nous guider peut-être, pendant ces jours de Carême) alors, nous nous rendrons compte que le Père est d'abord celui qui donne et non pas celui qui entend ce dont nous avons besoin ; il donne.

Il donne sans mesure et il donne assurément ce dont nous avons besoin et sans doute ce dont nous ne savons pas vraiment que nous avons besoin.

Ensuite, quand nous prierons le Notre-Père, nous ne nous prierons pas nous-mêmes, nous prierons bien le Père.

Ensuite, quand nous prierons le Notre-Père nous ne nous prierons pas nous-mêmes, nous prierons bien pour nos frères ;

et enfin, quand nous prierons le Notre-Père, nous demanderons bien le pain de ce jour et pas celui d'hier ni celui de demain.

 

Amen.


Mercredi 14 février : les Cendres

Jl 2, 12-18 : Appel à la pénitence.

Ps 50

2 Co 5, 20-6,2 : L’exercice du ministère apostolique.

Mt 6, 1-6. 16-18 : Faire l’aumône en secret. Prier en secret. Jeûner en secret.

 

Dans la première partie de la Bible, l'Ancien Testament, il y a une pratique que l'on n’exerce plus aujourd'hui, une pratique qui consiste à montrer à Dieu qu'on regrette plein de choses mauvaises qu’on a pu faire : on prend un grand sac rempli de cendres ; ce sac, on l’ouvre et on laisse tomber sur soi la cendre ou bien, on se met dans la cendre.

Cette pratique-là peut paraître assez étrange mais c'est une pratique d'un cœur qui veut se laisser profondément convertir, pardonner et aimer par Dieu ; c'est une pratique de pardon et de conversion.

 

C'est une pratique qui peut nous paraître (comme je vous ai dit) étrange mais qui n'est pas si oubliée que ça, puisque c'est ce que nous allons faire dans quelques instants : dans quelques instants, je vais bénir les cendres qui sont ici ; elles ont été réalisées avec les rameaux que dans cette église, nous avions bénis, il y a un peu moins d'un an, au moment de la célébration des Rameaux, une semaine avant Pâques.

Il y avait des branches de buis comme celles-ci, du buis tout frais ; tout le monde en avait dans cette église et le prêtre, moi, les avait bénies et puis,beaucoup de gens sont repartis avec leurs rameaux à la maison.

Et qu'est-ce qu'on a fait avec ses rameaux de buis ?

Beaucoup les ont mis sur des crucifix, des croix de Jésus qu’il y a dans des pièces, à la maison.

Ces buis, un an plus tard, sont tout secs et on n'en a plus besoin parce que l'on va renouveler, bientôt, la grande fête des Rameaux.

En attendant, on s’en sert pour qu'ils soient brûlés ; une fois qu'ils sont brûlés, ça fait de la cendre.

Cette cendre, je vais la bénir tout à l'heure, je vais la mettre sur le front de tous ceux qui viendront, un peu pour faire comme ceux et celles de l'Ancien Testament qui voulaient montrer devant tout le monde et devant le Seigneur qu'ils avaient fait quelque chose de pas bien et qui demandaient au Seigneur de leur pardonner.

 

Quand on va recevoir les cendres sur le front, les diacres et moi-même allons dire : deux choses : soit on va dire "convertis-toi et crois à l'Évangile" (la phrase est claire)

ou bien "souviens-toi que tu es poussière et que tu vas retourner à la poussière" (cette phrase est un peu plus délicate).

Si vous l'entendez, vous pourrez vous dire : ‘de quelle poussière s'agit-il ?’

Il s'agit de la poussière du livre de la Genèse, des commencements du monde : Dieu, par amour, créa le ciel et la terre et façonna l'humain : il prit de la poussière du sol et il modela l’Adam, le Terreux, (le premier homme).

Eh bien, c'est de cette poussière-là dont il s'agit, ce n'est pas de la poussière sur la commode du salon, ni même des cendres ; il s'agit de la poussière des origines : de celle-là nous sommes faits, par amour.

"Tu es poussière, tu redeviendras poussière", ce n'est pas que tu vas être décomposé quand tu seras mis dans la tombe, mais ça veut dire que tu reviendras à ton origine : tu n'es que le fruit de l'Amour du Seigneur pour toi.

 

Alors vous savez, quand on dit : la pénitence, les fautes, le péché, il y a quand même quelque chose de très triste et très lourd ; alors, on commence drôlement le carême s'il faut porter, montrer à tous, tout le mal qu'on peut faire.

Ce n'est pas tellement le mal qu'on peut faire qui compte, ce n'est pas ça qui devrait nous mettre le cœur en joie, ce soir mais ce qui est beau et ce qui est joyeux dans cette célébration, c'est que nous confessons l'Amour de Dieu.

Si nous osons dire qu'il y a en nous du péché (du pas bien) c'est parce que nous croyons très fort en l'Amour de Dieu ; c'est l'Amour de Dieu que nous célébrons ce soir, c'est l'Amour de Dieu que nous confessons.

 

Est-ce que vous pensez que ça vaut la peine de présenter au Seigneur, tout ce qu'il y a de moche dans nos vies, si le Seigneur est pour nous, quelqu'un de méchant, quelqu'un de dur, quelqu'un plein de colère ?

Pas du tout.

Sinon, d'abord, nous serions déjà des hommes et des femmes les plus malheureux du monde et nous ne voyons vraiment pas en quoi, ce Seigneur-là nous sauverait.

Si nous sommes dans une démarche de pénitence, de reconnaissance de ce qui est en nous, pas parfait et pas juste, c'est parce que nous croyons profondément que le Seigneur nous aime.

Il nous a créés dès l’origine, avec cet Amour et nous sommes faits pour cet Amour.

 

La troisième chose, c'est que dans nos cœurs ( nos cœurs sont faits pour aimer comme Jésus ; nos cœurs sont faits pour aimer comme le Seigneur nous aime) sauf que dans nos cœurs, il y a de multiples attaches ; ça c'est la grande différence entre Dieu et nous : en Dieu, il n'y a pas d'attache ; dans nos cœurs, il y a des attaches.

Ces attaches, on peut en faire une liste mirobolante ; les attaches les plus grandes, il y en a deux : l'orgueil et la présomption.

Qu'est-ce que c'est ?

Eh bien : ‘je suis meilleur que tous les autres’, ce n'est pas compliqué ; ‘je suis parfait’.

Ça te fait rire, tu ne me crois pas ?

Tu me crois, mais tu ne devrais pas, d’ailleurs ; parce qu’en disant ça je fais montre d'orgueil ou je fais montre de présomption.

Mais ça fait exactement pareil entre potes, entre membres d'une communauté, dans une famille : ‘de toute façon, lui, ce qu'il pense, je m'en fiche ; moi, je suis bien mieux que lui’.

Et puis vous pourriez décliner de 1000 façons, ces deux attaches majuscules.

Mais il y a plein d'autres attaches dans notre vie, que l'on a besoin de débusquer parce que : comment pourrions-nous nous laisser aimer par le Seigneur, si en fait, nos cœurs sont attachés à un autre amour ?

Comment pouvons-nous aimer le Seigneur, si nous aimons d'abord, notre propre nombril ?

Comment pouvons-nous aimer le Seigneur, si nous aimons d'abord, notre lit ?

Comment pouvons-nous aimer le Seigneur, si nous aimons d'abord, notre propre succès ?

Comment pouvons-nous aimer le Seigneur, si nous aimons d'abord, la bouteille de vin sur la table ? (Je peux faire pareil avec la console de jeux, hein !).

Comment pouvons-nous aimer le Seigneur, si… (vous pouvez vous-même terminer la phrase).

 

Nous ne savons pas toujours sur quoi il faut que nous soyons vigilants et où est-ce que commence et finit notre cœur malade ; nous ne savons pas toujours ; c’'est la raison pour laquelle pendant ces 40 jours de carême, nous allons nous appliquer à faire tomber nos masques.

Pendant le carnaval, nous mettons des masques, nous nous cachons derrière un masque ; eh bien, notre péché, il nous cache aussi.

On va essayer de l'enlever, ça c'est pendant les 40 jours de carême.

 

Alors, on a trois pistes, qu'on a entendues dans l'Évangile : le jeûne, la prière et le partage.

Alors, pareil : on peut être avec un grand masque, quand on jeûne ; par exemple :

ah ! il faut manger du poisson le vendredi, ça tombe bien, je n'aime pas la viande.

Ou alors, pour la prière, le Seigneur nous dit qu’il faut que je me cache dans ma chambre ; ça tombe bien, j'ai envie de dormir.

Et "que ta main droite ignore ce que donne ta main gauche", ça tombe bien, je n'ai pas de main gauche.

Voyez, on peut aussi multiplier les choses : le but du jeu c'est : qu'à travers ces petits exercices de jeûne, prière et partage, nous apprenions à défaire les masques que nous avons sur nous et qui nous font confondre l'Amour du Seigneur avec l'amour de notre console de jeux.

 

Le jeûne, c'est bien la pratique la plus difficile parce que nous, les chrétiens, nous sommes obnubilés par le jeûne alimentaire, c'est-à-dire : eh bien voilà, il ne faut pas manger de viande, le vendredi et puis il faut manger moins, et puis, pas boire d'alcool etc. etc.

C'est très bien mais le jeûne qui serait sans doute plus efficace dans nos vies, est sans doute beaucoup plus subtil, plus caché.

Essayons déjà, pendant 40 jours, de repérer ce dont il serait souhaitable que nous nous privions, pour voir ce que ça fait ; pas se priver des autres, interdit ;

pas se faire du mal, interdit aussi ;

pas se priver du Seigneur non plus : on pourrait dire ‘je vais jeûner de la prière, je prie tellement ! Non non non !

Mais qu'est-ce qui se cache dans la pratique quotidienne de ma vie, qui peut être un vrai masque, une vraie attache, qui me fait confondre le Seigneur avec moi-même ?

 

Les enfants, vous allez peut-être commencer déjà, par vous appliquer à ce qu'on vous aura appris au catéchisme : manger un peu moins,

faire un petit peu attention au temps que vous allez passer seuls, (avec vos jeux, par exemple)

et le temps que vous passez avec votre vos parents

et le temps que vous avez passé avec votre vos frères et sœurs ; ça, vous pouvez soigner cela.

 

Mais les grandes personnes, attention à 1000 choses que votre conscience connaît bien et qui peuvent valoir la peine d'être visitées, pour vous en affranchir déjà un peu et ensuite un peu plus.

Le but du jeu ce n'est pas de souffrir, c'est de confesser l'Amour du Seigneur ; l'Amour est si grand, ce serait quand même dommage de s'en priver.

 

Et c'est par amour qu’on le fait, ce n'est même pas pour faire du bien ni à son corps ni aux autres ni au bon Dieu, c'est par amour, c'est gratuit.

 

Alors, quand nous allons nous approcher pour recevoir les cendres, c'est vrai tout le monde va nous voir et puis, on aura une grosse tache sur le front en sortant, c'est vrai ce n'est pas très joyeux mais ça devrait l’être car on confesse l'Amour du Seigneur.

 

Amen.


Vendredi 9 février :

1 R 11, 29-32 ; 12, 19 : La révolte de Jéroboam.

Ps 80

Mc 7, 31-37 : Guérison d’un sourd-bègue.

 

Dans l'Évangile de Jean, l'Amour, en Jésus, dit de lui-même (quand Jésus parle de lui) il dit qu'il est le Fils unique envoyé par le Père et qu'il n'est pas venu pour juger mais qu'il est venu pour sauver et ceux qui ne croient pas en lui, se jugent eux-mêmes.

L'amour ne juge pas ; l'amour, il aime ; c'est tout simple et nous sommes faits pour cet amour-là mais il se peut que nous ne le connaissions pas.

Alors nous cherchons, nous cherchons ce qui pourrait ressembler à cette lumière radieuse de l'amour et nous savons que tout ce qui brille n'est pas d’or ; il peut y avoir des faux amours, des amours qui jugent, en fait et qui ne sauvent pas.

Il n'y a qu'un amour qui sauve, c'est celui de Dieu.

Il y a des amours qui jugent.

 

Saint-Paul en parle (et plein d'autres avant lui), en terme d'idolâtrie : pour lui, ces amours-là nous tournent vers notre ventre ; ce sont des amours qui nous jugent, qui nous enferment nous-mêmes dans le jugement, qui nous privent de la parole, qui nous privent des oreilles et qui font gonfler nos ventres.

 

De quoi s'agit-il ?

Dans la lettre aux Philippiens : "leur dieu, c'est leur ventre" ;

aux Romains : "ceux-là ne servent pas Dieu, mais leur ventre" ;

aux Ephésiens et aux Colossiens : "la cupidité est une idolâtrie".

 

Jésus ne juge pas, il aime ; ce sont ceux qui ne croient pas en cet amour, qui finissent par s'enrouler en eux-mêmes et leur Dieu n'est pas quelque part du côté du Ciel, ni dans la parole, ni dans l'écoute ; il est dans la bouche, l'estomac et comme a dit Jésus, les jours précédents, dans les lieux d’aisance.

 

Mais l'amour, il aime et il ouvre ; celui qui rencontre cet amour, qui ne se laisse pas piéger, celui qui ne cherche pas d'ailleurs à être jugé mais qui veut être sauvé, rencontre Jésus et il s'ouvre comme ce sourd muet ; il s'ouvre, il est ouvert : "effata ! ouvre-toi".

 

L'amour ne juge pas, il sauve.

Qu’on se le dise : les démons ont peur de Jésus.


Jeudi 8 février :

1 R 11, 4-12 : Les femmes de Salomon.

Ps 105

Mc 7, 24-30 : Guérison de la fille d’une Syro-phénicienne.

 

Dans l'Amour en Dieu, (dans l'Amour qui vient de Dieu, cette beauté de l'Amour de Dieu), il n'y a pas de compartiment : il n'y a pas de première classe et de deuxième classe ; il n'y a pas ‘du dedans et du dehors’ ; de même, d’ailleurs, qu'on a l'habitude de dire que c'est un Amour qui est de toute éternité, donc il n'y a pas d'avant ni d'après.

En l'occurrence là ce qui est important c'est qu'il n'y a pas de compartimentation à  l'intérieur de l'Amour même qui vient de Dieu.

La seule exclusive, d'une certaine façon, (la seule façon de compartimenter à la rigueur, que l'on trouve dans l'Évangile de Jean), c'est lorsque Jésus dit de lui-même qu'il est l'Unique engendré.

Il n'est pas venu pour juger le monde, il est venu pour le sauver.

 

Ceux ne qui ne croient pas en lui, se jugent eux-mêmes ; c'est éventuellement la seule possibilité de trouver dans l'Évangile quelque chose qui serait de l'ordre ‘du dedans et du dehors’, du jugement, au sens d'être loin de l'Amour : ce sont ceux qui ne croient pas en l'Amour, c'est aussi simple que ça ; ceux qui ne croient pas en ce foyer lumineux.

Raison pour laquelle, Jésus est pour nous cette lumière et que Jean dit que les ténèbres ne l'ont pas accueilli.

 

Mais évidemment, il y a ‘du dedans et du dehors’ à cause de nos cœurs qui compartimentent, en fait : il y a les Syro-Phéniciens et les autres, les juifs et les non-juifs, il y a ceux qui sont proches et ceux qui sont loin, ceux qui obéissent bien à la Loi et ceux qui obéissent moins à la Loi et il y a cette femme.

 

Cette femme, elle croit ; elle est jugée par l'Amour; nous pourrions dire qu’elle aime.

Si nous aimons, si nous essayons d'aimer comme ce foyer d'Amour qui vient de Dieu et qui est manifesté en Jésus, (si nous le disons et si nous le vivons) alors, nous aimons nos frères aussi et nous ne les excluons pas et nous ne les jugeons pas ; c'est ce que nous rapporte Jean dans sa première lettre.

 

Cette femme, elle a aimé Jésus ; il y a d'autres femmes qui ont aimé  Jésus dans l'Évangile (il y a aussi cette femme Hémorroïsse dont on avait entendu parler, il y a quelques jours et puis il y a cette belle femme, pécheresse, dans l'Évangile de Luc qui va oindre les pieds de Jésus et d'autres encore), à commencer par Marie.

 

Laissons-nous aimer et aimons à notre tour.

 

Amen.


Mercredi 7 février :

1 R 10, 1-10 : Visite de la reine de Saba.

Ps 36

Mc 7, 14-23 : Enseignement sur le pur et l’impur.

 

L'amour divin, celui qui ravit le cœur de celles et ceux qui se laissent approcher par lui, est un amour qui unifie ; c'est un amour qui est dans l'unité : "Mon père et moi sommes un" dit Jésus, dans l'Évangile de Jean, chapitre 17 et notre cœur est le berceau, le réceptacle de cet amour-là comme Marie est réceptacle du Verbe.

 

Ceci étant, nous ne sommes pas l'amour divin, nous sommes son réceptacle, en chemin.

Notre cœur est perfectible, est capable de cet amour-là ; il en est capable.

Il est marqué par ce que nous avons l'habitude d'appeler ‘le péché’ et notre cœur lui, se laisse facilement aller à la duplicité, c'est-à-dire que : oui, il sort du cœur, ce que Jésus dit ( "inconduite, vol, meurtre etc. ") toujours en lien avec ce qui rentre (non pas dans l'estomac) mais dans le cœur par nos sens : l'odorat, la vue, l’ouïe, le toucher, le goût.

Notre cœur peut se laisser aller à de multiples illusions et des attractions et des attaches très éphémères, qui ne conduisent à rien du tout, en réalité mais qui viennent par nos sens : telle image, telle saveur, telle odeur.

 

Rien de ce qui nous environne n'est mauvais, en soi, rien, absolument rien, (aucun corps, aucun objet) mais c'est ce qui interagit avec notre cœur, (ce qui vient de ce monde extérieur à nous-mêmes), qui peut produire de multiples attaches, des attaches qui peuvent être très aliénantes et produire ce que dit Jésus.

 

La meilleure façon de voir où en est notre cœur par rapport à ce qui l’environne, c'est de vérifier comment nous sommes nous-mêmes, des facteurs d'unité, comment nous construisons l'unité, comment nous la servons.

Parfois, on peut se tromper sur l'unité qui règne en nous-mêmes mais le meilleur de sa moyen de savoir s’il y a de l'unité en nous-mêmes en nous, c'est voir l'unité que nous servons autour de nous : si nous ne voyons que division autour de nous, demandons-nous en quoi cette division, nous la servons, au lieu de toujours se demander en quoi c'est la faute des autres.

C'est ça la vérité : "ta parole, Seigneur, est vérité".

 

Dans l'Évangile de Jean, chapitre 17, Jésus dit : "mon Père et moi sommes un" et il prie pour que ses disciples le soient aussi, comme le Père et lui, le sont.

Cet amour qui ravit nos cœurs, que nous venons mendier dans l’eucharistie, il nous permet de grandir, de confesser l'amour du Seigneur pour chacun d'entre nous, de nous laisser travailler par l'Esprit Saint pour purifier notre façon d'aimer, pour que l'amour qui est en nous, nous ne le vendions pas mais qu'au contraire, cet amour-là, nous fasse croître nous-mêmes et croître dans l'unité, ceux qui sont autour de nous.

 

 Amen.


Dimanche 4 février : 5° du temps ordinaire

Jb 7, 1-4. 6-7 : L’homme accablé connaît seul sa misère.

Ps 146

1 Co 9, 16-19.22-23 : L’annonce de l’Evangile.

Mc 1, 29-39 : Guérison de la belle-mère de Simon. Guérisons multiples. Jésus quitte secrètement Capharnaüm et parcourt la Galilée.

 

Ce sont des textes, où il y a (je ne sais pas si vous avez prêté attention) plusieurs figures relativement dépressives : Job, dans ce qu'il dit,

Paul, il est au bord

et puis ces gens malades et possédés qui, de nuit comme de jour (surtout de nuit), sont amenés à Jésus.

 

Ça peut rejoindre des états intérieurs que nous pouvons connaître, parfois.

Ça dit quelque chose qui est fondamental dans la Bible : la Bible n’ignore pas cet état ; elle ne l’ignore pas et même elle essaie d'en donner une explication.

 

Lorsque nos aïeux, dans le jardin d’Eden (Adam et Eve) se sont laissés aller à la ruse du serpent, ils ont consommé ce fruit de l'arbre de la connaissance du bien et du mal.

Vous savez, dans ce jardin, tout était harmonieux : il n'y avait pas de honte, il n'y avait aucun effort à fournir.

Lorsqu'ils ont consommé de ce fruit, ça a été pour eux, le début d'un grand désarroi, d'un grand labeur et d'une grande souffrance.

Vous savez qu'ils sont expulsés du jardin, (ce que certains pères de l'Eglise appellent : (le monde extérieur au jardin, dans lequel ils sont), le tartare ; les enfers, si vous le voulez) ; ils sont expulsés de ce jardin et il est prédit à Adam que désormais, il souffrirait dans son travail, (ayant besoin de travailler d'ailleurs, pour vivre) et que ce travail serait laborieux et Eve, qu'elle souffrirait à chaque fois qu'elle enfanterait.

Bon, on fait ce qu'on peut avec ça !

 

Quand on entend Job parler du labeur des jours, son espèce de mélancolie, de son acédie, on aurait envie de se dire : Job est complètement à l'image de ce qui a été promis.

Or, le fruit (non pas le fruit de la connaissance du bien et du mal) mais le fruit de l'Amour, lui, existe toujours et nous pouvons toujours goûter de ce fruit.

 

Pourquoi vous dis-je qu'il existe toujours ?

Parce que quand nous regardons le ministère de Jésus, nous ne sommes pas dans ‘du  labeur, de la souffrance’ ; nous sommes dans ‘de la guérison et de la bonté’.

Donc, cette espèce de blessure qui se transmet de génération en génération, est promise à la guérison et déjà nous le sommes, par la beauté du ministère de Jésus qui est guérison et qui est bonté : par Jésus, nous pouvons à notre tour,  goûter du fruit (pas de la connaissance du bien et du mal) mais de l'Amour.

Si vous regardez le ministère de Jésus dans l'Évangile d'aujourd'hui, vous aurez envie (c'est un rapprochement que je suggère)…

Vous savez que dans le credo, on dit que Jésus est descendu aux enfers et le troisième jour, il est ressuscité.

Il y a une seule allusion dans l'Ecriture, à ce qu'il fait pendant les trois jours, dans les enfers : première lettre de Pierre, chapitre 3, verset 19 ; il va prêcher aux vivants qui sont parmi les morts, sous terre.

Quand vous voyez ce que fait Jésus de nuit, n’est-il pas en train de prêcher aux vivants qui sont quelque part, sous terre ?

Les souterrains de la tristesse et de la mélancolie,

les souterrains du labeur

et en tout cas, on peut au moins dire, les souterrains de la sécheresse, c'est-à-dire de l'amour qui s’est tari dans les cœurs.

Un cœur dont l'Amour s'est tari, c'est un cœur dont les journées sont laborieuses.

Jésus vient leur parler et il vient les réhydrater (si je peux utiliser ce mot),

leur redonner à boire,

leur redonner de l'Amour,

leur faire quitter leur nuit

et les faire se redresser, (comme la belle-mère de Simon Pierre),

prendre une posture de ressuscité

et passer à une vie nouvelle.

 

Comment pouvons-nous communier nous-mêmes à ce fruit de l'Amour ?

Je vous suggère une image, puisque Jésus est médecin, dans cet Évangile.

Imaginez que vous soyez attachés à quelqu'un qui est malade.

Ce quelqu'un ne peut pas recourir seul au médecin, vous allez donc chercher un médecin.

Si jamais vous désespérez de l'état du malade, jamais vous ne trouvez un médecin qui le sauvera, jamais ! parce que vous désespérer de l'état du malade ; au mieux, vous trouverez un médecin que vous critiquerez et qui n'obtiendra aucune guérison.

Mais si vous avez confiance, vous croyez que cet état du malade n'est pas pour la mort, vous trouverez l'issue : ça s'appelle aimer la vérité.

 

Pour goûter au fruit de l'Amour, commençons par ne pas désespérer de nos frères,

commençons par ne pas désespérer de nous-mêmes,

c'est-à-dire voulons, de tout notre vouloir, ne pas nous complaire dans l'obscurité de notre cœur ;

alors le médecin fera des merveilles ; Celui qui est source de tout Amour, fera des merveilles.

Il viendra nous relever en parlant à notre cœur; nous nous redresserons et nous passerons de l'obscurité à la lumière.

 

Pour goûter au fruit de l'Amour, aimons la vérité, c'est-à-dire : ne désespérons ni de nos frères, ni de nous-mêmes.

Amen


Vendredi 2 Février 2018 :  Présentation de Jésus au Temple, Fête des consacrés

 

L’amour naturel que nous pouvons ressentir dans notre âme  est un amour très différent de celui qui est suscité par l’Esprit Saint. Le premier se laisse facilement aller aux illusions et aux attraits des esprits mauvais, tandis que l’amour qui est suscité par l’Esprit Saint est un amour qui dure, fragile, certes, comme cette flamme de nos cierges, mais qui produit une paix et une joie véritable. L’amour qui est suscité par l’Esprit Saint c’est un amour qui produit en nous un attachement très grand pour celui qui est la Source même de l’Amour, le Christ, comme ce petit enfant dans le temple.

Et attaché à cet amour, à cette source de l’amour, le désir de Dieu devient notre désir à nous. D’où cette joie et cette paix. Il y a aussi un amour naturel, qui vient de notre âme, cet amour-là peut aussi nous faire ressentir de la joie et de la paix. Mais d’abord éphémère et la première joie ne sera pas finalement la nôtre mais celle de l’esprit mauvais qui va se réjouir de voir qu’une âme aura eu l’illusion de pouvoir parvenir par elle-même à l’amour. Nous ne pouvons pas parvenir par nous-mêmes à l’amour. C’est l’Esprit qui nous rapproche de la source et du feu, c’est l’Esprit qui permet que le désir de Dieu soit notre désir et que notre désir soit celui de Dieu.                                                          

Dans ce feu intérieur que nous ressentons, s’il y a, à un moment donné le moindre doute, la moindre petite question, la moindre ombre, nuage, obscurité, le moindre désir de compromis, de vouloir en découdre, de jugement, d’agitation, alors nous ne sommes pas encore mus par le désir divin.

 

En fêtant cette belle fête de la Présentation au temple, nous disons avec nos cierges allumés : oui nous croyons que nous pouvons parvenir, que nous connaissons et que nous connaîtrons l’amour même de Dieu dans l’Esprit. Jésus, nous le recevons dans l’Eucharistie, mais en même temps il nous faut purifier notre âme comme Marie elle-même s’est purifiée. Nous avons encore du chemin à faire. Car en quelque recoin intérieur demeure une question, un nuage, un doute. Comment faire alors pour croire, pour purifier notre âme comme Marie, pour nous laisser aller au travail de l’Esprit Saint ? Ce sont nos frères et sœurs consacrés ces témoins qui nous disent et sont enflammés d’une joie profonde et durable, et essaient de s’enraciner sur ces trois conseils évangéliques. C’est valable aussi pour nous, cela vient de notre baptême. La pauvreté, la chasteté et l’obéissance. Merci mes sœurs, merci Pierre-Marie, tous ceux et toutes celles qui sont consacrés dans notre communauté, de nous rappeler le chemin qui permet de faire croître en nous l’amour qui vient de Dieu dans l’Esprit Saint.

 

Amen.


Jeudi 1er février : 

 

Que vivent les disciples à proximité de Jésus avant qu’il les envoie en mission ? Ils sont tout proches du maître. Ils ne sont pas simplement à enregistrer des informations comme un écolier va apprendre des rudiments de grammaire ou de calcul. Ce n’est pas ce maître-là qu’ils ont choisi de suivre et qui les a appelés. Le maître est comme un feu, un feu brûlant, ardent, un feu d’amour, et ils sont attirés par ce feu, cet amour. Ils se laissent réchauffer par ce feu d’amour. Ils sont saisis par ce feu. Et ce feu brûle en eux, ce feu de l’Amour. Il brûle en eux. Cela devient un amour ardent. Ils font l’expérience de l’Amour de Dieu en eux à tel point qu’ils sont connus de Dieu. Ils sont connus de Dieu.

C’est simplement à partir de ce moment-là qu’ils peuvent commencer à prendre la route et être envoyés, comme ils le sont aujourd’hui dans l’Evangile. Mais de quoi vont-ils témoigner s’ils sont comme une cheminée éteinte ? Ils n’ont rien à témoigner sinon l’odeur des cendres froides. Non. Ils vont témoigner de cet Amour.

C’est pareil pour nous : il y a en nous cet Amour de Dieu qui aime d’un amour débordant. Alors seulement nous pouvons commencer à prendre la route et à témoigner. Il vaut mieux ne pas le faire avant, s’il n’y a pas cet amour. Pourquoi ? Parce que nous risquons d’être des guerriers. A chaque adversité, nous risquons de vouloir couper les têtes ou régler des comptes avec ceux qui n’accueillent pas. Il risque d’y avoir beaucoup d’impatience. Nous risquons de transformer notre aventure en un commerce, cherchant beaucoup de gratifications et de retours… Il faut que ce soit une affaire qui fonctionne !

Donc, s’il n’y a pas d’amour, il ne vaut mieux pas, effectivement. Si Jésus les envoie, c’est qu’il y a eu un début. Il y a ce qu’il faut ; ils sont déjà connus de Dieu, car ils ont fait l’expérience, déjà, de cet Amour ardent.

Amen.


Dimanche 28 janvier :

Dt 18, 15-20 : Les prophètes.

Ps 94

1 Co 7, 32-35 :

Mc 1, 21-28 : Jésus enseigne à Capharnaüm et guérit un démoniaque.

 

Chers amis, vous pouvez visualiser la scène de ce qui vient de se passer dans cette synagogue, à Capharnaüm ; visualisez-la dans la tête pour que vous puissiez bien comprendre le cœur de la rencontre entre Jésus et cet homme.

 

Une renommée importante se répand dans toute la région de la Galilée avant cet épisode et après ; les gens sont étonnés : "un enseignement nouveau, c'est inédit, beaucoup d'autorité dans ce qu'il dit".

 

Et nous avons ce démon qui parle : "je sais très bien qui tu es, tu es le Saint de Dieu".

La question qu'on peut se poser, c'est : est-ce que le démon bluffe ?

Est-ce qu’il sait vraiment qui est Jésus ?

En partie, oui.

Oui, Jésus c'est le saint de Dieu, ce n'est pas la première fois qu’on trouve dans l'Évangile cette affirmation : le Saint de Dieu.

On la retrouve notamment dans l'Évangile de Jean.

Jésus, le Saint de Dieu, c'est celui qui vient du Père ; c'est celui, qui venant du Père, reçoit tout ce que le Père lui donne et c'est celui qui va retourner au Père.

En disant que Jésus est le Saint de Dieu, nos aïeux chrétiens, (tout premiers chrétiens) et saint Jean lui-même, vont dire : ‘en Jésus, nous voyons l'Amour’ et c'est un amour particulier, c'est un Amour que nous désirons, nous et qui n'est pas le nôtre car notre façon d'aimer, c'est un amour qui s’aime lui-même.

 

Notre façon d'aimer au quotidien, c'est un amour qui s’aime lui-même, qui est tourné sur lui-même.

Or Jésus est le visage d'un autre Amour puisqu'il vient du Père et qu'il retourne au Père : nous disons de lui que c'est un Amour qui aime plus grand que lui.

L'Amour de Dieu, ce que l'on dit dans notre vocabulaire de chrétien : la charité, c'est un Amour qui aime plus grand que lui et c'est un Amour qui attire à lui et qui élève, il entraîne et se répand.

Il entraîne et il élève ; quiconque rencontre cet Amour, est quelqu'un qui s'élève et qui se déplie de lui-même, qui se dégage de lui-même, qui sort de son cœur trop étroit pour se tourner vers des réalités plus grandes que lui ; c'est un Amour qui se dépasse c'est un Amour comme ceux qui se marient quand ils prennent la lettre de saint Paul aux Corinthiens : c'est un Amour qui prend patience, qui ne jalouse pas qui rend service, c'est tout autre chose qu'une cymbale qui résonne.

 

Quand on dit de Jésus qu'il est le Saint de Dieu, on dit qu’il est cet Amour-là (magnifique) et c'est cet Amour-là que nous rencontrons dans l’eucharistie, c'est cette lumière qui nous éclaire et c’est cette source qui nous fait vivre et que nous quêtons de tout notre cœur.

Notre cœur a soif de cet Amour-là.

 

Le démon a un peu raison dans son affirmation : oui, Jésus, c'est cet Amour-là mais il bluffe le démon, il nous trompe, il ne connaît pas cet Amour-là, contrairement à ce qu'il dit,  donc il a tort.

Pourquoi ?

Parce que cet Amour-là, puisqu'il n'est pas enroulé sur lui-même, puisqu’il ne s’aime pas lui-même, puisque cet Amour-là n'est pas enfermé en lui, il ne peut pas faire de mal, il ne peut pas tourmenter, il ne peut pas diviser, il ne peut pas !

Par conséquent il ne connaît pas Dieu.

Quand le démon dit : "je le connais", il se trompe ; il nous trompe parce qu'il sait très bien qu'il se trompe, lui, (puisque c'est le démon) ; il nous trompe.

L'Amour connaît Dieu ; celui qui aime, aime Dieu ; celui qui connaît Dieu, il aime ; celui qui connaît Dieu, connaît l'Amour et celui qui connaît l'Amour, connaît Dieu ; il est tourné vers le plus grand que lui.

 

Alors, chers amis, la question ce n'est pas simplement de nous réjouir qu'un homme ait été libéré de la sorte ; la question pour nous, c'est : comment pouvons-nous rentrer dans cet Amour ?

Nous le faisons en communiant à l’eucharistie, nous nous déplions, notre amour se tourne vers plus grand que nous.

 

Nous avons aussi cette puissance de l'Ecriture.

L'Ecriture c'est ce lieu, absolument unique, c'est le pouvoir des mots, dans l'Esprit.

Celui qui puise à la source de l’Ecriture, puise à une réalité qui le tourne vers au-delà de lui-même et plus grand que lui-même.

L'Ecriture fait du bien, l'Ecriture nous fait respirer, l'Ecriture (divine, j'entends) nous ouvre, comme le Christ le fait dans cette synagogue de Capharnaüm.

 

Raison pour laquelle, dans le livre du Deutéronomme (Première lecture que nous avons entendue), il y avait cette injonction : "malheur au prophète qui ne rapporte pas fidèlement mes paroles" car l'Ecriture que nous recevons, trouve sa source en Dieu.

Si jamais elle est divisée, elle-même, si jamais elle est falsifiée, cette Ecriture, (d’abord, elle va nous tromper, un peu comme le fait le démon, si vous voulez) elle va nous faire du mal et elle n'est plus l'Ecriture qui vient de Dieu, donc le prophète doit absolument être le fidèle porte-parole de ce qu’il entend.

 

Quant à la deuxième lecture, nous avons entendu un mot qui est revenu souvent dans cette lettre que Paul adresse aux Corinthiens, c'est le mot : ‘souci’ ; (alors évidemment, on a entendu des affaires autour des femmes etc.) c'est le mot souci qui revient.

Le mot souci, dans la grande tradition spirituelle chrétienne, ce souci-là, a donné lieu à une réalité que l'on connaît bien, c'est l’acédie.

 

L’acédie c’est la perte de la soif, c'est la perte du désir ; nous n'avons plus envie d'aimer : pffff !  ça nous fatigue.

Comme ça, on est sûr de ne pas se tromper : on n’est ni tourné vers en haut, ni tourné vers nous-mêmes, on n’aime pas ;  comme ça, au moins, on est tranquille.

L’acédie, c'est au fond, l'amour de tout ce qui va nous empêcher d'aimer, comme ça, au moins c'est : électro-encéphalogramme plat.

 

Le problème de l’acédie, c'est que ça rend triste, ça peut nous faire déprimer ; le problème de l’acédie, c’est qu'on ne peut plus se lever du lit, le matin, on ne peut plus prier et on ne peut plus être attentif à tous les appels qu’il y a autour de nous.

Ça a donné lieu à ça, le souci et le souci des choses présentes, (c'est-à-dire des choses qui nous dispersent, qui nous distraient), ce n'est pas bon.

En revanche, il y a un bon souci : le souci de ce qui nous élève, de ce qui nous édifie, de ce qui nous construit, de ce qui ne nous disperse pas ; ça c'est bon ; par exemple (je ne sais pas comment vous êtes fabriqués) mais ce n'est pas évident que l'écran de télévision nous élève, ce n'est pas évident mais ça peut être évident qu'une rencontre gratuite nous élève, par contre.

On peut ne plus être soucieux d'éteindre sa télévision et soucieux de rencontrer quelqu'un : vous voyez, il y a des bons soucis et des mauvais soucis.

Eh bien, pour saint Paul, (son idée à lui), c'est d’édifier les uns et les autres pour qu'ils rentrent dans des bons soucis, des soucis qui élèvent et non pas des soucis qui nous enroulent sur nous-mêmes.

Visons toujours cet Amour qui nous tourne vers les réalités supérieures à nous-mêmes, plutôt que cet amour qui nous enserre à l'intérieur de la gangue d'un cœur trop étroit.

 

Amen.


Mercredi 24 janvier : St François de Sales

2 S 7, 4-17 : Prophétie de Nathan

Ps 88

Mc 4, 1-20 : La parabole du semeur et son explication.

 

La lumière de Dieu est d'une suprême évidence, la lumière de Dieu est extrêmement évidente et l'avoir, c'est produire du fruit; l’avoir, c'est donner du fruit, c'est donner un fruit abondant, un très grand rendement.

La lumière de Dieu est d’une grande évidence et pour l'avoir, il faut passer par le Christ.

"Personne ne peut aller vers le Père s'il ne passe par moi", dit Jésus dans l'Évangile de Jean : il faut passer par le Christ.

Et passer par le Christ c'est à la fois écouter, (le verbe revient souvent dans cette parabole) et c'est en même temps creuser, approfondir pour obtenir cette bonne terre qui est à la fois un travail de la grâce en nous mais aussi un effort de notre volonté.

Pour produire du fruit et du fruit en abondance, passer par le Christ, il faut aussi s'élever ; creuser va ensemble avec s’élever, d’ailleurs.

La bonne terre produit une tige et un rendement important.

Et tout ça, le temps qu'il faut.

Vous avez lu que ce qui est semé dans les pierres, ça lève mais ça sèche ; ça lève mais aussitôt ça sèche.

Il faut le temps de creuser pour le temps de voir s’élever ; passer par le Christ et ça, c'est crucifiant : "celui qui veut s'attacher à moi", dit Jésus "doit porter sa croix chaque jour".

Il y a une lutte, une lutte tenace qui jamais, jamais, jamais, ne doit être abandonnée pour que cette parole produise son fruit, pour que cette lumière évidente de Dieu soit évidente, pour qu’un jour, elle ne s’obscurcisse pas, (qu'elle ne soit pas lumière un jour et obscurité le lendemain).

La lumière de Dieu est évidente.

Nous avons dans cette parabole, à un moment donné, nous revenons à la réalité et Jésus prend ses disciples : ils partent dans la solitude, à l'écart ; une sorte de conciliabule divin où cette lumière est évidente.

Jésus donne les clefs des mystères du Royaume, il explique la parabole.

Qu'est ce conciliabule en nous ?

C'est d'abord notre cœur et dans l'Eglise c'est l’eucharistie, ce lieu où cette lumière est évidente.

Si j'ai besoin de la retrouver (un peu comme j'ai besoin de retrouver l'orientation du soleil) eh bien, je vais à l’eucharistie.

Si malheureusement, cette lumière de Dieu dans nos vies n'est pas si évidente, si elle ne l'est pas, laissez couler quelques larmes d'un cœur contrit, d'un cœur qui veut changer, d'un cœur qui veut se convertir, qui se laisse baptiser dans les larmes de son propre péché pour tout à coup, reconnaître sa cécité.

Celui qui reconnaît sa cécité, pourra plus aisément à nouveau rentrer dans la communion avec le Père, par Jésus.

Apprenons à écouter la parole, qu'elle creuse en nous et qu’elle élève en nous, le temps qu'il faut et n'ayons pas peur de reconnaître notre cécité pour que cette parole produise son fruit.

 

Amen.


Mardi 23 janvier

2 S 6, 12b-15. 17-19 : L’arche à Jérusalem.

Ps 23

Mc 3, 31-35 : La vraie parenté de Jésus.

 

Ce souvenir qu’a st Marc de cette rencontre : la famille de Jésus qui reste à l'extérieur et cette réponse de Jésus, ce souvenir vient illustrer des propos de Pierre, de Paul et de Jean que nous trouvons dans leurs lettres ou dans l'Évangile.

 

Saint-Pierre, dans sa deuxième lettre, dit : ‘nous devenons participants de la nature divine’ ; Jésus nous fait rentrer dans la vie même de Dieu.

Saint-Paul, dans sa lettre aux Galates dit : ‘je vis, ou plutôt, ce n'est plus moi qui vis mais c'est le Christ qui vit en moi’

 et Saint-Jean, qui se souvient : ‘ceux qui ne sont pas nés du sang, ni de la volonté de la chair ni de la volonté d'un homme, mais de Dieu, à ceux-là il a été donné le pouvoir devenir enfant de Dieu’.

 

Nous sommes de la famille de Dieu, en Jésus, parce que nous écoutons sa parole ;

en Jésus nous apprenons à obéir au Père, nous apprenons à nous y soumettre tout à fait librement et dans l'amour ;

en Jésus, nous sommes tout à fait disponibles et mobiles pour suivre le souffle de l'Esprit Saint, ses appels, ses inflexions, ses mélodies.

L'Esprit Saint nous conduit souvent par des chemins qui sont complètement opposés à ce que la raison et la prudence humaines ont coutume de concevoir.

 

Nous sommes, en Jésus, tournés vers le Père, nous sommes rendus participants de la nature divine, nous sommes des fils et filles de Dieu parce que nous écoutons sa parole.

 

Tenons ferme dans cette obéissance du petit enfant tourné vers son Père.

 

Amen.


Lundi 22 janvier : St Vincent à Bligny

Ga 5, 13-23 : Liberté et charité.

Ps 88

Lc 6, 46-49 : La maison sur le roc et la maison sur le sable.

 

On ne peut pas célébrer la messe sans le vin et tout à l'heure, on va le symboliser, au moment de l'offertoire, puisque Frédéric et quelqu'un d'autre, mettra un peu de vin dans le calice et ce vin, vous le savez bien, c'est vous qui le produisez.

Donc en cette fête de la Saint Vincent, c'est un peu la fête et la vôtre et de l’eucharistie.

 

Que signifie la messe pour nous ?

C'est l'occasion de se rassembler (bon, très bien !), ça commémore la dernière Cène de Jésus (c'est vrai !), mais cette coupe et ce pain que le prêtre présente et consacre viennent célébrer avec joie ce ‘oui d'amour’ que le Seigneur nous adresse à chacun d'entre nous ; un  ‘oui d’amour’.

 

Au commencement du monde on dit : eh bien oui, le Seigneur a parlé, et puis, il y a eu le ciel, la terre, les étoiles, l'eau et la mer, très bien !

Mais au commencement de notre vie, qu'est-ce qu'il y a ?

Effectivement, il y a un papa et une maman, (c'est vrai aussi) mais il y a ‘oui d’amour’ ; un ‘oui d’amour’ que le Seigneur nous adresse un chacun.

Et quand on célèbre la messe, on vient de lui dire merci, c'est tout simple.

L'amour et ce ‘oui d’amour’, vous en avez l'expérience vous et moi (pas simplement les viticulteurs) dans les relations que vous avez au quotidien, que nous avons au quotidien ; des relations heureuses, parfois moins heureuses avec des proches, des moins proches ; il y a de l'amour tout le temps et même quand il y a de la haine, c'est de l'amour à l'envers.

À chaque fois qu'il y a quelque chose de l’ordre de la relation avec quiconque, ça engage de l'amour (et même la haine, c'est de l'amour à l'envers ; donc, voyez c'est de l'amour !).

 

Vous avez aussi une relation, j'imagine, que vous seuls avez, (que moi, je ne peux pas avoir), avec la vigne.

Peut-être parmi vous, y en a-t-il qui ont une relation (avec ce patrimoine vivant), une relation d'amour.

Qui parmi vous, a une relation d'amour avec sa vigne ?

Et la vigne est comme une personne, voyez-vous, elle n'est pas simplement un amas de branchages plus ou moins contraignant.

Qui parmi vous, a une relation d'amour, il l’aime sa vigne ?

Personne ? Personne n’aime sa vigne ici ?

Bon alors, on va faire un petit exercice : il suffit de lever la main ; qui aime sa vigne?

Il y en a 2,3,4,5,6 ; qui est-ce qui aime sa vigne ?

Vous n'allez quand même pas le matin tailler, en disant : ‘zut alors, il faut encore bosser aujourd'hui !’

Mince !

Vous aimez vos vignes, vous êtes plusieurs à les aimer vos vignes et c'est beau.

Moi, ça me touche ; moi, j'aime ma communauté, (c'est ma vigne à moi) et vous, vous aimez vos vignes ; c'est normal, vous y passé tellement de temps !

Et cette vigne, elle vous fait vivre.

Soignez-la, soignez-la.

Vous soignez votre vigne, (vous êtes obligés, d’ailleurs, parce que sinon ça ne va pas).  

Puisque vous connaissez cette vigne, au point de la soigner et de l’aimer, faites de même avec vous-mêmes, faites de même avec vous-mêmes : aimez-vous et soignez-vous de la même façon que vous soigneriez votre vigne.

Donnez-vous à vous-mêmes, de la même façon que vous vous donnez à votre vigne et soyez vigilants de la même façon avec vous, que vous le faites avec elle.

Vous êtes capables de rogner, tailler, accompagner la croissance, vendanger (et tout autre geste que vous savez bien mieux que moi); pourquoi ne faites-vous pas pareil avec vous-mêmes ?

En fait, je ne vous accuse pas puisque, nous sommes tous pareils : ‘pourquoi moi, je ne m'aimerais pas autant que j'aime ma communauté ?’

 

S’aimer cela signifie creuser, creuser profond, rejoindre l'endroit des fondations dans notre vie, dans notre cœur ; l'endroit des fondations (comme dans l'Évangile que je viens de lire), l'endroit où je peux fonder sans que les torrents, le vent, les inondations n’aient raison de ma vie, sans que les soucis, les tempêtes, les discordes (Michael a lu une longue liste : ripailles, beuveries, orgies) sans que tout ceci n'ait raison de mon âme.

Creusez profond, aimez-vous comme vous aimez votre vigne et vous verrez que l'injonction qui souvent, est le propre des chrétiens : « aimez-vous les uns les autres » viendra tout naturellement, (à partir du moment où je creuse profond en moi, comme je taille ma vigne), très naturellement, ‘sans que je ne me mettre la rate au court-bouillon’, j'arriverai à aimer ‘le ce qu'il faut’, les autres ;‘le ce qu'il faut’.

 

Cette belle fête de la saint Vincent au cours de laquelle, nous allons célébrer l’eucharistie avec ce pain et ce vin (je sais : il y en a plein qui ne vont pas vouloir communier

parce qu’on ne communie jamais dans le reste de l'année,

parce qu’on ne se croit pas digne,

on va nous regarder,

je suis un vilain pécheur,

d'autres croient que je suis un vilain pécheur,

(enfin bref ! n’empêche que vous pourriez venir quand même ; la foudre ne va pas tomber sur vous), mais à ce moment-là, (au moment de la communion), dites-vous : c'est le moment, c'est le point de contact entre moi, Celui qui m'a dit ‘oui par amour’, le premier (le bon Dieu) et tous ceux et toutes celles qui sont autour de moi et même ceux que je n'aime pas : c'est le point de contact.

C'est le moment de la réconciliation, c'est le moment de la joie, c'est le moment de la fête.

 Tout à l'heure on fera la fête, là, maintenant, on est invité à une autre fête, celle où le ‘oui de Dieu’ pour moi, vient rejoindre mon cœur et celui de mes frères.

 

Belle fête à vous en tout cas et merci de nous donner cette occasion de la célébrer grâce à ce vin que vous produisez.

Et continuez longtemps.

Amen.


Dimanche 21 janvier

JO 3, 1-5.10 :

Ps 24

1 Co 7, 29-31 :

Mc 1, 14-20 :

 

Hier, à l'occasion celle de la Saint-Vincent, on évoquait l'amour qu’un travailleur de la terre, (en l'occurrence un vigneron) peut avoir pour sa vigne. 

Aujourd'hui, on va plutôt parler de l'amour que des êtres peuvent avoir entre eux, (des personnes).

 

Nous faisons l'expérience, plus ou moins heureuse, de cet amour entre les êtres.

Quand il n'y a pas d'amour, quand il n'y a pas l'Amour, on est entre personnes un peu comme quelqu'un qui, anxieusement, va dans une gare et regarde l'écran SNCF pour savoir si le train est venu ou s’il passera et à quelle heure il passera et à quel quai il va s'arrêter, car les personnes qui ne sont pas encore dans l'amour, sans cesse, se cherchent et s'attendent.

Elles se cherchent, elles s'attendent, elles hésitent : ‘Passera-t-il, ne passera-t-il pas, le bien-aimé ou la bien-aimée ?’

Ou que pensera-t-il ?

Quel sera le moment et l’heure favorables ?

 

C'est bien la question qui taraude nos cœurs ; quand il n'y a pas l'Amour c'est la question du moment favorable.

Quel est-il ce moment favorable ?

Quand interviendra-t-il dans ma vie ?

Quand est-ce que je vais comprendre l'autre ?

Quand est-ce que nous allons nous entendre ?

Et quand allons-nous nous rencontrer ?

Vous le savez tous, il ne suffit pas d'être dans la même pièce pour se rencontrer, se comprendre, se connaître, s’entendre ; il ne suffit pas d'être dans la même pièce.

 

Ce que nous appelons l'Amour, c'est le moment favorable (et toujours), pas un instant, c'est toujours.

Pensez à cette image du quai de la gare : le train est-il passé ?

L’ai-je raté ?

Passera-t-il ?

Est-il annulé ?

À quelle heure passera-t-il, par quel quai ?

Voilà ce que peut être un cœur qui n'est pas dans l'amour.

 

L'amour n'est pas une chose acquise et mûre tout de suite.

L’amour, ça pousse, ça grandit, ça mûrit ; c'est là que l'image de la vigne est de nouveau intéressante : ça mûrit, ça se travaille.

 

Entre Jésus et son Père, cet Amour est mûr depuis toujours ; ils ne se cherchent pas l'un, l'autre ; ils ne sont pas en train de s'attendre comme un voyageur sur le quai d'une gare ; ils se connaissent ; c'est le moment favorable, toujours, entre le Père et le Fils.

 

Quelle est la mission du Fils, la mission de Jésus ?

C'est d’associer des personnes pour qu'ils grandissent dans cet amour.

Il se les associe, il les appelle à lui pour les former, pour les émonder (s’il faut que je file la métaphore de la vigne), pour les faire croître dans l'amour.

Nous avons dans ce texte de l'Évangile : Simon, André, Jacques et Jean, ceux dont on parle au catéchisme avec les enfants : ‘voilà il vous appelle, vous, les enfants’ ; il nous appelle depuis notre baptême, (nous sommes des disciples en puissance, les uns les autres), pour être associés à cet amour, nous qui sommes un peu comme un voyageur sur le quai d'une gare.

Il vient, par sa parole et sa grâce, nous faire mûrir dans la connaissance du moment favorable.

 

Vous n'avez pas entendu dans l'Évangile le moment favorable, parce que le mot n'y est pas ; vous avez entendu : "les temps sont accomplis".

Mais derrière cette expression "les temps sont accomplis", il aurait fallu entendre : "le moment favorable".

Celui qui est disciple de Jésus, devient expert dans ce moment favorable ; il n'y a plus à se chercher ; il n'y a plus à être toujours dans le compromis, la négociation entre les êtres et avec eux, nous nous comprenons : tout est pur, tout est simple, nous nous aimons.

"Heureux les cœurs purs" dit Jésus.

Nous avons vocation à la pureté de notre cœur ; nous nous connaissons, c'est simple.

 

Vous savez que nous sommes héritiers de ce que l'on appelle depuis les origines, ce péché dans la Genèse, dans le jardin : un cœur divisé et fêlé, qui fait que l'homme, depuis les origines, va jusqu'à se chercher lui-même (le voyageur sur le quai de la gare).

Le train, cette fois-ci, n’est pas l'autre mais lui-même : il se cherche.

 

Mais celui qui suit le Christ, qui entend sa parole, laisse cette parole produire son fruit, descendre au plus profond de lui-même, celui-là, celle-là n'est plus comme ce voyageur esseulé sur le quai de la gare ; il n'a plus à se chercher ni à s'attendre ; il n'a plus à chercher et à attendre l'autre : il se connaît, il connaît, il aime, c'est tout simple.

 

Combien dans nos communautés, nous le savons, dans nos relations à l’extérieure, sommes-nous dans ces quêtes, ces compromis, ces disputes et ces réconciliations, dans ces négociations permanentes entre nous et avec les autres (mais oui, nous sommes normaux, finalement !).

 

Mais entendez l’appel que Jésus nous adresse, vous adresse : Simon, André, Jacques, Jean, tu vas devenir pêcheur d'hommes, tu vas devenir expert de ce moment favorable, tu n'auras plus à attendre et à chercher comme le voyageur sur le quai de la gare.

 

Le livre de Jonas est très beau et très rigolo, c'est celui dont on parle le plus facilement dans la prédication parce qu'il est simple à lire et à comprendre : ‘un prophète récalcitrant, (sur quatre chapitres), va se laisser retourner comme une crêpe, lui qui ne croit pas un instant, en la capacité des gens de Ninive à se convertir.

Mais Ninive, vous savez, c'était dans les faubourgs de l'actuelle Mossoul, en Irak : très grande ville (ce dont l'historiographie se souvient), très grande ville de l'époque, Ninive.

 

Jonas, à son corps défendant, se rend compte que la Parole du Seigneur est beaucoup plus puissante qu'il ne le pensait et tous, d'un seul cœur, se convertissent.

Ce que l'on n’entend pas dans le texte (parce que celui qui prépare les textes de la liturgie, coupe les morceaux du livre), c'est que même les bêtes se convertissent : même les moutons, les veaux, les vaches, tout le monde se convertit et il n'y a pas que les hommes.

Jonas fait l'expérience que l'amour est puissant et que lui-même a besoin de s’y laisser convertir lui-même. 

Ce dimanche, (comme nous sommes le troisième dimanche du temps ordinaire) est quand même un dimanche programme.

Ça y est, on commence l'année, c'est comme si on commençait l'année de KT.

Voilà, le Seigneur nous appelle, on se met à sa suite.

Est-ce qu'on entend son appel ?

"Simon, André, Jacques, Jean, venez à ma suite, je fais de vous des pêcheurs d'hommes "

Rentrez dans mon Amour et associez-vous d'autres, dans cette découverte d'un amour qui vient purifier vos cœurs et vous faire devenir expert des moments favorables.

Amen.


Vendredi 19 Janvier : Là-haut sur la colline, pèlerinage à Ste Germaine

Rm 8, 31-39 : Hymne à l’amour de Dieu.

Ps 39

Mt 13, 44-46 : Parabole du trésor et de la perle

 

Dans cette première lecture, (un extrait de la lettre de Paul aux Romains), je vous redis (pour que l'on ait bien en mémoire) la grande affirmation de Paul : "si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? "

Et puis il va dire : "rien ne peut nous séparer de l'amour du Christ".

Il va faire une liste avec des points d’interrogation : "La détresse ?

L’angoisse ?

La persécution ?

La faim ?

Le dénuement ?

Le danger ?

Le glaive ?

Rien de tout ça ne peut nous séparer de l'amour du Christ".

Et il va  refaire une autre liste et il va dire  : "ni la mort ni la vie,

ni les anges ni les principautés célestes,

ni le présent ni l'avenir,

ni les puissances, hauteurs et abîmes,

ni aucune créature ne peut nous séparer, (cette fois-ci, il va dire) de l'Amour de Dieu qui est dans le Christ Jésus, notre Seigneur".

Avec trois verbes : "qui peut nous accuser ?

Qui peut nous condamner ?

Et qui peut nous séparer ? "

En fait : qui ?

Alors, réponse : personne mais il y a en nous ce péché ou cette idée, selon laquelle il pourrait y avoir caché quelque part, soit en nous soit autour de nous (en fait, on croit que c'est souvent quelque part autour de nous, quelqu'un ou quelque chose)

qui viendrait nous condamner,

viendrait nous priver d'un bien supérieur,

viendrait nous faire du mal ;

quelqu'un qui, finalement, nous séparerait de ce qui est le trésor le plus précieux, enfermé au fond de notre cœur.

Et Paul va dire : non ! il n'y a pas ! il n'y a pas ! il n’y a pas !

 

Ce qui est premier dans nos vies (ce trésor au fond du cœur) c'est l'Amour pour nous ; l'Amour pour nous.

 

Or, à cause du péché des origines dont nous avons toujours encore, aujourd'hui et demain, une trace en nous, il y a cette espèce d'écharde ou d'illusion (mais qui est bien réelle) qui nous fait croire que cet Amour en nous, il ne nous est donné qu'à condition.

 Alors nous, on se fait des listes de conditions :

à condition que je ne mange pas trop de chocolat,

à condition que je n'embête pas trop mon mari ou ma femme,

à condition que je récite mon chapelet tous les jours,

à condition de je ne sais pas quoi,

donc mille conditions, transformant en loi divine, des règles qui sont plutôt là pour nous aider et on transforme ces règles en loi et en fardeau, en fait.

 

Et Paul va redire que la centralité de l'Amour pour nous, gratuit, est première et que rien ne peut nous séparer, nous condamner ou nous accuser, rien, rien du tout :

le premier c'est Celui qui nous a aimés.

 

Les saints et les saintes, qu'ils soient martyrs ou pas, des origines, jusqu'à aujourd'hui, ont tous cela, soit parce qu'ils nous l'auraient dit (on en aurait conservé les paroles : il y a des saints qui ont écrit, dont nous avons encore les textes) soit parce qu'ils en ont témoigné tout simplement par leur vie ; chez eux, il est manifeste qu'il y a une liberté, liberté qui crée, qui sert, qui aime ; il n’y a chez eux aucune recherche d'aucun dividende, aucun bénéfice pour eux-mêmes, pour cette vie ; la leur, qui va être offerte.

Et on sent bien en eux, qu'il y a rien qui soit de l'ordre : qui peut nous accuser ?

qui peut nous condamner ?

qui peut nous séparer ?

Rien, ils sont affranchis de cela, non pas parce que ce sont des créatures supérieures aux autres, mais parce qu’ils ont, dans leur vie, trouvé cette petite voi(e)x (le chemin ou la parole) qui les conduit au centre de ce trésor, au cœur de ce trésor qui demeure en eux : l'Amour du Christ.

Ce n'était pas des dieux, ils ont réussi dans leur vie (alors ça n'a jamais été définitif, c'était à chaque instant, il fallait à nouveau se batailler contre ce péché, cette illusion) ; ils ont trouvé en eux cette voi(e)x qui les conduisait au trésor.

 

C'est là que les paraboles que vous avez entendues sont extraordinaires : (je reviens donc aux paraboles), deux paraboles que nous avons entendues : "le Royaume des Cieux est comparable à un trésor caché dans un champ, l'homme qui l'a découvert, le re-cache, il vend tout ce qu’il a", il n'a plus rien à la fin, parce qu'il va acheter ce champ et donc le trésor qui est dedans.

Ou bien "cet homme qui cherche des perles fines, il en trouve  une, extraordinaire : il vend tout ce qu'il a et il acquiert la perle".

Dans ces paraboles, ce qui est très beau que ces deux-là, recherchent au départ, leur cœur est en quête, en quête d'une source d'investissement et sans doute peut-être une source de profit, (comme nos propres cœurs : toujours, on revient à la même chose : des dividendes).

Qu'est-ce qui pourrait être dividende dans nos vies ? Les honneurs,

la reconnaissance,

ne pas avoir d’ennemis,

être protégé,

l'argent, le bonheur, l'amour (tout ce qu'on peut souhaiter le 1er janvier),

la santé, toutes sortes de dividendes de toute nature.

Ces hommes recherchaient un trésor ou des perles (on voit bien : le deuxième, c’est un négociant donc ce n'est pas uniquement pour perdre de l'argent, c'est pour en gagner!)

 

Le trésor, (un trésor au départ c'est une vraie plus-value) sauf que, ce qu'ils ont trouvé renverse complètement la situation.

Ils vont se dépouiller de tout, donc c'est signe que le trésor et la perle étaient en fait, différents de tout ce qu'ils avaient jusque-là pu acheter (peut-être pour revendre).

Ils arrêtent là leur négoce, ils ne sont plus dans l'achat et la vente, ils se dépouillent de tout ce qu'ils ont et ils gardent ce qu'ils ont trouvé et ils en restent là.

Ils ne recherchent plus de dividendes dans leur vie, ils ne recherchent plus à accumuler un capital, ils ont trouvé Le trésor.

Et on revient toujours à la même chose : Celui qui nous a aimés le premier.

 

C'est une autre façon de dire que nos cœurs pécheurs vont être trop souvent dans une recherche de dividendes quelconques, (pas toujours financiers, vous avez entendu : ça peut être : le regard des autres,

le souci d'être aimé (mais d'un amour qui serait de l'ordre de la reconnaissance),

ne pas avoir d’ennemis (on comprend bien, c'est compliqué d'avoir des ennemis).

 

Eh bien non ! à un moment donné, le saint et le disciple de Jésus, il abandonne ça, ‘il s'en fout’ (‘il s’en fout’, excusez-moi l'expression) mais c'est assez simple de comprendre que finalement, ‘il finit par s'en fiche’, pour lui.

Ce qui va être premier, c'est le Christ.

 

Ce n'est pas quelqu'un d’isolé ; un disciple du Christ n'est jamais seul, même si certains peuvent être dans une forme de solitude, ce n'est jamais sans les autres.

Un disciple de Jésus-Christ n'est jamais sans les autres et jamais sans lui-même.

On pourrait imaginer des disciples du Christ qui vont se faire brûler, manger uniquement par plaisir de se faire brûler et manger.

Non ! ce n'est pas vrai, ce n'est jamais sans lui-même et jamais sans les autres.

 

Mais ils ont trouvé un trésor qui va leur permettre d'être affranchis de toute cette recherche de profit, de capital ou de dividendes, (très horizontale, très mondaine) qui empoisonne nos vies, au quotidien.

Germaine en est un exemple : on aura retenu d'elle, qu'elle n'aura pas voulu perdre sa virginité en se souillant avec un méchant d'une compagnie d'Attila ou bien encore qu’elle aura sauvé la cité, (un peu comme Sainte-Geneviève aura sauvé les parisiens).

Mais d'abord, on retient cela d'elle (et de tous les autres saints, pareil !), finalement : pas de recherche de bénéfice ou de capital ; c'est pour ça d'ailleurs, que de notre vivant, il ne vaut pas mieux rêver d'avoir notre statue, un jour, dans l'église, parce que ça veut dire que, déjà on est dans la recherche (voyez !) d'un dividende ou d'un capital quelconque.

"Réjouissons-nous d'abord que nos noms sont inscrits dans les Cieux", quelque part dans cette Jérusalem céleste.

 

En recevant dans l’eucharistie, le Corps du Christ, on vient recevoir l'Amour, cet Amour gratuit mais qui vient toucher l'amour qui est déjà en nous dès notre conception (l'amour : papa-maman, évidemment !) mais, l'Amour de notre Père du Ciel et que cet Amour-là vient toujours en nous, être comme ce bâton de marcheur et de pèlerin pour nous faire avancer sur le chemin de la sainteté, de la perfection.

 

Reconnaissons Celui qui est le visage de cette sainteté : le Christ, visage de la sainteté du Père, du Fils et de l'Esprit.

Et continuons à vivre dans notre vie communautaire, un moyen de devenir saint, c'est-à-dire les uns les autres, qui sont autant de visages de conversion.

Chacun d'entre nous, nous sommes des saints en devenir ; donc, nous nous efforçons chacun pour notre part, de grandir en sainteté mais chacun d'entre nous est offert aux autres comme un vrai appel à la conversion : untel m’agace ;  tel autre, je ne peux pas le voir en face ; tant mieux !

Ça veut dire que j'ai du progrès sur cette route.

Merci Jésus.

 

Amen.


Jeudi 18 janvier :

1 S 18, 6-9 ; 19, 1-9 : David vainqueur est présenté à Saül. Jonathan intercède pour David.

Ps 55

Mc 3, 7-12 : les foules à la suite de Jésus.

 

Ce petit passage de l'Évangile nous situe au début de la vie publique de Jésus, dans cet Évangile de Marc.

On a le droit d'utiliser notre imagination pour imaginer cette scène.

 

La première chose qui peut nous sauter aux yeux, c'est l'activité de Jésus, une activité de guérison, de salut des foules atteintes de maux divers : il les guérit et il y a ceux qui ont déjà été guéris.

Il y a un autre aspect qui peut nous sauter aux yeux, c'est : comment cette foule (guérie ou en voie de guérison, sauvée ou en voie de salut) est agressive : elle le presse, elle le touche.

Il y a un troisième aspect, c'est la proximité de la mer.

Quel drôle d'endroit pour se réunir !

À tel point que d'ailleurs, (ce que le texte nous suggère) on pourrait imaginer que : un petit peu plus et Jésus tombe dans l’eau, tellement la foule est pressante et peut-être oppressante.

 

Et puis, il y a cette barque, bizarre et mystérieuse.

Jésus demande à ses disciples de tenir une barque en permanence prête, là, au bord ; il ne rentre pas dedans. (Je précise parce que ceux qui connaissent par cœur l'Évangile, pensent à d'autres épisodes de l'Évangile où Jésus monte dans la barque ; il ne monte pas dedans).

 

La mer a une connotation (immédiatement, pour le lecteur de la Bible), la mer c'est le lieu (pas du tout des vacances, ni du voyage, on peut aller d'une rive à l'autre), mais c'est surtout le lieu de la mort, le lieu de l'obscur, (ça peut présenter aussi la signification du combat primordial pour la création) ; mais c'est quand même le lieu des ténèbres.

Et Jésus, plus tard dans l'Évangile, va faire se précipiter un troupeau de porcs possédés, ce troupeau de porcs va aller dans la mer ; c'est pour dire à quoi sert la mer!

Ce n'est pas du tout le lieu joyeux où on patauge et on se baigne.

C'est aussi le lieu, tout simplement, du mal et Jésus va marcher plus tard sur la mer et c'est moins l'aspect miraculeux qui retient notre attention, que tout simplement l'identité de Jésus : il est plus fort que le mal puisqu'il marche dessus.

Jésus, à un moment donné, la mer est agitée, (et c'est vrai il est sur la mer, les disciples aussi), d'une voix forte, va calmer la mer et les disciples vont se poser la question : mais finalement est-ce qu’on connaît bien ce Jésus-là ?

Et qui est-il pour calmer à ce point, les éléments ?

Vous voyez la mer ?

 

Une fois qu'on a dit tout ça, je ne sais pas ce que vous avez envie de retenir ;

est-ce que c'est les foules nombreuses, en voie de salut ou déjà sauvées ?

Est-ce que ce sont ces foules qui peuvent ressembler comme à des vagues et qui se choqueraient contre Jésus (imaginez le ressac : on a la mer d'un côté, les foules de l'autre mais qu'est-ce qui paraît le plus agressif ? Peut-être la foule)

et on a toute cette idée de la mer.

 

Mon attention s'est posée sur la barque, en lisant le texte.

Et je me suis dit : ‘oui, c'est vrai, ma vie à moi, (alors, celle des autres aussi) peut paraître bien agitée, parfois laborieuse, d'ailleurs’ et il peut y avoir une vraie satisfaction d’aider des personnes (Jésus sauve des gens, on ne le menace pas de mort, il sauve des gens donc c'est super !), mais il y a besoin de la permanence de cette barque, au cas où ( voyez ! au cas où !).

Je me dis : dans l'Eglise ou dans une communauté, cette barque, ça peut être tous ceux et toutes celles qui ont un cœur pur, ça peut être les priants, les orans, les moines, les moniales, la permanence de ceux qui sont dans la prière.

On a l'impression qu'ils ne servent à rien : ben oui ! Ils ne servent à rien, on ne les voit pas dans la rue, ils ne viennent pas nous sauver …et pourtant si !

Car eux, ils sont permanents.

Il peut y avoir des agitations, qui de toute part, nous assaillent, ils sont là, ils demeurent ; et au cas où, on peut s'appuyer sur eux car ils sont toujours là.

Qu'est-ce qui permet cette permanence et cette force ?

Ils sont enracinés en Christ par cette prière.

 

Ça me fait du bien de le penser et on a des évènements dans nos vies (la famille de Fanny le savait sans doute) où c'est bien d'avoir des personnes comme ça, sur lesquelles on peut s'appuyer ; elles peuvent nous écouter, par exemple, on peut pleurer devant elles (on sait que ça ne va pas les anéantir), on peut s'appuyer sur elles.

Quand on a besoin de s'écrouler devant quelqu'un, il faut avoir ces gens-là, il n'y en a pas partout : des amis, des voisins, des proches de toutes sortes ; ils sont là, ils sont là.

Je crois que dans l'Eglise, cette grâce ce sont les cœurs purs, ce sont ceux qui prient, ils sont un vrai signe de la puissance du Ressuscité, quoi qu'il se passe.

Cette barque, au bord de l’eau.

Amen.


Mercredi 17 janvier : St Antoine du désert.

1 S 17,32-33.37.40-51 : David s’offre pour relever le défi lancé par Goliath.

Ps 143

Mc 3,1-6 : Guérison d’un homme à la main sèche.

 

Vous savez qu’au cœur de notre foi, il y a cette affirmation : "Dieu est amour" et Jésus est à la fois l'agent et la manifestation de cet amour.

Et on dit aussi que : "Dieu est créateur du ciel et de la terre" et son acte créateur consiste à distinguer la lumière des ténèbres, le ciel de la terre, les eaux du  dessus le ciel des eaux du dessous du ciel ; distinguer.

Eh bien, dans la synagogue, dans laquelle Jésus rentre, cet amour distingue.

Tout en créant, il distingue ce qui est mal de ce qui est bon ; ce qui est lumière de ce qui est ténèbres.

 

Alors que nos regards sont centrés sur la main de cet homme, le sort qui lui est réservé, (cet homme est au centre), ce qui se joue, ce qui apparaît, c'est précisément ce qui est invisible : le cœur des pharisiens et des partisans d’Hérode, ce cœur.

Et dans l'Évangile (nous le verrons dans Marc, ç’est vrai pour les autres) l’œuvre même de Jésus, c'est le cœur.

 

J'ai trouvé quelques citations : "ce qui sort de l'homme c'est cela qui rend l'homme impur et non pas l'apparence".

Vous savez qu'avec l'Ancien Testament, nous héritons de deux choses ;

la première c'est : ‘la crainte de Dieu pouvait être une peur’.

Les prophètes ont beaucoup travaillé pour transformer cette peur en crainte véritable, c'est-à-dire en amour (donc tout ce qui va avec la peur, notamment par rapport à la Loi), c'est le premier aspect.

Le deuxième aspect, c'est : toute forme de tare sur les corps (donc qui se voit), est  signe de malédiction ;  ce qui se voit est signe de malédiction et voici ce que Jésus dit : "ce qui sort de l'homme, c'est cela qui rend l'homme impur.

En effet, c'est de l'intérieur, c'est du cœur des hommes que sortent les intentions mauvaises".

Et ailleurs : "Malheureux êtes-vous, scribes et pharisiens hypocrites, vous qui purifiez l'extérieur de la coupe et du plat alors que l'intérieur est rempli des produits de la rapine, (cupidité) et de l'intempérance.

Pharisiens aveugles, préférez d'abord le dedans de la coupe  pour que le dehors aussi devienne pur".

 

Si nous étions Saint-Antoine, un moine versé dans l'Ecriture, nous ferions alors ce que l'on appelle savamment une ‘lecture anagogique’ et on dirait : ce qui est le plus important, c'est le cœur, un cœur pur : "heureux les cœurs purs", un cœur tout centré sur le Maître, un cœur qui est dans l'amour.

Qu'est-ce qu'un cœur pur ?

Il est comme ce petit David : il a raison du grand Goliath ; les cœurs purs sont assurés de la victoire devant la ténèbre du mal et de la méchanceté, tel que Goliath en est une figure, dans cette lecture.

 

Amen.


Mardi 16 janvier :

1 S 16, 1-13 : Onction de David.

Ps 88

Mc 2, 23-28 : Les épis arrachés.

 

Nous avons dans cet Évangile, cette parole qui est souvent reprise : "le sabbat a été fait pour l'homme et non pas l'homme pour le sabbat".

Entendons par-là : le repos du septième jour a été fait pour le repos de l'homme, pour qu'il puisse se reposer dans son Créateur, qu'il puisse connaître le repos de son cœur et le repos du cœur de l'homme, c'est (sans doute sa vocation première) ce qui apporte le bonheur, (nous avons vocation au bonheur) et ce bonheur est possible par le repos du cœur.

Le repos, ce que les traditions spirituelles et chrétiennes (en particulier, entre autres) cherchent, ont cherché et chercheront car nos cœurs sont semblables à une mer agitée ; tous, le cœur de tout le monde, (même le cœur du moine, enfermé dans sa cellule), est semblable à un cœur agité.

Et l'idée (pour atteindre ce repos) n'est pas de dire : ‘je vais calmer la mer’ mais ‘je vais en épouser les contours, les vagues et les courants’ et pour que ce soit possible, il faut un point fixe, un arrimage solide, sûr : le Christ, qui est posé sur nos cœurs comme un sceau.

Sans lui, c'est sûr, nous serons semblables à un bouchon sur la mer, connaissant la violence des vents contraires et sans lui, c'est sûr, nous aurons la prétention bien souvent, de vouloir rendre cette mer agitée du cœur, aussi lisse que de l’huile ; ça n'est pas possible.

 

S’attacher au Christ, (qui a été le premier à s’attacher, pour nous),  c'est la clef du repos et elle s'accompagne (dans toutes les traditions) d'une discipline, d'une ascèse, elle ne tombe pas sur nous comme par enchantement ; on en a le désir mais ça s'accompagnera par un certain nombre d'habitudes, (d'habitus, dirions-nous), que nous pouvons installer dans nos vies pour parvenir progressivement à ce repos ; se reposer le septième jour en fait partie.

 

Comment pouvons-nous atteindre cette assurance d'être fondés en Christ, si nous sommes extérieurement toujours agités ?

Comment parvenir à cette confiance du cœur s’il n'y a aucune confiance dans notre ‘paraître’, dans nos activités de tous les jours, si à aucun moment il n'est possible de dire : je me pose ?

 Comment est-il possible de retrouver ce sceau sur mon cœur si à aucun moment je n'ai la possibilité de renouveler mon amour pour lui ?

 

Tout le débat qui va accompagner la vie de Jésus sur le sabbat, sur Jésus qui "n'est pas venu abolir mais accomplir la Loi", tout ce débat va consister à mettre au centre de notre vie, à nous, l'amour de ce à quoi nous devons tenir ; que ne ce ne soit pas une obligation venant de l'extérieur mais un désir intérieur : qu'on ait soif de s'accrocher à Christ et que cela ne soit pas imposé de l'extérieur.

"Tu es comme un sceau sur mon cœur, Seigneur".

 

Devrais-je vous relire ce que Jésus dit dans l'Évangile de Jean, au chapitre 14 ?

On avait travaillé ce passage avec des jeunes qui se préparent à la confirmation : "celui qui s'attache à mes commandements et qui les observent, celui-là m’aime.

Or celui qui m'aime, sera aimé de mon Père et à mon tour, je l'aimerai et je me manifesterai à lui.

 

Amen.


Mercredi 10 janvier : sainte Léonie-Françoise de la Sales Aviat.

1S 3, 1-10.19-20 : L’appel de Dieu à Samuel.

Ps 39

Mc 1, 29-39 : Guérison de la belle-mère de Simon. Guérisons multiples.

 

C'est un peu la fête de toutes les belle-mères, aujourd'hui, qui ont la grâce, comme celle de Simon, d'être sauvées de leur fièvre.

 

Plus sérieusement, on peut regarder (chacun pour sa part), reprendre son Évangile de Saint-Marc et repasser les pages, notamment de l'Évangile d'hier et celui d'aujourd'hui où l'on voit Jésus à l'œuvre et avoir dans le cœur (comme grille de lecture, si vous voulez), l'épisode de la résurrection de Jésus et essayer de faire dialoguer la résurrection de Jésus avec l'épisode d'hier.

Par exemple : "tais-toi, sors de cet homme ! ", Jésus qui muselle le mauvais esprit et qui en le muselant, libère cet homme ligoté et aujourd'hui, cette femme qui est allongée et sur laquelle Jésus se penche.

 

Tout ce qui est de l'ordre de la position debout ou de l'action qui consiste à quitter une position couchée en faveur d'une position debout doit, dans nos cœurs, nous faire penser à la résurrection de Jésus.

De même, tout ce qui se passe la nuit ou à l'aube, doit nous faire penser à la résurrection de Jésus.

À quel moment les femmes, sont-elles allées au tombeau pour constater qu'il était vide ? (Elles ne savaient pas qu'elles allaient constater qu'il était vide !).

Pareil, très tôt, tellement tôt le matin, qu'il faisait encore nuit, précédant les premières lueurs du jour.

Et que se passe-t-il après la rencontre de Jésus avec les femmes ?

 "Allez en Galilée, dites à mes disciples que je les précède en Galilée", ce que fait Jésus : "partons ailleurs, c'est pour cela que je suis sorti" et "il parcourut toute la Galilée".

 

Nous sommes dans l'Évangile de Marc ; en cet instant, profondément tournés, un peu moins, vers cette crèche qui nous a ravis mais déjà, un peu plus, vers le tombeau pascal qui se profile à notre horizon.

 

Et réjouissons-nous car le Seigneur se penche sur nous : c'est peut-être ce qui peut nous faire penser, d'ailleurs, à Noël : il se penche sur nous comme le Fils de Dieu a quitté son rang qui l’égalait à Dieu et il s'est anéanti pour devenir l'un des nôtres et même plus encore et mourir sur la croix.

Il se penche, Dieu ; il se penche sur notre humanité, sur nos cœurs désertiques, plats et il les ressuscite.

On peut faire ce petit travail, tout tranquille, de relecture des textes de Marc, d’aujourd'hui et d'hier, en ayant en filigrane la résurrection de Jésus.

 

Amen.


Dimanche 7 janvier : l’Epiphanie

Is 60, 1-6 : Splendeur de Jérusalem.

Ps 71

Ep 3, 2-3a. 5-6 : Paul, ministre du Mystère du Christ.

Mt 2, 1-12 : La visite des mages.

 

Demain, il y aura la fête du Baptême du Seigneur et nous rentrons à nouveau dans le temps ordinaire.

On pourrait dire de l'Epiphanie, que l'on fête aujourd'hui, vient un peu comme conclure (pas clôturer complètement) mais conclure ce temps que nous avons commencé, le livre que nous avons ouvert, au moment de Noël.

Et voici qu'aujourd'hui, nous en avons quelques conclusions, quelques fruits.

 

Permettez-moi un petit rapprochement ; avant que je vais vous poser une question : qu'est-ce que l'on fête 50 jours après Pâques ?

Les enfants, 50 jours après Pâques ?

La Pentecôte et ce qui est extraordinaire avec la Pentecôte, c'est que cet événement tout petit, petit (l'événement est très grand mais situé en un lieu tout petit : c'est le tombeau de Jésus, à côté de Jérusalem, un petit matin de Pâques, le tombeau est vide, les femmes le découvrent vide, des messagers célestes disent : "celui que vous cherchez n'est pas parmi les morts mais parmi les vivants", Jésus dira aux femmes : "allez dire à mes frères que je les précède en Galilée" ; cet événement qui donne naissance à la foi en la Résurrection de Jésus  (on dit de Jésus qu’il est Seigneur et Christ) eh bien, 50 jours plus tard, on dit que cette bonne nouvelle, elle s'adresse à tous, tous, tous, tous, tous, dans la puissance de l'Esprit Saint.

Et d'ailleurs, les apôtres qui étaient enfermés dans leur maison, à Jérusalem, des flammes tombent sur eux, des langues de feu : l'Esprit Saint les envahit et "tout le monde entend proclamer les merveilles de Dieu dans leur langue". 

 

Aujourd'hui, c'est l'Epiphanie : ce petit événement singulier qui se passe quelque part à côté de Jérusalem, dans ce tout minuscule village qu’on appelle Bethléem, que seuls quelques bergers avaient vu (parce que des anges dans le ciel  leur ont dit : "allez à Bethléem") ; cet événement tout singulier de quelques-uns, (alors là, ce n'est pas 50 jours plus tard mais moins, je n'ai pas compté) aujourd'hui, c’est un événement pour tout le monde, c'est un événement qui s'adresse à tous, cette bonne nouvelle du "Verbe qui s'est fait chair" et qui fait que Jésus est Seigneur, il est pour tous.

La preuve en est : toutes les nations sont représentées par ces trois personnages qui viennent de très loin, qui ont été guidés, cette fois-ci, non pas par des anges mais par cette étoile et arrivent et contemplent celui qui est la vérité.

C'est extraordinaire !

 

Vous voyez, un peu le même phénomène ; alors, s’il fallait que, par exemple, je le traduise dans des choses qui nous sont tout à fait contemporaines : ce matin, qui n’habite pas, en temps normal, dans le département de l'Aube ?

Ici à ma droite, là au milieu, derrière ; pourriez-vous dire de quel département vous êtes ?

 la Saône-et-Loire, l’Yonne, le Nord.

Eh bien voyez, les mages, ils sont venus de Saône-et-Loire, de l’Yonne et du Nord ; (ce n'est pas tellement l’Orient, mais voilà !) ; une toute petite communauté de rien du tout : Couvignon, Bar sur aube, on vient de loin.

Prenons un exemple tout près : Baroville ; imaginons que la naissance de Jésus ait eu lieu à Baroville ; eh bien les bergers auraient gardé la nouvelle pour eux tout seuls : ‘c'est chez nous qu'il est né Jésus et c'est chez nous qu'il restera’ sauf que quelques jours plus tard qu'est-ce qu’on fête ?

L'Epiphanie ; on vient des autres villages adorer et emporter dans notre cœur cette merveille !

Ce n’est pas pour faire gamin mais c'est pour dire que cette vérité magnifique du Seigneur, elle n'est pas pour quelques-uns, en un lieu particulier ; et c'est vrai pour Pâques et c'est vrai également pour Noël.

 

Maintenant, on va regarder ces trois cadeaux qui sont offerts par les mages.

Trois cadeaux, vous vous souvenez des cadeaux?

De l'or, le deuxième : l'encens et le troisième : de la myrrhe ; or, encens, myrrhe magnifiques cadeaux.

 

C’est là qu'on voit le résumé de tout Noël :

l’or que l'on offre à des rois.

Roi : quand on a fêté la fête du Christ-Roi de l'Univers, à la fin du temps ordinaire, on a dit : ‘la fonction royale dans la Bible, c'est un peu comme un père de famille’.

Il engendre, il rassemble, il oriente et il donne confiance pour aller vers l'avenir (imaginez le père idéal, comme on a tous dans nos rêves : il rassemble, il engendre, donne la vie, il fait l'unité et il nous envoie vers demain pour qu’on n’ait pas peur ; c'est ça un roi pour un peuple : Fonction royale).

Jésus engendre un peuple et d'ailleurs, il engendre un peuple tellement grand qu'il enveloppe toutes les nations, un immense peuple de disciples, d'apôtres, de témoins qui naissent à la foi en étant plongés dans l'eau du baptême et en communiant à l’eucharistie : Roi.

 

L’encens, on utilise l'encens dans les temples, dans les fonctions liturgiques, pour Dieu.

Ce petit enfant, mignon comme il est, c'est Dieu ; Dieu qui vient de naître, nous faire naître, avec lui.

C'est bon de se le redire mais combien parmi nous, sont absolument convaincus que cet enfant de la crèche, c'est Dieu ?

Une seule personne a levé la main, à ma droite, une deuxième, qui dit mieux ?

Qui est absolument convaincu que cet enfant de la crèche, c'est Dieu ?

Eh bien, il n'y en a pas beaucoup qui sont convaincus, parmi nous !

- Oh si !

- Eh bien alors, levez la main !

-Ah ! on est convaincu : cet enfant de la crèche c’est Dieu.

Ça demande un peu un travail du cœur parce que ce Dieu, il se fait l'un des nôtres.

Un enfant, c'est tout mignon et puis on dit : ‘il est tellement mignon qu'on aimerait le croquer’ et quand il grandit, on regrette de ne pas l’avoir fait.

Ce Dieu-là va descendre dans notre humanité la plus profonde jusqu'à en mourir et jusqu'à être au creux de ce qui est notre péché.

Alors justement, à Noël, ce n’est pas encore le cas mais c'est ce Dieu-là.

 

Si on accepte comme Dieu, ce petit enfant de la crèche, c’est pour aller jusqu'au bout et prenons le chemin qu'il va nous faire faire.

Il va nous faire faire le chemin (alors j'anticipe le troisième cadeau), il va nous faire faire le chemin qui part de Bethléem pour aller à Nazareth, de Nazareth, remonter à Jérusalem : c'est le troisième cadeau : la myrrhe.

 

La myrrhe, c'est ce précieux parfum que l'on utilise pour embaumer les morts ; c'est la mort, la myrrhe

Eh bien cet enfant tout beau, c'est le futur crucifié.

Ah ! voilà Gaby lève les yeux au ciel.

Eh bien oui, je suis désolé ! cet enfant de la crèche est le futur crucifié, celui que l'on fête à chaque eucharistie : nous célébrons sa mort et sa  résurrection.

Alors évidemment, crucifié ça sonne mort et ça sonne résurrection et ce crucifié nous faire prendre le chemin que l'on appelle : de la Croix.

C'est ce qui nous offre pardon et salut définitifs, qui nous réconcilient partout où c’est brisé en nous-mêmes et autour de nous.

Ce crucifié est source de tout amour, ce crucifié panse les plaies, nous libère de nos chaînes mais nous oblige à vivre des passages.

Ce petit enfant qui est tout gentillet, va nous faire vivre de sérieux passages, il faut que nous en soyons convaincus et d’accord.

 

Je vais vous lire, pour terminer, un petit extrait de ce que je vais redire tout à l'heure, après la prière du Notre-Père.

Voilà ce que dit le prêtre : "Seigneur Jésus-Christ, tu as dit à tes apôtres : je vous laisse la paix, je vous donne ma paix.

Ne regarde pas seulement nos péchés mais la foi de ton Eglise.

Pour que ta volonté s’accomplisse, donne-lui toujours cette paix et conduis-la vers l'unité parfaite, toi qui vis et règne pour les siècles des siècles. "

Vous avez les trois cadeaux : or, encens, myrrhe, dans ce que je viens de lire.

 

L’or du Roi : Christ a un peuple, il a une Eglise (Eglise : ça veut dire assemblée et c’est ce que nous formons ce matin).

 Et cette Eglise est toujours conduite vers une unité toujours plus grande : quand on voit nos têtes et quand on sait d'où l’on vient et qui nous sommes, on se dit : il y a un sacré Roi qui travaille pour rassembler tout ce monde-là, un sacré Roi.

 

"Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix" : c'est un don, la paix, un don qui vient de Dieu seul, c'est ce que nous célébrons d'ailleurs, à Noël, la nuit du 24 au 25 décembre : ce petit enfant est le don de  la paix.

Le Dieu, l’encens.

 

La myrrhe : "ne regarde pas nos péchés".

Ne regarde pas nos péchés, c'est sous-entendu : libère-nous-en, que nous traversions nos péchés, que nous allions vers le Seigneur.

 

Je me dis : quand on sait qu’on vient de Baroville, de Couvignon, de Saône-et-Loire, du Nord et de l’Yonne et puis de Bar sur aube, il faut bien un Roi, un Dieu et un crucifié comme lui, pour faire de nous un beau peuple.

Amen.


Vendredi 5 janvier :

1 Jn 3, 11-21 : Garder les commandements de Dieu, surtout celui de la charité.

Ps 99

Jn 1, 43-51 : Les premiers disciples.

 

Si vous ouvrez votre Évangile, vous verrez que cette séquence commence par cette parole : le lendemain.

Nous sommes dans un nouveau jour qui nous rapproche de cette belle manifestation de Dieu, au moment de l'Epiphanie.

 

On semble s’éloigner un tout petit peu de la figure tutélaire de Jean le Baptiste : hier et avant-hier et encore avant, c'était Jean-Baptiste qui désignait Jésus et ensuite, qui désignait Jésus à ses disciples, ses disciples qui eux-mêmes en appellent d'autres et cette fois-ci,  on en arrive à ce que Jésus lui-même, appelle et de cet appel, des disciples s'appellent.

Donc, la figure de Jean-Baptiste semble déjà un peu derrière notre dos et nous voici tournés vers une nouvelle étape du ministère de Jésus ; c'est pratiquement le début de sa vie publique: il n'est plus sous la tutelle de Jean-Baptiste.

 

Nous avons cette grande rencontre avec Nathanaël, qui en tous points, ressemble à cette rencontre de Dieu (du Seigneur) avec Jacob, dans le livre de la Genèse au chapitre 28, sauf que Jacob était rusé.

Jacob n'était pas un homme droit, Nathanaël : " il n'y a pas de ruse en lui".

Et voyons dans cette rencontre entre Jésus et Nathanaël, une nouvelle Alliance qui est scellée et promise : ce n'est plus l'Alliance, qu'on pourrait appeler, ancienne ou qui précède et qui a été jusque-là incarnée  par Jean-Baptiste, mais une Alliance nouvelle en Jésus.

Le peuple dont Jésus est appelé, roi : "tu es le roi d'Israël", ce peuple, c'est le peuple de la nouvelle Alliance fondée sur les 12 colonnes que sont les 12 futurs apôtres.

 

Regardons ce que dit Nathanaël : "c'est toi le Fils de Dieu, c'est toi le roi d'Israël".

Et Jésus, de rajouter : "tu verras des choses plus grandes encore, les anges de Dieu monter et descendre".

Fils de Dieu, la divinité de Jésus, c'est le sens de cet encens qui sera offert dimanche.

"Roi d'Israël", la royauté de Jésus, c'est le sens de cet or qui va être offert dimanche.

 "Tu verras les cieux ouverts et les anges de Dieu monter et descendre" : une nouvelle Alliance entre ciel et terre qui va être scellée non pas par une échelle mais par la croix ; le crucifié, c'est le sens de cette myrrhe qui va être offerte dimanche.

 

Que Jésus soit roi et qu'il soit Dieu, ça ne nous pose, en général, pas trop de problèmes.

Qu'il soit le crucifié, c'est une ‘autre paire de manches’.

L'Epiphanie nous tourne vers la suite de notre route, avant d'arriver dans le temps ordinaire : c'est la marche vers la Passion de Jésus.

 

Puisqu'on dit que la foi est comme une lumière ; et que l'Epiphanie est une manifestation de cette lumière, imaginons plutôt (non pas une lumière qui viendrait éclairer et mettre en valeur Jésus) mais imaginons une lumière qui viendrait de par derrière la croix et qui projetterait son ombre et cette ombre, devant nous ; comme si la croix nous traçait un chemin ; c'est peut-être le sens de cette Epiphanie, dimanche.

 

Le Christ est pour nous, Roi ; il est pour nous, Dieu et il est pour nous, le crucifié.

 

Amen.


Mercredi 3 janvier : Ste Geneviève

1 Jn 2,29-3, 6 : Vivre en enfants de Dieu.

Ps 97

Jn 1, 29-34 : le témoignage de Jean.

 

On a une belle semaine parce que, chaque jour à la messe, nous entendrons un  Evangile proposé par la liturgie, qui commencera par : "le lendemain", le lendemain et le lendemain.

 

Dans l'Évangile de Jean, ces extraits qui ont été choisis par ceux qui ont organisé la liturgie, sont des extraits qui se situent dans une grande semaine inaugurale qui précède la manifestation de la gloire de Dieu, en Jésus.

Chez saint Jean, cette manifestation de la gloire de Dieu en Jésus, (ce n'est pas ‘les rois mages’ ;  il n'y en a pas chez saint Jean), ce sont les noces de Cana : premier grand signe, grand signe excellent qui manifeste la gloire ; on appelle ça une épiphanie, une manifestation de la gloire de Dieu.

Mais on serait chez Saint Matthieu, (comme ça va être le cas dimanche), on va avoir ce texte de la visite des mages qui sont témoins de cette gloire qui se manifeste à eux.

Chez saint Jean, cette manifestation de la gloire, dans les noces de Cana, est précédé par une semaine inaugurale.

On a le droit à chacun des jours ; donc aujourd'hui, on a le lendemain et demain on a encore le lendemain et après-demain on aura un autre jour et comme ça jusqu’à dimanche.

 

C'est une façon pour nous, d'ailleurs, de rythmer toute notre année ; (parce que je vous ai parlé d'une semaine), mais ça pourrait être valable pour toute l'année : si toute notre année était une préparation à la manifestation de la gloire de Dieu ; ce serait extraordinaire !

Imaginez : toute l'année on serait en marche comme des mages et que toute l'année on se prépare à voir cette manifestation.

 

Jésus nous est donné à voir, ce n'est pas nous qui le fabriquons par tous nos efforts au quotidien, dans nos bonnes œuvres, dans nos belles prières et dans notre vie en communauté.

Il se donne à voir à nous ; il se donne à voir à travers tout cela mais c'est lui qui est souverain, qui se donne à voir (il fait ce qu'il veut, à la limite !) ; eh bien complètement, d’ailleurs, il fait ce qu'il veut : il se donne à voir, il se manifeste.

 

Et si toute notre année pouvait être comme ça : chaque jour, un pas nouveau, fait vers cet événement extraordinaire de Jésus qui se donne à voir !

 C'est un des beaux vœux qu'on peut se faire en ce début d'année.

 

Et puis, nous avons saint Jean, le Baptiste qui nous parle : hier, il disait qu'il était témoin du Messie et aujourd'hui, il dit qu'il est témoin de la descente de l'Esprit Saint.

Il va parler dans ce petit extrait de l'Evangile de l’ "Agneau de Dieu".

Quand, toute à l'heure, je vous présenterai le Corps du Christ fractionné et qu’on chantera "Agneau de Dieu", on pourra penser à ce passage : "voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde, c'est de lui que j'ai dit…".

 

L’agneau de Dieu, vous savez que c'est à la fois l’agneau pascal qui est offert en sacrifice pour le rachat d'Israël, dans l'Ancien Testament et (dans l'Ancien Testament, toujours), ce même agneau de Dieu, c'est le serviteur souffrant du livre d’Isaïe qui s'offre également, ‘tel un agneau, conduit à l'abattoir’ : il s'offre.

Ça nous fait penser à l’eucharistie et à la Passion.

 

Ensuite il dit : "j'ai vu l'Esprit descendre du ciel comme une colombe", ça peut nous faire penser à la Pentecôte.

Nous avons deux moments importants, deux balises importantes sur notre route qui vont nous dire également, quelque chose de notre année à passer ensemble : on va avoir la Passion de Jésus et cette lente préparation à la Passion de Jésus et on va avoir cette autre balise importante de la Pentecôte, comme deux balises dans la vie de notre Eglise.

 

On peut être plein d'action de grâce pour cette manifestation dans nos vies, de la lumière de Jésus.

 

Demandons-lui qu'il vienne inscrire cette même foi, dans notre vie, que celle de saint Jean le Baptiste.