Homélies du semestre

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Vendredi 12 Juillet 2019   Maison de Retraite de Bar-sur-Aube

Dt 30, 10-14

Lc 10, 25-37

 

Bon,  la question qui est posée par cet homme  dans cet évangile, elle est importante.  Elle rejoint parfois  des questions que l’on peut entendre quand des personnes sont vers  la fin de leur vie  et qu’elles sentent que l’heure du passage est arrivée.  C’est un peu le moment  -  si vous voulez  -  du bilan : « Est-ce que je suis prêt ou prête à partir ?   Qu’est-ce qui me retient encore ?   Et : est-ce que je vais être accueilli après ma mort ? »

 

Alors cet homme dans l’évangile,  il ne va pas mourir,  il dit juste : « Qu’est-ce que je dois faire pour être en règle ? » … Ce que je dois faire pour être en règle.  C’est comme si  il voulait anticiper le moment de sa mort.   Et Jésus raconte une histoire.

 

Alors je vous redis brièvement cette histoire : il y a un homme qui va vers Jérusalem,  et puis alors il tombe entre les mains de bandits.  Il se retrouve roué de coups,  il tombe au sol. Alors voici que Jésus  dans son histoire fait apparaître  -  souvenez-vous  -  trois personnages.  Alors un  qui est un prêtre  -  pas comme les prêtres catholiques,  c’est les prêtres   juifs (mais cela n’a pas d’importance).   C’est quelqu’un qui avait  une grande importance aux yeux des personnes. Voilà.   Alors il y avait un prêtre,  il y avait un lévite : un homme qui savait tout sur la loi religieuse.  Eh bien ces deux personnages ; ils ne font rien pour l’homme qui est blessé. Vous connaissez cette histoire, hein ?  C’est une histoire célèbre.   Le troisième  personnage,  on l’appelle  le Samaritain,  parfois le bon Samaritain.  Alors il faut comprendre par-là que c’est un homme étranger,  et avec lequel il ne faut pas avoir de contacts.  Parce que il est tellement étranger,  tellement étranger à notre foi,  à nos coutumes qu’il ne peut apporter que du malheur…   Alors voilà, cet homme, il  passe  et qu’est-ce qu’il fait cet homme ? Il s’arrête.  Alors il s’arrête  et  il va être extrêmement généreux envers cet homme roué de coups. Et vous savez ce qu’il fait, hein ?  Tellement qu’il est généreux,  il va prendre tout ce qu’il a pour lui,  pour le soigner.  Il le monte sur sa monture et il l’emmène à l’auberge. 

 

Alors chers amis, peut-être que vous ne le savez pas  mais  puisque c’est la messe du mois de juillet et qu’il n’y a pas de messe au mois d’août,  à cette messe-ci,  moi je vais vous dire au revoir parce que je ne serai pas là  en septembre.   Il y aura un autre prêtre à ma place,  et pour tous les mois d’après.   C’est un peu ma dernière messe avec vous : ma dernière messe. Il y aurait eu une messe en août, je vous aurais dit au revoir en août mais,  c’est celle de juillet.

 

Alors je trouve que ce texte de l’évangile,  il est très bien  -  parce que ça me permet de dire que quand je suis arrivé,  il y a cinq ans  -  avec vous,  mais avec toutes les autres personnes  autour de vous,  j’étais quand même pas grand-chose.   Je découvrais,  vous m’avez accueilli,  vous m’avez fait découvrir,  on s’est fait découvrir  mutuellement plein de choses. Et alors dans ma vie de prêtre,  je sais que j’ai été  et  je serai sans doute encore,  comme ces deux premiers personnages : quand même hypocrites et égoïstes.  Je ne m’arrête pas là où il faut m’arrêter,  ça m’est arrivé,  ça m’arrivera,  ça m’arrive sans doute,  au présent.

 

Dans ma vie de prêtre, j’ai été comme l’homme au sol : c’est-à-dire que j’ai eu la grâce de rencontrer le Christ  qui  vienne me soigner jusqu’au cœur de mon péché,  voyez.  Il m’a emmené à l’auberge  Le Christ.   Il m’a emmené à l’église,  il m’a permis de découvrir le lieu où je peux connaître le salut et le pardon : l’auberge,  l’Eglise.

Voilà, avant d’être celui qui donne le pardon au nom de Dieu,  j’ai été celui qui a été pardonné,  qui y est encore.   Et,  j’espère que  pendant de ces cinq années,  j’ai été aussi comme la monture de cet homme  -  âne ou cheval  -  moi je ne sais pas.  Mais celui qui porte sur ses épaules,  sur son dos,  celles et ceux que le Christ rencontre et qu’Il vient soigner et  emporter à l’auberge.

 

Voilà, j’espère que j’ai été un peu tout cela et tout ceci,  d’une façon ou d’une autre,  plus ou moins  l’un ou l’autre personnage ; je circule autour de ces personnages-là  et  je rends grâce avec vous   pour ce que le Seigneur peut faire dans la vie d’une personne.

Eh bien je vous souhaite d’être pareil,  d’être  tout à la fois  -  alors je ne vous souhaite pas d’être très longtemps le prêtre et le lévite -  mais reconnaître que vous l’êtes et  que vous l’avez été,   d’être la personne au sol,  d’être aussi la monture. 

 

Reconnaître  que le Christ est venu vous chercher et  vous accompagner  jusqu’au cœur de l’Eglise pour vous apporter le salut.Et c’est ce que nous allons vivre avec cette Eucharistie.L’Eucharistie : c’est un peu l’auberge,  si vous voulez.  Là où nous allons  connaître tous, chacun,le temps du soin et  de la convalescence.

 

Amen


Jeudi 11 juillet 2019

Pr 2, 1-9

Ps 33

Mt 19, 27-29

 

Benoît,  originaire de Ombrie  - cinquième siècle, étudiant à Rome  -  entend cet appel de l’évangile à tout quitter - et il a donc - comme disent ses  hagiographes  « Gloire à quitter le monde ».  Il va trouver refuge dans une grotte de laquelle il  va passer quelque temps avant  d’aller ensuite au mont Cassin.  Il va connaitre  un rayonnement  avec la rédaction de sa règle  et  celles et ceux qui vont trouver en lui un maître spirituel,  permettant de vivre trois préceptes de celles et ceux qui quittent tout,  à cause du Christ :

 

Le premier : c’est de suivre le Christ  -  premier précepte.   Le deuxième : c’est ne rien préférer à l’amour de Dieu. Le troisième : c’est marcher d’un cœur libre et joyeux  sur les chemins des commandements.

 

Ces trois préceptes font  -  pour celles et ceux qui les  vivent,  on peut les appeler  des disciples, on peut les appeler des moines,  des moines dans leur cœur  -  n’empêche que c’est le chemin des Béatitudes.  Et que tous ceux qui veulent vivre dans leur état de vie tel qu’il est,  comme baptisés à la suite du Christ peuvent trouver dans la règle de St Benoît un chemin concret de mise en application de l’évangile.

 

Cela rappelle à tout le monde que,  une règle de vie est toujours précieuse,  même si nous sommes baptisés.  Se la donner,  pouvoir vérifier avec quelqu’un  si cette règle correspond   et   en mesurer les fruits est toujours source de très grande joie et  de liberté.

 

Alors  qu’en  cette fête  -  St Benoît est devenu patron de l’Europe,  co-patron de l’Europe en mille neuf cent  soixante-quatre  - qu’ en cette fête de Saint Benoît,  nous puissions nous redire quelle règle de vie,  quelle garde à mon cœur,  j’adopte,  pour pouvoir suivre  le Christ  de manière joyeuse et libre.

 

Amen


Mercredi 10 Juillet 2019

Gn 41, 55-57 ; 42, 5-7a. 17-24a

Ps 32

Mt 10, 1-7

 

Voilà  les douze fils de Jacob ont recours en cette période de très grande famine  -  dans cet extrait de la Genèse  - aux réserves de blé que l’on trouve en Egypte.  L’un des fils y est déjà,  vous connaissez sans doute l’histoire de Joseph.  Ses frères voulaient l’éliminer,   il y avait de la jalousie.Ils  ne pensaient pas qu’ils allaient le retrouver.  A cette étape-là du récit,  ils ne l’ont pas encore reconnu, mais Joseph a reconnu ses frères.  Il pleure à l’écart,  Joseph  lui qui a reconnu ses frères   et qui a compris. 

 

Cela devrait sans doute nous faire penser à Pierre,  qui pleure amèrement alors qu’il a trahi Jésus.  Simon Pierre,  le premier des douze.  Douze apôtres choisis par Jésus, pour rénover les douze tribus d’Israël ; chacune venant de l’un des fils de Jacob,  justement  ces fils  qui partent en Egypte.

La famine du temps de l’Egypte  se retrouve dans la bouche de Jésus.  Il y a beaucoup d’hommes, beaucoup de femmes  qui sont pris d’esprits impurs,  de maladies,  d’infirmités   et  il y a besoin de pasteurs,  les brebis sont perdues. Si nous étions dans l’évangile de Jean,  on pourrait sans doute entendre  -  j’imagine  -  que Jésus dise qu’il a beaucoup d’aveugles,  aveuglés par leur péché.  Péché qui trouve son origine au fond, dans cette jalousie  originaire : il y a celle du démon,  il y a aussi celle des frères,  fondateurs des douze tribus d’Israël.

 

Et sur votre route : « Proclamez que le royaume des cieux est tout proche. »

Le troisième mystère lumineux du rosaire : proclamation du Royaume.   Il est tout proche,  il est même complètement présent en Jésus Christ : Lui qui va prendre la place de Joseph,   Lui qui va être le frère livré,   Lui qui va être le Fils du propriétaire de la vigne  qui va être livré   Lui   aussi  par jalousie.

Il va s’offrir pour réconcilier,  pour restaurer,  pour enlever le péché,  pour faire recouvrir la vue.  

C’est par Jésus - nous le croyons - que nous retrouvons cette santé  de l’âme et du corps,  que toute maladies et infirmités sont chassées. 

Nous voyons que les apôtres d’hier - comme ceux d’aujourd’hui  - ont à inscrire leur vie  dans Jésus qui s’offre.

 

A  présenter leur  propre vie  toute nue,  leur fragilité  et  leur péché  et   à donner confiance  à quiconque  de vivre cette même démarche  d’offrande  au   Fils,  Lui qui  restaure  toutes  choses.

 

Amen


Mardi 9 Juillet 2019

Gn 32, 23-32

Ps 16

Mt 9, 32-38

 

Ce petit texte de l’évangile est un texte de transition.  Tout de suite après,  Jésus  va appeler ses douze apôtres.  Après avoir fait  le constat que,  il y a peu d’ouvriers à la moisson.

Je vous invite à contempler cette foule qui est dans l’admiration,  ces pharisiens  qui sont incrédules   et Jésus qui est saisi de compassion.  Je vous invite à circuler entre chacune de ces personnes, ces groupes de personnes :   l’admiration des uns,  l’incrédulité des autres,  la compassion de Jésus.   Et prenez  conscience,  que chacune de ses expressions nous renvoie tous,  au manque fondamental qui habite tout humain.  Si les foules sont dans l’admiration,  c’est  qu’elles voient ce qui leur manquait   -  mais  qui bientôt  -  va leur manquer à nouveau. 

 

C’est que les pharisiens ne sont pas près d’accueillir ce plus,  ce plein. Et que Jésus Lui-même ne cesse de remarquer ce qui manque : il faudrait  des bergers. Et au fond, saisis par ce manque fondamental, peut-être en retour  - nous oserions mettre le doigt sur ce qui fait manque dans notre propre vie.

Et c’est là que ce  génial texte de Genèse est intéressant,  au fond,  la  grâce  est extraordinaire. Alors on voit le combat de Jacob avec ce personnage mystérieux.  Au fond, Jacob fait l’expérience  du mystère  de Dieu.  

Ces manques qui nous habitent et  que nous constatons autour de nous, nous provoquent à faire l’expérience du mystère de Dieu. Pas toujours en plein  mais en creux.  Parfois on peut faire l’expérience du mystère de Dieu par la saturation de notre vie spirituelle.  Tout va bien, on ressent, on Le ressent, on est dans la louange profonde : nous sommes touchés.  Mais il y a aussi le contraire,  on peut faire l’expérience du mystère de Dieu dans le vide….« Je ne ressens rien…  je ne suis pas touché…  je ne suis pas saturé. »

 

En tous les cas, la dernière injonction de Jésus dans l’évangile nous rejoint : « Priez ! »

 

Amen  


Dimanche 7 Juillet 2019

Is 66, 10-14

Ps 65(66)

Ga 6, 14-18

Lc 10, 1-12. 17-20

 

Chers frères et sœurs,  je vous propose que nous nous arrêtions quelques instants sur cet extrait de Paul : la lettre que Paul adresse à sa communauté des chrétiens de Galatie,  province romaine à l’époque de Paul.  Il écrit : « Ce qui compte, ce n’est pas d’être circoncis ou incirconcis, c’est d’être une création nouvelle. »

 

Alors cette phrase peut nous paraître bien étrangère à notre culture contemporaine,  notamment chrétienne,  parce que la pratique de la circoncision rituelle n’existe pas pour nous.  Et pourtant Paul en parle.  Je redis ce que nous disons  parfois au catéchisme : Paul était juif,  Jésus l’était,  les disciples l’étaient  et les tous premiers chrétiens l’étaient ou bien étaient païens.  Mais une bonne quantité d’entre eux étaient juifs au moment de leur conversion, de leur baptême. Cette entaille dans la chair était une prescription rituelle de la loi de Moïse, qui est aussi appliquée par les juifs aujourd’hui et les musulmans.  C’est une marque qui dit notre appartenance à un groupe. Pour Paul,  on n’a plus besoin d’entaille dans la chair pour manifester une appartenance.  Pour Paul, il y a toujours une appartenance, c’est non pas à un groupe mais à une personne :   le Christ. Il n’y a plus besoin de marque dans la chair, car selon lui,  cette appartenance se voit ; sans que nous soyons obligés de faire un tatouage ou même de porter une croix autour du cou, à la rigueur. Cette appartenance se voit.  Pourtant Paul dit : « Je porte dans mon corps les marques des souffrances de Jésus. »  Quelles sont ces souffrances pour lui ?  Est-ce sa circoncision ?  Non, il l’a été, je vous l’ai dit,  mais  pour lui  désormais appartenir à Christ,  c’est bien supérieur à cette question-là.   

 

Parce que Paul  appartient à Jésus, il a décidé de poser sur son cœur une garde,  une garde. Pour pouvoir en lui,  mettre  à l’écart de lui, à distance de lui,  tout ce qui est peur, violence, méchanceté,  et pouvoir préserver son cœur à la présence toute aimante de  Celui  qui le premier l’a aimé : le Christ.  Et cette garde c’est comme une porte,  c’est comme une frontière,  c’est comme une ligne rouge,  qui viendrait protéger Paul de tous les excès.  De tout ce qui serait en lui comme prédation, dévoration.  Donc,  Paul mettant cette garde sur son cœur choisit le  bien,  il choisit l’amour,  il choisit d’être un agneau,  il choisit de ressembler  à Christ.

 

Mais cela c’est coûteux.  Cela ne va  pas de soi, car si autour de lui,  il n’y avait que des agneaux,  que des gens qui étaient dans l’amour et dans la modération,  s’il n’y avait que des gens qui portent sur leur cœur une garde ;  eh bien cela signifierait  que tout le monde appartiendrait au Christ  mais cela signifierait aussi que,  il n’y a plus besoin d’appartenir au Christ.  Le monde serait définitivement,   au fond - comme,  pourrions-nous dire -  sauvé.  Mais ça n’est pas le cas  parce que,  en Paul  comme en nous,  sommeillent  des loups tapis en embuscade et  pour pouvoir s’en protéger,  il faut cette garde.   Et rien au monde ne doit nous faire lâcher cette garde,  baisser cette garde.  Rien au monde ne doit faire en nous, oublier qu’il y a une sorte de porte à protéger : celle du cœur.

Alors cela peut provoquer souffrances dans la vie d’un homme,  cela peut provoquer souffrances.  Mais cela provoque aussi beaucoup de joies.  Et pour un chrétien, cette liberté qu’il revendique vient de cette garde-là.

 

« Je porte dans mon corps les marques des souffrances de Jésus. »  Alors sans qu’ils aient des entailles dans leur chair, ça peut être par exemple  ce que vivent,  chers amis,  celles et ceux qui au milieu d’une communauté chrétienne, eh bien  ce  sont des personnes consacrées,  celles et ceux qui ont fait vœu des conseils évangéliques.  On les appelle  des religieux, des religieuses,  ça peut être des prêtres,  ça peut être des moines,  ça peut être des laïcs  qui ont fait vœu de pauvreté,  de chasteté et d’obéissance.  Certains parmi vous pourraient penser que ça ne mange pas de pain, ce n’est pas très grave.  Que ces personnes font ce qu’elles veulent,  qu’elles sont très libres. Mais si elles le vivent - d’abord c’est parce qu’elles en ressentent un appel -  mais c’est pour qu’elles soient signe : que, appartenir au Christ,  ça puisse se voir et ça se traduit en des choix concrets.   Très concrets. 

 

Personne ne peut dire : « j’ai une garde dans mon cœur »   si ça ne se traduit par aucun choix  déterminé  et concret dans sa vie.  Si au milieu de nous il y a des personnes qui vivent ces conseils évangéliques,  c’est pour nous rappeler : «  Et toi ?   Tu en es où dans la garde de ton coeur ?   Quelle est ta ligne rouge ?  Comment fais-tu pour te prémunir de ces loups tapis  en embuscade ?  Comment fais-tu pour t’attacher à Christ ?   Est-ce que c’est  uniquement dans le huis clos de nos assemblées du dimanche que tu es attaché au Christ ?   Ou est-ce que c’est chaque jour ?  Quelques soient les circonstances et les lieux ?Est-ce que tu es un chrétien sociologique  comme on dit  ou est-ce que tu es un chrétien pratique ?  Attaché au Christ ?   Quelle est ta garde ?   Quelle est la marque dans ton cœur ?   Quelle est ta ligne rouge ? » 

 

Frères et sœurs,  la réponse à cette question ne demeure dans aucun livre.   Chacun d’entre nous pose   sa   garde.   Chacun d’entre  nous est doté de   son   cœur   et de sa   liberté.  Et  chacun connait sa ligne rouge  et chacun sait où se situe ses loups tapis en embuscade.

Si nous regardons l’évangile,  Jésus ne nous promet pas d’être des agneaux au milieu des agneaux,  hein ?  Il nous envoie comme des brebis au milieu des loups.  Il ne nous dit pas : «  Y a pas de loups. »  Il ne nous dit pas : « Vous ne rencontrerez  jamais de loups. »  Non !  Vous êtes comme des brebis au milieu des loups. Alors celui qui n’a pas envie d’être brebis au milieu des loups,  il y a deux solutions :   la première  c’est qu’il ne vive  pas en chrétien.  Miraculeusement,  il verra que vont disparaître tous les prédateurs autour de lui parce que il va le devenir lui-même,  il va rentrer dans la meute,  il va quitter le troupeau. Quand on est au milieu de la meute, on est comme  protégé : première solution.

 

Deuxième solution : on peut se cacher, s’enfermer dans une pièce.  Mais cette fois-ci, ce ne sont pas les loups de l’extérieur  qui peuvent être une menace mais ceux qui sont en moi,  ils  se réveillent. Qu’est-ce que je vais en faire ?   Je n’ai pas d’autre solution alors,  que d’exercer ma liberté  et m’attacher à ce point ferme,  fixe,  solide,  qu’est le  Christ. Il est agneau aussi  le Christ,   Il est l’agneau de Dieu.   Lui aussi,  Il est agneau au milieu des loups. Mais Il a vaincu les loups.

Quand le prêtre présente l’hostie devenue pain : Corps  du Christ  fractionné,  il dit : « Heureux sommes-nous au repas du Seigneur,  voici l’Agneau de Dieu. »   Et  que nous répondons : « Nous ne sommes pas dignes de te recevoir. » Eh bien, le prêtre en présentant l’agneau de Dieu, il dit : voici Celui qui a  vaincu les loups. Et qui réalise ce que dit l’évangile de Luc : « Absolument rien ne pourra vous nuire. »   Vous ne franchirez pas vos lignes rouges.  Votre cœur sera préservé.   Et même si quelqu’un touche à la dignité,  à l’intégrité de votre corps,  vous demeurerez  fermes et solides,  parce que,  attachés à moi,  personne ne peut vous nuire.   Oui il y a  des brebis qui sont mangées par les loups. Combien de frères sont morts à  Pâques au Sri Lanka ?   Ils fêtaient la Résurrection,  des loups leurs sont tombés dessus.  Mais nous nous croyons dans la foi que rien ne peut leur nuire malgré tout.  Ce sont des frères du ciel.  Et l’Eglise va naître et renaître au Sri Lanka. Nous le croyons.   

 

Frères et sœurs : être attachés à Christ,  c’est cette exigence de demeurer vivants,  fermement enracinés  sur Celui  qui nous promet que rien ne pourra nous nuire si nous vivons de Lui, désarmés comme un agneau. Un chrétien n’est pas un guerrier. Un chrétien ne vainc pas les loups avec ses propres forces. Un chrétien ne va pas lui-même faire la guerre. Un chrétien,  c’est d’abord  celui qui est spirituel.  Attaché  à  son  Seigneur  le Maître,  l’Agneau et  le  Berger.

Amen


Vendredi 5 Juillet 2019

Gn 23, 1-4. 19 ; 24, 1-8. 62-67

Ps 105

Mt 9, 9-13

 

Cet appel de Lévi  et  ces nombreuses paraboles  qui sont dans l’évangile,  qui mettent en scène des pêcheurs,  nous rappellent que celles et ceux qui partagent le pain  au moment de l’Eucharistie,  sont appelés à être ce qu’ils sont en vérité : c’est-à-dire des pécheurs.Ceux qui partagent le  pain ne sont pas celles et ceux qui se croient déjà  purs  ou  arrivés, ou  déjà rassasiés. Mais ils se reconnaissent comme affamés.  Ils ne veulent plus manger leurs frères  mais ils savent que,  ils peuvent manger leurs frères  ;  alors ils décident de manger  un unique pain  qui est  l’Agneau,  qui est  le Pain offert,   la  Vie  donnée :   le Christ.

 

Et c’est ainsi que l’Eglise doit se concevoir,  comme des pécheurs en marche,  en route   à la suite de ces pauvres des Béatitudes,  ils  se mettent en route pour laver leur robe dans le sang de l’Agneau.A ces pécheurs  il  faut une robe,  un vêtement de noces ; un peu comme dans cette  autre parabole  des invités au festin.   Pour pouvoir prétendre manger ce pain,   il ne faut pas être n’importe quel pécheur,  mais un pécheur qui a le  désir  du  repentir. Cette Eglise-là  est l’épouse  et  elle  a  besoin d’être appelée  vers son époux,  si nous relisons la première lecture de cette épouse qui est cherchée au loin pour Isaac.

On peut nous dire  que l’épouse  c’est l’Eglise : c’est nous.  Et ce  fils : c’est le Christ,   Il a besoin de se fiancer à son épouse. 

 

Cette épouse n’a pas besoin d’être toute belle,  elle  a  surtout besoin d’avoir de l’huile dans sa lampe.   Et cette huile, c’est les mains ouvertes,   le cœur nu   et  cette  faim   de  celui  qui reconnait qu’il ne peut être nourri que par ce Pain.

 

Amen


Jeudi 4 Juillet 2019

Gn22, 1-19

Ps 114

Mt 9, 1-8

 

Voilà ce texte est très beau et très connu,  je vous invite à être attentif à la fin :l’injonction de Jésus  à cet homme : « Rentre dans ta maison. »   Et le texte précise : « Il se lève  et rentre dans sa maison.»

Notre maison  -  non pas celle de pierre ou de bois  - mais  notre lieu propre,  notre vie intérieure  qu’on appelle parfois notre cœur,  notre âme ;  c’est le lieu où nous demeurons et que nous avons perdu depuis le péché des origines.  Notre vie n’est jamais qu’une quête, en direction de ce lieu,  de cette maison.  Quand nous n’y sommes pas encore,  on peut être comme cet homme : paralysé  ou bien aveugle, il y en a d’autres sur la  route, ou bien lépreux encore.  Pécheurs de toutes sortes,  sont celles et ceux qui demeurent à l’extérieur de leur maison.

 

Jésus permet à cet homme de réintégrer sa maison, avec sa civière.  Ce n’est pas sans lien avec la rencontre de Thomas et  Jésus ressuscité.  Thomas est réintégré  alors qu’il découvre les plaies qui sont autant celles du Crucifié  que les siennes propres, sa civière.

Je vous propose une déclinaison : trois types de baptisés.

 

Celles et ceux qui essaient de retrouver leur lieu,  leur maison en atténuant les brûlures des passions,  par la rosée céleste de la grâce. Le deuxième type de baptisé sont celles et ceux qui cherchent à réintégrer ce lieu en ayant un cœur tout entier contrit,  humble, un peu comme cet homme paralysé qui se fait pardonner ses péchés.  Ceux-là ont un cœur tellement mis à nu devant leur Seigneur,  que cette rosée céleste devient comme un pain.  Un pain des anges,  ils deviennent pain,  ils se nourrissent du pain,  le Corps du Christ.Ils s’identifient à Celui qui est à la fois  l’agneau offert  et  la nourriture. 

 

Le  troisième type d’homme : celles et ceux qui sont baptisés  ont une  humilité et une confession de leur cœur tellement grande dans l’Esprit.   Ces baptisés-là sont rares.   Ils sont donc tout entier  identifiés à Jésus.  Ils ne sont plus le pain,  ils sont sans doute l’agneau.  Et  ils se laissent comme Lui guider par le bon berger.

Amen


Mercredi 3 juillet 2019

Ep 2, 19-22

Ps 116

Jn 20, 24-29

 

Thomas est une figure type du disciple qui nous conduit vers la vie intérieure, dans l’Esprit Saint.  Certes,  on ne voit pas Thomas  priant ou Thomas être seul  -  mais ce qui chez lui marque l’attention  -  va apparaître au moment du dernier repas de Jésus et puis là, au moment de la résurrection ( huit jours après la résurrection)  -  dit au fond tous les symptômes de quelqu’un qui peine sur le chemin de la vie intérieure mais qui  néanmoins y est attiré.

La vie intérieure, la découverte de ce jardin -  qui est le jardin des origines   -  est perdu depuis ce péché des origines.  Du coup ce jardin,  cette vie est quêtée, elle est cherchée.  Et elle se transforme en une sorte de symptôme pour celles et ceux qui la cherchent en une volonté de voir  et d’être vu ; dans une volonté de rationaliser, de calculer, une volonté de prendre une grande place.

 

Et  Thomas  lui,  regrette de ne pas être avec les autres  au bon moment,  Thomas veut voir. Le Seigneur  Le  lui permettra.  Mais la sentence finale est forte : « Heureux ceux qui croient sans avoir vu. »

Pour ceux  qui cherchent sur le chemin de la vie intérieure,  la paix,   une seule chose comptera dans la durée,  Jésus  qui dit au moment du dernier repas : « Je suis le Chemin, la Vérité, la Vie. »

 

Un chemin, il faut du temps,  pour que progressivement le cœur qui recherche ce jardin intérieur cesse de vouloir  voir et  d’être vu,   et enfin  ose regarder ses propres blessures, ses propres plaies,   et finisse par intérioriser son Seigneur.  C’est un long chemin,  beaucoup peuvent s’agiter toute leur vie,  quêter les regards,  chercher la gloire.  Une seule chose peut être vue,  c’est son propre péché ;  le porter,  et  alors  trouver son Seigneur.

Sûrement Thomas l’aura ainsi trouvé,  mais pas que lui,  nous tous au fond,  si  nous voulons emprunter cette route avec Lui.   Cesser alors de vouloir croiser les regards,  être reconnu,  chercher à être vu, voir,  mais plutôt regarder son propre péché.  Et avec la grâce être rendu  dans son jardin où Dieu nous attend.

 

Amen


Mardi 2 Juillet 2019

Gn 19, 15-29

Ps 25

Mt 8, 23-27

 

Nous voyons dans cet épisode les forces du mal qui se déchaînent contre le Christ,  et contre ceux qui sont avec Lui dans la même  embarcation.  Nous voyons Jésus dormant.  Nous voyons la crainte de ceux qui sont avec Lui.  Et nous voyons Jésus se lever  et nous  Le  voyons  calmer les éléments.

Cet épisode peut illustrer ce qui se passe dans ce colloque intérieur  -  de tous ceux qui  habités par l’Esprit Saint  -  invoquent le Seigneur.  Celui qui n’est pas habité par l’Esprit Saint,  qui n’invoque pas le Seigneur : il est dans cette barque sans le Seigneur,  Il n’est même pas là dormant,   Il n’est pas là du tout.   Et les éléments agités ont raison de cette embarcation.

 

Au contraire, ceux qui sont mus par l’Esprit Saint dans ce colloque intérieur,  invoquent leur  Seigneur et  ils sont comme ses disciples  et  Pierre qui réveille  le Maître.

Tout homme qui invoque Son Seigneur et  est l’objet de sa puissance de Ressuscité,  ne se dit pas que le Seigneur dormait,  il se dit : « Tu étais là,  je ne Te voyais pas. »

Toute personne qui fait l’expérience du Christ ressuscité,  d’un passage  (comme Thomas par exemple, nous le verrons demain)   ne se disent pas à un moment : « Tu  n’étais pas là   et  à  un moment : Tu es là. »

Ils se disent : « A un moment, je n’étais pas là   et   Toi Tu étais toujours là. »

C’est l’expérience de Jonas,  c’est l’expérience d’Emmaüs   et  de tous ceux  et de toutes celles qui partagent  le pain  au nom du Christ.

« Tu étais toujours déjà là  mais  je dormais. »

 

Demandons à  l’Esprit Saint  de nous faire communier à  cette présence du Ressuscité.

Amen