Homélies du semestre

Retrouvez  ICI  les homélies précédentes 



Jeudi 14 Février : Saints Cyrille et Méthode, co-patrons de l’Europe

2Co 4, 1-7 : le ministère apostolique.

Ps 95

Mc 4, 1-9 : La parabole du semeur.

 

Ces deux figures, Cyrille et Méthode, peuvent nous conduire à regarder très différemment, ces textes : cette deuxième lettre aux Corinthiens et puis cet Évangile.

 

Par exemple, si nous chaussons les lunettes de l’évêque Méthode, nous pourrions nous dire : ‘ces textes sont une bonne exhortation à la vie apostolique.

L’apôtre, c’est celui qui porte dans des vases d’argile, cette responsabilité, ce trésor de la consécration et même de l’envoi au nom du Christ ; cette responsabilité de la mission’.

 

Et sa responsabilité encore, c’est de ramener à Christ un grand nombre de gens comme cet épi qui est fécond, abondant, plein de blé après que ces grains de blé sont tombés dans la bonne terre. Donc, l’éloge de la vie apostolique, sa difficulté et sa fécondité.

 

Et on pourrait regarder aussi ces textes avec les lunettes du moine Cyrille et se dire : ‘ce trésor dans le vase d’argile, c’est la fine pointe de l’Esprit dans l’âme’ ; ce que vont rechercher tous les hommes et femmes contemplatifs.

Et ce qu’ils vont chercher également, c’est de circuler entre ces différents terrains, conscients que tantôt il y a dans le cœur, ronces, tantôt, il y a pierres tantôt, il y a peu de profondeur et tantôt, il y a une belle profondeur et ils vont chercher à circuler là, pour optimiser et eux aussi, accueillir une grande fécondité de l’Esprit.

 

Dans les deux cas, il s’agit de fécondité et pour le moine Cyrille et pour l’évêque Méthode mais il ne faut pas les mettre dos à dos, ces deux personnages ; un peu comme pour Marthe et Marie : nous avons besoin, dans la fécondité de l’Eglise, que les deux marchent ensemble.

 

S’il n’y avait que des évêques et des apôtres, l’Eglise ne marcherait que sur un pied et il y aurait une forme de pauvreté spirituelle et puis, s’il n’y avait que des moines, l’Eglise ne marcherait que sur l’autre pied et il y aurait aussi une pauvreté spirituelle ; les deux fonctionnent ensemble : Cyrille et Méthode.

 

Amen. 


Mercredi 13 février 

Gn 2, 4b-9.15-17 : la formation de l’homme et de la femme.

Ps 103

Mc 7, 14-23 : Enseignement sur le pur et l’impur.

 

Dans  cet Évangile, si on ne fait pas attention, on pourrait penser que Jésus est en train de différencier les excréments de la nourriture

ou bien l’anal de l’oral ; ce n’est pas ce qu’il fait mais il distingue quand même, ce qui est l’oral du verbal et c’est là toute la différence.

L’oral serait cette liste de choses perverses qui sortent de la bouche de l’homme et de son cœur : inconduite, vol, meurtre, etc. etc. et qui serait le résultat d’un cœur qui ignore sa propre fragilité, d’un cœur profondément divisé.

 

Mais qu’est-ce que le verbal ?

Le verbal, c’est parfaitement connaître la définition des mots que nous prononçons et savoir que les mots ont un pouvoir et il y a des pouvoirs destructeurs (les pouvoirs qui sont de l’oralité) et des pouvoirs unificateurs (des pouvoirs qui seraient de l’ordre du verbal).

 

Quand le Verbe prend chair, il rétablit l’humain sur ses pieds ; quand Dieu parle, la Terre est créée ; ce n’est pas de l’oral, c’est du verbal (ce sont des verbes qui sortent de la bouche de Dieu).

 

On va faire un test : le nom de Jésus, est-ce qu’il produit en vous ce qu’il signifie ?

Quand vous le prononcez, quand vous le voyez, quand vous le méditez, est-ce que ce mot a la puissance qu’il revêt ?

 

Je vais m’y prendre autrement : est-ce que vous trouvez facile de définir le goût du miel et sa douceur si vous n’en avez jamais mangé ?

Et parviendrez-vous à définir pour quelqu’un qui, lui-même, ne l’a jamais goûté, le goût du miel ?

 

Chacun est renvoyé à sa propre expérience du nom de Jésus.

Ce n’est pas un nom au hasard, Ce n’est pas un mot comme ça, qui prend sa place au milieu d’une multitude de mots que l’on pourrait prononcer comme une dictée. C’est un nom qui est tout-puissant qui crée et qui recrée, qui à la fois, construit un cœur, l’unifie et éloigne le péché et en même temps, est le résultat d’un cœur unifié, éloigné du péché.

 

Celui qui boit à la source, devient source ; celui qui boit à la source, de lui couleront des fleuves d’eau vive.

 

Il nous faut donc communier à ce saint Nom et il nous faut faire la vérité : exposer notre cœur à la grâce et confesser l’Amour.

Voilà la différence entre l’oral et le verbal.

 

Amen.


Dimanche 10 Février 

 

Frères et sœurs, les textes (l’extrait du livre d’Isaïe, cet extrait de la première lettre de Paul aux Corinthiens et cet extrait de l’Évangile de Luc) semblent tous trois, faire l’éloge des minus, des pauvres types : Isaïe dans le temple, après que le charbon ardent a touché ses lèvres : ‘malheur à moi car je suis un homme aux lèvres impures’ ; Paul, le grand Paul, va dire que Jésus-Christ lui apparaît à lui aussi, lui ‘qui est le dernier des apôtres’ : il n’est pas digne et Simon Pierre, l’autre colonne de l’Eglise, va dire après la pêche miraculeuse : ‘Éloigne-toi de moi, je suis un homme pécheur’.

 

Vous voyez se dessiner une sorte de fil rouge entre les trois : le thème (pourrait-on dire), du manque de dignité la petitesse, les pauvres types dans le Royaume. Ça, c’est le verre à moitié vide mais, on peut aussi dire que le fil rouge qui se tend entre ces trois personnages, c’est aussi le contraire : c’est la confiance et l’Amour d’un Dieu qui est Tout-Puissant et qui va, sans crainte, choisir des hommes à son service ; et puisque lui est Tout-Puissant, forcément les hommes qui sont à son service, sont diamétralement opposés à sa Toute-Puissance et ce sont des tout-impuissants, des tout-faiblards, des minus, en face de ce Dieu Tout-Puissant. Le Seigneur ne choisit pas des surhommes.

Ça, c’était le premier point.

 

Le deuxième point, je vais refaire l’itinéraire que nous avons fait ces dernières semaines, grosso modo, en sautant l’un ou l’autre dimanche. Voici l’itinéraire, c’est celui de la vocation (car nous sommes tous appelés), que nous soyons des jeunes enfants ou que nous soyons des personnes très avancées en âge : le Seigneur continue à nous appeler. Si nous pensons que nous sommes déjà en orbite dans la vie spirituelle et la compagnie du Seigneur, alors la vie est bien triste. Non !

Il continue à nous appeler et il faut continuer à tendre l’oreille à cette voix qui vient d’ailleurs.

 

La première étape que nous avons franchie ensemble c’était : (souvenez-vous) Jésus présenté au temple alors qu’il a seulement 40 jours : c’était la Présentation de Jésus au Temple, (un samedi soir, il y a deux semaines ; on avait parlé des sœurs, de la vie consacrée) ; c’est le quatrième mystère joyeux du rosaire. Jésus, présenté par ses parents, tourné vers le Tout-Puissant, dans le temple ; il est bébé.

 

L’étape suivante : Jésus est plus grand (ça, c’était des semaines avant) : cinquième mystère joyeux du rosaire. Jésus a 12 ans : le recouvrement au temple. Il n’est présenté par personne puisqu’il fait le choix, lui-même, d’aller au temple, alors que ses parents sont en pèlerinage à Jérusalem. Ils le cherchent, ils le retrouvent ; il est au milieu des docteurs de la Loi ; grande surprise pour père et mère : ‘Ne saviez-vous pas qu’il faut que je sois aux affaires de mon Père ?’ Jésus a grandi déjà, il n’a plus 40 jours, il a 12 ans et il s’ouvre, déjà seul, à Celui qui est le Tout-Autre.

 

L’étape suivante : le baptême de Jésus. Alors, il n’est pas bébé, (on le sait bien) ; on a célébré cela dans cette église, alors que nous étions encore dans le temps de Noël ; le baptême de Jésus, Jésus s’ouvre à cette voix qu’il fait sienne. Il est dans le Jourdain ; un extrait du psaume deux accompagne l’Esprit Saint : ‘celui-ci est mon fils bien-aimé’, en lui j’ai mis tout mon amour (ça, c’est redondant). Il fait sienne cette parole, il se l’approprie ; Jésus cette fois-ci a 30 ans.

 

Un texte que nous n’avons pas encore entendu (ce sera pour le début du Carême).  suite à son baptême, Jésus est conduit par le même Esprit Saint au désert, pendant 40 jours et là, il va apprendre dans le désert à distinguer la bonne voix, de la mauvaise ; la voix qui est parole du Père de la voix qui est parole du diable.

Les trois tentations de Jésus au désert, s’accompagnent de la parole du diable devant laquelle, Jésus va opposer la parole de son Père. Jésus va apprendre à distinguer (comme nous apprenons un jour, dans notre vie spirituelle), que tout ce qui brille n’est pas d’or et que tout ce qui est voix, n’est pas la voix du Père. Il y a aussi du bruit qu’il convient de mettre de côté et c’est au milieu du bruit, qu’il faut pouvoir distinguer cette voix familière du Père, qui nous attire vers lui.

 

Dernière étape (ça c’était dimanche dernier), Jésus, après être allé au désert, retourne dans la ville où il a grandi, à Nazareth. Il lit un extrait du rouleau d’Isaïe (plus précisément, le même prophète que nous avons entendu en première lecture) et il va dire (ce que vous avez entendu la fois dernière) : ‘aujourd’hui s’accomplit cette parole’.

 

Cette fois-ci, il ne s’identifie plus forcément à cette parole ; il n’a plus besoin de distinguer la voix du Père, du bruit ; cette fois-ci, il EST la Parole, il est la parole agissante, Jésus lui-même. Ceci pour dire que chacun d’entre nous, jeunes ou vieux, cet itinéraire en cinq étapes, nous sommes amenés à le vivre, tous, plus ou moins rapidement, chacun à son rythme mais, un jour du temps, nous nous ouvrons à cette voix qui vient du plus profond de nous, de plus loin que nous, qui est celle du Père et progressivement, cette voix nous imprègne comme une rosée imprègne la terre et c’est le programme de toute cette année liturgique que nous allons vivre ensemble.

 Jésus est prêt d’une certaine façon et c’est cette fois-ci, aujourd’hui.

 

Quelqu’un qui est complètement imprégné de la voix du Père, quelqu’un qui est disciple de Jésus, quelle est sa fécondité ?

Sa fécondité, c’est qu’il devient une belle figure devant laquelle, (c’est mon troisième point), nous pouvons nous identifier sans crainte.

Quelqu’un qui est complètement ouvert (si vous voulez) au Tout-Autre, c’est quelqu’un à qui l’on peut faire confiance : il ne va pas nous capter, elle ne va pas s’approprier notre visage, notre cœur ; c’est quelqu’un qui va nous conduire vers, plus loin ; c’est quelqu’un qui va nous aider à nous tourner vers la voix du Père ; ce n’est pas quelqu’un qui veut nous capturer.

 

Un chrétien, un chrétien mûr, c’est vraiment quelqu’un qui nous ouvre vers le Ciel et  quand je dis ‘vers le Ciel’ ça ne veut pas dire qu’il nous éloigne des réalités de la terre, de la vie des hommes et des difficultés de vivre ensemble et des combats pour la justice. Non !non !non ! non ! parce que, plus on est tourné vers les réalités du Ciel, plus on est des hérauts de la justice ; plus on est tourné vers les réalités du Ciel et plus on va mettre les deux mains dans le cambouis et mouiller la chemise.

Quelqu’un qui est plutôt à l’écart, peureux et timoré, n’est pas tourné vers les réalités du Ciel ; celui qui est tourné vers les réalités du Ciel, est tourné vers la vie de ses frères.

 

Quand il rencontre Simon Pierre, dans l’Évangile d’aujourd’hui, forcément ça produit ce que ça produit, c’est-à-dire, deux choses : Simon Pierre va découvrir son âme, Simon Pierre va naître à la foi.

 

Chers amis, notre âme a deux yeux (nous ne sommes pas qu’un amas de chair, nous ne sommes pas que objets de désir, nous ne sommes pas que des êtres sensuels ou que des êtres pétris d’émotion, nous ne sommes pas que des êtres de raison, non plus : nous avons cette âme, nous le croyons par notre baptême).

 

Deux yeux : premier œil de notre âme, c’est cet œil qui sait voir les merveilles de Dieu autour de lui. On commence déjà par voir les merveilles de Dieu assez facilement, en regardant le printemps, par exemple (on voit bien les merveilles de Dieu, on est assez sensible aux merveilles de Dieu devant ce qui est beau) mais cet œil-là voit aussi les merveilles de Dieu dans ce qui est moins beau, il voit aussi les merveilles de Dieu, surtout aussi chez les autres. Cet œil a besoin de s’exercer tous les jours. Souvent d’ailleurs, entre l’heure du réveil et puis, pas loin de l’heure du déjeuner, cet œil est encore dans les brouillards matinaux : il a du mal à voir les merveilles, surtout s’il écoute la radio le matin ou lit les nouvelles dans la presse. Il faut l’exercer parce qu’il est fait pour ça ; il a cette capacité-là à regarder les merveilles et il ne fonctionne pas tout seul parce qu’il y a un autre œil : vision binoculaire de l’âme.

 

Le deuxième œil : voir les merveilles de Dieu en soi ; les deux vont ensemble. Il y en a qui ne voient que ailleurs et pas en eux-mêmes et d’autres qu’en eux-mêmes et pas ailleurs alors, ils ne voient pas, en fait, en vérité ; ils croient voir mais ils ne voient pas. On ne peut pas voir les merveilles de Dieu en soi, si les autres ne nous les renvoient pas à nous, parce que nous ne sommes pas dotés de rétroviseur. Ce sont les autres qui nous renvoient les merveilles de Dieu que nous sommes, nous-mêmes.

 

C’est ce dont Pierre est l’objet : miracle des poissons, (pêche abondante), merveilles de Dieu autour de lui. Il était dans la nuit, toute la nuit il a pêché sans rien prendre ; disons que son œil gauche de l’âme n’était peut-être pas ouvert encore et tout d’un coup : pêche miraculeuse, abondante ; merveilles de Dieu chez les autres. Le deuxième œil peut alors s’ouvrir :

éloigne-toi de moi je suis un homme pécheur’.‘- Désormais, ce sont des hommes que tu prendras’ : il découvre qu’il est merveille, lui-même, Pierre.

Si jamais Pierre en reste uniquement à dire : ‘je ne suis qu’une simple serpillière qui ne sert à rien’, son œil droit n’est pas encore ouvert. Il manque quelque chose. Mais il s’est ouvert, son œil droit : il devient héraut de la foi ; il voit les merveilles de Dieu, en lui.

 

Pêche miraculeuse : merveilles de Dieu chez les autres ; il se met à suivre le Seigneur : il voit les merveilles de Dieu en lui. Les deux vont ensemble.

 

J’espère que vous aurez la grâce (ou que vous avez déjà eu la grâce) de rencontrer des chrétiens, des chrétiennes qui vous permettent ça : à leur contact, vous êtes dans une telle hospitalité de leur part, que tout d’un coup, ces deux yeux de votre âme s’ouvrent. Peut-être que ça vous est-il déjà arrivé, ce n’est pas simplement les prêtres ; (les prêtres peuvent être très mauvais, là-dedans), parfois ça peut être le chrétien qui est toujours assis au fond de l’église, par exemple. On n’ose pas lui parler, donc on ne risque pas d’ouvrir les deux yeux Mais si jamais on rentre en contact avec cette personne-là, on peut être surpris : tout d’un coup on a nos deux yeux qui s’ouvrent : merveilles de Dieu chez les autres, merveilles de Dieu en nous.

 

Ma conclusion, je voudrais revenir au livre d’Isaïe (et après je vous laisse tranquilles) ; vous avez cette vision majestueuse d’Isaïe dans le temple. Il faut imaginer une sorte d’édifice (normalement plutôt moins grand que celui-là et puis quand même très ajouré) mais avec la gloire de Dieu qui est présente ; il faut imaginer une sorte de fumée à l’intérieur de cet édifice, et puis des odeurs, l’encens et puis des chants avec des anges qui chantent (une vision, un chérubin, des anges) : ‘Saint, Saint, Saint’, ce fameux ‘sanctus’ qu’on reprend à chaque messe, vient de là.

Quand on chante ‘Saint, Saint, Saint le Seigneur’, ça vient précisément de ce livre d’Isaïe, de ce passage  que nous avons lu. Ce n’est pas simplement une ritournelle de fin de banquet : ‘Saint, Saint, Saint’ (comme ça, on chante, sans trop savoir pourquoi on chante ‘Saint, Saint, Saint’) ; imaginez qu’à la place d’Isaïe, c’est Pierre ou la place de Pierre c’est Paul ou chacun d’entre nous. À ce moment-là, où il entend ce chant : ‘Saint, Saint, Saint’, ce prophète, ce baptisé, ses deux yeux de l’âme se sont ouverts : il est en train de dire la grandeur de Dieu et en même temps, il est en train de confesser combien Dieu l’aime ; les deux à la fois : ‘Il est Tout-Puissant, je suis tout petit mais Il m’aime, Il me prend dans ses mains’. Cela se traduira par la consécration du pain et du vin qui deviennent Corps et Sang ; on verra l’hostie fractionnée, le Corps du Christ qui s’offre pour nous ; c’est précisément parce que nous sommes dignes de l’Amour du Dieu, trois fois Saint.

 

Et en allant communier, disons : ‘oui c’est vrai, tu m’aimes ; je suis petit mais tu fais de moi ton instrument’.

 

Amen.


Jeudi 7 Février 

He 12, 18-19.21-24 : Les deux alliances.

Ps 47

Mc 6, 7-13 : Mission des douze.

 

Jésus en appelle à lui 12 et il les envoie ; ils deviennent donc des apôtres ; de disciples, ils deviennent des envoyés.

 

Je vais vous proposer une petite image, peut-être qu’elle vous sera profitable pour rentrer dans le mystère de cet appel et de cet envoi ; c’est une image que l’on trouve chez les Pères de l’Eglise, c’est l’image d’ailleurs, du puits de Jacob (mais elle est remise à ma sauce) :c’est le puits, l’eau au fond du puits et le seau pour puiser l’eau qui est au fond du puits.

 

Je vous propose d’imaginer que le puits c’est le Royaume de Dieu ou la vie éternelle, la vie de la foi ou dans la foi ; que l’eau au fond du puits, c’est l’Esprit Saint, (ce qu’il faut pour vivre de cette vie éternelle) et puis le seau (pour aller profond), au fond du puits récupérer cette eau, c’est la parole de Dieu et c’est la vie en communauté ; c’est l’apprentissage de la parole de Dieu et de la vie en communauté.

 

Au fond, pour pouvoir avoir cette vie-là, éternelle, qui nous est promise par Jésus, il faut plonger dans l’Esprit Saint et pour y parvenir, il nous faut apprendre à lire l’Ecriture et à vivre en communauté. C’est ce que nous faisons chaque fois que nous nous rassemblons, nous essayons de faire.

 

Vous voyez un peu cette affaire, (un peu comme des poupées gigognes) ? Nous avons cet objectif de la vie dans la foi, l’Esprit Saint qui nous permet de …et la vie communautaire et la parole de Dieu qui nous permettent de vivre de l’Esprit Saint, qui nous permet de vivre de cette vie dans la foi. Voyez ? Le puits, l’eau, le seau.

 

Eh bien, les apôtres, c’est à la fois l’eau et le seau. Pourquoi ?

Par leur ordination et par le pouvoir qu’ils ont, de la vie sacramentelle (par exemple dans l’Ecriture que nous avons lue, il est question du sacrement des malades (ou quelque chose qui pourrait ressembler au sacrement des malades) : ‘imposez-leur les mains et ils se sentiront mieux’; ‘chasser les démons’ (pourrait être aussi le sacrement du pardon, pourrait-on dire) ; avec les cinq autres sacrements que nous connaissons dans l’eucharistie, les apôtres ont ce pouvoir, par leur ordination et en même temps, ce sont eux qui essaient, autant que  possible, d’organiser la vie d’une communauté et de donner des outils pour mieux lire la parole de Dieu ; (essayer autant que possible de donner goût à cette parole).

 

Mais l’objectif n’est pas de vivre des apôtres, l’objectif est de vivre de la vie même qui vient de Dieu

et cette vie, c’est le puits.

 

Lorsqu’il envoie des apôtres, voilà ce qu’il attend d’eux et voilà ce qu’il attend de nous et voilà le projet qu’il a pour chacun d’entre nous : vivre de sa vie même, à lui et ça n’est pas possible sans aller puiser l’Esprit Saint et cet Esprit Saint, on ne le trouve pas ailleurs que dans l’Ecriture st la vie communautaire.

 

Amen


Mardi 5 Février : ste Agathe

He 12, 1-4 : L’exemple de Jésus.

Ps 21

Mc 5, 21-43 : Guérison d’une hémorroïsse et résurrection de la fille de Jaïre.

 

Ce que nous pouvons retenir de ce passage : bien des choses. Je vous propose deux petites choses ; c’est que ces deux personnages : cette femme, victime de perte de sang depuis 12 ans et ce père de cette jeune fille (ainsi que les gens de sa maison et peut-être la jeune fille elle-même : on va dire que tout cela c’est un seul personnage) ces deux personnages : la femme et cette jeune fille et son entourage adviennent, dans ce texte, à la vérité. Ils sont tous les deux plongés dans une sorte de soliloque, une sorte d’enfermement, qui est dû à bien des choses (mais notamment, déjà légitimement, leur propre peur, leur souffrance, ensuite le ‘qu’en-dira-t-on’, la foule oppressante dans les deux cas qui peut être, condamne avant l’heure, ces personnages et puis les prescriptions légales de la Loi ; tout ceci enferme ces personnes dans leur monde, depuis douze ans (en tout cas, pour la femme âgée) ;et dans les deux cas, c’est une parole de Jésus qui les en sort, de cet enfermement, de cette espèce de discours intérieur : cette femme qui se disait en elle-même : ‘si seulement je parviens à toucher le pan de son manteau !’ Et puis ce père de famille qui essaie, au-delà de la rumeur et au-delà des pleurs des gens de la maison, essaie de se dire et de dire à Jésus : ‘si seulement !’

 

Et dans les deux cas, ça réussit grâce à une parole de Jésus : ‘Talitha koum,  je te le dis, lève-toi’ ou ‘femme va, ta foi t’as sauvée’ ; ce qui revient à dire pour chacun d’entre nous que nous avons dans notre cœur, chacun, une grande potentialité à se laisser enfermer, piéger par nos pensées qui sont toutes légitimes, en fait : nos blessures, ce que les gens nous ont dit ou pas dit, les regards posés sur nous ou les regards qui n’ont pas été posés sur nous, toutes sortes de choses qui nous font produire des tas de pensées ; et nous voulons résoudre ces pensées, comme si nous voulions chasser la mer à nous tout seuls et ça peut durer des nuits et des jours et des jours et des nuits.

 

Et la seule chose qui permet à ces personnages d’en sortir comme sans doute nous le croyons nous-mêmes, (si nous y croyons), c’est la parole de toute puissance de Jésus, si seulement nous lui disons la vérité. C’est ce que fait cette femme, elle finit par lui dire toute la vérité, à Jésus. C’est une part importante de ce qui constitue, dans le sacrement du pardon ou dans l’accompagnement spirituel, l’ouverture de notre cœur.

 

Nous pouvons opposer à ces pensées oppressantes et parfois aliénantes et parfois qui nous tuent avant l’heure, nous pouvons opposer la prière pure, la prière qui n’est pas : ressasser nos pensées, peser le pour et le contre et chercher à les résoudre comme si nous étions le bon Dieu mais plutôt poser notre regard sur le Christ, c’est la prière pure et c’est ce que nous avons lu dans la lettre aux Hébreux : ‘l’épreuve qui nous est proposée, courons avec endurance pour la vivre, les yeux fixés sur Jésus.

Il est à l’origine et au terme de la foi’ et les yeux fixés sur Jésus qui est bien plus fort que toute l’agitation de cette foule, qui est comme une mer agitée. Souvenez-vous, à un autre moment, il va calmer les éléments, Jésus.

 

Accueillons cette parole et sa parole toute puissante et cherchons à en vivre dans une prière qui soit silencieuse, contemplation et invocation du nom de Jésus, prière pure.

 

Amen.


Dimanche 3 février

 

Chers amis, nous sommes toujours dans ces tout premiers dimanches du temps ordinaire, (quatrième dimanche). Je vous redis ce que j’ai été amené à dire les dimanches précédents : ces textes nous permettent de planter le décor progressivement, de ce que signifie notre vie chrétienne.

 

Aujourd’hui, nous sommes plutôt sur la foi et l’écoute. En fait, pour un chrétien, nourri de la parole de Dieu, être croyant c’est écouter, entendre ; entendre, c’est être croyant. La foi, c’est cette oreille nécessaire pour bien entendre ce que Dieu dit a à dire.

 

Tant que nous n’avons pas encore développé cette oreille, nous sommes des enfants et tant que nous sommes des enfants, nous sommes sensibles à la vue et tant que nous sommes encore sensibles à la vue, nous ne connaissons encore pas Dieu.

 

Alors, je récapitule : être un adulte dans la foi, c’est avoir cette oreille toute développée ; ne pas l’avoir, c’est être encore un bébé, un enfant et si je suis un enfant, ce n’est pas l’oreille qui va prévaloir, ce sont les yeux et quand je dis les yeux, c’est : se comparer aux autres et vouloir se situer à partir de ce que les autres me renvoient (souvent par le jugement : untel, une telle est comme si, comme ça ; c’est bien, ce n’est pas bien ; je suis d’accord, pas d’accord), ça c’est être comme un enfant.

 

Mais au contraire, être dans la foi comme un adulte, c’est (pas se contrefiche, mais) mettre vraiment de côté ce que les autres me renvoient par les yeux, c’est savoir entendre une voix qui vient de plus loin que moi.

 

Alors, il est bon de se redire d’où nous venons, chacun ; nous avons tous été baptisés et nous avons été présentés par les parents, un jour (souvent, nous étions tout petits) et le geste même (qui rejoint celui de Marie et Joseph quand était présenté au temple 40 jours après sa naissance) est pour redire : ‘Père du Ciel, je te présente mon bébé ; nous te présentons notre bébé mais le présentant, nous ne voulons plus qu’il soit que nôtre, (que mon), nous vous l’offrons pour qu’il soit le vôtre. Nous voulons l’ouvrir à plus grand que nous ; nous voulons par notre geste, (certes, qu’il fasse partie de la famille des chrétiens ; certes, qu’il soit sauvé ; certes, qu’il puisse bénéficier de la grâce qui vient d’En-Haut et surtout) surtout, qu’il se décolle de nous ; alors ce sera long parce que c’est encore un bébé et il a besoin de se réchauffer au sein maternel ; il a encore besoin d’être protégé par la virilité du père mais quand viendra le moment, Seigneur, aide-nous à ce qu’il soit décollé de nous ; aide-nous à ce qu’il puisse entendre une voix qui vient de plus loin que la nôtre ; aide-nous à l’ouvrir à une dimension qui soit beaucoup plus large que le sein maternel’.

 

Vous savez, papa coupe le cordon ombilical et le bon Dieu le sépare de la matrice de maman ; le bon Dieu l’ouvre à plus large, il l’arrache au ‘même’ pour l’ouvrir à l’Autre.

 

Nous avons tous été comme ça, projetés dans l’Autre par notre baptême ; mais sommes-nous devenu des adultes pour autant ? C’est-à-dire, notre oreille s’est-elle habituée à écouter une voix qui vient de plus profond ? une voix qui dépasse largement notre origine ?

 

Jésus a été formé à cela mais si je dis Jésus, ça pourrait être vrai pour tous les prophètes de l’Ancien Testament, nous avons un exemple avec Jérémie ; nous pourrions rajouter Elie, Samuel, Moïse, Ézéchiel et puis, chacun d’entre nous.

 

Cinq étapes dans la vie de Jésus : la première, nous l’avons lue hier, à la fête de la Présentation de Jésus au temple (celle que j’ai lue à l’instant, c’est la dernière). La première, celle que nous entendons à la fête de la Présentation de Jésus au temple ; Jésus à 40 jours (40 jours après sa naissance il est présenté au temple). Il est au temple, le lieu du Très-Haut ; comme vous avez présenté vos enfants, le jour de votre baptême,  comme vous avez été présentés vous-mêmes, à votre baptême dans ce lieu du Tout-Autre.

 

Deuxième étape pour Jésus : il a 12 ans ; il est au temple. Vous souvenez-vous ? Quand on prie les mystères joyeux : ‘le recouvrement de Jésus au temple’: au profit d’un pèlerinage à Jérusalem avec ses parents, au moment où ses parents repartent vers Nazareth, Jésus lui, est resté au temple. Ses parents le recherchent partout : où est-il ?

Ils le retrouvent au temple :‘ne saviez-vous pas qu’il me fallait être chez mon Père ?’

Donc Jésus parle (vous me direz à 12 ans, ce n’est pas très original) et qu’est-ce qu’il dit ?

‘Je dois être chez mon Père’.

Il s’ouvre déjà ; il a été déjà (sans qu’on le sache trop comment, aidé par ses parents) ouvert à cette réalité plus grande que lui et plus grande que ses parents : mon Père (avec un p majuscule), mon Père du Ciel.

 

Troisième étape : il a son baptême dans les eaux du Jourdain, il a 30 ans. Il s’approprie la parole de Dieu ; pourquoi ? Un verset du psaume 2, il le fait sien : ‘celui-ci est mon fils bien-aimé’. Vous savez, cette voix qui vient du Ciel, avec cette colombe qui descend sur lui (l’Esprit Saint), au moment où il est baptisé dans les eaux du Jourdain par Jean-Baptiste. Troisième étape donc, de croissance dans l’ouverture au Tout-Autre, c’est : il s’approprie la parole de Dieu.

 

Est-ce qu’on s’approprie la parole de Dieu ? Est-ce qu’on est capable de parler avec les mots de la parole de Dieu ? ‘Celui-ci est mon fils bien-aimé’, mais c’est vrai pour chacun, aussi : je suis le fils, la fille bien-aimée du Père, Celui qui est le Tout-Autre.

 

L’avant-dernière étape : il est au désert (ce sera le premier dimanche de Carême) ; voyez, il est 40 jours au désert comme il aura attendu 40 jours avant d’être présenté au temple, après sa naissance (40 jours au désert). Là, silence et dans ce silence, ça n’est pas Dieu qui lui parle, c’est le diable. Vous souvenez-vous de la scène de la tentation ? Par trois fois et il ne se laisse pas avoir par les fausses paroles, par les fausses voix qui, au lieu de l’élever, le disperseraient et l’écraseraient et le feraient redevenir enfant tout de suite, bébé. Il ne tombe pas dans les mirages de cette fausse voix du diable et il va dire, toujours, il va rétorquer (comme une sorte de bouclier de la foi) ; il va s’appuyer sur les paroles de son Père, il va recourir à l’Ecriture en permanence et c’est là qu’il réussit son combat pour devenir un adulte dans la foi : l’écoute de la parole du Père aura été plus forte que les tentations de celui qui divise et disperse. Là il est devenu un adulte mûr alors que sinon, il serait redevenu comme ceux dont parle Paul : il serait redevenu un enfant. Il serait tombé dans les mirages du ‘même’ ; il s’est ouvert au Tout-Autre dans le désert.

 

Ce qui lui permet, dernière étape, de vivre ce que je viens de vous lire. Il est à Nazareth, il a une trentaine d’années, il a quitté le désert : première prédication publique. Il est sous les yeux scrutateurs de tous ceux qui le connaissent depuis qu’il est en culotte courte. Ils le connaissent (du moins, ils croient le connaître) ; ceux qui sont là ne sont pas encore des adultes (les oreilles), ils sont encore des enfants (les yeux). Alors voici qu’ils regardent, ils jugent, ils scrutent et ils comparent : ‘mais on te connaît, toi ! Tu as joué dans la cour de récréations avec les nôtres. On connaît tes parents. Tu n’es jamais qu’un type de chez nous, quoi !’ ; alors que Jésus, par l’autorité de sa parole, va dire que ce qu’il a lu dans le livre d’Isaïe, se réalise ; c’est-à-dire : par la puissance de sa parole, il va entraîner les uns et les autres faire un au-delà mais encore faut-il que les autres l’entendent avec leurs oreilles. S’ils n’en restent qu’aux yeux, que se passe-t-il. ?

Ils veulent le jeter dans le ravin et que dit la parole ?

‘Il passe au milieu d’eux, il continue son chemin’ ; la puissance de la foi.

 

Ça nous renvoie chacun, assez simplement, à : comment aujourd’hui (à la limite, hier on s’en fiche, hier c’était autre chose), aujourd’hui et demain vais-je croître dans l’écoute ?

Je vais prendre des petits exemples tout simples ; par exemple : vous allumez la télé, vous écoutez la radio, vous lisez le journal et on vous raconte les faits qui… tout ce dont on pourrait vous parler maintenant et ce qui fait peur (je ne dis pas que ce n’est pas vrai mais ça vous renvoie à un tas de choses qui font peur) et alors, il y a deux tentations : soit je vais me laisser aller à ce qui est dit (et dire : ‘ah ! bah oui effectivement : rien ne va plus …’), soit je vais dire : ‘tout ça, ce sont des sornettes’ et je vais m’isoler ; ce qui revient à la même chose).

Si jamais je déploie cette écoute de cette parole qui vient de plus profond, sans fuir du tout ce monde, je vais continuer ma route, je vais être solidaire de ce monde tel qu’il est mais je vais aller ni dans la fascination, ni dans la répulsion ; je vais continuer ma route.

 

Deuxième exemple, vous êtes dans une communauté paroissiale, vous allez avoir la tentation soit de vous situer du côté de la majorité (alors ça dépend des communautés : soit la majorité adore le curé, soit la majorité l’exècre (ça dépend des communautés) et alors, en fonction de …je vais me mettre dans un clan ou je vais me mettre dans l’autre. Mais si je déploie cette écoute, d’une parole qui vient de bien plus profond et de bien plus haut et qui m’emmène à bien plus loin eh bien, la question n’est pas du tout d’être pour, contre, aimer, pas aimer (on s’en fout) ; on est là pour le Christ, le reste ce sont des machins de femmes saoules. Mais oui, mais oui ! et on pourrait multiplier les exemples, comme ça. Et alors, ce n’est pas réservé aux parfaits, c’est pour tous, c’est vraiment pour tous.

 

Je voulais vous lire un petit extrait d’une personne qui n’est pas plus, pas moins. Elle a été comme Elie, comme Samuel, comme Jérémie (que nous avons entendu dans la première lecture : puisqu’il avait développé cette écoute, il peut être ‘une ville fortifiée’ comme lui dit le Seigneur), ça peut être chacun par la puissance de notre baptême et l’écoute de la parole. C’était une petite fille, qui a fini par grandir et un jour, elle est arrivée à cette étape, comme Jésus (le désert des tentations, il lui a fallu mettre de côté les fausses paroles, les lucioles et les chimères et écouter la parole qui vient du Père) et puis ensuite, elle est arrivée à l’étape (comme Jésus à Nazareth) où elle était toute dans la communion avec cette voix qui vient du Ciel. Certes elle était religieuse donc vous allez dire : ‘ah bah oui forcément, elle était religieuse donc elle pouvait, elle !’. Mais ce n’est pas réservé aux religieuses.

 

Et voici ce qu’elle écrit : ‘Je compris que l’Amour renfermait toutes les vocations, que l’Amour était tout, qu’il embrassait tous les temps et tous les lieux ; en un mot, qu’il est éternel.

Alors, dans l’excès de ma joie délirante, je me suis écriée : oh Jésus, mon amour ! ma vocation, enfin je l’ai trouvée : c’est l’Amour.

Oui, j’ai trouvé ma place dans l’Eglise et cette place, oh mon Dieu ! c’est vous qui me l’avait donnée : dans le cœur de l’Eglise ma Mère, je serai l’amour.

Ainsi, je serai tout, ainsi mon rêve sera réalisé’.

 

Si on est capable de dire ça : j’ai trouvé ma place, ma place dans l’Eglise et dans le monde ; ma joie est là, mon rêve est réalisé ; sans dévisser les ampoules, sans être parfait (ce n’est pas la question),sans être mieux que celui que j’idolâtre ou différent de celui que j’exècre (on s’en fout) ; si je suis capable de dire : ‘je suis à ma place, je suis heureux, c’est l’amour’ alors, je suis tout à fait branché sur cette voix qui vient d’au-delà de moi-même et que j’ai appris à écouter.

 

Cette petite fille-là, quand elle a écrit cela, elle était déjà plus âgée (une vingtaine d’années), elle n’est pas morte très vieille (Josette, tu ne voulais pas vivre très vieille, elle, elle est morte beaucoup plus jeune que ça) : c’est Thérèse de Lisieux, qui a donné son nom à l’école qui est Bar sur Aube.

 

Alors, je vous souhaite, les uns, les autres, de vivre cette dynamique de l’écoute. Ce quatrième dimanche est vraiment : la foi égale l’écoute. Le reste, c’est pour les punaises de sacristie et les grenouilles de bénitier.

 

Amen.


Vendredi 1er Février 

He 10, 32-39 : Motifs de persévérer.

Ps 36

Mc 4, 26-34 : Parabole du grain qui pousse tout seul. Parabole du grain de sénevé. Conclusion.

 

Avec ces petites paraboles, aujourd’hui, nous poursuivons la découverte de ces trois sens de l’Ecriture qui a été inaugurée avec le discours de Jésus, à la synagogue de Nazareth ; nous étions dimanche dernier. Nous avons vu ces derniers jours, les deux premiers sens ; le premier sens : Jésus qui se cache, qui nous révèle que l’Amour de Dieu nous invite à creuser profond pour aller à la recherche de son trésor, au fond du champ.

La deuxième dimension : l’Amour de Dieu nous convie à franchir un certain nombre d’échelons, d’étapes, de cols pour atteindre des cimes ; l’Amour de Dieu nous invite à la vertu.

La troisième dimension a bien été déployée aujourd’hui : l’Amour de Dieu nous projette vers l’avenir, nous tire vers l’avant. L’Amour de Dieu nous fait marcher, c’est cette troisième dimension, signification, sens de l’Ecriture ; ces paraboles parlant de la croissance, nous invitent à demain, à nous projeter demain et c’est la croissance du Royaume, la croissance de nos vies personnelles, croissance de notre foi, la croissance du monde, toute croissance, l’avenir.

Nous ne faisons pas du surplace assurément ; en plus de creuser, de monter, nous avançons.

 

Je vous invite (vous savez, je vous le rappelle, les paraboles sont inépuisables donc, personne ne peut avoir la prétention d’en avoir fait le tour) à regarder trois petits points.

 

Le premier point : comment, si nous identifions cet homme, qui a jeté la semence, au Christ, dans cette première parabole, comment pouvons-nous voir que le Christ, lui qui est la foi et qui jette la semence est à côté de celui qui vit sa vie normale : dormir, se lever ; Dormir, se lever. La croissance du désir se fait à l’intérieur de notre vie normale. Il y a néanmoins, une petite distance entre Jésus que l’on ne peut pas attraper et notre vie de tous les jours, comme elle est et qui avance.

 

Ceux qui, par leur baptême, vivent l’Évangile avec le plus d’amour et de désir possibles (comme les personnes consacrées, le savent bien), c’est à l’intérieur d’une vie normale, (normale et pas héroïque) que la foi et le désir du Ciel se creusent, que les montagnes sont franchies et que l’avenir du Royaume apparaît.

 

Le deuxième petit point d’attention que je vous invite à regarder : c’est Jésus qui associe ses disciples à la construction des paraboles : ‘à quoi allons-nous comparer le règne de Dieu ?

Par quelle parabole pouvons-nous le représenter ?

En associant ainsi ses disciples et ses auditeurs à la construction des paraboles, il nous dévoile la mécanique du désir, la mécanique de la foi ; c’est-à-dire qu’aujourd’hui déjà, l’avenir est donné ; il est complètement là et en même temps, il n’y est pas encore. Mais la seule façon de pouvoir le toucher du doigt, le vivre, le sentir, c’est de le raconter, de le dire, d’en parler, l’écouter. Ces petites paraboles sont la meilleure façon de raconter ce qui est déjà là et pas encore.

 

La troisième chose, qui est en filigrane dans ce texte, c’est la prière.

Je vous invite à rentrer dans cette prière qui à la fois, magnifie la vie ordinaire, la vie simple dans sa réalité la plus domestique soit-elle  et en même temps, cette prière qui arrive à se tourner, à la fois vers les réalités d’En-Haut et à la fois, vers les profondeurs de là où le Christ se cache et en même temps vers l’avenir où il nous promet d’être là. La prière qui tient tout ça est une très belle prière.

 

Demandons à l’Esprit Saint de nous enseigner cette prière-là et que les personnes consacrées que nous avons à proximité de nous, puissent en être de beaux visages.

 

Amen.


Jeudi 31 janvier : st Jean Bosco

He 10, 19-25 : Jésus nous assure l’accès au Sanctuaire.

Ps 23

Mc 4, 21-25 : Comment recevoir et transmettre l’enseignement de Jésus ?

 

On peut continuer à lire ces paraboles qui se suivent (hier, c’était la parabole du semeur; cette fois-ci, deux petites paraboles : la lumière ; ce que vous entendez : la mesure que l’on utilise pour nous et pour autrui, dans l’écoute ; on peut les accueillir de la même façon que nous avons essayé de le faire depuis dimanche, c’est-à-dire : en repérant les différents sens de l’Ecriture et l’âme de l’Ecriture, qui est le Christ lui-même ; la façon dont, Le cherchant, se creuse en moi, la profondeur de l’amour de Dieu ou se gravit en moi, les cimes de l’amour de Dieu ou bien encore que l’horizon en moi, s’aperçoit, du futur que Dieu, dans son amour, veut pour moi et avec moi.

 

Cette petite parabole dit fort bien que : moins je me laisse travailler par l’Ecriture, moins elle va me parler mais plus profondément, je serai dans la ténèbre ; mais plus je me laisse travailler par l’Ecriture, plus elle va me parler et plus profondément, je serai dans la lumière.

 

Il est la lumière du monde, le Christ et je ne le trouve pas tant que je le cantonne à l’obscurité ou tant que je ne me laisse pas, je ne cherche pas, que la lumière soit faite en moi.

Je ne le trouverai pas mais si je ne le trouve pas, c’est tout simplement peut-être, parce que je ne le cherche pas.

 

On va rester quelques instants sur l’idée de l’écoute.

La foi est d’abord audition.

Si nous étions dans d’autres religions, on dirait peut-être que la foi est vision mais là, elle est audition et l’acte de foi naît de l’écoute.

Alors évidemment, on est habitué à dire notre foi à la messe le dimanche, à remplir les bonnes cases dans le catéchisme (très bien !) mais l’acte de foi lui-même, c’est : écouter.

 

Écouter ; c’est vrai, ça vaut aussi dans la façon dont nous nous écoutons les uns les autres mais c’est surtout et d’abord, la façon dont je me laisse creuser les oreilles par la parole et à l’intérieur de la parole, par le Christ parce que ça fait des générations, (sur des millénaires), que Dieu essaie de parler par les prophètes, par sa Loi (à travers Moïse : ‘écoute Israël, le Seigneur ton Dieu est l’Unique Seigneur’), par la voix des sages et par Celui qui, ultimement est la parole par excellence : le Christ ; ça fait donc des siècles et des millénaires qu’Il essaie de parler et que peu, sont ceux qui l’écoutent, ou qui l’entendent.

 

Il y a beaucoup de bruit alors, il est nécessaire de rentrer dans le silence pour mieux entendre cette parole et laisser le Seigneur creuser les oreilles, (creuser profondément en nous-mêmes) pour que, enfin, nous entendions de la même façon que les sourds se mettent à entendre, grâce aux miracles que Jésus fait. Vous savez que c’est un signe de la venue du Messie que les sourds se mettent à entendre.

 

Il y en a une qui a été toute écoute, c’est Marie ; elle a entendu.

Nous pouvons lui demander dans la prière que nous lui adressons, à elle, la Mère que par son intercession, elle nous permette de rentrer dans une imitation, son imitation à l’écoute. Que nous soyons plus attentifs ; en tout cas, que nous soyons un bon terreau où la parole peut nous creuser, creuser, creuser, creuser.

 

Attention à la manière dont nous écoutons !

De manière très pratique, au-delà de la façon dont nous laissons le Christ nous creuser dans l’écoute de l’Ecriture, il y a la façon dont nous écoutons nous-mêmes.

Nos oreilles, où est-ce qu’elles se laissent aller ?

Est-ce qu’elles écoutent les potins ?

Est-ce qu’elles écoutent les choses négatives, les choses qui détruisent ?

Ou est-ce qu’elles vont chercher à entendre ce qui est beau et ce qui est vrai ?

C’est lié avec notre façon d’écouter la parole.

Amen.


Mercredi 30 Janvier 

He 10, 11-18 : Efficacité du sacrifice du Christ.

Ps 109

Mc 4, 1-20 : La parabole du semeur et son explication.

 

Juste un petit mot pour commencer, sur cette lecture continue que nous avons de la lettre aux Hébreux : ce passage de l’Ecriture a fait beaucoup couler beaucoup d’encre entre protestants et catholiques, pour savoir quelle est la signification de la messe.

Est-ce que la messe prétend reproduire le sacrifice de la Croix, par qui nous vient le salut ?

À ce compte-là, alors, les protestants reprochent aux catholiques de vouloir réitérer ce qui a été fait une fois pour toutes ; d’après l’auteur de la lettre aux Hébreux, il n’a pas besoin de réitérer : ce sacrifice est unique et il est parfait.

 

Les catholiques répondent aux protestants, en disant : le sacrifice de la messe c’est l’unique sacrifice de la Croix. On peut avoir effectivement plusieurs messes par jour ou plusieurs messes par semaine, il n’empêche que c’est l’unique sacrifice de la Croix. Ceci étant, entre catholiques et protestants, la question demeure.

 

Revenons à ce texte de l’Évangile. Nous disions, dimanche à la messe, qu’il y a trois sens à l’Ecriture. Peut-être que cette parabole du semeur, utilement, nous plonge dans le premier sens : comment Jésus se cache et nous conduit à creuser fort et dans l’Ecriture et dans la création et en nous-mêmes, pour le trouver. C’est une dynamique qui n’épuise aucunement le sens, ni de nous-mêmes, ni du monde, ni de l’Ecriture et effectivement, cette parabole, (comme toutes les paraboles, d’ailleurs) nous invite à chercher dans l’Ecriture, ce qu’elle peut bien vouloir nous apporter comme nourriture.

 

Souvenez-vous que l’âme, (le Christ), est présente dans toute l’Ecriture et alors du coup, comment l’ensemble ou la totalité de l’Ecriture nous permet de saisir le geste de ce semeur : pourquoi cette maladresse apparente, de semer dans des terrains qui sont pour certains très féconds, d’autres pas du tout ?

 

Jésus a l’habileté de transformer, ce que l’Ancien Testament résumait par la catégorie d’ennemis ; les ennemis de la Nation d’Israël, les ennemis qui nous en veulent, les ennemis du psalmiste : Chaque fois que le psalmiste implore le Seigneur de le défendre, de le protéger de ses ennemis ou bien encore chaque fois que le psalmiste se réjouit et rend grâce quand le Seigneur l’a aidé à écraser ses propres ennemis.

Comment le Seigneur vient restaurer Jérusalem qui était envahie ou détruite par les ennemis, en chassant les ennemis ; cette catégorie d’ennemis, nous la retrouvons dans cette parabole par, (on ne sait pas trop quoi, d’ailleurs) en tout cas cela se traduit par des graines qui ne poussent pas beaucoup pourtant il y a la générosité du semeur, il y a ces différents types de sol.

Le personnage principal semble être (semble être !) le semeur et puis après, on pourrait trouver que d’’autres personnages’ peuvent être également, les sols eux-mêmes (ces différentes types de sol) à moins que ce soit les graines (nous voyons comment Jésus essaie d’interpréter lui-même cette parabole et montre que les graines sont toutes à la fois les graines et ceux qui écoutent la parole).

Je n’épuiserai pas le sens de la parabole mais je voudrais rajouter encore un autre ‘personnage’ : c’est le ciel d’où viennent les oiseaux qui mangent les graines, d’où vient le soleil qui brûle les graines mais vers où poussent les graines, quoi qu’il en soit (même si ça ne dure pas longtemps).

C’est vers où va le Christ, après qu’il soit tombé en terre et qu’il soit mort, par son Ascension. Et c’est du ciel que vient l’Esprit Saint (peut-être, l’Esprit Saint est-il la fécondité de ces graines, indépendamment du terreau dans lequel elles tombent).

 

Nous voyons les composantes importantes de ce tableau dressé par le Christ dans sa parabole :

Comment est-ce que j’associe le ciel à la fécondité de ma vie ?

Est-ce que je compte uniquement sur mes propres forces ?

Est-ce que je vais compter sur, uniquement, l’univers dans lequel j’ai été semé au point de me laisser engluer dans cet univers quand il semble hostile, aride ?

Ou est-ce que je vais aussi, tourner mon regard vers la source de toute Providence ?

 

Alors, je vous propose trois pistes pour écarter les broussailles et mettre de côté les cailloux et laisser passer la lumière qui vient du ciel.

 

La première piste, ça va être l’aveu (en tout cas tout du moins, la confession) de l’Amour du Seigneur.

Confesser cet Amour,

confesser cet Amour,

confesser cet Amour ; si je ne le confesse pas alors, je ne vais faire que me lamenter sur les cailloux et les ronces et je finis par tomber malade ; confesser l’Amour.

 

La deuxième piste, c’est la pureté (ou tout du moins le désir de pureté).

Avoir de l’amour ou se laisser pétrir par l’amour qu’il pourrait y avoir entre moi et l’ensemble du créé (mes frères, mes sœurs, mais aussi différents éléments de la nature : après tout, les ronces ont été créées par le Père, également ainsi que les cailloux et les oiseaux qui viennent tous manger) ;la pureté, désir de pureté.

 

Et le troisième élément, c’est l’humilité (cet humus) qui est précieuse, cette humilité, cette profondeur de cette humilité, pour nous.

 

Ces trois éléments aident à laisser passer le ciel dans les broussailles de nos vies.

 

Amen. 


Mardi 29 Janvier

He 10, 1-10 : Inefficacité des sacrifices anciens.

Ps 39

Mc 3, 31-35 : La vraie parenté de Jésus.

 

Voilà un regard en cercle que Jésus fait autour de lui, comme il l’a fait dans la synagogue de Capharnaüm, lorsqu’il s’est mis à guérir, un jour de sabbat, un homme qui avait la main sèche. Souvenez-vous, il regarde en cercle autour de lui, sauf qu’il était avec regard navré ; ce qui n’est pas le cas, semble-t-il, ici.

 

Il parcourt du regard ceux qui étaient assis en cercle autour de lui, un cercle d’ailleurs, qui évoque peut-être aussi, la vie divine.

Et ceux qui écoutent la parole (c’est saint Luc qui nous le rapporte), ceux qui font la volonté de Dieu, (comme nous dit saint Marc), sont sans doute ceux qui, attirés par l’Esprit Saint, rentrent dans la vie même du Père, du Fils et de l’Esprit : une filiation nouvelle, des liens nouveaux qui dépassent la filiation ‘du papa, de la maman, du frère et des sœurs’, la filiation nucléaire.

 

Nous pouvons nous redire ces trois sens de l’Ecriture que nous avons entendus à la messe, dimanche ; cette profondeur : cet amour de Dieu qui nous appelle à creuser profond pour chercher le Christ, qui se cache, cette hauteur : pour mieux dire également, la façon dont l’amour de Dieu nous invite à franchir les étapes, escalader des cimes et également franchir des échelons comme pour progresser

 

et puis, le troisième sens de l’Ecriture : cet amour qui me provoque à aller loin en avant, me projeter loin dans mon avenir.

 

‘Celui qui fait ma volonté est pour moi un frère, une sœur et une mère’ ; c’est quelqu’un qui, au préalable, va s’asseoir et calculer s’il a de quoi pour construire la tour de sa vie ou construire sa propre vie sur Dieu. Et calculer pour savoir si on a ce qu’il faut, ça revient à laisser l’Esprit Saint scruter mon propre esprit, ça revient à laisser l’Esprit Saint faire en moi, toute chose nouvelle.

 

Alors, comment faire, hormis de dire que l’Esprit Saint, vient en moi faire toute chose nouvelle ?

L’Esprit Saint va, en moi, m’aider à faire la volonté du Père.

 

La première chose, ça revient à confesser très fort l’amour de Dieu pour moi, (redire dire, redire, et re-redire que le Seigneur m’aime) ; il est plein de miséricorde.

Ce n’est pas le moment, forcément, de dire qu’il aime les autres, (ça on le sait) mais s’exposer soi-même à l’amour qui restaure, (l’amour)du Père ; exposer jusqu’au plus infime de nos fragilités et jusqu’au plus monstrueux de notre péché, l’exposer à son amour ; c’est la première étape qu’il faut faire, qu’il faut franchir.

 

La deuxième étape pour laisser l’Esprit Saint faire en moi, toute chose nouvelle et me permettre de faire la volonté du Père, c’est se redire qu’il n’y a rien qui soit étranger à l’Esprit Saint, dans ma vie : de la cime de mon crâne jusqu’à la pointe de mes pieds, de mon histoire, de mon affectivité, de mon désir et de mes projets, l’Esprit Saint connaît toutes ces choses-là, vient les visiter. Encore faut-il que je l’accepte, encore faut-il que j’ouvre la porte, que je lui laisse faire sa demeure, à l’intérieur.

 

Troisième chose, pour laisser l’Esprit Saint faire en moi, toute chose nouvelle, me permettre de faire la volonté du Père et entrer dans la vie du Père, du Fils et de l’Esprit, c’est de se mettre à l’école de l’Ecriture : connaître, aimer, suivre Jésus Christ. Ça, il n’y a pas à tortiller, ça ne nous est pas donné par enchantement : connaître, aimer et suivre.

 

La quatrième étape pour laisser l’Esprit Saint faire toute chose nouvelle et nous permettre de faire la volonté du Père, c’est de se mettre sous la protection d’un père spirituel ou d’une accompagnatrice spirituelle, quelqu’un qui peut m’aider à laisser l’Esprit Saint discerner mon esprit (et non pas mon esprit discerner l’Esprit Saint) ; c’est bien m’aider pour que l’Esprit Saint vienne discerner mon propre esprit.

 

S’il n’y a pas ces quatre choses-là, on n’est pas forcément mort mais on devient sec comme une vieille pomme au soleil, on n’est pas très intéressant, en fait et on est donc condamné à rester à l’extérieur de la maison : ‘ta mère, tes frères et sœurs’, sont là dehors. ils te cherchent’.

 

On peut toujours mais c’est tellement mieux d’être dans la vie même de Dieu.

 

Amen.


Vendredi 25 Janvier : Conversion de saint Paul

Ac 22, 3-16 : Harangue de Paul aux Juifs de Jérusalem.

Ps 116

Mc 16, 15-18 : Apparitions de Jésus ressuscité.

 

Dans les Actes des Apôtres, (même dans l’une ou l’autre de ses lettres), nous avons le récit (de Paul), de sa conversion ; celui que nous avons lu est un des plus longs qui nous donne le plus de détails.

Il rappelle qu’il est né à Tarse et qu’il était à l’école d’un (docteur), d’un maître de la Loi : Gamaliel.

Ce même Gamaliel aura sauvé, (dans les Actes des Apôtres toujours, plutôt au début), les apôtres qui avaient été, une fois de plus, convoqués devant le Sanhédrin à Jérusalem, pour rendre des comptes : il se trouve qu’ils attiraient à eux la foule, par leurs paroles et leurs miracles.

Il n’y avait pas Paul, encore ; il y avait Jean, il y avait Pierre, il y avait sans doute, Barnabé et Ananie et les autres et Gamaliel dit (il dit à ses pairs, il ne dit pas aux Apôtres) : ‘écoutez : ‘si ce qu’il font ne vient pas de Dieu mais des hommes, cette œuvre tombera toute seule’, inutile de se mettre la rate au court-bouillon

mais ‘si ce qu’il font, vient de Dieu’, ça marchera et ça tiendra : ‘ne risquez pas de vous mettre en guerre contre Dieu’. Et c’est ce même Gamaliel qui aura été (on pourrait dire, le prof de théologie de Paul), son maître ; ce qui permet de penser que Paul était à l’école à la fois d’un observant mais en même temps, pour une certaine part, d’un libéral (on pourrait dire avec nos mots d’aujourd’hui). En tout cas, voilà qui est ce Gamaliel.

 

Paul est envoyé à Damas, la suite du récit est relativement claire ; nous assistons donc, à une épiphanie ; il y a de la lumière qui apparaît, une voix : ‘je suis Jésus le Nazaréen, celui que tu persécutes’.

 

 Cette affirmation est capitale pour nous tous et nous renvoie à notre propre baptême : il n’y a pas de vie en Dieu possible, si nous ne nous laissons pas rejoindre au plus sordide de notre péché, (pas celui des autres ! le nôtre) par le Christ lui-même. Il se peut, bien souvent, que nous considérions que nous faisons déjà partie des purs à partir du moment où nous touchons le manteau du prêtre, à partir du moment où nous sommes baptisés, à partir du moment où nous assistons à la messe ; mais nous n’en sommes pas : il n’y a aucun pur, sur la terre et dire qu’il n’y a que des pécheurs, ça n’est pas être pessimiste.

Dire qu’il n’y a que des pécheurs, c’est dire qu’il y a de l’amour.

 

Paul est tombé de son piédestal, a été rejoint dans son péché et il ne l’a jamais renié, son péché : il ose l’avouer à tous, à voix haute : ‘j’ai été rejoint dans mon péché par le Christ’. Il ne peut rien faire, Paul et c’est la puissance de sa conversion et c’est la clef de lecture de toutes ses lettres : si Paul insiste beaucoup sur la gratuité de l’amour de Dieu, s’il insiste beaucoup sur les conséquences communautaires de cet amour, c’est qu’il était le premier à en être bénéficiaire.

 

Nous devrions revisiter notre péché, non pas pour nous faire du mal mais pour nous faire du bien, car c’est là que germe l’amour et nous en avons besoin.

 

On pourrait se donner aussi, une autre piste, une autre clef : si jamais nous ne sommes pas encore capable de guérir des personnes, si nous ne sommes pas encore capable de défier les serpents, si nous ne sommes pas encore capable de parler des langues nouvelles, c’est que nous avons encore du chemin à faire : ce n’est pas réservé qu’à quelques-uns et ça n’est pas réservé qu’aux Apôtres ; c’est possible pour tout baptisé. Alors, nous avons du chemin à faire dans notre propre conversion, à la manière de Paul et aussi, du chemin à faire dans notre prière car celui qui prie, entre dans le Royaume de Dieu, celui qui prie, vit de la puissance des vertus et celui qui prie, vit de la puissance de l’Esprit Saint.

 

Plutôt que de penser à nos ennemis, pensons à Dieu et à son Amour dans notre prière.

 

Amen.


Jeudi 24 Janvier 

He 7, 25-8, 6 : Perfection du grand prêtre céleste.

Ps 39

Mc 3, 7-12 : Les foules à la suite de Jésus.

 

Cette petite mention est pour nous l’occasion d’approfondir un mystère dans notre vie ; cette petite mention c’est : cette barque tenue en permanence à l’écart. Il demande à ses disciples de maintenir en permanence, à l’écart du rivage (juste ce qu’il faut pour qu’il ne soit pas écrasé), une barque.

 

Alors, il y a l’explication qui est souvent rapportée, en disant : comme ça Jésus, sa voix peut porter un petit peu grâce à la mer et en même temps, il n’est pas accaparé par les gens qui sont sur le rivage ; mais une autre explication pourrait être la suivante : tenir à l’écart (juste ce qu’il faut) les passions de nos vies.

C’est possible, si nous refusons l’oisiveté et si nous sommes en permanence à confier au Seigneur, ce qui est dans notre vie, péché, car nous sommes envahis par la passion et les passions. Et ce n’est pas mal en soi, c’est comme ça mais les passions peuvent déferler sur nous comme un tsunami sur un rivage et nous emporter.

 

Et Jésus est une image (pour le coup) complètement inversée de nous-mêmes : si jamais les démons proclament à tous et finissent par convaincre tous, que Jésus est le Fils de Dieu, Jésus sera tenu à l’écart de sa Passion mais s’il est tenu à l’écart de sa Passion, il ne peut pas nous sauver. Il faut qu’il aille jusqu’au bout de son itinéraire de Fils.

 

En revanche, nous, (nous sommes une image inversée) : nous avons besoin d’être tenus à l’écart de nos passions sans quoi, jamais nous ne pourrons nous laisser aimer jusqu’au bout car nous ne serons même plus là, d’ailleurs, pour confesser l’amour de Dieu, nous ne serons même plus là pour reconnaître combien le péché est haïssable, nous ne serons même plus là pour reconnaître qu’il y a la lumière.

 

Jésus n’a pas à être tenu à l’écart de sa Passion mais nous avons besoin d’être tenus à l’écart des nôtres.

 

Amen.


Mercredi 23 janvier 

He 7,1-3.15-17 : Melkhisedeq.

Ps 109

Mc 3, 1-6 : Guérison d’un homme à la main atrophiée.

 

Ce jour du repos, dont il est question depuis plusieurs pages dans l’Évangile de Marc, qui est notre dimanche (et chacun des jours que Dieu fait), est un jour où nous sommes amenés à être dans le repos, dans la prière, la louange et le souvenir des miséricordes du Seigneur.

 

Si ce sabbat, (ce jour de repos), ne le permet plus alors, il convient de le retrouver et c’est ce que Jésus propose dans sa propre personne. Il mène un dur combat ; il n’y a pas de repos, sans ce combat-là, du Christ ; un combat sévère, à l’image de son regard circulaire, navré et ce combat est possible aussi par nous, si nous laissons ce combat nous traverser ; les sacrements sont là pour cela.

 

Non seulement, ils nous apportent le salut, ils rétablissent une communion perdue mais à travers nos corps, c’est le combat du Christ. Son regard circulaire traverse nos âmes et vient s’opposer à tous les ennemis dont parle chacun des psaumes.

 

C’est une façon pour nous de revisiter (ou en tout cas, de renouveler) notre attache à chacun des sacrements qui nous redressent, qui nous permettent d’aller au centre, d’être proches de la personne du Christ.

 

Ce n’est pas nous qui combattons, c’est lui mais, avec nous. L’homme est fait pour louer le Seigneur, non pour chercher à le faire périr.

 

Demandons à l’Esprit Saint que notre fidélité à l’eucharistie (et aussi aux autres sacrements) nous permette de louer Dieu, plutôt que de récriminer.

 

Amen.


Mardi 22 Janvier : 18h st Vincent à Bligny

Rm 12, 3-13 : Humilité et charité dans la communauté.

Ps 138

Lc 12, 13-21 : Ne pas thésauriser.

 

La messe que nous voulons dans notre commune, Bligny, comme ça, chaque 22 janvier est pour nous, l’occasion de nous rassembler ; très bien.

Ça précède le temps de fête qui va suivre; très bien.

On rend grâce pour l’année, on demande au Seigneur le maximum de faveurs pour l’année qui vient.

Ça va ?

 

Alors, je peux me rasseoir mais il est bon quand même de se redire que l’Eglise est attachée à ses martyrs et Vincent en est un. Au de-là de l’anecdote de cet homme qui était coriace (du début du quatrième siècle en Espagne, à Valence) et qui était diacre, il est bon de se demander pourquoi l’Eglise est attachée à ses martyrs. Je vais vous le dire.

 

L’Eglise n’est pas nostalgique du martyre, (on n’est pas dingo) : personne parmi nous ne rêverait d’être écartelé sur une roue ou mangé par des bêtes dans un cirque.

 

On est attaché à nos  martyrs pour la première raison : c’est qu’ils sont édifiants.

Nous sommes bien contents de ne pas être à leur place ; heureusement qu’ils ont pris la nôtre (d’une certaine façon).

 

Ensuite, ils ont une manière assez excellente, imité le Christ justement, dans le sacrifice de l’eucharistie : vous savez qu’on célèbre le dernier repas de Jésus et Jésus qui anticipe sa mort. Ils ont fait pareil, d’une certaine façon, sans le vouloir ; c’est la deuxième raison.

 

La troisième raison qui est la plus simple à comprendre en fait, c’est que les martyrs, à cause de leur foi, étaient attachés à Christ et que leur foi à Christ se manifestait, se démontrait par leur courage. Ce n’est pas compliqué : si je suis à Christ jusqu’au bout, je vais jusqu’au bout dans l’épreuve ; si je n’y suis pas, je renonce ; c’est-à-dire qu’ils pouvaient très bien ne pas mourir à cause de leur foi ; il suffisait qu’ils disent : ‘je ne crois pas’. C’est aussi simple que ça.

 

En fait, il n’y a pas de gris ; il n’y a ni blanc, ni noir, il y a une seule couleur avec les martyrs c’est : ‘je suis attaché au Christ ; à cause de cela, je vais jusqu’au bout’.

 

Ce n’est pas : ‘je veux mourir’ ; c’est : ‘je suis attaché au Christ mais parce que j’y suis attaché, je vais jusqu’au bout’. Donc, il n’y a pas de demi-mesure, c’est simple ; c’est dur mais simple.

 

Une fois que la persécution est terminée et qu’on rentre dans un temps de paix, être attaché au Christ, c’est déjà plus flou et c’est là que le règne du paraître commence : je fais montre d’être attaché au Christ et par derrière ?

‘Oui, regardez, je suis à Christ

- très bien, montre-moi tes vertus, montre-moi jusqu’où va ta fidélité’.

‘Tu aimes le Christ, tu le connais, tu veux le suivre ? suis-le !

Ah bien, c’est ce que je fais : je vais à la messe, j’aide un petit peu, comme ça.

Bon. Et après ? Jusqu’où va ton exemplarité ?’

 Je vous rappelle que les martyrs n’avaient pas le choix, c’était : je suis ou je ne suis pas. Mais après, en temps de paix ?

Alors, si on fait référence aux martyrs, c’est par ce que cette exemplarité peut nous édifier nous, qui ne sommes pas persécutés.

 

On a souvent tendance à se plaindre néanmoins, mais ça n’a rien à voir avec une vie risquée.

Je peux me plaindre de ma condition personnelle, on peut se plaindre de tas de choses qui relèvent de notre vie affective, qui relèveraient de nos moyens financiers, qui relèveraient de tas de choses, du sort qui nous est réservé mais malgré cela, (malgré cette plainte) il y a parfois (ce que je dis est valable pour moi aussi) peu d’occasions d’être exemplaire.

 

Or, suivre le Christ (si vraiment on dit qu’on en est) c’est être exemplaire dans la pratique de notre foi : il ne suffit pas de dire ‘ je crois’ ; il ne suffit pas de venir avec un beau chapeau à la messe ; il y a en plus de tout cela, une pratique.

 

Dans les textes qui ont été lus, il y a des choses très concrètes et j’en ai sélectionné trois mais chacun, peut-être, aura eu une oreille attentive et retient pour lui (ou pour elle) d’autres choses.

La première c’est : ‘soyez unis les uns aux autres par l’affection fraternelle, rivalisez de respect les uns pour les autres’ ; ça c’est dans cet extrait de Paul aux Romains, qu’a très bien lu Michael.

Dans cette lecture, une façon d’être exemplaire c’est d’avoir le sens du bien commun et de l’intérêt général puisqu’on part du principe que, quelle que soit notre condition, nous sommes unis les uns aux autres par l’affection fraternelle.

 

Nous ne sommes pas des prédateurs les uns des autres ni même des rivaux ; et s’il faut rivaliser en une chose, c’est en respect. Ça, c’est ce que nous avons entendu sous la plume de Paul aux Romains.

 

Deuxième chose que j’ai retenue dans l’Évangile, c’est dans cette petite histoire que raconte Jésus (une parabole), c’est (vous allez voir, c’est un piège !) : ‘Repose-toi, mange, bois, jouis de l’existence’.

Eh bien, c’est justement ce qu’il ne faut pas faire. Vous savez, celui qui a de grands biens, réussit à construire des greniers plus grands encore pour accumuler tous ses biens et les garder. Il se dit : ‘qu’est-ce que je vais faire ?’

Eh bien : ‘repose-toi, mange, bois, jouis de l’existence’ et c’est là que les ennuis commencent. Alors, j’en déduis qu’il faut plutôt préférer la vertu à la médiocrité : dès que je commence à me reposer une seconde, c’est là que les pépins apparaissent (je l’ai déjà constaté pour moi-même).

 

Si nous sommes bien dotés, le ciel nous gâte, le banquier aussi ; eh bien, c’est le moment de ne pas nous reposer justement et de continuer à nous gratter la tête et de savoir comment je peux continuer à mieux faire, parce que c’est là (je pense que je parle à des gens tout à fait convaincus, parce que vous avez beaucoup plus d’expérience que moi) si je me laisse aller à la médiocrité, les tuiles commencent à tomber.

 

‘Que votre amour soit sans hypocrisie’ ; je reviens à Paul.

C’est là que l’exemplarité non feinte, est requise de notre part. Je peux très bien faire semblant d’aimer et c’est terrible parce que c’est une emprise exercée sur les autres et c’est très pervers et dans nos communautés on en crève, dans nos villages, n’en parlons pas et parfois dans nos professions, ça doit être terrible. J’aime… on se demande pourquoi.

Non !

‘Que notre amour soit sans hypocrisie’.

 

Et si ça peut nous stimuler, peut-être que l’exemple des martyrs peut nous redire que le Seigneur n’aime pas les demi-mesures.

 

Amen.


Mardi 22 Janvier : saint Vincent

He 6, 10-20 : Paroles d’espérance et d’encouragement.

Ps 110

Mc 2, 23-28 : Les épis arrachés.

 

Le sabbat est  prescrit pour l’homme, c’est une grande affirmation que nous trouvons dans l’Évangile.

Si nous faisons la lecture suivie de saint Marc, c’est la première fois que nous la trouvons : le sabbat est prescrit pour l’homme, ‘il a été fait pour l’homme’ et ce sabbat n’a pas été abrogé par Jésus même si nous ne le vivons pas comme les juifs et le même jour que les juifs.

 

Le but du sabbat, c’est de rentrer dans le repos ; le but du sabbat, c’est d’être dans la paix pour la prière et dans la mémoire des miséricorde de Dieu et ça, ce n’est pas renvoyé à des vieux aïeux, avant nous, c’est notre vocation : nous avons vocation au bonheur et ce bonheur très concrètement, peut se déployer par ces trois orientations : le repos, la paix de la prière et la mémoire de miséricorde de Dieu.

 

Ce sabbat a été progressivement transgressé et s’est enrichi d’un certain nombre de prescriptions qui devenaient certainement asservissantes et nous sommes à cette époque-là de l’histoire du sabbat (dans les relations d’ailleurs, entre les détracteurs de Jésus et Jésus).

Mais si les chrétiens ont été allégés de toutes ces prescriptions juridiques, est-ce que pour autant, les chrétiens vivent le repos du Seigneur ?

Je vous pose la question : nous n’avons plus les mêmes prescriptions que les juifs, (on pourrait imaginer que c’est un progrès), mais est-ce que pour autant, cela nous aide ?

Est-ce que de nous-mêmes, dans la puissance de l’Esprit, nous vivons cette paix,  cette prière et cette mémoire des miséricordes de Dieu, concrètement, là où nous sommes, les uns les autres ? Pas plus, je pense, parce que si non, ça se saurait ; donc, ne regardons pas dédaigneusement ces prescriptions.

 

Il nous reste alors, à nous, à les vivre.

Nous avons d’autres prescriptions qui nous ont été données par le Christ : ses commandements. Et il faut imaginer que ces commandements-là, concrètement vécus, nous permettent de vivre notre foi.

Notre foi ne se déploie pas, ne s’incarne pas et n’apporte pas la vie, comme ça, par enchantement, de manière superstitieuse (comme si nous avions des pattes de lapin et des fers à cheval à la maison), notre foi a besoin d’un enracinement de notre part, en Christ et cela passe par l’observation de ces commandements.

Il y en a un qui est fameux mais il y en a plein d’autres, qui viennent du Christ lui-même (nous pouvons relire les chapitres 5,6 et 7, par exemple, de Matthieu mais pas seulement, dans les quatre Évangiles) ; celui qui est fameux : ‘faites à autrui ce que vous voudriez qu’autrui  fasse pour vous’, cette règle d’or ; il y a le pardon aussi et surtout.

Ces commandements-là, essayez de les vivre et risquez votre vie à les vivre (parce qu’en fait il y a des résistances en nous qui nous empêchent de les pratiquer, ces commandements-là, complètement, comme si on allait nous amputer un bras  ou que nous allions perdre notre vie à les appliquer.

Il faut les appliquer, n’ayons pas peur, jusqu’à risquer de perdre notre âme parce que le Christ va rappeler dans son Évangile au chapitre 16, verset 24 de Matthieu : ‘si jamais nous allons jusqu’à perdre notre âme à sa suite, nous gagnerons la Vie.

Donc, il n’y a pas grand chose à perdre à suivre le Christ jusqu’au bout.

 

Je vais vous relire une affirmation de l’Évangile de Jean au chapitre 3 : ‘Dieu a tant aimé le monde qu’il nous a donné son Fils unique pour que quiconque croit en lui ne se perde pas mais ait la vie éternelle’.

Vous savez, ce n’est pas uniquement dans l’intimité de notre tête, de notre cœur ; c’est dans notre capacité à vivre ses commandements.

 

Amen.


Dimanche 20 Janvier 

Is 62, 1-5 : Splendeur de Jérusalem.

Ps 95

1Co 12, 4-11 : Diversité et unité des charismes.

Jn 2, 1-12 : Les noces de Cana.

 

Chers amis, nous étions réunis dans cette église fin novembre-début décembre (juste entre la fin du temps ordinaire de l’année précédente et le début de l’Avent) et nous avions des récits bibliques qui nous étaient proposés à la lecture, qui étaient des récits, souvenez-vous, très catastrophistes : il était question que les astres tombent sur la terre, que des famines arrivent, que les peuples entrent en conflit les uns contre les autres ; et là, nous commençons cette année liturgique avec des textes aux tonalités toute différentes : nous sommes davantage dans la fête, nous sommes davantage dans la joie, ce qui est heureux : des noces. C’est très encourageant et il est bon de commencer par se dire cela.

 

Quand nous avons terminé l’année les uns, les autres, là où nous étions, nous avons coutume (entre le 31 décembre et le 1er janvier) de nous adresser des vœux, nous souhaiter des choses.

Quelles sont les choses qui sont revenues le plus ?

Qu’est-ce que l’on peut se souhaiter lorsque l’on passe du 31 décembre au 1er janvier ?

Quels sont les mots qui sont revenus le plus souvent à vos lèvres ?

Que vous avez le plus souvent entendus, hormis ‘bonne année’ ?

Quels mots reviennent le plus souvent ? La santé,

L’argent, la joie, le bonheur, la paix : on se souhaite de très bonnes choses, généralement.

Peut-être des gens pervers souhaitent-ils le pire à leurs ennemis mais en tout cas, là, c’est plutôt la paix, la santé, la joie, quelqu’un a dit l’argent, le bonheur, le meilleur du meilleur. Dans cette noce de Cana, le vin à cette valeur-là : le meilleur du meilleur. Le meilleur du meilleur est représenté, rassemblé, présenté même, par ce vin et en plus, le vin lui-même est bon jusqu’au bout, donc on est vraiment au sommet du meilleur.

 

Je vais prendre un autre exemple (c’est un peu une affaire d’opinion, mais) quel est le meilleur moment de l’année quand on veut regarder le paysage qui nous environne, dans le barsuraubois ?

À votre avis quel est le moment le plus beau, qui vous emporte le plus, qui vous fait le plus rêver, qui vous attire ? Quel est le moment de l’année ? Le printemps, à ma main droite, l’automne en face, Qui dit mieux, l’hiver? Bon, il ne reste plus qu’un choix : l’été.

 

En tout cas, pour chacun, il y a un moment qui est le moment qui fait le plus rêver, méditer, qui nous emporte. En fonction des tempéraments, ça varie ; eh bien, pareil, si ça vous permet aux uns et aux autres d’atteindre la cime de votre cœur, eh bien là encore, vous rentrez dans la signification du vin, le bon vin.

 

Jésus est celui qui nous pourvoit en bon vin ; sans lui, il n’y a pas ce bon vin. Que seraient les noces sans du bon vin ? Que ce serait une année sans printemps ? Que ce serait une année sans l’automne, Béatrix? Que ce serait une année si l’on ne pouvait pas atteindre une bonne santé ou tout du moins se la souhaiter ou en tout cas, la paix et le bonheur ; qu’est-ce que ce serait ? Que serait des noces sans ce vin-là ? Que serait une communauté sans la relation fraternelle ?

Il manquerait le vin.

 

Jésus seul, apporte ce vin-là, le vin de la joie.Le vin de la fête, ce serait au fond, pour nous, l’Esprit même, la cime de notre cœur, ce que nous visons.

 

Je vous propose de retenir trois choses de ce texte de l’Évangile : la première chose, c’est que chaque fois que nous sommes réunis pour une eucharistie ou tout autre sacrement, que ce soit l’hiver, que l’assemblée soit clairsemée, que ce soit au contraire, les meilleurs moments et qu’il y ait de la fête, qu’il y ait des familles présentes ou qu’il n’y en ait pas, que nous soyons dans une grande fête liturgique ou pas du tout, chaque fois que nous sommes rassemblés par un sacrement, c’est le Christ qui nous invite et là est le vin, (quelle que soit notre impression) ; là est le vin.

Ça, c’est la première leçon de ce texte de l’Évangile : Jésus est pourvoyeur de vin, de bon vin et dans l’eucharistie en plus, ce bon vin, on le retrouve avec la coupe du sang versé.

 

La deuxième leçon, c’est dans ce texte de l’Évangile : il y a des serviteurs. Sans eux, il ne peut pas y avoir ce bon vin ; c’est eux qui se remontent les manches, ils écoutent l’ordre qui vient de Jésus ; c’est eux qui vont verser dans chacune de ces jarres, 100 l d’eau (il y en a six : vous avez 600 l) ; c’est eux qui vont puiser ; c’est eux qui vont porter au maître du repas. Sans les serviteurs, pas de bon vin, même s’il y a Jésus. Que cela peut-il signifier pour nous, cette deuxième leçon ? Je vais prendre l’exemple, si vous le permettez, de la vigne :La vigne fait partie de notre paysage, de notre économie locale et peut participer aussi de nos fêtes, par le champagne qu’elle peut produire mais aussi par ‘la route de champagne’, la ‘Saint-Vincent’ et autres moments qui nous rassemblent.

Dans ces meilleurs moments, la vigne nous enchante mais la vigne ne vient pas par enchantement : il faut la travailler, il faut (toutes les tâches que nous amis viticulteurs connaissent bien) la tailler, il faut la surveiller, il faut la soigner, il faut vendanger et il faut s’occuper de tout ça ; il y a un côté très laborieux, il y a un côté,’ il faut se remonter les manches’ ; avant de pouvoir profiter du meilleur, il faut s’efforcer, il faut déployer du courage.

Eh bien, c’est pareil, c’est ce que font ces serviteurs : avant de profiter du meilleur, il faut travailler ; avant qu’une communauté paroissiale soit réjouissante et pétillante, il faut qu’il y ait en elle, parmi elle, des personnes qui se relèvent les manches, qui la servent, qui créent du lien. Avant qu’un paysage nous émerveille, il faut le modeler et le soigner ; c’est pareil. Nous ne pouvons pas profiter de la joie du bon vin si en même temps, nous ne sommes pas du côté des coulisses et du service ; ce service s’appelle les vertus.

 

Si nous ne déployons pas dans nos vies, cet effort, ce courage, ce travail vis-à-vis de nous-mêmes, des autres, de l’Eglise que nous servons, du monde ; avant de profiter du beurre et de son argent et de la crèmière, il faut le travailler. Il y a et les serviteurs et il y a le Christ.

 

La troisième leçon et c’est ma conclusion (vous tenez le coup ?): ‘Femme, mon heure n’est pas encore venue’, dit Jésus à sa mère et puis, quand il le décide, il donne des consignes aux serviteurs. Nous ne sommes pas maître des agendas et des horloges du bon Dieu, c’est lui qui décide. Nous aimerions bien que le moment favorable soit lié à nos décisions mais ça n’est pas comme ça ; le moment favorable, le temps de Dieu c’est à lui seul.Ça demande de notre part, beaucoup d’abandon, beaucoup d’écoute, beaucoup de patience et beaucoup d’obéissance ; ce que nos amis qui travaillent la vigne, savent parfois. Parfois, on pense qu’à ce moment-ci, il va se passer quelque chose dans la vigne et ça ne se passe pas (et inversement) mais c’est vrai dans nos propres vies.

 

Si cette noce est réussie, c’est parce que le moment venu (que Dieu seul connaît), Jésus a donné ses consignes à ces serviteurs qui étaient prêt à y répondre. C’est la troisième leçon, celle de l’abandon.

 

Chers amis, on pourrait lire ce texte un peu comme une sorte de programme pour nous, cette année : d’abord, quelles que soient nos impressions, chaque fois que le Christ est là, il y a le vin de la fête.

Ensuite, ce n’est jamais sans nos manches relevées et notre implication personnelle.

Troisièmement, mettons-nous dans le temps même de Dieu :

grandissons en patience et en écoute : Lui seul est maître de nos calendriers et de nos horloges.

 

Amen.


Vendredi 18 Janvier 

He 4, 1-5.11 : La foi introduit dans le repos de Dieu.

Ps 77

Mc 2, 1-12 : Guérison d’un paralytique.

 

Par le thème des rencontres, que Jésus fait en ce début de l’Évangile de Marc, nous pouvons associer dans notre prière communautaire

et personnelle, toutes les personnes que nous connaissons qui souffrent une infirmité.

Par ailleurs, comme nous l’avons vu les jours qui précèdent, la visite de Jésus, à travers ces territoires et ces populations de Galilée, permet de recréer ou de remettre sur pied ou en place, la création des origines.

 

Aujourd’hui, nous pouvons nous laisser attirer par cette parole : ‘Dieu seul est Un’, tandis que dans ce passage de l’Ecriture, nous voyons que l’humain, lui, est divisé. Il est divisé de trois fois façons :

 

La première façon: on reproche à Jésus de ne pas pouvoir pardonner car ‘Dieu seul, peut pardonner’ mais c’est méconnaître qui est Jésus et le méconnaître c’est diviser Dieu.

Dieu est Un :

il est Un, Père, révélé dans le Fils, dans la puissance de l’unique Esprit Saint.

Celui qui divise Dieu c’est celui qui est lui-même, divisé. Dans ce passage, tous le sont, hormis quelques personnes : quatre hommes qui ont l’audace d’apporter leur compagnon malade.

 

La division est manifestée d’une autre façon encore : Dieu est Un, l’homme est unique aussi, il n’est pas compartimenté ou saucissonné.

Les sciences humaines qui sont nées à la fin du XIXe siècle, compartimentent terriblement : il y a le psychisme, il y a le soma, (le corps), il y a l’affectivité, il y a la spiritualité ; mais l’homme est un. Jésus pardonne et guérit à la fois.

 

La troisième façon de diviser, c’est cette façon dont nous mettons (parce que c’est un nous) à part,

à côté, ceux qui sont en panne.

Ce paralysé est littéralement en panne puisqu’il est paralysé (des personnes en panne, il y en a beaucoup) et on peut même se demander d’ailleurs, s’il l’est vraiment ou si c’est la foule qui ne l’aurait pas condamné à être en panne ; en tout cas, il est à part.

 

La création paraît, là, divisée : quelques-uns en panne, à côté et d’autres en foule, à l’intérieur. Il y a l’audace de ces quatre hommes, qui consiste à réunir ce qui a été divisé et d’apporter, même par le toit, cet homme. Il ressort debout, son brancard sous le bras ; il est réintégré.

 

Alors, le diviseur qui met en pagaille

ou en tohu-bohu la création d’origine du Père, est vaincu par l’action toute puissante du Fils.

Dieu est Un, l’homme est un et le corps social est un.

Nous avons notre place, chacun, dans cette création.

 

Amen.


Jeudi 17 janvier 

Eph 6, 10-18 : Le combat spirituel

Ps

Mt 19, 16-21 : Le jeune homme riche.

 

Plusieurs petites choses :

la première, à partir de cette première lecture que Claude-Annie nous a faite dans la lettre de Paul aux Ephésiens (nous sommes à la fin de la lettre) : ‘puisez votre énergie dans le Seigneur et dans la vigueur de sa force ; revêtez l’équipement de Dieu’ et ensuite l’apôtre parle d’une lutte contre les forces invisibles du monde. Nous pouvons y opposer une autre force invisible, qui est aussi dans le monde, puisque là où nous sommes, cette force est mais ça n’est pas la force des esprits du mal.

C’est la force de l’Esprit de Dieu, l’Esprit Saint.

 

Rappelons-nous tel que nous le dit dans l’Évangile de Jean, Jésus à Nicodème : ‘le vent souffle où il veut, nous l’entendons mais nous ne savons pas d’où il vient ni où il va’ et cet Esprit Saint est une force, où que nous soyons : dans le monde ou à l’extérieur, enfermé ou dehors (ça n’a pas d’importance) ; cette force traverse nos vies. Nous ne pouvons rien faire contre elle.

 

Si !

Nous pouvons choisir de nous laisser pousser par elle ; mais si nous la prenons dans le mauvais sens, elle nous détruit ; ça reste l’Esprit Saint, l’Esprit de Dieu.

Un bateau qui prend mal un courant, un vent ; une maison mal construite, la tentative de bloquer le vent dans je ne sais pas trop quel courant ou couloir, ferait que, de toutes les façons, le vent serait vainqueur mais il serait destructeur.

 

En revanche, je peux prendre ce souffle ou ce vent, dans son sens à lui et il est source d’énergie.

C’est comme ça que faisaient les meuniers, c’est comme ça que font les navigateurs, cette force-là, c’est comme ça que nous faisons pour produire de l’électricité aujourd’hui et c’est comme ça que nous faisons pour avancer dans nos vies.

 

Donc l’équipement (l’équipement de la foi que propose Paul à ses auditeurs éphésiens), ça n’est pas de faire la guerre contre quoi que ce soit sinon, de mieux connaître cette force qui traverse nos vies et du coup, de mieux se distancer de celle qui nous trompe.

 

Le deuxième aspect, c’est par rapport aux commandements dans l’Évangile : Obéir aux commandements de Dieu.

Jésus, jamais, ne va abroger les commandements ; jamais, il n’abrogera La loi, jamais ; c’est la raison pour laquelle (dans l’Évangile que nous aurions pu lire aujourd’hui mais il y avait un Évangile à peu près semblable la semaine dernière, je me souviens déjà en avoir parlé) Jésus passe par-dessus les commandements en touchant le lépreux ; c’est vrai mais que demande-t-il tout de suite après au lépreux ?

‘Va te faire voir par les prêtres comme l’a dit Moïse’ ; donc, il se remet sous le joug des commandements. Jésus, nous le savons par son ministère, sa mort et sa résurrection, nous permet de rentrer dans une Loi nouvelle mais c’est toujours une affaire de loi (c’est une Loi nouvelle) ; il ne met pas de croix sur le mot.

 

Qu’est-ce qui fait loi dans notre vie ?

Eh bien, il y a une réalité qui fait loi dans notre vie : c’est nous-mêmes, qu’on le veuille ou non. Il suffit que vous viviez solitaire et vous verrez bien vite qu’il y a quelqu’un de trop : c’est vous. Alors, il faut apprivoiser ce ‘quelqu’un de trop’, apprendre à vivre en bonne compagnie, n’est-ce pas Claude-Annie ?

Ça nécessite obéissance, non pas à soi mais obéissance à Celui qui est plus grand que nous, pour vivre en bonne compagnie avec nous-mêmes sinon, c’est la faute de tous les autres (on le sait bien !) : ceux qui ne sont pas là, ceux qui ne nous accueillent pas, ceux qui ne nous écoutent pas, ceux qui ne nous comprennent pas : quelqu’un fait loi : c’est nous mais nous grandissons ou nous vivons avec, en obéissant à plus grand que nous. Sinon, c’est le vertige : on ne peut pas être l’auteur et l’exécuteur de notre propre loi, ce n’est pas possible ; c’est le suicide. Saint-Antoine l’a bien découvert dans son exil, dans le désert.

 

Troisième aspect (et le dernier) qui font loi pour chacun d’entre nous par notre baptême : d’une, se rappeler que Dieu, toujours donne ; il donne.

De deux : que son Nom est tout-puissant ; nous pouvons l’invoquer sans cesse.

Et de trois : le courage est une vertu ; il nous appartient de la mettre en œuvre.

 

Dieu donne,

Invoquer le Nom tout-puissant de Jésus

Et se décider d’avoir du courage : ces trois choses nous permettent d’être parfaits.

 

Amen.


Mercredi 16 Janvier 

He 2, 14-18 : Le sacerdoce du Christ.

Ps 104

Mc 1, 29-39 : Guérison de la belle-mère de Simon-Pierre. Guérisons multiples.Jésus quitte secrètement Capharnaüm et parcourt la Galilée

 

Nous sommes dans cette grande semaine inaugurale du temps ordinaire (première semaine) durant laquelle Jésus accomplit, sans s’arrêter, un grand nombre de signes et nous savons que le premier grand signe, (celui qui est accueilli comme un grand signe) sera celui accueilli dimanche : le signe des noces de Cana.

 

Tout porte à croire que Jésus vient recréer des conditions qui ont été perdues.

Souvenez-vous (si nous pouvons nous en souvenir) le jardin des Origines, son accès est barré depuis que nos aïeux en ont été expulsés mais voici que Jésus semble en recréer quelques conditions comme s’il installait parmi nous, ce que notre cœur désire et ce désir est le désir de Dieu lui-même : cette harmonie et cette communion des Origines.

 

Jésus relève la belle-mère de Simon Pierre (on pourrait y voir la recréation de cette femme, de cette Eve qui va devenir la Femme, la Mère de tous, dont Marie sera par excellence, la figure) de la même façon qu’Adam ‘a pu donner vie’ à Eve dans le jardin des Origines.

 Nous voyons cette grande foule de gens atteints d’un mal, qui se pressent à la porte et Jésus qui vient comme discriminer, séparer tel un tamis, chassant les démons et la maladie, recréant compagnie des Origines : l’homme qui avait pour comme compagnie toutes sortes de créatures.

Jésus n’a pas pour compagnie, le mal mais il a pour compagnie toutes ces personnes qui sont là et qui attendent d’en être délivrées (du mal) et il les délivre.

 

Jésus prie, tout à l’écoute comme a pu l’être, (avant qu’il ne devienne trop oublieux) Adam lui-même, à l’écoute de la voix du Créateur.

‘tout le monde te cherche, où es-tu ?’ disent ses disciples alors que c’est Dieu qui a dû chercher Adam et Eve après qu’ils se soient cachés.

‘Allons ailleurs, dans les villages voisins afin que là aussi, je proclame l’Évangile : c’est pour cela que je suis sorti’.

Et oui, nos aïeux sont sortis, malgré eux ; ils le regrettent (et nous avec) et si Jésus est sorti c’est pour mieux nous y faire rentrer à nouveau, dans ce jardin.

 

Contemplons l’œuvre de recréation de Jésus et c’est ce qu’il fera pendant tout son pèlerinage jusqu’à Jérusalem

et c’est ce qu’il fait aujourd’hui, lui qui est descendu aux enfers,

dans nos enfers pour prêcher et nous libérer.

 

Amen.


Mardi 15 janvier 

He 2, 5-12 : Exégèse du psaume 8.

Ps 8

Mc 1, 21-28 : Jésus enseigne à Capharnaüm et guérit un démoniaque.

 

Nous sommes un peu, dans la semaine inaugurale de Jésus,

la première semaine de sa vie publique après son baptême et c’est précisément la première semaine du temps ordinaire.

Nous voyons se succéder des signes et dimanche nous aurons le signe par excellence, le premier grand signe qu’il fera : les noces de Cana.

 

Hier, nous avons vu Jésus aller à la rencontre de quelques pêcheurs de poissons, Jésus qui entre dans le quotidien de la vie de ces hommes, comme il se propose de le faire par sa parole, dans la nôtre.

L’enchantement que nous a procuré Noël est, d’une certaine façon, terminé.

 

Comment la platitude de nos vies de chaque jour, peut-elle accueillir la parole pour ce qu’il est réellement, une parole de Dieu ?

Il est cette parole, Jésus.

Et cette parole, dans cette rencontre dans la synagogue, à Capharnaüm, vient faire taire un cri et Jésus va dire avec autorité : ‘Sors de cet homme, tais-toi !’

 

‘Qu’est-ce de nous à toi, Jésus de Nazareth ?’ disent les démons, un peu comme Jésus dira une chose à peu près semblable à sa mère, à Cana : ‘quoi entre toi et moi, femme ?’

Qu’est-ce de nous à toi, Jésus de Nazareth ? disent les démons.

Une parole, de leur côté, qui va les mettre à distance de Jésus

comme Jésus se mettra à distance de sa mère, avant qu’elle ne devienne la mère de l’humanité.

L’autorité de la parole de Jésus vient mettre à distance, non pas pour abandonner, non pas pour trier

mais pour réordonner, pour remettre chaque chose à sa place, dans l’ordonnancement des premiers jours de la création, cette semaine inaugurale de la création : sept jours pour séparer la lumière des ténèbres, le ciel de la terre etc. Jésus va faire de même par l’autorité de sa parole.

 

Nous pouvons retenir deux choses : Jésus se met à distance des démons, du coup, les démons deviennent démons ; ils nous apparaissent comme tels. Tant qu’ils sont mêlés à cet homme dans la synagogue, on pourrait croire que qu’ils sont cet homme et cet homme est ‘les démons’ mais non!

 

Par sa parole toute-puissante, Jésus vient séparer les démons de l’amour, de l’amour même du Père.

 

Deux conséquences pour nous : soit nous voulons, soit nous ne voulons pas (mais si nous voulons il faut s’y mettre), c’est d’accueillir la parole et l’écouter et lui obéir à cette parole, lui donner autorité dans nos vies.

 

Et la deuxième : c’est de revenir au fondement de notre baptême car, par notre baptême, nous avons été dépouillés du vieil Adam, par notre baptême, nous avons été remis dans la clarification de cette semaine inaugurale ;

par notre baptême, le tri s’est fait entre ce qui est péché et ce qui ne l’est pas.

Revenons à ce baptême ; nous avons été baptisés, ne l’oublions pas.

 

Amen.


Dimanche 13 janvier : le Baptême du Seigneur (la fête sans frontière)

Is 40, 1-5.9-11 : Annonce de la délivrance.
Ps 103

Tt 2, 11-14 ; 3, 4-7 :

Lc 3, 15-16.21-22 : Prédication de Jean-Baptiste. Baptême de Jésus.

 

Chers amis, pour ceux qui ont été un peu attentifs aux dimanches qui ont précédé Noël, les dimanches de l’Avent, la figure de Jean le Baptiste a déjà été présente mais Jean le Baptiste, dans tous les passages de l’Évangile que nous avons entendu n’était pas en contact avec Jésus.

Et là, nous terminons le temps de Noël et Jean-Baptiste est, ô combien, en contact avec lui : c’est lui qui le baptise.

 

Cette fête du baptême de Jésus devrait nous rappeler notre propre baptême, les uns, les autres.

Nous sommes certainement 95 % de l’assemblée à avoir déjà été baptisés, ce trésor que nous avons reçu, pour la plupart, quand nous étions tout petit, petit.

Certains parmi les enfants qui sont au KT, préparent leur baptême : ils seront baptisés à la Veillée Pascale, cette année ; notre baptême.

 

Je vous invite à être attentifs à trois tentations du chrétien, quatre même :

 

La première tentation c’est : de ne pas écouter,

oublier.

Est-ce que vous vous souvenez des quatre verbes du pape François, tout à l’heure ?

Les quatre verbes du pape François, qu’on a entendu : accueillir, protéger, promouvoir, intégrer.

Ça c’était la première tentation. Très bien ! nous avons réussi notre examen.

 

La deuxième tentation du chrétien, c’est : toujours vouloir se comparer au Bon Dieu.

Alors, comme le Dieu est bon et nous, nous ne sommes pas Dieu alors, la tentation du chrétien c’est de dire : ‘moi je ne suis rien du tout devant lui (une crotte de bique, tout petit.

Je n’arriverai jamais à ses semelles, jamais je ne pourrai enlever la courroie de ses sandales, je ne suis pas digne).

La seule chose que je peux faire donc devant le bon Dieu c’est de me faire tellement petit qu’il ne peut même pas me voir : je me cache sous les plinthes comme les araignées.

C’est la tentation de se comparer à Celui que nous considérons comme parfait, grand, excellent, saint ; ça, c’est une grave tentation parce que le Bon Dieu a beau être bon, grand, parfait, saint, Il nous donne de pouvoir devenir comme Lui.

Alors, chassez cette tentation ; c’est affaire d’éducation chez la plupart d’entre nous : quand on était petit (il y a fort longtemps), on a entendu les grandes personnes nous dire : ‘fais attention, le Bon Dieu va te punir’. Ça, c’est une mauvaise tentation : chassez ça de votre tête.

 

La troisième tentation : c’est de se comparer aux autres.

Alors là, pour le coup, on est bien mieux que les autres : tous les autres sont très nuls ; on est bien mieux qu’eux. Le monde est noir, il n’y a que nous qui voyons clair et puis tous les autres, ne connaissent pas Dieu comme je le connais et puis tous les autres sont des étrangers (qui sont mauvais, d’ailleurs !). Alors, quand on se compare aux autres, on est, pour le coup (c’est tout l’inverse d’avec le Bon Dieu) on est supérieur.

Alors, forcément, les autres nous dérangent puisqu’ils sont en-dessous de nous, ils nous gênent.

Il faut chasser ça aussi de nos cœurs, c’était troisième tentation, il faut l’enlever : mauvaise tentation parce que quand on se compare aux autres, on s’isole sur une île, une belle île déserte avec des beaux palmiers, des baobabs (Anne-Sophie aime bien ça) et puis, on vit tout seul sur sa planète.

 Il faut enlever cette tentation aussi parce qu’à Noël, on fête Dieu qui rejoint l’homme et l’homme qui rejoint Dieu ; il n’y a pas de plus parfait, il n’y a pas de moins parfait ; ce n’est pas une affaire de perfection.

 

La quatrième tentation : (vous vous souvenez de la première ? La première tentation, c’était de ne pas écouter ce qu’on raconte et de ne pas s’en souvenir.

La deuxième tentation, c’est de se comparer au Bon Dieu.

La troisième tentation, c’est de se comparer aux autres).

La quatrième, c’est de vouloir se comparer à soi-même.

Alors là, il faut être un petit peu dingo : comment peut-on se comparer à soi-même ?

C’est exactement ce qu’on fait quand on se regarde dans un miroir, le matin : ‘oh là ! là ! aujourd’hui, je suis plus beau qu’hier, je vais plaire,je vais mettre un petit peu de maquillage ou je vais mieux me raser la barbe’.

Ça c’est la tentation du nombril ; pour le coup, tous les autres sont ni mieux ni moins bien, ils n’existent pas du tout, je me prends pour le bon Dieu. Et je suis tellement éblouissant, que je m’aveugle. Ça, c’est une grande tentation aussi et on voudrait que la communauté chrétienne me ressemble etc.(ou le monde tout entier : je voudrai que tout le monde me ressemble), ça c’est la tentation de la monotonie ou de vertige.

 

On chasse c’est quatre tentations-là et je vous propose une solution, une porte de sortie, une issue de secours, une heureuse voie (v o i e), un heureux chemin qui est de plonger (c’est un cinquième verbe après accueillir, protéger, promouvoir et intégrer) c’est le verbe plonger ; (ce qu’on ne peut pas faire à Bar sur Aube, en ce moment mais ça va venir bientôt, avec la nouvelle piscine), plonger dans le bain du baptême.

 

Rappelons-nous que nous sommes des baptisés et donc nous n’avons pas à nous tortiller, à nous gratter sous le coude pour savoir si on est mieux ou moins bien, on est tout simplement en Dieu et Dieu en nous ; point, c’est tout ; c’est aussi simple que cela.

On n’a pas à se mettre la rate au court-bouillon, c’est facile.

 

Alors, vous avez vu dans l’Évangile : Jésus est plongé dans le bain du baptême.

Le baptême que Jean-Baptiste donnait, était un baptême juif (que les juifs faisaient et qu’ils font toujours) ; beaucoup de d’ablutions.

Tout à l’heure, vous allez voir le prêtre et un servant d’autel va venir vers lui et lui mettre quelques gouttes d’eau sur les mains et le prêtre va dire : ‘lave moi de mes fautes, de mon péché, purifie-moi’.

Ce sont des ablutions pour dire : ‘Seigneur, viens me rendre plus pur, viens préparer mon cœur’ ; c’était ça le baptême que Jean-Baptiste donnait. Il y avait plein de gens qui s’attendaient à accueillir le Messie ils voulaient se préparer à cela (alors, il y avait plein de gens qui se faisaient baptiser par Jean-Baptiste) et il y avait Jésus parmi les pécheurs (il ne l’était pas, pécheur) mais il a reçu le même baptême.

 

Par contre, le baptême que nous avons reçu, nous, ce n’est pas ça.

Le baptême que nous avons reçu quand nous étions grands comme ça, ce n’est pas le même baptême, c’est un baptême qui nous donne une puissance, une énergie : l’Esprit Saint.

 

C’est l’Esprit Saint qui vient du Ciel, dans l’Évangile ; le Ciel s’ouvre comme le rideau du temple, au moment où Jésus meurt.

Le Ciel s’ouvre et l’Esprit, sous l’apparence d’une colombe, vient, cette puissance qu’il nous donne. L’Esprit Saint, je vais vous raconter une petite histoire.

 

Vous savez que l’Esprit Saint est vraiment puissant, nous l’avons tous reçu et des jeunes qui sont dans notre assemblée (entre autres, pas tous), se préparent à la confirmation pour confirmer l’Esprit Saint de leur baptême. L’Esprit Saint, on le reçoit, si on e demande et dans l’intention de le recevoir.

 

Une petite histoire que je vous ai déjà racontée : c’est quelqu’un qui habitait Bayel et puis, une année il y a eu une crue immense. L’eau est montée, l’eau est montée, l’eau est montée, l’eau est montée ; alors, les pouvoirs publics se sont organisés pour évacuer les populations parce que l’eau allait inonder les maisons.

Alors un monsieur a dit : ‘non ! moi je compte sur Dieu.

Je prie le bon Dieu, il me connaît, il me sauvera’.

Bon, ils repartent avec leur camionnette, les pompiers et l’eau monte, l’eau monte, l’eau monte.

Ils reviennent avec leur barque, les pompiers.

Ils veulent évacuer le monsieur qui est toujours dans sa maison ; cette fois-ci, il est passé dans le grenier donc l’eau est bien montée.

‘Mais il faut absolument venir, parce que vous allez être noyé

- non !non ! moi, je prie le Bon Dieu, il va me sauver, le Bon Dieu’.

Bon, alors ils repartent et l’eau monte, l’eau monte, l’eau monte et c’est en hélicoptère qu’ils reviennent, les braves :

‘Mais venez donc, vous voyez bien qu’il n’y a plus de solution’ (le type était sur son toit, il n’y avait plus d’autre solution).

Et là, il y a une voix qui vient du ciel, qui lui dit : ‘mais andouille, ça fait trois fois que je t’envoie des sauveteurs et tu veux encore que moi je te sauve ?

Mais qu’est-ce que je peux faire d’autre?’

Et bien, c’est exactement pareil avec l’Esprit Saint : au lieu de se comparer avec les autres, le bon Dieu est soi-même, autant demander ce dont on a besoin vraiment avec l’intention de le recevoir parce que, vous voyez, le brave homme n’avait pas tellement l’intention de recevoir les secours, puisqu’ils venaient et qu’il les rejetait.

 

Il y a de beaux fruits de l’Esprit Saint que l’on peut demander pour nous :

sagesse,

prudence,

connaissance,

adoration,

piété,

discernement ; on peut demander tout ça à l’Esprit Saint, ce sont des fruits de l’Esprit et alors là, nous serons de beaux visages,de beaux personnages très lumineux et nous sommes prêts à commencer cette nouvelle année.

 

Amen.


Mercredi 9 janvier 

1 Jn 4, 11-18 : A la source de la charité.

Ps 71

Mc 6, 45-52 : Jésus marche sur les eaux.

 

Jésus oblige ses disciples à prendre de la distance, à partir au large,à partir sans lui, il les oblige. Il les oblige également à prendre de la distance par rapport aux foules.

 

Souvenez-vous, c’était l’Évangile d’hier, hier il était question de la multiplication des pains.

Les foules sont prises d’une sorte de fièvre messianique : elles veulent faire de Jésus leur roi (nous lisons ça dans l’Évangile de Jean) et sans doute que les disciples font partie des foules, pour une part.

Voilà que les disciples sont obligés de s’éloigner des foules et sont obligés de s’éloigner de Jésus.

 

Ils vont être pris d’un tourment sur la mer, ils ont peur.

Une crainte en eux, révèle que l’Amour n’est encore pas complètement formé dans leur cœur ; 

une crainte en eux, révèle qu’ils sont plus sensibles au vent, à la bourrasque, qu’au souffle léger de l’Esprit Saint.

 

Alors, il leur faut encore apprendre (et nous aussi, d’ailleurs) et entrer dans la prière de Jésus : Jésus passe la nuit à prier. Nous verrons que le jour de son baptême, Jésus aura passé aussi du temps à la prière.

 

Pour que nous passions de la crainte à l’Amour et que nous vivions de l’Esprit Saint (comme nous le rappelle Jean, dans sa première lettre), sans doute, nous faut-il apprendre de la prière de Jésus. Une prière qui nous décolle de nous-mêmes, qui nous conduit au large et nous ouvre à la brise légère de l’Esprit, l’Esprit du Père et du Fils.

 

Amen.


Mardi 8 Janvier 

1Jn 4, 7-10 : A la source de la charité.

Ps 71

Mc 6, 34-44 : Première multiplication des pains.

 

Nous avons ici le récit d’une épiphanie, d’une manifestation de Dieu.

C’est une épiphanie comme nous en avons d’autres, quand nous récitons le chapelet et les mystères lumineux, dont font partie : le baptême, les noces de Cana, la transfiguration, la prédication du Royaume, le dernier repas de Jésus.

 

Nous avons ici cette multiplication des pains ; nous avons coutume de l’appeler aussi un miracle et on peut se redire quelques caractéristiques de ce miracle de la multiplication des pains : nous passons d’une grande foule, à des groupes organisés, nous passons de la débandade des échelons subsidiaires (pour dire autrement : les disciples qui sont prêts à renvoyer la foule), à leur propre organisation pour la collecte et ensuite la distribution.

Une autre caractéristique : l’émotion qui prend aux entrailles, Jésus.

Nous passons de cette émotion au geste de l’eucharistie.

Une autre caractéristique : nous passons de la rareté de la nourriture à l’abondance.

Tout ceci, dans ce texte, contribue à dire que c’est un miracle, (dit en d’autres termes encore, qui sont proprement théologiques) : nous avons sous les yeux l’organisation de ce que nous appelons ‘l’économie de la grâce’ (l’économie, pas sens de thésauriser, mettre dans la poche tout ce que nous avons en plus, pour en avoir encore en plus mais l’économie, au sens de l’organisation, l’organisation de nos communautés, de nos groupes, l’organisation de nos moyens pour pouvoir pourvoir au plus grand nombre ; vous savez que ça s’appelle également l’économie) et ce n’est pas une invention que théologique.

Cette économie concerne aussi l’Eglise et définit aussi l’Eglise, (elle dit ce que nous sommes nous, communauté) : nous ne sommes pas simplement des troupes affamées qui accourons auprès du prêtre et des sacrements ; nous prenons tous notre part dans l’organisation de la distribution de la grâce, dans l’organisation de l’expansion de cette grâce, de cette puissance qui vient de Dieu, auprès de tous.

 

Dans l’Évangile que nous avons lu dimanche dernier, des mages, (trois personnages étrangers) accourent vers la source de la grâce et là, d’une certaine façon, c’est tout l’inverse : cette source de la grâce va inventer les moyens, les canaux, les réseaux de distribution pour qu’elle puisse aller au large.

 

Hier d’ailleurs, c’était mis en illustration par Jésus qui se déplace aux confins, dans le territoire de la Décapole ; il se déplace. Là, des groupes se déplacent, ils viennent, mais il faut organiser la distribution.

 

Si on insiste à ce point là-dessus, c’est d’abord parce que c’est un petit rappel :

Noël ce n’est pas uniquement l’émotion subjective de chacun d’entre nous, Noël, c’est aussi chaque fois que cet amour est propagé de manière très concrète d’une part, et d’autre part parce que ça dit Dieu (dans sa partie la plus visible : c’est ce que nous sommes et ce que nous essayons d’être)  mais dans sa partie la plus invisible, la plus mystérieuse, la plus cachée : la relation du Père, du Fils et de l’Esprit, c’est aussi l’organisation de la diffusion de la grâce mais ça, c’est la partie la plus cachée que seuls, les Ecritures et les priants nous révèlent.

 

Amen.


Dimanche 6 janvier : L’Epiphanie du Seigneur

Is 60, 1-6 : Splendeur de Jérusalem.

Ps 71

Eph 3, 2-3a.5-6 : Paul, ministre du Mystère du Christ.

Mt 2, 1-12 : La visite des Mages.

 

Chers amis, je vous propose trois clefs de lecture de ce texte que nous avons entendu : ce récit de la nativité chez saint Matthieu.

Il n’y a pas de détails, (vous avez remarqué), de la naissance de Jésus mais c’est surtout, la visite de ces personnages lointains qui sont appelés Mages.

 

Le premier point d’attention, c’est tout simplement que tous les attributs de Noël sont là, tels que nous les avons entendus à la nuit de Noël avec le récit que nous en a fait saint Luc : nous avons un petit enfant, des personnages viennent lui rendre visite et il y a Marie qui est là et il y a aussi surtout, les attributs de ce petit enfant : il est à la fois roi, il est en même temps homme et il est Dieu, à travers ces présents qui sont faits par les Mages : l’or pour le roi, l’encens pour Dieu, la myrrhe pour l’homme.

C’est la première clef de lecture, c’est la raison pour laquelle, nous sommes toujours dans ce temps de Noël et nous ne cessons pas de déployer tout le Mystère de la nativité.

Le récit que nous en fait saint Matthieu ne dit, au fond, pas beaucoup de choses différentes de celui de saint Luc sauf, c’est mon deuxième point d’attention !

 

 Sauf : vous savez que nous avons coutume dans notre foi et dans notre lecture biblique, de toujours mettre en correspondance, (en tension) l’Ancien Testament et le Nouveau Testament et vous avez bien perçu pendant le temps de l’Avent, que toute l’espérance de la venue du Messie, qui est attendue et réalisée en Jésus-Christ, se fonde dans l’espérance de l’Ancien Testament.

 

Il y a deux grandes espérances dans l’Ancien Testament, qui sont repérables dans ce texte de la venue des Mages.

Première grande espérance : c’est un berger.

Le peuple de l’Ancien Testament est fatigué de ne pas (ou de ne plus) avoir le berger qu’il faut et les bergers qui conviennent. Nous sommes dans une civilisation pastorale, qui est née du nomadisme et les tout premiers bergers (en tout cas, dont on a retenu leurs qualités comme telles), c’étaient les patriarches (mais des bergers de troupeaux, des bergers tout à fait concrets, tels que peut-être, nous en connaissons, ici ou là) : ils sont à la fois, des protecteurs contre les bêtes sauvages et en même temps, ils vont être ceux qui connaissent chacune de leurs brebis ou des bêtes de leur troupeau pour les soigner et les guérir ou les accompagner comme il convient.

 

Ces bergers humains, c’était pour le peuple lui-même (et non plus pour le troupeau), c’étaient les patriarches.

Ensuite il y a eu des Juges (et des bergers, il y en a surtout eu des mauvais : parmi, par exemple, les rois ou bien encore, un certain nombre de prêtres ont été de mauvais bergers) et c’est ce que nous trouvons dans l’Ancien Testament : les prophètes qui fustigent ces mauvais bergers parce qu’au lieu de s’occuper de leur troupeau, ils s’occupent d’eux-mêmes. Ils disparaissent quand un danger survient ; ce sont des mauvais bergers, ce qu’on n’attend pas d’un bon.L’attente du peuple d’Israël c’est de se dire : ‘quand est-ce que viendra enfin, (nous sommes fatigués de ne pas en avoir) ce berger-là, le Messie ?

 

Et la deuxième grande attente c’est le roi, un roi.

Il y a un peu la tentation de faire comme les nations étrangères mais à la grande différence des nations étrangères, c’est que le roi n’est pas Dieu et Dieu n’est pas le roi.

Par contre, on a besoin d’un roi, parce que ça nous protégerait des agressions extérieures, (un peu comme un berger) et puis parce qu’effectivement, il y aurait une sorte d’identification à ce que vivent les autres nations : nous aurions une sorte de stature qui nous permettrait de revendiquer le droit à la négociation avec les nations étrangères.

 

Mais des rois, il y en a eu quelques bons : on va retenir par exemple, David (évidemment), Josias et un certain nombre de très mauvais.

Pareil : il y a des rois qui au lieu d’adorer Dieu lui-même, vont créer un culte d’eux-mêmes ou bien vont adorer des divinités étrangères et des rois qui vont pactiser avec les étrangers, avec les ennemis ; bref, il va y avoir des gouvernants qui vont disperser le troupeau. Alors, la grande attente de l’Ancien Testament (en plus du berger), ça va être un roi, un roi messianique, un roi excellent, bien meilleur que les meilleurs rois que nous avons eus et le peuple d’Israël attend et l’un et l’autre dans une figure unique, qui serait le Messie.

 

Que viennent faire les Mages (vous avez noté qu’on ne dit pas qu’ils sont rois)

que viennent faire les Mages ?

Ils viennent voir le roi des juifs.

Alors, ils consultent à Jérusalem ; Hérode est un peu inquiet, il fait venir un certain nombre de personnes qui pourraient répondre à la question : nous avons des scribes, nous avons des grands prêtres ; ils ouvrent le livre de la parole de Dieu et voilà ce qui est écrit : ce roi doit naître à Bethléem en Judée parce que le prophète a dit : ‘Bethléem, terre de Juda, tu n’es certes pas le dernier parmi les chefs-lieux de Juda car de toi sortira un chef, qui sera le berger d’Israël, mon peuple’.

Donc Matthieu, dans le souvenir qu’il a, (qui lui a été rapporté à la naissance de Jésus, de la visite des Mages), a cette idée très forte que Jésus est ce roi et ce berger, tant attendus.

 

Si vous faites attention, ce sont des étrangers qui révèlent cela à Hérode, aux scribes et aux grands prêtres, alors qu’ils sont censés attendre ce Messie et ils ne le voient pas. Ce sont les étrangers qui leur révèlent, qui mettent le doigt dessus : ‘hé, il y a un Messie, il est là ! Nous, nous avons vu l’étoile qui nous a guidés, nous sommes en capacité de vous dire qu’il y a un roi des juifs, chez vous’.

Alors, c’est une espèce de critique terrible qui est faite auprès du peuple d’Israël de ce temps : ‘dans votre sein, il y a le Messie et vous ne le savez pas ?’

Et ce sont des étrangers qui le leur révèlent, ça c’était le deuxième point.

 

 Et le troisième, c’est de se dire que ce texte nous donne un certain nombre de critères très intéressants, par rapport à notre vocation à chacun. Je disais aux plus jeunes, hier, à la messe du samedi soir, qu’une vocation (je vous rappelle une définition assez simple de la vocation, de toute vocation, vocation chrétienne) : c’est risquer son unique existence (alors, quand on commence à avoir un peu de bouteille, on se doute qu’on a une unique existence mais quand on a l’âge de Louis par exemple, on pourrait s’imaginer qu’on en a plusieurs ; mais non ! on n’en a qu’une) ; notre unique existence, la risquer (parce que c’est un risque) pas seul mais avec d’autres, à la suite du Christ : ça c’est une vocation.

Une vocation chrétienne, une vocation à la suite du Christ ce n’est pas forcément devenir religieux, religieuse prêtre (c’est bien aussi !) mais on peut être grand scientifique, sportif, père de famille (et tout ça à la fois), à la suite du Christ en ayant risqué son unique existence : c’est une vocation.

 

Donc, il y a l’idée derrière, de l’écoute de ce, vers quoi nous sommes attendus, pour quoi nous sommes faits, vers quoi Dieu nous appelle : il y a l’idée de cela.

 

Entendre sa vocation, la découvrir, c’est à la fois se découvrir soi-même, découvrir Dieu et connaître le Christ et c’est exactement dans les mêmes termes que parle saint Paul dans sa lettre aux Ephésiens : avoir découvert sa vocation, c’est connaître le Mystère qui s’est révélé à nous ; ce n’est pas simplement dire : ‘papa maman, ça y est, je vais être pilote de ligne, c’est sûr et puis je vais épouser une femme et puis on va se marier à l’église.

Non ; ben oui, c’est bien, c’est très bien, tout ça est très bien mais, en même temps que tout ça, c’est : j’ai découvert le Christ ; tout ça va ensemble.

Je ne peux pas dire : j’ai découvert ma vie sans avoir découvert le Christ, ce n’est pas possible et je ne peux pas dire : j’ai découvert le Christ sans savoir ce pour quoi ma vie est faite, ce n’est pas possible, il manque encore un pas.

 

Mais celui qui est capable de dire : ‘j’ai découvert le Christ, je sais pour quoi ma vie est faite et j’y vais’, ça y est, il a trouvé. C’est une vocation et c’est y répondre, il faut l’entendre.

 

Alors pourquoi je dis tout ça à propos des Mages ?

Parce que les Mages sont formidables, dans le sens où ils nous donnent quelques critères. Ils nous en donnent au moins trois : pour découvrir notre propre vocation.

La première c’est : l’écoute et la vue, c’est être attentif aux signes.

Eux, c’est l’étoile mais ça va beaucoup passer aussi par notre regard et par notre audition et par le silence que nous sommes capables d’installer dans notre cœur pour être attentifs. Le premier point, c’est l’attention ; l’attention à cet appel qui est de toutes les façons, et extérieur à nous-mêmes

et intérieur à nous-mêmes,

 S’il n’y a pas d’attention, il n’y a rien et les Mages n’auraient pas vu l’étoile, ils n’auraient pas été jusqu’à Jérusalem et ensuite Bethléem ; ce n’est pas possible.

 

Donc, si nous sommes distraits par 1000 raisons (et en plus des raisons parfois, qui passent complètement inaperçues) jamais, notre vie n’aura de sens et jamais nous ne comprendrons le Christ. Et ce que je dis, c’est valable aussi pour les vieilles personnes parmi nous ; ce n’est pas que pour Louis, c’est pour tout le monde parce qu’on peut terminer sa vie dans la crainte et les grincements de dents. Toute personne qui a accompagné des personnes mourantes, le sait : la vie peut rester une énigme jusqu’au dernier souffle ; donc, il est encore temps si on ne veut pas ‘se geler les couennes’ à la messe le dimanche, sans savoir pourquoi on vient, ça peut être important de savoir quel est le Mystère que nous venons célébrer.

Donc, l’attention.

 

Ensuite, le deuxième point : le conseil.

Les Mages vont, à un moment donné, faire halte à Jérusalem (on sait qu’il y a un quiproquo : Hérode, les scribes ne savent pas qui est le Messie, mais pas importe) ils vont consulter ceux qui savent, qui connaissent l’Ecriture.

On ouvre la Bible ensemble et dans une découverte et du Christ (ce n’est pas que le catéchisme qui nous fait découvrir Jésus-Christ) découverte du Christ et de  notre vocation ; (ce n’est pas que le psy non plus ou que le cabinet de coaching). dans la découverte du Christ et de notre vocation, il est ultra essentiel de s’appuyer sur un accompagnement, un accompagnement spirituel. Ce que faisaient jadis, mes confrères, il y a 100 ans, quand ils écoutaient au confessionnal quelqu’un, ils ne faisaient pas uniquement d’écouter des listes de péchés : ils conseillaient ; mais aussi parce qu’il y avait des personnes qui étaient là pour attendre un conseil, également.

 

Le conseil ce n’est pas seulement : ‘ah ! vous feriez mieux d’allumer deux bougies au lieu d’une seule’ mais c’est l’aide au discernement. C’est ce que font les mages quand ils vont à Jérusalem, aide au discernement : ‘Il est où ?

Il y a une étoile, ça nous indique le lieu, mais où ?’

Et parfois, on ne peut pas tout seul, trouver.

 

Et le troisième point pour une vocation, c’est au moment où les Mages arrivent devant Jésus : ils déposent des cadeaux, ils ne prennent pas Jésus, ils ne plantent pas leur tente, ils ne décident pas de s’arrêter là, ils donnent, ils font des présents. Et une vocation ne peut pas faire l’impasse d’un don, d’un don de soi, d’une remise de soi-même.

 

Si une vocation est synonyme de rapacité, et d’accumulation et de conservation et de résistance et de protection et tous les verbes que l’on pourrait décliner dans ce sens, ça n’est pas encore une vocation et souvent d’ailleurs, quand on recherche ce que l’on peut faire de sa vie, il y a toujours une étape de résistance : on veut bien donner un petit peu mais pas tout, quoi !

Je vous avais parlé tout à l’heure de ‘risquer son unique existence’, ce n’est pas ‘donner un petit bout de ma vie’, c’est ‘risquer son unique existence’. Là, les Mages, ils donnent, ils donnent à la crèche, ils donnent au Christ, ils ne retiennent pas et ils ont découvert le Mystère.

 

Ce sont trois choses pour vous dire qu’ils ont découvert le Mystère parce qu’après, ils repartent en route : il n’y a plus d’étoile, ils n’ont plus besoin de contempler Jésus puisque Jésus, ils l’ont vu, ils le connaissent. D’ailleurs, quelqu’un qui est dans une dynamique d’une recherche du mystère et de découverte de sa vie, c’est quelqu’un qui jamais, ne va s’interrompre ; il est toujours en route. Les Mages continuent leur route mais ils n’ont plus besoin d’aller vers le Christ puisqu’ils ne connaissent, désormais.

 

Il y a l’attention, il y a le conseil et il y a le don.

 

C’était trois clefs de lecture que l’on peut faire de ce texte mais vous pouvez en faire d’autres et ce qui est très beau dans ce texte, c’est qu’il nous met en route.

 

Amen. 


Vendredi 4 Janvier :

1Jn 3, 7-10 : Première condition : rompre avec le péché.

Ps 97

Jn 1, 35-42 : Les premiers disciples.

 

Je voudrais tout d’abord faire une correction, procéder à un démenti : hier, lors de l’eucharistie, j’ai mis sur le même plan plusieurs récits qui sont des épiphanies (ceux qui n’étaient pas là, hier, ne le savent pas), j’ai mis sur le même plan : les Noces de Cana, j’ai mis sur le même plan : la Transfiguration (on aurait pu rajouter le Baptême de Jésus ainsi que l’Epiphanie).

Alors, ça c’est vrai, ce sont des textes qui sont tous des épiphanies, des manifestations de Dieu : dans les Noces de Cana, Dieu se manifeste, dans la Transfiguration, il se manifeste, au Baptême de Jésus, il se manifeste tout autant qu’il se manifeste aux Mages mais là où je me suis trompé, (mais c’était de bonne foi, veuillez m’excuser !), c’est que le dimanche de l’Epiphanie, tous les ans, c’est le même texte  et c’est la visite des Mages.

Je suis un peu troublé, parce que je suis certain dans ma tête qu’en d’autres temps ce fut différent mais, tant pis ! (comme vous le voyez je ne suis pas parfait).

 

Regardons les textes d’aujourd’hui : ‘ce qui a été semé par Dieu, demeure en lui’, dans la première lettre de Jean ; ce qui a été semé par Dieu.

Les commentateurs dans le passé, ont voulu s’interroger sur ce que signifie cette semence : peut-être, à la fois l’Esprit Saint, c’est peut-être, la parole de Dieu, c’est peut-être, l’onction : cette vérité à laquelle nous adhérons pas notre baptême au moment de l’onction. En tout cas, c’est quelque chose de primitif dans notre histoire, (qui ne remonte pas forcément à notre enfance ou à l’âge bébé) mais quelque chose qui est fondateur, qui fait date dans notre vie.

 

Il y a des événements fondateurs qui ne sont pas toujours des événements qui remontent à nos premiers jours d’existence mais en tout cas, c’est un moment fondateur qui est de Dieu et qui nous a fait naître ; et là encore, nous pouvons naître et renaître, pas uniquement le jour de la sortie de la matrice maternelle ; ça peut survenir bien après.

Ce qui a été semé dans nos cœurs peut être tout à  la fois : l’Esprit Saint, peut être la parole, peut être par notre baptême, l’onction. En tout cas, il s’agit là, de naître de Dieu.

 

Et nous avons dans cet Évangile, (nous sommes un nouveau jour ; quand vous lisez saint Jean, vous allez de lendemain en  lendemain) et aujourd’hui, des disciples de Jean-Baptiste rencontrent Jésus ; entendons cette question : ‘où demeures-tu ?’

‘Venez et vous verrez !’ : la réponse de Jésus.

Nous sommes dans les jours qui suivent Noël, nous sommes toujours dans le cycle de Noël et l’attention que porte la parole de Dieu pour nous, c’est : comment enraciner ce que nous avons célébré, le jour de Noël ?

Comment rester proche de la source à laquelle nous sommes allés puiser à Noël, sans nous en écarter de trop?

Comment continuer à cultiver cette beauté et cette bonté de la crèche sans trop vite, partir au désert ?

 

Ce qui est apporté par l’Ecriture, c’est cette mémoire : faisons mémoire les uns, les autres de ce qui en nous, un jour, nous a fait naître de Dieu. Nous sommes tous nés de Dieu.

 

Qu’est-ce qui, un jour, nous a fait naître de Dieu, comme Jésus est né à la crèche, comme les Mages sont nés de Dieu, comme les bergers sont nés de Dieu ?

Qu’est-ce qui nous a fait naître de Dieu, un jour ?

Quelle a été  notre crèche ?

Qui ?

Qu’est-ce qu’il nous a dit ?

Qu’est-ce qu’elle nous a dit ?

Quel témoignage avons-nous reçu ?

Qu’est-ce qui nous a fait renaître ?

 

Voilà la question et, une fois que nous faisons mémoire de cela, que nous exhumons cette naissance (ou cette renaissance), restons-y, demeurons car là, est le Christ.

 

Amen.


Jeudi 3 janvier 

1Jn 2, 29-3,6 : Vivre en enfants de Dieu.

Ps 97

Jn 1, 29-34 : le témoignage de Jean.

 

Nous sommes dans l’Évangile de saint Jean ; souvenez-vous le jour de Noël, dans nous lisons dans les églises le Prologue, (le premier chapitre de l’Évangile selon saint Jean) et là nous sommes dans une partie de l’Évangile qui est divisé en journées.

Si vous avez prêté attention j’ai commencé en disant : ‘le lendemain, voyant Jésus venir vers lui’.

 

La suite du Prologue (puisque nous sommes à la suite du Prologue,) est divisée en différentes journées qui nous séparent d’un événement important : ce sont les noces de Cana. Le lendemain et puis le lendemain et encore le lendemain et un autre lendemain et nous arrivons aux noces de Cana.

 

Vous savez que dimanche prochain nous allons célébrer l’Epiphanie du Seigneur et que tous les ans, on ne lit pas le récit des mages qui se déplacent  pour voir Jésus dans l’Evangile de Matthieu ; c’est tous les trois ans que nous lisons ce récit.

 

Quand ça n’est pas ‘les mages’, que lisons-nous ?

D’autres épiphanies, d’autres manifestations du Seigneur : nous avons ‘les noces de Cana’et puis, nous avons ‘la transfiguration’.

 Tout ça pour vous dire que, dans l’Évangile de Jean, nous avons plusieurs lendemains qui nous séparent d’une épiphanie (d’une manifestation lumineuse) sauf que la lumière chez saint Jean, la lumière est toute  intérieure, elle n’est pas physique, cette lumière, chez saint Jean. Les noces de Cana sont pour Jean, une épiphanie : il n’y a pas de mages chez saint Jean,  il n’y a pas de transfiguration non plus, chez St-Jean,  il y a les noces de Cana.

 

Ça c’est la première chose, la deuxième chose c’est que nous sommes dans les jours qui suivent Noël, donc on a passé le temps de l’Octave, (les huit jours qui suivent) et je ne sais pas si ça vous fait cela, vous-mêmes mais il arrive qu’un événement auquel on s’est préparé pendant très longtemps (comme par exemple Noël et les quatre semaines de l’Avent), une fois que nous le vivons le plus proche possible, il y a effectivement une joie, sans doute une paix, une vraie rencontre : c’est Noël, on s’y est préparé et c’est vrai pour n’importe quel autre événement.

 

Les jours qui suivent, on prolonge ; c’est formidable mais à un moment donné, le soufflé retombe ; c’est comme si ça paraissait déjà lointain et l’extase ou la grandeur de la rencontre vécue, tout d’un coup semble s’évanouir et on se dit alors : ‘mais où est le Seigneur  ?

Seigneur, Seigneur, je t’ai rencontré mais où es-tu ?’

C’est précisément l’objet de cette semaine qui nous sépare du 1er janvier jusqu’à l’Epiphanie.

 

Comment faire pour garder tous les fruits glaner le maximum de miettes de ce que nous avons vécu à Noël, ne pas le perdre mais installer Noël dans toute notre année ?

 

 C’est comme si nous étions un maraîcher qui va conserver un certain nombre de légumes le plus longtemps possible (je ne compare Noël à un légume) mais comment garder le plus longtemps possible les fruits de ce que nous avons vécu ?

 

Et là, la rencontre entre Jean-Baptiste et Jésus est précieuse. D’ailleurs, si vous vous en rendez compte, dans le texte que nous avons lu, il n’y a pas de rencontre (il y en a eu une mais nous n’en sommes pas témoins, c’est raconté comme par exemple pour le baptême lui-même : ‘il n’est pas vécu’, il est raconté).

 

La deuxième chose c’est que Jean-Baptiste dit, au moins deux fois, qu’il ne connaît pas Jésus, qu’’il ne le connaissait pas’.

Ça détonne un petit peu avec ce qu’on devine avec les autres Évangiles : Jean-Baptiste et Jésus seraient cousins, forcément ils auraient vécu un temps ensemble : ‘Je ne le connaissais pas’.

Et puis, nous avons cette mention de l’Esprit Saint, l’Esprit Saint qui descend sur Jésus au moment de son baptême et qui révèle Jésus.

 

Tout ça pour se dire que nous-mêmes, à Noël nous nous sommes approchés de très près mais nous ne pouvons pas arrêter notre histoire, nous n’avons pas pris la place de Jésus et Jésus n’a pas pris la nôtre.

Il n’y a qu’une seule façon de faire durer cette illumination de Noël, c’est en prenant la ferme résolution, la grande décision de toujours demander pour nous, l’Esprit Saint car l’Esprit Saint c’est les rayons de la lumière, c’est les fruits de Dieu lui-même, c’est ses dons. Jésus n’a pas pris notre place, nous n’avons pas pris la sienne mais en revanche, nous pouvons être très proches de lui et avec lui par ses fruits, par son rayonnement : ce sont les fruits de l’Esprit Saint. Il faut le réclamer pour nous-mêmes.

 

Nous ne pouvons pas être comme Jésus mais nous pouvons vivre de ses fruits : sagesse, intelligence, bonté, grâce, discernement, paix et prendre la résolution de demander (et de vouloir recevoir) l’Esprit Saint ; ça nous en avons le pouvoir et nous pouvons le faire toute l’année et ainsi les fruits de Noël, nous continuons à les recevoir toute l’année.

Pas besoin d’attendre uniquement le Noël suivant, pas besoin de se morfondre toute l’année en disant : ‘oh là là, c’était beau Noël, c’est fini !’. Non !

Chaque fois que je demande l’Esprit Saint avec l’intention de le recevoir, c’est Noël.

 

 Jean-Baptiste ne connaissait pas Jésus, dit-il : ‘je ne le connaissais pas’ mais il a reçu les fruits (du moins il a été témoin de la puissance) de l’Esprit Saint. Il a connu de Jésus, son rayonnement, son énergie, il en a vu sa gloire et c’est ce que nous voyons à Cana, c’est ce que les mages ont vu et c’est ce que nous voyons à la transfiguration : la gloire de Jésus c’est ce que nous vivons chaque fois que nous demandons l’Esprit Saint.


Mercredi 2 janvier : st Basile

1Jn 2, 22-28 : Se garder des antichrist.

Ps 97

Mt 2, 1-12 : La visite des mages.

 

Vous savez que c’est une des raisons pour lesquelles cet Evangile a été choisi par la liturgie en cette mémoire, aujourd’hui : ‘celui qui observera et enseignera tous les commandements, sera déclaré grand dans le Royaume des cieux’ : c’est parce que ce Basile ‘est surnommé grand’ et pour cette raison.

Nous sommes au IVe siècle, les pères de l’Eglise ont un nom qui correspond à ce qu’ils laissent paraître d’eux-mêmes : leurs qualités pastorales et intellectuelles, doctrinales ; il a été reconnu ainsi, grand comme par exemple, Jean Chrysostome (‘bouche d’or’ en grec : il devait parler très bien, une grande éloquence).

 

Nous avons célébré hier sainte Marie, Mère de Dieu, l’occasion de nous redire que Jésus est né d’une femme et en naissant d’une femme qui était soumise à la Loi, il a montré par ce geste majestueux de descendre, de quitter le rang qui l’égalait à Dieu, se vider tout entier, se faire l’un des nôtres, il s’est mis sous le joug de la Loi et a transformé cette Loi pour qu’elle ne soit plus la loi du péché mais la loi de la grâce : ça c’est des mots de la théologie mais c’est pour rejoindre une réalité que nos frères orthodoxes (tous les mystiques et les priants vivent) c’est de dire que celui qui a l’expérience de la vie, même s’il est pieux, a l’impression qu’il y a une loi en lui, qui agit : qui est une loi de la répétition et la répétition de ce qui peut attacher et aliéner, la loi du péché, si vous le voulez.

 

La loi dont il est question dans la bouche de Jésus, c’est la Loi de Moïse qui n’est pas une loi de péché mais d’après saint Paul, cette Loi de Moïse révèle le péché, (nos habitudes si vous voulez) : ce qui est torpeur en nous-mêmes, ce qui nous empêche de nous élever, c’est un peu comme les lests, les poids des montgolfières qui les empêchent de s’élever vers le ciel.

 

Toute personne qui a l’expérience de la vie, (qui est un adulte par définition et non plus un adolescent), voit bien qu’il y a des choses un peu récurrentes.

 Il y a des grandes personnes qui ne le voient pas (elles pensent que ce sont les autres) pourtant c’est bien en soi-même. Et pourtant, dire tout ça, ça ne veut pas dire que Dieu n’agit pas, ça ne veut pas dire qu’il ne s’est pas s’incarné, ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas de grâce, qu’il n’y a pas de don qui nous soit fait ; il y a au contraire, une sorte de dynamique vertueuse, de spirale ascendante que nos frères orthodoxes appellent l’illumination, le flamboiement : plus je vais, à force de volonté et de confiance (c’est-à-dire que ce n’est pas moi qui suis ma propre loi, ce n’est pas moi qui suis l’auteur de mon propre salut : je ne suis pas le Créateur et je ne suis pas le bon Dieu (même si je suis bon et que je me prends pour un dieu !), je ne suis pas le bon Dieu ; à force d’habitus

et de volonté et de remise entre les mains du Père, peu à peu cette attache à ce qui me cloue au sol, s’ouvre.

Cette attache se libère et donc je m’élève : plus je m’approche du Christ, plus je change ; plus je vais lire l’Évangile et le mettre en pratique, plus je vais me transformer ; plus je vais approcher de l’Esprit Saint, plus l’Esprit Saint va me sanctifier. C’est aussi simple que ça mais encore faut-il le vivre.

 

C’est pour ça que si vous souhaitez recevoir beaucoup de dons du Seigneur et des autres,  si vous voulez recevoir beaucoup d’amour et beaucoup de pardon des autres, pardonnez et aimez : c’est un cercle vertueux.

 

C’est ce qu’a vécu Marie : c’était une femme soumise à la Loi parce que Marie n’était pas Dieu mais par son Fils a été élevée (et on célèbre d’ailleurs, son Assomption).

Quiconque, un peu comme Moïse, s’approche de Dieu, va rayonner mais il ne faut pas sous-estimer la loi de la chair dans nos vies ; c’est la raison pour laquelle Jésus nous dit : ‘quiconque enseignera l’un de ces petits commandements, sera petit’.

 

Alors, si on veut continuer un peu les métaphores autour de Noël et autour de l’Esprit, autant vous proposer cette citation du livre d’Isaïe : (vous savez que nous avons coutume pendant le temps de l’Avent, de nous mettre à l’école de l’Ancien Testament et de tout ce qui annonce le Messie) un des attributs du Messie c’est d’être le fruit de l’arbre de Jessé.

De Jessé va jaillir le sauveur, David lui-même et son fils, Jésus (pour nous).

Eh bien, dans ce livre d’Isaïe au chapitre 11, vous avez cette fleur de la souche de Jessé qui s’ouvre avec sept dons et ce sont ces sept dons que je vous souhaite, aux uns et aux autres, les sept dons de l’Esprit : Sagesse, Intelligence, Connaissance, Piété, Conseil, Force et Crainte (crainte du Seigneur : adoration filiale) ; je vous le souhaite : plus je demande l’Esprit Saint, plus cet Esprit va agir en moi.

Plus je serai proche de ce Dieu qui s’est fait homme et qui me divinise, qui m’élève, plus je vais l’aimer et sans jamais perdre contact avec ma propre chair et mon propre sol.

 

Amen.