Homélies du semestre

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Dimanche 14 avril 2019 : Fête des Rameaux et de la Passion du Seigneur

Lc 19, 28-40   ;    Is 50, 4-7

Ps 21 (22)   ;   Ph 2, 6-11

Lc 22, 14-23, 56

 

Frères et sœurs,  je vous propose trois points pour votre méditation cette semaine. Trois pistes : toutes les trois qui viennent de cette lecture de la Passion.

 

La première piste, nous sommes au début de cette lecture.  Jésus prend son dernier  repas avec ses disciples,  c’est l’institution de l’Eucharistie, nous la célébrerons jeudi soir à Spoy.  Il dit à ses disciples : « Je vous lègue le royaume de Dieu,  je vous le transmets en héritage.  Vous avez une tâche à accomplir. C’est entre vos mains. »    Comme le Seigneur livre sa création à Adam et Eve pour la faire fructifier,  le Christ nous lègue le royaume,  il  est entre nos mains.  Mais nous avons à le faire fructifier avec l’Esprit de Jésus,  l’Esprit du serviteur.

 

Le deuxième point,  nous sommes un peu plus loin dans cette lecture de la Passion.  C’est après le repas.  Jésus est arrêté.  Il y a tout le temps  du jugement,  ou du pseudo jugement.  Et ensuite, il est conduit jusqu’au lieu  de la crucifixion. Observons que Jésus est seul à souffrir.  Personne d’autre ne souffre à sa place avec Lui.  Des personnages l’environnent,  je vais vous en citer quelques-uns.  Vous pouvez les retenir dans votre prière, vous imaginer avec eux, au milieu d’eux.  Vous pouvez dans votre prière circuler parmi ces personnages, vous identifier à l’un ou à l’autre.

 Juste après le dernier repas.  Au mont des oliviers, c’est un ange qui vient réconforter Jésus. Et tout de suite après la fin de son jugement,  et le début de son  chemin vers la croix,  il y a des femmes qui pleurent,  Jésus les évite.   Il y a un homme qui rentre des champs : Simon de Cyrène, il porte avec Jésus la croix. Il y a deux malfaiteurs,  l’un des deux que nous appelons le bon larron,  qui va dire : « nous nous savons pourquoi nous sommes condamnés,  mais Lui,  ce qu’Il a fait est juste. »  Et après la descente de la Croix, il y a Joseph d’Arimathie.  Il va recueillir dans un tombeau de sa propriété,  le corps de Jésus.  

 

Le dernier point que nous pourrons retenir : Jésus sur la Croix  : « Père, entre tes mains,  je remets mon esprit.»

C’est à partir de ce moment-là : don total du Christ,  entre les mains du Père.

C’est à partir de ce moment- là que nous pouvons recevoir la puissance de l’Esprit Saint.  Cette puissance qui traverse  toute l’histoire  de l’Eglise et l’histoire du monde,  à rebours,  jusque auprès de nos aïeux Adam et Eve.

 

Une puissance de vie qui nous vient de Jésus,  qui remet  Son Esprit.

C’est l’Esprit du serviteur, mais c’est aussi l’esprit du Réssucité,  du Réssucitant,  prions cet Esprit, demandons  Le pour notre monde,  pour chacun.  Pour notre Eglise.

 

Amen


Jeudi 11 avril 2019

Gn  17, 3-9

Ps 104

Jean 8, 51-59

 

Voilà, si quelqu’un garde ma Parole,  Nora,   il ne verra jamais la mort ! Alors,  c’est une invitation pour vous et pour chacun d’entre  nous, en tous cas,   à rentrer dans la lumière de la foi, comme cet aveugle de naissance,  est rentré dans la lumière  de la foi  - ça c’était le quatrième dimanche de Carême.  Allez puiser à la source d’eau  vive,  la source de vie éternelle  -  ça c’était le troisième dimanche - avec la samaritaine.  Et nous sommes invités à  passer de la mort à la vie avec Lui  -  comme dimanche dernier.  Et très étonnement,  les gardiens de la loi, ses détracteurs  -  qui sont violents  -  qui sont rentrés dans cette détermination à  éliminer Jésus,  nous nous approchons de la Passion,  eh bien,  très étonnement,  ils ne semblent pas avoir la foi, en fait.  Attention à ce que ce ne soit pas nous-mêmes,  aussi,  finalement.

 

Nous pouvons regarder  la façon dont Abraham s’est réjoui.  Ce fameux  Abraham à  qui a été promis  une descendance nombreuse,  alors qu’il était avancé en âge et sa femme était stérile.   Ces mystérieux visiteurs au Chêne de Moré à l’heure la plus chaude de la journée,   Abraham leur offre l’hospitalité,   ils  leur annoncent  une descendance.   Déjà,  le Seigneur  -  nous l’avons entendu dans le récit de la Genèse que nous avons lu - avait fait la promesse d’une descendance nombreuse.  Voici qu’elle arrive.   Sarah a ri.   Et le Seigneur s’est réjoui.  Et ça a donné lieu à Isaac : « Dieu s’est réjoui. » Jésus s’en est souvenu : « Il s’est réjoui,  Abraham  » nous dit-il.  Il s’est réjoui de quoi ? Eh bien,  que cette descendance soit là,  et que,  dans celle qui sortira du sein de  Isaac,  il y a le Messie : Jésus Lui-même.   Jésus Lui-même !

 

 Alors toute la  trame est là,  présente : c’est ce Jésus Lui-même,  son sacrifice sera préfiguré dans le sacrifice d’Isaac  -  c’est ce que nous allons vivre la semaine prochaine - (quand Abraham va offrir son fils).  Mais Il s’est réjoui  le Seigneur, et,  Abraham se réjouissant,  Jésus s’en souvient.  Il  le redit à ses détracteurs.

Jésus  connaît la parole du Père.  Il est Celui qui a été promis.  Il est le Messie et Le Fils de Dieu. Ses interlocuteurs n’y croient pas.  Alors quand nous serons réunis à la sortie de l’église de Bayel samedi soir,  celle de Bar-sur-Aube dimanche  pour les Rameaux ; nous entendrons une fois de plus, combien ceux qui ne croient pas en cette identité de Jésus, vont Lui jeter des pierres, vont vouloir les Lui jeter.  Comme il se passe à la fin du texte.

Comment alors que le Seigneur se réjouit,  Abraham aussi,  comment  nous pouvons rentrer dans ce circuit de violence ?  Et de vengeance ?   C’est toute la trame de la Passion.  Nous la revivrons comme pour nous dire que : à la fois, nous sommes  du côté de ceux qui ne croient pas en  l’origine divine de Jésus  - et en même temps  -  nous sommes du côté de ceux qui nous réjouirons du salut qu’Il nous offrira : les deux à  la fois. Nous sommes préparés à vivre ces fêtes de Pâques dès maintenant.

 

 

Amen


Mercredi 10 avril 2019

Dn 3, 14-20, 91-2. 95

Cantique Dn 3

Jean 8, 31-42

 

Les différents personnages de cet évangile se revendiquent d’un père,  qui semble ne pas être le même : il y a le Père du Fils, du Fils unique ;  et,  il y a le père des juifs  (les auditeurs de Jésus)  qui  est associé à Abraham.  Et pourquoi pensons-nous que ça  n’est pas le même ?  Eh bien, c’est toute l’intrigue du texte, ce grand dialogue entre Jésus et les siens.  Eux rejettent sa divinité à Jésus et il y a ce que dit  Jésus au milieu de ce passage : «  Je dis ce que Moi j’ai vu auprès de mon Père et  vous,  vous faîtes ce que vous avez entendu chez  votre père. »

Le « voir « de Jésus - alors, ça n’apparaît pas tellement dans ce texte -  le « voir » de Jésus : c’est un voir éternel, ce qu’il a vu depuis toujours,  de son Père,  depuis toute éternité. Il ne cesse pas de voir et de regarder.  Il voit,  il contemple et  c’est un voir qui ne vieillit pas. C’est un voir sans interruption, c’est un voir qui ne se sclérose pas  (il faut lire le verbe grec pour s’en rendre compte).

 

« Et vous, vous faîtes ce que vous avez entendu chez votre père.»   Et ce « entendre » là, c’est un entendre en pointillés.  C’est un entendre ponctuel,  c’est un entendre d’un  jour du temps.  Un entendre qui fait arrêt sur image, si j’ose dire,  qui fait pause.  Un entendre qui vieillit, un entendre qui a du mal à s’adapter au temps qui passe.  Un entendre qui est déjà caduc,  d’une certaine façon. Ces deux catégories de personnages,  Jésus et ses disciples et de l’autre côté, ses détracteurs,  eh bien, nous disent d’une autre  façon encore,   ce qui est en jeu pour nous dans cette fête de Pâques que nous préparons.

Souvenez-vous, avec  la résurrection de Lazare, nous avons cherché à contempler la façon dont la puissance de l’Esprit vient  nous tirer de ce qui peut être pour nous tombeaux.  Eh bien, nous avons d’autres  illustrations encore  de ce qui peut être tombeau  pour nous,  et la façon dont  Jésus entend nous en délivrer.  Ce qui peut être tombeau pour nous,  c’est  notre mémoire.  Notre mémoire peut nous lester comme une ancre rend immobile un navire.  Dans la vie spirituelle  -  être fixe,  c’est un atout - mais,  il faut être fixe dans le mouvement de l’Esprit Saint.  Et la difficulté de cette immobilité qui peut être tombeau,  c’est qu’elle nous rend tout à fait imperméable.   Elle ne nous laisse pas prendre  la puissance que l’Esprit veut nous donner.  Au contraire, il y a la façon  -  dont Jésus,  Lui,  traverse  les âges  -  est de toute éternité et  de toute nouveauté, et   vient nous libérer d’une mémoire  qui  se scléroserait et qui nous immobiliserait ;  et qui  nous rend attentifs  aux appels de l’Esprit,  aux appels.

 

 Un appel, ce n’est pas quelque chose  d’hier,  mais c’est quelque chose d’aujourd’hui qui nous envoie pour demain.  

Quand Jésus affirme qu’Il est libre ; les fils sont libres ;  et qu’Il est la parole de vérité.  Eh bien pour  nous,  c’est une invitation à renaître le jour de Pâques,  à la liberté, certes.  Mais à une très grande attention.  Une  très grande disponibilité, sur la même fréquence   à l’Esprit Saint et de l’Esprit Saint.  Que cet Esprit nous arrache l’hier et nous conduise  vers demain.

 Alors c’est une grande réalité qui traverse la parole de Dieu,  en tout temps. Dans les lettres de Paul par exemple, il est reproché par Paul  aux faux apôtres qui traversent les  communautés  de ne pas être vraiment à Christ,  ou de ne pas l’avoir forcément connu de son vivant,  ni même avoir été témoin de sa résurrection ; mais  d’être au fond des hommes du passé, qui,  en allant évangéliser une communauté,  au lieu de la rendre disponible aux appels de  l’Esprit Saint, eh bien,  l’immobilise dans des pratiques à répétition du passé. 

Que la fête de Pâques nous rende attentifs à cet Esprit-là, nous libère de nos tombeaux  et nous permette de vivre un vrai printemps.

 

Amen


Dimanche 7 avril 2019

Ez 37, 12b-14

Ps 129 (130)

Rm 8, 8-11

Jean 11, 1-45

 

Dans une semaine, nous célébrerons les Rameaux.  Ce cinquième dimanche de Carême, c’est l’occasion de faire une sorte de bilan, déjà - même si nous n’avons pas terminé - de là où nous en sommes,  après avoir commencé ce Carême, le mercredi des Cendres - et avoir entendu le prêtre lisant l’évangile chez St Matthieu, nous exhortant à nous entraîner au Carême par ces trois piliers qui apparaissent dans la bouche de Jésus : jeûne, partage, prière. Alors, on pourrait sans doute tenter de diviser notre assemblée de fidèles en quatre portions et puis voir comment chacun se situe dans l’une de ces portions-là, pour essayer de faire un bilan. Alors, si ça se trouve, parmi nous, il y a une catégorie de personnes - qui en ce cinquième dimanche  -dit : « euh, moi le Carême, oui je l’ai vécu à ma manière, j’ai mes propres moyens, mes propres outils, je vais sur internet, je fais Carême en ligne ; ou bien, j’ai un accompagnement spirituel personnalisé. Je vaux presque mieux que les autres… donc je sais ce qui me va bien pendant le Carême… » Voilà.

 

Donc une première catégorie de personnes qui a vécu le Carême,  d’une façon ou d’une autre, mais non pas dans cet entraînement communautaire mais à sa façon. Bon, c’est déjà quelque chose, c’est déjà quelque chose. Si ça se trouve, il y a parmi nous une deuxième catégorie de personnes : celles  et ceux qui ont vécu le Carême en se disant : « eh bien, je n’ai pas besoin de le vivre parce que moi j’ai déjà beaucoup vécu. L’existence ne m’a pas épargné et vu mon état - d’une certaine façon - spirituel, physique ou psychique, ce n’est pas le moment que je jeûne davantage. J’ai déjà suffisamment jeûné dans ma vie, ce n’est pas le moment que je jeûne partage plus parce que j’ai beaucoup souffert en partageant. Ce n’est pas le moment que je prie davantage parce que ma solitude imposée me fait déjà beaucoup prier ».  Donc,  pas de Carême.  Ou alors un Carême qui ne dit pas son nom. Deuxième catégorie de personnes.

Troisième catégorie de personnes : les personnes qui ont raté le train du Carême, ils sont arrivés trop tard sur le quai de la gare, le train est parti.  Mercredi des cendres, on était là ou on n’était pas là, mais en tous cas,  on est aujourd’hui cinquième dimanche et c’est toujours pas mis en route. Pour ces trois catégories de personnes que peut-être l’un ou l’autre que nous sommes, il n’y a pas de jugement à avoir en soi. Pour chacune de ces catégories de personnes, j’ai envie de dire ce que le troisième dimanche de Carême et le quatrième nous ont rappelé, dans les choses simples et quotidiennes : Dieu a quelque chose  à nous dire.  C’était la rencontre avec la samaritaine et la guérison de l’aveugle de naissance. Pas besoin de se percher haut pour vivre le Carême ni d’être des héros de la Foi. Pas besoin de se considérer à part ou en tous cas, trop en difficulté pour le vivre ce Carême. Ce Carême se vit dans des choses quotidiennes, simples telles que nous les vivons avant et telles que nous les vivons après le Carême, nous pouvons les vivre pendant.

 

La quatrième catégorie de personnes : ce sont ceux qui vont se dire : pendant le Carême, je n’ai rien compris, c’était trop dur ! Je n’ai pas compris ce que le Père Guillaume voulait dire, les évangiles étaient trop longs. J’ai eu du mal à comprendre, et puis j’étais très perturbé par tout ce qui se passe dans l’Eglise,  trop dur.  Je n’ai pas compris !  Cette quatrième catégorie de personnes - qui sans doute - se trouve en peine aujourd’hui. J’ai envie de dire : dans une vie, il y a des alternances entre des moments où on comprend et des moments où on ne comprend pas. Si ça se trouve, peut-être cette année, l’Esprit Saint a eu de la peine à nous conduire au désert avec le Christ. Ne vous découragez pas !

Voilà,  peut-être l’une de ces catégories dans lesquelles nous nous trouvons. Il y en aurait une cinquième, sans doute plus vertueuse : celles et ceux qui se sont mis en route avec la communauté et qui ont essayé de vivre jour après jour cet entraînement du Carême. Tant mieux aussi.

Maintenant, la question, c’est comment nous pouvons accueillir l’évangile que nous avons entendu dans ce cinquième dimanche ?

Ca n’est plus la samaritaine, ça n’est plus l’aveugle né. C’est la résurrection de Lazare. Permettez-moi encore une toute petite incise, avant de parler de la résurrection de Lazare. Lazare, l’ami de Jésus.

 

La vie est mouvement, tout ce qui est vivant bouge, tout ce qui est vivant est mouvement. Et donc dans une vie, il y a des alternances, entre différents stades, différentes manières d’être. Par exemple, on peut être un matin, se réveiller et être en forme ; le lendemain - allez savoir pourquoi - ne pas l’être. Il se peut que je sois envahi par de la joie un jour, par de la tristesse, un autre jour. Il se peut que je sois très influencé par le mouvement des saisons. Dans les intersaisons, je vais moins bien que dans les autres saisons. Je suis plus heureux en été qu’en hiver etc… Et puis, il y a des mouvements intérieurs dont nous subissons parfois les conséquences, ou bien tout simplement,  la modification de notre environnement que nous pouvons subir. Nous ne sommes pas toujours responsables de la façon  dont notre environnement nous est hostile ou bien au contraire, nous aide. Tout cela influe sur nous-mêmes. Si bien que comme nous sommes des vivants et que nous subissons des alternances entre ces différentes périodes ; notre manière d’être disciples du Christ,  c’est de ne jamais perdre le fil de la prière et de toujours continuer à marcher - tel un funambule - eh bien, d’un cycle vers un autre.

 

Aujourd’hui, je suis plutôt dans la tristesse, je vais plutôt prier Jésus qui marche vers le Golgotha. Demain, je suis dans  la joie, je vais plutôt prier Jésus qui ressuscite, qui monte vers le Père, qui nous donne l’Esprit. Aujourd’hui, je suis plutôt dans un combat : je vais prier à partir des psaumes, des psaumes de lutte. Demain, je suis plutôt dans la paix : je vais prier davantage avec des psaumes d’action de grâce. Le fil de la prière, c’est notre lot à tous depuis notre baptême.

Quelques soient les cycles, ça n’est pas un problème grave d’être dans un état que nous n’avons pas choisi.  Il faut reconnaître que ces états nous traversent et c’est le propre de la vie. Mais il y a une catégorie de baptisés qui vont se complaire,  peut-être par éducation, par manque d’accompagnement, par peur ou tout simplement par méconnaissance de Jésus, ou parce qu’ils ont été abandonnés trop tôt sur le chemin de la foi. Une catégorie de baptisés qui vont demeurer, demeurer,  dans les cycles les plus négatifs, les plus bas. Se dire que là où il y a de la tristesse, c’est Dieu qui le veut. Là où il y a comme du malheur autour de soi, c’est une volonté divine. Là où je me fais du mal, eh bien c’est ainsi,  il faut que ce soit ainsi. Cette catégorie de baptisés, peut-être l’un ou l’autre en est ; vit une forme de neurasthénie spirituelle et même physique, et sans doute psychique. La lecture  de l’évangile d’aujourd’hui, son accueil dans la foi devrait nous libérer de cela. Car  Jésus - voyez-vous, son ami - son ami Lazare,  chez qui Il aimait aller avec Marthe et Marie se reposer à Béthanie.  Son ami est mort.  Et,  Il ne s’est pas échappé de cette issue-là,  Jésus ! Il a dû affronter la mort de son ami en face. Il a dû regarder la mort en face. Il ne s’est pas esquivé. L’évangile le dit par trois fois, son émotion profonde : bouleversé, Il pleure, bouleversé. Trois fois ! Jamais dans tout l’évangile, Jésus en un laps de temps si court est traversé par une émotion si profonde. Il a vu la mort en face. La mort, la résurrection de son ami Lazare sont une figure que vivra Jésus Lui-même et que nous allons entendre à la Passion, la semaine prochaine et le vendredi Saint et la nuit de Pâques. Une figure d’une autre mort : la sienne cette fois-ci. Quand Jésus sera sur la croix et qu’Il expirera, Il nous donnera son Esprit Saint. Un Esprit qui nous sort de nos tombeaux,  qui nous délivre de ces intentions mortifères, qui nous délivre de ce sentiment de mal-être dans lequel nous voudrions nous complaire et dans lequel nous croyons que Dieu nous conduit.

 

L’esprit Saint est le bon Esprit, l’Esprit de Vie, la Puissance, la puissance même de Dieu qui ne peut pas nous laisser croupir dans les mares de la tristesse. Ce n’est pas possible.  Cet Esprit de Pentecôte, cet Esprit dont Paul a fait l’expérience sur le chemin de Damas et qu’il rappelle à ses communautés sans cesse dans ses lettres.  Nous sommes des êtres de l’Esprit par notre baptême. C’est ainsi que nos aïeux ont été créés avant le péché dans le jardin d’Eden. C’étaient des êtres spirituels Adam et Eve. Après ce péché, eh bien tous nos aïeux ont connu le sort des fils d’Adam. Eh bien c’est-à-dire des êtres de chair, des êtres qui vont se complaire dans la difficulté d’une vie peineuse.

 

Mais nous sommes des êtres de l’Esprit par la mort et la résurrection de Jésus.  Mais il faut le vouloir, le décider, le croire !  « Oui ! Je crois ! Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant ! » Tu vas ressusciter mon frère Lazare et Tu vas nous ressusciter ; avec nous, tu vas nous réveiller, nous qui dormons dans la nuit de la mort à l’intérieur de nos tombeaux. Au fond cet évangile nous fait anticiper la joie de la résurrection et en même temps, nous fait anticiper ce que nous allons vivre aux Rameaux.

 

Préparons-nous, faisons le bilan. Nous en sommes-là, après ces quatre semaines. Ne perdons pas le fil de la prière. Ne perdons pas le fil de la conversion.

Si nous avons raté le train du Carême, il est encore temps : une semaine. Décidons aujourd’hui de se mettre en route pour vivre cette conversion et reprendre le fil de la prière. Si nous avons l’impression d’être haut perchés avec nos propres moyens pour vivre un Carême tout à fait personnel, il est temps de redescendre sur terre. C’est dans les choses simples, les choses quotidiennes que nous vivions cette conversion, en nous frottant les uns aux autres dans une communauté,  avec ce que l’on est. Avec nos proches, nos familles tels qu’ils sont, avec nos voisins qui n’ont pas choisi, tels qu’ils sont aussi. Les choses simples et quotidiennes. Si nous pensons que la vie ne nous a pas épargnés, qu’on a fait Carême toute notre vie et qu’on ne veut pas le faire maintenant, vous vous trompez !  Même quand on a des cheveux blancs, même quand on pense qu’on a suffisamment donné, nous sommes encore des êtres vivants. Et puis ceux qui ne comprennent pas, je leur demande pardon. Qu’ils lisent seuls l’évangile ou bien que, à partir du dimanche des Rameaux, ils s’approchent avec leur buis à la main, qu’ils entrent dans l’église comme Jésus à Jérusalem et qu’ils écoutent la Passion et qu’ils regardent Jésus, pour eux, pour eux.

 

Amen


Vendredi 5 avril 

Sg 2, 1a. 12-22 : La vie selon les impies

Ps 33

Jn 7, 1-2.10.14.25-30 : Jésus monte à Jérusalem pour le fête et enseigne

 

La liturgie nous a fait sauter un chapitre : nous sommes passés du lieu de la rencontre avec le paralytique directement, (comme vous l’avez entendu) à un temps, où Jésus parcourt la Galilée, avant de se trouver à Jérusalem.Entre les deux, il y a eu l’épisode de la traversée de la mer, par Jésus et la multiplication des pains.

 

Le liturgiste a ses raisons mais nous nous retrouvons dans ce chapitre 7, des allusions à la controverse entre Jésus et ses détracteurs avec la querelle qu’il pouvait y avoir autour de la guérison du paralytique ; donc le paralytique resurgit en filigrane dans ce chapitre sept et puis, il y a une sorte de prélude qui se dessine également, au drame de la Passion comme nous-mêmes nous en approchons (puisque nous lisons qu’il est question de vouloir tuer Jésus).

 

Il est intéressant de regarder ensemble le contexte également, qui nous prépare à la fête des Rameaux. Il y a une fête, la fête des Tentes ; c’est une fête d’une récolte d’automne pour les juifs, qui dure une semaine ; une fête très joyeuse, qui consistait principalement, en deux activités : la première, à vivre quelques temps, au milieu de son champ dans des cabanes ou des tentes et la deuxième, par clan ou par village, en cortège, monter à Jérusalem. Nous sommes dans ce contexte-là et la fête des Rameaux est dans ce contexte-là. En tout cas, les récits que nous en font l’Évangile et qui servent pour notre propre fête à nous, est dans ce contexte-là, de la montée de Jérusalem, joyeuse, de celles et ceux qui fêtent la fête des Tentes. Vous voyez que nous approchons nous-mêmes de Jérusalem.

Cette fête dure un petit peu plus d’une semaine, ce sera pour nous les Rameaux, nous serons montés à Jérusalem.

 

‘On cherchait à arrêter Jésus, personne ne mit la main sur lui, parce que son Heure n’était pas encore venue’. L’Heure de Jésus, c’est l’heure de la femme enceinte qui attend d’être délivrée des douleurs ; elle est en pleine douleur d’enfantement et Jésus commence à entrer dans ces douleurs-là, de celui qui se prépare à vivre son heure : la Passion et la Résurrection. Jusqu’à lors, en écoutant ses propos dans les récits que nous rapporte la liturgie de l’Évangile de Jean, nous avons bien envie d’être spectateur de ce qu’il dit à ce mystérieux groupe indistinct, des juifs  mais à partir d’aujourd’hui, nous pouvons nous sentir destinataires de ses paroles, même si nous savons que nous ne sommes ni pharisiens ni juifs (d’ailleurs Jésus ne s’adresse pas précisément à la religion juive : il en était lui-même).

 

Si par hasard, nous étions nous aussi, de ce groupe de ceux, qui ont du mal à recevoir son identité, à la comprendre, à l’habiter, il nous pose deux questions, aujourd’hui : Vous me connaissez ?

Et vous savez d’où je suis ?

 

À nous d’y répondre.


Jeudi 4 avril 2019

Ex 32, 7-14

Ps 105

Jean 5, 31-47

 

Alors nous sommes toujours à la suite de cet épisode qui a commencé mardi : Jésus à Jérusalem - après avoir fait un bref passage en Galilée à Cana pour un deuxième signe accompli là-bas - donc retourne à Jérusalem et là, guérit un infirme, un paralytique. C’est de nouveau signe, et nous voilà engagés dans un long long long épisode et qui est donc saucissonné en plusieurs jours (enfin en tous cas pour nous, durant la messe le matin).

Nous avons eu le récit de la guérison mardi. Ca a donné lieu à un premier discours, hier mercredi. Et aujourd’hui - sans transition aucune - c’est toujours la suite, nous avons un deuxième discours de Jésus.  C’est toujours la suite.  Alors le contexte est le suivant : Il a guéri un paralytique, ça Lui est reproché parce que c’est le sabbat. Alors, on commence à être un peu habitué à ce genre de querelles. Ne réduisons pas les juifs aujourd’hui à ce genre de querelles. Mais la querelle, c’est : ah, ben, c’est le sabbat, il ne faut pas travailler ; et ce n’est pas que Jésus ait fait le miracle le jour du sabbat - encore que - c’est le problème contre Jésus, mais ça commence envers le paralytique : « Tu portes ton brancard ! C’est un sabbat ! Et c’est un travail ! Tu n’as pas le droit de travailler un jour de sabbat !   Donc ne porte pas ton brancard.»

 

Voyez, c’est presque humoristique, il y a de l’humour chez Jean, mais un humour grinçant, c’est pour mieux se moquer de ceux qui n’ont pas cru en Jésus Fils de Dieu.  Ca me permet de dire la deuxième chose, c’est que précisément, l’autre malentendu entre les détracteurs de Jésus et Jésus : c’est son identité : Il est Fils de Dieu ! Ca n’est pas qu’un agitateur, un empêcheur de tourner en rond…  Voire même,  quelqu’un qui est capable de faire des choses merveilleuses…  C’est Le Fils de Dieu !

Donc, Jésus va essayer d’une certaine façon de se justifier ou de démontrer, ça c’était hier,  et Il poursuit aujourd’hui. Hier, Il nous dévoilait un peu  - j’ai osé dire « qu’Il dévoilait Sa vie spirituelle » - et de la même façon, la nôtre. Et bien aujourd’hui, c’est tout entier ce discours tourné sur l’idée du témoignage.

 

Bon. A la limite,  vous ne voulez pas croire en Moi,  certes ! Mais si vous étiez honnêtes deux secondes, vous verriez que d’autres croient en Moi !  En tous cas, d’autres me rendent témoignage ! C’est-à-dire que d’autres disent de Moi ou manifestent de moi-même, qu’il y a derrière Moi Le Père.  Et que nous sommes unis Le Père et Moi, que J’ai tout reçu de Lui,  qu’Il m’a donné mission. Que je peux moi-même juger et faire ressusciter mais que je ne fais rien sans Le Père non plus !

D’autres y croient, d’autres le révèlent : Jean-Baptiste, les écritures, le Père lui-même. Alors, on a des épisodes, par exemple : le baptême de Jésus, il y a bien la voix du Père ; la Transfiguration,  il y a bien la voix du Père. Et puis il y a les œuvres que Jésus fait, toutes les œuvres qu’il fait.  Entre autres, la guérison de ce paralytique. On pourrait rajouter par exemple un épisode qui n’apparaît pas là,  mais qui apparaît dans les autres évangiles : on reproche à Jésus de faire des miracles par Béelzéboul (vous savez, on l’avait vu la semaine dernière, je crois). Alors ça, ce n’est pas chez St Jean, c’est les autres évangiles. Eh bien, c’est une façon de reconnaître que, c’est par ses disciples et les œuvres de Jésus lui-même,  révèlent Son Père.   Les mauvais esprits, on pourrait dire, les détracteurs de Jésus, ont voulu y voir l’œuvre du démon et pas l’œuvre du Père.

 

Quand Jésus rentre à Jérusalem, au moment des Rameaux (ça sera la semaine prochaine), on veut empêcher que la foule accueille Jésus comme ça avec des rameaux : « Laissez-les parce que s’ils ne s’expriment pas, les pierres crieront ! »

Il y a des œuvres qui parlent d’elles-mêmes, de son identité. Alors à nous,  en retour, on peut se dire : mais l’Esprit Saint, de quelle façon il nous fait reconnaître la divinité de Jésus ? De quelle façon l’Esprit Saint nous la fait reconnaître ? »

 

Reconnaissons ou cherchons à reconnaître,  qu’il y a des évidences, que peut-être nous ne voyons plus suffisamment, nous avons vu un jour, nous ne voyons plus maintenant.  Qui avec force,  nous disent que Jésus est Fils de Dieu.  Mais avec force,  nous disent que Dieu est dans nos vies, de la même façon.  Dieu est dans nos vies. Avec force.  Alors  l’eucharistie en est une œuvre. Nos propres trajectoires personnelles ; on a traversé des moments difficiles, on a été malade, on est guéri, on ne croyait pas, on croit, à un moment donné, on n’a pas eu confiance, maintenant on a confiance. Peut-être que ce n’était pas estampillé « Fils de Dieu » dessus parce que je ne sais pas, on ne l’a pas vu,  mais peut-être qu’avec force,   et dans L’Esprit Saint, aujourd’hui, on peut dire : « Ah oui… Dieu était là ! »

 

Pensez aux disciples d’Emmaüs. Sur le moment, sur le chemin qui les accompagnait à Emmaüs ? Bon, il y avait un inconnu qui les a rejoints. Mais une fois que, il y a eu la fraction du pain et que Jésus disparaît de leur regard : avec force,  ils vont dire (d’abord d’une part, c’était Lui) : « Nos cœurs n’étaient-ils pas tous brûlants tandis qu’il nous parlait  en chemin ? »

 

Bon, eh bien nous sommes invités à cet acte de relecture et de foi,  jusqu’à Pâques et après. Comment l’Esprit Saint nous aide, pour que - avec force -  nous découvrions la façon dont Dieu Lui-même traverse nos trajectoires personnelles.

Sinon, on va, eh bien sinon, eh bien sinon ; on va tomber dans ce que Jésus reproche dans l’évangile : notre gloire nous vient des uns des autres.  Qu’est-ce qu’on fait en communauté ? « Oh !  Ben, c’est un club sympa où chacun fait danser son ours…  Voyez…

Ben c’est pas ça !

 

Amen


Mercredi 3 avril

Is 49, 8-15 : La joie du retour.

Ps 144

Jn 5, 17-30 : Discours sur l’œuvre du Fils.

 

Je vous redis que depuis lundi et jusqu’à la fin de la cinquième semaine de Carême, nous entendrons de longs passages dans l’Évangile de Jean et le passage que nous entendons aujourd’hui est la suite de la guérison du paralytique d’hier. Aujourd’hui, il y a une sorte de discours et demain nous aurons encore la suite qui forme un autre discours. La narration se transforme, Jésus n’est plus en train de dialoguer avec le paralytique ou ses détracteurs, les personnages semblent s’effacer de la scène (mais il est toujours au même endroit) et il fait des discours.

 

Ce type d’Evangile est tout à fait approprié lorsque nous montons en intensité au fur et à mesure que le temps du Carême se termine puisque nous ne pouvons pas les lire distraitement, avec la radio allumée et une tasse de café, parce que, je pense que nous aurions du mal à en pénétrer facilement le sens. Ce sont des textes que nous sommes amenés à lire et à relire dans la journée, si nous le pouvons, si nous le voulons, comme si nous partions en retraite ; et ainsi jusqu’à la fin de la cinquième semaine.

 

Qu’entendons-nous dans ce texte ?

Nous rentrons dans la vie Trinitaire.

Jésus lève le voile sur son intimité, sur sa prière, sur ce que nous pourrions appeler (un peu, peut-être anachroniquement) sa vie spirituelle. Cette image est inappropriée mais si ça nous permet de mieux saisir la portée de ses paroles…

 

Alors plusieurs thèmes ; il va dire : que dans sa relation au Père il dépend, lui le Fils, complètement du Père mais en même temps, le Père lui a tout remis entre les mains.

Il y a donc, comme une sorte d’autonomie mais en même temps, il dépend complètement du Père et puis, il y a une très très grande unité du Père et du Fils et en même temps, il y a cette infinie distance entre l’un et l’autre, puisque le Père l’a envoyé et le Fils a le pouvoir de juger et de ressusciter. Il y a une très grande unité, un très grand lien (pourrions-nous dire) et en même temps, une infinie distance entre les deux ; suffisamment de quoi faire circuler entre eux, l’Esprit Saint (j’anticipe un peu, il ne le nomme pas ; il apparaîtra un peu plus tard), la distance de l’Esprit car dans la vie Trinitaire, il n’y en a pas que deux, il y en a trois : Père, Fils et Esprit.

 

Un autre thème circule dans cet Évangile : c’est le refus de la divinité de Jésus.

Jésus, dans son discours, fait allusion aux Juifs (il faut entendre par là, à ses interlocuteurs pharisiens) mais effectivement la foi juive en général, ne peut pas imaginer qu’un homme soit Dieu et que Jésus soit cet homme-là, en tout cas (et les musulmans non plus mais ça, c’est plus tard aussi). Ça dit aussi notre foi et peut-être que si nous nous reconnaissons chrétiens (je l’imagine, les uns les autres) nous devrions être interpellés par la portée des paroles de Jésus qui va être Dieu et homme et en tant que Dieu, dans une relation au Père et à l’Esprit.

 

 

Une fois que tout cela est dit, peut-être que l’on peut avancer un petit peu et se dire de manière analogique, (comme en miroir pourrions-nous dire) nous aussi, nous sommes dans une grande unité et nous aussi, nous dépendons du Christ. Nous sommes en lui, par lui, avec lui comme le prêtre le proclame à la fin de la grande prière eucharistique : ‘par lui, avec lui, et en lui’. De même que le Fils dépend du Père, nous dépendons du Fils et de même que le Père envoie le Fils, nous sommes envoyés par le Fils, par notre baptême. Nous avons un équipement : de même qu’il y a l’Esprit Saint qui circule entre le Père et le Fils ; nous avons aussi l’équipement de l’Esprit Saint et nous avons également le jugement et la résurrection.

 

Comment ça fonctionne dans nos vies (si j’ose dire) ?

Cela reprend ce que nous avons entendu les deux derniers dimanches de Carême : avoir conscience que nous sommes nés de Dieu, que la foi qui est la nôtre, nous a été donnée gratuitement, que nous sommes pardonnés profondément sans aucun mérite de notre part.

 

Si nous sommes capables de dire que nous vivons de l’Esprit, nous sommes en Christ.

Ce n’est pas le fruit d’un aboutissement, d’une grande élucubration spirituelle et intellectuelle ; ça nous est donné. Cette simplicité, cette humilité, c’est l’œuvre de Jésus lui-même. Nous sommes équipés de l’Esprit Saint et Jésus œuvre en nous. Voilà, de la même façon nous vivons de la vie Trinitaire.

 

Tout ceci va être déployé dans les temps qui viendront, également pendant la semaine Sainte mais c’est profondément le temps pascal qui nous permettra de le laisser descendre en nous-mêmes.

 

Amen.


Mardi 2 avril 2019

Ez 47, 1-9. 12

Ps 45

Jean 5, 1-16

 

Alors, depuis hier et jusqu’aux Rameaux, nous entendrons dans l’évangile, des extraits de l’évangile de St Jean. Et nous poursuivons dans la lecture de Jean, un certain nombre de signes (tels que St Jean aime à les nommer) qui se produisent. Alors hier, nous avions un signe relativement bref, qui tenait en une lecture d’une messe : c’est la guérison du fils du fonctionnaire royal. Et aujourd’hui, nous avons la guérison de ce paralytique, et en fait qui va nous occuper jusqu’à la fin de cette semaine. Parce que ce récit est très long comme les récits de la samaritaine (il y a deux semaines) et le récit de dimanche dernier, de l’aveugle de naissance. Et nous avons des choses qui ressemblent très fort,  dans ce récit (déjà nous l’entendons, je ne sais pas si nous l’avons repéré) à ce qui se passe avec la samaritaine et l’aveugle de naissance ; c’est-à-dire que la personne qui guérit, ne sait pas qui l’a guérie,  ou la personne qui promet un miracle (comme la samaritaine, par exemple) ne sait pas qui c’est.  Et au fur et à mesure, elle finit par s’en rendre compte : et, s’en rendant compte, elle devient témoin.

 

Eh bien, nous avons une définition du signe.  En tous cas, la raison pour laquelle la liturgie nous propose la lecture de ces signes à ce moment-là du Carême. Nous avons été baptisés, plongés dans l’eau du baptême et dans ce temps ; si  il est bon de rénover notre baptême, il est bon de nous remettre en face de l’identité même du Christ (un peu comme c’est le cas de cette personne malade, en tous cas de l’aveugle dimanche).

Qui sait celui qui est venu à ma rencontre, sans que je ne demande rien ?  

Alors là en l’occurrence, il y a un dialogue. Mais avec l’aveugle de naissance,  l’aveugle n’a rien demandé, Jésus non plus.       

Qui sait qui est venu à ma rencontre  un jour du temps de ma vie ?

C’est le Christ ? Ah ? C’est le Christ ! 

Je proclame le Christ !

 

Ce temps du Carême ; c’est : je me remets en face de Celui qui est venu à ma rencontre !

Alors, Jésus était à Cana en Galilée. C’était d’abord le lieu de l’accomplissement du premier signe : les noces. Donc, le deuxième, c’était avec le fils du fonctionnaire royal. Il est reparti à Jérusalem et c’est de là que va partir l’intrigue : les pharisiens veulent mettre à mort Jésus, ils cherchent comment l’arrêter. Voyons, que nous sommes vraiment déjà proches de la Passion telle qu’elle sera lue, aux Rameaux, ouverture de la grande Semaine Sainte.

Rentrer dans la foi même, nous promet et nous offre le Christ. C’est vivre du regard spirituel. C’est  s’abreuver à cette source abondante, telle qu’elle est promise par Ezéchiel. Ce côté ouvert du temple, ça va être le côté ouvert du Christ sur la Croix. Le signe par excellence, chez St Jean, c’est le Christ élevé de terre. Elevé de terre : ça n’est pas l’Ascension, c’est le moment où il est crucifié. 

Ces sources d’eau vive qui nous ont lavé et rénové, c’est aussi notre regard spirituel. Tel qu’il nous était proposé dès dimanche dernier : apprenons à regarder avec les yeux du Christ dans l’Esprit Saint.  Remémorons-nous ces différents attributs de l’Esprit Saint,  et la force que représente chacun de ses attributs : le feu, le souffle, l’huile, la colombe.

 

Nous sommes équipés par notre baptême, de cette force-là.  

Que notre regard rentre à nouveau dans ce regard du Christ, tourné vers le Père.   

Apprenons à voir : cette puissance de l’Esprit  souffle ; cette puissance de l’Esprit  huile ; cette puissance de l’Esprit  feu ; cette puissance de l’Esprit  colombe. Telle que Jésus l’est lui-même dans l’écriture, et telle que toutes choses autour de nous, le sont elles-mêmes. Nos frères et sœurs. Toute la création.

Entrons dans ce regard. Demandons à l’Esprit Saint de produire dans nos vies cette source-là.

Alors, nous nous abreuverons, et déjà nous nous abreuvons de cette source, qui est à la fois la Grâce et la Foi.

 

Amen


Dimanche 31 mars 2019

1 S 16, 16. 6-7  10- 13a

Ps 22 (23)

Ep 5, 8 – 14

Jn 9, 1 – 41

 

Alors, je ne sais pas si vous vous souvenez du très long texte que nous avons lu la semaine dernière, le dimanche, à l’occasion du premier scrutin. Un très long texte, une très longue rencontre chez St Jean : Jésus avec la samaritaine.

Et quel était dans votre mémoire, le symbole qui faisait force dans cette rencontre avec la samaritaine ? Cette rencontre avait eu lieu dans quel endroit ?  La rencontre avec la samaritaine avait lieu dans un désert. Et Jésus était assis au bord de quoi ?

D’un puits. Et, qu’y avait-il au fond de ce puits ? De l’eau. Le symbole force de cette première lecture (la semaine dernière de l’évangile)  c’était donc l’eau.

Et nous avons dit : l’eau, c’est symbole pour nous de la Grâce, de la Puissance de Dieu, et puis, c’est aussi, avec de l’eau que vous les enfants et Emeline, vous serez baptisés. On ne baptise pas avec de la poudre, on ne baptise pas avec je ne sais quoi… un courant d’air… On baptise avec de l’eau. Voilà !

 

Aujourd’hui, cette longue rencontre que Jésus a cette fois-ci, se passe non pas dans un désert mais  on est à côté du temple, à Jérusalem,  Il rencontre un homme qui était aveugle depuis toujours. Et si vous avez un petit peu entendu le texte, le symbole force, ça serait quoi alors ? Dans ce texte ?    Après avoir parlé de l’eau la semaine dernière, dans ce texte, qu’est ce qui est mis en avant ?

Alors, je vais essayer de le déplier devant vous ce texte : très longue rencontre, Jésus voit un aveugle de naissance. L’aveugle n’a rien demandé.  Jésus ne demande rien non plus. Il n’y a pas de pacte entre eux. L’aveugle ne dit pas : « Je veux voir.» Jésus ne dit pas : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? » Il n’y a rien de tout ça.  Ils se rencontrent. Jésus fait de la boue avec de la salive et de la poussière, lui applique sur les yeux et lui dit : « Va te laver à la piscine »  (qui porte un nom), la piscine de Siloé ; et il y va. Cette piscine de Siloé qui veut dire : envoyé.

 

Alors ensuite le fait que l’aveugle retrouve la vue, ça va bouleverser tout. Et, il était mendiant, et les gens qui le connaissaient ne le reconnaissent plus. Alors il va y avoir une série de va et vient entre les pharisiens, Jésus ; les parents de l’aveugle et les pharisiens. Alors l’aveugle et les pharisiens et puis à la fin : l’aveugle va être rejeté par les pharisiens. Et puis Jésus va finir par le rencontrer à nouveau et lui dire : « Est-ce que vraiment tu crois en Moi ? »

Et l’intrigue, c’est : il y a l’aveugle et il ne sait pas qui est Jésus au départ.  Et à la fin, il finit par Le reconnaître et dire : «  Je crois en Toi ! »

Alors, quel est le symbole force dans ce texte ? Alors, je vais même rajouter un détail, si vous avez fait attention à la fin ; ce sont les pharisiens qui deviennent aveugles. Il est dit : «  Les pharisiens ne voient pas clair. » Alors quel est le symbole force ? Eh bien, c’est la vue, c’est la vue et donc, ce qui va avec la vue : la lumière !

 

La semaine dernière, c’était l’eau, aujourd’hui, c’est la vue. Que nous apporte le baptême ? Il nous apporte la vue ! Il nous apporte la vue, la lumière de la foi ! Alors vraiment, la colonne vertébrale du texte, c’est pour nous dire : nous avons été - ou pratiquement tous dans cette église - baptisés. Donc, il y en a qui préparent leur baptême mais nous avons pratiquement tous été baptisés bébé. Alors nous pouvons dire : eh bien, la foi, nous l’avons reçue par nos catéchistes, nos parents, l’intention de nos familles, une grand-mère qui a beaucoup compté pour nous ou telle ou telle figure, tel saint ou sainte ; on a reçu la foi par toutes ces médiations-là. Vraiment, vraiment !

Et la colonne vertébrale du texte, c’est pour dire : eh bien, celui qui est capable de dire qu’il a reçu la foi du Christ ; eh bien le Christ va lui donner une plus grande foi encore ! Voilà.

Celui qui est capable de dire : la foi, oui je l’ai reçue effectivement de tas de médiations qui ont été importantes. Je n’aurais peut-être jamais pu parler de Jésus si on ne m’en avait pas parlé en premier, même si j’étais baptisé. Eh bien, la colonne vertébrale de ce texte dit : si tu proclames avec ta bouche, si tu crois du fond du cœur que la foi t’a aussi été donnée par Jésus, elle t’a été donnée par Jésus Lui-même !  Eh bien, tu seras encore plus croyant ! Et donc, ce qui est attendu d’Emeline et ce qui est attendu des enfants le jour de leur baptême, c’est de dire : «  Je crois parce que Jésus m’a donné la foi. »  

 

Ce n’est pas faire déshonneur à Véronique, aux catéchistes, à tous ceux qui ont préparé les uns les autres, ou au Père Guillaume qui a accompagné Emeline depuis deux ans et demi ; ce n’est pas leur faire déshonneur de dire : «  si je crois  parce que ce n’est grâce à vous : c’est parce que c’est le Christ  qui m’a donné la foi ! »

Voilà, c’est la plus belle proclamation de foi que vous pouvez faire le jour de votre baptême !  

Et, cet aveugle qui dit : « Je crois.  Je crois !  Tu m’as ouvert les yeux Seigneur ! »

Alors comment, alors la question qui se pose : c’est nous alors, les vieux chrétiens, les uns les autres, on est né dedans, hein ? On est nés dedans.  Comment peut-on renouveler notre foi comme si c’était cette foi de l’aveugle qui voit tout ?  Comment peut-on la renouveler ?

Alors, je vous propose le petit truc suivant, qui est très pratique : dans la Parole de Dieu (alors Emeline le sait, on l’a vu cette semaine) ; dans la Parole de  Dieu, quels sont les quatre symboles qui disent l’Esprit Saint ? (Là, pour le coup, on l’apprend au caté).

 

Mais quand on veut représenter l’Esprit Saint (je pense à l’équipe confirmation, à un moment donné Anne-Sophie, on en a parlé avec les jeunes). Quels sont les quatre symboles force qui disent l’Esprit Saint ? Alors il y en a un qui est apparu dans la première lecture, c’était tout à l’heure, quand elle a été lue par Blandine, c’était le premier verset qu’elle a lu. Au baptême de Jésus par exemple, qu’est-ce qui se passe au baptême de Jésus quand il est baptisé dans les eaux du Jourdain ? Une voix vient du ciel accompagnée de quoi donc ?  Une colombe, qui descend. Ca, c’est un symbole de l’Esprit Saint : la colombe. Et pourquoi dit-on que la colombe c’est un symbole de l’Esprit Saint ? Parce que l’Esprit Saint tourne nos regards  vers le ciel, voilà (parce que les colombes sont plutôt dans le ciel, elles ne sont pas sous  la terre).     Donc l’Esprit Saint élève nos yeux.

Alors le premier verset qu’a lu Blandine tout à l’heure, dans la lecture du livre de Samuel, c’est l’huile, l’onction d’huile : l’huile ! C’est aussi un symbole de l’Esprit Saint. Vous savez que quand on est ordonné prêtre ou bien encore quand on est confirmé, ou quand on est baptisé, on reçoit de l’huile sur le front : le saint chrême. Et l’huile, ça fait du bien, ça apporte de la douceur et ça laisse une empreinte, une marque : c’est un deuxième symbole de l’Esprit Saint.        

Troisième symbole de l’Esprit Saint : on le voit à la création du monde, par exemple… Oh là-là…Bientôt, ce sont les enfants qui vont en savoir plus que les grandes personnes !   

Troisième symbole de l’Esprit Saint : le souffle, le vent. « On ne sait pas d’où il vient, on ne sait pas où il va. »  On ne le voit pas, mais il a une force. Et cette force, elle nous propulse pour peu qu’on la discerne, car si nous allons contre cette force là, ce n’est pas possible.  Tous ceux qui font de la navigation - par exemple, je pense à Catherine - il faut apprendre à dompter le sens du vent, parce que sinon ou du moins aller dans le bon sens parce que sinon, ça serait très compliqué d’avancer.     Le souffle !

 

Et le quatrième signe : c’est le feu,  le feu qui réchauffe, qui brûle, une ardeur du désir et de l’amour. Eh bien, si je vous parle de ces quatre signes, c’est que pour pouvoir rénover votre foi et pour pouvoir voir clair comme cet aveugle de l’évangile : faites le test, ouvrez votre évangile, quand vous serez chez vous, à la page que vous voulez - à la page que vous voulez, ça n’a pas d’importance, du moment qu’il y ait  Jésus dedans - et essayez de repérer quand vous verrez Jésus : est-ce qu’il y a en Lui quelque chose qui tire notre regard vers le ciel,  comme la colombe ? Est-ce qu’il y a quelque chose en Lui qui est puissant ? Une force qui traverse tous les obstacles comme le souffle ? Est-ce qu’il y a quelque chose en Lui qui est plein de désir et qui nous brûle de l’intérieur ? Comme le feu. Est-ce qu’il y a quelque chose en Lui comme une douceur qui laisse une marque dans nos vies ? Comme l’huile !

 

Eh bien si vous le trouvez, c’est que l’Esprit Saint est en vous. Si vous ne le trouvez pas, cherchez le plus,  et vous le trouverez. Demandez à l’Esprit Saint  qu’il vienne, qu’il vous aide. Plus vous le trouverez : plus vous le trouverez chez les autres.  Et plus vous le trouverez : plus vous le trouverez dans la création.   Plus vous le trouverez : plus vous aurez ce regard qui était celui de l’aveugle qui a été libéré de sa cécité.  

 C’est ça le regard de la foi ! Celui qui est capable de dire : c’est le Christ qui m’a donné la foi est capable de voir l’Esprit en toutes choses parce que l’Esprit est en lui.

C’est un travail, c’est un travail ! Et au moment de votre baptême, l’Esprit Saint sera présent.  

Et cet Esprit Saint va nous renouveler tous. Toute la communauté avec vous.

Chers amis, si il est important que nous puissions nous laisser à nouveau renouveler dans notre regard de foi, c’est pour que notre baptême de foi donne envie à d’autres de goûter au baptême.

Amen


Vendredi 29 mars 2019

 

Voici cette parole un peu mystérieuse. Mystérieuse parce que nous ne sommes pas habitués à voir Jésus interrogé, qui se plie au jeu de la question et, du coup, répond ; mystérieuse aussi parce que cette espèce de trépied dont il parle, Jésus, Dieu, nous et le prochain, hormis le fait que cela peut parler à notre esprit, n’est pas si facile à vivre.

 

Alors Jésus nous rappelle cette prière que les juifs récitent chaque jour : « Ecoute Israël, le Seigneur ton Dieu est l’Unique » (Deutéronome). Il rajoute un petit extrait du Lévitique : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » et il en fait, donc, un commandement unique. Le scribe, lui, va faire comme tout bon juif également. Il va commenter, commenter la parole, la parole que Jésus lui apporte. Il va l’amplifier et un peu la modifier. … Aimer de tout son cœur, son intelligence, sa force, il va changer cœur, âme, esprit et force en cœur, intelligence et force. Ce qui est important peut-être, c’est de retenir qu’il y a là un trépied, comme nous l’avons dit, et il y a ces trois dimensions force, intelligence et cœur, qui sont rapportées.

 

On pourrait se demander si, en plus du scribe, nous n’avons pas notre place dans ce dialogue. Puisqu’il y a ce fameux trépied de Dieu, nous et le prochain, on pourrait se demander si nous pouvons avoir notre place et former aussi un autre trépied : Jésus, le scribe et nous-même. Et nous-même, que répondrions-nous ? Et nous-même, que dirions-nous ? Quelle serait notre contribution à ce petit dialogue entre ces deux personnages ?

 

Je vous suggère que notre contribution soit celle de la mise en pratique. Que nous ne rajoutions pas des mots aux mots, mais que nous apportions, peut-être davantage des gestes à ces mots-là. Que nous passions d’une foi extérieure à une foi plus vécue, plus concrète, une foi qui passe de l’écume à la moëlle et qui se traduit par des gestes vrais. Ne restons pas sur de bonnes intentions, mais allons jusqu’au bout de cet amour qui nous prend tout entiers de la tête aux pieds, de Dieu, de soi et des autres.

 

Et demandons à l’Esprit Saint qu’il nous aide à faire ce pas car, au temps de Jésus ou même deux-mille ans plus tard, ce n’est pas simple que de vivre de cet amour-là. Que l’Esprit Saint nous aide à entrer dans ce dialogue de Jésus avec le scribe et à porter notre part par notre propre engagement.

 

Amen.


Jeudi 28 mars 2019

 

Beelzéboul, au temps de Jésus, en Palestine, c’est le prince des idoles, une sorte de démon, très grand, qui rassemble plein de forces idolâtres. La particularité de Satan, de Beelzéboul, c’est que plus on parle, plus on lui donne de l’importance et plus il agit. Il y a dans le monde de la communication une idée selon laquelle quand une chose existe il faut en parler.

C’est exactement ce qui se passe. Et, très curieusement, Jésus cite deux fois le mot dans notre Evangile. Il oblige le prêtre à le dire deux fois. Et face à cette force, qui est idolâtre et qui exerce un pouvoir sur celui qui la prononce, il y a une autre force, toute contraire, qui rassemble, qui apporte la paix et qui sanctifie. C’est l’Esprit Saint. Et cet Esprit lui aussi, plus on en parle et plus il existe. Et plus on le demande et plus il produit son fruit.

 

Je vous propose une petite image : imaginez un vase, une sorte de grand contenant. Selon les lois de la physique on a coutume de dire que moins le contenant est grand, plus il est fort et solide. Il faut qu’il ne soit pas trop grand pour qu’il ne perde pas ses proriétés.

Imaginez un contenant, tout au contraire, qui, plus on mettrait de liquide à l’intérieur et plus il se renforcerait. Un contenant un peu merveilleux (qui n’existe pas en réalité, du moins dans les lois de la physique) qui se renforcerait en proportion du liquide que l’on mettrait dedans. Eh bien ce contenant, ce vase, c’est nous-mêmes. Et ce liquide, c’est l’Esprit Saint.

Si, par un excès de précaution ou par ignorance, il est vide d’Esprit, notre vase sera plus fragile. Peut-être même, d’ailleurs, est-il déjà brisé. Mais si, au contraire, vous lui apportez cet Esprit, cet Esprit Saint, ce bon Esprit, alors, votre contenant, votre vase va se renforcer.

 

Nous sommes des vases d’élection les uns et les autres. Ne nous perdons pas en conjectures pour savoir si le mauvais esprit travaille ou ne travaille pas, mais occupons-nous d’abord de remplir notre vase.

Un homme a été à un moment un diviseur, Saul. Il a été un vase d’élection. Quand il a été envoyé à Ananie, il a été annoncé à Ananie que Paul était un vase dans lequel le Seigneur avait fait son choix, qu’il le remplissait de son Esprit et qu’il voulait faire de lui l’apôtre des nations.

Qui est avec moi rassemble. Qui n’est pas avec moi disperse. Choisissons le Christ et demandons-lui son Esprit Saint.

 

Amen.


Mercredi 27 mars 2019

 

Avec ce propos de Jésus nous sommes à la racine de la vie spirituelle, une racine profonde. C’est la façon dont nous nous situons devant ce qui fait loi. Ceux qui ont participé au partage biblique avec l’extrait de l’Epître de Saint Paul aux Galates que nous avons vu se rappellent qu’il évoquait la question de la loi et de la grâce. Mais revenons à ce petit texte, en plein cœur du Carême. Rappelons-nous que Jésus lui-même réalise, accomplit cette loi de l’Ancien Testament. Il la réalise d’ailleurs en tant que promesse, pour nous dire que la pratique de la loi l’Ancien Testament montrait sa limite et que lui, Jésus, Jésus va la mettre en pratique jusqu’au bout.

 

En cela il réalise les promesses, mais en même temps, il la magnifie, la porte à sa perfection. Cette loi, il va réussir à en extraire le germe le plus intime ; il va réussir à la pousser à sa perfection, en lui-même, par sa propre vie. Ce serait un peu trop rapide de dire (ce qu’il ne dit pas, d’ailleurs) : « Désormais nous voici libéré de tout et aime et fais ce que tu veux ». Certes Saint Augustin l’a dit, mais l’amour est également un commandement, il le deviendra. Donc nous sommes toujours sous le joug de quelque chose. Même en appartenant au Christ.

 

Pour sortir un peu de l’enfermement que cela peut représenter pour nous et pour entrer dans les profondeurs de ce que signifierait la vie spirituelle du disciple de Jésus, nous pouvons nous dire que l’accomplissement parfait de la loi c’est sans doute un cœur qui commence à apprendre à aimer et un cœur qui commence à apprendre à aimer, c’est un cœur qui commence à être animé par la puissance de l’Esprit Saint. C’est sans doute ce que Jésus nous apporte de merveilleux, de parfait dans sa manière de vivre les impératifs dans sa propre vie. Il nous apporte d’être animés par la puissance de l’Esprit Saint.

Si nous aimons, nous essayons d’aimer avec nos propres forces. Si nous essayons de mettre en application avec nos propres moyens ce qui fait commandement dans notre vie, nous sommes de toute façon dans quelque chose de limité. D’abord parce que notre raisonnement, nos sens, nous conduisent à aimer de façon idolâtre, imparfaite, ténébreuse, partielle, ce n’est jamais la perfection que nous souhaiterions. En revanche, la puissance de l’Esprit Saint va nous conduire à autre chose que la perfection, qui est la vérité même de l’amour. Et là, aucun discours ne peut le décrire. Il faut le vivre.

Demandons à l’Esprit Saint, en plein milieu de ce Carême, de ressembler à Marie, d’être disponibles, comme elle l’a été aux motions de Dieu dans sa vie jusqu’à pouvoir se livrer  elle-même et dire oui, nous l’avons célébré lundi en la fête de l’Annonciation. 

Nous sommes décidément dans une semaine entièrement dédiée à l’Esprit Saint !

 

 

Eh bien, que cet esprit nous aide à entrer dans la perfection voulue par Dieu, voulue par nous, cet amour véritable, en sachant, à un moment donné, nous en remettre à celui qui est encore beaucoup plus, le Christ. Le sacrifice qu’il fait de sa propre vie sur la Croix va permettre qu’à chaque instant nos propres limites soient brûlées dans le feu de son amour à lui.

Amen.


Mardi 26 mars

Dn 3, 25.34-43 : Cantique d’Azarias dans la fournaise

Ps 24

Mt 18, 21-35 : Pardon des offenses. Parabole du débiteur impitoyable.

 

Le tout début de cet extrait de l’Évangile : ‘70 × 7 fois, doit pardonner Pierre’ et chacun d’entre nous, vient corriger ces violences tribales originaires qui étaient finalement, dans l’Ancien Testament, corrigées par la loi du talion et qui elle-même finit par être corrigée par la loi de l’Amour.

Au fond, il n’y a pas de rétribution du mal par le mal mais du bien (du pardon) en retour au mal qui peut être commis.

 

C’est quelque chose qui, quoi qu’on dise,

quelles que soient les choses que nous feignons de montrer de nous-mêmes, c’est en réalité presque contre nature quand même, d’apporter pardon et bien en retour à un mal ou une offense qui a été commis.

 

Nous sommes conviés les uns et les autres à une très grande humilité et c’est la raison pour laquelle cette parabole suit, dans la bouche de Jésus.

Il y a une dette absolument énorme qui a été remise à cet homme mais qui lui, en retour, va chercher à régler ses comptes avec chacun de ceux qui sont sous lui.

 

C’est une invitation à s’interroger sur la place que le péché des autres prend dans notre vie.

Le péché des autres nous fait ruminer,

nous constipe,

nous agace,

nous fait forcément nous sentir bien mieux qu’eux et pourtant, ce n’est pas tellement le péché les autres qui compte, finalement mais le nôtre.

 

Comment le péché des autres éclaire-t-il le nôtre ?

Et comment si nous avons à nous affliger, c’est d’abord du nôtre, éclairé par celui des autres.

Se demander s’il y a bien un espace suffisamment grand en nous-mêmes, pour que circule la grâce ou le pardon ; que nous soyons suffisamment avec un espace le plus petit qui soit pour que la paix circule et pour que nous laissions le Seigneur faire le reste et nous aider à grandir dans un chemin de pardon.

 

Pour que cet espace puisse apparaître en nous-mêmes, je vous propose trois pistes.

La première piste, c’est éviter de se lamenter sur le péché des autres autant que  possible, même si aux yeux de la justice des hommes, le péché des autres est suffisamment flagrant et mérite suffisamment de condamnation.

C’est le plus dur, en réalité.

 

La deuxième chose, c’est prendre conscience de notre prière : est-elle vraiment un dialogue ? Est-elle vraiment un entretien entre soi et le Père ?

Si une prière est trop machinale,

trop cérébrale,

trop abstraite, il y a des chances qu’il n’y ait pas suffisamment d’espace entre nous et le Père, en réalité.

S’il n’y a pas cet espace-là, le pardon va avoir du mal à circuler, en réalité.

 

La troisième chose, c’est de demander que l’Esprit Saint vienne vraiment et prions-le dans l’intention vraiment de le recevoir.

Là, ça fait suite à ce que nous avons célébré hier, dans la fête de l’Annonciation de Marie.

Comment elle a été travaillée en amont par la grâce, dans sa vie.

 

Ne pas nous affliger trop sur le péché des autres,

Notre prière permet-elle vraiment que circule en nous le pardon ?

Est-ce que nous prions le Père ?

 

Demandons à l’Esprit Saint de venir en nous avec l’intention de le recevoir.

Amen.


Dimanche 24 Mars 2019

Ex  17, 3-7

Rm  5, 1-2 . 5-8

Jn  4, 5-42

 

Dans l’évangile de Jean, il y a cette rencontre  (qui est rapportée)  de Jésus avec une femme samaritaine. Alors les samaritains sont des personnes extrêmement mal vues des autres juifs,  bien qu’ils aient une tradition semblable. Et en plus, c’est une femme. Et en plus Jésus est seul. Et ils sont tous les deux dans le désert.

Alors cette rencontre pourrait se révéler explosive  et, en fait il n’en est rien. Au contraire, c’est une rencontre absolument  merveilleuse qui nous est proposée dans cette liturgie, pour nous évoquer la foi.

Pourquoi aurait-elle pu être explosive ? Jésus n’a pas à se mêler avec des samaritains et réciproquement… Et en plus, je ré-insiste, c’est une femme seule et Jésus est seul ! Les voici à l’heure la plus chaude du jour et ils sont au bord d’un puits.

Alors pourquoi ce texte nous parle de la foi ? Eh bien, parce que la source ou l’eau, en général dans la Parole de Dieu,  sont évocatrices de ce que l’on appelle : la foi. Ou bien encore de la grâce, de la puissance que Dieu vient déposer - sans aucun mérite : aucun ! (de notre part) - qu’Il vient déposer dans notre cœur.

La Foi est comme une source, la Grâce c’est comme,  au fond, ce liquide précieux qui désaltère et qui sort de cette fontaine.

 

Alors, il y a trois échanges entre Jésus et cette femme.  Jésus s’y prend à trois fois,  pour faire passer cette femme, de l’eau qui désaltère, eh bien,  au don de la Foi. Cette femme (et  au fond nous-mêmes, nous lecteurs),  immédiatement, lorsque l’on voit qu’il y a un puits au milieu d’un désert, on pense à la soif et à l’eau.  Eh bien, par trois fois, Jésus,  dans son dialogue avec elle,  va s’y prendre pour que nous passions avec elle, progressivement de l’eau qui désaltère à la foi qui sauve.  Trois fois : ça évoque  les trois dimanches des scrutins que nous allons vivre avec Emeline : aujourd’hui, dimanche prochain et le dimanche d’après, cinquième dimanche de Carême.  

Comme si, ces trois fois étaient nécessaires pour nous tous, pour que nous découvrions la beauté et la joie de croire. Voyez comme si au fond, nos cœurs étaient comme dans cette première lecture (le livre de l’Exode), comme un rocher, et qu’il fallait comme Moïse le fait lui-même frapper ce rocher, pour que sorte l’eau jaillissante. Comme si nous redécouvrions – et que ce n’était au fond pas naturel pour nous-mêmes - nous redécouvrions la puissance et la joie de croire.

 

Alors, je vous propose trois pistes et ces pistes s’adressent aussi à toi Emeline. Trois pistes pour nous tous. Mais c’est important pour toi Emeline, comme c’est important pour nous tous. Pour que tu te rendes compte, que, les chrétiens qui sont autour de toi ont besoin toujours de renouveler leur baptême. Et que tu te rendes compte que le baptême que tu vas recevoir à la Veillée Pascale, ne va pas te mettre en orbite définitivement. Il va falloir travailler ; et pour nous communauté,  te voir faire cette étape vers ton baptême, ça nous stimule, pour que nous ne relâchions pas notre fidélité à Jésus. Tous ensemble,  on est en route vers cette beauté et la joie de croire.

Alors première piste : c’est ce que nous lisons dans une lettre de Paul : la foi c’est un don, c’est un cadeau qui est fait. Voilà.  Pourquoi il y en a qui l’ont ? Pourquoi d’autres ne l’ont pas ? Ca, je ne saurais pas répondre, mais  personne ne répond à cette question.  Mais ce qui nous intéresse : c’est ceux qui ont ce don-là.

 

Donc, la foi est un don, mais,  la foi se travaille. Elle se travaille. Comment ? On va lire St Paul : en confessant : en confessant avec nos lèvres ; en confessant avec nos lèvres,  que Christ est Seigneur et en croyant de tout notre cœur que le Seigneur l’a ressuscité des morts. Voilà, ça se travaille. Si jamais nous relâchons cela, progressivement, nous allons finir par adorer des bêtes ou alors adorer un prêtre ou une manière de faire,  ou le pape à la télévision… Mais on n’adore rien de tout ça : on aime le Christ,  donc il faut le confesser : Christ est Seigneur !  Christ est Seigneur, donc avec nos lèvres,  ce n’est pas simplement dans la tête et il faut de tout notre cœur croire que le Père l’a ressuscité des morts.  Ca c’est la première piste : mettre notre foi au travail !

La deuxième piste : c’est l’Adoration. Il est question d’adoration dans ce texte de l’évangile. Alors il y a l’adoration que l’on connaît bien nous les catholiques : c’est l’adoration eucharistique. Mais tout ce que je vais dire sur l’Adoration inclus l’adoration eucharistique. L’Adoration : c’est une disposition du cœur.

 

Prenons un exemple : imaginez que vous accueillez chez vous (chacun d’entre nous,  chez nous, dans nos maisons)  quelqu’un  que l’on connaît super bien.  Va-t-on ou pas,  lui permettre d’entrer dans toutes les pièces de la maison ?  Alors cela dépend de chacun d’entre nous, hein ?  Oui… Non… Oh ben pas celles-là… Voilà…  Bon ; maintenant, imaginons que nous fassions entrer chez nous quelqu’un que nous ne connaissons pas très bien, genre, à l’occasion d’un repas quatre quatre. Quelles sont les pièces que nous allons fermer ? Que nous ne voulons pas dévoiler à l’hôte qui rentre ? Eh bien, imaginons que désormais, ça ne soit pas nos maisons dont il s’agit, mais nous-mêmes… Et, sommes-nous prêts à ouvrir absolument toutes les pièces au Seigneur ? Même celles qui renfermeraient le plus glauque, le plus caché, le plus obscur ? Tout ! Sommes-nous prêts à ouvrir tout ? Il n’y a pas un recoin qui serait exclu de la visite du Seigneur.

Alors l’Adoration, c’est : j’ouvre toutes les pièces !  Absolument toutes !

Donc, par conséquent, devant le Seigneur, je vais me trouver comme en position de petitesse. Et Lui, est tout. Il est grand, Il est très grand ! Et ça n’est pas, ça n’est pas de la part du chrétien, ça n’est pas de la médiocrité. De la part du chrétien, ça n’est pas un aveu de faiblesse qui lui ferait perdre sa dignité - parfois,  on pense que être chrétien, c’est une sorte de névrose ; on serait tout faible, on n’oserait pas se révéler soi-même.  C’est faux !

Ouvrir toutes les pièces et considérer que Dieu est grand, ça veut dire : ma dignité,  ma force sont en Lui.

 

Deuxième exemple : nous les humains, tous,  autant que nous le sommes - vieux baptisés, nouveaux de la Foi ou jeunes baptisés,  eh bien - ou pas baptisés du tout d’ailleurs - on a des sources multiples… Alors aujourd’hui, j’ai soif de vérité : hop, je vais à la source de la vérité, mais demain j’ai soif de force : hop, je vais à la source de la force. Après demain je vais avoir soif de pouvoir : hop, je vais à la source du pouvoir…  Et ensuite à la source de la valeur, bon,  aucune de ces sources ne se rejoignent. L’humain trouve toujours à circuler auprès de multiples sources qui l’éclatent.

Mais nous, nous croyons qu’il y a une seule et unique source qui les réunit toutes. Toutes,  toutes, toutes, toutes ! Ca nous évite de courir partout et ça unifie notre cœur.

C’est le Christ,  Unique Source !

 

Il y a là,  le pouvoir, la valeur, il y a la force et la vérité. Il y a tout cela en Lui ; la dignité, tout ça pour Lui. Pas besoin de courir partout. Le monde : il nous éclate. Le Christ nous rassemble.

Et troisième piste (et j’ai fini par-là). Troisième piste : celui qui a rencontré le Christ -  Source Unique - qui fait, qui met au travail sa foi, qui est capable d’adorer ce Christ là ; forcément sa vie se transforme, il n’a même pas besoin de scruter de près, il va se rendre compte tout seul que sa vie se transforme ; et qu’il va avoir la banane. Et que ses relations vont changer, qu’il va quitter le plus douteux au profit du plus merveilleux, du plus beau. Il va se sortir tout seul,  avec la Grâce - mais sans au fond - s’en rendre compte qu’il va s’en sortir tout seul  -  des situations qui l’engluent en faveur de ce qui le libère. Voilà.

 

Eh bien, tout ça Emeline, nous espérons que tu pourras le vivre et nous espérons nous-mêmes que nous pourrons le vivre,  et que ce que nous avons déjà vécu à la suite du Christ, eh bien, se poursuive.

 

Amen


Vendredi 22 mars 2019

 

Cette semaine nous avons eu l’occasion de méditer sur l’ambition et sur le danger des richesses, et aujourd’hui, nous avons affaire à la jalousie.

A la suite de chacun des évangiles de cette semaine, nous avons eu l’affirmation du mystère du salut, c’est-à-dire le Christ offert, mort, qui ressuscite et par là même nous sauve. Cela rejoint cette affirmation de Saint Paul dans la lettre aux Romains : si tu confesses de ta bouche que le Christ est Seigneur, si tu crois de tout ton cœur qu’il a été ressuscité par le Père, alors tu seras sauvé.

 

Cette affirmation que le fils du propriétaire de la vigne est envoyé à la vigne et qu’il est tué par les serviteurs et qu’il est la pierre angulaire, cette affirmation que nous faisons à chaque eucharistie, c’est le cœur de notre foi, qui est célébré pendant la Semaine Sainte.

Nous avons à nouveau cette affirmation, nous l’avions hier d’une autre façon et le jour d’avant, encore d’une autre façon. Nous voyons ainsi poindre, petit à petit, la Semaine Sainte. Nous avons aussi ces grands-prêtres et ces pharisiens, qui ont bien compris que Jésus parle d’eux et qui cherchent à l’arrêter. Pour l’instant ce n’est qu’un projet limité par la peur de la foule. Petit à petit ce projet va pouvoir devenir réalité.

Avec cette parabole, nous avons aussi un autre texte de l’Ecriture avec une autre jalousie, celle que suscite Joseph chez ses frères. (Nous pouvons aussi penser à Caïn et Abel). Et avec cette première lecture, nous avons encore une autre lecture qui s’inscrit dans l’histoire du salut, c’est celle de la présence en Egypte de ce peuple qui, la nuit de Pâque, sera libéré. Pourquoi est-il libéré d’Egypte ? Pourquoi était-il en Egypte ? A cause d’une grande famine qui l’avait conduit à rejoindre l’Egypte parce que Joseph avait été vendu par ses frères. Cette première lecture nous permet de préparer le terrain et le décor de cette affirmation de la Résurrection du Seigneur.

 

Je vous invite à méditer deux choses : la première, c’est la place que la jalousie prend dans notre vie ; et la deuxième, c’est de nous dire que notre vocation, c’est de louer et d’adorer le Seigneur. Tant qu’il y a jalousie, richesse, ambition, et d’autres choses encore, la louange et l’adoration sont bien loin.

Et cette vigne est là pour produire du fruit et ce fruit pour produire un vin de fête. Un vin de fête qui soit vin de fête et non pas sang versé de frères qui entretuent mais qu’il soit le lieu de la fête, du banquet éternel de l’adoration, de la joie et de la louange des enfants de Dieu tournés vers leur Père.

 

Amen. 


Jeudi 21 mars 2019

 

Souvenez-vous dimanche il était question d’un arc qui allait de la promesse faite à Abraham jusqu’à Jésus et nous étions dans le récit de la Transfiguration. Donc vous voyez Abraham qui est présent dans cet imaginaire juif des fins dernières et puis nous avons, de l’autre côté de l’arc, Jésus lui-même.

 

Et dimanche prochain, Jésus sera une source dans le désert. (Je vous rappelle, ou je vous dis, pour ceux qui ne le savent pas encore que nous prenons les textes du Carême de l’année A pour les troisième, quatrième et cinquième dimanches, pas ceux qui sont dans le Prions en Eglise parce que nous avons des adultes qui préparent leur baptême et la liturgie nous propose de vivre les scrutins avec eux les troisième, quatrième et cinquième dimanches, et l’Evangile proposé pour l’année A pour le troisième dimanche de carême est celui de la Samaritaine). Tout ça pour dire que cette source dans le désert pourrait être bien agréable à ce mauvais riche qui se trouve dans la fournaise et qui a soif. Je referme l’allusion à dimanche prochain.

 

Hier nous avions l’ambition des deux fils et de leur mère. Aujourd’hui il y a la richesse arrogante d’un homme. Nous savons que cette parabole, seul Saint Luc s’en souvient. Et Saint Luc est très attentif à la façon dont les riches de richesses matérielles sont loin du Royaume. C’est peut-être pour cette raison qu’il se souvient de cette parabole. Elle met en scène un riche d’argent. Alors sur ce chemin du carême, après avoir vu ces deux fils et leur mère hier, nous pouvons nous demander en quoi des richesses, grandes ou petites, chez chacun d’entre nous, peuvent étouffer notre cœur ; et cet effort pour être ouvert à la Parole peut nous aider à être sensibles au don que Dieu veut nous faire. Il peut y avoir des richesses qui nous en empêchent et peut-être que ce chemin du carême serait pour nous de nous en défaire. Partager est une chose, pourquoi pas ? Il faut les mettre à distance de nous-mêmes ces richesses. Interrogeons le rapport que nous avons aux biens matériels.

 

 

On peut se réjouir de cette allusion, une fois encore, à la mort et à la Résurrection de Jésus, comme hier, du reste, de cette annonce explicite de sa mort et de sa Résurrection qui sauve et de nous dire : est-ce que ce n’est pas là notre richesse à nous ? 


Mercredi 20 mars 2019

 

On pourrait presque imaginer que ce texte est un texte de la mi-carême, non pas par une évocation du carnaval, mais par une évocation de la façon très claire dont Jésus annonce sa crucifixion. C’est la troisième annonce de la Passion. Nous ne sommes pas encore tout à fait à mi-chemin mais nous avançons sûrement.

 

Par contre, aujourd’hui, c’est le printemps, à défaut d’être la mi-carême !

 

Ce texte est riche. Nous voyons combien Saint Matthieu a le souci de montrer l’ambition des deux frères, Jacques et Jean, mais aussi celle de leur mère. C’est la mère qui intercède pour eux. Mais Jésus va s’adresser aux deux frères. C’est la mère qui pose la question, ce sont les deux frères qui ont la réponse en direct. Au-delà de la question morale que cela pose, cette ambition se manifeste à l’intérieur d’un monde d’hommes : il y en a deux qui sont apparemment plus ambitieux que les autres. Au-delà de cette question-là, l’ambition peut paraître le péché maximal dans le contexte parce qu’elle serait le symptôme d’un cœur absolument sûr de lui et complètement fermé, qui veut fonder sa vie sur lui-même, et, au fond, au détriment des autres.

 

Face à cette ambition, la réponse, c’est l’Esprit Saint : ces deux fils attendent de Jésus une gloire et un rôle important. La réponse de Jésus c’est : « Cela sera donné par le Père, seul ». Mais qu’est-ce qui est donné par le Père, avec Jésus ? C’est l’Esprit Saint. Et à quel moment l’Esprit Saint est-il donné ? A la Pentecôte, allez-vous dire. Oui, mais surtout, après la mort et la Résurrection de Jésus. Par sa mort sur la Croix et après que Jésus est retourné vers le Père, il y a le don de l’Esprit.  

L’esprit Saint est un don qui produit tout le contraire de l’ambition. Tout le contraire ! C’est-à-dire que tout ce que Jésus attend de ses disciples au milieu du monde, tel qu’il l’a dit, là, c’est l’Esprit Saint qui le permet. C’est lui qui permet l’humilité dans le service, c’est lui qui permet la communion, c’est lui qui permet la joie, c’est lui qui permet de se retirer sans peine des soucis, c’est lui qui va permettre l’amour, tous ces dons-là, c’est l’Esprit Saint. Alors, n’accusons pas trop ces deux frères et demandons-nous en quoi eux et nous-mêmes avons tant besoin de ce don-là. J’espère que nous en avons soif !

 

Sur cette route qui nous mène à la Semaine Sainte, avons-nous besoin de ce don de l’humilité dans le service, de l’amour, de l’absence de soucis et de la communion ? Et si nous en avons besoin cela tombe bien car c’est le don que Jésus va faire de sa vie qui va nous permettre de recevoir cet Esprit Saint. Si nous n’en avons pas besoin, ce n’est pas la peine que Jésus meure pour nous !

 

Amen. 


Mardi 19 Mars 2019 : Saint Joseph, époux de la Vierge Marie

2 S 7, 4 - 5a. 12 - 14a. 16

Ps 88

Rm  4, 13. 16 - 18. 22

Mat 1,16. 18 - 21. 24a

 

Voilà St Joseph : époux de la Vierge Marie.  Pour le distinguer du 1er mai, fête qui est arrivée beaucoup plus tardivement, St Joseph travailleur cette fois-ci.

Dans l’Eglise, St Joseph a plusieurs titres que nous avons déjà entendu, et dans la prière que j’ai prononcée au début de cette eucharistie, mais que nous entendrons également dans la préface de la prière eucharistique : Homme juste, Protecteur de l’Eglise, Epoux de la Vierge Marie, Serviteur fidèle, Père. Et à travers lui, nous reconnaissons nos pères ; des hommes justes. On pourrait y ajouter également, la pudeur et la chasteté qui l’incarnent.

 

Alors si nous honorons St Joseph époux de la Vierge Marie, nous honorons celui qui (nous l’avons entendu dans la prière tout à l’heure) à l’aube du mystère du salut, eh bien, eu foi et par sa foi a contribué à la naissance de Jésus.

Nous honorons souvent Marie. Il est bon d’honorer comme nous le faisons, aussi St Joseph. Et en cette époque, aujourd’hui, nous avons l’habitude de niveler la différence des sexes ; il est bon de se dire que, il y a du masculin et il y a du féminin et que les deux ne se confondent pas. Et les deux prennent leur part dans la création et la venue du mystère du salut. Par contre, tous ceux qui sont parmi nous des priants ; ou sensibles à la littérature mystique (je ne déplierai pas ce que je vais vous dire, mais, ceux-là y seront sensibles), eh bien, mettre du masculin dans notre prière, c’est la rendre stable, la rendre unifiée. Ne pas simplement s’appuyer que sur la figure de la Vierge Marie.

 

Nous pouvons aussi dans cette figure de St Joseph contempler l’homme juste. Et surtout : l’homme discret. Et peut-être garder cet exemple là pour notre méditation d’aujourd’hui. L’homme discret. Pas simplement, le fait qu’il soit homme pour le coup, mais la discrétion tout court. Il y a d’autres figures de discrétion dans l’évangile.  Mais prenons conscience que cette figure de Joseph va disparaître assez vite dans l’évangile,  (nous ne savons pas très bien à quel moment) finalement elle disparaîtra.  Après le passage à l’âge de douze ans de Jésus, à Jérusalem, l’évangile ne rapporte plus rien de Joseph. Et, de la même façon qu’Abraham va s’effacer, à un moment donné, de la même façon que beaucoup de prophètes s’effacent dans l’histoire du salut, pourtant ils l’ont attendu et espéré la venue du Sauveur ; eh bien, Joseph d’une manière excellente va contribuer en cette venue-là ; mais il s’efface.

Mais cette figure de discrétion peut, peut-être nous inspirer dans notre façon de vivre notre foi. Non pas être effacé dans le monde, non pas être insignifiant et médiocre dans la vie d’une communauté, mais être là, sans forcément être sur le devant de la scène. Etre là, et efficace,  sans forcément être en tête, sous le feu des projecteurs.

 

Alors il y a mille façons de se laisser interroger par cette figure de discrétion. Alors Joseph est le protecteur de l’Eglise, on va lui demander qu’il intercède tout particulièrement pour elle. Nous savons que l’Eglise en occident est fortement malmenée.  De nombreux actes (la presse ne s’en fait pas forcément toujours l’écho) mais, il y a une recrudescence d’actes contre les chrétiens dans le monde, et en occident, par du vandalisme ou de la profanation. Et puis, il y a toutes ces affaires de mœurs qui sont graves.

Eh bien, que St Joseph puisse continuer à protéger plus, plus que d’habitude peut-être, l’Eglise ; et puis les pères de famille, un certain nombre de pères de famille chrétiens ou non, mais en grand nombre chrétiens, prennent conscience de leur rôle et se placent sous le patronage de Joseph. Alors pareil, qu’il puisse les accompagner ces pères-là dans leur rôle de père de famille.

Amen


Dimanche 17 Mars 2019

Gn 15,5 - 12. 17-18

Ps 26

Ph 3,17 - 4,1

Luc 9,28 b - 36

 

Dans ce livre de la Genèse, la première lecture, qui a été lue par Christian tout à l’heure, nous avons le récit d’une scène qui peut nous paraître très curieuse : c’est une scène d’alliance. Curieuse parce que dans nos traditions occidentales et dans le christianisme, cette pratique n’existe pas. Pourtant, il existe des alliances dans le christianisme, par exemple, celle que contractent deux fiancés au moment de leur mariage mais aussi par exemple, le baptême. Le baptême, c’est une alliance entre un adulte, ou un enfant : la personne baptisée et puis le Dieu du ciel, grâce à Jésus.  

 

Il y a aussi l’alliance que le Seigneur fait et renouvelle dans l’eucharistie.

Mais là, à l’époque d’Abraham, en Mésopotamie (on pense, plus d’un millier d’années avant Jésus-Christ), eh bien, cette alliance, elle est contractée grâce à des animaux. Des animaux qui sont offerts, partagés et puis avec une torche fumante qui circule à travers eux. En tous cas, retenons de cet acte rituel - qui dans le fond est très très beau - eh bien, un engagement définitif du Seigneur avec Abraham.

 

D’ailleurs, le tout premier de ce genre : un Dieu unique, qui s’engage avec un homme et sa descendance. Alors Abraham s’engage aussi avec le Seigneur, mais la promesse que le Seigneur va lui faire, eh bien, va l’entraîner en avant et va l’encourager à aller vers une terre qu’il ne connaît pas et quitter la sienne. N’empêche que : il ne verra pas cette terre. Et que la descendance nombreuse qui lui est promise : il ne la verra pas non plus.  Abraham ne va pas vivre des milliers d’années ; il sait que plus tard, sa descendance connaîtra une terre, qu’ils deviendront des sédentaires. Il ne connaîtra ni cette terre ni cette descendance.                    

 Mais il a foi. Il a foi dans la Parole du Seigneur et dans cet acte-là. Ca c’est le début d’un grand arc qui est dessiné dans cette liturgie, avec cette première lecture.  Premier point : la parole du Seigneur, définitive : « Ta descendance sera nombreuse et tu pourras planter ta tente dans une terre qui sera la tienne. »

 

Et de l’autre côté de cet arc, longtemps plus tard ; eh bien,  nous avons cette rencontre au sommet de la montagne. Cette fois-ci, ça n’est pas Abraham : c’est Jésus. Le Seigneur Jésus vient d’annoncer à ses disciples (on ne l’a pas entendu, c’était juste avant)), Il vient d’annoncer à ses disciples qu’Il allait connaître la Passion, qu’Il allait monter à Jérusalem et d’ailleurs ; lorsque sur cette montagne, Il rencontre Moïse et Elie ; ils s’entretiennent de son départ pour Jérusalem.  Pour nous les chrétiens, nous savons que, Jérusalem, la Passion, le départ de Jésus vers Jérusalem, ça équivaut à notre Semaine Sainte, ça équivaut à sa mort, mais aussi surtout : à sa résurrection.  C’est pour ça que je vous ai dit que c’était l’autre côté de ce grand arc.  Abraham, le Seigneur s’engage pour son avenir pour toujours ; et là,  de l’autre côté, nous avons Jésus qui va arriver, à son terme. Alors, terme de sa route à Lui : qui est sa mort. Mais en même temps, qui va être un démarrage pour nous : notre résurrection. Voilà l’arc qui est dessiné : un début… Une fin, mais pour un nouveau commencement ! Alors comment l’intégrer dans nos vies ?

 

Alors, je vous propose plusieurs images.  La première image : c’est l’image de l’agriculteur. L’agriculteur va semer, à un moment donné, semer du grain (c’était il n’y a pas très longtemps ; je l’ai vu, en tous cas, autour de nous). Le début de l’arc…  et il sait que la fin, ce sera la moisson. En attendant, dans l’intervalle, il travaille l’agriculteur, même s’il y a un certain nombre de choses qui se passent sans lui. Il cultive. Un certain nombre d’actes se succèdent pour accompagner la croissance de ce qui a été semé.

Entre Abraham et Jésus : ça a été les prophètes, puis ça a été la venue de Jésus.

Une autre image : vous voulez préparer un grand repas de fête. Vous voulez envoyer les invitations pour des cousinades, un mariage, ou que sais-je ?  Le début de l’arc : vous envoyez les invitations à tout le monde,  la fin de l’arc : c’est le repas.  Mais dans l’intervalle, eh bien, il faut s’organiser : il faut prévoir la table, le repas… c’est un travail.

Une troisième image : notre vie chrétienne, au début de l’arc : c’est notre baptême. Notre baptême. La fin de l’arc : c’est la vie éternelle. 

 

Entre les deux : qu’est-ce qu’on fait ? On cultive. C’est cette très belle image qui n’est pas dans la parole de Dieu aujourd’hui, mais c’est une parabole que l’on entend. Très belle parabole chez Marc, que cet homme, qui dans son jardin, à lui, il jette une graine de moutarde ou plusieurs… Toute petite, petite, petite… Et cette graine va pousser… pour devenir un… Jésus : dit un grand arbre… et pour que les oiseaux du ciel viennent dedans.  Emeline, qui prépare son baptême (et qui sera baptisée à la Veillée Pascale, une adulte) disait : « Ah ! Mais c’est formidable ! Le ciel touche la terre ! » « Ah…bon ? »     « Mais oui, les oiseaux du ciel viennent faire leur nid dans cet arbre ; eh bien, grâce à la graine que cet homme a planté. »  Eh bien oui, c’est une belle image, au fond, de ce qui se passe entre notre baptême et ce qui nous est promis. On cultive, on cultive… Il faut bien que dans notre jardin, nous fassions ce qu’il faut pour que le ciel puisse y venir. Et c’est  l’objet du Carême !  

 

Quatrième image : mercredi des Cendres : début de l’arc…  La fin : Rameaux, Semaine Sainte. La visée : c’est la résurrection de Jésus !  Et dans l’intervalle,  faut faire ce qu’il faut ! Et le ce qu’il faut, nous le connaissons : prière, jeûne, partage, écouter… Et écouter le Seigneur qui parle. Et puis renouveler notre fidélité à Dieu. Dépoussiérer nos habitudes : surtout dans la prière, la renouveler.

Et puis nous avons une autre manière de faire ce qu’il faut : c’est l’eucharistie : nourriture extraordinaire. Qui accompagne la croissance de… (on pourrait dire)  cet arbre intérieur, dans lequel le ciel va venir.

 

Voilà, ce deuxième dimanche de Carême vient lui aussi donc, tracer  la route et nous stimuler. N’abandonnons pas trop vite cet effort qui nous conduit jusqu’aux Rameaux. C’est la raison pour laquelle la liturgie propose la lettre aux Philippiens que nous avons entendue : « Notre Dieu à nous, ce n’est pas notre ventre ; nous, nous ne mettons pas notre gloire dans ce qui fait notre honte. Nous ne pensons pas qu’aux choses de la terre. »  Rappelons-nous le terme de l’arc, nous avons notre Sauveur qui est dans les cieux.  Nous, nous attendons comme sauveur le Seigneur Jésus Christ.           Il va nous transformer.  Faisons ce qu’il faut pour qu’Il puisse venir.

 

Amen


Vendredi 15 Mars 2019

Ez 18,21-28

Ps  129

Mat 5, 20-26

 

Eh bien, nous voici revenus au début du discours de Jésus sur la montagne chez St Matthieu (vous savez quand il prononce les Béatitudes).  Et c’est la parole la plus incisive et la plus idéale, au fond de Jésus. Il a l’expression d’une loi pour nous les chrétiens, qui est poussée à  son extrême, pratiquement ou quasiment impossible à mettre en application. Vous savez, c’est dans ces passages là au sommet de la montagne, où  - tel un nouveau Moïse - qui va dire par exemple : «  Si on te frappe sur une joue, tends l’autre » ou « pardonne soixante-dix fois sept fois à ton frère.» Toutes sortes d’exigences, poussées à son sommet, et qui est fort déstabilisant. On se demande au fond comment on peut la mettre en application, mais elle nous est adressée. Et là dans ces querelles que Jésus présente, et -  desquelles il faudrait se défaire,  pour pouvoir rentrer dans la liberté que nous donne la grâce - eh bien, nous sommes renvoyés à une réalité toute simple : c’est que si nous sommes peuplés à l’intérieur de nous,  d’un certain nombre de liens que nous avons créés par nos querelles, les uns avec les autres ; jamais nous ne pourrons vivre de la liberté de l’Esprit.

 

Alors, nous sommes déjà à l’âge mûr les uns les autres, nous savons bien comment nous pouvons être enserrés dans notre cœur,  par un grand nombre de querelles (pas des querelles de cour de récréation, on n’en est plus là, mais par des rancœurs,  des regrets… untel, j’aurais dû lui dire, mais je ne lui ai pas dit… L’autre m’a dit, mais il n’aurait pas dû le dire… ou bien ce genre de choses).

Et le pardon qui n’est pas simplement qu’une question morale  (c’est bien de pardonner, ce n’est pas bien de ne pas pardonner…). Le pardon est une libération : je vais défaire, je vais permettre à l’autre aussi de défaire ; nous allons nous permettre mutuellement de défaire ce lien invisible qui nous immobilise, en fait.

 

Alors, la question que pose  Jésus, c’est cela.  Alors après, il y a d’autres questions, que ne résout pas le texte. C’est les questions,  par exemple, de justice et de réparation : quelqu’un m’a fait du mal… donc voilà… dans mon cœur, ça turbine… La question donc là qu’il renvoie c’est celle du pardon.  Mais après parfois, il peut y avoir des questions de réparation. Cela peut nous laisser dubitatif en l’occurrence, peut-être que parfois, c’est nécessaire d’obtenir réparation.

Là, c’est plutôt de dire : nous pouvons être comme enfermés à l’intérieur de nous-mêmes par un certain nombre de blessures -  dirions-nous  (c’est très à la mode de dire ça) qui sont toujours liées au passé (puisque les blessures de demain, on ne les connaît pas encore)  -  et qui nous immobilisent.

La puissance de la parole qui consiste à dire (soit à ce frère ou à cette sœur, soit à son confesseur éventuellement) toute la souffrance que cela peut produire, eh bien, cette puissance-là de la parole nous libère.

 

Alors soyons renvoyés avec un peu d’anticipation à ce que nous allons vivre le Vendredi Saint  (on est vendredi  aujourd’hui ;  bon,  dans cinq semaines).  Nous allons contempler le Christ dans sa Passion avec l’Evangile de Jean. Nous serons invités à Le voir souffrant.  Nous ne sommes pas invités à souffrir à sa place : Il est là, en face de nous, souffrant. Dans notre foi, nous confessons qu’Il souffre à cause de nos pêchés. Ce Christ souffrant, voyons le comme Celui qui librement ;  se donne, dans l’Amour.

 

Ca nous paraît simple ou pas simple, on est d’accord ou pas d’accord ; on fait ce qu’on veut et ce qu’on  peut avec ça.  Mais c’est ça. 

Si nous sommes aimés à ce point, et si notre foi nous permet d’y adhérer ; alors, laissons-nous le plus possible toucher et renouveler par cette nouvelle- là.

Celui qui donne sa vie pour nous,  comme dans chaque eucharistie.

Mais faisons un pas supplémentaire : regardons le aussi comme dedans son Esprit (chez St Jean, on nous donne les deux sur la Croix : Sa Vie et Son Esprit.   

Pas lui-même, c’est son Esprit Saint, côté ouvert. « Du côté ouvert, jaillissent le sang et l’eau. » Et cet Esprit saint, c’est celui qui nous libère et nous rend libres, voilà, donc qui ouvre, qui défait les chaînes, notamment de toutes ces blessures, rancœurs, querelles, etc…

Alors, on voit peut-être le mouvement que nous sommes invités à vivre : se laisser toucher et en même temps, se laisser attirer par cette perspective  que Dieu permet (nous ne sommes pas tous seuls dans cette aventure) : cette perspective que Dieu permet d’être dans la liberté ; le don de sa Vie sur la Croix, le don de son Esprit, la Grâce.

Et dans cette eucharistie, rappelons-nous que si nous avons quoique ce soit qui nous enserre, au moment de déposer notre offrande sur l’autel ; il est grand temps de le noter sur un bout de papier et de courir voir son confesseur pour voir comment faire pour s’en libérer.

 

Amen


Jeudi 14 Mars 2019

Est 4, 17

Ps 137

Mat 7,7-12

 

Alors dans cet évangile, il y a un certain nombre de verbes (forcément) et,  il y en a un qui est tout à fait intéressant, c’est le verbe : trouver. 

«  Qui cherche trouve »

Et il est encadré par deux autres verbes : le verbe « recevoir »  (des verbes qui sont conjugués au passif) : recevoir et ouvrir. C’est-à-dire : C’est Dieu qui fait. C’est Dieu qui ouvre, c’est  Dieu qui reçoit.

Mais trouver, c’est nous. Chercher … On trouve.

Mais le reste, ce n’est pas nous.

Ce qui est reçu et ce qui est ouvert, ce n’est pas de notre fait. Voilà. Ce n’est pas nous qui allons tourner la poignée, ce n’est pas nous qui allons expédier ce que nous allons recevoir.

 Par contre : chercher, si !

 

Alors, raison de se redire que,  quand on est proche de Jésus, très spontanément,  comme ça, on est plutôt dans l’attente, dans la volonté d’un retour vers nous. On a des prières de demande, de supplication, de plainte, on joue les sanglots longs  dans nos prières, à chaque fois,  ou souvent  en tous cas, la plainte. Et puis, un monde meilleur, eh bien,  nous pouvons le rêver et nous aimerions bien,  que le Bon Dieu l’instaure. On est encore un peu dans une sorte d’attente.

Mais,  Il nous donne, aussi. Et donc, c’est une autre attitude que nous sommes appelés à développer pendant le Carême : non pas tellement récriminer, attendre, tout ça…

 

Mais recevoir, en fait ; recevoir !  Alors s’Il nous donne, Il est actif Lui aussi, en fait. 

Recevoir ! Et Il donne, déjà.  Pas demain, mais déjà aujourd’hui !

Alors, on n’est pas obligé de dire merci quand on ne sait pas pourquoi. Mais on peut cultiver cette recherche intuitive : mais qu’est-ce-que le Seigneur me donne en fait ?  Déjà?  Et si je ne le vois pas,  ça se peut que je ne le voie pas bien ce qu’il donne…  Les Sœurs s’en vont…     il ne donne pas… Il prend…  Je vieillis…  Il ne donne pas, Il prend aussi…  Enfin, voilà…

 

Mais, Il donne quand même ! Mais quoi ? Alors ? Si je ne vois pas, eh bien, c’est peut-être qu’il me manque un bon angle de vue, une bonne perspective. On ne voit pas ce qu’il y a derrière les murs de la prison,  mais si vous montez sur la colline, vous voyez.    

Voyez…  C’est une affaire de point de vue.

 Alors, qu’est- ce qui revient à l’homme ? Eh bien : c’est de chercher le bon point de vue,  pour bien voir ce que Dieu nous donne.

Qu’est-ce qui revient à Dieu ? Eh bien : c’est de nous donner.

Il nous donne à nous déjà… On ne sait pas quoi ?

«  Eh bien, cherchez ! Vous allez voir ce qu’il vous donne. »

 « Je ne trouve pas… »

« Eh bien, déplacez-vous un petit peu et vous allez voir ! Hum ?  Bon ! »

Amen


Mercredi 13 mars 2019

Jon 3, 1-10

Ps 50

Luc 11, 29-32

 

Le prophète Jonas est un prophète qui est familier des enfants, la catéchèse, et de tous les temps de pénitence dans l’Eglise.  C’est le seul prophète, qui soit descendu ainsi, dans les profondeurs et c’est le seul qui a eu une parole en direction des païens.

Parole elle-même exhortant à la conversion, avec grande efficacité, même si nous savons que Jonas était quand même un peu timoré.

Sur ce petit passage que nous avons entendu dans l’évangile, il y aurait fort à dire. Nous sommes presque un chapitre après, à un moment où des gens demandent  à Jésus, des signes. Alors, Il n’en donne pas, Il n’en donne pas.  Et puis, tout d’un coup, Il revient sur la question du signe, cette génération demande des signes : «  mais en fait de signe il ne lui sera donné que celui de Jonas. »

Et donc nous sommes invités à lire ce texte avec notre foi en la mort et la résurrection  de Jésus. Et c’est une préparation à vivre la Passion,  pendant la Semaine Sainte. Ce Jonas étant,  la figure même du Christ, qui va être offert, descendre en terre et ressusciter. Et en même temps, Il sera un signe levé  (ça, c’est plutôt chez St Jean que l’on trouve cette affirmation) et qui sera comme une sorte d’étendard,  dressé devant les nations ; on a là, la Croix, l’image de la Croix mais aussi du Christ Glorieux, qui au fond, deviendra signe de la foi et convaincra, tout du moins, aux premières origines de la Foi chrétienne, toutes celles et tous ceux qui n’ont pas connu Jésus. Mais,  ce signe là, sera un signe de salut.

 

Alors pour avancer un petit peu plus dans le mystère de ce qu’on appelle la Rédemption ; il convient de se rappeler de quelques petites choses :

La première c’est : que Jésus, nous l’aimons ; j’imagine, en tous cas,  nous essayons de l’aimer. Nous avons une relation d’amour avec Lui. Inévitablement, il y a une sorte de transfert d’idéal, ce Jésus est au fond pour nous l’Homme, l’Homme parfait, l’Homme nouveau : tout ce que nous aimerions qu’un homme soit, et ce que nous ne sommes pas complètement, nous voudrions  le devenir. 

Il est pour nous Celui qui endosse tout cela. Et, si jamais nous le suivons, de manière libre, libre, librement ; inévitablement à un moment donné, nous allons achopper sur une pierre. C’est que précisément, à partir de cet évangile et pendant tout le temps du Carême, nous découvrons qu’Il ne peut pas être l’Homme parfait puisque à un moment donné Il est l’Homme défiguré. A moins que l’on soit un peu maso, nous avons bien de la peine à adorer comme idéal un homme défiguré.

C’est qu’il est à la fois Celui auprès Duquel  nous sommes très très proches : un disciple,  qui essaie d’être fidèle le plus possible,  et en même temps il y a une infinie distance entre nous.

Cette distance va marquer dès le dimanche des Rameaux. Et nous allons après, l’acclamer Jésus et dire au fond avec nos rameaux combien nous l’aimons.  Mais tout de suite après, nous avons la lecture de la Passion et nous sommes contraints de dire que nous devons Le laisser faire. Nous ne pouvons pas aller avec Lui jusqu’à la Passion.  Ce serait très présomptueux. Déjà,  par nous-mêmes. Ce serait aussi nous mentir.

 

Est-ce que notre humilité, en réalité, irait jusqu’à ce que nous soyons nous-mêmes crucifiés pour sauver le monde ?  Sauver le monde !  Crucifiés à la rigueur, pourquoi pas ? ... encore que… Mais sauver le monde ! ?   Voilà, on  peut là encore, se glorifier de tous les martyrs qui peuplent la tradition de l’Eglise. N’empêche que nous ne l’avons pas été nous-mêmes.  Nous pouvons éventuellement dire : «  Ah… peut-être… j’aimerais bien 

Mais !  Nous ne le sommes pas. L’instant venu, que ferions-nous ? On n’en sait rien.

Alors, je vous propose trois pistes :

 

La première, c’est : si jamais votre chemin croise la souffrance (que ce soit à cause ou pas à cause du Christ),  des contrariétés majeures, un décès dans la famille,  des choses qui nous font souffrir (on ne fait pas semblant). Eh bien, se redire que,  nous pouvons dans notre prière, prier Jésus : Son  Nom, Son Nom : Jésus,  Jésus. Déjà d’une part.

 

D’autre part, ne pas trop tout de suite, se mettre dans les bras du Crucifié, du Souffrant,  mais essayer de regarder et de nous réjouir de la compassion de Dieu (c’est vrai que le Crucifié dit la compassion de Dieu).  Mais ayons déjà bien au cœur de notre vie spirituelle, la compassion de Dieu manifestée toutes les fois où Jésus soigne, relève, guérit,  pardonne.  Avant qu’il soit crucifié les bras ouverts.

Et puis demandons à l’Esprit Saint qu’Il nous donne sa Force.

Car,  si Dieu nous choisit, pour passer par la Croix avec Jésus : c’est Dieu qui nous choisit ! Ce n’est pas nous qui choisissons. C’est Dieu qui nous choisit. On peut vouloir… C’est Dieu qui nous choisit.

Il nous en donne la force.

Ce ne sera jamais au-dessus de nos forces.

Il nous en donnera la force.

 

Amen


Mardi 12 mars 2019

Isaïe 55, 10-11

Ps 33

Matthieu 6, 7-15

 

Alors, quand nous vivons le mercredi des Cendres et que nous entendons l’Evangile avec ses fameux trois phares,  trois piliers, que sont : le jeûne, la prière, l’aumône.  Eh bien, la liturgie nous fait sauter à pieds joints par-dessus un petit passage de l’Evangile (qui est inséré) quand il s’agit de la prière :

Jésus indique à ses disciples comment prier le Notre Père.

Ce qui nous est réservé sept jours plus tard. Ce petit passage que nous avons donc  aujourd’hui  dans  Matthieu.

 

Alors, il y a bien des choses que nous pourrions dire. Nous sommes pendant le temps du Carême et la première lecture n’est pas innocemment choisie : elle est en rapport avec l’Evangile. Alors, nous avons entendu un texte d’Isaïe  (que l’on entend aussi pendant l’Avent) ;  cette parole de Dieu ne revient pas,  comme la pluie. Elle ne revient pas, sans avoir produit son fruit.  Comme la pluie ne revient  pas sous forme d’humidité au ciel, sans avoir fécondé la terre. Sans doute, la prière du Notre Père a sa propre efficacité. Encore faut-il savoir la prier. C’est ce qui nous est proposé.  Alors,  plusieurs choses,  qu’on peut retenir :

 «  Que le règne vienne, que la volonté soit faite sur la terre comme au ciel. » C’est une affirmation qui est propre à Matthieu. Si nous lisons la prière du Notre Père dans les autres  Evangiles, nous ne l’avons pas.

Et puis : « Délivre nous du mal » : c’est aussi une affirmation propre à Matthieu.

Alors quand on la prie, comme ça (de manière apprise par cœur), tout ceci a été  compilé en une seule et même prière.

 

«  Que la volonté soit faite sur la terre  comme au ciel, et  délivre nous  du mal. »  La volonté,  faite, sur la terre comme au ciel ; nous redécouvrons ou nous entendons peut-être ce que Jésus a dit à Gethsémani, dans le lieu de son Agonie : «  Que ce ne soit pas Ma volonté qui soit faite mais la Tienne, Père ».  Jésus qui aurait bien envie d’être délivré…  Délivre-moi de ce qui va m’arriver…

 Mais : «  Non pas Ma volonté,  mais la Tienne. »

Il est bon de se redire que, toute prière, toute véritable prière,  n’est pas parole, en fait.  Elle n’est pas demande, même si c’est beau de demander.  Elle n’est pas action de grâce même si c’est magnifique.

Et l’Eucharistie, est,  action de grâce !

La prière est d’abord silence.  Et elle est la circulation de l’Esprit Saint : du Père au Fils et du Fils au Père.

 

Quand nous prions, quand nous sommes amenés à grandir dans la perfection de notre prière : ça n’est pas nous qui prions : c’est l’Esprit qui prie en nous. Et s’Il doit dire un mot ; et ne serait-ce qu’un seul ; c’est : (c’est St Paul qui nous le dit dans une de ses lettres)   : «  Abba, Père. »

Nos cœurs se tournent vers le Père, par la prière de l’Esprit en nous. Alors bien sûr que nous avons faim, bien sûr que nous avons peur, bien sûr que nous avons des regrets, bien sûr que, il y a des fautes,  en nous ;  ou des fautes chez les autres, que nous leur reprochons.  Bien sûr que,  il y a des motifs de remerciement, bien sûr qu’il y a des joies. Et tout cela dans notre cœur,  cela peut faire partie de notre prière mais d’abord,  et enfin : mais d’abord cette prière, eh bien : un mot du Fils à Son Père.

 

« Si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père,  non plus,  ne pardonnera pas vos fautes » : ça, c’est une petite addition, que fait St Matthieu (que nous n’avons pas dans notre prière du Notre Père).

Une façon de se redire,  que quand nous allons communier  (et bien même avant d’ailleurs,  au moment où je vais préparer l’autel) : tout ce que nous avons comme regrets, fautes, plaintes et autres doléances ; eh bien : laissons-les là.

Afin que nos cœurs soient tout  disposés à vivre l’Amour du Fils qui s’offre à Son Père.

J’ai conscience du caractère un petit peu idéal, de ces mots  du Notre Père ;  mais nous en sommes tous là. Voilà.

 

Amen


Dimanche 10 mars, 1er dimanche du Carême

 

Frères et sœurs, chaque année, le 1er dimanche de carême est consacré à l’écoute de ce récit des tentations de Jésus pendant quarante jours au désert. Il est poussé par l’Esprit Saint ; Saint Luc prend soin d’ajouter qu’en plus d’être poussé par l’Esprit Saint il est rempli d’Esprit Saint. Il vit donc ces trois tentations. Nous allons commencer par nous arrêter sur ces trois tentations.

 

Je vous disais le jour du mercredi des Cendres qu’il y a trois dimensions fondamentales de l’être humain. Ces trois dimensions ne sont pas énoncées comme telles dans la Bible ; les mots que je vais dire sont des mots qui nous sont familiers dans notre culture d’aujourd’hui. Mais les réalités qu’ils désignent sont bien présentes dans la Bible. Ces trois dimensions que je vais vous rappeler, on ne peut absolument pas les enlever de notre vie. Ce n’est pas possible. Ce serait comme si vous enleviez les rouages de votre montre mécanique : elle ne fonctionnerait plus. Nous en avons besoin. Ces trois dimensions sont neutres en elles-mêmes, ni bonnes ni mauvaises, ni vertueuses, ni peccamineuses. Rien de tout cela. Effectivement elles peuvent apporter du bon, effectivement elles peuvent apporter du mauvais. Tout dépend de ce que nous en faisons.

 

Ces trois dimensions : la sensualité, l’émotionnel et le savoir rationnel.

Ces trois dimensions, nous les trouvons dans les trois tentations. Pour bien les retrouver, il faut accueillir ce que nous dit littéralement le texte des tentations de Jésus au désert. Rendez-vous compte que Jésus a été pendant quarante jours privé de nourriture mais également privé de toute relation avec quiconque. Il est absolument seul dans ce désert. Quarante jours et quarante nuits ! Pas de téléphone portable, pas de présence humaine. Il est seul et il a faim.

Première tentation : c’est la faim. A votre avis, si vous vous mettez deux secondes en imagination dans la peau de Jésus, quelle serait la première des trois dimensions de votre vie illustrée par cette tentation ? Vous êtes dans le désert depuis quarante jours et on vous parle de pain. Qu’est-ce qui est sollicité ? le savoir ? l’émotion ? le sensuel ? Le sensuel. Le sensuel, c’est tout ce qui passe par nos sens, cela peut être la faim, comme c’est illustré. Imaginez… l’odeur d’un pain, pas un pain de chez nous, mais un pain comme en avait Jésus dans sa culture. Juste sorti du four… Imaginez ce que cela peut évoquer de sensuel…

 

La deuxième tentation : cela fait quarante jours que vous êtes seul, aucun contact et tout d’un coup on vous promet que vous comptez pour une foule immense. Une foule immense vous attend ! Elle a besoin de vous ! Quelle dimension est-ce que cela sollicite dans votre vie ? Le savoir ou l’émotionnel ? Vous savez les émotions, par exemple joie, peur, enthousiasme… Alors ? Quelle dimension est sollicitée à ce moment-là, si vous vous mettez dans la peau de Jésus en imagination ? L’émotion, oui ! le voilà étourdi, en tout cas peut-être le serions-nous : des gens m’attendent, on compte sur moi ! Imaginez toute la gloire que je peux avoir.

 

Par déduction nous allons trouver la troisième dimension, mais peut-être ne vous apparaît-elle pas très clairement. Jésus est conduit en haut du temple et le démon lui dit : « si tu sautes il ne va rien t’arriver ». Vous allez le dire : c’est le savoir. Mais on commet toujours une erreur par rapport à Jésus : on pense qu’il sait tout. Jésus ne sait pas tout. On pense qu’il savait absolument qu’il allait ressusciter. Non ! Il sait que dans l’Ecriture il est question de ressusciter le troisième jour, mais quand il va vers sa croix, est-il certain qu’il va vivre un passage extrêmement douloureux mais qui va être tellement bref que cela ne lui fait même pas peur ? Eh bien non. Il n’en a aucune certitude. Le démon lui dit : « jette-toi ; tu sais que les anges vont te rattraper de toute façon ! » Il n’en sait rien. Il aimerait bien savoir… Et Jésus refuse. Il y a des certitudes comme cela que nous aimerions bien avoir. Cela vous donne un vrai pouvoir, de posséder un certain nombre de concepts dans la tête où appuyer notre expérience, cela peut nous sécuriser. C’est la troisième tentation. Jésus ne tombe dans aucune des trois. Il ne se laisse pas étourdir par l’émotion, pas plus par le savoir et pas plus par ses sens.

 

Si nous nous mettons dans la peau de Jésus en imagination nous pouvons comprendre, alors, que Jésus ne fait pas semblant d’être tenté. Il est vraiment tenté. Rappelez-vous, quarante jours dans le désert. Ce que Jésus dit au démon pour l’en écarter, là encore, ce n’est pas une formule de la Bible apprise par cœur : « tu me dis… moi j’ai appris… alors je te dis… » Ce n’est pas cela que fait Jésus. Il n’est pas dans une leçon de rhétorique. Au fond, Jésus va crier sa réponse au diable. Car il est vraiment tenté. Ce qu’il dit, c’est une profession de foi. Sa fidélité à son Père.

Au plus profond de la faim, au plus profond de la solitude, et sans doute de la peur, alors que j’aimerais bien être dans le savoir, que je suis étourdi par mes émotions, et peut-être que mes sens me perdent… et bien ce que fait Jésus, c’est une profession de foi. Vivons-là comme telle. Comme si déjà il était au plus profond du tombeau, du tombeau dans lequel il sera déposé le vendredi Saint. Il crie vers son Père. Ces trois extraits bibliques qu’il cite au démon sont un cri du cœur du Fils attaché à son Père.

 

La première lecture, le livre du Deutéronome, cinquième livre de la Bible : il y est question d’un araméen nomade à qui il est dit : « quand tu vas déposer ton offrande à l’autel, souviens-toi que… Et tu prononceras ces paroles : « Mon Père est un araméen nomade. »

Le père en question, c’est Jacob, un des fils d’Isaac. Jacob, il a faim, lui et sa descendance. Ils ont faim dans leur pays. Grande famine, plus rien à manger, comme Jésus. Ils partent en Egypte. L’un de ses enfants Joseph va les accueillir, il y est déjà. Il va y rester, lui et sa descendance sur plusieurs générations. Ils deviennent esclaves en Egypte. Et après, nous l’entendrons à la veillée pascale, va se lever Moïse qui les sortira de cette terre d’esclavage. Et ils vont se retrouver en route vers la Terre Promise, mais entre-temps, vous savez qu’ils vont marcher quarante ans dans le désert.

 

Eh bien, chaque fois que tu as une offrande à déposer devant l’autel, souviens-toi que, par ton baptême, tu as été sauvé de la terre d’Egypte.  De tout ton cœur dépose cette offrande. Ce ne sont pas seulement trois pièces dans une corbeille, c’est tout ton cœur que tu déposes dans cette offrande. C’est une profession de foi que tu fais : J’ai été baptisé et sauvé par Jésus. De même que Jésus a confiance en son Père, au plus profond de son épreuve, de même nous avons confiance dans le Christ qui nous a sauvés. Ce qui nous permet de dire, comme Saint Paul dans sa lettre aux Romains : notre profession de foi, qu’elle soit authentique, sincère, du fond de nos tripes, si je dis que je suis sauvé, c’est parce que vraiment, vraiment, tout mon être l’est et si je fais l’expérience de la faim, si je fais l’expérience de la solitude, je n’ai peur de rien, si je veux bien, car Dieu, mon Père en Jésus, me sauve.

C’est une profession de foi que nous sommes invités à faire aujourd’hui en ce premier dimanche de carême. Le jeûne, le partage et la prière, vécus le plus intensément possible par chacun comme il le peut, est une façon de ne pas être trop esclaves de nos sens, de nos émotions et de notre savoir, et de redire notre fidélité au Christ.

 

Amen. 


Jeudi 7 Mars 2019. : Sainte Anne de Clairvaux

 

Nous sommes entrés dans un temps où nous voulons résolument vivre une conversion, une conversion qui puisse être durable dans notre vie. Nous avons ces trois repères du jeûne, de la prière et du partage.         

Une conversion ça coûte puisqu’il s’agit pour nous d’extirper de notre vie ce qui nous laisse à un stade de médiocrité. Alors, il y a toujours un passage à vivre dans une conversion.  

 

C’est toujours très difficile de parler de la croix car la croix est toujours associée à la souffrance. C’est la raison pour laquelle nous en parlons, d’ailleurs. C’est difficile d’en parler parce que la souffrance ne peut guère se justifier.

Nous sommes invités néanmoins à nous rappeler que le quotidien de nos vies ne peut pas être en permanence chatoiement, bonheur et autres choses somptueuses et délicates, mais le quotidien de nos vies est aussi parsemé de choses plus difficiles. Et il faut l’accepter. Ce n’est pas toujours le problème des autres. Et dans ce temps de renoncement ou de conversion qui nous est donné à vivre, le Seigneur nous invite à nous placer en face de ces croix-là.

 

Ceci étant, et c’est le grand thème de l’Ecriture qui nous est proposée aujourd’hui, le Seigneur nous donne de porter ce qui est portable. Il ne nous donne jamais à porter ce qui est trop lourd. Il ne nous donne jamais ce qui est écrasant et fait mourir mais il nous donne toujours sa grâce, sa force à lui.

C’est cela la bonne nouvelle aujourd’hui : nous avons des croix, il nous appartient d’accepter de les porter, mais Il les porte avec nous, avec sa puissance. Il n’y a aucune croix qui soit pour nous signe d’aplatissement et de mort, mais ce sont des croix qui sont à notre mesure. Ayons cette confiance. Mais il faut la porter !

 

La puissance et la force qu’il veut nous donner, nous la trouvons dans l’Eucharistie également. Cette nourriture est là, sur notre chemin, elle nous donne force et espérance alors que ces croix peuvent nous paraître trop lourdes. Si nous recourrons à la puissance du Christ dans l’Eucharistie c’est que nous reconnaissons que nous portons nos croix et que nous avons besoin de Lui. Si nous avons conscience de cela, nous avons déjà fait les trois quarts du chemin jusqu’à Pâques. Mais il faut les faire ces trois premiers quarts…

Portons nos croix. Nous avons besoin de Lui. Nous trouverons Sa force dans l’Eucharistie.

 

Amen.


Homélie de Mgr Marc Stinger 3 mars 2019

 

St Martin d’Arconville  -  consécration du nouvel autel 

 

Introduction

La consécration de l’autel de l’église paroissiale est toujours un grand moment pour une communauté. L’autel est le signe du rassemblement autour du Christ. Même si beaucoup de choses nous séparent les uns des autres, il est une invitation à nous unir pour célébrer ensemble l’Eucharistie. C’est ce que nous allons faire ce matin autour de ce nouvel autel. Reconnaissons au début de cette Eucharistie tout ce qui peut nous séparer et laissons-nous réunir par la miséricorde du Père.

 

Homélie    Lc 6, 39-45

Chers amis,

Une des raisons de nous retrouver dans l’église dimanche après dimanche est, sans aucun doute, la joie de rencontrer des proches avec qui nous partageons la foi. Nous sommes en effet plongés dans un monde où croire est chose fort singulière. Aussi nous goûtons comme une joie chaque dimanche la chance qui nous est donnée de nous retrouver dans la foi et de renouveler nos raisons de vivre, et cet autel qui va être consacré et qui représente le Christ est le cœur de notre venir ensemble avec nos amis, qui nous aide à avancer dans l’épreuve et le combat de la vie.

Il y a incontestablement de la joie à être ensemble. Mais ce serait de la naïveté d’ignorer qu’il y a entre nous d’importantes différences et que notre vie communautaire peut connaître des tensions et même des conflits. St Luc nous dit que ce n’est pas d’aujourd’hui. Dans la première communauté chrétienne, il y a eu des difficultés. L’Evangile y fait allusion et invite à réguler les relations entre frères : « Ne regarde pas la paille qui est dans l’œil de ton frère ; regarde plutôt la poutre qui est dans le tien ». Cette exigence qui est un commandement du Christ s’adresse à nous aussi et nous invite à regarder de plus près notre vie personnelle et communautaire.

Cette parole est d’abord une exigence personnelle pour nous. Elle nous appelle à ne pas accabler de reproches ou de leçons de morale nos frères et sœurs. Elle s’adresse aussi à la communauté chrétienne dont nous faisons partie : ne pas dénoncer et ne pas donner de leçons, donc ne pas exclure. C’est difficile à vivre : celui qui a une poutre dans l’œil est aveugle et ne voit plus rien. Il est alors comme un aveugle qui veut guider d’autres aveugles. Le résultat, dit l’Evangile, c’est qu’ils vont tomber tous les deux dans le trou.

Il y a un deuxième aspect dans cette parole de Jésus. Elle nous demande de commencer par ce que l’on appelle aujourd’hui un travail sur soi : enlever ce qui nous empêche de voir clair. Nous débarrasser de tous les rêves et les fantasmes, toutes les idées toute faites qu’il y a dans notre tête et qui nous empêchent de voir la réalité. Pour vivre en amitié ou en fraternité, il faut accueillir l’autre : ne pas projeter sur ce qu’il dit nos propres opinions, mais l’écouter et ensuite prendre le temps de la réflexion en tenant à distance nos impatiences et nos colères. La parole qui naît alors est une parole qui construit et ne détruit pas. Cela veut dire ne pas s’emballer et regarder au-delà de ce que nous voyons de négatif ce que Jésus nous révèle de positif.

C’est vrai aussi pour la communauté chrétienne. Aujourd’hui surtout, en raison de tous les évènements que nous connaissons chez certains la parole de l’Eglise n’est plus reçue. D’une manière générale d’ailleurs, beaucoup considèrent que le discours de l’Eglise est irrecevable, surtout en matière de morale. Ils peuvent reconnaître que l’Eglise est soucieuse de promouvoir la solidarité et l’attention au petit, mais ils sont choqués lorsqu’ils voient le ton sur lequel l’Eglise moralise, dénonce ou condamne. L’annonce de l’Evangile suppose un autre ton, celui que Jésus nous demande aujourd’hui.

Pour comprendre la valeur de ce que Jésus nous demande dans cet Evangile, nous pouvons penser un instant au chemin qui a été celui de notre accès à la foi ou son approfondissement. J’ai rencontré les catéchumènes qui vont être baptisés à Pâques l’autre samedi. Ils me l’ont raconté. J’en ai été très ému.

Qui de nous ne sait pas que les personnes qui nous ont le plus marqués quand nous avions besoin d’une parole de vérité, ce n’est pas nécessairement les gens les plus riches, les plus savants, les plus heureux, mais des personnes qui savent ce que c’est l’épreuve et la difficulté et qui ont appris à vivre une bonté qui n’accuse pas. C’est tellement facile de juger, de dénoncer, d’accuser. Jésus nous invite à un autre regard. Jamais un bon arbre ne donne de mauvais fruits. On ne cueille pas des figues sur les épines, on ne vendange pas non plus du raisin sur les ronces. Il vaut mieux donc chercher le raisin plutôt que de s’arrêter aux ronces.

La parole adressée à autrui par celui qui se croit parfait est souvent blessante. Elle n’aide donc pas à faire grandir l’autre. Comme un buisson d’épines ou un massif de ronces déchirent la fragilité de la peau, notre parole ne doit pas déchirer la délicatesse de l’âme qui s’ouvre à la lumière. Notre parole n’est juste que si elle vient de la bonté du cœur.

La bonté du cœur est souvent acquise au prix de la souffrance. Celui qui a souffert a appris à connaître ses limites et il ne se sent pas, comme on dit, de faire la leçon aux autres. Il s’est libéré de toute arrogance. Ce qu’il sait, il le dit avec humilité et sans la dureté qu’on voit sur le visage des inquisiteurs ou des moralistes. Celui qui a cheminé dans l’aridité des jours et les difficultés de la fidélité, celui-là peut montrer la route de l’amour de Dieu qui ne se dérobe jamais.

Pensons à ceux qui nous ont aidés et nous aident à naître, à grandir, à mûrir. Par leur humilité ils sont une image de Celui qui se donne à nous, Dieu lui-même dans son humanité. Jésus nous le dit dans ce passage d’Evangile. Ceux-là nous ont rapprochés du Christ, nous ont aidés à devenir des enfants de Dieu. Ils sont vraiment des manifestations de la présence de Dieu dans notre vie. Les catéchumènes ou encore les jeunes dans leur lettre de demande de la confirmation perçoivent bien qui sont ces personnes qui par leur manière d’être leur ont permis de découvrir le Christ.

Au fond si nous pouvons être heureux de nous retrouver dans la même célébration et dans le partage de la même foi par-delà nos différences et nos oppositions, c’est parce que en nous il y a l’Esprit Saint qui fait de nous des êtres au cœur rempli de bonté, à l’image de Dieu. Dieu n’est pas venu à nous comme un maître tout puissant, comme un juge souverain qui décrète et qui condamne, il est venu à nous dans l’humanité toute simple d’un petit enfant, d’un homme disponible à tous, accueillant à tous, attentif à tous, à l’écoute de tous, Jésus son Fils. Il vient aujourd’hui dans notre communauté par le même chemin d’amitié, d’écoute, d’accueil et de partage. Cet autel que nous allons consacrer en est le symbole et le signe. C’est la raison pour laquelle je préfère un autel simple à un grand monument. Qu’il soit pour nous un appel, une invitation à être sur le même chemin dans nos relations les uns avec les autres.

 

+Marc STENGER

 

Evêque de Troyes


Vendredi 1er Mars : messe votive au Saint Esprit

Si 6, 5-17 : L’amitié

Ps 118

Mc 10, 1-12 : Question sur le divorce.

 

Ce dernier petit verset : ‘si une femme qui a renvoyé son mari en  épouse un autre, elle devient adultère’, c’est la preuve, pour les exégètes, que saint Marc s’adressait à un public qui ignorait la loi juive, qui était plutôt habitué à la loi romaine puisque dans la loi juive, il n’est pas possible qu’une femme renvoie son mari pour en épouser un autre. Il n’y a que le mari qui peut renvoyer sa femme. Matthieu n’en parle pas, il connaît davantage la loi juive ; il s’adresse à des auditeurs qui sont habitués à la loi juive.

 

Ceci étant, ce passage de l’Ecriture nous rappelle que de toutes les façons (ça fait partie de notre foi, de notre confession de foi), nous avons perdu l’image et la ressemblance d’avec Dieu, celle des origines, celle du jardin chatoyant d’Eden : à l’image et à la ressemblance ils ont été créés.

Nous avons perdu cette ressemblance, il nous reste (Dieu soit loué) encore l’image et nous confessons que le Christ la restaure, cette ressemblance perdue. Ce qui nous manque, nous l’obtenons avec Jésus ; c’est le sens de notre foi chrétienne, c’est le sens de nos assemblées quand nous venons communier à la table eucharistique.  Cette nourriture qui nous est offerte par la mort et la résurrection de Jésus, c’est pour dire : nous avons conscience d’une perte et en même temps, nous savons que Jésus nous restaure (et dans les deux sens du terme : il nous alimente et il nous rétablit).

 

Dans ce texte, cette union perdue est manifestée de deux manières : la première, c’est la répudiation mais la deuxième c’est la loi de Moïse. Normalement, il n’y aurait pas besoin de loi de Moïse : l’union de l’homme et de la femme perdurerait et il n’y aurait pas besoin de se poser de questions (si on peut répudier ou ne pas répudier). Mais c’est valable aussi pour toutes sortes d’union en nous-mêmes et entre nous. Il y a des infidélités (que l’on appelle le péché) à nous-mêmes et vis-à-vis d’autrui qui sont la marque de cette perte.

 

Si je propose que nous célébrions (et ça n’est pas la première fois) une messe en l’honneur de l’Esprit Saint, c’est que l’acteur de nos eucharisties, Celui qui permet que ce pain et ce vin deviennent Corps et Sang, Celui qui nous relève de la terre et de la cendre dans lesquelles nous gisons (et mercredi prochain, nous dirons que nous gisons dans la cendre), Celui qui nous relève de ça, qui vient faire sa demeure en nous et qui nous élève à une dignité de prêtre, de prophète, de roi, d’ange de Dieu, d’apôtre même, c’est l’Esprit Saint.

C’est Lui qui vient faire de nos ossements desséchés, un corps vivant. C’est Lui qui, après la disparition de Jésus, monté au Ciel, vient raffermir et donner confiance à ses disciples. C’est cet Opérateur qui rend possible dans nos vies, ce raccord que Jésus opère par sa mort et sa résurrection ; ce raccord avec ce qui est perdu. En tout cas, c’est l’Esprit Saint qui nous restaure.

 

Dans cette eucharistie, réclamons ou rappelons-nous qu’il est bon de réclamer, chaque jour, l’Esprit Saint avec l’intention de le recevoir.

 

Nous savons que dans notre foi, nous pouvons confesser l’Amour, la charité ;

nous savons que dans notre foi, nous pouvons toujours circuler entre la contemplation et l’action ;

nous savons que dans notre foi, il y a une tension permanente vers Dieu ;

nous savons que dans notre foi, il est bon de confesser l’amour du Seigneur pour nous et donc de reconnaître notre péché ; tout cela est important.

 

Le faire, ça permet à l’Esprit Saint de venir en nous et en même temps, si nous le faisons c’est que c’est l’Esprit Saint qui le permet (voyez un peu ce cercle vertueux). Reconnaissons cette action de l’Esprit et demandons que cet Esprit, toujours, opère en nous.

 

Amen.


Jeudi 28 Février 

Si 5, 1-8 : Richesse et présomption.

Ps 1

Mc 9, 41-50 : Charité envers les disciples. Le scandale.

 

Il y a une histoire qui vient de l’époque de nos pères, une vieille histoire que je vais vous raconter : c’est l’histoire d’un homme très, très saint et il avait en face de lui de très jolies jeunes filles, très belles (remarquez, on peut inverser : c’est l’histoire d’une femme très sainte qui avait en face d’elle de très, très beaux jeunes gens ; vous adaptez).

 

Je reviens à la version de l’homme saint. Cet homme très saint, était tellement saint qu’il arrivait à parler en tête à tête avec les démons (car ces jeunes filles, voyez-vous, avaient des démons en elles).

 

Ce jeune homme saint demande aux démons : ‘qu’est-ce qui est le plus important chez les chrétiens ?’

Les démons répondent : ‘il y a trois choses importantes chez les chrétiens et qui nous font faire frémir, nous, les démons.

La première chose, c’est ce qu’ils portent autour du cou (pas la meule !).

La deuxième chose qui est le plus important, c’est cette eau qui ‘nous lave’, dans leurs églises.

La troisième chose, c’est cette nourriture qu’ils prennent dans leurs assemblées.’

 

Alors, le jeune homme très saint, dit aux démons : ‘Fort bien ! Et de ces trois choses, laquelle est la plus importante ?’‘

Oulala, celle qui nous fait fuir assurément, c’est la troisième : cette nourriture qu’ils prennent dans leurs assemblées’. ‘Très bien’.

 

Vous voyez, il y a trois choses importantes : la Croix, le baptême et l’eucharistie et c’est sans doute cette eucharistie qui nous donne du sel, qui nous évite d’utiliser nos mains, nos pieds, nos yeux et nos bouches, qui risquent de nous rendre manchots estropiés, borgnes ou muets.

Cette nourriture nous donne la Paix.

 

Amen.


Mercredi 27 Février 

Si 4, 11-19 : la Sagesse éducatrice.

Ps 118

Mc 9, 38-40 : Usage du nom de Jésus.

 

Cette préoccupation de ce disciple Jean, dit bien la préoccupation du groupe des Apôtres, en présence de Jésus et aussi de l’Eglise, aux origines de son histoire et jusqu’à aujourd’hui ; c’est-à-dire : comment faire avec ceux qui ne sont pas du dedans, ne sont pas avec nous ?

 

Il y a ceux qui ne sont pas avec nous et qui nous font du mal, (semble-t-il, de manière objective) et il y a ceux qui ne sont pas avec nous mais qui ont aussi une vraie fécondité, une vraie lumière en eux. Cela pose des tas de questions d’œcuménisme, pour ceux qui se réclament du Christ ; de l’inter-religieux, pour ceux qui se réclament d’un ‘Dieu un’ et puis, dans un débat assez contemporain, la question du lien entre l’humanisme, l’athéisme et les baptisés, la vie religieuse.

 

Ceci étant, je vous propose de prendre cet Évangile un petit peu autrement et de nous demander : qu’est-ce qui unit notre cœur ?

Il y a bien des aspects de notre vie qui unissent notre cœur et le contraire aussi, qui le divisent mais nous croyons que l’eucharistie, par excellence, unit notre cœur, (si toutefois nous le voulons) : Jésus qui est le Pain de vie, Jésus qui est Source : ‘celui qui mange mon corps et boit mon sang a la vie éternelle’ en lui ; c’est l’assomption d’un désir, (l’eucharistie) : le sien pour nous et le nôtre, pour lui. À partir du moment où c’est l’assomption d’un désir et la rencontre de deux désirs, c’est forcément un lieu d’unité et d’unification : de Dieu, de nous-mêmes et du Corps (du Corps du Christ) et de notre corps.

 

Saint Paul, dans une de ses lettres (aux Romains), fustige ceux qui vont à l’eucharistie (ou tout du moins, communient au Corps et au Sang) sans discerner le Corps ; celles et ceux qui chosifient l’eucharistie ou la pratiquent de manière tout à fait machinale et oublient que c’est le lieu d’une assomption d’un désir, d’une rencontre, d’une union. Ceux-là, dit-il (saint Paul) vont à leur perte, dès aujourd’hui.

 

Il n’y a, dans notre foi, que ce lieu-là qui, par excellence, est un lieu d’unification et c’est en même temps une figure des réalités à venir ; c’est-à-dire que nous recevons dans le Corps et dans le Sang (dans le pain et dans le vin), le corps et le sang de Jésus qui sont vraiment corps et sang.Il y a du divin, de la vie, dans ces espèces-là et en même temps, c’est ce que ça sera pour nous-mêmes à l’avenir ; mais ça l’est, dès aujourd’hui.

 

Ce désir-là, tant qu’il est désir, nous met en mouvement. Celui qui ne se met pas en mouvement et qui ne cherche pas à recevoir cette vie-là, dans le Corps et le Sang, est quelqu’un qui est extrêmement dispersé.

 

Dans cet Évangile, on peut se demander d’ailleurs, qui de Jean ou de cet homme anonyme, est le plus divisé ?

Puisque cet homme fait des miracles au nom de Jésus, peut-être qu’il ne l’est pas divisé, du tout et qu’il est en profonde communion avec Lui. Et puisque Jean est profondément préoccupé par la présence de cet homme, (il se gratte un petit peu partout pour savoir si sa place est la bienvenue), peut-être que c’est Jean qui est en train de se perdre.

 

Il n’y a qu’une seule chose qui compte, (si nous le voulons bien) c’est la façon dont nous laissons monter en nous, le désir de l’union avec Dieu et l’eucharistie est un lieu absolument extraordinaire pour la vivre aujourd’hui et la vivre demain.

 

Amen.


Mardi 26 Février

Si 2, 1-11 : La crainte de Dieu dans l’épreuve.

Ps 36

Mc 9,30-37 : Deuxième annonce de la Passion. Qui est le plus grand ?

 

Nous sommes à la deuxième annonce de la Passion (on en compte 3) et dans cette annonce de la Passion, Jésus est seul avec ses disciples ; il était jusqu’à lors, avec d’autres gens.

Il est dans l’intimité du cercle des disciples.

 

Jésus est tout à fait conscient de sa Passion, à cet  instant-là : Il n’en parle pas comme d’un évènement probable et en parlant d’un autre ; Il parle de Lui.Il est brûlé (et Il sera brûlé) par l’Amour de Dieu, et d’ailleurs, Il est ce feu- là, Lui-même ; en contraste : les disciples qui paraissent complètement froids, secs et en dehors de la scène (nous l’avons vu), se posent des questions de préséance.

 

Alors, c’est une façon pour nous, de nous redire que si le feu de l’Amour de Dieu ne fait pas partie, dans la puissance de l’Esprit, de notre âme, il est probable que tout ce que Jésus vit et va vivre soit difficile à suivre, à entendre à  accepter fasse peur et rebute, que ce ne soit pas un chemin d’amour mais un tel anéantissement, qu’il n’est déjà, d’une part, pas humain et ne dit rien de l’Amour du Père.

 

Si l’Esprit anime notre cœur et si nous percevons la puissance ardente de l’Amour,  à travers le geste du Fils, alors il se peut que tout ceci nous attire, au contraire, nous brûle à notre tour, soit contagieux.

 

Nous pouvons demander au Seigneur qu’il nous fasse la grâce d’avoir cette perception-là, de nous laisser brûler par l’Amour ; sans quoi, nous risquons d’être bien préoccupés par des affaires de préséance.  Cela risque d’être très ennuyeux pour nous et surtout produire beaucoup de violence.

 

Que le Seigneur nous permette donc, de percevoir cet  Amour-là, qu’Il nous fasse grandir dans l’humilité, dans la patience et dans la confiance.

 

Amen


Dimanche 24 Février 2019

1 S 26,2. 7-9. 12-13. 22-23 : David épargne Saül.

Ps 22

1 Co 15, 45-49 : Le mode de la résurrection.

Luc 6, 27-38 : L’amour des ennemis. Miséricorde et bienfaisance.

 

Frères et sœurs, commençons par la 1ère lecture : c’est un tout petit extrait du livre de Samuel.

Nous sommes à l’époque de l’histoire d’Israël où le royaume n’était pas encore divisé en deux morceaux et où il n’y avait qu’un seul roi.

Et à cette époque, c’était le premier de tous les rois : Saül.

 

Saül, à un moment donné de sa royauté, s’est mis un peu à avoir dans la tête beaucoup de monde (cela commençait à être un tout petit peu compliqué dans sa tête).

 Il s’est mis à imaginer qu’il avait des rivaux ; vous me direz, pour un roi, cela n’est pas très original.

Mais, il était plein d’obsessions pour un de ceux-là, qui s’appelait David, (qui était le meilleur ami de son fiston, d’ailleurs) et qui, jusqu’à lors, ne lui avait fait aucun mal. Il l’avait même aidé à se sauver.

 

Ces deux personnages (Saül, roi, David qui ne l’était pas ; Saül qui  imaginait que David voulait lui prendre sa place et qui pourchassait David, David qui n’avait absolument pas l’intention de faire de mal à Saül), ces deux personnages se retrouvent ensemble dans une espèce de grotte, dans la montagne. Saül dort, Saül et les siens dorment. David est réveillé, il est debout à côté de Saül allongé  (ça, c’est ce qu’on a lu) et il y a une sorte de chef de guerre, (en tous cas, de bras droit de David), qui est avec lui ; tous les deux sont réveillés.

Imaginez bien la scène, c’est important : Saül et les siens dorment, (du coup désarmés, puisqu’ils dorment)  et nous avons David. Saül, en fait, est là dans cette grotte parce qu’il était en campagne pour capturer David et David est là, à côté, il le voit encore allongé. Il sait que Saül veut le prendre, parce que Saül est obsédé (obsédé du mal que David pourrait lui faire mais qui n’en a pas l’intention).

Que se passe-t-il en cet instant ?

 

L’histoire que nous avons lue : l’espèce de bras droit de David, le fameux Abishaï, lui dit : « mais,  vas-y ! »

« Vas-y quoi ? »

« Eh bien, tue le ! Il te pourchasse ! »

Imaginez David,  lance à la main, le corps de Saül, allongé…

Eh bien David ne le tue pas !

 

L’histoire se poursuit : David s’en va.

Imaginez une espèce de vallée où les deux versants de deux montagnes sont assez rapprochés.

Imaginez que David est de l’autre côté de la vallée et Saül se réveille et va lui aussi, en dehors de la grotte. Et il prend conscience que David n’était pas loin de lui et David crie d’un côté de la vallée vers Saül : « eh bien tu vois, je ne t’ai pas tué ». 

C’est ça l’histoire.

 

Alors, ce qui nous  permet  d’arriver à cet Evangile.

Nous avons lu, le week-end dernier, les Béatitudes chez st Luc, continuons. Comme pour st Matthieu, les Béatitudes se poursuivent par la proclamation de ce que nous appelons : la règle d’or. La règle d’or formulée dans la bouche de Jésus, se lit ainsi :  ‘Fais pour autrui ce que tu voudrais qu’autrui fasse pour toi’. Plus encore :

‘Tout ce que tu voudrais qu’autrui  fasse pour toi, fais-le pour lui’. Ça c’est la règle d’or dans la bouche de Jésus. On la connaît, on l’a déjà entendue au caté.

 

La règle d’or n’est pas très originale, il y en a une dans l’Ancien Testament, vous la connaissez,  aussi ; elle est très négative : ‘tout ce qu’autrui t’a fait, fais-le pour lui’ ; ‘œil pour œil, dent pour dent’.  Une autre règle d’or circulait en cette époque, plus positive : ‘Ne fais pas à autrui ce que tu ne veux pas qu’autrui fasse pour toi’. Mais dans la bouche de Jésus, nous sommes un cran au-dessus.

Vous pourrez en parler au moment de l’apéro, quand vous serez à table tout à l’heure et voir combien nous sommes à un cran supérieur. Ce n’est pas : ‘ne fais pas à autrui ce que tu ne veux pas qu’autrui te fasse’ ; c’est : ‘tout ce que tu voudrais que l’on te fasse à toi, fais-le pour l’autre’.

C’est ça la règle d’or.

 

Alors généralement, nous les chrétiens, quand on entend ça, soit on baisse les yeux parce que on se sent jugé et démasqué ; soit on lève les yeux,  parce qu’on s’en fout, on s’ennuie, on a l’impression que c’est une phrase tellement galvaudée,  qu’elle ne nous dit plus rien.

‘Tout ce que vous voudriez que l’on fasse pour vous, faites-le pour autrui !’

 

Alors, soit on baisse les yeux, soit on a les yeux levés au ciel.

 

Je vous propose d’abord,  de repérer la puissance de cette phrase et de tout ce qui précède et suit.

 

La première chose, c’est que Jésus est entrain de dire : il y a quelque part dans nos têtes (un petit peu comme dans celle de Saül),  il y a quelque part un peu du monde,  dans nos têtes.

Et dans ce monde qu’il y a dans nos têtes, il y a un œil. On croit qu’il y a un œil qui peut nous juger mais aussi un œil duquel nous attendons de la reconnaissance et il se peut que cela influence notre manière d’être avec les autres : soit que nous avons peur que les autres nous jugent, soit que nous cherchons des autres, leur reconnaissance. Et il se peut que ça soit avec les autres comme c’est avec Dieu, dans notre imaginaire.

 

Donc Jésus commence déjà par dénoncer cela : ‘Attention, s’il y a dans vos têtes comme un œil qui vous juge ou un œil, duquel vous attendez toute la reconnaissance dont vous avez besoin ; eh bien, vous vous trompez ! Voilà.

 

La deuxième chose : Jésus est en train de nous dire : il y a en nous comme un vieil Adam qui sommeille, (ça c’est ce que nous dit Paul dans sa lettre aux Corinthiens ; Claudette a très bien lu tout à l’heure) ; il y a comme un vieil Adam, un premier homme tout terreux, tout argileux. Vous savez, c’est un peu comme une mare aux canards dans laquelle on patauge : c’est glauque, on ne s’en sort pas. Et dedans,  (ce vieil homme qui sommeille en nous), nous rend complices, suscite des complicités en nous, avec le mal : au lieu de nous élever vers ce qui est beau et lumineux ; nous pataugeons dans : ‘il m’a fait ceci ; elle m’a fait cela’.

Vous savez, c’est le petit vélo intérieur qui nous empêche de dormir, la nuit et il a envie d’en découdre avec tout ce qui, en moi, me blesse. Eh bien (cela existe on ne peut pas faire comme si cela n’existait pas !), mais Jésus le dénonce : ‘attention, cela existe, n’en soyez pas complices ! Mettez-le à distance ! Sinon, on ne s’en sort pas.

On finit par couper les têtes et les bras de toutes les personnes que nous considérons être des ennemis. Mais une fois qu’il n’y aura plus qu’une seule sur terre ; je vais finir par être l’ennemi de moi-même ! Ce qui est encore plus dangereux.

Voilà la deuxième chose que Jésus dénonce.

 

Mais la troisième chose, (permettez-moi d’en arriver là et après, de conclure avec cela) : c’est que Jésus commence son grand enseignement à la suite des Béatitudes,  en disant : ‘Je vous le dit à vous qui m’écoutez’. On a commencé le temps ordinaire en janvier, en se disant : ‘au fond, tout ce que nous recevons de l’Evangile, jour après jour, dimanche après dimanche est une aventure d’écoute ! Apprendre à écouter ! Et là, l’Evangile que nous apprenons à écouter : ‘et vous qui m’écoutez : mûrissez, grandissez, quittez le vieil Adam, pour tendre vers la perfection de Dieu !

Cessez de baisser la tête comme si vous étiez jugés, cessez de regarder le ciel comme si vous vous ennuyiez ; mais plutôt, cherchez à avancer, à grandir. Ma Parole veut vous faire découvrir la profonde miséricorde de Dieu.’

 

Alors, passons aux exercices pratiques.

Dans quelques semaines, (très, très bientôt), nous entendrons un Evangile ; ce sera un mercredi, (ce sera le lendemain du mardi gras), le mercredi des Cendres. C’est très bientôt, cela approche.

Dans cet Evangile, nous entendrons : ‘Enferme-toi dans ta chambre’.

 

Alors l’exercice pratique,  c’est : Je vous invite, à un moment donné, dans les jours qui viennent, (pas trop tard, parce que nous allons oublier), de nous enfermer dans notre chambre en éteignant les portables, la radio      la télé.  On fait silence.

Et de commencer à prier.

Et dans cette prière, de proscrire absolument (c’est le but de l’exercice pratique) proscrire absolument, toutes les généralités que le Seigneur connaît par cœur : untel  m’a fait du mal, Seigneur, fais tomber le feu du ciel sur tel autre que je ne peux pas voir en face et toutes les blessures que j’accumule depuis mon enfance, qui me font souffrir ; Seigneur, j’aimerais tant que par miracle, elles disparaissent…etc…etc…  

Ces généralités, Il les connaît,  (mais on peut les lui dire), mais le propos,  c’est d’avancer et donc, dans cette prière, (ce que je vous suggère), c’est de mettre des prénoms sur toutes les personnes qui vous font souffrir : Françoise, Pierre, Eric,

Anne ; mettre des noms sur ces personnes et vous mettez de côté les qualificatifs (les noms d’oiseau, tout ça),  vous ne les citez pas dans la prière. Vous mettez les prénoms de ces personnes  et vous dîtes : ‘Seigneur, moi je te les offre, voilà,  je te les offre Seigneur, ces personnes’. Et il sait très bien pourquoi vous les Lui offrez, ce n’est pas la peine de lui en faire un descriptif.  ‘Je te les offre. Après tout, c’est Toi qui aimes de manière parfaite, alors aime-les’.

C’est ça l’exercice pratique.

 

Si vous trouvez que c’est difficile (parce que moi, j’ai essayé et en fait, j’ai trouvé cela très difficile, pour tout vous dire et ma liste est longue) alors n’oubliez pas de me citer dans votre liste (ceci étant), la liste est longue.

 

Alors vous pouvez invoquer l’Esprit Saint. Sortez le joker du Saint Esprit !‘Esprit Saint, aide-moi à prier et à t’offrir à Toi, qui aimes mieux que tous, toutes ces personnes.Après tout, ce sont tes enfants comme je suis ton enfant’.

 

Amen


Vendredi 22 Février : Chaire de St Pierre

1 P 5, 1-4 : Avertissements aux anciens.

Ps 22

Mt 16, 13-19 : Profession de foi et primauté de Pierre.

 

Alors plusieurs petites choses, si vous êtes des lecteurs quotidiens de vos missels ; vous avez peut-être remarqué assez facilement que le texte d’aujourd’hui, c’était le texte d’hier, mais quand même, pas complètement puisque le texte d’hier était chez St Marc ; aujourd’hui c’est chez St Matthieu et la différence est quand même de taille puisque seul Matthieu (les évangélistes Luc, Marc et Matthieu se souviennent de ce dialogue entre Jésus, à Césarée de Philippe, et ses disciples) mais si la liturgie en cette fête de la Chaire de St Pierre nous propose Matthieu, c’est parce que seul, Matthieu apporte dans son souvenir, un détail majeur dont ni Marc ni Luc ne se sont souvenus.

C’est le fameux nom ;  le jeu de mots que Jésus donne à Pierre.

Pierre s’appelle Simon  (on l’a tous appris au caté : Simon, Simon-Pierre).

Mais il lui donne un autre nom, Jésus : Pierre.

C’est un nom qui n’existait ni en grec, ni en latin, donc ce n’est pas du tout un prénom qu’il a sorti du calendrier des PTT, Jésus, pour baptiser à nouveau Simon.

Il forge un nom qui devient un nom propre tout neuf, à partir d’un jeu de mots et ce jeu de mot, c’est : ‘sur toi, je vais fonder mon Eglise’ donc, une pierre et du coup ce sera ton nom !

Et ça, c’est possible uniquement avec  l’araméen et seul, Matthieu  s’en souvient !

 

Eh bien, il se trouve que cela marche aussi en français, d’ailleurs, mais ils ne parlaient pas le français.

Mais ce n’était pas un nom propre parce que je ne sais pas si vous avez fait attention à ce détail : ‘Pierre, tu es pierre et sur cette pierre, je bâtirai mon Eglise’. Alors cela marche bien en français, cela marche surtout en araméen et c’était une invention de Jésus dont s’est souvenu Matthieu.

 

C’est le premier détail, le détail est quand même majeur parce qu’en fait chez Matthieu le souvenir est clair : c’est le pêcheur de Galilée qui est devenu la pierre de fondation.

C’est la première chose.

 

La deuxième chose dont seulement Matthieu s’est souvenu (et ni Luc, ni Marc), c’est à la question que pose Jésus : ‘Et pour vous qui suis-je ?  etc …ils répondent et Pierre dit : ‘Tu es le Messie’, (Simon dit : ‘Tu es le Messie’).

Cela tous les trois s’en souviennent, tous les trois mais Matthieu se souvient d’un détail majeur supplémentaire : ‘Le Fils de Dieu !’

 

Ça, c’est la foi des chrétiens : ‘Le Fils de Dieu !’

Ce qui permet à Jésus de rajouter (seulement chez Matthieu) : ‘ça n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux’.

Là, cela fait écho avec un autre évènement dans l’Evangile : c’est quand les disciples, (les soixante-douze reviennent de mission, ils racontent ce qu’ils ont fait ; ils sont contents etc…) et Jésus dit : ‘j’ai vu satan tomber du Ciel etc…’ et puis il se met à exulter sous l’action de l’Esprit Saint et il dit : ‘bienheureux les petits à qui le Père a révélé cela ; ce n’est pas aux sages et aux savants ; c’est seulement aux tout petits’ et à tous ceux à qui le Père veut le révéler ;  et donc, ce Simon fait partie  de ces petits-là.

Ce n’est pas le seul petit mais c’est à un de ces petits et c’est à un petit que Jésus confie la charge de la succession !

 

Donc en fait, c’est à un pêcheur de Galilée (on pourrait accentuer le jeu de mots : c’est à un pêcheur de poissons mais c’est un pécheur de péchés) puisque à bien des endroits dans l’Evangile, c’est l’un des seuls disciples devenu apôtre, dont les quatre évangiles racontent combien à de nombreuses fois, il se vautre dans sa présomption.

 

Alors, c’était ma prédication d’hier : le cœur présomptueux de Pierre. 

Alors ça allait bien avec le cadre de cette rencontre à Césarée de Philippe, mais il y a d’autres exemples, super célèbres, que nous connaissons par exemple, au caté : Pierre qui marche sur les eaux et qui se met à regarder le vent, et paf il tombe ; ‘sauve moi, au secours’…

et puis il y a ce fameux reniement par trois fois.

 

Donc, ce fameux Simon-Pierre, il est tout sauf un héros, c’est un anti-héros ! Et c’est important pour nous de le retenir parce que le pouvoir que Jésus communique à Pierre et à ses successeurs n’est pas un pouvoir de surhomme ;  ce n’est une grâce surhumaine que Pierre avait et que du coup, ses successeurs doivent avoir.

‘Ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela mais mon Père qui est aux cieux’ : c’est une pure grâce ; dans  une chair absolument, la plus simple et petite qui soit. Il n’avait pas de charisme extraordinaire Pierre.

C’est la première chose.

 

La deuxième chose, c’est : quelle est la charge de Pierre et ses successeurs ?

D’affermir la foi de ses frères ; affermir la foi, faire l’unité et présider à la charité.

 

Ça, c’est vrai pour le pape aujourd’hui et pour tous ceux qui lui succéderont.

Donc, ce n’est pas un grand prophète, Pierre. J’ose une comparaison mais prenez-la pour ce qu’elle est cette comparaison, juste pour dire que ‘ça n’est pas ça’ : Pierre n’est pas, comme dans d’autres religions, celui qui est nimbé d’un pouvoir surnaturel (comme peut l’être par exemple Mahomet pour les musulmans).

Pas du tout.  

Pierre reste un humain et il l’est jusqu’au bout.  Et il n’est pas celui qui fonde l’Eglise, ce n’est pas lui qui la fonde.

 

Il est celui qui va présider à la charité de ses frères, celui qui transmet, quoi ? 

Sa foi et non pas son pouvoir ; sa foi, c’est cela qui fait son autorité : c’est sa foi !

Et puis, il doit affermir la foi de ses frères, l’affermir ! 

Affermir la foi

 

Puis la troisième chose, j’ai eu l’occasion de vous en parler lorsque nous avons fêté Cyrille et Méthode, (c’était la semaine dernière).

Très, très tôt, très, très tôt, avant la paix constantinienne au 4è siècle, déjà le successeur de Pierre (Pierre était mort depuis déjà trois siècles), il y avait déjà des successeurs à Rome.

Vous savez : le pape c’est l’évêque de Rome ; il y a l’évêque de Troyes, l’évêque de Rome, l’évêque de Langres, des évêques partout.

Le pape c’est l’évêque de Rome mais très tôt, dès avant le 4è siècle, à l’intérieur du corps des évêques de l’époque, c’était l’évêque de Rome qui avait déjà une prééminence ; mais c’était une reconnaissance pour le fait que son prédécesseur était mort martyr à Rome ; et qu’il y avait eu ce dialogue que nous entendons dans l’Evangile ( : son prédécesseur, sa foi était reconnue par le Christ).

L’évêque de Rome n’est pas un super évêque. C’est un évêque comme les autres et c’est tout à fait, par exemple quand le pape réunit tous les évêques autour de lui, il n’est pas super évêque, il est parmi ses frères.

 

Mais il y avait un évêque (et il y est toujours d’une certaine façon), une sorte de jumeau, qui se trouvait à Constantinople : le Patriarche d’Orient.

Alors il n’y a pas de fait historique majeur qui pourrait justifier qu’il soit, qu’il y ait une prééminence particulière, mais historiquement,  il réunissait autour de lui toute une partie du monde qui était plus proche qu’à Rome. Et assez tôt, ce patriarche d’Orient à Constantinople existait lui aussi dès l’origine quasiment (c’était aussi un évêque,  l’évêque de Constantinople) et il reconnaissait en l’évêque de Rome, un frère et celui qui était le successeur de ce Pierre dont on parle.

L’unité s’est faite jusqu’au fameux 11è siècle puisque vous le savez, à la fin du 11è siècle, il y a eu ce  schisme qui a donné l’église orthodoxe.

 

Paul VI, à la fin du concile Vatican II et les années qui ont suivi, a essayé de marquer un geste fort,  un début de rapprochement,  (puisqu’il y a toujours les catholiques, toujours les orthodoxes), un début de rapprochement, en allant rencontrer le successeur, onze siècles, douze siècles passés plus tard,  le successeur du patriarche de Constantinople (Athénagoras, à l’époque dans les années 60) et lui dire : ‘eh bien voilà, on est frères …’.

 

Prions pour l’Eglise, son unité et la charge du pape et de ses successeurs et de nos évêques.

 

Amen.


Jeudi 21 Février 

Gn 9, 1-13 : le nouvel ordre du monde.

Ps 101

Mc 8, 27-33 : Profession de Pierre. Première annonce de la Passion.

 

Cette rencontre à Césarée de Philippe entre Jésus et ses disciples, ce petit dialogue qui suit ensuite, la réponse magnifique de Pierre et  peu de temps après, cette réponse qui se retourne contre lui (Pierre est capable de dire le vrai, il est aussi capable d'éloigner Jésus du vrai) ; cette rencontre est importante et peut nous enseigner plein de choses.

 

Je vous propose qu'elle nous enseigne la chose suivante (plus toutes celles que nous avons dans notre cœur).

La chose suivante est que notre cœur est très présomptueux (qui que nous soyons d'ailleurs, très présomptueux) et dans cette rencontre, Pierre est tombé dans la présomption ; alors ça lui est vivement reproché.

 

Jamais nous ne pouvons découvrir la puissance de Dieu et comprendre qui est Dieu si nous sommes dans l'indolence et le confort, ce n'est pas possible.

Il y a toujours la nécessité d'être dans une forme de désert, de combat spirituel,  pour découvrir la puissance de Dieu.Prier son chapelet bien chaudement à côté de son poêle en hiver, ne permet pas du tout de connaître la puissance de Dieu. Bénir une table opulente, ne permet pas de connaître la puissance de Dieu.

Prier alors que nous sommes assis sur nos propres trésors, ne permet pas de connaître la puissance de Dieu.Il y a toujours un désert, toujours une croix ; c'est la raison pour laquelle Jésus nous rappelle que le Fils de l'Homme doit souffrir beaucoup.

 

Cela coûte beaucoup, à Jésus de nous conduire chacun  jusqu'aux portes de notre propre désert.

Jésus est allé au désert, conduit par l'Esprit Saint, il a été tenté trois fois mais,  par trois fois, il a été victorieux et il a redit la puissance de la Parole du Seigneur. Lui, il nous conduit à notre propre désert ; ça lui coûte parce qu'il voit que ça nous coûte, mais il nous y conduit ; il faut se laisser conduire. 

 

Le désert pour nous, c'est le lieu de beaucoup de méprises de nous-mêmes : il faut quitter nos opulences, nos poêles bien chauds, nos repas somptueux et nos coffres bien pleins pour rencontrer le Tout-Autre.

 

Ne tombons pas dans le même péché de présomption, qui fut celui de Pierre.

Laissons nous conduire.

 

Amen


Dimanche 17 Février 

Jr 17, 5-8 : Sentences de sagesse.

Ps 1

1Co 15, 12. 16-20 : Le fait de la résurrection.

Lc 6, 17. 20-26 : Discours inaugural. Les Béatitudes.

 

Chers amis, déjà, je vous rappelle (pour celles et ceux  pour lesquels ce n’est pas très clair) : il y a deux listes de Béatitudes, dans l’ensemble des Évangiles :

il y a les Béatitudes chez saint Matthieu que Jésus proclame sur une montagne et c’est au début d’une série de chapitres où Jésus parle à ses disciples, les enseigne et le sommet de ce discours c’est ce qu’on appelle ‘la règle d’or’ : ‘faites à quiconque (à autrui) tout ce que vous voudriez que les autres fassent pour vous’. Ça, c’est chez saint Mathieu et la toute première Béatitude commence chez Saint Matthieu, par : ‘Heureux les pauvres de cœur’. C’est ce qu’on entend par exemple, le jour de la Toussaint, à la messe.

 

Et une autre liste de Béatitudes, c’est celle que nous venons de lire : là, on est chez saint Luc où Jésus n’est pas sur une montagne (vous avez entendu, Luc a un autre souvenir que Matthieu, il situe les Béatitudes dans une plaine) premièrement et ensuite, l’autre différence notable, (après, évidemment, si on prend une loupe on va voir 1000 différences), la toute première Béatitude commence par : Heureux les pauvres (et il n’a pas dit : de cœur).

Chez saint Luc (Luc aurait pu être l’aumônier du Secours Catholique, par exemple) les pauvres de cœur n’existent pas, mais dans tout son Évangile ; chez Luc, il n’existe en terme de pauvreté, que les pauvres matériels.

Chez Matthieu, les pauvres matériels existent aussi (je vous rassure) mais il insiste sur la pauvreté spirituelle. C’est une sorte d’introduction.

 

Maintenant permettez-moi, à partir de ces Béatitudes qui font écho à cet extrait du livre de Jérémie (que nous avons entendu en première lecture) : ‘Malheureux l’homme qui met sa confiance dans un mortel’ et puis, notre foi en Jésus ressuscité (la lettre de Paul aux Corinthiens), permettez-moi de vous parler de la prière.

 

D’abord, je vous encourage toutes et tous, à continuer à prier comme vous le faites déjà, notamment pour vos défunts, pour les personnes qui vous sont chères et qui sont encore vivantes, en bonne santé ou pas en bonne santé, qui sont proches de vous ou très lointaines ; continuez à prier. Continuez à prier pour le monde, continuez à parler dans votre prière, continuez à prier (ça, il n’y a pas de problème), il faut le faire faire.

 

Ce dont je voudrais vous parler, c’est d’une autre prière encore, qui est peut-être encore plus grande, peut-être encore plus accomplie : c’est ‘la prière qui ne parle pas’.

Dans cette ‘prière qui ne parle pas’, qui est la prière par exemple que Jésus a, quand il va prier son Père à l’écart, c’est la prière que n’importe quel baptisé a, quand il grandit dans son cœur, ‘cette prière qui ne parle pas’. Vous avez, dans cette ‘prière qui ne parle pas’, trois moments,

trois choses, trois pôles. La première dans cette prière, ce cœur à cœur de celui qui est devant la croix, devant son Christ, le compagnon de toute sa vie (n’importe qui de nous, du moment que nous sommes baptisés, puisque nous avons revêtu le Christ à notre baptême) nous sommes face à lui, dans un face-à-face (ça serait la même chose si nous étions devant l’eucharistie, au moment de l’adoration eucharistique, par exemple) nous sommes face à lui, compagnon de notre route ; premier moment (ou première chose importante) c’est que celui que nous avons devant nous, il engage notre avenir.

Et l’avenir que nous avons comme baptisé, c’est la promesse de son Royaume.

On peut y mettre nos rêves (si on veut, il n’y a pas de problème) ; dans cette promesse d’avenir que Jésus nous fait, on peut rêver, on a le droit de rêver : j’aimerais aller sur la lune, j’aimerais avoir plein d’argent (tout ce que vous voulez, il n’y a pas de problème). On peut y mettre nos rêves mais une chose qu’il faut absolument y mettre sans oublier, c’est le Christ aussi : notre avenir avec Lui.

C’est un peu, peu ou prou, ce qui se passe quand un couple se marie, il dit : ‘demain nous avons l’intention d’être encore ensemble. Nous ne savons pas de quoi demain sera fait mais nous avons l’intention d’être ensemble même, demain’. Eh bien, c’est pareil : je suis en face-à-face avec le Christ ; premier moment de cette ‘prière qui ne dit rien’, c’est : ‘mais, je suis et je serai avec toi’. Quand on dira la prière du Notre Père tout à l’heure, tous ensemble, on dira : ‘que ton règne vienne’, c’est bien demain.

 

Ensuite, la deuxième chose qu’il y a dans cette ‘prière qui ne parle pas’, quand nous sommes face à Christ, c’est : aujourd’hui.

En plus de demain il y a l’aujourd’hui.

Dans cet aujourd’hui, il y a l’aujourd’hui tel qu’il est, notre aujourd’hui à nous : chacun, devant la croix.

C’est là qu’il ne faut pas rêver, justement (on peut rêver pour demain) mais quand on prie Jésus, il faut arrêter de vouloir toujours lui demander la lune, comme si nous priions le Père Noël. L’aujourd’hui c’est tel qu’il est : je n’ai jamais suffisamment tout ce que je voudrais avoir, je ne suis pas tout ce que je voudrais être ; peu importe, je présente ça au Seigneur, mon aujourd’hui est forcément pauvre, mon aujourd’hui est forcément sobre.

Je ne peux pas mentir à Jésus, il me connaît et c’est pour ça, d’ailleurs, que dans cette prière, inutile de lui dire des trucs : il sait comment je suis, c’est-à-dire : pas comme je voudrais complètement être, pas avec tout ce que j’aimerais avoir : Je suis pauvre devant lui, aujourd’hui.

 

La troisième chose dans cette ‘prière qui ne dit rien’, c’est : le passé.

Si je prie Jésus et si je suis à genoux devant lui, c’est parce qu’un jour, il a donné sa vie pour moi et c’est ce dont nous faisons mémoire à chaque messe : sa mort et sa résurrection.

 

Cette belle prière que je vous souhaite de vivre, c’est d’être posé devant lui, avec ses trois dimensions du cœur : demain avec toi, aujourd’hui avec toi et hier, déjà avec toi.

 

Cette prière a deux intérêts (mais il y en a plein, j’en ai repéré deux pour nous, ce matin).  

Premier intérêt : cette prière nous permet de dé-idéaliser ; elle nous permet de dé-rêver (de ne pas rêver justement) d’être là et Jésus ne nous engage pas à être heureux si jamais nous fuyions, ailleurs.

Non, il nous engage à être heureux maintenant. C’est le premier intérêt majeur que je vois à cette prière.

 

Le deuxième intérêt majeur que je vois à cette prière, c’est que Jésus m’aide à ce que je le laisse faire dans ma vie ; parce que parfois, quand on parle à Jésus dans la prière, on lui commande plein de trucs, en fait : non seulement c’est le catalogue de la Redoute mais en plus, c’est une armée et moi je suis le général : il faudrait qu’il fasse tout ce que je lui demande. Mais dans cette ‘prière qui ne dit rien’, j’apprends à le laisser faire. Alors, ça fait peut-être frémir (je ne sais pas) mais le but du jeu, c’est d’être joyeux puisque c’est l’objectif : d’être heureux. Demain avec toi, aujourd’hui avec toi, hier avec toi.

 

Il y en a pour qui ça pose problème, le fait que Jésus parle, dans les Béatitudes, de la Croix, des tribulations, des soucis. Je vais conclure avec ça.

Vous pourrez réfléchir et vous pourrez me dire après, si ça vous convient ou pas. Ce que je voulais vous dire en conclusion c’est : il vaut mieux pour un chrétien qu’il fasse l’expérience de la Croix, qu’il y ait de la Croix dans sa vie, plutôt que la Croix soit absente de sa vie.

Si la Croix est absente de sa vie, c’est mauvais signe ; si la Croix est présente dans sa vie (quoi qu’on en pense: c’est juste, pas juste…), c’est plus ‘bon signe’ que si elle est absente car si elle est absente de sa vie, la Croix, tôt ou tard, elle finira par lui exploser à la figure et ça risque de faire très mal.

 

Amen.


Jeudi 14 Février : Saints Cyrille et Méthode, co-patrons de l’Europe

2Co 4, 1-7 : le ministère apostolique.

Ps 95

Mc 4, 1-9 : La parabole du semeur.

 

Ces deux figures, Cyrille et Méthode, peuvent nous conduire à regarder très différemment, ces textes : cette deuxième lettre aux Corinthiens et puis cet Évangile.

 

Par exemple, si nous chaussons les lunettes de l’évêque Méthode, nous pourrions nous dire : ‘ces textes sont une bonne exhortation à la vie apostolique.

L’apôtre, c’est celui qui porte dans des vases d’argile, cette responsabilité, ce trésor de la consécration et même de l’envoi au nom du Christ ; cette responsabilité de la mission’.

 

Et sa responsabilité encore, c’est de ramener à Christ un grand nombre de gens comme cet épi qui est fécond, abondant, plein de blé après que ces grains de blé sont tombés dans la bonne terre. Donc, l’éloge de la vie apostolique, sa difficulté et sa fécondité.

 

Et on pourrait regarder aussi ces textes avec les lunettes du moine Cyrille et se dire : ‘ce trésor dans le vase d’argile, c’est la fine pointe de l’Esprit dans l’âme’ ; ce que vont rechercher tous les hommes et femmes contemplatifs.

Et ce qu’ils vont chercher également, c’est de circuler entre ces différents terrains, conscients que tantôt il y a dans le cœur, ronces, tantôt, il y a pierres tantôt, il y a peu de profondeur et tantôt, il y a une belle profondeur et ils vont chercher à circuler là, pour optimiser et eux aussi, accueillir une grande fécondité de l’Esprit.

 

Dans les deux cas, il s’agit de fécondité et pour le moine Cyrille et pour l’évêque Méthode mais il ne faut pas les mettre dos à dos, ces deux personnages ; un peu comme pour Marthe et Marie : nous avons besoin, dans la fécondité de l’Eglise, que les deux marchent ensemble.

 

S’il n’y avait que des évêques et des apôtres, l’Eglise ne marcherait que sur un pied et il y aurait une forme de pauvreté spirituelle et puis, s’il n’y avait que des moines, l’Eglise ne marcherait que sur l’autre pied et il y aurait aussi une pauvreté spirituelle ; les deux fonctionnent ensemble : Cyrille et Méthode.

 

Amen. 


Mercredi 13 février 

Gn 2, 4b-9.15-17 : la formation de l’homme et de la femme.

Ps 103

Mc 7, 14-23 : Enseignement sur le pur et l’impur.

 

Dans  cet Évangile, si on ne fait pas attention, on pourrait penser que Jésus est en train de différencier les excréments de la nourriture

ou bien l’anal de l’oral ; ce n’est pas ce qu’il fait mais il distingue quand même, ce qui est l’oral du verbal et c’est là toute la différence.

L’oral serait cette liste de choses perverses qui sortent de la bouche de l’homme et de son cœur : inconduite, vol, meurtre, etc. etc. et qui serait le résultat d’un cœur qui ignore sa propre fragilité, d’un cœur profondément divisé.

 

Mais qu’est-ce que le verbal ?

Le verbal, c’est parfaitement connaître la définition des mots que nous prononçons et savoir que les mots ont un pouvoir et il y a des pouvoirs destructeurs (les pouvoirs qui sont de l’oralité) et des pouvoirs unificateurs (des pouvoirs qui seraient de l’ordre du verbal).

 

Quand le Verbe prend chair, il rétablit l’humain sur ses pieds ; quand Dieu parle, la Terre est créée ; ce n’est pas de l’oral, c’est du verbal (ce sont des verbes qui sortent de la bouche de Dieu).

 

On va faire un test : le nom de Jésus, est-ce qu’il produit en vous ce qu’il signifie ?

Quand vous le prononcez, quand vous le voyez, quand vous le méditez, est-ce que ce mot a la puissance qu’il revêt ?

 

Je vais m’y prendre autrement : est-ce que vous trouvez facile de définir le goût du miel et sa douceur si vous n’en avez jamais mangé ?

Et parviendrez-vous à définir pour quelqu’un qui, lui-même, ne l’a jamais goûté, le goût du miel ?

 

Chacun est renvoyé à sa propre expérience du nom de Jésus.

Ce n’est pas un nom au hasard, Ce n’est pas un mot comme ça, qui prend sa place au milieu d’une multitude de mots que l’on pourrait prononcer comme une dictée. C’est un nom qui est tout-puissant qui crée et qui recrée, qui à la fois, construit un cœur, l’unifie et éloigne le péché et en même temps, est le résultat d’un cœur unifié, éloigné du péché.

 

Celui qui boit à la source, devient source ; celui qui boit à la source, de lui couleront des fleuves d’eau vive.

 

Il nous faut donc communier à ce saint Nom et il nous faut faire la vérité : exposer notre cœur à la grâce et confesser l’Amour.

Voilà la différence entre l’oral et le verbal.

 

Amen.


Dimanche 10 Février 

 

Frères et sœurs, les textes (l’extrait du livre d’Isaïe, cet extrait de la première lettre de Paul aux Corinthiens et cet extrait de l’Évangile de Luc) semblent tous trois, faire l’éloge des minus, des pauvres types : Isaïe dans le temple, après que le charbon ardent a touché ses lèvres : ‘malheur à moi car je suis un homme aux lèvres impures’ ; Paul, le grand Paul, va dire que Jésus-Christ lui apparaît à lui aussi, lui ‘qui est le dernier des apôtres’ : il n’est pas digne et Simon Pierre, l’autre colonne de l’Eglise, va dire après la pêche miraculeuse : ‘Éloigne-toi de moi, je suis un homme pécheur’.

 

Vous voyez se dessiner une sorte de fil rouge entre les trois : le thème (pourrait-on dire), du manque de dignité la petitesse, les pauvres types dans le Royaume. Ça, c’est le verre à moitié vide mais, on peut aussi dire que le fil rouge qui se tend entre ces trois personnages, c’est aussi le contraire : c’est la confiance et l’Amour d’un Dieu qui est Tout-Puissant et qui va, sans crainte, choisir des hommes à son service ; et puisque lui est Tout-Puissant, forcément les hommes qui sont à son service, sont diamétralement opposés à sa Toute-Puissance et ce sont des tout-impuissants, des tout-faiblards, des minus, en face de ce Dieu Tout-Puissant. Le Seigneur ne choisit pas des surhommes.

Ça, c’était le premier point.

 

Le deuxième point, je vais refaire l’itinéraire que nous avons fait ces dernières semaines, grosso modo, en sautant l’un ou l’autre dimanche. Voici l’itinéraire, c’est celui de la vocation (car nous sommes tous appelés), que nous soyons des jeunes enfants ou que nous soyons des personnes très avancées en âge : le Seigneur continue à nous appeler. Si nous pensons que nous sommes déjà en orbite dans la vie spirituelle et la compagnie du Seigneur, alors la vie est bien triste. Non !

Il continue à nous appeler et il faut continuer à tendre l’oreille à cette voix qui vient d’ailleurs.

 

La première étape que nous avons franchie ensemble c’était : (souvenez-vous) Jésus présenté au temple alors qu’il a seulement 40 jours : c’était la Présentation de Jésus au Temple, (un samedi soir, il y a deux semaines ; on avait parlé des sœurs, de la vie consacrée) ; c’est le quatrième mystère joyeux du rosaire. Jésus, présenté par ses parents, tourné vers le Tout-Puissant, dans le temple ; il est bébé.

 

L’étape suivante : Jésus est plus grand (ça, c’était des semaines avant) : cinquième mystère joyeux du rosaire. Jésus a 12 ans : le recouvrement au temple. Il n’est présenté par personne puisqu’il fait le choix, lui-même, d’aller au temple, alors que ses parents sont en pèlerinage à Jérusalem. Ils le cherchent, ils le retrouvent ; il est au milieu des docteurs de la Loi ; grande surprise pour père et mère : ‘Ne saviez-vous pas qu’il faut que je sois aux affaires de mon Père ?’ Jésus a grandi déjà, il n’a plus 40 jours, il a 12 ans et il s’ouvre, déjà seul, à Celui qui est le Tout-Autre.

 

L’étape suivante : le baptême de Jésus. Alors, il n’est pas bébé, (on le sait bien) ; on a célébré cela dans cette église, alors que nous étions encore dans le temps de Noël ; le baptême de Jésus, Jésus s’ouvre à cette voix qu’il fait sienne. Il est dans le Jourdain ; un extrait du psaume deux accompagne l’Esprit Saint : ‘celui-ci est mon fils bien-aimé’, en lui j’ai mis tout mon amour (ça, c’est redondant). Il fait sienne cette parole, il se l’approprie ; Jésus cette fois-ci a 30 ans.

 

Un texte que nous n’avons pas encore entendu (ce sera pour le début du Carême).  suite à son baptême, Jésus est conduit par le même Esprit Saint au désert, pendant 40 jours et là, il va apprendre dans le désert à distinguer la bonne voix, de la mauvaise ; la voix qui est parole du Père de la voix qui est parole du diable.

Les trois tentations de Jésus au désert, s’accompagnent de la parole du diable devant laquelle, Jésus va opposer la parole de son Père. Jésus va apprendre à distinguer (comme nous apprenons un jour, dans notre vie spirituelle), que tout ce qui brille n’est pas d’or et que tout ce qui est voix, n’est pas la voix du Père. Il y a aussi du bruit qu’il convient de mettre de côté et c’est au milieu du bruit, qu’il faut pouvoir distinguer cette voix familière du Père, qui nous attire vers lui.

 

Dernière étape (ça c’était dimanche dernier), Jésus, après être allé au désert, retourne dans la ville où il a grandi, à Nazareth. Il lit un extrait du rouleau d’Isaïe (plus précisément, le même prophète que nous avons entendu en première lecture) et il va dire (ce que vous avez entendu la fois dernière) : ‘aujourd’hui s’accomplit cette parole’.

 

Cette fois-ci, il ne s’identifie plus forcément à cette parole ; il n’a plus besoin de distinguer la voix du Père, du bruit ; cette fois-ci, il EST la Parole, il est la parole agissante, Jésus lui-même. Ceci pour dire que chacun d’entre nous, jeunes ou vieux, cet itinéraire en cinq étapes, nous sommes amenés à le vivre, tous, plus ou moins rapidement, chacun à son rythme mais, un jour du temps, nous nous ouvrons à cette voix qui vient du plus profond de nous, de plus loin que nous, qui est celle du Père et progressivement, cette voix nous imprègne comme une rosée imprègne la terre et c’est le programme de toute cette année liturgique que nous allons vivre ensemble.

 Jésus est prêt d’une certaine façon et c’est cette fois-ci, aujourd’hui.

 

Quelqu’un qui est complètement imprégné de la voix du Père, quelqu’un qui est disciple de Jésus, quelle est sa fécondité ?

Sa fécondité, c’est qu’il devient une belle figure devant laquelle, (c’est mon troisième point), nous pouvons nous identifier sans crainte.

Quelqu’un qui est complètement ouvert (si vous voulez) au Tout-Autre, c’est quelqu’un à qui l’on peut faire confiance : il ne va pas nous capter, elle ne va pas s’approprier notre visage, notre cœur ; c’est quelqu’un qui va nous conduire vers, plus loin ; c’est quelqu’un qui va nous aider à nous tourner vers la voix du Père ; ce n’est pas quelqu’un qui veut nous capturer.

 

Un chrétien, un chrétien mûr, c’est vraiment quelqu’un qui nous ouvre vers le Ciel et  quand je dis ‘vers le Ciel’ ça ne veut pas dire qu’il nous éloigne des réalités de la terre, de la vie des hommes et des difficultés de vivre ensemble et des combats pour la justice. Non !non !non ! non ! parce que, plus on est tourné vers les réalités du Ciel, plus on est des hérauts de la justice ; plus on est tourné vers les réalités du Ciel et plus on va mettre les deux mains dans le cambouis et mouiller la chemise.

Quelqu’un qui est plutôt à l’écart, peureux et timoré, n’est pas tourné vers les réalités du Ciel ; celui qui est tourné vers les réalités du Ciel, est tourné vers la vie de ses frères.

 

Quand il rencontre Simon Pierre, dans l’Évangile d’aujourd’hui, forcément ça produit ce que ça produit, c’est-à-dire, deux choses : Simon Pierre va découvrir son âme, Simon Pierre va naître à la foi.

 

Chers amis, notre âme a deux yeux (nous ne sommes pas qu’un amas de chair, nous ne sommes pas que objets de désir, nous ne sommes pas que des êtres sensuels ou que des êtres pétris d’émotion, nous ne sommes pas que des êtres de raison, non plus : nous avons cette âme, nous le croyons par notre baptême).

 

Deux yeux : premier œil de notre âme, c’est cet œil qui sait voir les merveilles de Dieu autour de lui. On commence déjà par voir les merveilles de Dieu assez facilement, en regardant le printemps, par exemple (on voit bien les merveilles de Dieu, on est assez sensible aux merveilles de Dieu devant ce qui est beau) mais cet œil-là voit aussi les merveilles de Dieu dans ce qui est moins beau, il voit aussi les merveilles de Dieu, surtout aussi chez les autres. Cet œil a besoin de s’exercer tous les jours. Souvent d’ailleurs, entre l’heure du réveil et puis, pas loin de l’heure du déjeuner, cet œil est encore dans les brouillards matinaux : il a du mal à voir les merveilles, surtout s’il écoute la radio le matin ou lit les nouvelles dans la presse. Il faut l’exercer parce qu’il est fait pour ça ; il a cette capacité-là à regarder les merveilles et il ne fonctionne pas tout seul parce qu’il y a un autre œil : vision binoculaire de l’âme.

 

Le deuxième œil : voir les merveilles de Dieu en soi ; les deux vont ensemble. Il y en a qui ne voient que ailleurs et pas en eux-mêmes et d’autres qu’en eux-mêmes et pas ailleurs alors, ils ne voient pas, en fait, en vérité ; ils croient voir mais ils ne voient pas. On ne peut pas voir les merveilles de Dieu en soi, si les autres ne nous les renvoient pas à nous, parce que nous ne sommes pas dotés de rétroviseur. Ce sont les autres qui nous renvoient les merveilles de Dieu que nous sommes, nous-mêmes.

 

C’est ce dont Pierre est l’objet : miracle des poissons, (pêche abondante), merveilles de Dieu autour de lui. Il était dans la nuit, toute la nuit il a pêché sans rien prendre ; disons que son œil gauche de l’âme n’était peut-être pas ouvert encore et tout d’un coup : pêche miraculeuse, abondante ; merveilles de Dieu chez les autres. Le deuxième œil peut alors s’ouvrir :

éloigne-toi de moi je suis un homme pécheur’.‘- Désormais, ce sont des hommes que tu prendras’ : il découvre qu’il est merveille, lui-même, Pierre.

Si jamais Pierre en reste uniquement à dire : ‘je ne suis qu’une simple serpillière qui ne sert à rien’, son œil droit n’est pas encore ouvert. Il manque quelque chose. Mais il s’est ouvert, son œil droit : il devient héraut de la foi ; il voit les merveilles de Dieu, en lui.

 

Pêche miraculeuse : merveilles de Dieu chez les autres ; il se met à suivre le Seigneur : il voit les merveilles de Dieu en lui. Les deux vont ensemble.

 

J’espère que vous aurez la grâce (ou que vous avez déjà eu la grâce) de rencontrer des chrétiens, des chrétiennes qui vous permettent ça : à leur contact, vous êtes dans une telle hospitalité de leur part, que tout d’un coup, ces deux yeux de votre âme s’ouvrent. Peut-être que ça vous est-il déjà arrivé, ce n’est pas simplement les prêtres ; (les prêtres peuvent être très mauvais, là-dedans), parfois ça peut être le chrétien qui est toujours assis au fond de l’église, par exemple. On n’ose pas lui parler, donc on ne risque pas d’ouvrir les deux yeux Mais si jamais on rentre en contact avec cette personne-là, on peut être surpris : tout d’un coup on a nos deux yeux qui s’ouvrent : merveilles de Dieu chez les autres, merveilles de Dieu en nous.

 

Ma conclusion, je voudrais revenir au livre d’Isaïe (et après je vous laisse tranquilles) ; vous avez cette vision majestueuse d’Isaïe dans le temple. Il faut imaginer une sorte d’édifice (normalement plutôt moins grand que celui-là et puis quand même très ajouré) mais avec la gloire de Dieu qui est présente ; il faut imaginer une sorte de fumée à l’intérieur de cet édifice, et puis des odeurs, l’encens et puis des chants avec des anges qui chantent (une vision, un chérubin, des anges) : ‘Saint, Saint, Saint’, ce fameux ‘sanctus’ qu’on reprend à chaque messe, vient de là.

Quand on chante ‘Saint, Saint, Saint le Seigneur’, ça vient précisément de ce livre d’Isaïe, de ce passage  que nous avons lu. Ce n’est pas simplement une ritournelle de fin de banquet : ‘Saint, Saint, Saint’ (comme ça, on chante, sans trop savoir pourquoi on chante ‘Saint, Saint, Saint’) ; imaginez qu’à la place d’Isaïe, c’est Pierre ou la place de Pierre c’est Paul ou chacun d’entre nous. À ce moment-là, où il entend ce chant : ‘Saint, Saint, Saint’, ce prophète, ce baptisé, ses deux yeux de l’âme se sont ouverts : il est en train de dire la grandeur de Dieu et en même temps, il est en train de confesser combien Dieu l’aime ; les deux à la fois : ‘Il est Tout-Puissant, je suis tout petit mais Il m’aime, Il me prend dans ses mains’. Cela se traduira par la consécration du pain et du vin qui deviennent Corps et Sang ; on verra l’hostie fractionnée, le Corps du Christ qui s’offre pour nous ; c’est précisément parce que nous sommes dignes de l’Amour du Dieu, trois fois Saint.

 

Et en allant communier, disons : ‘oui c’est vrai, tu m’aimes ; je suis petit mais tu fais de moi ton instrument’.

 

Amen.


Jeudi 7 Février 

He 12, 18-19.21-24 : Les deux alliances.

Ps 47

Mc 6, 7-13 : Mission des douze.

 

Jésus en appelle à lui 12 et il les envoie ; ils deviennent donc des apôtres ; de disciples, ils deviennent des envoyés.

 

Je vais vous proposer une petite image, peut-être qu’elle vous sera profitable pour rentrer dans le mystère de cet appel et de cet envoi ; c’est une image que l’on trouve chez les Pères de l’Eglise, c’est l’image d’ailleurs, du puits de Jacob (mais elle est remise à ma sauce) :c’est le puits, l’eau au fond du puits et le seau pour puiser l’eau qui est au fond du puits.

 

Je vous propose d’imaginer que le puits c’est le Royaume de Dieu ou la vie éternelle, la vie de la foi ou dans la foi ; que l’eau au fond du puits, c’est l’Esprit Saint, (ce qu’il faut pour vivre de cette vie éternelle) et puis le seau (pour aller profond), au fond du puits récupérer cette eau, c’est la parole de Dieu et c’est la vie en communauté ; c’est l’apprentissage de la parole de Dieu et de la vie en communauté.

 

Au fond, pour pouvoir avoir cette vie-là, éternelle, qui nous est promise par Jésus, il faut plonger dans l’Esprit Saint et pour y parvenir, il nous faut apprendre à lire l’Ecriture et à vivre en communauté. C’est ce que nous faisons chaque fois que nous nous rassemblons, nous essayons de faire.

 

Vous voyez un peu cette affaire, (un peu comme des poupées gigognes) ? Nous avons cet objectif de la vie dans la foi, l’Esprit Saint qui nous permet de …et la vie communautaire et la parole de Dieu qui nous permettent de vivre de l’Esprit Saint, qui nous permet de vivre de cette vie dans la foi. Voyez ? Le puits, l’eau, le seau.

 

Eh bien, les apôtres, c’est à la fois l’eau et le seau. Pourquoi ?

Par leur ordination et par le pouvoir qu’ils ont, de la vie sacramentelle (par exemple dans l’Ecriture que nous avons lue, il est question du sacrement des malades (ou quelque chose qui pourrait ressembler au sacrement des malades) : ‘imposez-leur les mains et ils se sentiront mieux’; ‘chasser les démons’ (pourrait être aussi le sacrement du pardon, pourrait-on dire) ; avec les cinq autres sacrements que nous connaissons dans l’eucharistie, les apôtres ont ce pouvoir, par leur ordination et en même temps, ce sont eux qui essaient, autant que  possible, d’organiser la vie d’une communauté et de donner des outils pour mieux lire la parole de Dieu ; (essayer autant que possible de donner goût à cette parole).

 

Mais l’objectif n’est pas de vivre des apôtres, l’objectif est de vivre de la vie même qui vient de Dieu

et cette vie, c’est le puits.

 

Lorsqu’il envoie des apôtres, voilà ce qu’il attend d’eux et voilà ce qu’il attend de nous et voilà le projet qu’il a pour chacun d’entre nous : vivre de sa vie même, à lui et ça n’est pas possible sans aller puiser l’Esprit Saint et cet Esprit Saint, on ne le trouve pas ailleurs que dans l’Ecriture st la vie communautaire.

 

Amen


Mardi 5 Février : ste Agathe

He 12, 1-4 : L’exemple de Jésus.

Ps 21

Mc 5, 21-43 : Guérison d’une hémorroïsse et résurrection de la fille de Jaïre.

 

Ce que nous pouvons retenir de ce passage : bien des choses. Je vous propose deux petites choses ; c’est que ces deux personnages : cette femme, victime de perte de sang depuis 12 ans et ce père de cette jeune fille (ainsi que les gens de sa maison et peut-être la jeune fille elle-même : on va dire que tout cela c’est un seul personnage) ces deux personnages : la femme et cette jeune fille et son entourage adviennent, dans ce texte, à la vérité. Ils sont tous les deux plongés dans une sorte de soliloque, une sorte d’enfermement, qui est dû à bien des choses (mais notamment, déjà légitimement, leur propre peur, leur souffrance, ensuite le ‘qu’en-dira-t-on’, la foule oppressante dans les deux cas qui peut être, condamne avant l’heure, ces personnages et puis les prescriptions légales de la Loi ; tout ceci enferme ces personnes dans leur monde, depuis douze ans (en tout cas, pour la femme âgée) ;et dans les deux cas, c’est une parole de Jésus qui les en sort, de cet enfermement, de cette espèce de discours intérieur : cette femme qui se disait en elle-même : ‘si seulement je parviens à toucher le pan de son manteau !’ Et puis ce père de famille qui essaie, au-delà de la rumeur et au-delà des pleurs des gens de la maison, essaie de se dire et de dire à Jésus : ‘si seulement !’

 

Et dans les deux cas, ça réussit grâce à une parole de Jésus : ‘Talitha koum,  je te le dis, lève-toi’ ou ‘femme va, ta foi t’as sauvée’ ; ce qui revient à dire pour chacun d’entre nous que nous avons dans notre cœur, chacun, une grande potentialité à se laisser enfermer, piéger par nos pensées qui sont toutes légitimes, en fait : nos blessures, ce que les gens nous ont dit ou pas dit, les regards posés sur nous ou les regards qui n’ont pas été posés sur nous, toutes sortes de choses qui nous font produire des tas de pensées ; et nous voulons résoudre ces pensées, comme si nous voulions chasser la mer à nous tout seuls et ça peut durer des nuits et des jours et des jours et des nuits.

 

Et la seule chose qui permet à ces personnages d’en sortir comme sans doute nous le croyons nous-mêmes, (si nous y croyons), c’est la parole de toute puissance de Jésus, si seulement nous lui disons la vérité. C’est ce que fait cette femme, elle finit par lui dire toute la vérité, à Jésus. C’est une part importante de ce qui constitue, dans le sacrement du pardon ou dans l’accompagnement spirituel, l’ouverture de notre cœur.

 

Nous pouvons opposer à ces pensées oppressantes et parfois aliénantes et parfois qui nous tuent avant l’heure, nous pouvons opposer la prière pure, la prière qui n’est pas : ressasser nos pensées, peser le pour et le contre et chercher à les résoudre comme si nous étions le bon Dieu mais plutôt poser notre regard sur le Christ, c’est la prière pure et c’est ce que nous avons lu dans la lettre aux Hébreux : ‘l’épreuve qui nous est proposée, courons avec endurance pour la vivre, les yeux fixés sur Jésus.

Il est à l’origine et au terme de la foi’ et les yeux fixés sur Jésus qui est bien plus fort que toute l’agitation de cette foule, qui est comme une mer agitée. Souvenez-vous, à un autre moment, il va calmer les éléments, Jésus.

 

Accueillons cette parole et sa parole toute puissante et cherchons à en vivre dans une prière qui soit silencieuse, contemplation et invocation du nom de Jésus, prière pure.

 

Amen.


Dimanche 3 février

 

Chers amis, nous sommes toujours dans ces tout premiers dimanches du temps ordinaire, (quatrième dimanche). Je vous redis ce que j’ai été amené à dire les dimanches précédents : ces textes nous permettent de planter le décor progressivement, de ce que signifie notre vie chrétienne.

 

Aujourd’hui, nous sommes plutôt sur la foi et l’écoute. En fait, pour un chrétien, nourri de la parole de Dieu, être croyant c’est écouter, entendre ; entendre, c’est être croyant. La foi, c’est cette oreille nécessaire pour bien entendre ce que Dieu dit a à dire.

 

Tant que nous n’avons pas encore développé cette oreille, nous sommes des enfants et tant que nous sommes des enfants, nous sommes sensibles à la vue et tant que nous sommes encore sensibles à la vue, nous ne connaissons encore pas Dieu.

 

Alors, je récapitule : être un adulte dans la foi, c’est avoir cette oreille toute développée ; ne pas l’avoir, c’est être encore un bébé, un enfant et si je suis un enfant, ce n’est pas l’oreille qui va prévaloir, ce sont les yeux et quand je dis les yeux, c’est : se comparer aux autres et vouloir se situer à partir de ce que les autres me renvoient (souvent par le jugement : untel, une telle est comme si, comme ça ; c’est bien, ce n’est pas bien ; je suis d’accord, pas d’accord), ça c’est être comme un enfant.

 

Mais au contraire, être dans la foi comme un adulte, c’est (pas se contrefiche, mais) mettre vraiment de côté ce que les autres me renvoient par les yeux, c’est savoir entendre une voix qui vient de plus loin que moi.

 

Alors, il est bon de se redire d’où nous venons, chacun ; nous avons tous été baptisés et nous avons été présentés par les parents, un jour (souvent, nous étions tout petits) et le geste même (qui rejoint celui de Marie et Joseph quand était présenté au temple 40 jours après sa naissance) est pour redire : ‘Père du Ciel, je te présente mon bébé ; nous te présentons notre bébé mais le présentant, nous ne voulons plus qu’il soit que nôtre, (que mon), nous vous l’offrons pour qu’il soit le vôtre. Nous voulons l’ouvrir à plus grand que nous ; nous voulons par notre geste, (certes, qu’il fasse partie de la famille des chrétiens ; certes, qu’il soit sauvé ; certes, qu’il puisse bénéficier de la grâce qui vient d’En-Haut et surtout) surtout, qu’il se décolle de nous ; alors ce sera long parce que c’est encore un bébé et il a besoin de se réchauffer au sein maternel ; il a encore besoin d’être protégé par la virilité du père mais quand viendra le moment, Seigneur, aide-nous à ce qu’il soit décollé de nous ; aide-nous à ce qu’il puisse entendre une voix qui vient de plus loin que la nôtre ; aide-nous à l’ouvrir à une dimension qui soit beaucoup plus large que le sein maternel’.

 

Vous savez, papa coupe le cordon ombilical et le bon Dieu le sépare de la matrice de maman ; le bon Dieu l’ouvre à plus large, il l’arrache au ‘même’ pour l’ouvrir à l’Autre.

 

Nous avons tous été comme ça, projetés dans l’Autre par notre baptême ; mais sommes-nous devenu des adultes pour autant ? C’est-à-dire, notre oreille s’est-elle habituée à écouter une voix qui vient de plus profond ? une voix qui dépasse largement notre origine ?

 

Jésus a été formé à cela mais si je dis Jésus, ça pourrait être vrai pour tous les prophètes de l’Ancien Testament, nous avons un exemple avec Jérémie ; nous pourrions rajouter Elie, Samuel, Moïse, Ézéchiel et puis, chacun d’entre nous.

 

Cinq étapes dans la vie de Jésus : la première, nous l’avons lue hier, à la fête de la Présentation de Jésus au temple (celle que j’ai lue à l’instant, c’est la dernière). La première, celle que nous entendons à la fête de la Présentation de Jésus au temple ; Jésus à 40 jours (40 jours après sa naissance il est présenté au temple). Il est au temple, le lieu du Très-Haut ; comme vous avez présenté vos enfants, le jour de votre baptême,  comme vous avez été présentés vous-mêmes, à votre baptême dans ce lieu du Tout-Autre.

 

Deuxième étape pour Jésus : il a 12 ans ; il est au temple. Vous souvenez-vous ? Quand on prie les mystères joyeux : ‘le recouvrement de Jésus au temple’: au profit d’un pèlerinage à Jérusalem avec ses parents, au moment où ses parents repartent vers Nazareth, Jésus lui, est resté au temple. Ses parents le recherchent partout : où est-il ?

Ils le retrouvent au temple :‘ne saviez-vous pas qu’il me fallait être chez mon Père ?’

Donc Jésus parle (vous me direz à 12 ans, ce n’est pas très original) et qu’est-ce qu’il dit ?

‘Je dois être chez mon Père’.

Il s’ouvre déjà ; il a été déjà (sans qu’on le sache trop comment, aidé par ses parents) ouvert à cette réalité plus grande que lui et plus grande que ses parents : mon Père (avec un p majuscule), mon Père du Ciel.

 

Troisième étape : il a son baptême dans les eaux du Jourdain, il a 30 ans. Il s’approprie la parole de Dieu ; pourquoi ? Un verset du psaume 2, il le fait sien : ‘celui-ci est mon fils bien-aimé’. Vous savez, cette voix qui vient du Ciel, avec cette colombe qui descend sur lui (l’Esprit Saint), au moment où il est baptisé dans les eaux du Jourdain par Jean-Baptiste. Troisième étape donc, de croissance dans l’ouverture au Tout-Autre, c’est : il s’approprie la parole de Dieu.

 

Est-ce qu’on s’approprie la parole de Dieu ? Est-ce qu’on est capable de parler avec les mots de la parole de Dieu ? ‘Celui-ci est mon fils bien-aimé’, mais c’est vrai pour chacun, aussi : je suis le fils, la fille bien-aimée du Père, Celui qui est le Tout-Autre.

 

L’avant-dernière étape : il est au désert (ce sera le premier dimanche de Carême) ; voyez, il est 40 jours au désert comme il aura attendu 40 jours avant d’être présenté au temple, après sa naissance (40 jours au désert). Là, silence et dans ce silence, ça n’est pas Dieu qui lui parle, c’est le diable. Vous souvenez-vous de la scène de la tentation ? Par trois fois et il ne se laisse pas avoir par les fausses paroles, par les fausses voix qui, au lieu de l’élever, le disperseraient et l’écraseraient et le feraient redevenir enfant tout de suite, bébé. Il ne tombe pas dans les mirages de cette fausse voix du diable et il va dire, toujours, il va rétorquer (comme une sorte de bouclier de la foi) ; il va s’appuyer sur les paroles de son Père, il va recourir à l’Ecriture en permanence et c’est là qu’il réussit son combat pour devenir un adulte dans la foi : l’écoute de la parole du Père aura été plus forte que les tentations de celui qui divise et disperse. Là il est devenu un adulte mûr alors que sinon, il serait redevenu comme ceux dont parle Paul : il serait redevenu un enfant. Il serait tombé dans les mirages du ‘même’ ; il s’est ouvert au Tout-Autre dans le désert.

 

Ce qui lui permet, dernière étape, de vivre ce que je viens de vous lire. Il est à Nazareth, il a une trentaine d’années, il a quitté le désert : première prédication publique. Il est sous les yeux scrutateurs de tous ceux qui le connaissent depuis qu’il est en culotte courte. Ils le connaissent (du moins, ils croient le connaître) ; ceux qui sont là ne sont pas encore des adultes (les oreilles), ils sont encore des enfants (les yeux). Alors voici qu’ils regardent, ils jugent, ils scrutent et ils comparent : ‘mais on te connaît, toi ! Tu as joué dans la cour de récréations avec les nôtres. On connaît tes parents. Tu n’es jamais qu’un type de chez nous, quoi !’ ; alors que Jésus, par l’autorité de sa parole, va dire que ce qu’il a lu dans le livre d’Isaïe, se réalise ; c’est-à-dire : par la puissance de sa parole, il va entraîner les uns et les autres faire un au-delà mais encore faut-il que les autres l’entendent avec leurs oreilles. S’ils n’en restent qu’aux yeux, que se passe-t-il. ?

Ils veulent le jeter dans le ravin et que dit la parole ?

‘Il passe au milieu d’eux, il continue son chemin’ ; la puissance de la foi.

 

Ça nous renvoie chacun, assez simplement, à : comment aujourd’hui (à la limite, hier on s’en fiche, hier c’était autre chose), aujourd’hui et demain vais-je croître dans l’écoute ?

Je vais prendre des petits exemples tout simples ; par exemple : vous allumez la télé, vous écoutez la radio, vous lisez le journal et on vous raconte les faits qui… tout ce dont on pourrait vous parler maintenant et ce qui fait peur (je ne dis pas que ce n’est pas vrai mais ça vous renvoie à un tas de choses qui font peur) et alors, il y a deux tentations : soit je vais me laisser aller à ce qui est dit (et dire : ‘ah ! bah oui effectivement : rien ne va plus …’), soit je vais dire : ‘tout ça, ce sont des sornettes’ et je vais m’isoler ; ce qui revient à la même chose).

Si jamais je déploie cette écoute de cette parole qui vient de plus profond, sans fuir du tout ce monde, je vais continuer ma route, je vais être solidaire de ce monde tel qu’il est mais je vais aller ni dans la fascination, ni dans la répulsion ; je vais continuer ma route.

 

Deuxième exemple, vous êtes dans une communauté paroissiale, vous allez avoir la tentation soit de vous situer du côté de la majorité (alors ça dépend des communautés : soit la majorité adore le curé, soit la majorité l’exècre (ça dépend des communautés) et alors, en fonction de …je vais me mettre dans un clan ou je vais me mettre dans l’autre. Mais si je déploie cette écoute, d’une parole qui vient de bien plus profond et de bien plus haut et qui m’emmène à bien plus loin eh bien, la question n’est pas du tout d’être pour, contre, aimer, pas aimer (on s’en fout) ; on est là pour le Christ, le reste ce sont des machins de femmes saoules. Mais oui, mais oui ! et on pourrait multiplier les exemples, comme ça. Et alors, ce n’est pas réservé aux parfaits, c’est pour tous, c’est vraiment pour tous.

 

Je voulais vous lire un petit extrait d’une personne qui n’est pas plus, pas moins. Elle a été comme Elie, comme Samuel, comme Jérémie (que nous avons entendu dans la première lecture : puisqu’il avait développé cette écoute, il peut être ‘une ville fortifiée’ comme lui dit le Seigneur), ça peut être chacun par la puissance de notre baptême et l’écoute de la parole. C’était une petite fille, qui a fini par grandir et un jour, elle est arrivée à cette étape, comme Jésus (le désert des tentations, il lui a fallu mettre de côté les fausses paroles, les lucioles et les chimères et écouter la parole qui vient du Père) et puis ensuite, elle est arrivée à l’étape (comme Jésus à Nazareth) où elle était toute dans la communion avec cette voix qui vient du Ciel. Certes elle était religieuse donc vous allez dire : ‘ah bah oui forcément, elle était religieuse donc elle pouvait, elle !’. Mais ce n’est pas réservé aux religieuses.

 

Et voici ce qu’elle écrit : ‘Je compris que l’Amour renfermait toutes les vocations, que l’Amour était tout, qu’il embrassait tous les temps et tous les lieux ; en un mot, qu’il est éternel.

Alors, dans l’excès de ma joie délirante, je me suis écriée : oh Jésus, mon amour ! ma vocation, enfin je l’ai trouvée : c’est l’Amour.

Oui, j’ai trouvé ma place dans l’Eglise et cette place, oh mon Dieu ! c’est vous qui me l’avait donnée : dans le cœur de l’Eglise ma Mère, je serai l’amour.

Ainsi, je serai tout, ainsi mon rêve sera réalisé’.

 

Si on est capable de dire ça : j’ai trouvé ma place, ma place dans l’Eglise et dans le monde ; ma joie est là, mon rêve est réalisé ; sans dévisser les ampoules, sans être parfait (ce n’est pas la question),sans être mieux que celui que j’idolâtre ou différent de celui que j’exècre (on s’en fout) ; si je suis capable de dire : ‘je suis à ma place, je suis heureux, c’est l’amour’ alors, je suis tout à fait branché sur cette voix qui vient d’au-delà de moi-même et que j’ai appris à écouter.

 

Cette petite fille-là, quand elle a écrit cela, elle était déjà plus âgée (une vingtaine d’années), elle n’est pas morte très vieille (Josette, tu ne voulais pas vivre très vieille, elle, elle est morte beaucoup plus jeune que ça) : c’est Thérèse de Lisieux, qui a donné son nom à l’école qui est Bar sur Aube.

 

Alors, je vous souhaite, les uns, les autres, de vivre cette dynamique de l’écoute. Ce quatrième dimanche est vraiment : la foi égale l’écoute. Le reste, c’est pour les punaises de sacristie et les grenouilles de bénitier.

 

Amen.


Vendredi 1er Février 

He 10, 32-39 : Motifs de persévérer.

Ps 36

Mc 4, 26-34 : Parabole du grain qui pousse tout seul. Parabole du grain de sénevé. Conclusion.

 

Avec ces petites paraboles, aujourd’hui, nous poursuivons la découverte de ces trois sens de l’Ecriture qui a été inaugurée avec le discours de Jésus, à la synagogue de Nazareth ; nous étions dimanche dernier. Nous avons vu ces derniers jours, les deux premiers sens ; le premier sens : Jésus qui se cache, qui nous révèle que l’Amour de Dieu nous invite à creuser profond pour aller à la recherche de son trésor, au fond du champ.

La deuxième dimension : l’Amour de Dieu nous convie à franchir un certain nombre d’échelons, d’étapes, de cols pour atteindre des cimes ; l’Amour de Dieu nous invite à la vertu.

La troisième dimension a bien été déployée aujourd’hui : l’Amour de Dieu nous projette vers l’avenir, nous tire vers l’avant. L’Amour de Dieu nous fait marcher, c’est cette troisième dimension, signification, sens de l’Ecriture ; ces paraboles parlant de la croissance, nous invitent à demain, à nous projeter demain et c’est la croissance du Royaume, la croissance de nos vies personnelles, croissance de notre foi, la croissance du monde, toute croissance, l’avenir.

Nous ne faisons pas du surplace assurément ; en plus de creuser, de monter, nous avançons.

 

Je vous invite (vous savez, je vous le rappelle, les paraboles sont inépuisables donc, personne ne peut avoir la prétention d’en avoir fait le tour) à regarder trois petits points.

 

Le premier point : comment, si nous identifions cet homme, qui a jeté la semence, au Christ, dans cette première parabole, comment pouvons-nous voir que le Christ, lui qui est la foi et qui jette la semence est à côté de celui qui vit sa vie normale : dormir, se lever ; Dormir, se lever. La croissance du désir se fait à l’intérieur de notre vie normale. Il y a néanmoins, une petite distance entre Jésus que l’on ne peut pas attraper et notre vie de tous les jours, comme elle est et qui avance.

 

Ceux qui, par leur baptême, vivent l’Évangile avec le plus d’amour et de désir possibles (comme les personnes consacrées, le savent bien), c’est à l’intérieur d’une vie normale, (normale et pas héroïque) que la foi et le désir du Ciel se creusent, que les montagnes sont franchies et que l’avenir du Royaume apparaît.

 

Le deuxième petit point d’attention que je vous invite à regarder : c’est Jésus qui associe ses disciples à la construction des paraboles : ‘à quoi allons-nous comparer le règne de Dieu ?

Par quelle parabole pouvons-nous le représenter ?

En associant ainsi ses disciples et ses auditeurs à la construction des paraboles, il nous dévoile la mécanique du désir, la mécanique de la foi ; c’est-à-dire qu’aujourd’hui déjà, l’avenir est donné ; il est complètement là et en même temps, il n’y est pas encore. Mais la seule façon de pouvoir le toucher du doigt, le vivre, le sentir, c’est de le raconter, de le dire, d’en parler, l’écouter. Ces petites paraboles sont la meilleure façon de raconter ce qui est déjà là et pas encore.

 

La troisième chose, qui est en filigrane dans ce texte, c’est la prière.

Je vous invite à rentrer dans cette prière qui à la fois, magnifie la vie ordinaire, la vie simple dans sa réalité la plus domestique soit-elle  et en même temps, cette prière qui arrive à se tourner, à la fois vers les réalités d’En-Haut et à la fois, vers les profondeurs de là où le Christ se cache et en même temps vers l’avenir où il nous promet d’être là. La prière qui tient tout ça est une très belle prière.

 

Demandons à l’Esprit Saint de nous enseigner cette prière-là et que les personnes consacrées que nous avons à proximité de nous, puissent en être de beaux visages.

 

Amen.


Jeudi 31 janvier : st Jean Bosco

He 10, 19-25 : Jésus nous assure l’accès au Sanctuaire.

Ps 23

Mc 4, 21-25 : Comment recevoir et transmettre l’enseignement de Jésus ?

 

On peut continuer à lire ces paraboles qui se suivent (hier, c’était la parabole du semeur; cette fois-ci, deux petites paraboles : la lumière ; ce que vous entendez : la mesure que l’on utilise pour nous et pour autrui, dans l’écoute ; on peut les accueillir de la même façon que nous avons essayé de le faire depuis dimanche, c’est-à-dire : en repérant les différents sens de l’Ecriture et l’âme de l’Ecriture, qui est le Christ lui-même ; la façon dont, Le cherchant, se creuse en moi, la profondeur de l’amour de Dieu ou se gravit en moi, les cimes de l’amour de Dieu ou bien encore que l’horizon en moi, s’aperçoit, du futur que Dieu, dans son amour, veut pour moi et avec moi.

 

Cette petite parabole dit fort bien que : moins je me laisse travailler par l’Ecriture, moins elle va me parler mais plus profondément, je serai dans la ténèbre ; mais plus je me laisse travailler par l’Ecriture, plus elle va me parler et plus profondément, je serai dans la lumière.

 

Il est la lumière du monde, le Christ et je ne le trouve pas tant que je le cantonne à l’obscurité ou tant que je ne me laisse pas, je ne cherche pas, que la lumière soit faite en moi.

Je ne le trouverai pas mais si je ne le trouve pas, c’est tout simplement peut-être, parce que je ne le cherche pas.

 

On va rester quelques instants sur l’idée de l’écoute.

La foi est d’abord audition.

Si nous étions dans d’autres religions, on dirait peut-être que la foi est vision mais là, elle est audition et l’acte de foi naît de l’écoute.

Alors évidemment, on est habitué à dire notre foi à la messe le dimanche, à remplir les bonnes cases dans le catéchisme (très bien !) mais l’acte de foi lui-même, c’est : écouter.

 

Écouter ; c’est vrai, ça vaut aussi dans la façon dont nous nous écoutons les uns les autres mais c’est surtout et d’abord, la façon dont je me laisse creuser les oreilles par la parole et à l’intérieur de la parole, par le Christ parce que ça fait des générations, (sur des millénaires), que Dieu essaie de parler par les prophètes, par sa Loi (à travers Moïse : ‘écoute Israël, le Seigneur ton Dieu est l’Unique Seigneur’), par la voix des sages et par Celui qui, ultimement est la parole par excellence : le Christ ; ça fait donc des siècles et des millénaires qu’Il essaie de parler et que peu, sont ceux qui l’écoutent, ou qui l’entendent.

 

Il y a beaucoup de bruit alors, il est nécessaire de rentrer dans le silence pour mieux entendre cette parole et laisser le Seigneur creuser les oreilles, (creuser profondément en nous-mêmes) pour que, enfin, nous entendions de la même façon que les sourds se mettent à entendre, grâce aux miracles que Jésus fait. Vous savez que c’est un signe de la venue du Messie que les sourds se mettent à entendre.

 

Il y en a une qui a été toute écoute, c’est Marie ; elle a entendu.

Nous pouvons lui demander dans la prière que nous lui adressons, à elle, la Mère que par son intercession, elle nous permette de rentrer dans une imitation, son imitation à l’écoute. Que nous soyons plus attentifs ; en tout cas, que nous soyons un bon terreau où la parole peut nous creuser, creuser, creuser, creuser.

 

Attention à la manière dont nous écoutons !

De manière très pratique, au-delà de la façon dont nous laissons le Christ nous creuser dans l’écoute de l’Ecriture, il y a la façon dont nous écoutons nous-mêmes.

Nos oreilles, où est-ce qu’elles se laissent aller ?

Est-ce qu’elles écoutent les potins ?

Est-ce qu’elles écoutent les choses négatives, les choses qui détruisent ?

Ou est-ce qu’elles vont chercher à entendre ce qui est beau et ce qui est vrai ?

C’est lié avec notre façon d’écouter la parole.

Amen.


Mercredi 30 Janvier 

He 10, 11-18 : Efficacité du sacrifice du Christ.

Ps 109

Mc 4, 1-20 : La parabole du semeur et son explication.

 

Juste un petit mot pour commencer, sur cette lecture continue que nous avons de la lettre aux Hébreux : ce passage de l’Ecriture a fait beaucoup couler beaucoup d’encre entre protestants et catholiques, pour savoir quelle est la signification de la messe.

Est-ce que la messe prétend reproduire le sacrifice de la Croix, par qui nous vient le salut ?

À ce compte-là, alors, les protestants reprochent aux catholiques de vouloir réitérer ce qui a été fait une fois pour toutes ; d’après l’auteur de la lettre aux Hébreux, il n’a pas besoin de réitérer : ce sacrifice est unique et il est parfait.

 

Les catholiques répondent aux protestants, en disant : le sacrifice de la messe c’est l’unique sacrifice de la Croix. On peut avoir effectivement plusieurs messes par jour ou plusieurs messes par semaine, il n’empêche que c’est l’unique sacrifice de la Croix. Ceci étant, entre catholiques et protestants, la question demeure.

 

Revenons à ce texte de l’Évangile. Nous disions, dimanche à la messe, qu’il y a trois sens à l’Ecriture. Peut-être que cette parabole du semeur, utilement, nous plonge dans le premier sens : comment Jésus se cache et nous conduit à creuser fort et dans l’Ecriture et dans la création et en nous-mêmes, pour le trouver. C’est une dynamique qui n’épuise aucunement le sens, ni de nous-mêmes, ni du monde, ni de l’Ecriture et effectivement, cette parabole, (comme toutes les paraboles, d’ailleurs) nous invite à chercher dans l’Ecriture, ce qu’elle peut bien vouloir nous apporter comme nourriture.

 

Souvenez-vous que l’âme, (le Christ), est présente dans toute l’Ecriture et alors du coup, comment l’ensemble ou la totalité de l’Ecriture nous permet de saisir le geste de ce semeur : pourquoi cette maladresse apparente, de semer dans des terrains qui sont pour certains très féconds, d’autres pas du tout ?

 

Jésus a l’habileté de transformer, ce que l’Ancien Testament résumait par la catégorie d’ennemis ; les ennemis de la Nation d’Israël, les ennemis qui nous en veulent, les ennemis du psalmiste : Chaque fois que le psalmiste implore le Seigneur de le défendre, de le protéger de ses ennemis ou bien encore chaque fois que le psalmiste se réjouit et rend grâce quand le Seigneur l’a aidé à écraser ses propres ennemis.

Comment le Seigneur vient restaurer Jérusalem qui était envahie ou détruite par les ennemis, en chassant les ennemis ; cette catégorie d’ennemis, nous la retrouvons dans cette parabole par, (on ne sait pas trop quoi, d’ailleurs) en tout cas cela se traduit par des graines qui ne poussent pas beaucoup pourtant il y a la générosité du semeur, il y a ces différents types de sol.

Le personnage principal semble être (semble être !) le semeur et puis après, on pourrait trouver que d’’autres personnages’ peuvent être également, les sols eux-mêmes (ces différentes types de sol) à moins que ce soit les graines (nous voyons comment Jésus essaie d’interpréter lui-même cette parabole et montre que les graines sont toutes à la fois les graines et ceux qui écoutent la parole).

Je n’épuiserai pas le sens de la parabole mais je voudrais rajouter encore un autre ‘personnage’ : c’est le ciel d’où viennent les oiseaux qui mangent les graines, d’où vient le soleil qui brûle les graines mais vers où poussent les graines, quoi qu’il en soit (même si ça ne dure pas longtemps).

C’est vers où va le Christ, après qu’il soit tombé en terre et qu’il soit mort, par son Ascension. Et c’est du ciel que vient l’Esprit Saint (peut-être, l’Esprit Saint est-il la fécondité de ces graines, indépendamment du terreau dans lequel elles tombent).

 

Nous voyons les composantes importantes de ce tableau dressé par le Christ dans sa parabole :

Comment est-ce que j’associe le ciel à la fécondité de ma vie ?

Est-ce que je compte uniquement sur mes propres forces ?

Est-ce que je vais compter sur, uniquement, l’univers dans lequel j’ai été semé au point de me laisser engluer dans cet univers quand il semble hostile, aride ?

Ou est-ce que je vais aussi, tourner mon regard vers la source de toute Providence ?

 

Alors, je vous propose trois pistes pour écarter les broussailles et mettre de côté les cailloux et laisser passer la lumière qui vient du ciel.

 

La première piste, ça va être l’aveu (en tout cas tout du moins, la confession) de l’Amour du Seigneur.

Confesser cet Amour,

confesser cet Amour,

confesser cet Amour ; si je ne le confesse pas alors, je ne vais faire que me lamenter sur les cailloux et les ronces et je finis par tomber malade ; confesser l’Amour.

 

La deuxième piste, c’est la pureté (ou tout du moins le désir de pureté).

Avoir de l’amour ou se laisser pétrir par l’amour qu’il pourrait y avoir entre moi et l’ensemble du créé (mes frères, mes sœurs, mais aussi différents éléments de la nature : après tout, les ronces ont été créées par le Père, également ainsi que les cailloux et les oiseaux qui viennent tous manger) ;la pureté, désir de pureté.

 

Et le troisième élément, c’est l’humilité (cet humus) qui est précieuse, cette humilité, cette profondeur de cette humilité, pour nous.

 

Ces trois éléments aident à laisser passer le ciel dans les broussailles de nos vies.

 

Amen. 


Mardi 29 Janvier

He 10, 1-10 : Inefficacité des sacrifices anciens.

Ps 39

Mc 3, 31-35 : La vraie parenté de Jésus.

 

Voilà un regard en cercle que Jésus fait autour de lui, comme il l’a fait dans la synagogue de Capharnaüm, lorsqu’il s’est mis à guérir, un jour de sabbat, un homme qui avait la main sèche. Souvenez-vous, il regarde en cercle autour de lui, sauf qu’il était avec regard navré ; ce qui n’est pas le cas, semble-t-il, ici.

 

Il parcourt du regard ceux qui étaient assis en cercle autour de lui, un cercle d’ailleurs, qui évoque peut-être aussi, la vie divine.

Et ceux qui écoutent la parole (c’est saint Luc qui nous le rapporte), ceux qui font la volonté de Dieu, (comme nous dit saint Marc), sont sans doute ceux qui, attirés par l’Esprit Saint, rentrent dans la vie même du Père, du Fils et de l’Esprit : une filiation nouvelle, des liens nouveaux qui dépassent la filiation ‘du papa, de la maman, du frère et des sœurs’, la filiation nucléaire.

 

Nous pouvons nous redire ces trois sens de l’Ecriture que nous avons entendus à la messe, dimanche ; cette profondeur : cet amour de Dieu qui nous appelle à creuser profond pour chercher le Christ, qui se cache, cette hauteur : pour mieux dire également, la façon dont l’amour de Dieu nous invite à franchir les étapes, escalader des cimes et également franchir des échelons comme pour progresser

 

et puis, le troisième sens de l’Ecriture : cet amour qui me provoque à aller loin en avant, me projeter loin dans mon avenir.

 

‘Celui qui fait ma volonté est pour moi un frère, une sœur et une mère’ ; c’est quelqu’un qui, au préalable, va s’asseoir et calculer s’il a de quoi pour construire la tour de sa vie ou construire sa propre vie sur Dieu. Et calculer pour savoir si on a ce qu’il faut, ça revient à laisser l’Esprit Saint scruter mon propre esprit, ça revient à laisser l’Esprit Saint faire en moi, toute chose nouvelle.

 

Alors, comment faire, hormis de dire que l’Esprit Saint, vient en moi faire toute chose nouvelle ?

L’Esprit Saint va, en moi, m’aider à faire la volonté du Père.

 

La première chose, ça revient à confesser très fort l’amour de Dieu pour moi, (redire dire, redire, et re-redire que le Seigneur m’aime) ; il est plein de miséricorde.

Ce n’est pas le moment, forcément, de dire qu’il aime les autres, (ça on le sait) mais s’exposer soi-même à l’amour qui restaure, (l’amour)du Père ; exposer jusqu’au plus infime de nos fragilités et jusqu’au plus monstrueux de notre péché, l’exposer à son amour ; c’est la première étape qu’il faut faire, qu’il faut franchir.

 

La deuxième étape pour laisser l’Esprit Saint faire en moi, toute chose nouvelle et me permettre de faire la volonté du Père, c’est se redire qu’il n’y a rien qui soit étranger à l’Esprit Saint, dans ma vie : de la cime de mon crâne jusqu’à la pointe de mes pieds, de mon histoire, de mon affectivité, de mon désir et de mes projets, l’Esprit Saint connaît toutes ces choses-là, vient les visiter. Encore faut-il que je l’accepte, encore faut-il que j’ouvre la porte, que je lui laisse faire sa demeure, à l’intérieur.

 

Troisième chose, pour laisser l’Esprit Saint faire en moi, toute chose nouvelle, me permettre de faire la volonté du Père et entrer dans la vie du Père, du Fils et de l’Esprit, c’est de se mettre à l’école de l’Ecriture : connaître, aimer, suivre Jésus Christ. Ça, il n’y a pas à tortiller, ça ne nous est pas donné par enchantement : connaître, aimer et suivre.

 

La quatrième étape pour laisser l’Esprit Saint faire toute chose nouvelle et nous permettre de faire la volonté du Père, c’est de se mettre sous la protection d’un père spirituel ou d’une accompagnatrice spirituelle, quelqu’un qui peut m’aider à laisser l’Esprit Saint discerner mon esprit (et non pas mon esprit discerner l’Esprit Saint) ; c’est bien m’aider pour que l’Esprit Saint vienne discerner mon propre esprit.

 

S’il n’y a pas ces quatre choses-là, on n’est pas forcément mort mais on devient sec comme une vieille pomme au soleil, on n’est pas très intéressant, en fait et on est donc condamné à rester à l’extérieur de la maison : ‘ta mère, tes frères et sœurs’, sont là dehors. ils te cherchent’.

 

On peut toujours mais c’est tellement mieux d’être dans la vie même de Dieu.

 

Amen.


Vendredi 25 Janvier : Conversion de saint Paul

Ac 22, 3-16 : Harangue de Paul aux Juifs de Jérusalem.

Ps 116

Mc 16, 15-18 : Apparitions de Jésus ressuscité.

 

Dans les Actes des Apôtres, (même dans l’une ou l’autre de ses lettres), nous avons le récit (de Paul), de sa conversion ; celui que nous avons lu est un des plus longs qui nous donne le plus de détails.

Il rappelle qu’il est né à Tarse et qu’il était à l’école d’un (docteur), d’un maître de la Loi : Gamaliel.

Ce même Gamaliel aura sauvé, (dans les Actes des Apôtres toujours, plutôt au début), les apôtres qui avaient été, une fois de plus, convoqués devant le Sanhédrin à Jérusalem, pour rendre des comptes : il se trouve qu’ils attiraient à eux la foule, par leurs paroles et leurs miracles.

Il n’y avait pas Paul, encore ; il y avait Jean, il y avait Pierre, il y avait sans doute, Barnabé et Ananie et les autres et Gamaliel dit (il dit à ses pairs, il ne dit pas aux Apôtres) : ‘écoutez : ‘si ce qu’il font ne vient pas de Dieu mais des hommes, cette œuvre tombera toute seule’, inutile de se mettre la rate au court-bouillon

mais ‘si ce qu’il font, vient de Dieu’, ça marchera et ça tiendra : ‘ne risquez pas de vous mettre en guerre contre Dieu’. Et c’est ce même Gamaliel qui aura été (on pourrait dire, le prof de théologie de Paul), son maître ; ce qui permet de penser que Paul était à l’école à la fois d’un observant mais en même temps, pour une certaine part, d’un libéral (on pourrait dire avec nos mots d’aujourd’hui). En tout cas, voilà qui est ce Gamaliel.

 

Paul est envoyé à Damas, la suite du récit est relativement claire ; nous assistons donc, à une épiphanie ; il y a de la lumière qui apparaît, une voix : ‘je suis Jésus le Nazaréen, celui que tu persécutes’.

 

 Cette affirmation est capitale pour nous tous et nous renvoie à notre propre baptême : il n’y a pas de vie en Dieu possible, si nous ne nous laissons pas rejoindre au plus sordide de notre péché, (pas celui des autres ! le nôtre) par le Christ lui-même. Il se peut, bien souvent, que nous considérions que nous faisons déjà partie des purs à partir du moment où nous touchons le manteau du prêtre, à partir du moment où nous sommes baptisés, à partir du moment où nous assistons à la messe ; mais nous n’en sommes pas : il n’y a aucun pur, sur la terre et dire qu’il n’y a que des pécheurs, ça n’est pas être pessimiste.

Dire qu’il n’y a que des pécheurs, c’est dire qu’il y a de l’amour.

 

Paul est tombé de son piédestal, a été rejoint dans son péché et il ne l’a jamais renié, son péché : il ose l’avouer à tous, à voix haute : ‘j’ai été rejoint dans mon péché par le Christ’. Il ne peut rien faire, Paul et c’est la puissance de sa conversion et c’est la clef de lecture de toutes ses lettres : si Paul insiste beaucoup sur la gratuité de l’amour de Dieu, s’il insiste beaucoup sur les conséquences communautaires de cet amour, c’est qu’il était le premier à en être bénéficiaire.

 

Nous devrions revisiter notre péché, non pas pour nous faire du mal mais pour nous faire du bien, car c’est là que germe l’amour et nous en avons besoin.

 

On pourrait se donner aussi, une autre piste, une autre clef : si jamais nous ne sommes pas encore capable de guérir des personnes, si nous ne sommes pas encore capable de défier les serpents, si nous ne sommes pas encore capable de parler des langues nouvelles, c’est que nous avons encore du chemin à faire : ce n’est pas réservé qu’à quelques-uns et ça n’est pas réservé qu’aux Apôtres ; c’est possible pour tout baptisé. Alors, nous avons du chemin à faire dans notre propre conversion, à la manière de Paul et aussi, du chemin à faire dans notre prière car celui qui prie, entre dans le Royaume de Dieu, celui qui prie, vit de la puissance des vertus et celui qui prie, vit de la puissance de l’Esprit Saint.

 

Plutôt que de penser à nos ennemis, pensons à Dieu et à son Amour dans notre prière.

 

Amen.


Jeudi 24 Janvier 

He 7, 25-8, 6 : Perfection du grand prêtre céleste.

Ps 39

Mc 3, 7-12 : Les foules à la suite de Jésus.

 

Cette petite mention est pour nous l’occasion d’approfondir un mystère dans notre vie ; cette petite mention c’est : cette barque tenue en permanence à l’écart. Il demande à ses disciples de maintenir en permanence, à l’écart du rivage (juste ce qu’il faut pour qu’il ne soit pas écrasé), une barque.

 

Alors, il y a l’explication qui est souvent rapportée, en disant : comme ça Jésus, sa voix peut porter un petit peu grâce à la mer et en même temps, il n’est pas accaparé par les gens qui sont sur le rivage ; mais une autre explication pourrait être la suivante : tenir à l’écart (juste ce qu’il faut) les passions de nos vies.

C’est possible, si nous refusons l’oisiveté et si nous sommes en permanence à confier au Seigneur, ce qui est dans notre vie, péché, car nous sommes envahis par la passion et les passions. Et ce n’est pas mal en soi, c’est comme ça mais les passions peuvent déferler sur nous comme un tsunami sur un rivage et nous emporter.

 

Et Jésus est une image (pour le coup) complètement inversée de nous-mêmes : si jamais les démons proclament à tous et finissent par convaincre tous, que Jésus est le Fils de Dieu, Jésus sera tenu à l’écart de sa Passion mais s’il est tenu à l’écart de sa Passion, il ne peut pas nous sauver. Il faut qu’il aille jusqu’au bout de son itinéraire de Fils.

 

En revanche, nous, (nous sommes une image inversée) : nous avons besoin d’être tenus à l’écart de nos passions sans quoi, jamais nous ne pourrons nous laisser aimer jusqu’au bout car nous ne serons même plus là, d’ailleurs, pour confesser l’amour de Dieu, nous ne serons même plus là pour reconnaître combien le péché est haïssable, nous ne serons même plus là pour reconnaître qu’il y a la lumière.

 

Jésus n’a pas à être tenu à l’écart de sa Passion mais nous avons besoin d’être tenus à l’écart des nôtres.

 

Amen.


Mercredi 23 janvier 

He 7,1-3.15-17 : Melkhisedeq.

Ps 109

Mc 3, 1-6 : Guérison d’un homme à la main atrophiée.

 

Ce jour du repos, dont il est question depuis plusieurs pages dans l’Évangile de Marc, qui est notre dimanche (et chacun des jours que Dieu fait), est un jour où nous sommes amenés à être dans le repos, dans la prière, la louange et le souvenir des miséricordes du Seigneur.

 

Si ce sabbat, (ce jour de repos), ne le permet plus alors, il convient de le retrouver et c’est ce que Jésus propose dans sa propre personne. Il mène un dur combat ; il n’y a pas de repos, sans ce combat-là, du Christ ; un combat sévère, à l’image de son regard circulaire, navré et ce combat est possible aussi par nous, si nous laissons ce combat nous traverser ; les sacrements sont là pour cela.

 

Non seulement, ils nous apportent le salut, ils rétablissent une communion perdue mais à travers nos corps, c’est le combat du Christ. Son regard circulaire traverse nos âmes et vient s’opposer à tous les ennemis dont parle chacun des psaumes.

 

C’est une façon pour nous de revisiter (ou en tout cas, de renouveler) notre attache à chacun des sacrements qui nous redressent, qui nous permettent d’aller au centre, d’être proches de la personne du Christ.

 

Ce n’est pas nous qui combattons, c’est lui mais, avec nous. L’homme est fait pour louer le Seigneur, non pour chercher à le faire périr.

 

Demandons à l’Esprit Saint que notre fidélité à l’eucharistie (et aussi aux autres sacrements) nous permette de louer Dieu, plutôt que de récriminer.

 

Amen.


Mardi 22 Janvier : 18h st Vincent à Bligny

Rm 12, 3-13 : Humilité et charité dans la communauté.

Ps 138

Lc 12, 13-21 : Ne pas thésauriser.

 

La messe que nous voulons dans notre commune, Bligny, comme ça, chaque 22 janvier est pour nous, l’occasion de nous rassembler ; très bien.

Ça précède le temps de fête qui va suivre; très bien.

On rend grâce pour l’année, on demande au Seigneur le maximum de faveurs pour l’année qui vient.

Ça va ?

 

Alors, je peux me rasseoir mais il est bon quand même de se redire que l’Eglise est attachée à ses martyrs et Vincent en est un. Au de-là de l’anecdote de cet homme qui était coriace (du début du quatrième siècle en Espagne, à Valence) et qui était diacre, il est bon de se demander pourquoi l’Eglise est attachée à ses martyrs. Je vais vous le dire.

 

L’Eglise n’est pas nostalgique du martyre, (on n’est pas dingo) : personne parmi nous ne rêverait d’être écartelé sur une roue ou mangé par des bêtes dans un cirque.

 

On est attaché à nos  martyrs pour la première raison : c’est qu’ils sont édifiants.

Nous sommes bien contents de ne pas être à leur place ; heureusement qu’ils ont pris la nôtre (d’une certaine façon).

 

Ensuite, ils ont une manière assez excellente, imité le Christ justement, dans le sacrifice de l’eucharistie : vous savez qu’on célèbre le dernier repas de Jésus et Jésus qui anticipe sa mort. Ils ont fait pareil, d’une certaine façon, sans le vouloir ; c’est la deuxième raison.

 

La troisième raison qui est la plus simple à comprendre en fait, c’est que les martyrs, à cause de leur foi, étaient attachés à Christ et que leur foi à Christ se manifestait, se démontrait par leur courage. Ce n’est pas compliqué : si je suis à Christ jusqu’au bout, je vais jusqu’au bout dans l’épreuve ; si je n’y suis pas, je renonce ; c’est-à-dire qu’ils pouvaient très bien ne pas mourir à cause de leur foi ; il suffisait qu’ils disent : ‘je ne crois pas’. C’est aussi simple que ça.

 

En fait, il n’y a pas de gris ; il n’y a ni blanc, ni noir, il y a une seule couleur avec les martyrs c’est : ‘je suis attaché au Christ ; à cause de cela, je vais jusqu’au bout’.

 

Ce n’est pas : ‘je veux mourir’ ; c’est : ‘je suis attaché au Christ mais parce que j’y suis attaché, je vais jusqu’au bout’. Donc, il n’y a pas de demi-mesure, c’est simple ; c’est dur mais simple.

 

Une fois que la persécution est terminée et qu’on rentre dans un temps de paix, être attaché au Christ, c’est déjà plus flou et c’est là que le règne du paraître commence : je fais montre d’être attaché au Christ et par derrière ?

‘Oui, regardez, je suis à Christ

- très bien, montre-moi tes vertus, montre-moi jusqu’où va ta fidélité’.

‘Tu aimes le Christ, tu le connais, tu veux le suivre ? suis-le !

Ah bien, c’est ce que je fais : je vais à la messe, j’aide un petit peu, comme ça.

Bon. Et après ? Jusqu’où va ton exemplarité ?’

 Je vous rappelle que les martyrs n’avaient pas le choix, c’était : je suis ou je ne suis pas. Mais après, en temps de paix ?

Alors, si on fait référence aux martyrs, c’est par ce que cette exemplarité peut nous édifier nous, qui ne sommes pas persécutés.

 

On a souvent tendance à se plaindre néanmoins, mais ça n’a rien à voir avec une vie risquée.

Je peux me plaindre de ma condition personnelle, on peut se plaindre de tas de choses qui relèvent de notre vie affective, qui relèveraient de nos moyens financiers, qui relèveraient de tas de choses, du sort qui nous est réservé mais malgré cela, (malgré cette plainte) il y a parfois (ce que je dis est valable pour moi aussi) peu d’occasions d’être exemplaire.

 

Or, suivre le Christ (si vraiment on dit qu’on en est) c’est être exemplaire dans la pratique de notre foi : il ne suffit pas de dire ‘ je crois’ ; il ne suffit pas de venir avec un beau chapeau à la messe ; il y a en plus de tout cela, une pratique.

 

Dans les textes qui ont été lus, il y a des choses très concrètes et j’en ai sélectionné trois mais chacun, peut-être, aura eu une oreille attentive et retient pour lui (ou pour elle) d’autres choses.

La première c’est : ‘soyez unis les uns aux autres par l’affection fraternelle, rivalisez de respect les uns pour les autres’ ; ça c’est dans cet extrait de Paul aux Romains, qu’a très bien lu Michael.

Dans cette lecture, une façon d’être exemplaire c’est d’avoir le sens du bien commun et de l’intérêt général puisqu’on part du principe que, quelle que soit notre condition, nous sommes unis les uns aux autres par l’affection fraternelle.

 

Nous ne sommes pas des prédateurs les uns des autres ni même des rivaux ; et s’il faut rivaliser en une chose, c’est en respect. Ça, c’est ce que nous avons entendu sous la plume de Paul aux Romains.

 

Deuxième chose que j’ai retenue dans l’Évangile, c’est dans cette petite histoire que raconte Jésus (une parabole), c’est (vous allez voir, c’est un piège !) : ‘Repose-toi, mange, bois, jouis de l’existence’.

Eh bien, c’est justement ce qu’il ne faut pas faire. Vous savez, celui qui a de grands biens, réussit à construire des greniers plus grands encore pour accumuler tous ses biens et les garder. Il se dit : ‘qu’est-ce que je vais faire ?’

Eh bien : ‘repose-toi, mange, bois, jouis de l’existence’ et c’est là que les ennuis commencent. Alors, j’en déduis qu’il faut plutôt préférer la vertu à la médiocrité : dès que je commence à me reposer une seconde, c’est là que les pépins apparaissent (je l’ai déjà constaté pour moi-même).

 

Si nous sommes bien dotés, le ciel nous gâte, le banquier aussi ; eh bien, c’est le moment de ne pas nous reposer justement et de continuer à nous gratter la tête et de savoir comment je peux continuer à mieux faire, parce que c’est là (je pense que je parle à des gens tout à fait convaincus, parce que vous avez beaucoup plus d’expérience que moi) si je me laisse aller à la médiocrité, les tuiles commencent à tomber.

 

‘Que votre amour soit sans hypocrisie’ ; je reviens à Paul.

C’est là que l’exemplarité non feinte, est requise de notre part. Je peux très bien faire semblant d’aimer et c’est terrible parce que c’est une emprise exercée sur les autres et c’est très pervers et dans nos communautés on en crève, dans nos villages, n’en parlons pas et parfois dans nos professions, ça doit être terrible. J’aime… on se demande pourquoi.

Non !

‘Que notre amour soit sans hypocrisie’.

 

Et si ça peut nous stimuler, peut-être que l’exemple des martyrs peut nous redire que le Seigneur n’aime pas les demi-mesures.

 

Amen.


Mardi 22 Janvier : saint Vincent

He 6, 10-20 : Paroles d’espérance et d’encouragement.

Ps 110

Mc 2, 23-28 : Les épis arrachés.

 

Le sabbat est  prescrit pour l’homme, c’est une grande affirmation que nous trouvons dans l’Évangile.

Si nous faisons la lecture suivie de saint Marc, c’est la première fois que nous la trouvons : le sabbat est prescrit pour l’homme, ‘il a été fait pour l’homme’ et ce sabbat n’a pas été abrogé par Jésus même si nous ne le vivons pas comme les juifs et le même jour que les juifs.

 

Le but du sabbat, c’est de rentrer dans le repos ; le but du sabbat, c’est d’être dans la paix pour la prière et dans la mémoire des miséricorde de Dieu et ça, ce n’est pas renvoyé à des vieux aïeux, avant nous, c’est notre vocation : nous avons vocation au bonheur et ce bonheur très concrètement, peut se déployer par ces trois orientations : le repos, la paix de la prière et la mémoire de miséricorde de Dieu.

 

Ce sabbat a été progressivement transgressé et s’est enrichi d’un certain nombre de prescriptions qui devenaient certainement asservissantes et nous sommes à cette époque-là de l’histoire du sabbat (dans les relations d’ailleurs, entre les détracteurs de Jésus et Jésus).

Mais si les chrétiens ont été allégés de toutes ces prescriptions juridiques, est-ce que pour autant, les chrétiens vivent le repos du Seigneur ?

Je vous pose la question : nous n’avons plus les mêmes prescriptions que les juifs, (on pourrait imaginer que c’est un progrès), mais est-ce que pour autant, cela nous aide ?

Est-ce que de nous-mêmes, dans la puissance de l’Esprit, nous vivons cette paix,  cette prière et cette mémoire des miséricordes de Dieu, concrètement, là où nous sommes, les uns les autres ? Pas plus, je pense, parce que si non, ça se saurait ; donc, ne regardons pas dédaigneusement ces prescriptions.

 

Il nous reste alors, à nous, à les vivre.

Nous avons d’autres prescriptions qui nous ont été données par le Christ : ses commandements. Et il faut imaginer que ces commandements-là, concrètement vécus, nous permettent de vivre notre foi.

Notre foi ne se déploie pas, ne s’incarne pas et n’apporte pas la vie, comme ça, par enchantement, de manière superstitieuse (comme si nous avions des pattes de lapin et des fers à cheval à la maison), notre foi a besoin d’un enracinement de notre part, en Christ et cela passe par l’observation de ces commandements.

Il y en a un qui est fameux mais il y en a plein d’autres, qui viennent du Christ lui-même (nous pouvons relire les chapitres 5,6 et 7, par exemple, de Matthieu mais pas seulement, dans les quatre Évangiles) ; celui qui est fameux : ‘faites à autrui ce que vous voudriez qu’autrui  fasse pour vous’, cette règle d’or ; il y a le pardon aussi et surtout.

Ces commandements-là, essayez de les vivre et risquez votre vie à les vivre (parce qu’en fait il y a des résistances en nous qui nous empêchent de les pratiquer, ces commandements-là, complètement, comme si on allait nous amputer un bras  ou que nous allions perdre notre vie à les appliquer.

Il faut les appliquer, n’ayons pas peur, jusqu’à risquer de perdre notre âme parce que le Christ va rappeler dans son Évangile au chapitre 16, verset 24 de Matthieu : ‘si jamais nous allons jusqu’à perdre notre âme à sa suite, nous gagnerons la Vie.

Donc, il n’y a pas grand chose à perdre à suivre le Christ jusqu’au bout.

 

Je vais vous relire une affirmation de l’Évangile de Jean au chapitre 3 : ‘Dieu a tant aimé le monde qu’il nous a donné son Fils unique pour que quiconque croit en lui ne se perde pas mais ait la vie éternelle’.

Vous savez, ce n’est pas uniquement dans l’intimité de notre tête, de notre cœur ; c’est dans notre capacité à vivre ses commandements.

 

Amen.


Dimanche 20 Janvier 

Is 62, 1-5 : Splendeur de Jérusalem.

Ps 95

1Co 12, 4-11 : Diversité et unité des charismes.

Jn 2, 1-12 : Les noces de Cana.

 

Chers amis, nous étions réunis dans cette église fin novembre-début décembre (juste entre la fin du temps ordinaire de l’année précédente et le début de l’Avent) et nous avions des récits bibliques qui nous étaient proposés à la lecture, qui étaient des récits, souvenez-vous, très catastrophistes : il était question que les astres tombent sur la terre, que des famines arrivent, que les peuples entrent en conflit les uns contre les autres ; et là, nous commençons cette année liturgique avec des textes aux tonalités toute différentes : nous sommes davantage dans la fête, nous sommes davantage dans la joie, ce qui est heureux : des noces. C’est très encourageant et il est bon de commencer par se dire cela.

 

Quand nous avons terminé l’année les uns, les autres, là où nous étions, nous avons coutume (entre le 31 décembre et le 1er janvier) de nous adresser des vœux, nous souhaiter des choses.

Quelles sont les choses qui sont revenues le plus ?

Qu’est-ce que l’on peut se souhaiter lorsque l’on passe du 31 décembre au 1er janvier ?

Quels sont les mots qui sont revenus le plus souvent à vos lèvres ?

Que vous avez le plus souvent entendus, hormis ‘bonne année’ ?

Quels mots reviennent le plus souvent ? La santé,

L’argent, la joie, le bonheur, la paix : on se souhaite de très bonnes choses, généralement.

Peut-être des gens pervers souhaitent-ils le pire à leurs ennemis mais en tout cas, là, c’est plutôt la paix, la santé, la joie, quelqu’un a dit l’argent, le bonheur, le meilleur du meilleur. Dans cette noce de Cana, le vin à cette valeur-là : le meilleur du meilleur. Le meilleur du meilleur est représenté, rassemblé, présenté même, par ce vin et en plus, le vin lui-même est bon jusqu’au bout, donc on est vraiment au sommet du meilleur.

 

Je vais prendre un autre exemple (c’est un peu une affaire d’opinion, mais) quel est le meilleur moment de l’année quand on veut regarder le paysage qui nous environne, dans le barsuraubois ?

À votre avis quel est le moment le plus beau, qui vous emporte le plus, qui vous fait le plus rêver, qui vous attire ? Quel est le moment de l’année ? Le printemps, à ma main droite, l’automne en face, Qui dit mieux, l’hiver? Bon, il ne reste plus qu’un choix : l’été.

 

En tout cas, pour chacun, il y a un moment qui est le moment qui fait le plus rêver, méditer, qui nous emporte. En fonction des tempéraments, ça varie ; eh bien, pareil, si ça vous permet aux uns et aux autres d’atteindre la cime de votre cœur, eh bien là encore, vous rentrez dans la signification du vin, le bon vin.

 

Jésus est celui qui nous pourvoit en bon vin ; sans lui, il n’y a pas ce bon vin. Que seraient les noces sans du bon vin ? Que ce serait une année sans printemps ? Que ce serait une année sans l’automne, Béatrix? Que ce serait une année si l’on ne pouvait pas atteindre une bonne santé ou tout du moins se la souhaiter ou en tout cas, la paix et le bonheur ; qu’est-ce que ce serait ? Que serait des noces sans ce vin-là ? Que serait une communauté sans la relation fraternelle ?

Il manquerait le vin.

 

Jésus seul, apporte ce vin-là, le vin de la joie.Le vin de la fête, ce serait au fond, pour nous, l’Esprit même, la cime de notre cœur, ce que nous visons.

 

Je vous propose de retenir trois choses de ce texte de l’Évangile : la première chose, c’est que chaque fois que nous sommes réunis pour une eucharistie ou tout autre sacrement, que ce soit l’hiver, que l’assemblée soit clairsemée, que ce soit au contraire, les meilleurs moments et qu’il y ait de la fête, qu’il y ait des familles présentes ou qu’il n’y en ait pas, que nous soyons dans une grande fête liturgique ou pas du tout, chaque fois que nous sommes rassemblés par un sacrement, c’est le Christ qui nous invite et là est le vin, (quelle que soit notre impression) ; là est le vin.

Ça, c’est la première leçon de ce texte de l’Évangile : Jésus est pourvoyeur de vin, de bon vin et dans l’eucharistie en plus, ce bon vin, on le retrouve avec la coupe du sang versé.

 

La deuxième leçon, c’est dans ce texte de l’Évangile : il y a des serviteurs. Sans eux, il ne peut pas y avoir ce bon vin ; c’est eux qui se remontent les manches, ils écoutent l’ordre qui vient de Jésus ; c’est eux qui vont verser dans chacune de ces jarres, 100 l d’eau (il y en a six : vous avez 600 l) ; c’est eux qui vont puiser ; c’est eux qui vont porter au maître du repas. Sans les serviteurs, pas de bon vin, même s’il y a Jésus. Que cela peut-il signifier pour nous, cette deuxième leçon ? Je vais prendre l’exemple, si vous le permettez, de la vigne :La vigne fait partie de notre paysage, de notre économie locale et peut participer aussi de nos fêtes, par le champagne qu’elle peut produire mais aussi par ‘la route de champagne’, la ‘Saint-Vincent’ et autres moments qui nous rassemblent.

Dans ces meilleurs moments, la vigne nous enchante mais la vigne ne vient pas par enchantement : il faut la travailler, il faut (toutes les tâches que nous amis viticulteurs connaissent bien) la tailler, il faut la surveiller, il faut la soigner, il faut vendanger et il faut s’occuper de tout ça ; il y a un côté très laborieux, il y a un côté,’ il faut se remonter les manches’ ; avant de pouvoir profiter du meilleur, il faut s’efforcer, il faut déployer du courage.

Eh bien, c’est pareil, c’est ce que font ces serviteurs : avant de profiter du meilleur, il faut travailler ; avant qu’une communauté paroissiale soit réjouissante et pétillante, il faut qu’il y ait en elle, parmi elle, des personnes qui se relèvent les manches, qui la servent, qui créent du lien. Avant qu’un paysage nous émerveille, il faut le modeler et le soigner ; c’est pareil. Nous ne pouvons pas profiter de la joie du bon vin si en même temps, nous ne sommes pas du côté des coulisses et du service ; ce service s’appelle les vertus.

 

Si nous ne déployons pas dans nos vies, cet effort, ce courage, ce travail vis-à-vis de nous-mêmes, des autres, de l’Eglise que nous servons, du monde ; avant de profiter du beurre et de son argent et de la crèmière, il faut le travailler. Il y a et les serviteurs et il y a le Christ.

 

La troisième leçon et c’est ma conclusion (vous tenez le coup ?): ‘Femme, mon heure n’est pas encore venue’, dit Jésus à sa mère et puis, quand il le décide, il donne des consignes aux serviteurs. Nous ne sommes pas maître des agendas et des horloges du bon Dieu, c’est lui qui décide. Nous aimerions bien que le moment favorable soit lié à nos décisions mais ça n’est pas comme ça ; le moment favorable, le temps de Dieu c’est à lui seul.Ça demande de notre part, beaucoup d’abandon, beaucoup d’écoute, beaucoup de patience et beaucoup d’obéissance ; ce que nos amis qui travaillent la vigne, savent parfois. Parfois, on pense qu’à ce moment-ci, il va se passer quelque chose dans la vigne et ça ne se passe pas (et inversement) mais c’est vrai dans nos propres vies.

 

Si cette noce est réussie, c’est parce que le moment venu (que Dieu seul connaît), Jésus a donné ses consignes à ces serviteurs qui étaient prêt à y répondre. C’est la troisième leçon, celle de l’abandon.

 

Chers amis, on pourrait lire ce texte un peu comme une sorte de programme pour nous, cette année : d’abord, quelles que soient nos impressions, chaque fois que le Christ est là, il y a le vin de la fête.

Ensuite, ce n’est jamais sans nos manches relevées et notre implication personnelle.

Troisièmement, mettons-nous dans le temps même de Dieu :

grandissons en patience et en écoute : Lui seul est maître de nos calendriers et de nos horloges.

 

Amen.


Vendredi 18 Janvier 

He 4, 1-5.11 : La foi introduit dans le repos de Dieu.

Ps 77

Mc 2, 1-12 : Guérison d’un paralytique.

 

Par le thème des rencontres, que Jésus fait en ce début de l’Évangile de Marc, nous pouvons associer dans notre prière communautaire

et personnelle, toutes les personnes que nous connaissons qui souffrent une infirmité.

Par ailleurs, comme nous l’avons vu les jours qui précèdent, la visite de Jésus, à travers ces territoires et ces populations de Galilée, permet de recréer ou de remettre sur pied ou en place, la création des origines.

 

Aujourd’hui, nous pouvons nous laisser attirer par cette parole : ‘Dieu seul est Un’, tandis que dans ce passage de l’Ecriture, nous voyons que l’humain, lui, est divisé. Il est divisé de trois fois façons :

 

La première façon: on reproche à Jésus de ne pas pouvoir pardonner car ‘Dieu seul, peut pardonner’ mais c’est méconnaître qui est Jésus et le méconnaître c’est diviser Dieu.

Dieu est Un :

il est Un, Père, révélé dans le Fils, dans la puissance de l’unique Esprit Saint.

Celui qui divise Dieu c’est celui qui est lui-même, divisé. Dans ce passage, tous le sont, hormis quelques personnes : quatre hommes qui ont l’audace d’apporter leur compagnon malade.

 

La division est manifestée d’une autre façon encore : Dieu est Un, l’homme est unique aussi, il n’est pas compartimenté ou saucissonné.

Les sciences humaines qui sont nées à la fin du XIXe siècle, compartimentent terriblement : il y a le psychisme, il y a le soma, (le corps), il y a l’affectivité, il y a la spiritualité ; mais l’homme est un. Jésus pardonne et guérit à la fois.

 

La troisième façon de diviser, c’est cette façon dont nous mettons (parce que c’est un nous) à part,

à côté, ceux qui sont en panne.

Ce paralysé est littéralement en panne puisqu’il est paralysé (des personnes en panne, il y en a beaucoup) et on peut même se demander d’ailleurs, s’il l’est vraiment ou si c’est la foule qui ne l’aurait pas condamné à être en panne ; en tout cas, il est à part.

 

La création paraît, là, divisée : quelques-uns en panne, à côté et d’autres en foule, à l’intérieur. Il y a l’audace de ces quatre hommes, qui consiste à réunir ce qui a été divisé et d’apporter, même par le toit, cet homme. Il ressort debout, son brancard sous le bras ; il est réintégré.

 

Alors, le diviseur qui met en pagaille

ou en tohu-bohu la création d’origine du Père, est vaincu par l’action toute puissante du Fils.

Dieu est Un, l’homme est un et le corps social est un.

Nous avons notre place, chacun, dans cette création.

 

Amen.


Jeudi 17 janvier 

Eph 6, 10-18 : Le combat spirituel

Ps

Mt 19, 16-21 : Le jeune homme riche.

 

Plusieurs petites choses :

la première, à partir de cette première lecture que Claude-Annie nous a faite dans la lettre de Paul aux Ephésiens (nous sommes à la fin de la lettre) : ‘puisez votre énergie dans le Seigneur et dans la vigueur de sa force ; revêtez l’équipement de Dieu’ et ensuite l’apôtre parle d’une lutte contre les forces invisibles du monde. Nous pouvons y opposer une autre force invisible, qui est aussi dans le monde, puisque là où nous sommes, cette force est mais ça n’est pas la force des esprits du mal.

C’est la force de l’Esprit de Dieu, l’Esprit Saint.

 

Rappelons-nous tel que nous le dit dans l’Évangile de Jean, Jésus à Nicodème : ‘le vent souffle où il veut, nous l’entendons mais nous ne savons pas d’où il vient ni où il va’ et cet Esprit Saint est une force, où que nous soyons : dans le monde ou à l’extérieur, enfermé ou dehors (ça n’a pas d’importance) ; cette force traverse nos vies. Nous ne pouvons rien faire contre elle.

 

Si !

Nous pouvons choisir de nous laisser pousser par elle ; mais si nous la prenons dans le mauvais sens, elle nous détruit ; ça reste l’Esprit Saint, l’Esprit de Dieu.

Un bateau qui prend mal un courant, un vent ; une maison mal construite, la tentative de bloquer le vent dans je ne sais pas trop quel courant ou couloir, ferait que, de toutes les façons, le vent serait vainqueur mais il serait destructeur.

 

En revanche, je peux prendre ce souffle ou ce vent, dans son sens à lui et il est source d’énergie.

C’est comme ça que faisaient les meuniers, c’est comme ça que font les navigateurs, cette force-là, c’est comme ça que nous faisons pour produire de l’électricité aujourd’hui et c’est comme ça que nous faisons pour avancer dans nos vies.

 

Donc l’équipement (l’équipement de la foi que propose Paul à ses auditeurs éphésiens), ça n’est pas de faire la guerre contre quoi que ce soit sinon, de mieux connaître cette force qui traverse nos vies et du coup, de mieux se distancer de celle qui nous trompe.

 

Le deuxième aspect, c’est par rapport aux commandements dans l’Évangile : Obéir aux commandements de Dieu.

Jésus, jamais, ne va abroger les commandements ; jamais, il n’abrogera La loi, jamais ; c’est la raison pour laquelle (dans l’Évangile que nous aurions pu lire aujourd’hui mais il y avait un Évangile à peu près semblable la semaine dernière, je me souviens déjà en avoir parlé) Jésus passe par-dessus les commandements en touchant le lépreux ; c’est vrai mais que demande-t-il tout de suite après au lépreux ?

‘Va te faire voir par les prêtres comme l’a dit Moïse’ ; donc, il se remet sous le joug des commandements. Jésus, nous le savons par son ministère, sa mort et sa résurrection, nous permet de rentrer dans une Loi nouvelle mais c’est toujours une affaire de loi (c’est une Loi nouvelle) ; il ne met pas de croix sur le mot.

 

Qu’est-ce qui fait loi dans notre vie ?

Eh bien, il y a une réalité qui fait loi dans notre vie : c’est nous-mêmes, qu’on le veuille ou non. Il suffit que vous viviez solitaire et vous verrez bien vite qu’il y a quelqu’un de trop : c’est vous. Alors, il faut apprivoiser ce ‘quelqu’un de trop’, apprendre à vivre en bonne compagnie, n’est-ce pas Claude-Annie ?

Ça nécessite obéissance, non pas à soi mais obéissance à Celui qui est plus grand que nous, pour vivre en bonne compagnie avec nous-mêmes sinon, c’est la faute de tous les autres (on le sait bien !) : ceux qui ne sont pas là, ceux qui ne nous accueillent pas, ceux qui ne nous écoutent pas, ceux qui ne nous comprennent pas : quelqu’un fait loi : c’est nous mais nous grandissons ou nous vivons avec, en obéissant à plus grand que nous. Sinon, c’est le vertige : on ne peut pas être l’auteur et l’exécuteur de notre propre loi, ce n’est pas possible ; c’est le suicide. Saint-Antoine l’a bien découvert dans son exil, dans le désert.

 

Troisième aspect (et le dernier) qui font loi pour chacun d’entre nous par notre baptême : d’une, se rappeler que Dieu, toujours donne ; il donne.

De deux : que son Nom est tout-puissant ; nous pouvons l’invoquer sans cesse.

Et de trois : le courage est une vertu ; il nous appartient de la mettre en œuvre.

 

Dieu donne,

Invoquer le Nom tout-puissant de Jésus

Et se décider d’avoir du courage : ces trois choses nous permettent d’être parfaits.

 

Amen.


Mercredi 16 Janvier 

He 2, 14-18 : Le sacerdoce du Christ.

Ps 104

Mc 1, 29-39 : Guérison de la belle-mère de Simon-Pierre. Guérisons multiples.Jésus quitte secrètement Capharnaüm et parcourt la Galilée

 

Nous sommes dans cette grande semaine inaugurale du temps ordinaire (première semaine) durant laquelle Jésus accomplit, sans s’arrêter, un grand nombre de signes et nous savons que le premier grand signe, (celui qui est accueilli comme un grand signe) sera celui accueilli dimanche : le signe des noces de Cana.

 

Tout porte à croire que Jésus vient recréer des conditions qui ont été perdues.

Souvenez-vous (si nous pouvons nous en souvenir) le jardin des Origines, son accès est barré depuis que nos aïeux en ont été expulsés mais voici que Jésus semble en recréer quelques conditions comme s’il installait parmi nous, ce que notre cœur désire et ce désir est le désir de Dieu lui-même : cette harmonie et cette communion des Origines.

 

Jésus relève la belle-mère de Simon Pierre (on pourrait y voir la recréation de cette femme, de cette Eve qui va devenir la Femme, la Mère de tous, dont Marie sera par excellence, la figure) de la même façon qu’Adam ‘a pu donner vie’ à Eve dans le jardin des Origines.

 Nous voyons cette grande foule de gens atteints d’un mal, qui se pressent à la porte et Jésus qui vient comme discriminer, séparer tel un tamis, chassant les démons et la maladie, recréant compagnie des Origines : l’homme qui avait pour comme compagnie toutes sortes de créatures.

Jésus n’a pas pour compagnie, le mal mais il a pour compagnie toutes ces personnes qui sont là et qui attendent d’en être délivrées (du mal) et il les délivre.

 

Jésus prie, tout à l’écoute comme a pu l’être, (avant qu’il ne devienne trop oublieux) Adam lui-même, à l’écoute de la voix du Créateur.

‘tout le monde te cherche, où es-tu ?’ disent ses disciples alors que c’est Dieu qui a dû chercher Adam et Eve après qu’ils se soient cachés.

‘Allons ailleurs, dans les villages voisins afin que là aussi, je proclame l’Évangile : c’est pour cela que je suis sorti’.

Et oui, nos aïeux sont sortis, malgré eux ; ils le regrettent (et nous avec) et si Jésus est sorti c’est pour mieux nous y faire rentrer à nouveau, dans ce jardin.

 

Contemplons l’œuvre de recréation de Jésus et c’est ce qu’il fera pendant tout son pèlerinage jusqu’à Jérusalem

et c’est ce qu’il fait aujourd’hui, lui qui est descendu aux enfers,

dans nos enfers pour prêcher et nous libérer.

 

Amen.


Mardi 15 janvier 

He 2, 5-12 : Exégèse du psaume 8.

Ps 8

Mc 1, 21-28 : Jésus enseigne à Capharnaüm et guérit un démoniaque.

 

Nous sommes un peu, dans la semaine inaugurale de Jésus,

la première semaine de sa vie publique après son baptême et c’est précisément la première semaine du temps ordinaire.

Nous voyons se succéder des signes et dimanche nous aurons le signe par excellence, le premier grand signe qu’il fera : les noces de Cana.

 

Hier, nous avons vu Jésus aller à la rencontre de quelques pêcheurs de poissons, Jésus qui entre dans le quotidien de la vie de ces hommes, comme il se propose de le faire par sa parole, dans la nôtre.

L’enchantement que nous a procuré Noël est, d’une certaine façon, terminé.

 

Comment la platitude de nos vies de chaque jour, peut-elle accueillir la parole pour ce qu’il est réellement, une parole de Dieu ?

Il est cette parole, Jésus.

Et cette parole, dans cette rencontre dans la synagogue, à Capharnaüm, vient faire taire un cri et Jésus va dire avec autorité : ‘Sors de cet homme, tais-toi !’

 

‘Qu’est-ce de nous à toi, Jésus de Nazareth ?’ disent les démons, un peu comme Jésus dira une chose à peu près semblable à sa mère, à Cana : ‘quoi entre toi et moi, femme ?’

Qu’est-ce de nous à toi, Jésus de Nazareth ? disent les démons.

Une parole, de leur côté, qui va les mettre à distance de Jésus

comme Jésus se mettra à distance de sa mère, avant qu’elle ne devienne la mère de l’humanité.

L’autorité de la parole de Jésus vient mettre à distance, non pas pour abandonner, non pas pour trier

mais pour réordonner, pour remettre chaque chose à sa place, dans l’ordonnancement des premiers jours de la création, cette semaine inaugurale de la création : sept jours pour séparer la lumière des ténèbres, le ciel de la terre etc. Jésus va faire de même par l’autorité de sa parole.

 

Nous pouvons retenir deux choses : Jésus se met à distance des démons, du coup, les démons deviennent démons ; ils nous apparaissent comme tels. Tant qu’ils sont mêlés à cet homme dans la synagogue, on pourrait croire que qu’ils sont cet homme et cet homme est ‘les démons’ mais non!

 

Par sa parole toute-puissante, Jésus vient séparer les démons de l’amour, de l’amour même du Père.

 

Deux conséquences pour nous : soit nous voulons, soit nous ne voulons pas (mais si nous voulons il faut s’y mettre), c’est d’accueillir la parole et l’écouter et lui obéir à cette parole, lui donner autorité dans nos vies.

 

Et la deuxième : c’est de revenir au fondement de notre baptême car, par notre baptême, nous avons été dépouillés du vieil Adam, par notre baptême, nous avons été remis dans la clarification de cette semaine inaugurale ;

par notre baptême, le tri s’est fait entre ce qui est péché et ce qui ne l’est pas.

Revenons à ce baptême ; nous avons été baptisés, ne l’oublions pas.

 

Amen.


Dimanche 13 janvier : le Baptême du Seigneur (la fête sans frontière)

Is 40, 1-5.9-11 : Annonce de la délivrance.
Ps 103

Tt 2, 11-14 ; 3, 4-7 :

Lc 3, 15-16.21-22 : Prédication de Jean-Baptiste. Baptême de Jésus.

 

Chers amis, pour ceux qui ont été un peu attentifs aux dimanches qui ont précédé Noël, les dimanches de l’Avent, la figure de Jean le Baptiste a déjà été présente mais Jean le Baptiste, dans tous les passages de l’Évangile que nous avons entendu n’était pas en contact avec Jésus.

Et là, nous terminons le temps de Noël et Jean-Baptiste est, ô combien, en contact avec lui : c’est lui qui le baptise.

 

Cette fête du baptême de Jésus devrait nous rappeler notre propre baptême, les uns, les autres.

Nous sommes certainement 95 % de l’assemblée à avoir déjà été baptisés, ce trésor que nous avons reçu, pour la plupart, quand nous étions tout petit, petit.

Certains parmi les enfants qui sont au KT, préparent leur baptême : ils seront baptisés à la Veillée Pascale, cette année ; notre baptême.

 

Je vous invite à être attentifs à trois tentations du chrétien, quatre même :

 

La première tentation c’est : de ne pas écouter,

oublier.

Est-ce que vous vous souvenez des quatre verbes du pape François, tout à l’heure ?

Les quatre verbes du pape François, qu’on a entendu : accueillir, protéger, promouvoir, intégrer.

Ça c’était la première tentation. Très bien ! nous avons réussi notre examen.

 

La deuxième tentation du chrétien, c’est : toujours vouloir se comparer au Bon Dieu.

Alors, comme le Dieu est bon et nous, nous ne sommes pas Dieu alors, la tentation du chrétien c’est de dire : ‘moi je ne suis rien du tout devant lui (une crotte de bique, tout petit.

Je n’arriverai jamais à ses semelles, jamais je ne pourrai enlever la courroie de ses sandales, je ne suis pas digne).

La seule chose que je peux faire donc devant le bon Dieu c’est de me faire tellement petit qu’il ne peut même pas me voir : je me cache sous les plinthes comme les araignées.

C’est la tentation de se comparer à Celui que nous considérons comme parfait, grand, excellent, saint ; ça, c’est une grave tentation parce que le Bon Dieu a beau être bon, grand, parfait, saint, Il nous donne de pouvoir devenir comme Lui.

Alors, chassez cette tentation ; c’est affaire d’éducation chez la plupart d’entre nous : quand on était petit (il y a fort longtemps), on a entendu les grandes personnes nous dire : ‘fais attention, le Bon Dieu va te punir’. Ça, c’est une mauvaise tentation : chassez ça de votre tête.

 

La troisième tentation : c’est de se comparer aux autres.

Alors là, pour le coup, on est bien mieux que les autres : tous les autres sont très nuls ; on est bien mieux qu’eux. Le monde est noir, il n’y a que nous qui voyons clair et puis tous les autres, ne connaissent pas Dieu comme je le connais et puis tous les autres sont des étrangers (qui sont mauvais, d’ailleurs !). Alors, quand on se compare aux autres, on est, pour le coup (c’est tout l’inverse d’avec le Bon Dieu) on est supérieur.

Alors, forcément, les autres nous dérangent puisqu’ils sont en-dessous de nous, ils nous gênent.

Il faut chasser ça aussi de nos cœurs, c’était troisième tentation, il faut l’enlever : mauvaise tentation parce que quand on se compare aux autres, on s’isole sur une île, une belle île déserte avec des beaux palmiers, des baobabs (Anne-Sophie aime bien ça) et puis, on vit tout seul sur sa planète.

 Il faut enlever cette tentation aussi parce qu’à Noël, on fête Dieu qui rejoint l’homme et l’homme qui rejoint Dieu ; il n’y a pas de plus parfait, il n’y a pas de moins parfait ; ce n’est pas une affaire de perfection.

 

La quatrième tentation : (vous vous souvenez de la première ? La première tentation, c’était de ne pas écouter ce qu’on raconte et de ne pas s’en souvenir.

La deuxième tentation, c’est de se comparer au Bon Dieu.

La troisième tentation, c’est de se comparer aux autres).

La quatrième, c’est de vouloir se comparer à soi-même.

Alors là, il faut être un petit peu dingo : comment peut-on se comparer à soi-même ?

C’est exactement ce qu’on fait quand on se regarde dans un miroir, le matin : ‘oh là ! là ! aujourd’hui, je suis plus beau qu’hier, je vais plaire,je vais mettre un petit peu de maquillage ou je vais mieux me raser la barbe’.

Ça c’est la tentation du nombril ; pour le coup, tous les autres sont ni mieux ni moins bien, ils n’existent pas du tout, je me prends pour le bon Dieu. Et je suis tellement éblouissant, que je m’aveugle. Ça, c’est une grande tentation aussi et on voudrait que la communauté chrétienne me ressemble etc.(ou le monde tout entier : je voudrai que tout le monde me ressemble), ça c’est la tentation de la monotonie ou de vertige.

 

On chasse c’est quatre tentations-là et je vous propose une solution, une porte de sortie, une issue de secours, une heureuse voie (v o i e), un heureux chemin qui est de plonger (c’est un cinquième verbe après accueillir, protéger, promouvoir et intégrer) c’est le verbe plonger ; (ce qu’on ne peut pas faire à Bar sur Aube, en ce moment mais ça va venir bientôt, avec la nouvelle piscine), plonger dans le bain du baptême.

 

Rappelons-nous que nous sommes des baptisés et donc nous n’avons pas à nous tortiller, à nous gratter sous le coude pour savoir si on est mieux ou moins bien, on est tout simplement en Dieu et Dieu en nous ; point, c’est tout ; c’est aussi simple que cela.

On n’a pas à se mettre la rate au court-bouillon, c’est facile.

 

Alors, vous avez vu dans l’Évangile : Jésus est plongé dans le bain du baptême.

Le baptême que Jean-Baptiste donnait, était un baptême juif (que les juifs faisaient et qu’ils font toujours) ; beaucoup de d’ablutions.

Tout à l’heure, vous allez voir le prêtre et un servant d’autel va venir vers lui et lui mettre quelques gouttes d’eau sur les mains et le prêtre va dire : ‘lave moi de mes fautes, de mon péché, purifie-moi’.

Ce sont des ablutions pour dire : ‘Seigneur, viens me rendre plus pur, viens préparer mon cœur’ ; c’était ça le baptême que Jean-Baptiste donnait. Il y avait plein de gens qui s’attendaient à accueillir le Messie ils voulaient se préparer à cela (alors, il y avait plein de gens qui se faisaient baptiser par Jean-Baptiste) et il y avait Jésus parmi les pécheurs (il ne l’était pas, pécheur) mais il a reçu le même baptême.

 

Par contre, le baptême que nous avons reçu, nous, ce n’est pas ça.

Le baptême que nous avons reçu quand nous étions grands comme ça, ce n’est pas le même baptême, c’est un baptême qui nous donne une puissance, une énergie : l’Esprit Saint.

 

C’est l’Esprit Saint qui vient du Ciel, dans l’Évangile ; le Ciel s’ouvre comme le rideau du temple, au moment où Jésus meurt.

Le Ciel s’ouvre et l’Esprit, sous l’apparence d’une colombe, vient, cette puissance qu’il nous donne. L’Esprit Saint, je vais vous raconter une petite histoire.

 

Vous savez que l’Esprit Saint est vraiment puissant, nous l’avons tous reçu et des jeunes qui sont dans notre assemblée (entre autres, pas tous), se préparent à la confirmation pour confirmer l’Esprit Saint de leur baptême. L’Esprit Saint, on le reçoit, si on e demande et dans l’intention de le recevoir.

 

Une petite histoire que je vous ai déjà racontée : c’est quelqu’un qui habitait Bayel et puis, une année il y a eu une crue immense. L’eau est montée, l’eau est montée, l’eau est montée, l’eau est montée ; alors, les pouvoirs publics se sont organisés pour évacuer les populations parce que l’eau allait inonder les maisons.

Alors un monsieur a dit : ‘non ! moi je compte sur Dieu.

Je prie le bon Dieu, il me connaît, il me sauvera’.

Bon, ils repartent avec leur camionnette, les pompiers et l’eau monte, l’eau monte, l’eau monte.

Ils reviennent avec leur barque, les pompiers.

Ils veulent évacuer le monsieur qui est toujours dans sa maison ; cette fois-ci, il est passé dans le grenier donc l’eau est bien montée.

‘Mais il faut absolument venir, parce que vous allez être noyé

- non !non ! moi, je prie le Bon Dieu, il va me sauver, le Bon Dieu’.

Bon, alors ils repartent et l’eau monte, l’eau monte, l’eau monte et c’est en hélicoptère qu’ils reviennent, les braves :

‘Mais venez donc, vous voyez bien qu’il n’y a plus de solution’ (le type était sur son toit, il n’y avait plus d’autre solution).

Et là, il y a une voix qui vient du ciel, qui lui dit : ‘mais andouille, ça fait trois fois que je t’envoie des sauveteurs et tu veux encore que moi je te sauve ?

Mais qu’est-ce que je peux faire d’autre?’

Et bien, c’est exactement pareil avec l’Esprit Saint : au lieu de se comparer avec les autres, le bon Dieu est soi-même, autant demander ce dont on a besoin vraiment avec l’intention de le recevoir parce que, vous voyez, le brave homme n’avait pas tellement l’intention de recevoir les secours, puisqu’ils venaient et qu’il les rejetait.

 

Il y a de beaux fruits de l’Esprit Saint que l’on peut demander pour nous :

sagesse,

prudence,

connaissance,

adoration,

piété,

discernement ; on peut demander tout ça à l’Esprit Saint, ce sont des fruits de l’Esprit et alors là, nous serons de beaux visages,de beaux personnages très lumineux et nous sommes prêts à commencer cette nouvelle année.

 

Amen.


Mercredi 9 janvier 

1 Jn 4, 11-18 : A la source de la charité.

Ps 71

Mc 6, 45-52 : Jésus marche sur les eaux.

 

Jésus oblige ses disciples à prendre de la distance, à partir au large,à partir sans lui, il les oblige. Il les oblige également à prendre de la distance par rapport aux foules.

 

Souvenez-vous, c’était l’Évangile d’hier, hier il était question de la multiplication des pains.

Les foules sont prises d’une sorte de fièvre messianique : elles veulent faire de Jésus leur roi (nous lisons ça dans l’Évangile de Jean) et sans doute que les disciples font partie des foules, pour une part.

Voilà que les disciples sont obligés de s’éloigner des foules et sont obligés de s’éloigner de Jésus.

 

Ils vont être pris d’un tourment sur la mer, ils ont peur.

Une crainte en eux, révèle que l’Amour n’est encore pas complètement formé dans leur cœur ; 

une crainte en eux, révèle qu’ils sont plus sensibles au vent, à la bourrasque, qu’au souffle léger de l’Esprit Saint.

 

Alors, il leur faut encore apprendre (et nous aussi, d’ailleurs) et entrer dans la prière de Jésus : Jésus passe la nuit à prier. Nous verrons que le jour de son baptême, Jésus aura passé aussi du temps à la prière.

 

Pour que nous passions de la crainte à l’Amour et que nous vivions de l’Esprit Saint (comme nous le rappelle Jean, dans sa première lettre), sans doute, nous faut-il apprendre de la prière de Jésus. Une prière qui nous décolle de nous-mêmes, qui nous conduit au large et nous ouvre à la brise légère de l’Esprit, l’Esprit du Père et du Fils.

 

Amen.


Mardi 8 Janvier 

1Jn 4, 7-10 : A la source de la charité.

Ps 71

Mc 6, 34-44 : Première multiplication des pains.

 

Nous avons ici le récit d’une épiphanie, d’une manifestation de Dieu.

C’est une épiphanie comme nous en avons d’autres, quand nous récitons le chapelet et les mystères lumineux, dont font partie : le baptême, les noces de Cana, la transfiguration, la prédication du Royaume, le dernier repas de Jésus.

 

Nous avons ici cette multiplication des pains ; nous avons coutume de l’appeler aussi un miracle et on peut se redire quelques caractéristiques de ce miracle de la multiplication des pains : nous passons d’une grande foule, à des groupes organisés, nous passons de la débandade des échelons subsidiaires (pour dire autrement : les disciples qui sont prêts à renvoyer la foule), à leur propre organisation pour la collecte et ensuite la distribution.

Une autre caractéristique : l’émotion qui prend aux entrailles, Jésus.

Nous passons de cette émotion au geste de l’eucharistie.

Une autre caractéristique : nous passons de la rareté de la nourriture à l’abondance.

Tout ceci, dans ce texte, contribue à dire que c’est un miracle, (dit en d’autres termes encore, qui sont proprement théologiques) : nous avons sous les yeux l’organisation de ce que nous appelons ‘l’économie de la grâce’ (l’économie, pas sens de thésauriser, mettre dans la poche tout ce que nous avons en plus, pour en avoir encore en plus mais l’économie, au sens de l’organisation, l’organisation de nos communautés, de nos groupes, l’organisation de nos moyens pour pouvoir pourvoir au plus grand nombre ; vous savez que ça s’appelle également l’économie) et ce n’est pas une invention que théologique.

Cette économie concerne aussi l’Eglise et définit aussi l’Eglise, (elle dit ce que nous sommes nous, communauté) : nous ne sommes pas simplement des troupes affamées qui accourons auprès du prêtre et des sacrements ; nous prenons tous notre part dans l’organisation de la distribution de la grâce, dans l’organisation de l’expansion de cette grâce, de cette puissance qui vient de Dieu, auprès de tous.

 

Dans l’Évangile que nous avons lu dimanche dernier, des mages, (trois personnages étrangers) accourent vers la source de la grâce et là, d’une certaine façon, c’est tout l’inverse : cette source de la grâce va inventer les moyens, les canaux, les réseaux de distribution pour qu’elle puisse aller au large.

 

Hier d’ailleurs, c’était mis en illustration par Jésus qui se déplace aux confins, dans le territoire de la Décapole ; il se déplace. Là, des groupes se déplacent, ils viennent, mais il faut organiser la distribution.

 

Si on insiste à ce point là-dessus, c’est d’abord parce que c’est un petit rappel :

Noël ce n’est pas uniquement l’émotion subjective de chacun d’entre nous, Noël, c’est aussi chaque fois que cet amour est propagé de manière très concrète d’une part, et d’autre part parce que ça dit Dieu (dans sa partie la plus visible : c’est ce que nous sommes et ce que nous essayons d’être)  mais dans sa partie la plus invisible, la plus mystérieuse, la plus cachée : la relation du Père, du Fils et de l’Esprit, c’est aussi l’organisation de la diffusion de la grâce mais ça, c’est la partie la plus cachée que seuls, les Ecritures et les priants nous révèlent.

 

Amen.


Dimanche 6 janvier : L’Epiphanie du Seigneur

Is 60, 1-6 : Splendeur de Jérusalem.

Ps 71

Eph 3, 2-3a.5-6 : Paul, ministre du Mystère du Christ.

Mt 2, 1-12 : La visite des Mages.

 

Chers amis, je vous propose trois clefs de lecture de ce texte que nous avons entendu : ce récit de la nativité chez saint Matthieu.

Il n’y a pas de détails, (vous avez remarqué), de la naissance de Jésus mais c’est surtout, la visite de ces personnages lointains qui sont appelés Mages.

 

Le premier point d’attention, c’est tout simplement que tous les attributs de Noël sont là, tels que nous les avons entendus à la nuit de Noël avec le récit que nous en a fait saint Luc : nous avons un petit enfant, des personnages viennent lui rendre visite et il y a Marie qui est là et il y a aussi surtout, les attributs de ce petit enfant : il est à la fois roi, il est en même temps homme et il est Dieu, à travers ces présents qui sont faits par les Mages : l’or pour le roi, l’encens pour Dieu, la myrrhe pour l’homme.

C’est la première clef de lecture, c’est la raison pour laquelle, nous sommes toujours dans ce temps de Noël et nous ne cessons pas de déployer tout le Mystère de la nativité.

Le récit que nous en fait saint Matthieu ne dit, au fond, pas beaucoup de choses différentes de celui de saint Luc sauf, c’est mon deuxième point d’attention !

 

 Sauf : vous savez que nous avons coutume dans notre foi et dans notre lecture biblique, de toujours mettre en correspondance, (en tension) l’Ancien Testament et le Nouveau Testament et vous avez bien perçu pendant le temps de l’Avent, que toute l’espérance de la venue du Messie, qui est attendue et réalisée en Jésus-Christ, se fonde dans l’espérance de l’Ancien Testament.

 

Il y a deux grandes espérances dans l’Ancien Testament, qui sont repérables dans ce texte de la venue des Mages.

Première grande espérance : c’est un berger.

Le peuple de l’Ancien Testament est fatigué de ne pas (ou de ne plus) avoir le berger qu’il faut et les bergers qui conviennent. Nous sommes dans une civilisation pastorale, qui est née du nomadisme et les tout premiers bergers (en tout cas, dont on a retenu leurs qualités comme telles), c’étaient les patriarches (mais des bergers de troupeaux, des bergers tout à fait concrets, tels que peut-être, nous en connaissons, ici ou là) : ils sont à la fois, des protecteurs contre les bêtes sauvages et en même temps, ils vont être ceux qui connaissent chacune de leurs brebis ou des bêtes de leur troupeau pour les soigner et les guérir ou les accompagner comme il convient.

 

Ces bergers humains, c’était pour le peuple lui-même (et non plus pour le troupeau), c’étaient les patriarches.

Ensuite il y a eu des Juges (et des bergers, il y en a surtout eu des mauvais : parmi, par exemple, les rois ou bien encore, un certain nombre de prêtres ont été de mauvais bergers) et c’est ce que nous trouvons dans l’Ancien Testament : les prophètes qui fustigent ces mauvais bergers parce qu’au lieu de s’occuper de leur troupeau, ils s’occupent d’eux-mêmes. Ils disparaissent quand un danger survient ; ce sont des mauvais bergers, ce qu’on n’attend pas d’un bon.L’attente du peuple d’Israël c’est de se dire : ‘quand est-ce que viendra enfin, (nous sommes fatigués de ne pas en avoir) ce berger-là, le Messie ?

 

Et la deuxième grande attente c’est le roi, un roi.

Il y a un peu la tentation de faire comme les nations étrangères mais à la grande différence des nations étrangères, c’est que le roi n’est pas Dieu et Dieu n’est pas le roi.

Par contre, on a besoin d’un roi, parce que ça nous protégerait des agressions extérieures, (un peu comme un berger) et puis parce qu’effectivement, il y aurait une sorte d’identification à ce que vivent les autres nations : nous aurions une sorte de stature qui nous permettrait de revendiquer le droit à la négociation avec les nations étrangères.

 

Mais des rois, il y en a eu quelques bons : on va retenir par exemple, David (évidemment), Josias et un certain nombre de très mauvais.

Pareil : il y a des rois qui au lieu d’adorer Dieu lui-même, vont créer un culte d’eux-mêmes ou bien vont adorer des divinités étrangères et des rois qui vont pactiser avec les étrangers, avec les ennemis ; bref, il va y avoir des gouvernants qui vont disperser le troupeau. Alors, la grande attente de l’Ancien Testament (en plus du berger), ça va être un roi, un roi messianique, un roi excellent, bien meilleur que les meilleurs rois que nous avons eus et le peuple d’Israël attend et l’un et l’autre dans une figure unique, qui serait le Messie.

 

Que viennent faire les Mages (vous avez noté qu’on ne dit pas qu’ils sont rois)

que viennent faire les Mages ?

Ils viennent voir le roi des juifs.

Alors, ils consultent à Jérusalem ; Hérode est un peu inquiet, il fait venir un certain nombre de personnes qui pourraient répondre à la question : nous avons des scribes, nous avons des grands prêtres ; ils ouvrent le livre de la parole de Dieu et voilà ce qui est écrit : ce roi doit naître à Bethléem en Judée parce que le prophète a dit : ‘Bethléem, terre de Juda, tu n’es certes pas le dernier parmi les chefs-lieux de Juda car de toi sortira un chef, qui sera le berger d’Israël, mon peuple’.

Donc Matthieu, dans le souvenir qu’il a, (qui lui a été rapporté à la naissance de Jésus, de la visite des Mages), a cette idée très forte que Jésus est ce roi et ce berger, tant attendus.

 

Si vous faites attention, ce sont des étrangers qui révèlent cela à Hérode, aux scribes et aux grands prêtres, alors qu’ils sont censés attendre ce Messie et ils ne le voient pas. Ce sont les étrangers qui leur révèlent, qui mettent le doigt dessus : ‘hé, il y a un Messie, il est là ! Nous, nous avons vu l’étoile qui nous a guidés, nous sommes en capacité de vous dire qu’il y a un roi des juifs, chez vous’.

Alors, c’est une espèce de critique terrible qui est faite auprès du peuple d’Israël de ce temps : ‘dans votre sein, il y a le Messie et vous ne le savez pas ?’

Et ce sont des étrangers qui le leur révèlent, ça c’était le deuxième point.

 

 Et le troisième, c’est de se dire que ce texte nous donne un certain nombre de critères très intéressants, par rapport à notre vocation à chacun. Je disais aux plus jeunes, hier, à la messe du samedi soir, qu’une vocation (je vous rappelle une définition assez simple de la vocation, de toute vocation, vocation chrétienne) : c’est risquer son unique existence (alors, quand on commence à avoir un peu de bouteille, on se doute qu’on a une unique existence mais quand on a l’âge de Louis par exemple, on pourrait s’imaginer qu’on en a plusieurs ; mais non ! on n’en a qu’une) ; notre unique existence, la risquer (parce que c’est un risque) pas seul mais avec d’autres, à la suite du Christ : ça c’est une vocation.

Une vocation chrétienne, une vocation à la suite du Christ ce n’est pas forcément devenir religieux, religieuse prêtre (c’est bien aussi !) mais on peut être grand scientifique, sportif, père de famille (et tout ça à la fois), à la suite du Christ en ayant risqué son unique existence : c’est une vocation.

 

Donc, il y a l’idée derrière, de l’écoute de ce, vers quoi nous sommes attendus, pour quoi nous sommes faits, vers quoi Dieu nous appelle : il y a l’idée de cela.

 

Entendre sa vocation, la découvrir, c’est à la fois se découvrir soi-même, découvrir Dieu et connaître le Christ et c’est exactement dans les mêmes termes que parle saint Paul dans sa lettre aux Ephésiens : avoir découvert sa vocation, c’est connaître le Mystère qui s’est révélé à nous ; ce n’est pas simplement dire : ‘papa maman, ça y est, je vais être pilote de ligne, c’est sûr et puis je vais épouser une femme et puis on va se marier à l’église.

Non ; ben oui, c’est bien, c’est très bien, tout ça est très bien mais, en même temps que tout ça, c’est : j’ai découvert le Christ ; tout ça va ensemble.

Je ne peux pas dire : j’ai découvert ma vie sans avoir découvert le Christ, ce n’est pas possible et je ne peux pas dire : j’ai découvert le Christ sans savoir ce pour quoi ma vie est faite, ce n’est pas possible, il manque encore un pas.

 

Mais celui qui est capable de dire : ‘j’ai découvert le Christ, je sais pour quoi ma vie est faite et j’y vais’, ça y est, il a trouvé. C’est une vocation et c’est y répondre, il faut l’entendre.

 

Alors pourquoi je dis tout ça à propos des Mages ?

Parce que les Mages sont formidables, dans le sens où ils nous donnent quelques critères. Ils nous en donnent au moins trois : pour découvrir notre propre vocation.

La première c’est : l’écoute et la vue, c’est être attentif aux signes.

Eux, c’est l’étoile mais ça va beaucoup passer aussi par notre regard et par notre audition et par le silence que nous sommes capables d’installer dans notre cœur pour être attentifs. Le premier point, c’est l’attention ; l’attention à cet appel qui est de toutes les façons, et extérieur à nous-mêmes

et intérieur à nous-mêmes,

 S’il n’y a pas d’attention, il n’y a rien et les Mages n’auraient pas vu l’étoile, ils n’auraient pas été jusqu’à Jérusalem et ensuite Bethléem ; ce n’est pas possible.

 

Donc, si nous sommes distraits par 1000 raisons (et en plus des raisons parfois, qui passent complètement inaperçues) jamais, notre vie n’aura de sens et jamais nous ne comprendrons le Christ. Et ce que je dis, c’est valable aussi pour les vieilles personnes parmi nous ; ce n’est pas que pour Louis, c’est pour tout le monde parce qu’on peut terminer sa vie dans la crainte et les grincements de dents. Toute personne qui a accompagné des personnes mourantes, le sait : la vie peut rester une énigme jusqu’au dernier souffle ; donc, il est encore temps si on ne veut pas ‘se geler les couennes’ à la messe le dimanche, sans savoir pourquoi on vient, ça peut être important de savoir quel est le Mystère que nous venons célébrer.

Donc, l’attention.

 

Ensuite, le deuxième point : le conseil.

Les Mages vont, à un moment donné, faire halte à Jérusalem (on sait qu’il y a un quiproquo : Hérode, les scribes ne savent pas qui est le Messie, mais pas importe) ils vont consulter ceux qui savent, qui connaissent l’Ecriture.

On ouvre la Bible ensemble et dans une découverte et du Christ (ce n’est pas que le catéchisme qui nous fait découvrir Jésus-Christ) découverte du Christ et de  notre vocation ; (ce n’est pas que le psy non plus ou que le cabinet de coaching). dans la découverte du Christ et de notre vocation, il est ultra essentiel de s’appuyer sur un accompagnement, un accompagnement spirituel. Ce que faisaient jadis, mes confrères, il y a 100 ans, quand ils écoutaient au confessionnal quelqu’un, ils ne faisaient pas uniquement d’écouter des listes de péchés : ils conseillaient ; mais aussi parce qu’il y avait des personnes qui étaient là pour attendre un conseil, également.

 

Le conseil ce n’est pas seulement : ‘ah ! vous feriez mieux d’allumer deux bougies au lieu d’une seule’ mais c’est l’aide au discernement. C’est ce que font les mages quand ils vont à Jérusalem, aide au discernement : ‘Il est où ?

Il y a une étoile, ça nous indique le lieu, mais où ?’

Et parfois, on ne peut pas tout seul, trouver.

 

Et le troisième point pour une vocation, c’est au moment où les Mages arrivent devant Jésus : ils déposent des cadeaux, ils ne prennent pas Jésus, ils ne plantent pas leur tente, ils ne décident pas de s’arrêter là, ils donnent, ils font des présents. Et une vocation ne peut pas faire l’impasse d’un don, d’un don de soi, d’une remise de soi-même.

 

Si une vocation est synonyme de rapacité, et d’accumulation et de conservation et de résistance et de protection et tous les verbes que l’on pourrait décliner dans ce sens, ça n’est pas encore une vocation et souvent d’ailleurs, quand on recherche ce que l’on peut faire de sa vie, il y a toujours une étape de résistance : on veut bien donner un petit peu mais pas tout, quoi !

Je vous avais parlé tout à l’heure de ‘risquer son unique existence’, ce n’est pas ‘donner un petit bout de ma vie’, c’est ‘risquer son unique existence’. Là, les Mages, ils donnent, ils donnent à la crèche, ils donnent au Christ, ils ne retiennent pas et ils ont découvert le Mystère.

 

Ce sont trois choses pour vous dire qu’ils ont découvert le Mystère parce qu’après, ils repartent en route : il n’y a plus d’étoile, ils n’ont plus besoin de contempler Jésus puisque Jésus, ils l’ont vu, ils le connaissent. D’ailleurs, quelqu’un qui est dans une dynamique d’une recherche du mystère et de découverte de sa vie, c’est quelqu’un qui jamais, ne va s’interrompre ; il est toujours en route. Les Mages continuent leur route mais ils n’ont plus besoin d’aller vers le Christ puisqu’ils ne connaissent, désormais.

 

Il y a l’attention, il y a le conseil et il y a le don.

 

C’était trois clefs de lecture que l’on peut faire de ce texte mais vous pouvez en faire d’autres et ce qui est très beau dans ce texte, c’est qu’il nous met en route.

 

Amen. 


Vendredi 4 Janvier :

1Jn 3, 7-10 : Première condition : rompre avec le péché.

Ps 97

Jn 1, 35-42 : Les premiers disciples.

 

Je voudrais tout d’abord faire une correction, procéder à un démenti : hier, lors de l’eucharistie, j’ai mis sur le même plan plusieurs récits qui sont des épiphanies (ceux qui n’étaient pas là, hier, ne le savent pas), j’ai mis sur le même plan : les Noces de Cana, j’ai mis sur le même plan : la Transfiguration (on aurait pu rajouter le Baptême de Jésus ainsi que l’Epiphanie).

Alors, ça c’est vrai, ce sont des textes qui sont tous des épiphanies, des manifestations de Dieu : dans les Noces de Cana, Dieu se manifeste, dans la Transfiguration, il se manifeste, au Baptême de Jésus, il se manifeste tout autant qu’il se manifeste aux Mages mais là où je me suis trompé, (mais c’était de bonne foi, veuillez m’excuser !), c’est que le dimanche de l’Epiphanie, tous les ans, c’est le même texte  et c’est la visite des Mages.

Je suis un peu troublé, parce que je suis certain dans ma tête qu’en d’autres temps ce fut différent mais, tant pis ! (comme vous le voyez je ne suis pas parfait).

 

Regardons les textes d’aujourd’hui : ‘ce qui a été semé par Dieu, demeure en lui’, dans la première lettre de Jean ; ce qui a été semé par Dieu.

Les commentateurs dans le passé, ont voulu s’interroger sur ce que signifie cette semence : peut-être, à la fois l’Esprit Saint, c’est peut-être, la parole de Dieu, c’est peut-être, l’onction : cette vérité à laquelle nous adhérons pas notre baptême au moment de l’onction. En tout cas, c’est quelque chose de primitif dans notre histoire, (qui ne remonte pas forcément à notre enfance ou à l’âge bébé) mais quelque chose qui est fondateur, qui fait date dans notre vie.

 

Il y a des événements fondateurs qui ne sont pas toujours des événements qui remontent à nos premiers jours d’existence mais en tout cas, c’est un moment fondateur qui est de Dieu et qui nous a fait naître ; et là encore, nous pouvons naître et renaître, pas uniquement le jour de la sortie de la matrice maternelle ; ça peut survenir bien après.

Ce qui a été semé dans nos cœurs peut être tout à  la fois : l’Esprit Saint, peut être la parole, peut être par notre baptême, l’onction. En tout cas, il s’agit là, de naître de Dieu.

 

Et nous avons dans cet Évangile, (nous sommes un nouveau jour ; quand vous lisez saint Jean, vous allez de lendemain en  lendemain) et aujourd’hui, des disciples de Jean-Baptiste rencontrent Jésus ; entendons cette question : ‘où demeures-tu ?’

‘Venez et vous verrez !’ : la réponse de Jésus.

Nous sommes dans les jours qui suivent Noël, nous sommes toujours dans le cycle de Noël et l’attention que porte la parole de Dieu pour nous, c’est : comment enraciner ce que nous avons célébré, le jour de Noël ?

Comment rester proche de la source à laquelle nous sommes allés puiser à Noël, sans nous en écarter de trop?

Comment continuer à cultiver cette beauté et cette bonté de la crèche sans trop vite, partir au désert ?

 

Ce qui est apporté par l’Ecriture, c’est cette mémoire : faisons mémoire les uns, les autres de ce qui en nous, un jour, nous a fait naître de Dieu. Nous sommes tous nés de Dieu.

 

Qu’est-ce qui, un jour, nous a fait naître de Dieu, comme Jésus est né à la crèche, comme les Mages sont nés de Dieu, comme les bergers sont nés de Dieu ?

Qu’est-ce qui nous a fait naître de Dieu, un jour ?

Quelle a été  notre crèche ?

Qui ?

Qu’est-ce qu’il nous a dit ?

Qu’est-ce qu’elle nous a dit ?

Quel témoignage avons-nous reçu ?

Qu’est-ce qui nous a fait renaître ?

 

Voilà la question et, une fois que nous faisons mémoire de cela, que nous exhumons cette naissance (ou cette renaissance), restons-y, demeurons car là, est le Christ.

 

Amen.


Jeudi 3 janvier 

1Jn 2, 29-3,6 : Vivre en enfants de Dieu.

Ps 97

Jn 1, 29-34 : le témoignage de Jean.

 

Nous sommes dans l’Évangile de saint Jean ; souvenez-vous le jour de Noël, dans nous lisons dans les églises le Prologue, (le premier chapitre de l’Évangile selon saint Jean) et là nous sommes dans une partie de l’Évangile qui est divisé en journées.

Si vous avez prêté attention j’ai commencé en disant : ‘le lendemain, voyant Jésus venir vers lui’.

 

La suite du Prologue (puisque nous sommes à la suite du Prologue,) est divisée en différentes journées qui nous séparent d’un événement important : ce sont les noces de Cana. Le lendemain et puis le lendemain et encore le lendemain et un autre lendemain et nous arrivons aux noces de Cana.

 

Vous savez que dimanche prochain nous allons célébrer l’Epiphanie du Seigneur et que tous les ans, on ne lit pas le récit des mages qui se déplacent  pour voir Jésus dans l’Evangile de Matthieu ; c’est tous les trois ans que nous lisons ce récit.

 

Quand ça n’est pas ‘les mages’, que lisons-nous ?

D’autres épiphanies, d’autres manifestations du Seigneur : nous avons ‘les noces de Cana’et puis, nous avons ‘la transfiguration’.

 Tout ça pour vous dire que, dans l’Évangile de Jean, nous avons plusieurs lendemains qui nous séparent d’une épiphanie (d’une manifestation lumineuse) sauf que la lumière chez saint Jean, la lumière est toute  intérieure, elle n’est pas physique, cette lumière, chez saint Jean. Les noces de Cana sont pour Jean, une épiphanie : il n’y a pas de mages chez saint Jean,  il n’y a pas de transfiguration non plus, chez St-Jean,  il y a les noces de Cana.

 

Ça c’est la première chose, la deuxième chose c’est que nous sommes dans les jours qui suivent Noël, donc on a passé le temps de l’Octave, (les huit jours qui suivent) et je ne sais pas si ça vous fait cela, vous-mêmes mais il arrive qu’un événement auquel on s’est préparé pendant très longtemps (comme par exemple Noël et les quatre semaines de l’Avent), une fois que nous le vivons le plus proche possible, il y a effectivement une joie, sans doute une paix, une vraie rencontre : c’est Noël, on s’y est préparé et c’est vrai pour n’importe quel autre événement.

 

Les jours qui suivent, on prolonge ; c’est formidable mais à un moment donné, le soufflé retombe ; c’est comme si ça paraissait déjà lointain et l’extase ou la grandeur de la rencontre vécue, tout d’un coup semble s’évanouir et on se dit alors : ‘mais où est le Seigneur  ?

Seigneur, Seigneur, je t’ai rencontré mais où es-tu ?’

C’est précisément l’objet de cette semaine qui nous sépare du 1er janvier jusqu’à l’Epiphanie.

 

Comment faire pour garder tous les fruits glaner le maximum de miettes de ce que nous avons vécu à Noël, ne pas le perdre mais installer Noël dans toute notre année ?

 

 C’est comme si nous étions un maraîcher qui va conserver un certain nombre de légumes le plus longtemps possible (je ne compare Noël à un légume) mais comment garder le plus longtemps possible les fruits de ce que nous avons vécu ?

 

Et là, la rencontre entre Jean-Baptiste et Jésus est précieuse. D’ailleurs, si vous vous en rendez compte, dans le texte que nous avons lu, il n’y a pas de rencontre (il y en a eu une mais nous n’en sommes pas témoins, c’est raconté comme par exemple pour le baptême lui-même : ‘il n’est pas vécu’, il est raconté).

 

La deuxième chose c’est que Jean-Baptiste dit, au moins deux fois, qu’il ne connaît pas Jésus, qu’’il ne le connaissait pas’.

Ça détonne un petit peu avec ce qu’on devine avec les autres Évangiles : Jean-Baptiste et Jésus seraient cousins, forcément ils auraient vécu un temps ensemble : ‘Je ne le connaissais pas’.

Et puis, nous avons cette mention de l’Esprit Saint, l’Esprit Saint qui descend sur Jésus au moment de son baptême et qui révèle Jésus.

 

Tout ça pour se dire que nous-mêmes, à Noël nous nous sommes approchés de très près mais nous ne pouvons pas arrêter notre histoire, nous n’avons pas pris la place de Jésus et Jésus n’a pas pris la nôtre.

Il n’y a qu’une seule façon de faire durer cette illumination de Noël, c’est en prenant la ferme résolution, la grande décision de toujours demander pour nous, l’Esprit Saint car l’Esprit Saint c’est les rayons de la lumière, c’est les fruits de Dieu lui-même, c’est ses dons. Jésus n’a pas pris notre place, nous n’avons pas pris la sienne mais en revanche, nous pouvons être très proches de lui et avec lui par ses fruits, par son rayonnement : ce sont les fruits de l’Esprit Saint. Il faut le réclamer pour nous-mêmes.

 

Nous ne pouvons pas être comme Jésus mais nous pouvons vivre de ses fruits : sagesse, intelligence, bonté, grâce, discernement, paix et prendre la résolution de demander (et de vouloir recevoir) l’Esprit Saint ; ça nous en avons le pouvoir et nous pouvons le faire toute l’année et ainsi les fruits de Noël, nous continuons à les recevoir toute l’année.

Pas besoin d’attendre uniquement le Noël suivant, pas besoin de se morfondre toute l’année en disant : ‘oh là là, c’était beau Noël, c’est fini !’. Non !

Chaque fois que je demande l’Esprit Saint avec l’intention de le recevoir, c’est Noël.

 

 Jean-Baptiste ne connaissait pas Jésus, dit-il : ‘je ne le connaissais pas’ mais il a reçu les fruits (du moins il a été témoin de la puissance) de l’Esprit Saint. Il a connu de Jésus, son rayonnement, son énergie, il en a vu sa gloire et c’est ce que nous voyons à Cana, c’est ce que les mages ont vu et c’est ce que nous voyons à la transfiguration : la gloire de Jésus c’est ce que nous vivons chaque fois que nous demandons l’Esprit Saint.


Mercredi 2 janvier : st Basile

1Jn 2, 22-28 : Se garder des antichrist.

Ps 97

Mt 2, 1-12 : La visite des mages.

 

Vous savez que c’est une des raisons pour lesquelles cet Evangile a été choisi par la liturgie en cette mémoire, aujourd’hui : ‘celui qui observera et enseignera tous les commandements, sera déclaré grand dans le Royaume des cieux’ : c’est parce que ce Basile ‘est surnommé grand’ et pour cette raison.

Nous sommes au IVe siècle, les pères de l’Eglise ont un nom qui correspond à ce qu’ils laissent paraître d’eux-mêmes : leurs qualités pastorales et intellectuelles, doctrinales ; il a été reconnu ainsi, grand comme par exemple, Jean Chrysostome (‘bouche d’or’ en grec : il devait parler très bien, une grande éloquence).

 

Nous avons célébré hier sainte Marie, Mère de Dieu, l’occasion de nous redire que Jésus est né d’une femme et en naissant d’une femme qui était soumise à la Loi, il a montré par ce geste majestueux de descendre, de quitter le rang qui l’égalait à Dieu, se vider tout entier, se faire l’un des nôtres, il s’est mis sous le joug de la Loi et a transformé cette Loi pour qu’elle ne soit plus la loi du péché mais la loi de la grâce : ça c’est des mots de la théologie mais c’est pour rejoindre une réalité que nos frères orthodoxes (tous les mystiques et les priants vivent) c’est de dire que celui qui a l’expérience de la vie, même s’il est pieux, a l’impression qu’il y a une loi en lui, qui agit : qui est une loi de la répétition et la répétition de ce qui peut attacher et aliéner, la loi du péché, si vous le voulez.

 

La loi dont il est question dans la bouche de Jésus, c’est la Loi de Moïse qui n’est pas une loi de péché mais d’après saint Paul, cette Loi de Moïse révèle le péché, (nos habitudes si vous voulez) : ce qui est torpeur en nous-mêmes, ce qui nous empêche de nous élever, c’est un peu comme les lests, les poids des montgolfières qui les empêchent de s’élever vers le ciel.

 

Toute personne qui a l’expérience de la vie, (qui est un adulte par définition et non plus un adolescent), voit bien qu’il y a des choses un peu récurrentes.

 Il y a des grandes personnes qui ne le voient pas (elles pensent que ce sont les autres) pourtant c’est bien en soi-même. Et pourtant, dire tout ça, ça ne veut pas dire que Dieu n’agit pas, ça ne veut pas dire qu’il ne s’est pas s’incarné, ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas de grâce, qu’il n’y a pas de don qui nous soit fait ; il y a au contraire, une sorte de dynamique vertueuse, de spirale ascendante que nos frères orthodoxes appellent l’illumination, le flamboiement : plus je vais, à force de volonté et de confiance (c’est-à-dire que ce n’est pas moi qui suis ma propre loi, ce n’est pas moi qui suis l’auteur de mon propre salut : je ne suis pas le Créateur et je ne suis pas le bon Dieu (même si je suis bon et que je me prends pour un dieu !), je ne suis pas le bon Dieu ; à force d’habitus

et de volonté et de remise entre les mains du Père, peu à peu cette attache à ce qui me cloue au sol, s’ouvre.

Cette attache se libère et donc je m’élève : plus je m’approche du Christ, plus je change ; plus je vais lire l’Évangile et le mettre en pratique, plus je vais me transformer ; plus je vais approcher de l’Esprit Saint, plus l’Esprit Saint va me sanctifier. C’est aussi simple que ça mais encore faut-il le vivre.

 

C’est pour ça que si vous souhaitez recevoir beaucoup de dons du Seigneur et des autres,  si vous voulez recevoir beaucoup d’amour et beaucoup de pardon des autres, pardonnez et aimez : c’est un cercle vertueux.

 

C’est ce qu’a vécu Marie : c’était une femme soumise à la Loi parce que Marie n’était pas Dieu mais par son Fils a été élevée (et on célèbre d’ailleurs, son Assomption).

Quiconque, un peu comme Moïse, s’approche de Dieu, va rayonner mais il ne faut pas sous-estimer la loi de la chair dans nos vies ; c’est la raison pour laquelle Jésus nous dit : ‘quiconque enseignera l’un de ces petits commandements, sera petit’.

 

Alors, si on veut continuer un peu les métaphores autour de Noël et autour de l’Esprit, autant vous proposer cette citation du livre d’Isaïe : (vous savez que nous avons coutume pendant le temps de l’Avent, de nous mettre à l’école de l’Ancien Testament et de tout ce qui annonce le Messie) un des attributs du Messie c’est d’être le fruit de l’arbre de Jessé.

De Jessé va jaillir le sauveur, David lui-même et son fils, Jésus (pour nous).

Eh bien, dans ce livre d’Isaïe au chapitre 11, vous avez cette fleur de la souche de Jessé qui s’ouvre avec sept dons et ce sont ces sept dons que je vous souhaite, aux uns et aux autres, les sept dons de l’Esprit : Sagesse, Intelligence, Connaissance, Piété, Conseil, Force et Crainte (crainte du Seigneur : adoration filiale) ; je vous le souhaite : plus je demande l’Esprit Saint, plus cet Esprit va agir en moi.

Plus je serai proche de ce Dieu qui s’est fait homme et qui me divinise, qui m’élève, plus je vais l’aimer et sans jamais perdre contact avec ma propre chair et mon propre sol.

 

Amen.