Homélies des mois de Juillet à Décembre 2017


Dimanche 31 décembre : la sainte Famille

Gn 15, 1-6.21, 1-3 : les promesses de l’alliance divine. Naissance d’Isaac.

Ps 104

He 11, 8.11-12.17-19 : La foi exemplaire des ancêtres.

Lc 2, 22-40 : Présentation de Jésus au Temple. Vie cachée de Jésus à Nazareth.

 

Chers amis, est-ce que vous vous souvenez que le dimanche qui suit Pâques, c'est le dimanche que l'on appelle le dimanche de la divine miséricorde ?

Et nous avons au centre de ce dimanche, la figure de Thomas, (présenté un peu, comme ça, rapidement) comme l’incrédule qui va naître à la foi, à la foi de Pâques ; reconnaissant que, dans la mort et la résurrection de son Seigneur, il a été rejoint au plus profond de son péché et de son incrédulité et le voilà sauvé : dimanche qui suit Pâques.

 

Et là, nous sommes le dimanche qui suit Noël : on l'appelle le dimanche de la sainte Famille.

Ce qui nous est donné en exemple, je l'ai dit dans l'oraison qui a introduit cette messe, il nous est donné en exemple la famille de Jésus qui peut édifier, autant que possible, nos propres entreprises familiales.

C'est aussi un dimanche de la foi et cette fois-ci, pas la foi en Jésus ressuscité mais la foi dans le Verbe fait chair.

N'oubliez pas qu’au centre de cet Évangile c'est quand même, (celui autour duquel tout le monde tourne) : c'est Jésus et c'est Jésus nouveau-né, présenté au Temple.

 

 Dans la Bible, la foi, évidemment, ça la traverse puisque c'est ce qui est source et centre de notre vie religieuse ; c'est au cœur de la Bible.

La foi est abordée de mille façons avec une multitude d'images et pendant cette période qui nous sépare de Noël à ce dimanche de la sainte Famille, dans les Évangiles de chaque jour, on avait par exemple, (le signe par excellence de la foi : c'est la lumière) la lumière ; la lumière est apparue beaucoup, dans les textes de l'Évangile.

 

Un autre signe qui parle de la foi, (une autre image qui parle de la foi dans l'ensemble de la Bible), c'est l'engendrement.

Abraham, père des croyants, sa foi est exaltée jusque par l'auteur de la lettre aux Hébreux : puisqu'il a cru, la promesse lui a été faite d'une descendance nombreuse et cette descendance nombreuse est arrivée.

Cette descendance, il ne l'a pas connue, (à part Isaac) mais cette multitude nombreuse est bien  arrivée.

Tout ce qui est relatif à l'engendrement,

à la descendance,

à la transmission,

à la transition,

à tout ce que nous laissons derrière nous et qui fructifie malgré nous et après nous, dans la Bible, a quelque chose à voir avec la foi.

 

Jésus aussi a quelque chose à voir avec la descendance puisqu'il est de la descendance de David par Joseph et en Marie.

Mais à partir de Jésus, cette affaire de descendance s’arrête : Jésus n'a pas de descendance (du moins pas de chair et de sang) ; la descendance de Jésus est tout autre : dans l'Esprit Saint, il engendre les croyants.

Jésus mène à sa perfection la foi de d’Abraham ; cette fois-ci, ça n'est pas par une postérité née de femmes, c'est dans l'Esprit Saint : il appelle à lui qui il veut et qui sont-ils ?

Ce sont des pauvres, même les disciples sont des pauvres.

 

Que sont les pauvres dans l'Évangile ?

Ce sont ceux qui ont conscience de leurs péchés, ce sont ceux qui sont dans la lumière et ces pauvres-là grandissent dans la foi avec leurs péchés, progressivement, au milieu d'un monde de riches (qui sont dans l'Évangile, ces pharisiens), riches d’eux-mêmes et de leur orgueil, (absolument pas conscients de leurs péchés).

Donc, la descendance après Jésus se poursuit, mais pas par la chair et le sang mais par cette autre généalogie qui est donnée par l'Esprit Saint.

 

Il y a une façon de voir dans l'Évangile, des hommes et des femmes qui naissent à la foi, ce sont tous ceux qui s'étonnent ; et il y en a beaucoup.

Regardons : dans l'Évangile d'aujourd'hui, (celui qu'on vient d'entendre), qui est-ce qui s'étonne ?

Le père et la mère de l'enfant s'étonnent : "ils s'étonnent de tout ce qui est dit de lui".

L'étonnement c'est la signature de la foi.

 

D'autres s’étonnent, dans l'Évangile : tout ce peuple qui ne voit pas Zacharie sortir du sanctuaire au moment où, précisément, il ne pouvait pas en sortir puisqu’un ange vient lui annoncer quoi ?

Une descendance.

Et puis, la famille et les proches de Zacharie s’étonnent, au moment où il donne le prénom de l'enfant : non pas Octave ni Zacharie mais Jean-Baptiste.

Jean-Baptiste : tout le monde s'étonne.

 

D'autres s’étonnent encore : les bergers et Marie et Joseph, à la crèche ;

 

d'autres s’étonnent encore, ça va être par exemple : lorsque sur la mer agitée, Jésus endormi dans la barque, est réveillé par les disciples : "au secours, nous périssons ! ".

"Mais qui est cet homme, pour que même la mer et le vent, lui obéissent ? "

 

On va s'étonner encore lorsqu'il va redescendre, avec ses disciples, de la montagne de la transfiguration : les disciples ne parviennent pas à guérir un épileptique ; lui, il y arrive.

Mais qui est cet homme ?

Qui est-il, lui ?

 

Pierre répondra à la question : "tu es le Messie, le fils du Dieu vivant".

L'étonnement, je vous le rappelle : signature de la foi.

 

À la résurrection, Pierre s'étonne : le tombeau est vide, les linges sont affaissés.

Et quand il va retourner chez lui, à Jérusalem, en même temps que les disciples qui sont partis à Emmaüs, tous vont s'étonner car ce Jésus, qu'ils croyaient mort et que l'on dit ressuscité, apparaît au milieu d’eux : l'étonnement, signature de la foi.

 

Chers amis, si je fais cette liste devant vous, ce n'est pas pour vous impressionner, c'est pour vous dire qu'en ce deuxième dimanche (donc, ce dimanche qui suit la Nativité) nous sommes invités à nous réjouir de cette foi qui naît en nous et qui grandit comme cet enfant Jésus "qui grandit en sagesse est en taille".

Notre foi est appelée à grandir ; une foi éclairée par cette naissance.

 

Ayons cette foi des pauvres, cette foi des gens qui se laissent guider par la Parole et

cette foi des gens qui, dans l'Esprit Saint, arrivent à discerner les signes de la présence de Dieu et des appels dans leur vie.

 

Nous sommes une communauté de croyants, nous nous mettons dans la lignée d'Abraham ; Jésus mène à la perfection cette foi-là.

Et nous savons que, proches de Jésus, faisant partie de sa propre famille, écoutant sa parole, étant engendrés en lui, par lui, nous naissons et traversons toutes les étapes de notre foi jusqu'à ce que, au petit matin de Pâques, nous puissions dire : ‘rien n'aura raison de ma foi’.

Et dans cette grande famille de croyants, grande et sainte famille de croyants, nous comptons bon nombre de martyrs et de témoins de la foi : ‘saints et saintes de Dieu’ que nous avons célébrés à la Toussaint.

 

Mais soyons modestes : avant de nous prendre pour des saints et des martyrs, mettons-nous à côté de Jésus et comme lui, grandissons en sagesse et en taille.

Que notre foi grandisse, se laisse mûrir sous le soleil de Dieu, se laisse enseigner par la Parole et guider par le souffle léger de l'Esprit.

 

Amen.


Lundi 25 décembre : Jour de Noël

Is 52, 7-10 : Annonce du salut.

Ps 97

He 1, 1-6 : Grandeur du Fils de Dieu incarné.

Jn 1, 1-18 : le prologue.

 

En cette nuit très sainte, il nous a été donné de contempler ce petit enfant nouveau-né, emmailloté et déposé dans une mangeoire et la Bonne Nouvelle de la nuit, c'était de se dire : ‘au cœur de nos existences morcelées, Dieu nous donne l'éternité, pour nous, qui accueillons cet extraordinaire don, (un cadeau, une grâce, de la gratuité que Dieu vient infuser dans nos vies) et ça produit l'éternité : c'est le cœur de cette Bonne Nouvelle.

Mais le centre, c'était ce nouveau-né emmailloté dans une mangeoire.

 

Il y a quelque chose qui est très tendre, qui renvoie à nos existences ou à l’expérience que nous avons des enfants et de la simplicité ; beaucoup d'émotions aussi dans cette nuit de Noël.

 

Le jour, ce matin, nous sommes peut-être dans des choses un tout petit peu plus cérébrales avec un autre souvenir (ce n'est plus le souvenir de saint Luc), c’est celui de saint Jean, qui ne raconte pas le merveilleux de la naissance de Jésus, mais on sent que saint Jean a davantage ruminé, médité sur cet événement et il nous livre (ce que nous venons d'entendre), une méditation à partir de deux images : la première image, c'est le Verbe (difficile d'ailleurs d’illustrer) et la deuxième image : c'est la lumière.

 

Vous savez que, dans l'ensemble du Nouveau Testament, on ne dit pas de Jésus qu'il est seulement Jésus (d’ailleurs, pendant le temps de l’Avent, on a appris qu'il pouvait aussi s'appeler : Emmanuel).

Ce Jésus, au moment de la résurrection, va commencer aussi à dire de lui qu'il était Seigneur, Christ et Seigneur.

On sait aussi de ce Jésus, au moment du vendredi Saint, qu'il peut être appelé l’agneau, l’Agneau de Dieu ; je peux continuer la liste : quand on lit l'Évangile de Matthieu et qu'il y a le songe à Joseph (vous savez qu’il n'y a pas d’Annonciation à Marie, il y a le songe à Joseph, chez Matthieu), on apprend que cet enfant qui va naître, il va s'appeler ‘fils de Dieu’ et ‘fils de David’, voilà d'autres noms donnés à Jésus.

On pourrait continuer encore la liste et nous avons,  ailleurs dans  l'Évangile, d'autres noms ; on pourrait dire de lui que c’est le Nom : "pas d'autre nom au-dessus de ce nom-là" ; "devant lui, tout genou fléchit ; c'est le Nom (avec un n majuscule).

Et nous avons le chemin, la vérité, la vie : Jésus est le chemin, la vérité, la vie.

Et ce matin, on dit de lui, qu’il est ‘lumière’ et qu’il est ‘Verbe’.

En réalité, si vous tournez les pages du Nouveau Testament, vous verrez, j’ai compté 65 noms différents donnés à Jésus (je ne vais pas tous vous les citer; 65 noms!)

 

 Mais restons sur ces deux-là : Verbe et lumière.

"Au commencement était le Verbe et le Verbe était auprès de Dieu et le Verbe était Dieu.

Il était au commencement auprès de Dieu".

"Et le Verbe s'est fait chair et il a habité parmi nous".

Nous entendons aussi dans une épître que nous n'avons pas lue ce matin, mais qui est aussi de saint Jean, (la première) : "Ce qui était depuis le commencement (dit encore saint Jean) ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé, ce que nos mains ont touché du Verbe de Vie, nous vous l’annonçons".  

Dans l'Apocalypse, on dit qu'il est encore le Verbe de Dieu, le Verbe ; (vous voyez, ce n'est pas inédit mais peut-être que nous ne sommes pas habitués à ça) ; le Verbe et la lumière.

"En lui était la vie et la vie était la lumière des hommes, la lumière brille dans les ténèbres et les ténèbres ne l'ont pas arrêtée".

"Le Verbe était la vraie lumière qui éclaire tout homme".

Et puis, Jésus dit ailleurs, chez saint Jean, (chapitre huit) : "moi, je suis la lumière du monde ; celui qui me suit, ne marchera pas dans les ténèbres mais il aura la lumière de la vie".

 

 Brièvement, que retenir de ces deux images ?

 Pourquoi le matin de Noël, dans la liturgie, accueillons-nous ces deux images : Verbe et d'une lumière ?

C'est qu'il n'y a pas de Verbe, sans pensée et sans bouche qui l’ont prononcé ; il n'y a pas de lumière sans source lumineuse.

La lumière, on en voit les effets, les rayons, les reflets (regardez le soleil et vous allez vous aveugler).

Mais vous pouvez voir la lumière que projette le soleil.

 

On peut regarder une bougie; une bougie va nous éclairer aussi et nous allons en regarder les effets.

Il y a toujours une source à la lumière et il y a toujours une source au Verbe, ce sont les lèvres qui l’ont prononcé ou la pensée qui l'a formulé.

 

Les tous premiers chrétiens, au III siècle, ont médité sur ce que ces images nous disent de Dieu.

. Hier, nous étions émus devant ce petit enfant ; aujourd'hui, nos cœurs remontent à la source.

Ils quittent progressivement cet enfant pour remonter vers Celui qui en est la source, comme on remonte du Verbe aux lèvres et comme on remonte de la lumière à sa source.

 

Et qui est la source de ce petit enfant, qui en est l'origine, sinon le Père ?

Vous voyez que nous contemplons ce matin, à la fois ce petit enfant de la crèche mais aussi, le Père et la relation qui les lie tous les deux : Père et Fils.

Le Père envoie son Fils et le Fils se laisse envoyer par le Père : "pour notre salut, il descendit du ciel".

 

Et tout ce temps qui va suivre Noël, ces huit jours, cet Octave, c'est une belle méditation sur ce que nous ne voyons pas : le Père.

 

Amen.


Dimanche 24 décembre : veillée de  Noël

Is 9, 1-6 : La délivrance

Ps 95

Tt 2, 11-14 : Fondements dogmatiques des exigences chrétiennes.

 Lc 2, 1-14 : Naissance de Jésus et visite des bergers.

 

Chers amis, acceptons cet Évangile que nous connaissons bien (peut-être trop bien, en fait), acceptons-le comme une image ultra-contemporaine de ce que nous sommes les uns, les autres ; comme dans un miroir, osons regarder dans cet Évangile, tout ce qui constitue nos paradoxes, nos contradictions.

 

Regardons de près : dans cet Évangile, nous avons d'abord d'un côté, (un peu comme une sorte de décor), quelques gouvernants, des puissants (on parle d'Auguste, on parle de Quirinius et en filigrane, quiconque lit le texte dans l'Évangile, (avant et après), entend aussi parler d'un certain Hérode.

 Il y a quelques intérêts disséminés à tous les étages de la hiérarchie impériale romaine, qui sont rapportés dans ce texte et puis il y a un recensement.

 

Il y a aussi dans ce décor, l'indifférence des habitants de Bethléem.

Voyons peut-être quelque chose qui serait de l'ordre de ce que l'on appellerait : la superficialité, l'éphémère, le provisoire, le morcelé, l'éparpillement, quelque chose qui serait de l'ordre d'un petit peu du pouvoir, de nos propres prétentions.

 

Et puis de l'autre côté, nous avons comme en avant-scène, toute autre chose : une mangeoire, des bergers, un vaste ciel, un ange, des anges.

On devine des animaux dont on ne parle pas et voyons peut-être dans cette avant-scène, toute autre chose que ce que le décor nous disait :

Voyons-y, dans cette avant-scène, (dans cette crèche, cette mangeoire, ces bergers), voyons-y quelque chose qui serait de l'ordre qui serait de l'ordre du nécessaire, de l'hospitalité, quelque chose qui serait de l'ordre du beau, de l'amour, du permanent, du ferme ;

voyons-y quelque chose aussi de l'unique.

 

Et puis au centre, entre les deux (entre l'avant-scène et le décor), il y a un signe (d'ailleurs c'est le mot qui est employé : un signe).

Un signe, on en voit tous les jours quand on prend, par exemple, sa voiture : on voit des panneaux, on voit des lumières rouges, oranges et vertes, on voit des choses qui clignotent ; et là, c'est un signe tout différent : un bébé allongé, emmailloté dans cette mangeoire.

 

Nous avons en face de nous Halima et Thierry, qui nous figurent Marie et  Joseph et puis, on a un vrai bébé qui nous figure ce nouveau-né, emmailloté dans une mangeoire.

 

Qu'est-ce que ce signe veut nous dire ?

On est invité à l'accueillir comme la chose suivante : ce Jésus, Dieu fait homme, il est d'abord cadeau tout gratuit et amour.

C'est un signe de ce qui est l'inconditionnel, ça nous est donné sans aucun mérite.

Voyons dans ce signe autre chose que le prolongement d'un rêve personnel.

 

Alors pourquoi tout ceci nous ressemble-t-il ?

Pourquoi ce paradoxe, ce décalage entre le décor et l'avant-scène, ce signe ?

Parce que je crois que cet Évangile est pile au cœur de nos faims et de nos soifs.

Alors que nos cœurs lorgnent sans arrêt vers ce qui est de l'ordre de l'éphémère et du provisoire, il regrette bien souvent, il se fatigue de ne pas être suffisamment du côté du beau, du bon, de l'amour.

Peut-être nos cœurs sont-ils (et c'est le sens de la fête de Noël, quand nous célébrons le Dieu fait chair), bien souvent trop du côté du pouvoir et qu'ils peinent à se fixer du côté de ce qui est humble.

C'est ce combat intérieur qui marque qu'il y a un manque de gratuité et c'est bien notre paradoxe : nous aimons Dieu qui nous redit qu'il est gratuit alors qu'au fond, en nous-mêmes, il manque de cette gratuité-là.

 

C'est pourquoi nous sommes des êtres de joie et de tristesse.

Nos tristesses sont souvent pleines de ce à quoi nous aspirons; elles sont rarement complètement gratuites.

Ces joies tendues sont des joies voulues et pas toujours des joies reçues.

 

Pourvu que nous ne restions pas trop collés à nos rêves et que nous nous mettions en route comme ces bergers qui se sont mis en route vers le centre de la scène, vers Jésus le Sauveur.

Pourvu que nous ne regrettions pas trop longtemps, de ne pas être suffisamment des êtres de gratuité et pourvu qu'enfin, nous y allions, du côté de cette gratuité, que nous la recevions, que nous la partagions, que nous l'offrions.

 

Chers amis, ce soir, se mettre en route vers le Sauveur, celui qui nous est offert sans aucun mérite, c'est peut-être ce qui nous émeut le plus ; nous ne sommes sans doute pas parmi les pauvres dont nous parlions tout à l'heure, nous ne sommes peut-être pas parmi les malades et les isolés dont nous parlions tout à l'heure ; (il y en a peut-être quelques-uns parmi nous) mais nous pouvons devenir des êtres de plus grande gratuité et réjouissons-nous que Dieu nous permette de l’être.

 

Comme le petit Daniel, dans le conte que nous allons encore entendre pendant cette messe, mettons-nous en route ; mettons-nous en route, ces jours qui suivent et toute l'année, pour de vrais ‘ce n’est pas un rêve’ ‘c'est possible’.

Mettons-nous en route vers le Sauveur, vers celui qui est tout gratuit, vers celui qui est la liberté offerte, vers celui qui est l'amour.

Mettons-nous en route, n'ayons pas peur, c'est possible, c'est possible, c'est possible.

 

Demandons-le au Père du Ciel : que nous prenions la place de cet enfant dans la crèche; que le Père vienne nous faire la grâce d'être parmi ses enfants.

 

Amen.


Dimanche 24 décembre : 4° dimanche de l’Avent

2 S 7, 1-5. 8b-12.14a.16 : Prophétie de Nathan.

Ps 88

Rm 16, 25-27 :

Lc 1, 26-38 : l’Annonciation.

 

Commençons par la première lecture : un extrait du deuxième livre de Samuel.

Le roi David est comme arrivé à une forme de terme, le voici tranquille.

Il pense à organiser une sorte de stabilité et de permanence : c’est un roi qui faisait la guerre, il avait avec lui tout un peuple qui sortait à peine du nomadisme et il s'interroge (comme vous l'avez entendu) : il veut construire une maison pour le Seigneur ; entendez par-là un temple, soit de bois soit de pierre mais il veut organiser la stabilité et de son peuple et de Dieu au milieu de son peuple et vous avez entendu la réponse que lui fait le Seigneur : "non ! non ! David (à travers le prophète Nathan), ce n'est pas toi qui va organiser ma maison, ce n'est pas toi qui va assurer la permanence de ma présence au milieu de vous ; c'est moi, le Seigneur !

 Je te construirai une Maison" ; entendez par-là non pas une maison de pierre ou de bois mais une descendance.

Nous voici renvoyés un petit peu comme pour Abraham : "je ferai de toi une multitude", un peuple multiple, une nation nombreuse : "tu auras une descendance aussi nombreuse que les étoiles du ciel ou le sable, au bord de la mer".

Au fond, c'est la même promesse que le Seigneur fait à David, à travers le prophète Nathan.

Entendons donc par-là que cette descendance va être assurée plusieurs générations plus tard en Jésus, à travers Marie mais surtout à travers Joseph, qui est de la Maison et de la descendance de David.

 

Nous sommes en train de raccrocher les wagons.

Quatre dimanches de l'Avent pour nous préparer à Noël, quatre dimanches où nous nous sommes préparés à vivre ces fêtes et où notre attente est évangélisée: nous nous mettons à l'école de celles et ceux qui, dans l'Ancien Testament, attendaient, avant nous.

Et voici cette attente, la voilà maintenant raccrochée au texte que nous entendrons ce soir dans la fête de la Nativité : Joseph, qui est de la Maison et de la descendance de David emmène Marie, qui n'a pas encore accouché, à Bethléem, la cité de David "car il était de la Maison et de la descendance de David" et ils doivent aller à Bethléem pour ce fameux recensement.

 

Nous avons cet Évangile, que nous accueillons pratiquement à toutes les fêtes mariales, cet Évangile que nous accueillons, nous l'avons accueilli récemment en plein cœur de l’Avent, pour la solennité de l’Immaculée Conception : c'est l'Annonciation.

Et avec l'Annonciation, nous entrons dans ces Mystères joyeux (pour ceux qui prient le rosaire : l'Annonciation, la Visitation, la Naissance de Jésus, la présentation de Jésus au Temple et le recouvrement de Jésus au Temple).

C'est peut-être moins Marie, (celle qui dit ‘oui’) que nous accueillons que Marie qui elle aussi, a attendu.

 Elle est comme tout son peuple, elle attendait la réalisation des promesses et alors que  nous pouvons imaginer Marie, affairée à ses tâches quotidiennes ; voici qu'elle est prise par surprise : l’ange lui annonce qu'elle va être la matrice du Sauveur.

Voilà, ça vient aussi toucher nos propres attentes ; nous sommes rejoints dans notre attente.

 

Et puis maintenant, avec cette deuxième lecture, (l’extrait de la lettre de Paul aux Romains) nous voici dans notre présent : cette attente est comblée et s’est révélé un mystère qui était caché pour tous les temps ; le voici révélé (nous le savons) à Noël et nous l'avons accueilli ; un mystère gardé depuis  toujours dans le silence, il s'est manifesté.

 

À présent, si vous le voulez bien, je vous invite à donner sens à ces dernières heures qui nous séparent de Noël car normalement, avec ce quatrième dimanche de l'Avent, nous devrions avoir devant nous encore au moins une semaine, avec peut-être déjà les enfants en vacances et déjà quelques petites activités pour mieux nous préparer à Noël.

Et là, nous n'avons que quelques heures.

Je vous propose quelques petites pistes pour vivre ces dernières heures, afin que nous n'entrions pas ce soir dans une célébration, de manière essoufflée, un peu fatigués par ces derniers préparatifs.

 

Comment faire pour que, ces dernières heures d'attente fassent de nous des personnes toute prêtes à accueillir celui qui est don de Dieu, pour nous ?

Un peu à l'image de Marie.

Dans ces dernières heures, je vous invite à créer une atmosphère propice.

Celles et ceux qui ont déjà tout préparé, tant mieux pour eux: il va falloir combler ces quelques heures.

Dans les décorations que vous allez faire, peut-être dans les cartes de vœux que vous allez commencer à rédiger, si vous n'avez pas encore sorti la crèche de la cave et que vous le faites seulement cet après-midi, soyez dans une atmosphère, pas seulement dans l'accomplissement de quelques rites obligatoires, pour faire plaisir aux plus petits mais faites-le pour vous-mêmes : Vous vous préparez à vivre la venue du Sauveur.

Que tout puisse être dans votre intérieur comme dans une sorte d'alcôve, destinée à recevoir le Sauveur : si vous faites des décorations pour la table, si vous mettez quelques petites choses sur les fenêtres, si vous voulez déjà écrire quelques vœux, si vous voulez préparer quelques petites attentions délicates à vos proches, faites-le, disponibles.

 

Évidemment, si vous avez encore des courses à faire, bonne chance !

Si vous allez à Leclerc ou à Carrefour cet après-midi, bonne chance ! mais vous pouvez encore vous rattraper : priez à la crèche.

La crèche, ce n'est pas seulement le lieu à côté duquel nous mettons les souliers, à côté duquel nous mettrons les cadeaux ; la crèche c'est aussi, pour nous, plus qu'un symbole mais le renvoi à ce Mystère de l'Incarnation.

Priez : normalement Jésus n'y est pas encore mais nous voyons déjà Marie et Joseph, (peut-être parfois, aurez-vous déjà mis les mages), les bergers sont là.

Contemplez-les : ils sont déjà en train de contempler Jésus mais il n'est pas encore présent ; priez à la crèche.

Priez déjà avec vos enfants, si ce n'est pas encore le cas.

 

Si vous êtes de passage, vous avez essayé de réchauffer la maison qui était fermée ces dernières semaines, peut-être avez-vous déjà installés la crèche à votre arrivée ; priez, n'attendez pas ce soir ; commencez par prier aussi cet après-midi, avec eux.

Tous les gestes que vous allez poser, vont disposer vos cœurs : ce n'est pas simplement une affaire de matériel, ça dispose nos cœurs.

Vous allez vivre Noël ce soir, mais vous allez avoir devant vous, 15 jours. Peut-être allez-vous vous partager entre la belle-famille et vos familles (donc cinq jours ici et cinq jours ailleurs) et dans le temps que vous allez avoir devant vous, avant la rentrée du mois de janvier, essayez de vous accorder une petite pause.

Je sais qu'il y en a parmi nous qui vont partir à Bâle avec les communautés de Taizé au moment du 31 décembre-1er janvier ;

 je sais qu'il y en a qui vont aller (les servants d’autel) passer un après-midi à la cathédrale de Troyes le 30 décembre ;

moi-même, je vais aller une journée entière au Mesnil St Loup ;

peut-être allez-vous pouvoir vous accorder une pause, une pause spirituelle, en plein cœur ; pas uniquement pour digérer mais pour mieux vous mettre en face de ce que nous aurons célébré et si vous pouvez le faire cet après-midi, faites-le : une pause.

 

Enfin et c'est peut-être le plus dur : essayons de vivre un peu de gratuité car la fête de Noël, s’il n'y a pas deux secondes de gratuité, on n’accueille rien, on est dans l'accomplissement d'un rite.

Celui qui s'offre à la crèche c'est le don gratuit de Dieu : aucun mérite.

Il ne vient pas nous offrir le cadeau que nous aurions désiré ou souhaité, il vient nous offrir son amour de manière abondante.

Il y a plein de manières de le faire : il y a les cadeaux (que ce ne soit pas forcément des cadeaux qui visent, par exemple, à contenter uniquement nos proches ou attendre d’eux qu'ils soient satisfaits et qu’ils répondent à une attente que nous aurions plus tard, du genre : « ma chérie, je te présente ce petit cadeau ».

La chérie l’ouvre : « oh ! des alliances, c'est formidable ».

« Ma chérie, je te demande en mariage ! » ; pourvu qu’elle dise : oui !

Non, des cadeaux tout gratuits, peu importe, vous n'attendez rien de l'autre : offrez-les lui, comme cela, gratuitement.

Ça peut être tout autre forme de dons : à la sortie de l'église vous trouverez une fois encore, une table destinée à recevoir des produits de première nécessité et des denrées alimentaires qui seront redonnés au Secours Catholique, Restau du cœur et Croix-Rouge : une manière encore d'être dans la gratuité.

Et puis, une autre façon d'être dans la gratuité (et je m'adresse aux petites mains de notre communauté), une façon d'être dans la gratuité, c'est aussi pour nous vivre ces fêtes à partir de ce soir, de manière joyeuse et détendue, un peu comme le prophète Nathan dit à David: "Ce n'est pas toi qui construira une maison au Seigneur".

On a tellement travaillé ces dernières semaines, qu'on imagine que si c'est réussi ce soir, demain et les jours qui suivront, c'est grâce à notre effort (ben oui !) et ben non !

 Si c'est réussi ce soir et les jours qui suivent, c'est grâce à Dieu et peut-être même d'ailleurs que c'est lui qui nous conduit depuis le début ; la gratuité aussi, pour nous, en communauté.

On peut transposer, là encore, par rapport à ce que l'on vivrait nous-mêmes : la dinde au four et les petits fours; si c'est réussi : eh bien, ce n'est peut-être pas qu'à cause de vous ou grâce à vous.

 

 Demandons au Seigneur vraiment, que, ces dernières heures creusent en nous la plus grande disponibilité qui soit.

Je sais que ce n'est pas simple mais c'est ainsi que nous recevrons tous ces dons qui nous sont promis dans cette nuit merveilleuse.

 

Amen.


Mercredi 20 décembre :

 

Si nous prions le chapelet ou  le rosaire, voici le premier mystère joyeux : ‘l'annonce faite à Marie’.

Il est intéressant parfois de la mettre en regard avec l'annonce faite à Zacharie et puis l'annonce faite à Joseph.

En tout cas, entre l'annonce à Joseph et l'annonce à Marie, (donc chez Matthieu et chez Luc), il y a une constante : c'est que celui qui va naître sera fils de David, naîtra d'une Vierge et sera Fils de Dieu, fils du Très-haut.

Nous avons déjà quelques prémices de ce que nous allons fêter à Noël : une grande fête pour nous.

 

Quelques expressions glanées dans cet Évangile et qui peuvent éclairer notre parcours de la journée :

"le Seigneur est avec toi"; c'est l'autre nom de Jésus.

Dans cette première lecture, nous avons entendu : "Emmanuel", ‘Dieu avec nous’.

Dans l'annonce faite à Marie, il s'appelle Jésus mais il est aussi ‘Dieu avec nous’ par Marie : "le Seigneur est avec toi".

Chaque fois que, par exemple, dans une eucharistie, le prêtre dans la salutation (ou dans toute introduction), dit : "le Seigneur soit avec vous", nous pouvons penser à la façon dont il est d'abord avec Marie et par elle, avec nous tous.

Il y a ce mystère de Noël qui traverse toutes nos liturgies, à commencer par : ‘le Seigneur avec Marie’.

 

"Qu'il m'a devienne selon ta parole" : peut-être que la grande différence avec l'annonce à Zacharie, c'est que Marie croit en l'effet de la parole.

Zacharie semble ne pas trop y croire, ce qui produira chez lui une privation de la parole.

Chez Marie, elle semble y croire, ce qui produira non seulement cette grande exultation que nous accueillerons dans les jours qui viennent mais produira toute cette fécondité que nous lui connaissons et qui est à l'origine de notre salut.

 

‘Grâce sur toi’, "comblée de grâce" : ce que nous avons dans notre traduction liturgique : "je te salue, comblée de grâce", presqu’un nom propre que beaucoup plus tard, on superposera à l’Immaculée Conception avec un grand I et un grand C.

‘Grâce soit sur toi’ ; cette même grâce qui était faite à Noé au jour du déluge ; cette grâce faite par lui et à travers lui, à toute l'humanité ; cette grâce faite en Marie et à travers Marie et par la mort et la résurrection de Jésus, à nous tous.

Marie est graciée et peut-être que nous pouvons retenir pour aujourd'hui, que nous avons besoin, pour notre salut et notre joie, de trouver des ressources de gratuité dans notre vie.

Nous avons beau être proches du Christ par notre prière, notre habitude à vivre des préceptes de l'Évangile, pourvu que tout ceci produise en effet des ressources de gratuité comme cela a été en Marie, pour Marie et par Marie.

Amen.


Mardi 19 décembre :

Jg 13, 2-7. 24-25a : L’annonce de la naissance de Samson.

Ps 70

Lc 1, 5-25 : Annonce de la naissance de Jean-Baptiste.

 

Nous sommes conduits désormais, en amont de la naissance de Jésus, après que ce temps de l’Avent nous proposait un certain nombre de textes de l'Ecriture qui se situaient après ; nous voici en amont.

Et il s'agit aujourd'hui, de la conception de Jean-Baptiste.

 

Dans ce texte nous sommes très proches d'autres conceptions miraculeuses et d'autres annonces dans des temps de stérilité et de vieillesse : nous pouvons penser à Abraham et Sarah, Elkana et Anne et puis nous avons cette naissance ou ce destin glorieux, un peu comme Samson, (comme nous l'avons entendu dans cette première lecture).

Il y a bien des allusions à ces différentes épopées de l'Ancien Testament avec quelques singularités qui peuvent être instructives pour nous, ce matin.

 

La première singularité, c'est la place de l'Esprit Saint : saint Luc, (tel qu'il se souvient de ces différents événements), ne manquera pas de montrer que l'opérateur logique c'est l'Esprit Saint.

L'Esprit Saint sera en Jean-Baptiste, cet Esprit Saint viendra de Jésus lui-même, par sa propre conception dans la matrice de Marie ;  cet Esprit Saint, nous le retrouvons dans tout l'Évangile et nous le retrouvons à l'origine de l'Eglise ; cet Esprit Saint, il est à l'œuvre alors que nous sommes en train de voir se tourner une page, pour en écrire une nouvelle : après le temps de la Loi, des prophètes, des écrits, c'est le temps de Jésus.

Et chaque fois qu'une page se tourne, l'Esprit Saint est puissamment à l'œuvre ; quand ce sera le temps de l'Eglise, à nouveau, l'Esprit Saint sera présenté, Luc s'en souviendra, (en tout cas, il n'oubliera pas de nous le rapporter).

 

Nous voyons bien qu'entre Jean-Baptiste et Jésus, c'est l'affaire d'une génération qui tend la main à une autre génération pour la laisser advenir et c'est peut-être la raison de la deuxième singularité : c'est le silence de Zacharie et la discrétion d'Elisabeth.

Elisabeth se cache, Zacharie se tait ; peut-être,  pour que l'Annonciation, la Visitation et la naissance de Jésus prennent toute leur place.

 

Nous sommes dans ces temps de préparation mais nous ne sommes pas uniquement à faire mémoire d'une préparation passée, nous sommes aussi témoins (peut-être pas suffisamment) d'une préparation pour aujourd'hui et demain.

Nos communautés, notre Eglise, (ici et ailleurs), comme elle est divine et humaine, est dépendante de la succession des générations.

Une génération qui laisse sa place à une autre, ce n'est jamais chose facile et c'est peut-être secrètement très angoissant.

 

Il se peut que, lorsque la génération qui doit céder sa place à une autre, est plus nombreuse (en apparence), les crispations sont plus fortes : nous ne voyons pas les jeunes mais nous voyons bien que nous sommes nombreux à être vieux et nous nous disons : ‘mais où sont les jeunes ?’

Ils ne sont peut-être pas là parce qu’ils ne veulent pas prendre leur place, peut-être parce qu’il n'y en a pas, peut-être parce qu’on ne la leur donne pas; tout ceci à la fois.

Pourtant, l'Esprit Saint travaille assurément et au moment où Dieu l'aura choisi, il faudra qu'une génération laisse sa place à une autre et ça se fera dans la foi, forcément dans la paix.

Pourvu que ce soit dans la foi !

Car si nous ne laissons pas l'Esprit Saint faire son œuvre, son œuvre viendra mais il serait dommage que cela se fasse dans ‘les pleurs et des grincements de dents’.

 

Laissons l'Esprit Saint faire son œuvre et n'ayons pas peur de laisser advenir ce que le Seigneur veut pour nous.

Prenons exemple sur Elisabeth et sur Zacharie : l’un se tait, l'autre se cache ; ils ne font pas écran à Celui qui doit venir.

 

Amen.


Dimanche 17 décembre

Is 61, 1-2a.10-11 : Vocation d’un prophète.

Cantique : Lc 1

1 Th 5, 16-24 :

Jn 1, 6-8. 19-28 : Prologue. Témoignage de Jean.

 

Savez-vous quelle est la première personne, dans l'Évangile, à se réjouir très fort (très fort, très fort !) ? 

Saint Jean-Baptiste, dans le ventre de sa mère, au moment où Marie, après avoir entendu l'annonce qui lui a été faite, s'en va avec empressement, jusque chez sa cousine Elisabeth, (la maman de Jean-Baptiste, qui est enceinte) et l'enfant tressaille dans son sein.

 

Voilà, Jean-Baptiste, celui dont il est question dans l'Évangile, est grand mais Jean-Baptiste dit : ‘celui qui doit venir ce n'est pas moi, il est derrière moi, je ne suis pas digne de délier la courroie de sa sandale’.

Il y a comme une sorte de petit suspens sur ‘qui il est’.

En réalité, Jean-Baptiste sait très bien qui il est et il sait très bien où il est et il le sait depuis sa conception.

 

Cette joie profonde de Jean-Baptiste c'est une joie qui va être contagieuse puisque ensuite ça va être celle de Marie, tout de suite après (on a repris ces mots qui ont été chantés par Agnès, en guise de psaume) et puis nous allons avoir la joie des anges,

la joie des bergers,

la joie des mages,

la joie de tous les humbles, (des pauvres de l'Évangile) qui va, à partir même de l'épicentre de la rencontre entre Marie et Elisabeth, va produire la joie de Jean-Baptiste ; cette joie toute spontanée

C’est une joie un peu particulière, j'en conviens.

 

Ce n'est pas cette joie éphémère qui nous fait tant de bien à chacun, un peu lorsque l'on apprend une bonne nouvelle, ça produit la joie (la naissance d'un enfant, de bons résultats aux examens).

C'est une joie certes et c'est une joie qui a une particularité, celle-ci, d'être éphémère, un peu comme dans la parabole du Semeur : ce grain qui tombe dans une terre peu profonde et alors, au premier rayon de soleil, il sèche ; première tribulation qu'il peut rencontrer, dans une vie, cette première tribulation peut avoir raison de ces toutes petites joies qui nous traversent et que pourtant, nous quêtons (nous en avons besoin de ces joies-là).

 

La joie de Jean-Baptiste,

de Marie,

des bergers,

des mages,

des anges

et de tous les pauvres de l'Évangile est une joie plus enracinée et c'est une joie qui est donnée par Dieu et c'est la joie de tous les disciples de Jésus que nous sommes, depuis notre baptême.

Et nous sommes promis à cela.

 

Dois-je vous rappeler ce qui fait le cœur de notre foi ?

Le cœur de notre foi : notre cœur est dur, il est dur, il est dur comme une noix solide ; j'ai, en ce moment chez moi, dans la cuisine, trois noix ; (comme je n'ai pas de casse-noix), d'habitude je tape dessus, elles s'ouvrent et ces trois noix-là, je n'arrive pas à les ouvrir ; c'est un peu comme nos cœurs.

Alors un jour, quelqu'un m'en prêtera un de casse-noix et je pourrai les ouvrir mais c'est un peu comme nos cœurs, c'est le centre de notre foi.

Notre cœur a la drôle d'habitude d'être toujours (toujours, toujours) tourné sur lui-même ; ce qui lui est naturel, c'est cela, ce n'est pas le contraire ; ce qui lui est naturel c'est d'être tourné sur lui-même, notre cœur.

Dans l'Ancien Testament on appelle ça : le péché, la faute des origines, (ça vient de là) ; dans le Nouveau Testament, c'est encore le péché et puis avec le langage moderne du pape François, on appelle ça : un cœur auto-référentiel (c'est la même chose : un cœur tourné sur lui-même) et le noyau de notre foi, c'est de dire : ce n'est pas définitif car il y a à l'intérieur de ce cœur, le secret désir de s'ouvrir, le secret désir de s’ouvrir.

Un cœur qui est comme ça, fermé sur lui comme une noix très solide, c'est un cœur qui a besoin de joie, comme tout le monde et il va avoir peu de possibilités de se réjouir durablement; il va être dans des joies éphémères, comme nous tous.

C'est un cœur qui va avoir la drôle d'habitude de se laisser aller à la vexation,

au désespoir,

à la colère,

au jugement.

Mais il ne veut pas en rester là ; il ne veut pas et la rencontre véritable avec le Christ produit l'ouverture de ce cœur.

 

Vous le savez, le Christ est né ; (je veux dire : à Noël, ça ne va pas être la première naissance de Jésus ; il est né).

Quand vous avez un rassemblement familial pour fêter l'anniversaire de vos enfants, (par exemple), vous ne fêtez pas sa première naissance, vous fêtez l'anniversaire de sa naissance ; il ne renaît pas à chaque fois.

Jésus est né, déjà.

 

Nous, nous attendons de le rencontrer, véritablement, le Christ.

Nous attendons de le rencontrer personnellement et véritablement, c'est notre espérance, notre foi, c'est ce qui nous mobilise.

Dans la prière du ‘Notre-Père’, on dit : que ton règne vienne, que ton règne vienne ; ‘nous voulons vivre cette rencontre avec toi’.

Juste après la prière du Notre-Père, le prêtre va parler de l'avènement de Jésus : nous attendons de vivre cette rencontre avec le Christ ; c’est une rencontre collective et une rencontre personnelle.

Cette rencontre avec lui, produit l’ouverture définitive de ce cœur-là et d’une joie qui ne s'éteint jamais.

Nous sommes promis à cela, c'est notre vocation.

 

Il y a dans l'Évangile une très belle parabole (on ne l'a pas entendue aujourd'hui) c'est la parabole de ce serviteur, à qui le propriétaire d'une maison, confie sa maison, tandis qu'il part en voyage.

Et il faut que ce serviteur continue à porter le tablier du serviteur, qu'il continue à servir la maison car si jamais il s'assoupit ou s'il commence à frapper les uns et les autres dans la maison, gare à lui !

Car le maître de la maison arrivera le jour où on l'attend, le moins : ‘nous ne connaissons pas le jour ni l’heure’.

Nous sommes comme ce serviteur, à qui le maître de la maison confie les clefs ; gardons la tenue de service, demeurons vigilants dans la veille, dans la prière et dans le service, de peur que nos cœurs ne s'endurcissent.

Gardons cette vigilance.

 

 La communauté, c'est extraordinaire parce qu’une communauté, ça peut être comme une sorte de ‘ferme de la joie’.

Vous savez qu'il existe des fermes solaires (c'est pour fabriquer de l'électricité solaire), il existe des fermes urbaines (vous savez à quoi ça sert des fermes urbaines ?

Ce sont des expériences dans les périphéries de grandes villes pour faire croître hors-sol des salades, des tomates etc.).

Une communauté paroissiale peut être une ‘ferme de la joie’, c'est-à-dire que nous nous entraidons à faire grandir et à entretenir cette joie, qui nous est donnée.

 

Prions très fort pour les personnes qui ont du mal à connaître cette joie, ne jugeons jamais car nous en sommes souvent, nous-mêmes : la joie qui dure ne s'invente pas, elle se reçoit.

Et combien parmi nous, portons des souffrances qui blessent notre mémoire et qui nous empêchent d'être dans la joie.

Demandons, si ce n'est pas pour nous-mêmes, demandons pour les autres, que cette joie finisse par arriver dans leurs vies.

 

Amen.


Vendredi 15 décembre :

Is 48, 17-19 : Le destin d’Israël.

Ps 1

Mt 11, 16-19 : Jugement de Jésus sur sa génération.

 

Nous avons dans ce texte, plus qu'une allusion à Jean-Baptiste : Jésus mentionne une fois de plus Jean-Baptiste : nous sommes dans un cycle où  la liturgie nous invite vraiment à regarder cette figure qui nous prépare à la venue de Jésus et Jean-Baptiste, accueillons-le comme (je le disais encore hier) celui qui finit ce cycle qui s'est ouvert avec le prophète Elie et celui qui préfigure ce que sera le Christ.

 

Jean-Baptiste vit une authentique expérience avec le Seigneur et cette authentique expérience, il veut la communiquer.

Or voilà, il se trouve qu’en apparence, cette communication, cette transmission de son expérience avec le Seigneur a l'air d'échouer : il est au milieu des pécheurs et « voici qu'il ne mange pas, il ne boit pas, et vous dites : c'est un possédé » ; un peu comme si ‘des gamins sur une place jouaient des airs de flûte, invitant à la fête ou au deuil et que vous ne réagissez pas’.

Mais, la tentative de communication de cette expérience de Jean-Baptiste, en apparence seulement, échoue car si Jean-Baptiste est une image de ce que sera Jésus, (Jésus aussi va arriver sur la Croix), est-ce que ça a été un échec pour lui ?

Nous savons que non ; ça n'a pas été un échec mais plutôt une source, une source de ce salut qui nous rassemble, ce matin.

La source du salut qui nous rassemble, cet apparent échec sur la Croix est une source de salut.

Si Jean-Baptiste, les hommes et les femmes ne l'ont pas écouté, c'est un apparent échec mais il ne fait que préfigurer ce que sera Jésus.

Alors, il ne sera pas écouté Jean-Baptiste, on lui coupera la tête (souvenez-vous), mais il ne fait que préfigurer cette source de salut que nous fêtons dans chaque eucharistie.

 

À Noël nous allons nous réjouir de la naissance du Sauveur mais vous savez que la Passion n'est jamais très loin ; la Passion n'est jamais très loin : nous fêterons la Saint Étienne (la mort du premier martyre) le 26, le lendemain.

Ce premier martyre rappellera la Passion de Jésus.

 

Une façon de nous redire aussi, quand on se lit ce texte, que Jésus invite à faire dans le cœur de chacun d’entre nous, toute chose nouvelle.

La force de l'habitude, la fermeture à toute chose nouvelle, c'est ce qui nous éloigne de la joie, c'est ce qui nous rend triste et la réciproque est vraie aussi : tout ce qui est tristesse en nous, tout ce qui est fermeture, nous empêche d'accueillir toute chose nouvelle ; c'est notre péché, mais ce péché on peut en sortir, c'est la raison pour laquelle la troisième semaine de l’Avent, est pour nous consacrée à ce temps de conversion et de pardon sacramentel.

Oui, reconnaissons qu’il y a en nous, des léthargies, des immobilismes, des habitudes qui nous empêchent d'accueillir toute chose nouvelle : ‘nous avons joué de la flûte, vous n'avez pas dansé, vous n'avez pas pleuré, vous êtes dans vos habitudes’.

Reconnaissons-le humblement et ainsi ce pardon fera en nous, toute chose nouvelle.

 

Amen.


Mercredi 13 décembre : Sainte Lucie

Is 40, 25-31 : La grandeur divine.

Ps 102

Mt 11, 28-30 : Jésus, Maître au fardeau léger.

 

Le repos qui est promis par Jésus, c'est bien le repos des humbles qui sont dans la joie ; ceux à qui est annoncé le salut au moment de Noël : nous avons Marie,

nous avons Jean-Baptiste,

nous avons les bergers,

nous avons les mages.

Ces humbles et à leur suite, les pauvres de l'Évangile sont dans la joie toute simple toute simple, parce qu’à eux, est annoncé le salut, la venue de Jésus, le Sauveur et ensuite parce que ce Sauveur lui-même s'adresse à eux, notamment sur le sommet de la montagne des Béatitudes.

 

Cette joie des humbles, cette joie simple des pauvres, ça n'est pas une joie furtive qui, dès les premières tribulations, s’évanouit ; c'est une joie qui dure jusque dans les tribulations et qui devient un témoignage pour ceux qui sont dans la tribulation.

Cette joie est un fruit de l'Esprit Saint, nous rappelle Saint-Paul dans sa lettre aux Galates.

 

Voici ce que les tout premiers chrétiens ont découvert : ils ont découvert que ceux qui étaient dans cette joie-là, ces humbles, étaient généreux.

Les tous premiers chrétiens, qui ont fait l'expérience de cette pauvreté et de cette joie, ont aussi découvert qu'il était plus aisé de grandir dans la perfection.

A ces tout premiers Apôtres qui étaient dans le dénuement et dans la joie, il leur a été révélé qu'il était plus facile de vivre dans l'unité.

A ces tout premiers qui marchaient à la suite de Jésus, après la Pentecôte, et qui étaient dans la pauvreté et dans la joie, il leur a été révélé qu'il était plus facile d'être docile aux appels de l'Esprit.

Et à nos frères, tout premiers chrétiens, qui étaient pauvres et humbles, et à qui a été fait le don de la joie, il leur a été révélé qu'il était plus doux d'être fidèle à la vérité.

Peut-être était-ce là, le secret de Lucie, d'ailleurs.

 

A ces humbles, à qui est fait le don de la joie, ces humbles qui se reposent sur les épaules du Christ, qui déposent leurs fardeaux, nous disons merci et nous leur demandons de nous communiquer à nous, aujourd'hui, cette joie, cette joie à l'annonce, dans nos vies, de la venue du Sauveur.

Amen.


Mardi 12 décembre

Is 40, 1-11 : Annonce de la délivrance.

Ps 95

Mt 18, 12-14 : La brebis égarée.

 

Ce texte de l'Évangile nous rappelle que l'Avent est aussi un temps qui comporte une dimension pénitentielle, de conversion et de préparation à fêter l’un des grands mystères de la foi, comme l'Incarnation, pour ce qui est de l’Avent ou comme la Rédemption, pour ce qui est du Carême.

Ce temps de conversion et de préparation a pour avantage de nous réajuster et de nous mettre à nouveau devant la cible et la cible pour nous, c'est le Christ.

Et à chaque fois, il y a une dimension pénitentielle, c'est-à-dire de reconnaissance des manquements ou des errements (nous nous sommes trompés de cible ou de chemin et il nous faut tranquillement, sereinement, dans la confiance, nous remettre face à l'Unique centre qui est pour nous le Christ.

 

Cet Évangile est assez explicite : voici que ce berger qui choisit d'aller à la rencontre de la brebis perdue, nous rappelle Jésus, qui est le bon berger (Jean chapitre 10) et ce bon berger, il se déplace, il va jusqu'à la rencontre de cette brebis et c'est quelque chose que nous célébrons à Noël, puisque le Verbe fait chair, quitte ce rang qui l’égalait à Dieu, pour venir faire sa demeure au milieu de nous et quelques temps plus tard, ça sera, avec la Semaine Sainte, il ira jusqu'à la mort et la mort sur la croix.

 

Mais pour l'instant, nous nous préparons à l'accueillir comme ce Verbe fait chair qui quitte  le rang qui l’égalait à Dieu pour venir faire sa demeure ; de la même façon, que le berger va jusqu'à la rencontre de cette brebis perdue.

Dieu n'a pas peur de se souiller, de se salir les mains, d'aller au contact des pécheurs, des pécheurs que nous sommes et nous sommes sûrs de sa miséricorde.

 

C'est une invitation à vivre non seulement de la joie de la venue de celui qui doit planter sa tente au milieu de nous mais à nous abandonner à la miséricorde qui nous est offerte.

La semaine prochaine, nous aurons l'occasion de vivre le sacrement du pardon, c'est toujours la joie qui est à la clef : souvenez-vous, il y a deux ans, quelque temps avant Noël et durant le sacrement de pénitence qui nous prépare à Noël, nous ouvrions le jubilé de la Miséricorde.

 

Mes sœurs,  il est très heureux que vous ayez fait ce décor, c'est très très beau.

Je vous félicite ; bravo pour ces bougies de l’Avent et pour ces roses, ces fleurs ; vous anticipez la joie de dimanche : « réjouissez-vous ».

 

Et comme l'oraison de ce jour nous y invite (et nous la dirons toute la semaine) ; eh bien oui, la joie (dans la foi) qui nous est promise, c'est de nous laisser rejoindre dans notre misère par ce Verbe qui vient faire sa demeure.

N'ayons pas peur de cette extraordinaire rencontre qui est vraiment le cœur de notre foi.

Ne désespérons pas de notre misère, il vient l'épouser, cette misère ; c'est quand même inouï !

Et ça devrait se voir sur nos visages.

Amen.


Dimanche 10  décembre :

Is 40, 1-5.9-11 : Annonce de la délivrance.

Ps 84

2 P 3, 8-14 : Le Jour du Seigneur. Nouvel appel à la sainteté.

Mc 1, 1-8 : Prédication de Jean-Baptiste.

 

Est-ce que ça vous est déjà arrivé, par exemple, d'être dans un petit groupe et puis, l'un d'entre vous veut raconter une blague, (un peu pour amuser la galerie) et puis, il raconte sa blague et il y en a deux qui ne rigolent pas : l'un de ceux qui ne rigolent pas, c'est parce qu'il n'a pas compris et l'autre, il la connaissait déjà !

Eh bien, c'est déjà beaucoup moins drôle, pas de surprise, il savait qu'elle était la chute.

Ça vous est déjà arrivé ?

Alors ça fait pouf un peu, à la fin ; c'est désagréable !

 

C'est un petit peu comme dans une assemblée, un peu comme la nôtre : il y a les aînés et il y a les plus jeunes et puis les aînés, ils savent déjà tout.

Combien de Noël, a-t-on fêté ?

On dit parfois qu’on fête ses 70 printemps, on peut aussi dire qu'on fête ses 70 Noëls ; donc on connaît par cœur, Noël : « oh ben vous savez ! à l'époque, ce n'était pas comme maintenant !

C'était bien mieux (c'est toujours bien mieux) on allait plus à l'essentiel quand on fêtait Noël, il y a 70 ans : il n'y avait pas tous ces fastes d'aujourd'hui, on avait quelques mandarines et on ne se perdait pas dans ces espèces de fioritures qui, maintenant, sont dans les rayons de supermarché depuis mi-novembre (Vous vous rendez compte ?) »

 

Alors, ça brise tout, parce que Noël c'est merveilleux quand même pour les plus jeunes et c'est autrement merveilleux, c'est autrement, merveilleux.

Voilà, c'est la petite difficulté de faire se correspondre des aînés avec des plus jeunes.

 

Je vous dis à vous mais c'est vrai n'importe où, dans une famille, par exemple, comme dans une société ou une association, n'importe où, c'est le même enjeu : faire se serrer la main aux aînés qui savent tout et aux plus jeunes qui ne savent rien (c'est comme ça que pensent les aînés) et puis parfois les plus jeunes pensent que les aînés ne savent rien et que les plus jeunes savent tout.

 

La liturgie, elle a quelque chose d'extraordinaire (la liturgie, c'est ce que l'on vit en ce moment, là, cette messe, avec les lectures qui se succèdent dimanche après dimanche) c'est que, de temps à autre, on a la possibilité de raccrocher les wagons des générations : les plus jeunes ne sont pas que dans le wagon de queue et les aînés ne sont pas que dans la locomotive ; on raccroche les wagons et ça fait une seule compagnie.

 

Par exemple, sur le thème de l’attente: c’est formidable, la figure de Jean-Baptiste nous aide bien ; et nous aide bien à identifier qu'il y a quelqu'un de plus fort que lui donc il faut attendre pour qu'il arrive et on sait que c'est Noël (et en même temps on sait que Noël on l’a fêté une fois pour toute, il y a 2000 ans).

Oui, mais on attend quand même, on raccroche les wagons tous ensemble : il n'y a pas ceux qui savent et ceux qui ne savent pas, ceux qui ont déjà vécu, ceux qui croient et ceux qui ne croient pas ; on est tous dans une sorte de commencement.

C'est comme cela que l'Évangile, justement commence (on l'entendu) : « commencement de la bonne nouvelle de Jésus-Christ » ; l'attente.

 

J'ai listé, en lisant la presse ces deux,  trois derniers jours, un certain nombre d'attente qui pouvait exister dans la vie courante ; je vais vous les lire, des fois que ça vous évoque des choses car souvent on dit : « oui, l'attente c'est comme un enfant qui attend son cadeau à Noël ! ».

Oui oui, mais il n’y a pas que ces attentes-là ; je vais vous en lire :

par exemple : attendre qu'il ne pleuve plus pour pouvoir mettre son linge dehors (et parfois ça peut être long surtout quand on a plus de linge propre ;

attendre au guichet; (la banque, la poste) ;

attendre un rendez-vous chez le médecin (ben oui Xavier, c'est de plus en plus long et une fois qu'on y est, on attend encore dans la salle d'attente) ;

attendre des résultats d'analyses ou alors les résultats d'un examen  soit médical mais ça peut être aussi un examen scolaire ;

attendre les résultats ;

attendre des nouvelles de nos petits-enfants (quand ce n'est pas de nos enfants !), parfois on peut attendre, l'attente peut être longue ;

attendre à la sortie de l'école qu’on vienne nous chercher ou que nos enfants sortent ;

attendre la rentrée : « oui, super, c'est bientôt la rentrée (of! redouter, la rentrée ;

attendre que la sonnette sonne la fin des cours ou la venue d'un ami à la maison ;

attendre celui qu'on aime ou celle qu'on aime (on entend la porte d'entrée s’ouvrir, les clefs posées dans le vestibule : « t'es là ma chérie ? » «  Oui oui ! »

 attendre le sommeil, parfois c'est long et quand il n'est pas arrivé, attendre de se lever (c'est encore plus long) ;

attendre un enfant, Mesdames, Messieurs, attendre un enfant.

Attendre, vous voyez que ça n’est pas que les petits enfants qui attendent leurs cadeaux à Noël.

 

Au creux de toutes ces attentes-là, au creux de ces attentes, Mesdames, Messieurs, que nous soyons jeunes ou vieux, au creux de ces attentes, quelque chose qui réunit toutes les générations, toutes, la même chose, le même point d’ancrage, la même disponibilité : quand cette attente ne devient pas ennui, au creux de  tout cela pour nous tous, petits ou grands, il y a une fenêtre qui s'ouvre et par cette fenêtre, Dieu vient nous parler.

 

Eh bien, c'est le sens de l'Avent : creuser l'attente ; alors nous, on a de la chance parce qu’on est dans des contrées, où pendant l'Avent, il fait froid et les nuits sont longues mais vous seriez dans d'autres parties du monde, on serait plutôt dans la fête, dans les journées longues.

On a de la chance, nos hiver nous permettent d'avoir des nuits longues, le froid qui nous empêche de sortir, une disponibilité peut se creuser, pour peu qu'on le veuille.

« Préparer, préparer les chemins du Seigneur, il vient le Messie, il vient à votre rencontre » : entendez cette annonce de Jean-Baptiste pour qu’au creux de vos attentes, une fenêtre s'ouvre.

Ne perdez pas patience, ne vous ennuyez pas, au creux de votre attente aussi longue soit-elle, il vient, il vient.

 

Amen.


Vendredi 8 décembre : Fête de l’Immaculée Conception.

Gn 3, 9-15.20 : Le récit de la chute des origines.

Ps 97

Ep 1, 3-6.11-12 : Le plan divin du salut.

Lc 1, 26-38 : L’Annonciation

 

Est-ce que quelqu'un veut bien prêter une pièce de monnaie, Benoît. ou Florence. ou Agnès?

 

Dans cette fête aujourd'hui, on célèbre les deux faces d'une seule pièce de monnaie : côté pile, c'est ce que l'on a entendu dans la première lecture et dans la deuxième lecture ; côté pile, c'est ce qu'on appelle le Mystère du Salut.

Nous avons ce récit de la création du monde, le chapitre trois de la Genèse et nous avons tout de suite après, (ce récit que nous n'avons pas entendu, le péché des origines) : le serpent qui a fait croire à la vivante, dans le jardin, que ce que Dieu disait, était une erreur ; on pouvait ne pas faire confiance à cette  consigne du Créateur.

Hop ! On mange du fruit et tout d'un coup, c'est ce que l'on a entendu, c'est-à-dire : l'un et l'autre se sont découverts nus, ils ont eu honte et voici que commence pour eux, ce que l'on appelle la division.

L’Adam, le Terreux et Ève, la vivante, (ne le prenons pas nécessairement, obligatoirement, comme la création du sexe masculin et du sexe féminin ou d'un genre ou de deux genres), mais prenons-la comme l'humain dans sa complexité, dans sa complémentarité.

Et il se trouve que, tout de suite après ce fameux péché, l’humain est divisé en lui-même : la vivante et le Terreux, voici qu’ils ne se font plus confiance,

voici qu'il y a un doute,

voici qu’à la vivante, il est promis des douleurs

et au Terreux, la souffrance du travail,

des choses qui parlent de  la division de l'humain ; ça peut être la division dans le cœur, comme ça peut être la division de l'humain autour de nous, comme on voit bien qu'on est capable d'être divisé, à petite échelle ou à grande échelle ; de là, est née la division.

 

Mais on n'en reste pas là, puisque dans cette deuxième lecture, (cet extrait aux Ephésiens, que nous avons entendu), en Jésus cette division, cette coupure est recollée, elle est réparée.

Et puisqu'elle est réparée, qu'est-ce que ça produit dans l’humain ?

Ça produit de la louange et ça produit de la bénédiction, ça produit de l'émerveillement, ça produit de la joie.

 

Peut-être vous est-il déjà arrivé par exemple, d'être ravi par une belle chose, une belle rencontre, un événement qui vous a touché (chacun peut dire, chacun aura son exemple) ;

ça peut être une naissance,

ça peut être une visite,

ça peut être un chef-d'œuvre.

Si on a été ravi comme ça, eh bien, combien plus on peut l’être par ce que Dieu est capable de produire dans nos vies, les dons qu’il peut nous faire et ça doit produire de la joie.

Je sais que nous, catholiques, on a du mal à être toujours dans l'expression ravie et radieuse de la joie et on laisse souvent ça, à nos frères protestants (cette espèce de qualité première de se réjouir de ce que Dieu peut produire dans nos vies).

Mais, on est tous chrétiens, nous sommes tous sauvés de la même façon.

 

Sans doute, c'est cette action de grâce qui a pu naître lors de la visite de Marie à Elisabeth (ça, ce n'est pas ce que l'on a entendu).

En tout cas, nous sommes côté pile, des sauvés ; côté face, il nous est donné un modèle de la foi, tout simple, une femme, qui peut être pour nous modèle du disciple, qui peut être celle qui nous touche beaucoup par sa capacité à faire confiance.

 

Je vais vous proposer trois petits points, de comment on peut regarder Marie comme modèle de la foi.

Mais parmi vous, il y en a qui contemplent déjà Marie et qui ont leurs propres certitudes sur Marie ; Marie ne se laisse pas enfermer et en même temps, elle est offerte à tous.

 D'abord, Marie modèle de la foi, dans la question dans cet Évangile : « comment cela peut-il se faire ? »

Elle est modèle de la foi parce qu'elle fait don de sa maigre foi, une foi qui est capable de douter et à un moment donné, une foi qui finit par dire « oui », même si elle ne sait pas forcément ce qu'il y a à la clef.

Alors nous, nous le savons puisque nous connaissons la suite de l'histoire, mais il y a bien des fois, où nous ne connaissons pas la suite de l'histoire dans nos propres vies et il se peut qu'on doute, il se peut qu'on ait peur.

Eh bien, comme Marie, on fait don de notre toute petite foi : ‘je ne sais pas, je ne suis pas sûr… bon allez ! J'y vais’.

 

Un deuxième petit point : Marie est à la fois mère mais elle est aussi disciple ; elle est à la fois mère de son Fils mais aussi disciple ; elle a écouté déjà d'une part, la parole de l’ange mais elle a suivi, elle faisait partie du groupe, présente, jamais trop loin, jamais trop proche ; au bord du calvaire, au pied de la Croix et présente, la veille de la Pentecôte.

Marie, mère et disciple.

Elle nous fait le don de son Fils ; elle ne se l’approprie pas, elle nous l'offre et il devient pour elle, son Seigneur.

 

Troisième petit point : Marie, sa permanence et en même temps, son effacement.

Marie traverse toute la vie de la première communauté chrétienne mais Marie s’efface : « faites tout ce qu'il vous dira » et puis, elle disparaît ; l'Ecriture ne raconte rien de sa mort ; nous savons, dans la tradition, qu'elle est élevée au Ciel ; l'Ecriture n'en dit rien.

Marie est là et Marie finit par s'effacer discrètement ; elle ne prend pas la place de son Fils, elle nous fait le don de sa vie, une vie qui ne s'impose pas, une vie qui s'offre jusqu'à laisser devant elle sur la scène, (elle, qui va se cacher) son Fils.

 

Modèle de foi, mais nous avons peut-être d'autres belles choses qui nous ravissent dans Marie; ça c'est côté face de la même pièce de monnaie.

Je vous invite vraiment à vivre cette fête dans la joie toute simple : ‘oh !voilà ce que Dieu est capable de faire pour nous!

Ce qui fait une communauté toute petite ou grande, c'est la qualité de notre présence et notre capacité à nous réjouir de ce que les autres nous donnent, de ce qu'ils sont, au-delà de ce que parfois, ils peuvent laisser paraître d’eux-mêmes et qui nous agace. ‘Oh !!! Untel, Oh !!! Une telle ! Oui mais derrière, derrière, il y a des trésors’.

Ça c'est la qualité d'une communauté, notre capacité à nous réjouir des dons que Dieu nous fait, à chacun.

On y arrive, depuis notre baptême tous et on y arrivera plus tard : nous sommes en chemin avec Marie.

 

Amen.


3 décembre 2017 : 1er dimanche de l’Avent

 

Mc 13, 33-37

 

Nous voici donc entrés dans le temps de l’Avent. Nous sommes à quelques semaines de Noël. L’Evangile de dimanche nous dit dans quelle disposition le Christ nous invite à vivre ce temps. Restez éveillés, veillez. Ce n’est pas un temps d’attente passive que ce temps de l’Avent. Ce n’est pas le moment de se laisser vivre en attendant que quelque chose de nouveau n’advienne.

Le temps de l’Avent, pardonnez-moi ce mauvais jeu de mot, est un temps où notre regard est invité à se porter vers l’avant, à guetter dans notre vie et dans la vie du monde les petits signes, les petits gestes qui nous disent que quelque chose se prépare, que quelque chose va se passer, que le règne de Dieu arrive. Le malheur de ceux qui sont endormis, c’est qu’ils ne voient plus rien, qu’ils n’entendent plus rien, qu’ils ne désirent plus rien. Celui qui veille, c’est celui qui attend, les yeux fixés sur ce qui bouge dans sa vie, sur les rayons de lumière qui percent dans l’obscurité. Dieu veut prendre naissance en ce monde. Mais nous ne le rencontrons que si nous le désirons ardemment, si nous voulons être avec lui et qu’il soit avec nous. Le temps de l’Avent est donc le temps du désir, un désir qui ne doit pas cesser de se creuser jusqu’à la naissance de Bethléem, le temps du rendez-vous de Dieu avec l’humanité.

Nous savons tous que notre désir peut être orienté de différentes manières. Il peut aspirer à une satisfaction immédiate. C’est le cas, lorsqu’il s’agit d’addictions qui nous bouleversent et nous accablent. Il y a malheureusement des personnes pour qui l’univers se résume à la série d’addictions qui les habite : alcool, drogue, sexe, pouvoir. Ceux-là restent à l’écart de la rencontre plus profonde qui comble une vie, de la rencontre du Christ, chemin de vie et d’espérance.

Vous le savez, aujourd’hui nous adoptons pour la première fois la nouvelle version du Notre Père. Le changement est minime dans les mots : de « ne nous soumets pas à la tentation », on passe à « ne nous laisse pas entrer en tentation ». C’est peu de choses, mais qui ne sont pas sans signification aujourd’hui, en égard à ce que représente l’Avent. La tentation correspond à ce désir frelaté, si vous me permettez l’expression, que nous évoquions tout à l’heure, à la recherche de satisfactions immédiates qui ne nous construisent pas, qui au contraire bien souvent nous détruisent. Il est donc légitime de demander à Dieu, non seulement qu’il ne nous laisse pas nous enfermer dans toutes ces impasses, mais qu’au contraire il nous aide à retrouver le chemin du rendez-vous avec lui, seul rendez-vous qui puisse nous structurer, nous construire définitivement. Le défi pour nous c’est d’accepter l’état de veilleur, d’accepter d’attendre, encore une fois de manière active, de prendre le temps et de redécouvrir ce Christ qui entre dans nos vies, redécouvrir ce qu’il veut nous apporter, redécouvrir la puissance de l’amour qu’il donne et qui veut transfigurer nos vies. Ce n’est pas une attente où on se morfond, mais un temps qu’on prend pour creuser non seulement notre désir de Dieu, mais notre fidélité à lui, à son Evangile, à son commandement de l’amour.

Nous sommes dans une région agricole. Les agriculteurs sont particulièrement bien placés pour comprendre ce qu’est cette attente. Il y a tout un temps où la vie travaille en-dessous du sol, une vie qu’on peut difficilement mesurer mais dont on sait qu’elle est là et que nous aurons, le moment venu, à recueillir les bons fruits. De même manière les croyants sont invités à croire en la vie de Dieu qui travaille leur quotidien, à la découvrir, à se laisser transformer pour être toujours plus des disciples qui marchent avec le Christ. Ce temps que nous allons vivre jusqu’à Noël ne doit donc pas être un temps vide. Regardons bien tous les signes par lesquels Dieu se manifeste dans notre quotidien pour nous transformer. Honorons notre présent comme un temps qui nous tourne déjà vers l’avenir.

La seule question qui se pose à nous est comment nous allons rester en éveil pour être au rendez-vous du Seigneur. Cela pourra être en prenant le temps de prier davantage, cela pourra être en prenant plus de temps pour le découvrir dans nos frères, pour vivre des relations moins superficielles avec les autres, en famille, entre voisins. Cela pourra être en étant davantage solidaire de ce qui se passe dans le monde, en ne nous contentant pas de regarder défiler des images à la télévision, mais en nous engageant pour des causes justes. Voilà différentes manières de rester éveillés. Alors Noël prendra tout son sens pour nous. L’enfant de Bethléem est un cadeau, une réponse à notre désir d’un monde renouvelé. Sachons l’accueillir à sa juste valeur.

A chacun de nous d’inventer notre rituel pour être à l’écoute de Celui qui ne cesse de venir et de chercher à entrer en relation avec chacun de nous. Mais cet appel à chacun ne doit pas être un encouragement à l’individualisme. Si chacun doit y répondre, c’est en communauté que nous, chrétiens, devons la faire.

Bonne entrée dans l’Avent donc à chacun de nous et à notre communauté.

 

 +Marc STENGER

Evêque de Troyes


Vendredi 1° décembre :

Dn 7, 2-14 : La vision des bêtes. Vision de l’Ancien et du Fils d’homme.

Cantique : Dn 3

Lc 21, 29-33 : la parabole du figuier.

 

Dans la prière du ‘Notre Père’, nous demandons au Père que son règne vienne, que sa volonté soit faite sur la terre comme au ciel ; ce règne, c'est ce que Jésus promet à tout homme et lorsqu'il parle à ses disciples de ce règne, il va dire : le Père ou ‘notre Père’.

Ce texte, qui est l'avant-dernier de l'année liturgique, nous invite peut-être plus que jamais, à laisser s'évacuer toutes ou un grand nombre, tout du moins,

de nos certitudes,

du trop bien connu,

du ‘ce que l'on a toujours fait’,

ce que l'on sait bien ;

pour laisser poindre peut-être, un peu d'inattendu pour que les interférences ne viennent pas empêcher une bonne réception, par notre cœur, réception de ce que Dieu a à nous dire.

 

C'est toujours difficile lorsque nous sommes dans notre confort et nous en avons besoin : nous sommes à côté de notre poêle, de notre cheminée, nous sommes chez nous.

Bien sûr nous sommes attentifs à ce qui se passe autour de nous mais notre mémoire est complète de tout ce que nous avons accumulé (et qui contribue à notre confort, à notre stabilité, à notre sécurité) : ce que nous avons appris,

ce que nous avons fait,

ce que l'expérience nous a permis de garder

et ce en quoi elle nous a permis d’être en confiance :

les erreurs à ne pas commettre,

les filons qui sont sûrs et qu'il ne faut pas perdre.

 

Et si, quelques instants, nous entendions cette parole : "Ciel et terre passeront, mes paroles ne passeront pas" ?

Sommes-nous sûrs de connaître, effectivement, tous les signes de la venue du Royaume ?

Peut-être pas !

Peut-être que tout ce que nous avons acquis par l'expérience, ne renferme pas du tout les vrais signes de la venue du Royaume.

 

Allez ! Encore un peu de place à faire !

Ou du moins de vide, pour que l'inattendu surgisse.

 

"Le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas."


Jeudi 30 novembre : St André :

Rm 10, 9-18 : la miséricorde de Dieu.

Ps 18A

Mt 4, 18-22 : l’appel des quatre premiers disciples.

 

Dans ces souvenirs que les évangélistes ont de l’appel des premiers disciples, nous avons tout un trésor que parfois, nous ne voyons pas, justement, nous ne regardons pas suffisamment parce que ces textes, nous les entendons à l'occasion des fêtes d'Apôtres, d'évangélistes, (fêtes de colonnes de l'Eglise) et nous voyons dans ces textes, une forme de nomination que Jésus ferait de quelques-uns  parmi d'autres pour qu'ils soient ses proches conseillers, deviennent des disciples et bientôt des Apôtres ; comme si Jésus était déjà en train d'organiser hiérarchiquement son Eglise : il confère des ministères, il appelle des hommes à venir s'instruire, découvrir sa relation filiale au Père et bientôt, il les envoie pour qu'ils soient d'abord, devant lui et ensuite, investis par l'Esprit Saint, qu'ils soient des porte-parole et des témoins de l'amour du Dieu-Père, en Jésus.

Ça, nous le savons mais ce que nous ne regardons pas suffisamment, c’est qu'il y a  beaucoup d'indices de création, de recréation et d’engendrements dans ces textes d'appel et que ceux-ci nous concernent tous, qui que nous soyons, baptisés.

 

Nous ne sommes pas tous des colonnes de l'Eglise, nous ne sommes pas tous promis à être dans un évêché, à Rome ou à être missionnaires ou appartenir à tel ou tel institut mais tous, nous sommes concernés par ces textes de création et de recréation.

C'est la Parole du Père créateur qui crée, qui donne l'existence à la création : « Dieu dit et cela est », pendant sept jours et cette Parole qui est de toute éternité, auprès du Père, vient au milieu de nous ; il est le Verbe, le Verbe fait chair.

Cette même Parole va appeler, cette même Parole va dire et au lieu que se sépare le ciel de la terre et les eaux  de dessus le ciel des eaux de dessous le ciel, vont émerger des vocations, des envois, des appels ; quelques hommes qui travaillent de l'eau, dans l’eau, avec l’eau, vont devenir des pêcheurs d'hommes.

 

Le Père, en Jésus, façonne des existences, il n'est plus simplement à donner l'existence ou à créer la vie ou à créer le ciel et la terre, il façonne des existences et nous avons là : André, Pierre, Jacques et Jean ; les voici façonnés par la Parole.

Et de pêcheurs de poissons, ils vont devenir progressivement pêcheurs d'hommes ; d'appelés, ils vont devenir envoyés ; mais c'est vrai pour chacun d'entre nous.

 

La Parole qui résonne à nos oreilles et à nos cœurs, celui que nous appelons Jésus, celui qui se donne sensiblement à nous dans les sacrements, il est d'abord façonnage de notre existence et nous ne sommes sans doute plus aujourd'hui ce que nous étions hier, avec l'intime conviction que nous serons demain encore autres car, un fils ou une fille de Dieu grandit.

 

Et le deuxième élément que l'on peut voir dans cette mémoire que Matthieu a de l’appel des premiers disciples, c'est qu'une existence est une existence pour autrui ; une existence donnée pour ensuite appeler d'autres.

C'est une existence pour, pour d'autres et appeler d'autres : voilà le sens de la vocation humaine et chrétienne, dans un texte de l'Évangile.

 

On n’est pas tous appelés à être des Pierre, des André, des Jacques et des Jean, mais on est tous façonnés pour être pour autrui et pour appeler d'autres : on appelle ça aujourd'hui, dans notre modernité (ce n'est pas neuf mais ça revient) on est des missionnaires ; dans notre existence que l'on soit vieux, jeune, charismatique, audacieux (tout ce qu'on voudra !), on est pour autrui et pour appeler d'autres.

 

Confions tout ceux qui, dans notre histoire, nous ont appelés d'une manière ou d'une autre, nous ont fait signe et nous ont jeté dans la vie pour que, à notre tour, nous en façonnions d'autres.

 

Amen. 


Mardi 28 novembre :

 

C'est la semaine des destructions,( je vous préviens tout de suite), c'est un peu terrifiant, (Saint-André viendra nous consoler un petit peu en milieu de parcours) mais nous avons des promesses qui peuvent paraître (à partir de nous-mêmes, de notre expérience quotidienne) un peu effrayantes ; rappelez-vous d'ailleurs, il y a deux ans, les attentats de Charlie hebdo survenaient un peu dans la même période et on avait l'impression que ce qui nous était annoncé, passait de l'autre côté de l'écran de télévision et se réalisait proche de chez nous.

 

L'attente profonde du peuple de l'Ancienne Alliance (du peuple d'Israël), dans l'Ancien Testament c'est l'instauration, la restauration d'un Royaume et la venue d'un Messie.

Cette attente est appelée à se concrétiser matériellement dans une organisation ou une présence, quelque chose qui serait de l'ordre d'une réalisation concrète.

 

L'espérance à laquelle nous enjoint Jésus, l'annonce de son Royaume à venir est complètement immatérielle ; c'est peut-être la raison pour laquelle, la liturgie nous fait entendre ces textes, à la fois ces apocalypses ou ces annonces de destruction de l'Ancien Testament et puis l'annonce de la destruction du Temple et des signes qui vont accompagner le retour du Fils de l'Homme.

La destruction du Temple : d'abord, elle est bien survenue, (ce n'était pas une promesse vaine) et ensuite, accueillons-la comme ce qu'elle peut avoir de terrifiant, c'est-à-dire : la disparition de quelque chose de connu.

Et imaginons ce que quelque chose de connu pourrait avoir pour nous-mêmes ; nous en avons cette expérience quand survient la mort, (par exemple), d'un proche : un vide tout d'un coup apparaît et une angoisse et l'angoisse vient parce que nous ne sommes pas préparés à ce vide (on ne peut jamais être préparé à une mort, même si quelqu'un est très malade).

Alors, imaginez la disparition d'une église, la disparition d'une organisation terrestre ; forcément, si nous n’y sommes pas préparés, ça peut produire angoisse et turbulences.

 

Jésus n'est pas là pour nous dire : ‘c'est bien qu’il y ait de la destruction’ ; il est là pour susciter ce qui serait la véritable attente.

La venue de ce qu'il nous promet, vient s’enraciner dans une grande, grande disponibilité et pour qu'il n’y ait ni angoisse, ni aucun trouble, sa parole est là pour nous y préparer.

Et ce qu'il nous promet, si ça n'est pas quelque chose de matériel, c'est bien supérieur : c'est la paix.

Notre monde est changeant, (ça je ne l'apprends à personne ; je le dirai à des jeunes, ce serait moins évident pour eux à le comprendre mais nous, nous avons l'expérience) notre monde est changeant et nous avons besoin de paix c'est-à-dire une vraie grande confiance devant les changements du monde.

 

Tout au long de l'année, notre attachement à Jésus nous conduit donc, de dépouillements en séparations, de renoncements en pauvretés ; c'est ce qu'il demande à ses disciples, en permanence et ces renoncement et ces dépouillements, ces Pâques sont là pour nous, (non pas pour envoyer balader nos amis ou pour laisser notre maison se démolir) mais sont là pour gagner la paix face à tout ce qui change et parfois violemment.

 

On aura toute la semaine, l’occasion de méditer un peu, comme nous le pourrons, sur ce que signifie l'espérance : la participation certaine à un avenir promis.

Mais comme nous avons un amour pécheur et pas très libre, nous avons du mal à nous abandonner à cette attente car nous voudrions toujours que cela se fasse à partir de nous-mêmes.

Or jamais, la participation certaine à un avenir promis ne peut se faire qu'à partir de nous-mêmes ; ça nous est toujours donné ; raison pour laquelle toutes les destructions annoncées par Jésus nous font peur, car dans toute forme de construction, il y a une forme de vanité et d’orgueil : ‘voilà ce que nous avons construit’, ‘voilà ce que l'Eglise a pu ériger’, ‘voilà ce qu'une civilisation a pu ériger’.

Non ! Mais la paix que Jésus nous donne, ne dépend pas de nous, elle nous est donnée.

 Cela demande de notre part, espérance certes, (puisque c'est ce dont on parle), mais aussi, amour, un amour libre (comme seul Jésus en  a le secret) et beaucoup de foi, d'attachement à Jésus-Christ.

Déjà, nous nous entraînons à vivre cet Avent, ce retour du Fils, cette paix qu'il va nous donner dans la crèche.

Que l'Esprit Saint vienne ouvrir nos mains et nous rendre disponibles.

 

Amen.


Dimanche 26 novembre : Le Christ-Roi de l’Univers

Ez 34, 11-12.15-17 : Les pasteurs d’Israël.

Ps 22

1Co 15, 20-26.28 : La résurrection des morts.

Mt 25, 31-46 : Le jugement dernier.

 

Chers amis, vous avez reconnu ce texte que parfois, dans les milieux savant, on appelle : ‘Matthieu 25, le jugement dernier’.

 

Lorsque le pape François avait décrété que l'année 2014-2015 serait une année jubilaire, placée sous le signe de la miséricorde, dans son exhortation au début de cette année-là, il avait pris entre autres ce texte et en avait déduit un certain nombre d’œuvres de miséricorde ; œuvres de miséricorde, nous les avons entendues deux fois, d'ailleurs :

donner à manger à ceux qui ont faim

donner à boire à ceux qui ont soif,

accueillir les étrangers,

habiller ceux qui sont nus,

visiter ceux qui sont malades,

visiter ceux qui sont en prison

et puis il en avait rajouté une, souvenez-vous, enterrer les morts et puis nos amis juifs en rajoutent eux-mêmes d’autres encore, éduquer les orphelins ; des œuvres de miséricorde et puis, en disant : si vous faites ça, vous serez pile poil dans le sujet, vous serez vraiment au centre de ce que l'on attend de vous.

 

Alors, qu’est-ce qu’on attend de nous ?

Vous savez que le jour de notre baptême (alors c'est plutôt vrai pour les baptêmes que vous avez vus plutôt que le vôtre, puisque vous ne vous en souvenez pas, normalement) le prêtre ou le diacre a dit :"deviens prêtre, prophète et roi" notamment  au moment de l’onction du Saint Chrême.

 

La fonction royale est finalement assez simple à expliquer : pour le peuple de la Bible, un roi c'est comme un papa et une maman dans une famille ; un roi pour une nation, un roi pour un pays, un roi pour un groupe, c'est comme un papa et une maman dans une famille : un roi a, à la fois une fonction d'engendrement et de croissance, comme on pourrait l’attendre, comme tout du moins les chrétiens l’attendent d'une famille : donner la vie et faire croître, développer (ce que l’on dit parfois : un développement intégral).

 

Et comment, pourquoi ?

Parce que nous considérons que nous avons tous besoin d'amour pour croître, (on ne peut pas grandir tout seul et sans amour) et la famille est ce lieu (je conçois bien que ce n’est pas toujours évident !) et c’est ce lieu au moins premier par lequel, normalement tous individuellement nous sommes passés.

Eh  bien, un roi, il a la même fonction et nous, nous avons la même fonction que lui par notre baptême (nous sommes des rois) et nous avons à collaborer à ces engendrement et croissance de notre société, de nos groupes humains et de notre communauté.

 

Voilà, on comprend cela ?

Ce n'est pas uniquement en restant assis sur sa chaise mais c'est en apportant aussi quelque chose qui est de l'ordre de l'amour.

Revenez à votre expérience de maman, mesdames ou de papa, messieurs (la vôtre ou celle de vos propres parents).

Ce n'est pas uniquement apporter une compétence, on n’attend pas forcément aussi qu'on apporte du temps et un savoir-faire mais qu'on apporte aussi quelque chose qui est de l'ordre de l'amour.

L'amour, (toute l’année, on en a entendu parler et on en entendra encore peut-être jusqu'à notre mort), l'amour selon l'Évangile : 3 critères que l'on retrouve dans le texte que nous venons d’entendre.

 

Le premier critère : regardez comment Jésus s'identifie aux pauvres et là, on a beau mettre tous les : "mais" que l'on veut, Jésus s'identifie aux pauvres.

On peut toujours dire : "oui, mais ! "

 Non ! non ! Jésus s'identifie aux pauvres, à ceux qui sont nus

à ceux qui sont étrangers

à ceux qui sont en prison

à ceux qui sont malades

à ceux qui sont affamés

à ceux qui sont assoiffés,

il s'identifie à celles et ceux qui viennent l’écouter sur la montagne des Béatitudes et il nous invite à voir dans les pauvres, son visage.

Alors, je sais très bien que nous sommes plutôt du genre à mettre des : "oui, mais ! " ; des petites excuses : "oui mais ! quand même ! "

"oui, mais ! je n'ai pas le temps"

"oui, mais ! "

Non ! non ! non ! il s'identifie aux pauvres et qu'est-ce qu'un pauvre (si je devais résumer), c'est quelqu'un qui nous embête (je pourrais être moins poli !), c'est quelqu'un qui embête et c'est justement parce qu'il embête, qu'il nous ouvre à la différence. 

 

Aujourd'hui nous sommes dans des considérations (souvent, au XXIe siècle) où l'ouverture de l'amour sur la différence, va passer beaucoup par la question de la différence sexuelle mais la différence sociale est tout aussi importante dans l'amour : ‘si je n'aime que ceux qui me ressemblent, quel avantage en tirerais-je ?’ nous rappelle aussi également le  Christ.

Alors si j'apprends à aimer ceux qui sont différents de moi, (donc ceux qui m'embêtent), il y a des chances que je rencontre des pauvres et peut-être, me feront-ils signe.

Donc le premier critère de l'amour c'est oser aimer le différent, le différent de nous.

Alors ne vous inquiétez pas, nous sommes aussi quelque part, toujours un petit peu, le pauvre d’un autre mais il y a des pauvres devant nous.

 

Le deuxième critère, c'est la surprise qu’il y a dans l'Évangile.

Vous voyez, les brebis d'un côté, les boucs de l'autre (donc ceux qui ont servi et puis de l'autre côté, ceux qui n'ont pas servi), tous les deux, dans l'Évangile que nous avons entendu, expriment une surprise : "ah bon ? mais quand est-ce que nous t’avons servi ?

"ah bon ? mais quand est-ce que nous ne t'avons pas servi ?

 

Cette surprise, qu'est-ce qu’elle peut nous dire ?

Elle nous rappelle qu'il n'y a pas d'amour sans liberté.

Les uns et les autres n'auraient pas été libres, il n'y aurait pas eu de surprise !

Ils auraient fait ce qu’on leur aurait demandé de faire, au préalable : ‘attention, attention il y a un pauvre à aimer ; vite aimez-le !’

Mais ça, ce n'est pas une liberté !

Non, il y a un effet de surprise et librement, je vais laisser mon cœur répondre.

 

Mais s’il n'y a pas de liberté, il n'y a pas de réponse ; point d’amour sous la contrainte, ce que le pape Benoît XVI d'ailleurs, dit : "il n'y a pas de vérité de l'Évangile qui ne puisse s'exercer par la contrainte ; ce n'est pas possible.

La vérité s’impose d'elle-même et elle n’a pas besoin de contrainte.

Elle s’impose d'elle-même, elle est évidente d'elle-même, elle n'a pas besoin qu'elle soit accompagnée d'une contrainte particulière.

 

Et remarquez que cet amour-là, c'est ce que l'on attend des futurs époux quand ils se marient, de vérifier qu’il y a vraiment la liberté.

Sans quoi, malheureux seront-ils !

Et c’est pareil pour un baptisé : s’il l’est uniquement pour faire plaisir à son père vengeur qu’il a dans le cœur, ce Père du Ciel terrorisant ; eh bien c'est un chrétien, ‘pain rassis’ ; il n’est pas très savoureux !

 

 Et le troisième critère, regardez bien : qu'on le veuille ou non, (quelle que soit notre vision du Père), nous avons dans cet Évangile, des bénis et des maudits.

Ce n'est pas moi qui l'invente, ce n'est pas une théologie rétrograde, c'est dans l'Évangile : il y a des bénis et il y a des maudits.

 

Le troisième critère de l'amour c'est donc la responsabilité : si nous sommes dans l'amour libre, (aimer ou remarquez, ne pas aimer), assumons les conséquences jusqu'au bout, ça s’appelle la responsabilité :

J'ai aimé ? très bien j'en assume toutes les conséquences, notamment d'aller au Ciel même si j’ai le vertige, j'irai.

Je n'ai pas aimé ? j'en assume toutes les conséquences, je me retrouverai quelque part où peut-être il fait trop chaud, (tant pis, c'est comme ça, j'en assume la responsabilité et les conséquences) ; je suis responsable.

 

Et ces trois critères de l'amour, ce n'est pas rien, c'est pour être de bons rois.

Vous avez compris, de bons rois; des bons pères et mères pour nos communautés et notre monde et celui qui va être notre modèle, c'est le Christ : Roi de l'Univers.

C'est celui qui a été cloué au milieu de deux malfaiteurs, à l’issue d’un procès qui était absolument injuste et sitôt a-t-il été crucifié et mort, tout de suite, les morts se sont mis à ressusciter et le rideau du Temple s'est déchiré en deux ; c'est-à-dire que nous avons exercé sur lui toutes sortes d'injustice et lui, au contraire, les a transformées en salut.

 

C'est ce que nous fêtons dans chaque eucharistie.

Nous allons nous déplacer, nous allons recevoir son Corps et son Sang.

Nous allons nous dire : "Seigneur, regarde ! moi devant toi, je suis un nu, je suis un malade, je suis un étranger, je suis un assoiffé et tu viens vers moi.

Et mes frères, qui sont autour de moi, ils sont pareils.

Seigneur, donne-moi ton amour".

 

Amen.


Vendredi 24 novembre 2017

 

Vous vous souvenez d’hier où Jésus pleurait sur Jérusalem. Il exprimait une émotion intense. Nous avions évoqué le fait que chaque fois que Jésus a une émotion vive dans l’évangile, le Père n’est pas loin derrière. Ce n’est pas une proximité géographique ou physique, c’est une proximité dans l’amour. Le Père et le Fils sont proches et en même temps le Père est le Tout Lointain.

 

Nous avons, dans cet extrait de Saint Luc une version un peu abrégée de ce que les trois autres évangiles rapportent avec beaucoup de violence. C’est ce qu’on appelle l’épisode de la Purification du temple. Vous savez, Jésus renverse les tables des changeurs, fait tomber les pièces de monnaie et est dans une violence assez importante. Il veut exprimer ce qui est rapporté dans l’évangile de Saint Jean, un amour jaloux. Un amour jaloux pour son Père. Une forme de zèle, pourrions-nous dire. C’est peut-être pour nous l’occasion de nous rappeler ce qui va se jouer, si je peux me permettre, dans cette fête du Christ Roi que nous allons célébrer dimanche. Le Christ, Roi de l’univers. La royauté du Christ, sa puissance, son universalité, est liée à son amour. Et qu’entendons-nous par amour ? Quand on est chrétien et qu’on parle de l’amour « c’est à l’amour que nous nous reconnaîtrons, nous, les disciples », c’est cette infinie liberté, un rayonnement dans le témoignage, dans l’être, dans l’action, qui n’impose nulle contrainte. Nulle contrainte. La vérité s’impose d’elle-même, d’une certaine façon, par le simple fait qu’elle est. Ce n’est pas nécessaire de produire une coercition, d’imposer une obligation, comme font parfois, nous aimons le redire, certaines puissances terrestres et parfois aussi certaines stratégies missionnaires. Non. Au contraire, l’amour même suffit à convaincre et à persuader. C’est ce qui va se jouer, c’est ce qui va se célébrer dans cette fête du Christ Roi.

 

En attendant, d’où vient cet amour ? D’où vient sa force ? Quel est le drame qui s’est joué pour que nous puissions retenir cela ? Le drame qui s’est joué, c’est le Fils de l’homme qui est allé sur la Croix, lui-même dans une profonde liberté. Nulle contrainte de son Père ne s’est exercée sur lui. Evidemment, nous le savons, il y a eu une contrainte de la part de ceux qui sont à l’origine de sa crucifixion, mais lui-même s’est laissé faire. Effectivement il aurait pu résister, nous savons qu’à Gethsémani il aurait eu bien envie, peut-être, finalement, mais il ne l’a pas fait. Dans l’amour. Il s’identifie à cette brebis conduite à l’abattoir, tel que le livre d’Isaïe nous le rappellera quand nous serons au moment de la Passion.

 

Trois points, un peu pour conclure, lorsque l’on parle de l’amour jaloux de Jésus pour son Père. Ce zèle dont il témoigne, à l’avant-veille de sa Passion, lorsqu’il est à Jérusalem, qu’il vient purifier le temple, avant de se faire arrêter. Jamais Jésus n’a réduit ce qu’on appelle dans un langage savant « l’altérité de Dieu ». Toujours son Père était à la fois le tout proche et le Tout Lointain. Son Père ne s’est jamais imposé, à travers Jésus, auprès de quiconque. Ce Père, le Tout-Autre, à la fois celui qui, en Jésus, nous visite et en même temps, celui qui, jamais, ne vient réduire cette liberté qu’il a mise en nous pendant la création.

Le deuxième point, c’est que, nous, petite église, ici à Bar-sur-Aube, mais aussi à travers le monde, nous sommes en diaspora, en pèlerinage, et notre façon de témoigner de l’amour ne peut être qu’avec les moyens de l’amour, c’est-à-dire de façon désintéressée, de façon désintéressée. Comme le Fils sur la Croix. Comme le Fils sur la Croix.  

 

Le troisième point, que j’ai dit et redit, c’est que dans notre service de l’humain et dans notre témoignage de Dieu, nous avons à servir et à rencontrer la liberté de l’homme. C’est ce que Jésus a fait. C’est ce qu’il a réussi à faire. C’est ce que nous célébrerons dimanche. Et c’est ce qui se prépare dans l’épisode de la Purification du Temple.

 

Amen. 


Jeudi 23 novembre :

1M 4,36-37.52-59 : Purification du Temple et dédicace.

Cantique : 1Ch 29

Lc 19, 41-44 : lamentation sur Jérusalem.

 

Nous sommes devant un passage de l'Évangile qui n'est pas très heureux et puis ce l’on entend en première lecture ces quelques jours, n’est pas très joyeux non plus, un peu sanguinolent.

C’est une époque assez tardive de l'Ancien Testament, la domination grecque, avec un  peuple qui a déjà depuis plusieurs centaines d'années, perdu sa souveraineté, qui est chez lui, mais en perdant sa souveraineté, il va aussi perdre la maîtrise de la Loi mosaïque, la maîtrise de cette Alliance ; il va se disloquer de l'intérieur.

A l'intérieur de son propre territoire, des juifs vont se tourner vers des dieux païens et certains d'entre eux, vont être fervents, (vont être des résistants, on pourrait dire), allant jusqu'à tordre le cou, couper la tête de leurs ennemis ou de ceux qui, de leur propre peuple, vont commettre des sacrilèges.

 

Rappelons-nous que la ville de Jérusalem aura connu bien des sièges, bien des destructions, des reconstructions et que, quand Jésus pleure sur sa propre ville, il annonce ce qui lui arrivera effectivement, dans les années 70 (cette fois-ci, de notre ère) : nous savons que la ville de Jérusalem a connu encore bien des sièges et c’est une ville qui cristallise bien des passions (c'est peu de le dire) et des passions internationales.

 

En tous les cas, voir Jésus pleurer, c'est l'un des rares moments où on voit les émotions de Jésus.

Jésus va être très ému et pleurer pour son ami Lazare ; là, il pleure à cet endroit.

On a d'autres passages où il va être pris d’un grand désir, par exemple lorsqu'il va dire : "je suis venu apporter un feu sur la terre et combien j'aimerais qu'il soit déjà allumé" ; là, il ne pleure pas, (mais une émotion presque peut-être contraire), on sent une sorte de vive tension chez lui.

C'est beau, en tout cas et à chaque fois qu'il est question des émotions de Jésus, rappelons-nous que le Père n'est jamais très loin derrière, il se joue quelque chose de très fort entre Jésus et son Père ; entre le Fils de Dieu et le Père ; il se joue quelque chose de sa fidélité et de sa liberté.

 

Pour nous, ce qu'annonce Jésus sur Jérusalem, est quelque chose qui est lié au péché, à la division, à la mort, au mal ; dites-vous que pour Jésus c'est cela et c'est aussi, tout l'inverse ; c'est-à-dire que c'est aussi le moment du salut, le moment où il s’offre tout entier, le don total de sa vie dans une souveraine liberté ; c'est l'amour et c'est la source, pour nous, du salut.

 

L'occasion d'ailleurs, de faire un petit excursus sur le "Notre-Père" et j'en aurai fini pour l'homélie.

Vous savez donc que nous allons changer la formulation de la sixième demande : "ne nous soumets pas à la tentation" va devenir "ne nous laisse pas entrer en tentation".

Bien des commentateurs d'ailleurs, proposent des périphrases pour mieux rentrer dans le sens de cette réforme.

Je vous en propose une que j'ai lue (j'ai confiance en celui qui l’a écrite) ; je ne dis pas que c'est la traduction du siècle mais elle est intéressante : ‘ne nous emporte pas dans l'épreuve, ne nous laisse pas submerger, viens à notre secours lorsque nous submerge l’épreuve ; viens à notre secours lorsque nous submerge l’épreuve’.

 

Mais cette demande est très en lien avec la suivante, la fameuse : "délivre-nous du Mal".

C'est pour nous rappeler que nous sommes, nous, comme dans une sorte de tenailles ou d’étau : d'un côté, on a le Père et de l'autre, on a le Mâlin ; on est entre les deux et nous cherchons le Père !

Nous avons ce pouvoir souverain de nous tourner vers le Père et de permettre que l'œuvre du Père en Jésus, nous libère et que nous ne soyons pas jusqu'au bout, submergés par (parfois) le mal.

 

En voyant Jésus pleurer sur Jérusalem, c'est à la fois une sorte de victoire apparente du péché et du mal et en même temps c'est la source du salut : Jésus va s’offrir à Jérusalem  où il va mourir et ressusciter et c'est de là que nous avons cette liberté et en même temps cette grâce d'avoir la tête hors de l’eau et de ressusciter avec lui.

 

Permets-nous Seigneur, de ne pas aller jusque-là ; tu n'es pas à la source de ce mal, au contraire puisque tu nous offres le pouvoir de lever la tête, de regarder vers toi.

Nous avons aussi ce pouvoir de formuler cette prière qui est déjà en soi, le début d'une rémission totale, d'une résurrection totale.

 

Donc Jésus qui pleure sur Jérusalem, c'est à la fois le Mâlin qui donne l'impression d'avoir gagné (mais ce n'est qu'une impression) ; le Christ est là, victorieux.

Avec cette prière du  "notre Père" nous sommes entre les deux avec ce pouvoir souverain que Dieu nous a donné, de pouvoir de nous adresser à lui.

 

Amen.


Mardi 21 novembre

 

« Marie retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur ». Voilà ce qui pourrait être propre à tous les baptisés et ce qui l’est par consécration, par vœu ou engagement, chez plusieurs d’entre eux, chez ceux ou celles que l’on appelle des consacrés. Il y a des moines, des moniales, des religieux ou religieuses, des laïcs qui, sans être religieux ou religieuses, appartiennent à un institut ou une association. Il y a aussi les prêtres. Celles et ceux qui, à travers les conseils évangéliques ou les vœux de pauvreté, chasteté, obéissance, vont être comme Marie et retenir tous ces événements dans leur cœur, et vont chercher à en comprendre le sens et à en être la mémoire. De ces cœurs qui prient et qui battent, l’Eglise ne cesse de naître. Peut-être Marie a-t-elle été la source de la Parole, au moins pour l’Evangile selon Saint Luc, qui sait ? Certains se demandent si elle n’est pas la mémoire enregistreuse de tout ce qui a permis à l’évangile de Saint Luc de pouvoir s’écrire.

 

Contemplons Marie et voyons en elle le Buisson Ardent. Celle qui permit au Fils et à l’Esprit de faire leur œuvre au milieu des hommes par son oui, son consentement, et, en cette fête (de la présentation de Marie), nous le croyons, dès l’aube de sa vie consciente. Regardons en Marie une demeure, pour le Fils et l’Esprit. Regardons en Marie le dessein bienveillant du Père. Dans son dessein d’amour bienveillant, il permit en Marie que vienne jusqu’à nous Jésus et l’Esprit. Et en particulier aux plus humbles. Pour tous, mais en premier pour les plus humbles. Les bergers, les mages, le vieillard Syméon, la prophétesse Anne, les époux des noces de Cana, ces humbles qui ont été les premiers à être en communion, en relation avec le Père, à travers le Fils et l’Esprit, grâce à Marie.

 

 

Permettez-moi de saluer en particulier la riche présence de consacrés dans notre communauté. Nous avons ces deux congrégations présentes à Bar-sur-Aube et à Clairvaux, nous avons des laïcs consacrés ou des laïcs qui, par engagement ou par vœux, décident de donner vraiment toute leur valeur à leur baptême. Permettez-moi de souligner la présence de Pierre-Marie, des diacres, tous ceux et toutes celles qui sont, comme ils peuvent, comme ils sont, comme nous sommes, des reflets de ce Buisson.


Dimanche 19 novembre 2017

 

Aujourd’hui vous allez entendre parler du Secours Catholique. C’est l’occasion de rappeler que partout en France il y a des bénévoles qui, au nom de l’Eglise Catholique exercent la mission de la charité. Vous ne savez peut-être pas que la loi française ne permet pas, à une communauté chrétienne par exemple, de faire un don. Ce n’est pas possible pour une question de droit fiscal. Qu’en est-il alors quand une communauté veut, au nom de l’Evangile, soutenir des pauvres ? Eh bien en France, il y a cet outil précieux qui est le Secours Catholique, association de loi 1901, attachée aux évêques de France et qui exerce cette tâche. Et il est bon que nous rappelions de temps en temps qu’elle existe, et d’autre part qu’il y a des bénévoles, ici ou là, et en particulier à Bar-sur-Aube, qui la font vivre. Donc les visages que vous verrez intervenir pendant cette Eucharistie font partie de cette équipe locale. Il y en a d’autres encore. Nous pourrons entendre à la fin quelques mots sur cette mission locale. C’était un petit chapitre sur le Secours Catholique.

 

Revenons à l’Evangile. Je devine que cette parabole laisse plusieurs d’entre vous perplexes. En fait, elle questionne, sans trop donner de clés pour les réponses. Tout d’abord, on aurait envie de la confondre avec une autre parabole qui met davantage en avant la force de la spéculation. C’est celle d’un gérant habile qui va, en fait tout simplement, spolier les biens de son maître. Mais ce n’est pas cette parabole. Dans la parabole d’aujourd’hui, cet homme qui part confie ses biens. Il n’y est pas du tout question de prise de risque. Pas du tout non plus question de jouissance de réussir, ni même de frustration de ne pas réussir dans l’action de faire fructifier un bien. Pas du tout. On ne peut pas du tout tirer de conclusion sur la façon dont nous allons faire fructifier nos talents et nous réjouir de les avoir fait fructifier ou être frustrés de ne pas avoir réussi à obtenir un bien supérieur à celui que nous avions visé au départ. Ce n’est pas le propos. Rappelez-vous, nous sommes au terme d’une année liturgique et dimanche prochain nous fêterons le Christ Roi de l’univers. Et nous entendrons ce texte de l’Evangile : J’étais nu et vous m’avez habillé, j’étais malade et vous m’avez visité, guéri, j’étais prisonnier et vous m’avez visité. Nous sommes au terme de cette année et ces lectures viennent nous provoquer et nous invitent à rendre compte de ce que nous avons vécu cette année, un peu comme une association ferait son assemblée générale annuelle : c’est le temps du rapport moral, j’ose à peine parler du rapport financier, mais au moins du rapport moral. Qu’avons-nous vécu cette année ensemble ? Nous souvenons-nous que nous partions, toute l’année,  avec chacun dans sa besace des dons qui nous ont été faits ? Qu’est-ce qu’on en a fait ? Et c’est le moment d’évaluer. Au fond, qu’ai-je été pendant cette année ? Ce n’est même pas, à la limite, qu’ai-je fait ou pas fait, c’est : qu’ai-été cette année ? L’année avait commencé avec le premier dimanche de l’Avent et elle va se terminer la semaine prochaine. Qu’ai-je été ?

 

Alors nous avons ce maître qui part en voyage et qui revient un certain temps après. Eh bien imaginez que ce maître va revenir à la fin de cette année liturgique, dimanche prochain. Et il nous convoque, chacun d’entre nous. Je vous ai donné chacun selon vos capacités. Il n’est point question de se comparer, lui en a eu cinq et l’autre trois, moi un seul… je vous ai dit : dans cette parabole il n’y a pas du tout d’idée de frustration ni de jouissance. Donc on n’est pas dans la comparaison. Chacun a ce que le Seigneur a cru bon de lui donner. Point. Qu’en ai-je fait ? Alors, dans cette parabole, deux des trois serviteurs ont manifesté tout simplement, sans besoin d’explication ou de justification, qu’ils avaient confiance. Il y en a un qui n’avait pas confiance. Pourquoi ? On n’en sait rien. Il dit : j’ai eu peur pas d’explication. Deux ont confiance, un n’a pas confiance. Parmi nous, mêmes, qui a confiance ? Qui n’a pas confiance ? Ceux qui ont confiance, il leur est dit : Très bien, entre dans la joie de ton seigneur, de ton maître. Tu as été fidèle en peu de choses. Aucune autre récompense que de savoir qu’il a été fidèle. Aucune autre récompense que de savoir qu’il est dans la joie du maître. Rien d’autre ! Pas question de dire : Il est extraordinaire ! Pas du tout. Je vous répète, ni jouissance ni frustration. Pas de comparaison entre nous. Ceux qui ont confiance sont dans la joie du maître, ceux qui n’ont pas confiance n’ont pas la joie du maître. C’est pour cela que cette parabole peut nous laisser un peu perplexes : que faire finalement ? Eh bien peut-être tout simplement ré-enchanter notre vie de baptisés, que ce soit à l’extérieur dans ce que les uns et les autres vivent en secret, chacun d’entre nous dans des associations, au travail, dans la famille, ici ou là ou en communauté. Ré-enchanter cela. Est-ce que dans ce que je vis, quelles que soient les actions que je mets en œuvre ou que je ne mets pas en œuvre, j’ai conscience de recevoir des dons ? Pas des dons en argent. Est-ce que j’ai conscience de recevoir des dons ? Quand nous allons vivre ce que l’on appelle à la messe l’Offertoire, on met les sous dans une corbeille, les servants d’autel apportent le nécessaire sur l’autel et l’on prépare l’Eucharistie. On est précisément comme ces serviteurs au retour du maître : Je te donne, Seigneur, ce que j’ai reçu de toi toute la semaine ou entre la précédente Eucharistie et celle d’aujourd’hui. Je te rends. Tu m’as donné, je te rends. Et lorsque nous communierons, nous serons comme ces serviteurs avant le départ du maître. Je te donne. A chacun selon sa capacité. On reçoit le corps du Christ, mais c’est comme si nous recevions cette somme d’argent extraordinairement grande que l’on appelle les talents. Tiens, reçois, quand le prêtre dit : « Le corps du Christ » reçois ton talent. Reçois tes cinq talents, reçois tes trois talents. Point question de comparaison entre nous, ce n’est pas le problème, on reçoit tous. Et au moment de l’offertoire, je rends : voilà ce que j’ai fait. Vous comprenez que la question n’est pas de savoir si je mets de l’argent ou pas dans la quête, mais c’est l’acte lui-même : sur l’autel je dépose ce que j’ai reçu du Seigneur, et surtout la façon dont je l’ai fait fructifier.

 

Conclusion : on comprend bien que ceux qui n’ont pas confiance dans le Père du ciel ne peuvent pas vivre autrement la messe que comme un acte sociologique où l’on va être soucieux des apparences : ce que madame machin a dit, ce que monsieur untel a fait ou pas fait, du regard de travers que j’ai cru percevoir chez l’autre, du chant qui a été choisi, de la couleur qui ne me plaît pas, des fleurs qui ne sont pas belles, vous voyez… tandis que si je suis dans la confiance du maître, je n’en ai rien à faire. Ce qui compte c’est ce que j’ai reçu et c’est ce que je rends. Point. Entre dans la joie de ton maître. Ai-je conscience de recevoir du Père des dons ?

 

Amen.


Vendredi 17 novembre : Ste Elisabeth de Hongrie

Sg 13, 1-9 : Procès des cultes païens. Divination de la nature.

Ps 18A

Lc 17, 26-37 : Le jour du Fils de l’Homme.

 

Voici l'annonce d'un événement qui peut paraître très inquiétant : "cette nuit-là deux  personnes seront dans le même lit ; l'une sera prise, l'autre laissée  ou deux femmes seront ensemble, l'une sera prise, l'autre  laissée".

Il y a une sorte d'imminence, peut-être, de cet événement ; on ne sait pas lequel ça va être (on parle du jour du Fils de l'homme) et on ne sait pas quand ; on ne sait pas complètement où, non plus.

Et pour brouiller davantage les cartes, Jésus fait référence à deux événements célèbres du livre de la Genèse, qui sont presque opposés l'un, l'autre : un déluge d'eau, pour celui de Noé ; un déluge de feu, pour celui de Loth.

 

Mais dans tous les cas, Jésus, dans son propos, vient dénoncer (ou en tout cas, mettre en avant), une disposition qui nous est propre, qui est assez générale pour la plupart d'entre nous : c'est une forme d'indifférence ou d'oubli, puisque dans tous les cas, tous les personnages qui sont concernés dans ce texte, (qui sont pris en exemple) sont des gens qui vaquent à leurs occupations et pendant ce temps-là, sans qu'ils n'y prennent garde, va survenir quelque chose.

 

Alors, ça peut nous renvoyer à une donnée plus fondamentale de notre vie (je vous suggère !) : cette espèce de chemin très étroit, cette ligne de crête sur laquelle nous sommes (on peut appeler ça un chemin de sainteté, on peut dire que c'est une voie d'équilibriste, cela dépend comment on veut regarder ce chemin-là ; fil du rasoir, c'est déjà plus coupant !) mais c'est un chemin étroit sur lequel nous sommes et qui navigue entre quoi et quoi ?

Entre une forme d'oubli (voire de lâcheté dans nos actes, tout du moins dans l'absence d'acte, en l'occurrence) et de l'autre côté, la violence, surtout quand elle est mue par un désir de bien faire ; parfois, on peut être violent dans nos relations, dans un désir de bien faire : d'en découdre, de faire venir la justice (ou croit-on parfois), de servir la charité.

Mais dans un cas, on est dans une forme d'oubli, dans l'autre, d'action mais d'action violente et entre les deux, c'est quoi ce chemin ?

Eh bien, c'est le chemin de la charité, c'est le chemin de la charité.

 

Et je vous propose cette lecture parce que, ce qui est peut-être dénoncé dans les propos de Jésus, c'est cet oubli auquel se livre un grand nombre des personnages qui sont là.

Le chemin de la violence est moins mis en avant (tant mieux !), à la rigueur.

Mais ça ne veut pas dire qu'il n'existe pas, malheureusement.

 

"Qui cherchera à conserver sa vie, la perdra et qui la perdra la sauvegardera" : demandons donc cette grâce très très précieuse de Jésus, pour que tout d'abord, il nous élève un petit peu,

qu'il nous réveille

et qui produise en nous cette mise en garde qu’il y a dans cette parole ; pour que nous ne tombions pas d'un côté ni de l'autre ; ni du côté d'une forme de lâcheté ni de l'autre côté d'une forme de violence (ce n'est pas toujours une violence armée ni violence dans les mots ni violence dans les poings, ça peut être une forme de présence à l'autre qui soit violente).

 

Dans ce texte, Jésus est tout, sauf violent, même si son propos est inquiétant ; ce n'est pas une violence, c'est éventuellement une inquiétude, une invitation à ce que nous nous réveillions et nous mettions résolument en route.

Demandons sa grâce.

 

Amen.


Jeudi 9 novembre 2017

 

Le temple de Jérusalem a été bâti par le roi Salomon et détruit au moment de la conquête de Nabuchodonosor. Ensuite il va être reconstruit au moment du retour de l’exil. Le peuple juif avait été exilé et au moment de son retour, il avait perdu la souveraineté dans sa terre mais il a voulu reconstruire le temple et il l’a reconstruit de manière très pauvre, très simple. Et puis ensuite Hérode, pour faire plaisir aux juifs, a voulu en rebâtir un tout beau, tout propre, tout somptueux. C’est le temple dont il est question, là. Ce temple a été reconstruit, nous sommes dans une période de finition.  

 

Et puis il sera de nouveau détruit, et définitivement, nous le savons, en 70. D’ailleurs, la ruine de ce temple, sa destruction dans les années 70, bien après ce que Jésus annonce  dans cet Evangile, annonce la destruction d’un autre temple qui est le corps du Christ lui-même.

Mais revenons à cet Evangile : C’est le premier acte de Jésus à Jérusalem. Les quatre Evangiles se souviennent de la même façon de ce qui se passe dans ce temple, que l’on appelle parfois la « Purification du Temple ». C’est la première chose qu’il fait à Jérusalem dans sa vie publique. Chez Saint Jean, c’est au début de l’Evangile, chez Marc et Matthieu, c’est à la fin.    

 

Il y a chez Jésus un grand respect pour le temple, il y va, petit en pèlerinage, chaque année de sa vie cachée à Nazareth, mais il se trouve que la pratique à l’intérieur de ce temple ne lui convient guère et il annonce sa destruction : son propre corps et son propre sang, dans l’Eucharistie, deviennent un autre temple. Il va l’annoncer au moment de l’institution de l’Eucharistie. On peut retenir que pour nous, l’Eucharistie, c’est la constitution de l’Eglise, avec ce jeu de mot qui nous est familier, non pas l’église bâtiment, mais l’Eglise assemblée, l’Eglise corps du Christ.

 

Aucun lieu n’est sacré pour nous, chrétien. Aucun lieu n’est sacré, hormis là où nous sommes lorsque nous célébrons l’Eucharistie et le rassemblement que nous formons. Et puis, de la même façon, nos propres corps sont des temples. Nos propres corps sont des temples, par l’Esprit. Et cela, c’est depuis l’Incarnation de Jésus. Nous fêtons aujourd’hui toute l’Eglise, notre communion avec l’évêque de Rome, et aussi nos souvenirs de toutes les églises qui sont dans nos villages, et elles ont été, par le passé, peut-être plus qu’aujourd’hui, de grands lieux de rassemblements eucharistiques, occasion de nous rappeler le travail de tous les prêtres qui m’ont précédé, et de tous ceux et toutes celles qui ont essayé de faire vivre ces églises, là, dans ces villages. Et nous poursuivons, aujourd'hui et demain, notamment en célébrant cette Eucharistie.

 

Amen. 


Dimanche 12 novembre

 

Nous nous préparons très progressivement à entrer dans le temps de l’Avent au terme du calendrier liturgique qui se termine fin novembre. Il y a toujours cette tension qui apparaît, cette attente de plus en plus vive. Et puis le premier dimanche de l’Avent, on va en remettre une couche avec l’Evangile du premier dimanche : « Veillez, priez, veillez donc car vous ne savez pas quand le maître va venir ». Nous sommes déjà, on le sent bien, dans cette attente. Je vous propose trois niveaux de lecture pour cet Evangile d’aujourd’hui. Tous ces niveaux sont bons hein, ils se complètent. Aucun d’entre eux n’est meilleur que les autres. Trois niveaux :

 

 Le premier niveau de lecture, on pourrait dire, je ne sais pas, littéral. On voit bien que tout le texte met en avant la dimension de l’attente ; on pourrait presque sentir une forme d’anxiété. Oui, le maître va arriver ! Alors on s’y prépare. On peut même se demander comment il se fait que ces filles vierges s’endorment ! Je ne sais pas comment vous êtes, vous, mais moi, quand je suis anxieux, je ne dors pas facilement. Si cette attente est si vive, comment se fait-il qu’elles se soient endormies ? Ce premier niveau de lecture, on peut le traduire dans nos vies par, parfois, une sorte d’affairement spirituel. L’âme est tellement tendue à bien faire qu’elle s’affaire, un peu comme Marthe ; ça vous rappelle quelque chose Marthe ? Je m’affaire ; et je m’affaire tellement que je peux être dans une forme de jugement et de provocation avec les autres : « regardez, moi, je m’affaire ; tu ne t’affaires pas suffisamment ; affairons-nous ! » Il va venir, il faut attendre. Mais il peut y avoir aussi l’extrême inverse. Après tout elles se sont endormies. Oublier d’attendre. A force d’attendre, j’oublie et je m’endors. Voilà ! Premier niveau : ou bien je suis anxieux, ou bien je suis vraiment très cool ; je suis très énervé, très tendu, ou bien très léger, voire même je m’endors. Après tout, à force d’attendre, on peut finir par s’endormir.

On n’arrête pas de le dire dans la Prière Eucharistique, je ne sais pas si vous avez fait attention, on prie toujours pour le retour du maître, toujours. A chaque messe. Ce n’est pas que pour l’Avent, ni pour aujourd’hui. A chaque messe on attend.  

 

Deuxième niveau de lecture, peut-être un niveau un peu plus moral, qui traduit une autre sorte d’âme. En lisant ce texte, mon attention peut être attirée non pas par l’attente, mais par des questions de justice : Tiens, comment cela se fait-il que les vierges sages ne veuillent pas partager leur huile ? Après tout, elles auraient pu avoir de la sympathie et de la pitié pour ces cinq vierges non prévoyantes. Et on peut aussi se dire : Tiens, mais comment se fait-il que l’époux qui arrive, allez, il pourrait être gentil et faire entrer les cinq autres ! Non, il claque la porte au nez des cinq qui n’étaient pas prêtes. Quand même, Jésus nous a habitués à d’autres conclusions dans son Evangile ! Un peu de justice, de compassion, de charité, voyons ! Nous pouvons être pareils, nous-mêmes, affairés dans des questions de justice : c’est bon ! Si vous étiez allés hier à la messe du 11 novembre, vous auriez entendu l’Evangile du jugement dernier qui insistait très fort sur les questions de justice. Je peux être très occupé dans le monde, dans la communauté, en moi-même par des questions de justice et d’injustice. Bon. Très bien ! On se demande même d’ailleurs finalement ce que font ces femmes-là, qui ont oublié qu’elles attendent quelqu’un, l’époux. Qui sont-elles ces femmes qui sont comme des filles d’honneur ? Si elles sont dans cette salle à attendre, ce n’est pas qu’elles attendent le médecin, ou qu’elles attendent le train, elles attendent celui qui est le centre de la célébration ! La cérémonie, c’est un mariage ! Mais notre cœur peut être préoccupé par des questions de justice. Très bien ! C’est bien !

 

Troisième niveau de lecture : cela pourrait être le niveau de la sagesse. Pourquoi ? Là, mon regard n’est pas porté par ces femmes qui ont ou n’ont pas d’huile, mon regard n’est pas préoccupé par le fait qu’elles s’endorment, mon regard n’est pas préoccupé par la porte qui se claque, mon regard s’attache à deux choses : « le Royaume des cieux est comparable à dix jeunes-filles invitées à des noces ». Et « elles prirent leurs lampes pour sortir à la rencontre de l’époux ». Voilà, je m’arrête à cela. Et cela rejoint le psaume que nous avons chanté. « Mon âme a soif de toi, Seigneur mon Dieu » ! C’est le niveau de la sagesse. Si mon âme, mon cœur, est préoccupé par l’époux, et l’époux seul, le reste vient. Le reste vient, il n’y a pas de problème, je vous assure que le reste viendra. Si mon cœur est préoccupé par l’Epoux seul. Vous l’avez compris, l’Epoux c’est le Christ. Nous sommes dans les temps derniers, nous dit Saint Jean, on ne l’a pas entendu, mais c’est dans une lettre de Saint Jean, nous sommes dans les temps derniers et nous savons que le maître vient, l’Epoux, le Christ. Oui, il vient, à Noël, pour la fin des temps, au jugement, mais il vient, il vient tout le temps et notre vocation c’est d’être là à le désirer, à le désirer. C’est beau, et cette image de l’Epoux peut se suffire à elle-même. Mon âme a soif de toi ! Mon âme a soif de toi ! Et plus mon âme a soif de lui, plus je serai dans une attente juste et sage. Le reste, ça viendra. Vous avez compris que ce n’est pas une attente à ne rien faire, ni même à tout chambarder, c’est une attente sage et juste qui saura trouver à chaque instant ce qu’il convient de faire ou de ne pas faire. Ca dépend. Préoccupons-nous de cette attente de l’Epoux.

 

Amen


Jeudi 9 novembre 2017

 

Le temple de Jérusalem a été bâti par le roi Salomon et détruit au moment de la conquête de Nabuchodonosor. Ensuite il va être reconstruit au moment du retour de l’exil. Le peuple juif avait été exilé et au moment de son retour, il avait perdu la souveraineté dans sa terre mais il a voulu reconstruire le temple et il l’a reconstruit de manière très pauvre, très simple. Et puis ensuite Hérode, pour faire plaisir aux juifs, a voulu en rebâtir un tout beau, tout propre, tout somptueux. C’est le temple dont il est question, là. Ce temple a été reconstruit, nous sommes dans une période de finition.

Et puis il sera de nouveau détruit, et définitivement, nous le savons, en 70. D’ailleurs, la ruine de ce temple, sa destruction dans les années 70, bien après ce que Jésus annonce  dans cet Evangile, annonce la destruction d’un autre temple qui est le corps du Christ lui-même. Mais revenons à cet Evangile : C’est le premier acte de Jésus à Jérusalem. Les quatre Evangiles se souviennent de la même façon de ce qui se passe dans ce temple, que l’on appelle parfois la « Purification du Temple ». C’est la première chose qu’il fait à Jérusalem dans sa vie publique. Chez Saint Jean, c’est au début de l’Evangile, chez Marc et Matthieu, c’est à la fin.

Il y a chez Jésus un grand respect pour le temple, il y va, petit en pèlerinage, chaque année de sa vie cachée à Nazareth, mais il se trouve que la pratique à l’intérieur de ce temple ne lui convient guère et il annonce sa destruction : son propre corps et son propre sang, dans l’Eucharistie, deviennent un autre temple. Il va l’annoncer au moment de l’institution de l’Eucharistie. On peut retenir que pour nous, l’Eucharistie, c’est la constitution de l’Eglise, avec ce jeu de mot qui nous est familier, non pas l’église bâtiment, mais l’Eglise assemblée, l’Eglise corps du Christ.

Aucun lieu n’est sacré pour nous, chrétien. Aucun lieu n’est sacré, hormis là où nous sommes lorsque nous célébrons l’Eucharistie et le rassemblement que nous formons. Et puis, de la même façon, nos propres corps sont des temples. Nos propres corps sont des temples, par l’Esprit. Et cela, c’est depuis l’Incarnation de Jésus. Nous fêtons aujourd’hui toute l’Eglise, notre communion avec l’évêque de Rome, et aussi nos souvenirs de toutes les églises qui sont dans nos villages, et elles ont été, par le passé, peut-être plus qu’aujourd’hui, de grands lieux de rassemblements eucharistiques, occasion de nous rappeler le travail de tous les prêtres qui m’ont précédé, et de tous ceux et toutes celles qui ont essayé de faire vivre ces églises, là, dans ces villages. Et nous poursuivons, aujourd'hui et demain, notamment en célébrant cette Eucharistie.

 

Amen


Mercredi 8 novembre 2017

 

Nous sommes dans la suite de l’Evangile d’hier et le souvenir que Saint Luc a gardé de ces deux petites paraboles de la tour et de ce roi qui part en guerre contre un autre roi. Ce sont des souvenirs que seul Luc a en mémoire. Matthieu, Marc et Jean ne s’en souviennent pas. Ce sont deux belles petites paraboles qui peuvent suggérer le commentaire suivant, si vous le voulez bien :  on ne reste pas assis face à Dieu ; on ne reste pas face à Dieu comme on reste face aux fondations d’une tour. On ne reste pas face à Dieu comme un roi est face à une armée. Nous ne sommes ni juifs ni musulmans. Nous ne restons pas face à Dieu. Jésus nous introduit, au contraire, dans l’abyssale intimité de Dieu. Il nous introduit à l’intérieur. Nous ne sommes pas face à Dieu, comme face à un monument très onéreux ; nous ne sommes pas face à Dieu comme face à une armée qui nous ferait peur et qui serait considérablement puissante. Non, Jésus nous introduit dans l’abyssale intimité de Dieu. L’abyssale intimité de Dieu !  

 

De deux façons :   La première façon, c’est son exemple. En fonction des générations et des siècles, on ne regarde pas la même chose chez Jésus qui est notre exemple, notre modèle et les générations, qui se suivent et ne se ressemblent pas, ne voient pas toujours le même modèle chez Jésus. Par exemple on a beaucoup vu chez lui un exemple de renoncement et de prière, un exemple de pauvreté. Cela reste toujours vrai. Aujourd’hui on voit plutôt un exemple d’hospitalité, de sainteté, c’est vrai aussi, je pense ; un exemple qui, en tous les cas, est l’exemple de l’amour véritable. Cela traverse les deux-mille ans de christianisme. Donc, son exemple.

 

La deuxième condition pour entrer dans l’intimité de Dieu, c’est lui le sacrifice de Jésus sur la Croix. Une fois que j’ai dit cela, comment pouvons-nous faire avec ce Jésus qui nous fait entrer dans l’intimité de Dieu ? Eh bien plus nous entrons dans l’intimité de Dieu, chacun de nous, plus nous pénétrons à l’intérieur, plus nous nous laissons conduire à l’intérieur, plus nous entrons dans l’amour, et l’amour du prochain. Nous ne pouvons pas entrer dans l’amour de Dieu si nous sommes fermés à une quelconque relation vertueuse et sainte avec les autres. Plus nous entrons dans la compréhension de Dieu, de l’intérieur, plus nous sommes ouverts à l’amour. Peut-être que nous rencontrerons sur notre route des hommes et des femmes qui ne connaissent rien du tout de Dieu, en tout cas de Jésus… L’acte de foi que nous sommes invités à poser c’est, si nous sommes ouverts à l’intimité de Dieu, et si nous rencontrons ces hommes et ces femmes, si eux nous rencontrent, ils seront aimés par nous, pour commencer, et peut-être commenceront-ils à percevoir à leur tour quelque chose de Dieu. Cela fait donc de nous des missionnaires que d’être ouverts à l’intimité de Dieu par l’exemple de Jésus et par son unique sacrifice sur la Croix.

 

 

Amen


Mardi 7 novembre 2017

 

Cette parabole de Jésus me fait penser à une autre qu’il a prononcée chez Saint Matthieu, qui est sans doute la même. Mais là il s’agissait d’un roi. On l’a entendue un de ces dimanches à la messe.

Alors il s’agit ici pour Saint Luc, lui qui est sensible à tous les dommages que la richesse matérielle peut produire dans les cœurs et dans les âmes, de mettre en avant les dangers de tout ce qui est acquisition, activité et sexualité. Nous avons un homme qui acquiert un champ, un autre qui a une activité agricole et encore un autre qui vient de se marier. Nous voyons en quoi ces trois choses peuvent être un problème pour répondre proprement à l’invitation du maître à entrer dans le Royaume et nous avons en face, au fond,  ces trois vertus évangéliques : pauvreté, chasteté, obéissance.

Vous pouvez rajouter à la liste des aspects qui nous sont rappelés dans d’autres parties de l’Evangile, par exemple les liens familiaux quand par exemple il s’agit d’aller enterrer un père ou dire au revoir aux siens, quand deux hommes entendent l’appel de Jésus à le suivre et qu’ils s’excusent. Entendons et accueillons ces conseils et ce qui peut être à la fois une gêne pour suivre gratuitement Jésus et comment nous-mêmes pouvons installer de la gratuité dans nos vies. Je pense que nous pouvons retenir que le fil rouge est sans doute la gratuité.

La gratuité dans nos relations et dans notre manière d’être avec Dieu est une chose. La gratuité, la profonde disponibilité de notre esprit en est une autre.  

Si nous regardons autour de nous, nous voyons plein de personnes qui vivent des existences très morcelées, des existences souvent très décousues, éphémères, provisoires, parfois dans nos propres familles, nos enfants, nos petits-enfants, parfois pas et tant mieux. Parfois c’est nous-mêmes qui vivons des existences un petit peu en morceaux. Et la gratuité est sans doute ce qui nous permet de vivre au mieux une unité dans notre vie, ou de permettre à d’autres de la gagner.

Car ce que Dieu donne est complètement gratuit. Et si dans le moi de notre âme il y a un tout début de calcul ou de marchandage (nous sommes fabriqués comme cela, on ne peut pas s’en prémunir aussi facilement), eh bien nous avons du mal à recevoir ces dons et à les laisser porter du fruit.

 

Cette invitation à mettre de la gratuité dans nos vies, entendons la pour ce qu’elle est, chacun, nous ensemble.

Amen.


Vendredi 3 novembre :

Rm 9, 1-5 : Situation et salut d’Israël.

Ps 147

Lc 14, 1-6 : Guérison d’un hydropique un jour de Sabbat.

 

On est un peu dans une rencontre analogue à celle de lundi dernier :

une femme courbée,

le jour du sabbat ;

est-il permis oui ou non ?

 et si l'un de vous a un âne ou un bœuf qui tombe dans un puits, ne va-t-il l’en délivrer ?

Les mêmes arguments de Jésus, la même question ; peut-être, sans trop risquer de se tromper, dire qu’il y a aussi la même révélation.

Laquelle ?

 

Eh bien, on pourrait regarder qu’il y a un conflit, un bras de fer entre les docteurs de la Loi, les pharisiens et Jésus (nous sommes habitués à dire cela) : ils ne sont pas d'accord, Jésus vient se poser comme le Maître du Sabbat.

Mais en fait, au-delà d'un conflit, il y a surtout une révélation :

c'est une joie profonde de savoir qu'un homme malade est guéri ;

c'est une joie profonde de savoir qu'une femme courbée est redressée ;

et en plus le jour du sabbat !

Oui peut-être ! Jésus n'aurait pas dû mais ! en même temps, c'est une révélation profonde, c’est une grande joie.

 

Et alors, comme dans la rencontre avec la femme courbée, ses détracteurs ne disent rien.

Dans la femme courbée, les détracteurs étaient remplis de colère ; là, on nous dit : "ils ne savent pas quoi répondre".

Mais réjouissons-nous, nous, nous savons quoi répondre !

Et notre réponse ce sont nos acclamations, nos louanges.

Au lieu de fomenter dans notre cœur, une vengeance parce que Jésus nous a brusqués, plutôt dire : mais c'est formidable !

Et en plus, le jour du Sabbat.

Amen.


Jeudi 2 novembre :

1Th 4, 13-14.17d, 18 : Les morts et les vivants lors de la Venue du Seigneur.

Ps 23

Jn 11, 17-27 : Résurrection de Lazare.

 

Chers amis, ce texte, peut-être que certains l'ont entendu lors de la célébration des obsèques que vous avez vécues dans l'année.

Je vais vous résumer la totalité de l'histoire car c'est un petit morceau qu’on vient de lire, mais l'histoire est plus longue :

Jésus a donc des amis, (comme tout le monde), et parmi ceux-là deux sœurs et un frère: Marthe, Marie et Lazare.

Le frère vient à tomber très gravement malade et les sœurs font prévenir Jésus : il n'est pas au même endroit dans lequel était Lazare, quand cela arrive.

Le temps qu'il l’apprenne, un certain temps s’écoule et Jésus ne se décide pas tout de suite, (et puis, il finit par se décider à venir) : tout cela retarde encore, si bien que c'est seulement au bout du quatrième jour qu'il fait la route.

Il finit par arriver là où la dépouille de Lazare gît.

Quatre jours, dans la Bible, c'est un temps considérable long.

Pour un lecteur de la Bible, trois jours, c'est le temps qu'il faut ; mais quatre, c'est trop.

Bref, Jésus est arrivé bien en retard, bien en retard ! D'ailleurs, Lazare est déjà dans le tombeau.

Alors, c'est là qu'un dialogue s’amorce avec les deux sœurs : Marthe d'abord, (c'est ce que nous venons d'entendre) et Marie ensuite ; Marie était restée assise à l'intérieur de la maison.

Donc Marthe va chercher Marie, Marie sort et le dialogue se poursuit avec Marie.

Après le dialogue, Jésus est pris d'une émotion très très vive, comme ça lui arrive pas très souvent dans l'Évangile : il va pleurer en sanglots par deux fois et il va aller jusqu'au tombeau et il va sortir Lazare du tombeau.

Il va donc ; il va donc procéder à un miracle ; ça va être un bel événement pour toute la famille.

Ça c'est l’histoire, la grande histoire.

 

Pourquoi la lisons-nous ce soir ?

Dans le dialogue qu’il y a entre Jésus et Marthe, (celui que nous avons entendu) et un petit peu après avec Marie, il y a tout ce qui peut se passer dans le cœur d'une personne qui souffre de la disparition d'un être cher : par exemple, de l’incompréhension ;

par exemple, de la colère ;

par exemple, il peut y avoir aussi un manque de foi,

des doutes

et puis aussi il peut y avoir de la foi, mais pas la foi qu'il faut à cet instant, du genre : ‘oui !ben je crois en Dieu mais tout de même, il aurait pu faire quelque chose, là, tout de même !’

 Je ne lui demande pas grand-chose, il aurait pu faire quelque chose, là (par exemple empêcher que l'être cher ne meurt).

 Quand même ! Si c'est le bon Dieu, il aurait pu faire quelque chose pour empêcher la mort.

Dans les reproches de Marthe et de Marie, il y a quelque chose comme ça, adressé à Jésus.

Pourquoi ce texte encore, peut nous être proposé ce soir ?

Certes, Jésus était en retard,

certes Jésus a fini par arriver (on aurait pu imaginer qu'il soit beaucoup plus compatissant, empathique, présent auprès de ces deux sœurs) ; il a fini par l’être mais quel délai !

Certes Lazare a fini par ressusciter.

 

On aurait pu imaginer quelque chose de plus rapide, puisqu'il est le Fils de Dieu.

Ça fait un petit peu : Jésus qui aime, là, faire patienter et peut-être pourrions-nous dire entre guillemets « faire lambiner » : à quoi bon dans cette circonstance, faire souffrir davantage ? On pourrait se demander !

Soit il fait quelque chose tout de suite soit il ne fait rien ; mais il fait en étalant.

C'est peut-être la raison pour laquelle ce texte peut nous parler à nous, ce soir.

 

Nous, nous avons tous se passer le cap lourd, d'être dans l'année, proche du corps de notre défunt dans une église : nous étions dans une église d'un de nos villages, il y avait un cercueil devant nous et tous les souvenirs qui vont avec.

Et puis, du temps s'en suit ; certains d'entre nous, cela fait un an, d'autres six mois, trois mois, plus peut-être et pendant tout ce temps, il y a un travail du cœur qui s'opère.

Il peut y avoir des moments de colère et puis des moments de réconfort,

des moments où je n'accepte pas et puis ensuite, des moments où je finis par commencer à accepter patiemment;

des moments où je ne peux pas m'empêcher d'aller au cimetière et puis des moments où je commence à ne plus y aller ;

des moments où je ne peux pas m'empêcher de regarder une photo et des moments où je la regarde bien moins ;

je n'osais pas ouvrir le placard, là où il y avait les effets personnels et là, je commence à l'ouvrir ; du temps.

Peut-être que dans ce temps-là, c'est le Christ qui travaille : « je suis la Résurrection et la Vie ».

 

Ce n'est peut-être pas le Christ qui est en retard, ce n'est peut-être pas lui.

Ce n'est peut-être pas lui qui impose ces délais si longs ; peut-être, c'est notre cœur et à un moment donné, ce cœur s'ouvre comme on ouvre la porte du placard, prêt à ranger.

Notre cœur est prêt, il ne l'était pas, il commence à l’être.

‘Tu aurais pu venir plutôt’ ; ah mais je crois que tu es la Résurrection et la Vie ;

 je n'étais pas prêt de croire, avant ; je le crois maintenant ;

 ça n'était que des mots, avant ; maintenant, c'est une réalité pour moi : il me fallait du temps, du temps ; plus de trois jours, quatre, cinq et ça peut être des mois, peut-être des années pour que, enfin, le tombeau de mon cœur s'ouvre, pour que le tombeau de mon cœur s'ouvre.

Enfin oui je crois, la cicatrisation s'opère et je suis apte à accueillir, accueillir ce qui est arrivé mais aussi accueillir la paix, comme Marthe et Marie qui finissent par accueillir la paix. 

 

Ce soir, je vous le disais dans l'introduction : nous croyons que Christ prie pour chacun, là où il en est dans sa route de deuil ; c'est long, patience !

Mais lui, il est là, il veille et ce soir nous allons faire mémoire de chacun d'entre eux, chacune d'entre elles, chacun par son nom, le prénom de son baptême.

 

Nous allons écouter d'abord un témoignage, celui d'Anne et puis tout de suite après, nous appellerons chacun de ces défunts, défuntes  et ceux qui parmi vous les connaissent ou sont de leur famille, vous pourrez vous déplacer ici ; on vous remettra une bougie allumée que vous pourrez déposer sur la croix avant de repartir à votre place.

 

Témoignage d’Anne :

 

Lorsque mon beau-père a été hospitalisé, suite à un accident vasculaire cérébral, le premier juillet, nous avons été sous le choc car rien ne nous laissait prévoir cela.

Cet événement soudain bousculait nos vies ; nos visites auprès de lui, à l'hôpital nous maintenaient en lien avec lui, même s'il y avait des périodes de comas.

Le personnel médical était négatif et nous avait laissé entendre que l'issue serait fatale mais nous gardions quand même espoir de le voir s'en sortir et trouvions de l'amélioration chaque jour.

Ce fut alors un nouveau choc pour nous, lorsque le 5 août, le personnel de l'hôpital nous appelait pour nous annoncer qu'il venait de décéder.

 

Notre appel téléphonique au Père Guillaume fut notre première démarche et était pour nous comme un soulagement, de remettre entre les mains de Dieu le Père, ce décès qui nous semblait si lourd à porter.

Ensuite, nous avons pris contact avec l'équipe des funérailles pour convenir d'un rendez-vous afin de préparer les obsèques.

Là encore, nous étions soulagés du poids de l'organisation des obsèques.

Lors du rendez-vous pour la préparation de la cérémonie, nous avons été accueillis avec compassion par l'équipe des funérailles, qui a su écouter notre douleur, notre détresse ou notre colère.

L'équipe nous a guidés dans l'organisation des obsèques, en tenant compte de la personnalité de Jacky, en nous encourageant à participer activement au déroulement de la célébration, chacun en fonction de nos souhaits et en nous proposant des gestes pour exprimer notre foi.

L'équipe nous a conseillés dans le choix des prières, les textes bibliques et des chants nous permettant d'exprimer au mieux, notre foi et celle de Jacky.

L'accueil simple et chaleureux de l'équipe nous a aidés à nous remettre sur la voie de l'espérance et nous étions sereins de pouvoir compter sur eux, le jour des obsèques.

 

La célébration des funérailles s'est déroulée sans encombre malgré la nombreuse assistance, grâce au Père Guillaume et à l'équipe des funérailles, qui ont tout orchestré.

Nous avons pu participer activement à la cérémonie, chacun selon sa volonté ; j'ai personnellement pu intervenir au nom de la famille, durant le temps de l'accueil.

Pendant le rite de la lumière les petits enfants ont pu apporter des lumignons sur le cercueil de leur grand-père et ensuite, compagne et enfants ont pu y déposer des fleurs.

Ces gestes nous ont permis de pouvoir nous exprimer selon notre foi et d'avancer dans notre deuil.

À la fin de la célébration, il a été proposé à toute la famille de participer à une messe d'intention de prière, le dimanche suivant les obsèques. 

 

Aujourd'hui, nous avons été aussi invités à cette messe des défunts.

Ces invitations sont les bienvenues et nous aident à continuer sur notre chemin de deuil, avec un regard d’espérance.

Je tiens à profiter de ce temps de parole qui m'est donné pour remercier infiniment le Père Guillaume et tous les membres des équipes de funérailles qui ont un dévouement exemplaire, font un travail difficile d'accompagnement des familles endeuillées mais sont pour elles, un soutien très important et source d'espérance chrétienne.


Mercredi 1° novembre : la Toussaint

Ap 7, 2-4.9-14 : les serviteurs de Dieu seront préservés. Le triomphe des élus au ciel.

Ps 23

1 Jn 3, 1-3 : Vivre en enfants de Dieu.

Mt 5, 1-12a : Les Béatitudes.

 

Chers amis, un lecteur attentif de l'Évangile, s'il demande un tout petit peu d'Esprit Saint, il peut percevoir le regard contemplatif de Jésus, le regard contemplatif du Christ et puis, tant qu'à faire, rentrer dans ce regard.

On va faire un petit exercice : nous allons regarder chacune de ces Béatitudes que nous venons d'entendre, que Jésus a proclamées au sommet de la montagne, tel un pro-Moïse ; huit Béatitudes et pour chacune d'entre elles, nous allons essayer de voir le regard contemplatif de Jésus.

 

La première Béatitude : ‘les pauvres de cœur’.

Alors, pour rentrer dans ‘les pauvres de cœur’, allons du côté de Sychar, vers le puits de Jacob, à l'heure la plus chaude, dans cette région de Samarie.

Une femme anonyme vient puiser de l’eau, elle est assoiffée d'eau et peut-être aussi d’étreinte et elle rencontre Jésus, assis au bord du puits.

Cette femme a une vie passablement décousue ; cette femme, peut-être qu'on a envie de dire que c'est ‘une pauvre de cœur’ et pourtant sur cette femme, Jésus va poser un regard et dire des mots qui la révèlent au-delà de sa soif et de ses pulsions.

Pourtant, cette Samaritaine (puisque c'est comme ça qu'on l'appelle), nulle statue sur nos autels ! 

 

La deuxième Béatitude : ‘ceux qui pleurent’.

Allons du côté de Capharnaüm : un chef de l'armée romaine, chef de cent, un centurion ; il a du pouvoir, de la gloire, un peu !

Un homme que l’on croit sans empathie : après tout, les centurions peuvent être responsables de la crucifixion d'hommes et puis après tout, c'est un païen, un citoyen de l'occupant romain.

Pourtant, ce centurion vient voir Jésus et sous le regard de Jésus, dans les mots de Jésus, c'est un homme qui connaît une épreuve douloureuse pour son serviteur qui est malade.

Jésus l'arrache à son image d'homme qui a autorité et en fait quelqu'un d'affligé et pourtant, nulle statue de ce centurion sur nos autels !

 

La troisième Béatitude : les doux ; ‘heureux les doux’.

Allons quelque part en Galilée : une foule, ils sont 5000, ils se pressent, ils ont faim !

Ils sont dérangeants pour les disciples : ‘ bande d'assistés ! il faut toujours qu’on leur donne tout ; ces gens, qui au lieu de se débrouiller eux-mêmes, réclament’.

Ils sont 5000.

Aux yeux de Jésus, ils sont comme des brebis sans berger, ce sont des doux.

Jésus prend, bénit, rompt et partage cinq pains et deux poissons; il y a même du surplus, à la fin.

Ce sont des brebis sans berger.

Sans ce regard de Jésus et sans ses mots, comment aurions-nous pu aller au-delà d'une logique de l'assistanat. ?

Et pourtant, il n’y a aucune statue de ces 5000 sur nos autels !

 

La quatrième Béatitude : ‘ceux qui ont faim et soif de justice’.

Magnifique et sensuelle femme qui rentre dans la maison de Simon, le pharisien.

Vous la connaissez : trop belle pour ne pas être pécheresse ; tous ces regards d’hommes qui se posent sur elle, des notables qui ne peuvent pas ignorer son corps offert.

Elle baise les pieds de Jésus, les inonde de ses larmes, les essuie de ses cheveux et fait couler un parfum très pur sur ses pieds.

Sans Jésus et son regard, sans ses mots, nous n'aurions pas été conduits au-delà de ce qu'elle paraît être.

‘Elle a aimé beaucoup’, dit-il ‘elle mérite le pardon’ ; c'est question de justice.

N'est-elle pas en recherche de justice, derrière ce que l'on peut voir d’elle ?

Et il rajoute, Jésus : ‘mais à qui, peu est remis, aime peu’.

Regardez bien, il n’y a pas de statue de cette femme sur nos autels !

 

‘Heureux les miséricordieux’.

Jésus se balade quelque part, en Galilée, juste avant d'arriver au désert de Judée.

Il longe un champ : un homme qui sème dans son champ.

Un homme un peu gauche, il en jette partout, il ne se rend pas compte qu'il n'est pas très économe.

Au lieu de le voir comme un paysan quelconque,  un peu gauche, Jésus le voit comme l'image même du Père qui aime, un homme de miséricorde, celui qui sème abondamment sans se préoccuper de l’état du terrain.

Regardez bien, sur nos autels, nulle statue de ce semeur, pourtant un miséricordieux !

 

Sixième Béatitude : ‘les cœurs purs’.

On redescend de la montagne de la Transfiguration avec Pierre, Jacques et Jean et Jésus.

Vous vous souvenez de cette scène ?

Un homme présente son fils épileptique (épileptique depuis toujours), son père ne sait plus quoi faire.

Les disciples en font : ‘un cas’ ; c'est un cas et que faire en pareil cas ?

C'est un cas insoluble, on n'y parvient pas !

Mais sans le regard de Jésus et sans ses mots, ce garçon se réduit à un cas d'école ; pourtant, seule la prière d'un cœur pur, peut comprendre qu'un enfant de Dieu est là, derrière cet homme malade.

Et pourtant, nulle statue de cet épileptique sur nos autels !

 

‘Heureux les artisans de paix’ : cette fois-ci, on est dans le Temple de Jérusalem.

Voilà : beaucoup d'hommes, beaucoup de longues robes ostentatoires, d’austères postures, nous sommes un jour de fête.

Tout ça pour dire notre puissance, notre piété, paraître bien !

Les mêmes seront prompts à dégainer toute leur haine contre Jésus ; il ne faut pas grand-chose pour que ça explose !

 Une femme dépose dans le tronc du Temple moins que rien, moins que rien !

Pourtant, sans le regard de Jésus et sans ses mots, cette femme ne serait jamais devenue autre chose que : la pauvre veuve.

Avec son regard et ses mots, c'est devenu : la veuve du nécessaire et de la paix.

Elle ne dégaine pas contre Jésus.

Et pourtant, nulle statue de cette pauvre veuve sur les autels ; regardez bien, nulle statue !

 

Huitième et dernière Béatitude (c'est bientôt fini !) : ‘les persécutés pour la justice’.

Juste après le discours sur la montagne, quand Jésus prononce les Béatitudes, juste après, il redescend et qui voit-il, Jésus ?

Un lépreux.

Un  de ceux qu'on persécute, justement, parce qu'il incarne le péché, la malédiction de Dieu ; et puis : ‘des fois que ce soit contagieux !

Oh non ! Nous ne sommes pas pécheurs !

Nous ne fréquentons pas les lépreux.

Dehors, le lépreux ! Dehors, le différent ! Le pas propre !’

Sans le regard de Jésus et sans ses mots, jamais cet homme ne pourrait devenir un homme juste et pourtant cet homme a dit : ‘si tu le veux, Seigneur, tu peux !’

Regardons bien ! sur nos autels, pas de lépreux !

 

Huit exemples, huit Béatitudes ; c’est Jésus, les huit Béatitudes !

Ces huit exemples ne sont pas  pour que nous les imitions ; non non non ! D'ailleurs, il n'y a rien à imiter.

Ils ne sont pas héroïques du tout ; pas du tout.

 

Huit exemples pour quoi faire ?

Pour rentrer dans le regard contemplatif de Jésus car sans ses mots et sans son regard, ces hommes et ces femmes seraient demeurés tellement anonymes qu’ils ne nous auraient rien dit de l'amour du Père.

Entrons dans le regard de Jésus.

Soyons saints et fuyons la perfection !

Amen.


Mardi 31 octobre :

Rm 8, 18-25 : Destinés à la gloire.

Ps 125

Lc 13, 18-21 : la parabole du grain de sénevé. La parabole du levain.

 

Vous connaissez les lys des champs ?

Ils n'ont pas besoin de tisser et de filer mais ils croissent.

On connaît Jésus qui "grandissait en sagesse et en taille", comme les lys des champs et comme cette petite graine qui devient un arbre ou cette pâte qui lève ; "il grandissait en sagesse et en taille".

 

La croissance c'est par excellence l'action du temps et le temps, je ne sais pas pourquoi, nous ne l’aimons pas.

Pourtant la prière la plus féconde qui soit, c'est la prière de et dans l'Esprit Saint : le présent de Dieu, notre aujourd'hui et son aujourd'hui.

Quand nous prierons le Notre-Père, tout à l'heure, nous demanderons une fois de plus : "donne-nous aujourd'hui notre pain de ce jour".

Concentrons notre attention, non pas sur ‘le pain’ mais sur ‘l'aujourd'hui’ et sur ‘ce jour’ pour que notre prière ne soit pas celle d'hier ni de demain, que pour une fois, notre cœur ne soit pas retenu par hier ni tendu vers demain mais qu'il soit dans l’aujourd'hui de la croissance, dans l'aujourd'hui de la croissance.

C'est un don, c'est l'Esprit Saint même, c'est la substance même de l'Esprit.

 

Demandons au Seigneur qu'il nous fasse ce don d'être dans la croissance, le temps de la croissance, l'aujourd'hui de ce qui lève, de ce qui pousse, de ce qui grandit ; qu'il nous fasse voir mais qu’il nous en rapproche aussi.

 

Amen


Dimanche 29 octobre :

Ex 22, 20-26 : Lois morales et religieuses.

Ps 17

1Th 1, 5c-10 : Actions de grâce et félicitations.

Mt 22, 34-40 : Le plus grand commandement.

 

Chers amis, la leçon de cet Évangile est très très claire, il n'y a pas grand-chose à rajouter ; deux commandements absolument inséparables ; ils sont issus de l'Ancien Testament et Jésus, de son autorité, les lie : il y a cet amour de tout son cœur, de toute son âme, de toute sa force, de tout son esprit, du Dieu  et il y a cet amour du prochain comme soi-même ; inséparables !

 

Je vous propose de prendre une image et que vous entriez dans cette image, pendant  à peu près cinq minutes.

Comparons-nous chacun, à une maison ; une maison ! chacun, on est une maison.

Voyez une maison : il y a plusieurs dimensions dans une maison.

 

La première dimension c'est le lieu dans lequel j'aime à me retrouver comme pour me reposer, me protéger de l'extérieur, contre les intempéries et les agressions ; le lieu aussi du rassemblement de ceux qui vivent dans cette maison ; première dimension.

 

Deuxième dimension de la maison : c'est le lieu où il y a des espaces cachés ou des espaces sans cesse à retrouver comme par exemple, le grenier (dans lequel, je ne vais pas forcément tous les quarts d'heure et à l'intérieur duquel il peut y avoir des souvenirs) ou bien une cave, dans laquelle il peut y avoir des denrées conservées.

 

La maison, c'est aussi ce qui se voit de l'extérieur : ‘tiens ! les volets sont ouverts,  ou fermés, aujourd'hui ; que se passe-t-il chez Madame Untel ?

Elle n'a pas ouvert ses volets.

Les rideaux ont changé.

Il y a de la fumée à la cheminée’ ; c'est ce que l'on voit de l'extérieur.

Ces différentes dimensions de la maison nous caractérisent.

 

La maison, c'est aussi un espace dans lequel nous rentrons mais aussi nous sortons.

Tous les jours nous sortons, nous rentrons dans la maison et nous faisons rentrer des gens de l'extérieur : soit qu'ils sont des nôtres soit qu'ils n'y sont pas, car une maison est aussi un lieu d'hospitalité.

Ces différentes dimensions de la maison nous caractérisent, nous, chacun personnellement.

 

Qui sommes-nous ?

Nous sommes des êtres sociaux, de relations, nous sommes des êtres avec une intériorité, des êtres avec une extériorité et des êtres avec une part de mystère, parfois même à soi-même (lieu du souvenir, le lieu où des choses sont cachées et qui sont à l'intérieur de nous).

Nous sommes une maison.

 

Et maintenant, dans l'Évangile, je vous invite à voyager avec Jésus car dans l'Évangile, il y a plein de maisons.

Me permettez-vous de voyager avec vous quelques instants, avec Jésus, dans différentes maisons de l'Évangile ?

La première catégorie de maisons de l'Évangile, ce sont des maisons qui ne paient pas de mine, d'une certaine façon ; ce sont des maisons construites sur le sable : celles et ceux qui n'écoutent pas la parole, ne la mettent pas en pratique.

Une tempête, un torrent, de la pluie et la maison s’écroule ; les maisons qui s'écroulent les unes sur les autres.

"Tout royaume divisé court à sa perte" ; il en va comme des maisons qui tombent les unes sur les autres.

 

D'autres maisons encore, qui ne paient pas de mine, ce sont ces maisons qui subissent des agressions extérieures : ‘si jamais j'avais été éveillé au bon instant, le voleur ne serait pas rentré dans cette maison’ ; et cette maison a été pillée !

 

Parfois aussi, il y a des maisons dans l'Évangile, qui ne paient pas de mine et qui sont infestées d'esprit mauvais.

Une fois, l'une d'entre elle ; un esprit que le propriétaire réussit à chasser.

Le propriétaire a ensuite nettoyé sa maison, tout rangé et que se passe-t-il ?

Il a baissé la garde et l'esprit qui en a été chassé, revient avec sept autres et l'état de cette maison a été pire qu'avant.

Voyez, ce sont d'abord des maisons qui ne paient pas de mine, qui peuvent dire quelque chose de nous-mêmes, pour commencer.

 

Mais on ne s'en arrête pas là parce qu’il y a d'autres maisons encore, dans l'Évangile : ces maisons que Jésus visite.

Quand il les visite, ça transforme tout : il y a les maisons des pécheurs et des pharisiens et des collecteurs d'impôts.

Il entre, il partage un repas avec eux, c'est la fête !

 

Il y a la maison de Simon Pierre ; il y pénètre et qu'est-ce qu'il va faire ?

Il guérit la belle-mère, c'est la fête !

 

Jaïre a une fille à toute extrémité ; cette petite fille est comme morte, une douzaine d'années !

Jésus rentre dans la maison, il va jusque dans la chambre, la chambre la plus intérieure, il prie la petite fille, c'est la fête !

 

Pour Zachée: "descends vite de ton arbre ! ce soir je viens demeurer chez toi" ; c'est la fête !

 

Le Verbe qui vient visiter nos maisons, nos demeures intérieures, comme il a visité le sein de la Vierge Marie, ce Verbe-là transforme toute la maison ; il la transforme !

 

Il y a d'autres formes de maison, ce sont les maisons desquelles des gens ont été renvoyés.

Pourquoi ?

Parce que ces gens étaient très malades et ils étaient tellement malades, qu'ils n'étaient même plus chez eux ; ça arrive parfois, que nous ne soyons plus nous-mêmes, que nous ne sachions pas où demeurer, où est notre cœur : nous en avons perdu le chemin !

 

Il y a plusieurs personnes comme celle-là dans l'Évangile :

par exemple il y a l'aveugle de Betzaïde.

Jésus le rencontre, il le guérit : "retourne chez toi !"

Il y va.

 

Et cette autre scène formidable, le paralytique : vous voyez le paralytique accompagné par quatre compagnons : ils le descendent par le toit de la maison de Jésus, à  Capharnaüm ; cet homme retrouve la santé, il prend son grabat, repart debout, direction ?

Chez lui ! dans sa maison !

 

Et puis, il y a ce procédé de Géraza ; souvenez-vous : cet homme était (je crois, tout nu) et il était enchaîné, dans un cimetière.

Il rencontre Jésus, du moins c'est Jésus qui le rencontre ; il est guéri, il retourne chez lui.

C'est précieux de retrouver le chemin de sa maison, de son cœur, de son propre cœur.

 

Et puis, il y a une quatrième catégorie de maisons ; ne l'oublions pas celle-là.

Ce sont celles dans les portes ne sont pas ouvertes et c'est bien dommage !

 

Vous vous souvenez de ce juge qui ne voulait pas faire justice, rendre justice à cette pauvre veuve.

Elle frappe à la porte de sa maison, elle frappe à la porte de la maison du juge, sans cesse, sans cesse et que se passe-t-il ?

 Le juge finit par lui répondre : il ouvre sa porte mais il a fallu qu'elle soit insistante, cette pauvre veuve.

 

Et puis, il y a aussi cet ami qui dort, la nuit est tombée; eh bien, il est dérangé par un autre ami : ‘vite, vite ! prête-moi du pain ! ‘

Il n'ouvre pas la porte.

‘Si, si ! Prête-moi du pain !’

Il n'ouvre pas la porte.

‘Prête-moi du pain !’

Il ouvre la porte.

 

Troisième maison : le pauvre Lazare, à la porte de la maison d'un homme riche, qui n'a pas de nom.

Il fait bombance le riche ; Lazare est à la porte, il aimerait bien manger les miettes.

Et non ! La porte, cette fois-ci, ne s'est pas ouverte.

 

Chers amis, j'espère, peut-être, (vous l’aurez compris !) : la maison, c'est nous et notre cœur ; c'est nous et notre cœur !

D'abord, nous pouvons être visités.

Alors, quand c'est une visite attendue, de celui que nous appelons ‘le Seigneur’ ; j'imagine que l'on est tout prêt à l'accueillir.

Seulement, le problème, c'est que ce brave-là, il ne prévient jamais.

Alors, si nous ne l’attendons pas, surtout, au moment où lui, décide de devenir, que se passe-t-il ?

Eh bien, on risque de louper le rendez-vous,

on risque de se faire avoir par des voleurs

et on risque surtout, de se méprendre car le pauvre qui frappe à la porte, c'est peut-être le Seigneur.

 

La porte de notre cœur, le Seigneur est tapi derrière ; il attend.

Il viendra au moment où on ne l'attend pas, pour visiter notre maison, nous remettre debout et nous sauver.

 

Ce que je vous souhaite à chacun, c'est de ne jamais séparer ces deux impératifs : l'amour de Dieu (si nous sommes là, ce matin, c'est que sans doute, vous êtes d'accord avec cet impératif), sans oublier l'autre qui nécessite d'ouvrir la porte :

le prochain, comme soi-même, ne peut pas passer ailleurs que par la porte.

 

Que nos maisons ne soient pas trop verrouillées.

 

Amen.


Vendredi 27 octobre :

Rm 7, 18-25a : L’homme livré au péché.

Ps 118

Lc 12, 54-59 : Savoir interpréter les signes des temps.

 

Jésus dit : " Vous savez interpréter l'aspect de la terre et du ciel mais ce temps-ci, pourquoi ne savez-vous pas l'interpréter ? "

Chez Matthieu, qui se souvient du même épisode, il va dire : "mais les signes des temps, pourquoi ne savez-vous pas les interpréter ? "

 

Et la réponse est contenue dans ce que saint Paul nous dit, dans sa lettre aux Romains : ‘eh bien voilà, parce que il y a du péché en moi.

Alors, comme il y a un peu des filtres dans mon cœur et dans mes yeux, je ne vois pas bien ; j'ai du mal à interpréter, à comprendre’ : voilà la raison pour laquelle les hommes et les femmes, à qui s'adresse Jésus, ne savent pas interpréter.

 

Ceci étant, Jésus n'en reste pas là et il leur donne un conseil, mais nous savons que c'est Jésus lui-même, qui vient faire tomber ces filtres qui nous empêchent de juger de ce qui est juste ; c'est Jésus lui-même, dans sa propre personne, qui nous permet cela.

 

Alors, un peu comme quelqu'un, qui serait à tâtons pour trouver ses lunettes, le matin au réveil, voici trois règles ; trois règles de bonne prudence pour savoir juger ce qui est juste; savoir juger de ce qui est juste.

 

La première règle, c'est qu'il n'est jamais permis de faire le mal pour obtenir un bien ; jamais !

On pourrait parfois dire : ‘ah ! mais c'est un moindre mal’ (ou je ne sais pas quoi) ; et peut-être, l'avons-nous déjà fait et peut-être, le referons- nous encore ; mais ça n'est pas permis : c'est une issue à ne pas envisager pour soi (et évidemment, encore moins pour les autres) ; ne jamais choisir un mal en vue d'un bien.

 

La deuxième règle, c'est ce qu'on appelle la règle d'or ; la règle d'or : ne jamais faire à autrui ce que l'on ne voudrait pas qu'il soit fait à nous-mêmes ou l'inverse : faire à autrui ce que l'on voudrait que l'on fasse à nous-mêmes.

C'est ce qu'on appelle la règle d'or ; vous l'avez déjà entendue ?

Ce n'est pas nouveau !

 

Et la troisième règle, c'est que la charité passe toujours par le respect du prochain et de sa conscience ; le respect du prochain et de sa conscience.

Dit autrement : sous prétexte de charité, je ne peux pas forcer la main du prochain et même, si je pense que le prochain aurait besoin de faire des efforts (ou que sais-je encore !) ; mais oui ! mais, si c'est contraire à sa conscience, je ne peux pas le forcer, même sous prétexte de charité.

Trois règles qui sont inspirées par la vertu de prudence et par l'Esprit Saint et ses dons.

 

Alors, c'est ce qui nous permet de retrouver un peu nos lunettes le matin, au réveil ; mais, une fois que nous sommes sur la piste, avec les lunettes sur les yeux, il n'y a qu'une seule chose à faire : c'est regarder le Christ, le regarder, lui ; ne pas perdre ce fil-là.

 

Et donc, nous serons capables de juger par nous-mêmes de ce qui est juste ; ne pas en rester simplement à regarder la grenouille le matin, pour savoir s'il fera beau ou pas beau ; mais aussi savoir ce qu'il convient de faire avec autrui et avec soi-même et comprendre autrui et soi-même.

Amen.


Dimanche 22 octobre :

Is 45, 1.4-6 : Cyrus instrument de Dieu.

Ps 95

1Th 1, 1-5b : Action de grâce et félicitations.

Mt 22, 15-21 : L’impôt dû à César.

 

Lorsque nous avons commencé notre eucharistie, j'ai prononcé une prière, une oraison qui disait la chose suivante : "Dieu éternel et Tout-puissant, fais-nous toujours vouloir ce que tu veux et servir ta gloire d'un cœur sans partage".

"Vouloir ce que Dieu veut", première chose

et "le servir d'un cœur sans partage", deuxième chose

et je devrais rajouter, en tête : "choisir Dieu comme celui qui est pour nous, le Tout-puissant".

 

Dans cet Évangile, il y a une sorte de conflit que les pharisiens veulent attiser entre deux puissances : celle de l’empereur et celle de Dieu.

Alors, comment ça se pose ?

L’empereur, le César (ce n’était pas Jules, comme dans Astérix), mais c'était Auguste et ensuite Tibère, c'est celui qui a le pouvoir maximum dans ce monde, en tout cas, vu de  Palestine ; au début de cette nouvelle ère, le monde connu et habité,  l'homme qui a le pouvoir le plus important, c'est César.

Il exerce sa domination sur un grand territoire, territoires qui ont été mangés les uns après les autres, (la Palestine en fait partie) et nous avons, en Palestine, un petit roi qui ne fait pas peur du tout à César, qui s'appelle Hérode mais ce petit roi fait peur aux gens qui sont sur place et notamment, au Temple qui est à Jérusalem.

 

 Vous savez, dans le Temple, il y a des changeurs de monnaie, il y a des vendeurs d'animaux, de colombes pour des sacrifices à l'intérieur du Temple; la monnaie qui est en vigueur à l'intérieur du Temple dit bien que la puissance qui s'exerce à l'intérieur du Temple, en théorie, n'est pas celle de César, (pas plus que d’Hérode) : c'est Dieu.

 Et cette monnaie sert à financer les activités du Temple, à faire vivre les prêtres et à redire qu’à l'intérieur de ce Temple : c'est Dieu ; sauf qu'en vérité, on soupçonne qu'entre les grands prêtres et Hérode,  il y avait un peu des collusions ; il semblerait quand même (c'est l’intrigue qui a conduit Jésus à sa crucifixion), il semblerait quand même, que Jésus embêtait les pouvoirs publics en place, que ce soit celui de César comme celui d’Hérode.

 

Un piège lui est tendu, mais qui montre qu'il y a un conflit d'autorité et de puissance.

Alors, si l’on met d’un côté le pouvoir des hommes et de l'autre le pouvoir de Dieu et que l'on se demande comment les deux cohabitent ; eh bien, ce n'est pas très évident de répondre à cette question : où commence et où termine le pouvoir de l’un et où commence et où termine le pouvoir de l'autre ?

Si on raisonne en termes de territoire, on va se dire : le pouvoir de Dieu où commence-t-il et où finit-il? Le temple, nos églises, Rome, le monde entier ? et alors du coup, on rentre dans un conflit avec le pourvoir des hommes.

 

Jésus ne répond pas à cette question en ces termes ; il la renverse et il fait apparaître une troisième dimension : c'est ça l'affirmation "rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu" ; il ne rejette pas l’un au profit de l'autre ; il ne rejette pas un pouvoir au profit de l'autre.

La troisième dimension qu'il injecte, Jésus, c'est la conscience, la conscience.

 

Qu'est-ce que la conscience ?

Au fond de sa conscience, l'homme découvre la présence d'une Loi qu'il ne s'est pas donnée (il ne se l’est pas donnée à lui-même) mais à laquelle, il est tenu d'obéir, (à laquelle il est tenu d'obéir) ; cette voix qui ne cesse de le presser d'aimer et d'accomplir le bien et d'éviter le mal.

Au moment opportun, cette voix résonne dans l'intimité de son cœur ; c'est une Loi inscrite par Dieu au cœur de l'homme.

‘La conscience est le centre le plus intime et le plus secret de l’être, le sanctuaire où il est seul avec Dieu et où sa voix se fait entendre’ : c'est une citation des évêques réunis au Concile Vatican II.

C'est le cœur, le sanctuaire même de l'homme où la voix de Dieu se fait entendre.

 

Un cœur sans partage est un cœur qui entend cette voix dans ce sanctuaire solide, qui n’est ni le château de l'empereur ni l’église (bâtiment) ; ce sanctuaire intérieur, au plus profond de l'homme, dans son centre, où l'homme est seul avec Dieu.

Vous avez entendu ‘la conscience morale’, c'est ‘la conscience morale’ mais en plus c'est le lieu de la rencontre, le point de contact entre Dieu et l'homme.

 

Nous savons qu’un homme (à la limite, quelles que soient son éducation, sa culture) est tenu d'obéir à sa conscience et personne ne peut l'en empêcher, personne ne peut l'en empêcher ; personne ne peut empêcher quelqu'un d'obéir à sa conscience et souvent, en matière religieuse, par ailleurs.

 Donc le point de contact, le point de réconciliation entre ces deux pouvoirs : pouvoir humain, pouvoir de Dieu se situe de ce côté-là et cette voix conduit chacun vers ce qui est bien et l’invite à rejeter ce qui est mal.

 

Alors évidemment, la question qui se pose, c'est de connaître cette conscience, de l'éduquer, de l'alimenter, de la trouver en soi ; ça n'est pas rien !

Et souvent, avec les moyens de communication et peut-être avec parfois une connaissance pas complète de Jésus, cette conscience nous l’ignorons, nous ne la connaissons pas parfaitement.

Comment faire pour que cette conscience grandisse ?

Comment faire pour que nous ne versions pas dans les querelles ou que nous soyons exclusifs c'est-à-dire que ‘je vais créer des territoires autour de moi’ et ‘je vais rejeter ceux qui n’obéissent pas, comme moi, aux impératifs divins’ ?

Comment faire pour nourrir cette conscience?

 

Première chose, c'est la parole de Dieu ; la parole de Dieu agit dans nos cœurs comme une rosée vient féconder  la terre ; la parole de Dieu, ce n'est pas uniquement la parole de Dieu que j'entends à la messe, la parole de Dieu c'est toute la parole de Dieu et les pages que je tourne de la Bible ; la parole de Dieu.

 

Ensuite, c'est la prière :  j'implore le Seigneur, de faire grandir en moi la foi car la conscience est collée à la foi.

Je peux prier le Seigneur : ‘augmente en moi la foi’.

 

Premier : parole de Dieu ;

deuxième : prière.

Troisièmement l'action ; l'action dans la charité (on en a parlé, dimanche dernier) c'est-à-dire une action désintéressée, gratuite.

Être porté par l'espérance : quelqu'un qui croit que demain, c'est la fin du monde par exemple, et c'est le chaos; eh bien, il ne pourra pas agir avec sa conscience, ce n'est pas possible : il y a quelque chose qui ne va pas.

Être porté par l'espérance et surtout,

être enraciné dans la foi de l'Eglise.

Ce n'est pas "mon Eglise" c'est "toute l'Eglise"; ce n'est pas "mon intime conviction, à moi tout seul", c'est "la foi de tous les chrétiens".

 

Vous voyez, ça fait cinq chemins pour nourrir ce point de contact entre Dieu et moi, et du coup, entre moi et mes frères.

Alors, au lieu d’être dans la querelle comme les pharisiens, (vous l'avez compris, ils veulent faire tomber Jésus dans un piège ; ça, vous l’avez compris !), sauf que Jésus, très intelligemment, n’y tombe pas.

 

Au lieu de raisonner en conflits d'autorité et de pouvoir :

moi et les autres,

ceux qui croient à ceux qui ne croient pas,

les bons et les mauvais,

les blancs et les noirs,

 eh bien, c’est retrouver ce cœur-là ; la conscience dans la foi.

 

  Je vous le répète : la parole de Dieu,

 la prière,

 l'action dans la charité,

 être enraciné dans l'espérance

et le dernier point : être enraciné dans la foi de l'Eglise.

 

De cette façon, effectivement, le Seigneur pourra être le Tout-Puissant ;  

effectivement, notre cœur sera sans partage

et effectivement, nous pourrons faire ce qu'il veut.

 

Et nous ne poserons plus de questions pour savoir

comment cela se fait-il qu'il y a des gens différents de moi, autour de moi,

comment ça se fait que parfois, ça ne s’entend pas,

ça n'est plus la question !

Ce qui restera ce sera : comment moi, je contribuerai  à ce que se réunisse en un seul peuple, en un seul groupe, tout le monde, tout le monde, quelle que soit sa différence ; c'est le secret de la conscience.

En n’oubliant jamais quand même, qu'on ne peut pas me forcer à faire ce que ma conscience me dicte, (et pas le contraire !).

 

Amen.


Mercredi 18 octobre : St Luc

2Tim 4, 10-17b : le sens des souffrances de l’apôtre chrétien.

Ps 144

Lc 10, 1-9 : Mission des soixante-douze disciples.

 

Nous accueillons ces consignes pour la mission des apôtres, ces envoyés, comme nous les avons accueillies, il y a déjà une quinzaine de jours ; souvenez-vous, c'était un jeudi : nous entendions ce texte.

Il était donc question de rentrer dans cette universalité que Jésus propose et dont Luc s'est fait l'écho dans son souvenir, dans cet Évangile : "dans toute ville où vous entrerez, où vous serez accueillis, mangez ce qui vous est présenté".  

Ça n'est pas rien (nous nous l’étions dit, la fois précédente, quand nous avions entendu ce texte) : "mangez ce qui vous est présenté", c'est dépasser un certain nombre d'interdits alimentaires pour ceux qui pouvaient craindre de manger de la viande interdite ou de manger de la viande sacrifiée aux idoles.

 

Cette consigne qui est aussi relayée par Paul, après un conflit avec Pierre, cette consigne est précieuse et marque l’ouverture de la Bonne Nouvelle à tous et pas uniquement à nos semblables, à ceux avec qui nous faisons corps, à ceux avec qui nous partageons habituellement  le même repas.

Il y a cette ouverture aux nations, cette universalité de l'Évangile ; rappelez-vous à la fin de l'Évangile, notamment de Matthieu : "allez ! de toutes les nations, faites des disciples ; baptisez-les au nom du Père, du Fils et de l'Esprit Saint".

Cette consigne, Saint Luc va la déployer dans les Actes des Apôtres, dont nous pensons qu'il est aussi l'auteur, comme l'Évangile : il va montrer combien l'Église est née de l'Ascension et de la Pentecôte et que progressivement elle s'est ouverte, non sans difficultés, à plus large que les quelques-uns qui sont à Jérusalem.

 

Il y a une autre consigne : "la moisson est abondante mais les ouvriers sont peu nombreux.

Priez donc le Maître de la moisson d'envoyer des ouvriers pour sa moisson".

 

"Prier donc le Maître de la moisson" : c'est une prière de foi.

Les disciples, les apôtres, nous, nous sommes invités à une prière de foi : demander au Seigneur d'accorder notre volonté à la sienne ; ce n'est pas d'accorder la sienne à la nôtre ; d'accorder notre volonté à nous, à la sienne ; en l'occurrence, de rentrer dans son souci, souci divin d'avoir des moissonneurs.

Alors, ce n'est pas pour nous dire qu'il faut que nous soyons tous moissonneurs, mais c'est de rentrer dans le souci divin, cette préoccupation que le Père a que son amour, son Alliance soient connus et se répandent.

C'est déjà quelque chose de le porter dans notre prière et de demander au Père qu'il en fasse notre propre préoccupation.

 

Ensuite, être ouvrier à sa moisson, c'est un don, comme celui de la charité, dont on parlait dimanche. Il appartient au Père de nous demander nous-mêmes d'être des moissonneurs, c'est une autre affaire ; mais rentrer dans sa prière à lui, rentrer dans son souci, son souci divin qu’il y ait des ouvriers pour la moisson.

Si nous ne sommes pas nous-mêmes des moissonneurs, nous pouvons être de bons "interpelleurs" : appeler d'autres pour qu'ils le soient, (si ce n'est pas nous-mêmes) ou donner envie à la moisson : si nous sommes de piètres épis, déjà tout brisés, ça ne donne guère envie d'aller en moissonner d'autres.

Que nous soyons de bons instruments, de bons médiateurs de ce souci-là, à défaut d'être nous-mêmes des moissonneurs.

 

Entrons dans le souci du Père.


Dimanche 15 octobre :

Is 25, 6-10a : le festin divin.

Ps 22

Ph 4, 12-14. 19-20 : Remerciements pour les secours envoyés.

Mt 22, 1-10 : Parabole du banquet nuptial.

 

Voilà un texte assez suggestif pour dire l’eucharistie : vous savez que nous avons vocation à participer à un festin, un festin royal, des noces.

 

Dans la Bible, l'image du repas, dans l'Ancien Testament, est ce qui nous est promis à la venue du Messie et chacun a vocation à prendre place à une table, pour un festin éternel.

 Dans le Nouveau Testament, ce festin est aussi promis dans l'avenir, non pas avec la venue du Messie mais au moment du retour du Fils et en même temps, ce repas, il a déjà lieu et nous en avons quelques prémices avec la multiplication des pains, par exemple ou bien encore, au moment de la dernière Cène ; mais il a déjà lieu et il aura lieu à nouveau, en Jésus ; et là, cette fois-ci, c'est Jésus qui parle : il raconte cette parabole de ce festin et on peut penser à notre propre festin de ce matin, cette eucharistie.

 

Alors, peut-être que personne n’est venu frapper à notre porte pour nous dire : ‘mais viens donc à l’eucharistie’ ; nous y venons nous-mêmes, et comme je le disais en introduction : soit nous faisons partie des invités de la première heure, soit nous faisons partie des invités de la dernière heure ; ça nous regarde.

 

En tout cas, nous sommes là et dans cette parabole, il y a un homme qui se détache des autres (nous ne savons pas, d’ailleurs, combien répondent à l'invitation) ; il y en a au moins un ; il se détache des autres : il lui manque le manteau.

Et c'est terrible, parce que ce constat nous permet (à chacun), de nous situer devant cette parabole et de nous demander : ‘mais nous aurions de l'amitié pour qui ?’

 Pour ce père, qui fait tout ce qu'il peut pour qu’il y ait du monde aux noces du fils ou aurions-nous de l'amitié pour cet homme qui répond et qui peut-être, fait plaisir au père en répondant à cette invitation ?

Mais pourtant, pourtant, comme il lui manque le vêtement, ça ne va pas !

 

Je vous rappelle que nous sommes bientôt au terme de l’année liturgique et que nous avons, dimanche après dimanche, (mieux encore !), jour après jour, à l'écoute de la parole de Dieu, cueilli des fleurs d'Evangile et nous sommes à la fin de cette année, avec un bouquet dans les mains ; un bouquet de ces fleurs d'Evangile.

Mais comment sont-elles, donc ? fleurs fanées, fleurs fraîches, belles, moins belles, peut-être en avons-nous perdu en route, dans quel état est le bouquet ?

Dit autrement : au terme de cette année liturgique, portons-nous le vêtement des noces ?

Ça ne suffit pas d'être présent au repas ; portons-nous le vêtement ?

Sommes-nous dignes d'être à ce repas ?

Faites une sorte d'évaluation de ce discours.

 

Les pères de l'Eglise, nos aïeux dans la foi, (il y a plus de 1500 ans), regardant cette parabole, s'interrogent : ‘cet homme, pourquoi n'était-il pas digne ?’

C'est quoi, ce vêtement ?

Nos braves aïeux dans la foi, lisaient l'Évangile bien plus que nous et ils se disaient :

il y a deux écueils dans lesquels chacun d'entre nous peut tomber

et que représente cet homme qui n'a pas de vêtement (le vêtement qu'il faut) ?

 

Premier écueil, c'est d'être devant Dieu, (comme devant les autres), en position d’esclave.

Je m'explique : nous répondons à l'invitation parce que nous y sommes obligés ; on fait plaisir à celui qui nous force ; devant le bon Dieu, je suis comme un esclave ; or, dans l'Évangile les esclaves, il y en a un certain nombre qui apparaissent (même si la figure de l'esclave est choisie par Jésus comme étant une belle figure : celui qui est au service) ; ce n'est pas de cela dont il est question, c'est celui qui a peur et on en a parlé, il n'y a pas longtemps de celui qui a peur.

Ceux qui ont été à l'assemblée paroissiale dimanche dernier, l'après-midi, ont entendu la parabole des talents ; le troisième serviteur, à qui est remis un talent, il a peur ; il cache son talent : ‘j'avais peur de toi, je ne voulais pas le perdre, je ne voulais pas non plus, le faire fructifier.

Voilà, tu as ton bien, je te le rends’ ; figure de l'esclave.

Comment sommes-nous devant Dieu ?

Sommes-nous comme un esclave qui a peur du Maître ?

Pas de réponse.

 

Le deuxième excès, le deuxième écueil, c'est le mercenaire : c'est tout l'inverse.

Peur de rien, le mercenaire ; peur de rien !

Dans l'Évangile le mercenaire, à quel moment apparaît-il ?

Dans l'Évangile de Jean, quand Jésus parle de lui-même comme du bon Pasteur, qui s'occupe du troupeau et qui défend son troupeau des loups et des mercenaires.

Les mercenaires, eux, ne connaissent pas les brebis par leur nom et les brebis ne reconnaissent pas la voix du mercenaire, elles ne le suivent pas.

Le mercenaire, lui, est opportuniste : il vient chercher ce dont il a besoin chez le bon Dieu et ailleurs, il vient prendre ce qu'il veut pour lui, il n'a que faire du reste.

 

Cet homme qui répond à l'invitation, y répond-il parce qu'il aurait faim, par hasard ?

Parce qu'il ne voudrait pas rester dehors ? (quelques instants, se mettre au chaud !)

Il n'a pas de vêtement de noces !

Comment sommes-nous devant le bon Dieu, nous aussi ?

Peut-être comme des mercenaires, au moins ?

Esclave ou mercenaire ?

 

Ce sont des excès ; comme ce sont des excès, ça ne nous représente pas complètement.

Alors peut-être, est-ce au milieu que ça se situe ?

Mais au milieu, c'est l'homme qui a le vêtement des noces (précisément, il ne l’a pas), mais il l'aurait eu, il se serait situé au milieu, cet homme.

 

Celui qui a une vraie liberté spirituelle (ni esclave, ni mercenaire); il est comme le Fils qui aime le Père et reçoit tout de lui ; c'est la figure de Jésus avec son Père :

il reçoit tout de lui ;

tous ceux qui viennent à lui, c'est le Père qui les envoie à lui ;

rien de ce qui est à lui, n'appartient qu'à lui, mais tout est au Père.

La figure du Fils qui aime le Père,  modèle de  liberté spirituelle, vêtement des noces c'est la charité.

 

La charité, voilà ce que représente le vêtement de noces.

Je peux être pieux,

fidèle,

je peux être même d'une certaine façon, obéissant,

régulier,

obéir ;

s’il me manque la charité, je ne suis que (eh bien, pas grand-chose), qu’une cymbale retentissante.

 

Le commandement nouveau que nous laisse Jésus, c'est la charité et cette charité c'est un don, ça ne se fabrique pas, ça se décerne ; elle grandit dans la prière, chaque fois que nous la demandons avec l'intention de la recevoir.

Et cette charité, ça va être la valeur ajoutée (si je peux utiliser ces mots) de celui qui s'identifie complètement au Christ.

Et jusqu'à quel point ?

Jusqu'au point d'être devant lui, comme le publicain :

‘Seigneur, prend pitié de moi.

Je ne sais pas trop si j'ai le vêtement des noces ou pas ;

je vois bien tous les efforts que je fournis devant toi et puis, ceux que je ne fournis pas.

En définitive, je ne sais pas si je suis digne ou pas, attendu que celui-là seul, qui peut me rendre digne de toi, c'est toi-même.

Donne-moi le vêtement des noces,

que je ne sois pas simplement le petit mouton obéissant ou désobéissant

mais, que je sois ton disciple dans l'Esprit Saint ;

fais de moi, ton disciple ; non plus un serviteur,

mais, fais de moi un ami, un ami.

Donne-moi le vêtement des noces, si tu veux.

Je t'aime’.

 

Quels sont les fruits de la charité ?

Je les ai notés parce que je dois vous avouer que je ne les connais pas, par cœur.

Certains tombent sous le sens, par exemple : joie,

paix

et miséricorde (on aurait deviné tout seul) ;

mais d'autres : la bienveillance,

celui qui est dans cette charité, il est bienveillant ;

il est dans la réciprocité, jamais à sens unique ;

il est dans le désintérêt, la gratuité ;

il est dans l'amitié

et la communion.

 

Une communauté qui grandit, qui a le désir de grandir dans la charité (une communauté de disciples), elle va s'imposer deux choses :

la première, on en a parlé, il y a quelques dimanches ; souvenez-vous, c'était la poule qu’on plume.

Vous vous souvenez de la poule qu’on plume ?

Eh bien, c'est une première exigence de cette communauté : la correction fraternelle, correction fraternelle.

Une communauté qui veut grandir dans la charité, elle s'autorise la correction fraternelle plutôt que la médisance.

 

Et la bienfaisance, être bienfaisant les uns par rapport aux autres.

 

Quand on regarde Jésus, (si on veut faire de lui, notre Maître), pour recevoir ce vêtement de noces, rappelons-nous son exigence d'amour, difficilement dépassable, c'est :

l'amour des ennemis (joue droite, joue gauche);

se faire le prochain de celui qui est le plus loin (en même temps, ce n'est pas très compliqué de se faire le prochain de celui qui le plus proche) ; mais, le plus loin, entendons  par là de celui qui me ressemble le moins ;

et accueillir les enfants et les pauvres.

 Ça arrive parfois, qu’une messe où il y a des enfants, ça nous agace, par exemple ;  avec des pauvres, n'en parlons pas !

 

Ressembler au Maître jusqu'à reconnaître devant lui, ce que j'ai du mal à vivre, comme le publicain au Seigneur : ‘Prends pitié de moi ;

si tu le veux, rends-moi digne de toi ;

donne-moi le vêtement des noces’.

 

Amen. 


Vendredi 13 octobre :

Jl 1, 13-15 ; 2, 1-2 : Appel à la pénitence et à la prière. Alarme au jour du Seigneur.

Ps 9a

Lc 11, 15-26 : Jésus et Béelzéboul.

 

C'est un texte qui est redoutable parce qu'il pointe la puissance du diviseur et il peut nous troubler.

Il n'est pas possible de parler ou de regarder le mal, ça n'a pas de sens ; ça existe, il y a des gens qui le font, qui sont fascinés par le mal, qui en causent beaucoup, mais ça n'a pas de sens.

Nous, chrétiens, nous prétendons n’en parler qu'à la lumière de Jésus, (notre foi en Jésus ressuscité) et lorsque nous en parlons, nous en parlons en disant que le mal a perdu ; il a perdu ; il a perdu et il perdra car Jésus est le Vainqueur ; c'est lui le Vainqueur.

 

D'ailleurs, lorsqu'il est question de cet homme fort, bien armé, qui garde son palais, il est question d'un homme plus fort qui vient et qui vainc (quelqu'un qui est vainqueur).

Oui, ça peut être un ennemi, mais ça peut être aussi le Christ car le Christ peut aussi pénétrer dans nos vies par effraction et briser notre armure (toute armure n'est pas forcément une armure pour se protéger du mal) ; il vient faire son œuvre en nous.

Regardez l'exemple de saint Paul : Saul a été brisé, il est tombé sur la route de Damas ; c'est bien le Ressuscité qui est venu jusqu'à lui.

 

Comment faire pour avoir un cœur uni, un cœur unifié dont la solidité n'est pas de nous-mêmes mais du Christ?

Comment faire ?

Ne jamais perdre de vue, que sont étroitement reliés entre eux, le cœur, le corps et la foi ; tout ce qui est valable pour notre cœur, est valable pour notre foi dans notre corps et réciproquement ; tous ceux qui auraient des considérations exclusivement centrées sur la foi et oublieraient les deux autres dimensions, se tromperaient ; tous ceux qui seraient exclusivement attentifs au cœur, en oubliant la foi et le corps etc. etc., se tromperaient : les trois sont liés.

 

Comment faire alors, pour que notre maison intérieure, balayée et bien rangée, dans laquelle Jésus vient pour dresser sa tente et faire sa demeure, comment faire pour que ce cœur-là soit ouvert, accueillant pour le Christ ?

 

Il y a quatre piliers à respecter :

le premier pilier, c'est le pilier de la chasteté.

Ça concerne le corps mais ça concerne aussi le cœur et la foi : la pureté de notre regard et de nos intentions, c'est la chasteté ; cette juste distance avec soi, avec les autres et avec le Père.

Nous ne pouvons pas toucher le Père ; nous pouvons nous approcher du Christ, il peut nous rejoindre mais nous ne pouvons pas toucher le Père.

La chasteté.

 

Le deuxième pilier c'est la charité, ce dont on se gargarise tout le temps et la charité naît de la prière.

 

Le troisième pilier, c'est l'amour de la vérité, la vérité sur soi, déjà, pour commencer ; mais la vérité qui nous vient également par la parole de Dieu.

Aimer cette vérité-là et toute la vérité, pas uniquement ce qui nous arrange.

 

Le quatrième pilier, c'est notre foi mais une foi droite, une foi totale, une foi complète et pas uniquement des petits bouts, toujours en fonction de ce qui nous arrangerait : par exemple, j'aime bien louer Dieu mais j'oublie de crier vers lui, quand je suis dans la souffrance.

Dans ce cas-là, notre foi n'est pas complète : je le loue quand il fait beau et je l'oublie quand il pleut.

Et pourquoi ne le louerai-je pas quand il pleut ?

 

Ces quatre piliers : la chasteté, la charité, l'amour de la vérité et la foi droite pour que notre cœur ne soit pas un bastion, qu'il ne soit pas un repère de bandits mais qu'il soit un lieu prêt à accueillir Celui qui vient pour faire sa demeure.

 

Amen.


Jeudi 12 octobre :

Ml 3, 13-20a : Triomphe des justes au jour du Seigneur.

Ps 1

Lc 11, 5-13 : L’ami importun. Efficacité de la prière.

 

Cette parabole de Jésus ressemble très fort à une autre parabole de Jésus où il n'est pas question d'un ami qui demande à un ami pour un ami qui arrive en pleine nuit mais c'est une veuve qui implore un juge que l'on croit sourd et de mauvaise foi et elle insiste très fort.

Dans les deux cas, ça n'est pas pour dire que le bon Dieu est comme l'ami de l'ami de l'ami et surtout de l’ami endormi ou comme le juge inique mais que la persévérance dans la demande, dit quelque chose de la prière ; la persévérance de la demande et de l'ami et de la veuve (là je reste dans  l'Évangile d'aujourd'hui) ; la persévérance.

 

Ça nous invite à nous dire quatre choses sur la prière :

La première chose, c'est que la persévérance toute seule n'a pas d'intérêt si elle n'est pas vécue dans l'amour ; l'insistance, la persévérance dans l'amour.

Une prière persévérante, qui ne serait pas mue par l'amour, serait du rabâchage et surtout finirait par nous fatiguer tôt ou tard, serait une prière sans fruit, peut-être une prière maladroite, d'ailleurs, une demande maladroite.

 

La deuxième chose c'est qu'il est toujours possible de prier, toujours ; il n'y a jamais d'excuse pour ne pas prier.

Il est toujours possible de prier parce que Jésus nous a promis, lui, le Ressuscité, qu’il  serait avec nous tous les jours, tout le temps donc il n'y a pas de jour ‘sans’ ; il n'y a pas de jour férié dans la prière ni d'heure de fermeture des guichets du bon Dieu ; c’est toujours ouvert.

 

La troisième chose : dans l'Esprit Saint, il est toujours utile de prier, sans quoi, si nous ne prions pas, (si nous oublions que c'est nécessaire pour nous, si nous oublions que c'est vital), alors, nous risquons de tomber dans ce que l'on appelle les tentations du péché.

Un cœur priant qui oublie de prier est un cœur qui tombe et qui tombe dans l'esclavage.

L'Esprit Saint, il est fait pour être reçu et cet Esprit Saint, il est fait pour nous redresser, faire de nous des enfants qui parlent au Père ; sans cet Esprit Saint (et sans que nous le demandions), nous sommes tout le contraire des enfants qui s'adressent au Père ; nous tombons dans l'esclavage du péché : la prière est donc utile, vitale.

Allez demander à un poisson si son eau est nécessaire ; elle est plus que nécessaire, elle est vitale.

L'air que nous respirons est vital ; la prière aussi.

 

La quatrième chose c'est l'amour.

Nous le savons, (cela a déjà été dit) l'amour est indivisible : je ne peux pas aimer plus le bon Dieu que mes frères ou  plus moi-même que mes frères  ou plus mes frères que moi-même ou le bon Dieu.

Si l'amour est indivisible, alors, la prière est inséparable du service, inséparable du service ; nous voyons la figure de Marthe et la figure de Marie, si on veut réduire la figure de Marie à celle de la prière (Marie ne fait pas que ça mais …les deux sœurs).

Rappelons-nous : persévérance dans l'amour, ensuite ???...

 

Je recommence mon homélie :

Il n'y a pas de persévérance dans la prière sans amour ; il n’y a pas de persévérance dans la prière sans amour.

Ensuite, la deuxième chose : on peut toujours prier, c'est toujours possible, Christ nous a dit : ‘je suis avec vous jusqu'à la fin des temps’.

Troisième chose : celui qui ne prie pas, il tombe dans l'esclavage du péché ; celui qui est prise, avec l'Esprit Saint, il devient enfant de Dieu.

Quatrième chose : toujours liée au service.

Voilà.

 

Amen.


Mercredi 11 octobre : St Jean XXIII

Jon 4, 1-11 : Dépit du prophète et réponse divine.

Ps 85

Lc 11, 1- 4 : Le ‘Notre Père’

 

L'Évangile nous rapporte deux moments, où il est question de cette prière du ‘Notre-Père’ ; une fois chez Matthieu et une fois ici, chez Luc.

Ces deux versions du ‘Notre Père’ accompagnent la version liturgique que nous utilisons, à chaque fois que nous la prions.

Ce qui est intéressant ici, chez Luc :

 d'abord, l'évangéliste se souvient de Jésus qui prie et il le montre ou il le désigne comme étant en prière.

Toute prière, à fortiori celle-ci où le Fils s'adresse au Père, est d'abord la prière du Fils qui s'adresse au Père et quand nous prions, seuls ou en communauté, c'est Jésus qui s'adresse au Père : il prie et il ne cesse pas de prier.

Si je voulais faire ‘savant’, je dirais c'est le principe de toute liturgie : ce grand mouvement invisible de l'homme vers Dieu et de Dieu vers l'homme est inauguré en Jésus, qui prie son Père.

 

Le deuxième indice, qui est vraiment très précieux pour nous, c'est que les disciples demandent à Jésus : "apprends-nous à prier" ; c'est pour nous un apprentissage, la prière et la prière du Notre-Père, en particulier.

Je sais bien que c'est une prière souvent machinale et nous devinons par-là, que c'est dommage ; la prier et apprendre à la prier ; apprendre ou réapprendre chacun de ses termes ou de ses mots ; là encore, c'est Jésus, dans l'Esprit Saint, qui nous l’enseigne.

 

Il y a 7 demandes dans cette prière : quatre qui pourraient, (comme l’on dit assez communément), rejoindre nos besoins fondamentaux et trois, qui sont relatives à notre combat contre le mal.

Les besoins fondamentaux : la sanctification,

la révélation du Nom par tous et en tous (que vienne un royaume de paix, de justice, de joie) ;

la nourriture nécessaire, qui nous fait marcher, qui nous aide à marcher sur ce chemin

et le désir de Dieu, inscrit en chacun de nous ; que ce désir soit toujours réactivé.

 

Et puis, il y a trois demandes, qui concernent notre relation au monde :

d'abord, la nécessité du pardon à donner et à recevoir

de l'aide de Dieu pour ne pas nous laisser aller à la tentation

 et que nous soyons délivrés de l'auteur du péché et de la tentation.

 

 Alors, c'est une excellente occasion pour moi, de vous rappeler ou de vous annoncer que la traduction, qui a été faite en français en 1966 : "ne nous soumets pas à la tentation", à partir du premier dimanche de l'Avent, cette année, deviendra ce que nous lisons dans ce lectionnaire, depuis un an, (maintenant : "ne nous soumets pas à la tentation" ) deviendra "ne nous laisse pas entrer en tentation".

Est-ce que tout le monde a entendu ?

Je vais le redire ; nous disons : "ne nous soumets pas à la tentation" ; nous l’avons appris au moins depuis que nous disons cette prière en français, en 1966 (je n'étais pas né !) eh bien, ça va devenir "ne nous laisse pas entrer en tentation".

 

Les raisons sont savantes, il y a aussi des raisons simples : peut-être que la version française pourrait être fautive d'une mauvaise interprétation : comme si le Seigneur nous faisait entrer dans cette tentation, dont il est question, de la même façon qu'il fait entrer le peuple d'Israël dans l'épreuve de la foi (comme au désert, par exemple, au moment où il donne la manne) ou toute autre tentation qui, comme un creuset, permet de vérifier la qualité de notre foi.

Ce n'est pas de cette tentation-là dont il est question, mais c'est plutôt contre les épreuves du Mâlin : ce n'est pas le Seigneur qui nous y fait entrer, mais au contraire, le Seigneur qui peut nous en faire sortir, du moment que nous lui demandons ; ‘entrer’ paraissait préférable à ‘soumettre’.

 

Alors nous entrerons, comme il nous est demandé, avec beaucoup d’obéissance, dans cette nouvelle prescription liturgique, en vigueur à partir du premier dimanche de l'Avent.


Mardi 10 octobre :

Jon 3, 1-10 : Conversion de Ninive et pardon divin.

Ps 129

Lc 10, 30-42 : La parabole du bon samaritain. Marthe et Marie.

 

Il n'y a que saint Luc qui se souvient de cet épisode ; on sait par ailleurs, avec un autre souvenir chez Saint-Jean, que ce village, sans doute, c'était Béthanie car nous savons par Jean, que Jésus aimait aller chez Marthe, Marie et leur frère Lazare à Béthanie.

 

Ce texte est célèbre ; c'est sans doute un de ceux qui revient le plus sous la plume des auteurs spirituels, depuis le début du christianisme : Marie est la figure de la meilleur part et du nécessaire dans une vie, à la suite du Christ.

Personne ne conteste que s’affairer au service, ce soit important.

Dans le texte de l'Évangile, il n'est pas dit d'ailleurs, que ce n'est pas bien de s’affairer au service.

 

Ce n'est pas la question, c'est la question du nécessaire : qu'est-ce qui peut être fait, dans une vie et copieusement fait (le service inclus, on peut être des hommes et des femmes de beaucoup de services, de beaucoup de choses à faire, très accaparés), mais qui, mais qui, mais qui,  à aucun moment ne sera épuisé par tout cela et n’épuisera personne, parce que son centre demeure intact et préservé ; son cœur unifié, uni.

 

Je pourrais reprendre (en partant sur une toute autre image), je pourrais prendre l'idée de la charité et ce que va en dire Saint-Paul : ‘je pourrais me donner, je pourrais offrir tout ce que j'ai, je pourrais… Mais si je n'ai pas l'amour, je suis comme une cymbale retentissante’; c'est-à-dire, je fais causer de moi, je m'agite pour que tout le monde le remarque et ça ne produit rien.

C'est ce qui est en jeu également dans ce texte et donc ce n'est pas tellement le service qui va être une question (oui ! Bien sûr ! Il faut être au service : Jésus nous invite à nous laver les pieds les uns les autres, nous faire serviteur et esclave) mais comment ne pas sombrer dans un activisme qui nous perd ?

 

Rester centrés en Jésus, quoi que nous fassions, même pour ceux qui prient: on peut être des très grands priants et être en réalité, extrêmement dispersés et, finalement, perdre son temps, attraper des escarres aux fesses et c'est tout !

Donc, l’intérieur c'est d'être centrés en Christ, quoi que nous décidions de faire et quelle que soit notre vocation ou notre don propre.

 

Alors ça, ça devrait être une question qui devrait nous agiter chacun dans notre accompagnement spirituel, dans notre lecture de l'Évangile et dans toutes les entreprises que nous menons : rester centré en Jésus-Christ.

 

Amen.


Dimanche 8 octobre : rentrée paroissiale

Is 5, 1-7 : Le chant de la vigne.

Ps 79

Ph 4, 6-9 : Derniers conseils.

Mt 21, 33-43 : Parabole des vignerons homicides.

 

Voilà un texte que nous n'avons pas choisi : il nous est proposé pour aujourd'hui ; il est quand même relativement violent.

Je cherche à le transposer pour l'assemblée que nous sommes, ce matin.

 

On nous a dit qu'aujourd'hui, nous apportions notre cartable ; voilà le mien, c'est celui que j’utilisais quand j'étais au lycée et puis ensuite à l'université ; c'est le cartable qui appartenait à mon grand-père qui, lui, était cheminot ; alors il est vieux, le cartable.

Dedans un cartable, les enfants, qu'est-ce que l'on met ?

On met nos outils qui sont utiles pour apprendre quand on va à l'école et parfois également, au KT.

 

Dans le cœur de l'homme, ça peut être comme ce matin : ce matin, on se réveille, on ouvre les rideaux ou les volets et on voit que c'est tout gris ; ouh ! ce n’est pas bien !

Et alors, quand c'est tout gris, eh bien, ça ne va pas; c'est la faute à tout le monde, surtout pas à soi.

 

Quand on va au KT, on découvre la foi, le trésor de la foi des chrétiens et le trésor de la foi des chrétiens c'est : ‘quand j'ouvre les rideaux le matin et que c'est tout gris ; eh bien, je sais que derrière, il y a du soleil.

C'est bête comme chou mais ça change tout dans les relations entre les personnes ; si je sais qu'il y a du soleil derrière, ça transforme notre façon d'être, ma façon de me mettre en relation avec les autres.

 

Et c'est quoi ce trésor de la foi des chrétiens ?

C'est Jésus ; c'est Jésus.

On n’a pas de film sur Jésus, on n’a pas de photo sur lui, rien de tout cela ; on a l'Évangile, la parole de Dieu, un texte qui nous parle de lui et on sait trois choses importantes sur Jésus.

La première chose que l'on sait sur Jésus, c'est que lui, Jésus, il croit très fort en son Père et il croit tellement en son Père que toute sa vie, c'est un vrai cadeau pour lui, un immense cadeau.

Et pour nous les chrétiens, on se dit : ‘eh bien, si c'est comme ça pour Jésus, ça peut être pareil pour nous’ ; nous croyons que notre vie peut être un vrai cadeau pour Dieu, un vrai cadeau ; on appelle ça, les enfants, la foi.

 

Je sors de mon sac la foi, la foi : notre vie est un cadeau pour Dieu comme Jésus qui croyait très fort en son Père, (grande confiance en son Père) : la foi.

Peut-être que la foi, c'est encore un petit peu abstrait, alors, voilà un dessin (pour dessiner la foi) : des mains ouvertes.

J'offre à Dieu ma vie; j'offre à Dieu ma vie, je l’offre.

Quand vous allez venir toute à l’heure pour communier, celles et ceux qui ont préparé leur première communion, vous allez venir avec des mains, comme ça : je fais de ma vie, un cadeau.

Première chose que l’on sait de Jésus.

(S’il y avait une personne gentille, j'ai apporté du scotch ; cette personne gentille pourrait scotcher, ce que je viens de montrer, sur l'autel.

Voilà, la première personne gentille qui vient (il y en a d'autres) ; merci Christophe, c'est l'anniversaire de Christophe aujourd'hui : joyeux anniversaire).

Alors ça, c'est la première chose : quand on regarde Jésus, sa vie, c'est un vrai cadeau : il croit très fort au Père.

 

La deuxième chose, quand on regarde Jésus, (pour empêcher qu’on oublie que derrière le ciel gris, il y a du soleil), Jésus est plein plein plein plein plein plein d'espérance, il n'abandonne jamais ; il n'abandonne jamais et il sait que son Père ne l'abandonnera pas.

Mine de rien, c'est important parce que nous aussi, on sait que dans l'Esprit Saint, le Père, Dieu, ne nous abandonnera jamais.

C'est incroyable ; parfois, il y a des ciels gris; eh bien, il vaut mieux savoir que l'on n’est pas abandonné.

Ça peut être long, l'hiver ; on appelle ça, les enfants, l'espérance ; l’espérance.

L'espérance que demain, il fera beau, par exemple ; l'espérance ; l’espérance que  j'aurai une bonne note à l'école (si je travaille), l'espérance que je peux grandir.

Alors, peut-être que l'espérance, on ne comprend pas trop : alors j'ai cherché un dessin qui pourrait représenter l'espérance et je me suis dit : une petite lumière allumée, c'est sympa ; une petite lumière allumée, c'est sympa.

Ça dit bien qu’on peut compter sur une petite flamme qui nous éclaire, quand c'est tout gris.

Deuxième chose que l'on apprend sur Jésus : il est comme une petite lumière.

(Merci Christophe).

 

Il y a encore une dernière chose que l'on sait sur Jésus : Jésus, il aime profondément son Père et son Père l'aime ; un amour de pardon, un amour de liberté, un grand amour, un amour qui dure.

Et nous, on sait, les enfants, que dans l'Esprit Saint, on peut aimer aussi, comme lui : bagarres à l'école, conflits à la maison ; on sait que ce n'est jamais la fin : avec Jésus, il peut y avoir une suite.

L'amour ne s'arrête jamais sur des échecs et sur une bagarre ; on appelle ça : la charité (parce que ce n'est pas pareil, ce n'est pas uniquement se faire des bisous, alors on prend un autre mot, on dit que c'est la charité), la charité.

Je n'ai pas su trouver un dessin original, alors j'ai pris un cœur ; n'oubliez pas que ce cœur, c'est celui qui vient de Dieu, le cœur.

 

Les petits loups, vous avez trois manières d'être, de Jésus : Jésus croit, Jésus espère, Jésus aime ; eh bien, nous, c'est pareil (enfin, on apprend).

Du coup, quel est le véritable endroit où on peut planter nos racines et apprendre à faire tout ça ?

Est-ce que c'est uniquement le dimanche matin, à la messe, quand on nous oblige à venir ?

Réponse : "non!" ce n'est pas que le dimanche matin.

Ça va être, bien entendu, là où vous passer plus de temps (il paraît que là, où on passe le plus de temps c'est dans notre lit, de fait) ; mais quand on est réveillé, c'est l'école, (j'imagine pour vous), la famille ; pour les grandes personnes ça va être le travail, ça va être les loisirs ; ça peut être les associations, les groupes etc. etc. ; dans tous ces lieux, nous,

on peut apprendre à croire,

on peut apprendre à espérer

          et on peut apprendre à aimer ; il n'y a pas qu’à la messe, le dimanche matin.

Le dimanche matin, eh bien, on change nos batteries, on rebranche sur le secteur nos piles pour qu'elles se rechargent. Voilà !

Foi, espérance et charité.

 

Dans l'Évangile terrible que je vous ai lu, L'Évangile qui raconte l'histoire des vignerons pas gentils du tout, tellement pas gentils, qu'ils ne sont franchement pas gentils ; l'histoire se termine comment ?

L’histoire se termine en disant (c'est une histoire, les enfants, c’est une histoire !),  l'histoire se termine en disant : ‘alors je prendrai d'autres vignerons plus gentils et  je les mettrai à votre place (on les appelle les serviteurs fidèles).

Eh bien, les serviteurs fidèles sont nous, c’est nous ; pour Jésus, dans son histoire, les serviteurs fidèles, c'est nous, parce qu’on connaît Jésus, on sait qu'il croit, qu'il espère et qu'il aime et que si c'est pareil pour nous, eh bien, on ne peut pas être des serviteurs méchants.

C'est aussi simple que ça.

 

Ce que je viens de vous dire à vous, c'est vrai pour les grandes personnes et c'est vrai pour les grandes personnes qui sont souvent là comme c'est vrai pour les grandes personnes qui ne sont pas souvent là ; c'est vrai pour tout le monde.

Amen.


Vendredi 6 octobre : St Bruno

Ba 1, 15-22 : La confession des péchés.

Ps 78

Lc 10, 13-16 : Déploration des villes impénitentes.

 

Nous sommes à la fin de cette grande liste que Jésus transmet à ses apôtres, aux 70 (ou 72 plutôt), lorsqu'il les envoie en mission (on a lu hier, ce passage) et cette liste se termine par ces invectives à ces villes; plusieurs villes que l'on ne connaît peut-être pas complètement!

 

Corazine est une ville qui est au nord de Capharnaüm, à 3 km ;

Bethzaïde, elle est aussi en Galilée ; nous savons que c'est la patrie de Pierre, André et Philippe ;

Capharnaüm, au nord-ouest du lac de Galilée : nous savons que c'est là que Jésus, après avoir quitté Nazareth, va s'établir.

Ces trois villes sont des villes qui enferment des écoles rabbiniques, des lieux où l'on discute et où l'on pense à partir de la Loi religieuse.

 

Et puis, nous avons deux autres villes : Tir et Sidon, souvent nommées ensemble, parfois avec une troisième ville : Sodome.

Tir, Sidon sont au nord, sur le bord de la côte phénicienne et elles ont été très tôt rattachées à Canaan ; elles sont considérées comme des villes païennes ou des villes corrompues, alors que Jésus dit de ces villes, qu'elles seront traitées moins sévèrement que ces villes de Galilée, que Jésus a traversées et notamment la sienne, où il a élu domicile.

 

C'est pour appeler ses auditeurs à se convertir fermement, à se convertir fermement.

Ce n'est pas le fait d'appartenir au Messie ou appartenir à un lieu, qui produit l'efficacité de la mission ou le salut personnel ; c'est la transformation, c’est la conversion qui produit l'efficacité de la mission et le salut ; transformation, conversion.

Et Jésus entend par là, convertir ses auditeurs et en particulier, ces villes et nous sommes appelés à faire de même.

Parfois, nous pouvons être comme Bethzaïde,

nous pouvons être comme Corazine, dans nos communautés et dans notre Eglise lorsque nous restons attachés à tel ou tel moment de notre vie communautaire

ou tel ou tel fait glorieux du passé,

lorsque nous sommes crispés sur telle ou telle décision de l'Eglise,

tel ou tel concile ;

ce qui importe c'est de renouveler en permanence notre attachement vivant à Jésus-Christ et cet attachement se fait toujours dans la conversion.

Dès que nous frôlons le jugement sur qui que ce soit d'autre que nous-mêmes, il est temps que nous nous convertissions ; nous ne pouvons pas être dans l'honnêteté, l'honnêteté de l'Évangile.

 

"Celui qui vous écoute m'écoute" : toute parole qui sortira d'un cœur en conversion, sera une parole écoutée.

 

 "Celui qui vous rejette me rejette": un cœur non converti qui, au lieu d'être dans la mission, sera dans le règlement de comptes avec quiconque, il rencontrera sur sa route ; eh bien, la parole qu'il proférera ne sera pas écoutée.

C'est dommage, car le Fils de Dieu ne sera pas entendu.

Et celui qui rejettera le Fils de Dieu pour ne pas l'avoir entendu, eh bien, rejettera le Père.

Ce qui est terrible!

Ce qui est terrible pour lui et ce qui est terrible pour le missionnaire.

 

Amen.


Jeudi 5 octobre :

Ne 8, 1-4a. 5-6. 7b-12 : Le jour de la naissance du Judaïsme : Esdras lit la Loi.

Ps 18 b

Lc 10, 1-12 : Mission des soixante-douze disciples.

 

« Parmi les disciples, le Seigneur en désignant encore 72 »; à la messe, la semaine dernière, mercredi, Jésus en avait choisis 12 et il leur donne déjà des consignes pour la mission.

Il y a une suite et la suite, c'est aujourd'hui : il en désigne encore d'autres, 72.

 

Dans la version hébraïque de l'Ancien Testament, dans le livre de la Genèse au chapitre 10, il y a la table des peuples et ils sont 70 et dans certains manuscrits de l'Évangile (qui rapportent les paroles de Jésus), il s'agit de 70 qui sont envoyés ; dans la version grecque, ils sont 72 (mais dans d'autres manuscrits donc, il y a 70 disciples).

La portée (et sans doute la consigne, le choix de Jésus) est de viser la terre entière : il choisit le nombre qu'il faut, pour rejoindre toutes les nations connues ; ça dit que celles et ceux qui connaissent Jésus sont forcément d'un lieu et s'ils sont appelés à les rejoindre à un autre lieu, ils vont donc passer dans un monde étranger, différent.

 

70 ou 72, c'est une consigne très forte de la part de Jésus : ‘allez vers celles et ceux qui sont très différents de vous’, tellement différents, qu'ils pourraient ne pas vous accueillir en mon nom ;

tellement différents que ce qu'ils mangent, vous pourriez peut-être ne pas le manger.

Mais ‘manger le’ ; « Mangez ce qui vous est présenté ».

Pour les tout-premiers chrétiens, ce n'est pas une mince affaire, notamment quand on est issu du Judaïsme : il y a des aliments impurs et il y a les aliments consacrés aux idoles.

 Nous, aujourd'hui, on va se tâter le pouls, chaque fois qu'on va manger quelque chose qui va faire monter notre cholestérol ou notre diabète ou va nous paraître exotique et pourtant : ‘mangez-en, ne refusez pas cette hospitalité’, car il n'y a que dans la rencontre que de vraies découvertes peuvent se faire et que l'on dépasse alors, nos murs, ce qui nous sépare.

 

Nous avons été, pour la plupart, baptisés, nous avons reçu l’eucharistie (nous allons à nouveau, la recevoir) et nous avons reçu la puissance de l'Esprit Saint dans la confirmation ; ces trois sacrements nous équipent pour vivre la mission : ils nous donnent ce qu'il faut pour vivre cette rencontre, aller vers ce qui est différent ; quand on est de Bayel, on n’est pas de Baroville ; quand on est du Barsuraubois, on n’est pas du Barséquanais et quand on est de l'Aube, on n’est pas bourguignon etc. et pourtant !

Et pourtant !

Nos cœurs ont tellement besoin d'aller au-delà de nos murailles ; nous avons cette puissance que nous offrent les sacrements, pour cela.

 

Que peut faire un chrétien lorsqu’il rencontre quelqu'un qui ne l'est pas ?

Il peut témoigner de l'absolue dignité de la personne ;

avant de lui parler de Jésus, il peut lui témoigner de l'absolue dignité de la personne humaine ;

il peut lui parler de la justice et de la paix ;

il peut lui parler de la communion, l’être communion : nous sommes faits pour être en communion les uns les autres.

 

Mais plus que parler, il peut le vivre et la boucle est bouclée parce que s'il le vit, ça veut dire alors, qu'il vit la mission : quelqu'un qui témoigne de ces certitudes-là, dans ces conditions-là, ce n'est pas quelqu'un qui reste enfermé dans son pré carré, ce n'est pas possible.

Eh bien, celui qui témoigne de cela, c'est quelqu'un qui va ailleurs comme missionnaire.

 

Demandons au Seigneur qu’il réveille cette audace qu'il nous a donnée dans son Esprit Saint, ce n'est pas nouveau dans notre vie.

 

Amen.


Mercredi 4 octobre : St François d’Assise

Gal 6, 14-18 : Se glorifier en Jésus Crucifié.

Ps 15

Mt 11, 25-30 : L’Evangile révélé aux simples. Le Père et le Fils. Jésus, Maître au fardeau léger.

 

Nous connaissons bien ce texte, (nous l’avons récemment, lu plusieurs fois), cette révélation, ce trésor dans l'Évangile, de la relation du Père et du Fils, révélé par Jésus.

Nous l’avons entendu également pour la fête du Sacré-Cœur.

C'est la seule apparition dans l'Évangile, du cœur de Jésus.

 

Ces tout-petits, ce ne sont pas les enfants, comme ceux qui sont mis au centre par Jésus, ce sont les pauvres des Béatitudes, parfois que l’on appelle les pauvres de l'Évangile ; ceux  qui sont sensibles à la Providence ; ceux qui sont un peu dans la posture de Jésus, tourné vers son Père.

Ils sont déjà des fils, ouverts à cette Providence.

 

"Ce que tu as caché", la révélation de Jésus n'est pas une révélation hermétique, ce n'est pas une révélation compliquée ; ce qui est caché, ce sont les cœurs fermés : les cœurs fermés ne peuvent pas comprendre, accueillir, découvrir la puissance de la Providence dans une vie.

Le Père ne cache point, les cœurs se cachent à eux-mêmes, ce trésor de la parole.

 

"Venez à moi vous tous qui peinez sous le poids du fardeau et je vous procurerai le repos" ; le repos, voilà ce à quoi nous pouvons aspirer ; un peu plus loin, il est question du repos de l’âme.

‘Je vous permettrai de reposer’ comme les disciples au retour de leur mission : ils sont contents de raconter à Jésus tout ce qu'ils ont fait.

 

"Venez à l'écart, reposer un peu" mais les gens affluaient de toutes parts et le Maître était pris aux entrailles par toutes ces foules, qui étaient comme des brebis sans berger.

Le repos des disciples se fera à l'ombre de la charité, de l'activité du Maître qui, lui, ne se reposera pas.  

Reposez-vous un peu’ ; les disciples à Getsémani : par trois fois, le Seigneur leur enjoint de rester éveillés et ils s'endorment, par trois fois.

Le Christ finira par leur dire : ‘reposez-vous’ ; ils sont à l'ombre de la prière du Maître, eux qui dorment ; à l'ombre du combat du Maître.

 

C'est bien le sort de tous ceux qui comptent sur la Providence : ils sont à l'ombre de la Croix, devant à la fois, porter leur croix et la laisser porter par celui qui en est le Maître.

"Mon joug est facile à porter et mon fardeau léger".

 

Amen.


Dimanche 1er octobre : Ste Thérèse de l’Enfant Jésus

Ez 18, 25-28 : La responsabilité personnelle.

Ps 24

Ph 2, 1-11 : Garder l’unité dans l’humilité.

Mt 21, 28-32 : Parabole des deux enfants.

 

Chers amis, dans la foi que nous portons, nous avons quelques pépites souvent que nous trouvons dans le livre de la Genèse, qui éclairent les paroles de Jésus, les enseignements qu'il est amené à faire à l'occasion de l'une ou l'autre de ses rencontres.

 

Revenons dans le livre de la Genèse : vous savez que nos aïeux, (pour nous), ont été créés dans une parfaite, parfaite, parfaite ressemblance avec le modèle, le modèle étant ce Créateur, (Créateur invisible) et il a créé l'homme et la femme.

Or, cette ressemblance modèle a fini par se briser (et c'est ce que nous appelons, nous, le péché) et de manière indélébile.

Et parce qu'il y a du péché, nous sommes aujourd'hui livrés à notre propre liberté car Dieu a voulu que nous grandissions en liberté pour que nous-mêmes, par nos propres moyens, devenions de plus en plus conformes à cette image originelle, à ce modèle que le Père a voulu pour nous.

 

Grandir sur ce chemin, long parfois, laborieux, avec notre modèle, ça signifie : nous orienter vers le bonheur.

Quand nous serons ici, le 1er novembre, nous entendrons les Béatitudes et nous aurons l'occasion de vous dire : l'Évangile, le Christ lui-même, est un chemin de bonheur, pourvu que nous allions résolument, même s’il nous faut beaucoup de patience, vers cet objectif que nous fixe le Christ, de ressembler de plus en plus au Père.

 

Et puisque le Père est sans image, en quoi pouvons-nous lui ressembler ?

Nous pouvons lui ressembler dans l'amour ; voilà toute l'affaire : nous pouvons lui ressembler dans l'amour.

 

Je ne sais pas si vous connaissez cette chanson de Zanini (il paraît que c'est une chanson brésilienne chantée par Zanini en 69, qui a été reprise par Brigitte Bardot en 70) : ‘tu veux ou tu veux pas ?’

Vous la connaissez cette chanson, ‘tu veux ou tu veux pas ?’

 Eh bien, ces deux personnages de l'Évangile me font penser un petit peu à cette chanson : ‘tu veux ou tu veux pas’ ; ‘oui, je veux’ et après ‘je me rétracte’ ; ‘non je ne veux pas’ et après ‘je veux’.

Eh bien, ces deux personnages, on aura envie de faire comme les interlocuteurs de Jésus, ces pharisiens, dire : ‘c'est le premier, qui a fait la volonté du Père’ ; on aurait envie de dire ça.

Mais en réalité, ce n'est ni l'un ni l'autre qui est bon ou mauvais, les deux ensemble sont dans une forme de vérité, les deux ensemble.

Et laquelle ?

Eh bien, la nôtre, ce que nous sommes nous-mêmes.

Les paraboles sont un excellent miroir de ce que nous sommes : nous sommes versatiles ; comme aime à dire le pape François : nous ne sommes ni tout blancs ni tout noirs, nous oscillons entre ‘je veux’, ‘je ne veux plus’, ‘je voudrais bien mais je ne peux point’ et ‘peut-être que je pourrais’.

 

Or, dans des toutes petites choses, ça peut être rigolo ; parfois c'est agaçant, en couple, dans des groupes, des associations : ‘je veux et je ne fais pas’; ‘j'ai dit que je ne ferai pas mais je fais quand même’.

Par exemple, en paroisse, les gens qui disent qu'ils ne veulent plus faire quelque chose ; dès qu'ils ne les font plus, ils croient qu'on les a mis à la porte etc. etc. ; vous voyez, ça peut être agaçant.

Mais alors dans des grandes choses, dans des très grandes choses, (et les très grandes choses en question, c'est l'amour) ; eh bien dans les très grandes choses, ça peut être vite un problème voire même la guerre, voire même la division profonde, à dire :‘je veux et je ne fais pas’ ou à dire : ‘je ne ferai pas et je fais’.

 

Notre cœur oscille et qu'est-ce qui oscille dans notre cœur, pendu comme ça ?

C’est notre liberté ; notre liberté n'est pas parfaite ; elle est marquée par le péché (c'est ce que je disais tout à l'heure en regardant l'image d'Adam et Ève qui ne sont plus conformes aux créateurs) et nous, c'est pareil.

Notre liberté est un puissant moteur, extraordinaire moteur.

Quelqu'un (ou des peuples entiers), qui n’est pas libres, il ne se passe rien et ça peut être vite explosif.

 Mais dès que quelqu'un est dans la liberté et si cette liberté est tournée vers un but et un but qui va faire grandir, eh bien, ça y est, c'est parti : à un moment donné, il n'y a plus besoin de pousser ; la liberté, telle un moteur, fait le reste.

Mais, cette liberté a besoin d'être tournée vers, en tout cas c'est ce que nous croyons dans notre foi.

 

Nous avons deux façons de faire grandir notre liberté : la première façon, c'est de regarder le Christ.

Pour nous, c'est une image parfaite de ce qu'il convient d'être et de faire ; c'est un modèle d'humanité pour nous, Jésus                                           et deuxième moyen : c'est sa toute-puissance, sa grâce; sa grâce nous donne la force pour oser, nous faire grandir en liberté.

Prenez un exemple : choisissez pour chacun, votre vice le plus enraciné en vous (chacun est renvoyé à son vice le plus fort) ; je pourrais parler du Nutella mais ce n'est pas mon vice mais c'est peut-être l'exemple le plus parlant : vous mettez un pot de Nutella ; (il se trouve que vous êtes, je suis (je ne sais pas), affamés de Nutella ; vous mettez le pot devant vous et voilà, vous laissez faire.

Vous allez voir comment cette liberté est toute puissante ou faible et en quoi elle a besoin de grandir.

Est-elle déjà suffisamment grande ?

En se vautrant dans le pot de Nutella ou au contraire est-elle suffisamment grande, gardant quelque distance avec ce pot de Nutella ?

Remplacez le Nutella par n'importe quoi d'autre, cherchez chacun votre vice le plus enraciné et voyez en quoi votre liberté a besoin de grandir.

 

Il y a eu, dans l'Évangile, des grands, grands, grands instants de liberté : Marie, quand elle a dit : ‘oui’.

Elle n'a pas dit : ‘je veux’ et après ‘je ne veux pas’ ; elle a dit : ‘oui’.

Marie a dit : ‘oui’ à l'ange ; elle ne s’est pas rétractée.

 

Pierre, à la résurrection : "m’aimes-tu ? demande Jésus.

Il a dit : ‘oui’.

Alors, on peut toujours discuter d’un ‘oui’ qui était conscient ou pas ; il a dit : ‘oui’, Pierre.

Il n'a pas dit : ‘oui’ et après ‘non’.

Pierre s'était plusieurs fois vautré dans son Nutella, à lui.

Quand il dit :’oui’, à la résurrection, il le dit en connaissance de cause.

Il y a des grands instants de liberté.

 

Le plus grand instant de liberté, c’est d’avoir la consécration du temps, ce n'est pas un point, c’est une ligne, ça dure toujours, c'est la liberté de Jésus.

Il a été obéissant à son Père, dans la mort. 

D'ailleurs, il n'aurait pas été libre, Jésus, en quoi son amour nous aurait-t-il sauvé ?

Vous connaissez, vous, des amours obligés ?

Ça arrive, ça arrive, ça arrive !

Mais, un amour qui sauve ?

Parce que ça ne sauve rien un amour obligé, c'est un amour de théâtre ; ça ne sauve pas.

Jésus est libre et c'est parce qu'il est libre dans l'obéissance, que son amour nous sauve.

 

Dans la prière du Notre-Père (et je termine par là), tout à l’heure, nous dirons : ‘notre Père qui est aux cieux, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite’.

Et quelle est la volonté du Père ?

Si nous allions au catéchisme, dans les années 50, il y avait une question : c’est quoi la volonté du Père ?

Que tous s'aiment, que tous soient un : voilà, c'est ça la volonté du Père.

Et comment cette volonté du Père peut-elle être faite ?

En la faisant nous-mêmes ; en faisant nous-mêmes la volonté du Père.

Pour nous c'est bon, c'est aussi simple que ça : la volonté du Père est faite si nous la faisons.

Comment est-ce possible ?

En Jésus.

Que notre ‘oui’, que notre liberté soit celle du Christ et celle du Christ en nous, elle est possible si nous disons ‘oui’ à Jésus.

 

Amen.


Vendredi 29 septembre : les Archanges

Ap 12, 7-12a : La bataille dans le ciel.

Ps 137

Jn 1, 47-51 : Les premiers disciples.

 

Parfois, toute la richesse de la révélation n'est pas épuisée dans un tout petit passage de l'Évangile : il y a le mot ‘ange’ qui apparaît dans cet Évangile et cet Évangile est choisi pour la liturgie mais il y a plein d'autres passages qui mettent en avant, la fonction des anges.

 

 Dans cet extrait célèbre, ce Nathanaël au pied du figuier est le contraire de Jacob, qui était un homme rusé, qui avait volé le droit d'aînesse à son frère Esaü.

Mais ce Jacob, lors d'un songe, a vu cette communication du ciel et de la terre avec, de la même façon que ce qui est dit à la fin de cet extrait, par Jésus : "vous verrez le ciel ouvert, les anges de Dieu monter et descendre au-dessus du Fils de l'homme".

Jacob avait vu une échelle avec cette communication entre le ciel et la terre mais Nathanaël est tout le contraire d'un homme rusé : "c'est un homme qui n'a pas de ruse en lui", "voici, un vrai israélite"; la figure de l'Israël nouveau ;

de ce que Jésus lui-même accomplit dans sa propre chair,

ce peuple immense qui trempe dans le sang de l’Agneau, son vêtement blanc,

ses disciples, ceux qui suivent de près son chemin des Béatitudes et de sainteté.

 

Voilà ce que l'on peut dire sur cet extrait de l'Évangile mais ça ne dit pas tout, des anges.

 

Ce sont des créatures effectivement, qui, dans notre foi, assurent la communication entre ciel et terre et ces créatures ont d'abord une fonction.

Ce ne sont pas des créatures visibles, elles ne sont pas déterminées par leur apparence, puisqu'elles n’en ont point mais elles sont déterminées par leurs fonctions ; et elles ont une double fonction : de communication et de louange et d'adoration.

Ces êtres spirituels, non corporels sont des créatures douées d'intelligence et de volonté ; ce sont des créatures immortelles.

Et attention ! elles dépassent, ces créatures, en perfection, toutes les créatures visibles.

Et si nous avons parmi nous, qui se croient parfaits (comme moi, par exemple), eh bien les anges, sont bien supérieurs.

 

Ils sont créés par le Christ et pour le Christ, avant toute chose mais on peut retenir d'eux, leur rôle dans l'Ancien Testament mais leur rôle pour Jésus.

D'abord, ils protègent l'enfant Jésus ;

 les anges ont été aussi ceux qui ont proclamé dans le ciel sa venue (nous l'avons chanté dans le gloire à Dieu) ;

ils le servent au désert des tentations ;

ils viennent le réconforter au moment de son agonie

 et ce sont eux qui annoncent la Bonne Nouvelle (donc, dans le ciel, au moment de sa naissance à l'incarnation) mais aussi sa résurrection au tombeau ouvert.

 

Leurs chants, (de ceux qui seront présents au retour du Fils et au moment du jugement dernier), leurs chants de louanges, leurs chants de gloire, eh bien, nous essayons en Eglise, de les faire nôtres pour que nous soyons au plus proche du Christ, avec eux et de cette façon, que nous passions de la mort à la vie et que nous fassions partie de ceux qui demeureront après le jugement, des immortels comme eux.

 

Amen.


Jeudi 28 septembre :St Venceslas

Ag 1, 1-8 : La reconstruction du Temple.

Ps 149

Lc 9, 7-9 : Hérode et Jésus.

 

‘Et il cherchait à le voir’ ; Hérode cherche à voir Jésus.

 

Je me suis demandé qu'est-ce que Jésus a pu voir durant tout son ministère ; il a dû voir beaucoup de choses, de personnes, de situations.

 

Il a vu des choses qui se sont répétées, beaucoup, sous ses yeux : il a vu des disciples qu'il a appelés lorsqu'il les voyait assis derrière leur table de collecteur d'impôts ou dans leur barque ou au bord du lac.

 Il a dû voir des foules nombreuses qui venaient vers lui, notamment celles et ceux qui montaient la montagne des Béatitudes ou celles et ceux qui se pressaient aux portes de la maison, notamment, à la nuit tombante.

Il a dû voir un nombre de possédés,  de malades, de pécheurs.

Il a dû voir des pharisiens, des gens qui étaient contre lui.

Au-dessus du tabernacle, il y a cette représentation de l'Esprit Saint : il a vu l'Esprit descendre sur lui comme une colombe, au jour de son baptême.

Alors évidemment, Jésus a dû voir des animaux, il a dû d'autres choses encore mais c'est ce qui a peuplé son univers, tout ce qu'il a vu.

 

Et puis, il y a ceux qui ont vu Jésus et le Royaume ; ce ne sont pas ceux qui voulaient le voir, ce sont ceux qui l’ont vu et à travers lui, ont vu soit le Père, soit le Royaume :

il y a une catégorie de personnes, (cela tombe sous le sens mais encore faut-il le rappeler), ce sont les aveugles guéris (peut-être, en sommes-nous pour une part !) ;

il y a les mages et les bergers ; les mages et les bergers sont les premiers à avoir vu Jésus et à travers lui, le Royaume ;

les cœurs purs, (dans les Béatitudes : ‘heureux les cœurs  purs, ils verront Dieu’) ;

à la transfiguration, une montagne encore, cette fois-ci, ce n'est pas une foule nombreuse, ce sont Pierre, Jacques et Jean ;

et les disciples, de manière ordinaire, dans leur quotidien, ont vu le Royaume mais à plusieurs moments, il a fallu que Jésus le leur révèle ; ça n’était pas si évident,  pour eux.

Ils étaient en contact avec le Messie.

Pour tous, c'était à la fois évident et en même temps, c'était une réalité à creuser.

Nous savons combien la Passion a été, pour eux, une lourde épreuve par rapport à ces quelques certitudes qui s'étaient construites dans leur cœur.

 

Et puis, il y a des gens qui ont voulu voir ; on ne sait pas trop ce qu'ils ont fini par voir ou ne pas voir ; Hérode en fait partie : ‘il voulait voir Jésus’ mais dans cet Évangile que nous avons accueilli hier ou avant-hier, la mère et les frères de Jésus sont là : ‘ils veulent le voir’.  

Les pharisiens veulent voir et notamment, un signe que Jésus peut accomplir.

Nicodème voulait voir Jésus et il l’a vu ; il l’a vu de nuit ; qu'aura-t-il vu finalement, après cette longue rencontre avec lui ?

 

À la Passion, les chefs des prêtres ont vu (et ça, ça a dû leur agacer les gencives) ont vu à l'entrée de Jérusalem, entrer des foules importantes avec des palmes à la main, criant : ‘Hosanna !’ ; premier acte de ce qui aura été le procès de Jésus, car à la Passion, on voit aussi des badauds et un centurion qui regarde le corps crucifié de celui qui, pour certains, aura été le Fils et la porte du Royaume.

 

Des femmes, et un peu après, des disciples, voient un tombeau vide et ensuite des disciples qui, en Galilée, sont appelés cette fois-ci, à voir Jésus.

 

Et nous, aujourd'hui que pouvons-nous voir ?

Dans l’eucharistie, certes, mais n'oublions pas les œuvres de miséricorde : nous voyons, chaque fois que nous sommes en contact avec un affamé, un assoiffé, un étranger, un nu, un malade et un prisonnier.

 

Amen.


Mercredi 27 septembre : St Vincent de Paul

Esd 9, 5-9 : La prière de supplication d’Esdras.

Ct Tb 13

Lc 9, 1-6 : Mission des Douze.

 

Nous nous souvenons peut-être qu’au moment de l'annonce qui est faite de la naissance de Jésus, il est demandé que cet enfant s'appelle : Jésus, pour dire que le Seigneur sauve.

Et cette action même de Jésus, Jésus la partage, ‘ce Seigneur qui sauve’ il la partage, il partage ce pouvoir à 12 hommes qu'il a choisis.

 

Quand nous étions jeudi dernier, à Clairvaux, nous avons lu un texte de l'appel des 12 ; ces mêmes-là, sont envoyés en mission.

Chez Luc, les grandes consignes adressées à ceux qui partent en mission sont réparties en deux moments : un premier moment maintenant, quand il en envoie 12 et un autre moment, quelques chapitres plus tard, quand il en envoie 70. 

Et les consignes … à cette partie des 70, nous en aurons d'autres.

Là, nous en avons deux sortes : la première c'est l'absolue priorité de la pauvreté, plus radicale dans le souvenir qu'en a Luc que les autres évangélistes; et l'autre consigne c'est l'hospitalité, la dépendance et l'hospitalité des autres, de ceux et celles qui recevront.

Une troisième consigne je devrais rajouter : le Seigneur donne son pouvoir de proclamer le Règne de Dieu et de guérir les malades, il donne l'autorité sur les démons et pour faire des guérisons et l'Évangile rajoute à la fin : les disciples font des guérisons.

Donc, il y a un accent qui est mis dans les consignes et dans le souvenir qu'à Luc de cet envoi en mission, sur les guérisons et sur le pouvoir sur les démons.

Vous savez qu’apôtre, signifie envoyé, donc  il les envoie et ce pouvoir que Jésus donne à ses disciples, leur permet de changer de regard, d'avoir un point de vue tout différent sur les malades, les possédés.

C'est un ministère que, dans l'Eglise, nous avons toujours : pouvoir d'exorcisme et pouvoir de guérison.

Le sacrement des malades en est pour une part, l'illustration ; l'exorcisme n'est pas pratiqué en Eglise, également.

Mais quelle signification ça peut avoir dans cet envoi en mission ?

L’annonce du ‘Royaume qui vient’, cette annonce est effective à partir du moment  où, et les apôtres, et ceux qui les accueillent, écoutent la parole de Dieu.

Et cette écoute de la parole de Dieu produit un changement de regard et de perspective, une autre disposition du cœur : celles et ceux qui en font l'expérience le savent.

L'écoute de la parole de Dieu met à distance le pouvoir du démon et la maladie ; ça ne guérit pas, ça met à distance, ça crée une autonomie de celui et de celle qui était ligoté par la maladie, par le démon ; ça crée une autonomie, une liberté.

Et ce pouvoir de la parole de Dieu, que peut avoir chacun d'entre nous, les apôtres en sont, eux, les intermédiaires : ils sont des porte-parole c'est-à-dire qu'ils sont comme les prophètes de l'Ancien Testament mais ils n'ont pas que la parole, ils ont aussi le pouvoir de l'effet de la parole.

Ces 12, ce sont celles et ceux qui, dans l'Eglise, (surtout ceux, d’ailleurs), qui ont reçu un ministère mais c'est aussi un trésor que tous les baptisés ont, tous les baptisés : il suffit d'écouter la parole, de l'accueillir et de l'écouter.

Ce n'est pas compliqué.

Que fait l'homme qui a trouvé un trésor dans un champ ?

Eh bien, ils vont tout ce qu'il a il achète le champ.

Il n'y a plus qu'à faire.

Amen.


Mardi 26 septembre : St Côme et Damien

Esd 6, 7-8. 12b. 14-20 : La construction du Temple

Ps 121

Lc 8, 19-21 : La vraie parenté de Jésus.

 

Écouter la parole de Dieu… pratique en plein d'endroits, nous savons notamment, à la fin de ce grand discours que Jésus prononce sur la montagne, dans l'Évangile de Matthieu ; il commence par les Béatitudes, il termine en disant : ‘ceux qui écoutent ce que je vous dis, là, sont comparables à quelqu'un qui construit une maison sur le roc’.

 

Écouter la parole, c'est un grand projet de toute la Bible, de toute l'Alliance biblique.

Combien de fois, lorsque nous tournons les pages du livre de l’Exode, par exemple, ou du Deutéronome, nous entendons cette injonction d'écouter ce que le Seigneur nous dit là, d'écouter sa voix : ‘si vous écoutez ce que je vous dis et si vous le mettez en pratique, alors vous vivrez une vie de bonheur ou vous demeurerez dans la terre que je vous ai promise, ou vous pourrez rentrer dans le temple que je vous promets’ ;  écoutez !

C'est aussi ce que le prophète Samuel, alors qu'il était un enfant, a appris à faire en compagnie du prêtre Eli, à Silo.

Écouter, c'est ce qu'ont fait les prophètes, notamment, dans leurs moments de solitude : ils écoutaient la parole ; parfois même, ils criaient vers le Seigneur ou dialoguaient avec lui mais ils écoutaient la parole pour mieux s'en faire eux-mêmes les porte-parole.

 

Et puis, depuis l'avènement de Jésus, cette écoute, nous sommes appelés à la faire nôtre, également mais d'une façon particulière : notre écoute de la parole de Dieu est d'abord, écoute des paroles du Père par le Fils.

 

Quand nous faisons nôtre, l'écoute de la parole de Dieu, c'est d'abord’ le oui’ de Jésus à son Père : de Fils, il devient Serviteur ;

quand nous faisons nôtre, l’impératif de l'écoute de la parole de Dieu, nous nous mettons dans les pas de Marie, quand elle a dit ‘oui’ aux promesses de l'ange.

 

Notre écoute n'est pas simplement, introspection, silence,  

ce n'est pas simplement se battre contre nos bruits intérieurs,

ce n'est pas simplement méditation,

c'est rentrer avec l'Esprit Saint, dans cette obéissance du Fils au Père,

dans cette obéissance de la servante à l'ange.

 

 Alors, en plusieurs endroits, effectivement, dans l'Évangile, il est question sous la plume de Luc de cette écoute : il y a par exemple ce passage que nous venons d'entendre,

il y a aussi lorsque la foule se presse nombreuse, au bord du lac au début de l'Évangile de Luc au chapitre cinq verset un, lorsqu'il est obligé d'écarter un peu, la barque, du rivage parce que la foule était venue nombreuse écouter la parole.

Et puis ensuite, tout de suite après, il va demander à Pierre de jeter les filets.

Un autre endroit, vous vous souvenez de cette femme : ‘heureuse celle qui t'a porté et qui t'a donné le sein’ ; ‘non! plutôt celui qui écoute la parole et la met en pratique’.

 

Ecouter la parole, ce n'est pas simplement obéir à un ordre, c'est que notre désir, désormais, trouve sa réponse en la parole.

Vous savez que ‘l'homme ne vit pas simplement que de pain mais de toute parole qui sort de la bouche du Seigneur’.

Notre désir, notre faim, notre soif sont tout entier tendus par cette parole.

Alors nous écoutons comme lorsque nous nous mettons à table.

 

Amen.


Dimanche 24 septembre

Is 55, 6-9 : invitation finale.

Ps 144

Ph 1, 20c-24. 27a : Situation personnelle de Paul.

Mt 20, 1-16 : Parabole des ouvriers envoyés à la vigne.

 

On pourrait faire une toute petite expérience au début : est-ce que celles et ceux qui sont dans l'assemblée, qui vivent de près ou de loin du travail de la vigne, veulent bien lever la main, (ça va du saisonnier occasionnel jusqu'à celui qui est propriétaire d'un domaine) ?

Une petite dizaine.

Alors, peut-être que ce texte vous parle, peut-être que ce texte vous parle.

Et qu'est-ce qu'il vous dit de plus ?

Christian ?  

 

Alors, d'accord, toi tu passes au niveau spirituel, tout de suite.

Par exemple, est-ce que tu as déjà donné le même salaire à quelqu'un qui n'a quasiment pas travaillé qu’à quelqu'un qui a travaillé toute la journée ?

C'est impossible.

Quel est le danger ?

La confrontation, et puis la MSA peut-être (même pas ?) ; ce n'est pas juste, tu ne peux pas le faire et l'autre ou les autres risquent de te tomber dessus : voilà, c'est ça le problème.

Et est-ce que ça t’es arrivé d'aller, toi, d’aller chercher les gens pour aller travailler ?

Oui et on ne les trouve pas toujours.

Voyez que, si on tire le fil de la justice sociale, (parce qu’il y a un fil de la justice des hommes qui traverse ce texte), on risque effectivement de créer débat et peut-être même confrontation à l'intérieur de la communauté sur ce qu'il faudrait faire ou pas pour ceux qui ne travaillent pas, qui cherchent du travail, qui n’en cherchent pas, sur le juste salaire etc. etc.

Et ce texte qui parle, pour une part de la justice des hommes, prend à rebrousse-poil, d'une certaine façon : il vient nous déstabiliser.

‘Mes pensées ne sont pas vos pensées’, dit le Seigneur.

 

Alors, il y a un autre fil, (les deux fils ne sont pas disjoints), c'est le fil de la justice de Dieu, la justice de Dieu.

Et pour la justice de Dieu, il y a une sorte d'égalité absolue : aucun mérite, tous reçoivent le même salaire.

On a plein d'exemples dans la Bible, de cette égalité absolue : le premier exemple, nous le trouvons dans le livre de la Genèse ‘homme et femme, le Seigneur les créa’ et dans cette égalité absolue des origines, ils ne voient pas qu'ils sont nus, ils n'ont pas à ployer sous le fardeau du jour, ils n'ont pas à s’esquinter les mains pour travailler et obtenir ce dont ils ont besoin pour vivre ; égalité extraordinaire et absolue de ce que nous appelons le paradis, c'était le jardin d’Eden avant qu'ils en soient expulsés.

Une autre égalité qui apparaît de l'autre côté de la Bible, (ça va être dans cette parabole, par exemple, du fils prodigue) : un homme avait deux fils.

Vous savez que le plus jeune réclame son dû, il fait sa crise, d'une certaine façon et il va faire l'expérience de l'absence de son père.

Il part au loin, (pays lointain) et puis, il perd tout et il va jusqu'à essayer de se nourrir de ce que mangent les cochons.

Il rentre en lui-même : ‘dans la maison de mon père, il y en a tant qui vivent’, moi je veux aussi mais je ne suis plus son fils ; je retournerai chez mon père ; je dirai : ‘je ne suis plus digne d'être appelé ton fils, accueille-moi comme un de tes serviteurs’.

Il revient ; vous connaissez la suite : le père l'accueille chaleureusement ; pardon, etc. et il est  réintégré dans la communion du père ; c'est formidable mais il y a le fils aîné qui lui, était auprès du père, toujours, (il n'était pas parti lui, il a obéi, lui !) et le voilà pas content du tout, pas content du tout.

Le voilà pétri de jalousie vis-à-vis du plus jeune.

Le père lui répond : ‘mon fils, il fallait se réjouir parce que ton frère qui était perdu, est retrouvé, tout ce qui est à moi, est à toi’.

La même égalité, ce fils-là, il ne s'en était pas rendu compte ; il jouissait d'une communion avec le père mais en même temps il ne s'en rendait pas compte, il n'en vivait pas ; la même communion qu’aux origines, mais manque de pot, on s’en rend compte quand, d'une certaine façon, cette communion est brisée.

 

Je récapitule : nos frères et sœurs qui étaient en Égypte, ils se rendent compte que leur vie en Égypte c'était extraordinaire, mais après qu'ils n'y soient plus.

Ceux qui étaient dans le jardin d’Eden, trouvent que c'est extraordinaire, mais c'est trop tard!

Au moment, où ils se rendent compte que c'était extraordinaire, ils sont déjà à travailler le sol difficilement, parce qu'ils ont été expulsés.

Eh bien, ce fils aîné, se rend compte que, finalement, il était dans la communion du père, mais au moment où il n'y est plus, puisqu'il l’a remise en question, il a douté de cette égalité et générosité du père.

 

La fraternité, puisque au fond il est question de fraternité dans cette question de justice de Dieu ; cette fraternité, c'est à la fois quelque chose de perdu, une sorte de condition originelle et en même temps, (en même temps !), c'est un devoir, un impératif de la construire, de la construire, cette fraternité, de la construire.

On en jouira, (et déjà on en jouit un petit peu), que si, on se remonte les manches et que si, on ose se remettre en question, chacun.

 

Alors quoi, justement ?

Qu'est-ce qui pourrait être un péril à la fraternité?

Eh bien, le péril à la fraternité, ce sont ces fameuses heures qui s'égrènent dans cette journée : plus les heures passent, plus il y a du mérite pour celles et ceux qui ont commencé à travailler au début de la journée.

La première heure, bon ; la deuxième heure, troisième heure, ceux qui ont commencé à travailler à la première heure commencent à être méritants par rapport à la troisième heure ; la neuvième heure, ceux de la première heure sont plus méritants que ceux de la troisième et ceux de la troisième sont aussi méritants par rapport à ceux de la neuvième etc etc.

 

Le mérite, le calcul et la comparaison entre les frères, c'est le résultat, dans la Bible, du péché ; sitôt sortis du jardin d’Eden, que se passe-t-il ?

Nos aïeux travaillent la terre mais Caïn descend son frère Abel ; voilà, c'est très rapide, c'est très très rapide.

Nous sommes nés d'une querelle fratricide ; les deux frères de cette parabole du fils prodigue, ils sont… alors qu'ils devraient se réjouir d'être dans la communion du père.

Et finalement, chacun reçoit son même dû, à la fin, son même salaire, à la fin de cet Évangile que je viens de lire ; les ouvriers de la 11e heure, tous qu'ils aient travaillé beaucoup ou pas beaucoup.

 

La conclusion est double ; la première, c'est qu’à la fois ce texte vient remettre en question nos critères de justice humaine ; alors là, vous allez me dire : ‘le Père Guillaume, il déraille complètement parce que c'est joli tout ça, mais dans la réalité ptt! ptt ! mais ne m'envoyez pas trop vite des tomates, parce que vous allez voir que ce texte va nous et va vous creuser, ces jours durant : et pourquoi ça ne pourrait pas être un petit peu autrement, quand même, dans nos relations les uns par rapport aux autres ?

Pourquoi est-ce que je ne pourrai pas être frère et prochain, de ceux que j'aime bien (ça va, on va dire : ce n'est pas compliqué) de ceux que j'aime moins bien, c'est plus dur mais de ceux que je ne connais pas, c'est quasiment impossible ; mais pourtant ‘rien n’est impossible à Dieu’.

Laissons-nous bousculer, laissons-nous bousculer quand même, quand même ! (retenez le ‘quand même’) par cet impératif de la justice.

 

Deuxième conclusion : nous sommes en communauté, nous sommes au moins réunis par un intérêt, un intérêt commun.

C'est quoi ?

C'est le Christ, c'est le Christ, c'est le Christ.

Alors, un intérêt commun ; on a déjà un bon point de départ pour essayer de vivre l'expérience de la fraternité et nous formons à chaque messe, un extraordinaire laboratoire de cette fraternité : que nous soyons des gentils, que nous soyons des méchants,

très irréguliers ou réguliers,

parfaits sous tout rapport ou franchement la prostituée de service,

que nous arrivions à l'heure ou que nous soyons en retard,

que nous donnions à la quête ou que nous ne donnions pas,

que nous soyons des pécheurs invétérés ou pas du tout,

tous, nous allons recevoir le même corps du Christ, le même, le même Christ: il n'y a pas une hostie avec plus de Christ et une hostie avec moins de Christ ; on va tous recevoir le même, communiant à la même table, même salaire, tous le même salaire !

 

Alors, s’il y en a qui ne sont pas d'accord avec ce principe, ils ont le droit ; ils peuvent ne pas communier mais celles et ceux qui sont d'accord, (très bien !), venez communier, à condition de quoi ?

De se rappeler que mon frère et ma sœur, derrière ses yeux et son visage, derrière son apparence, il y a un cœur de fils de Dieu ; il a un cœur de fils de Dieu.

Celui que je vois avec mes yeux, (j'ai des tas de raisons de penser des tas de choses de lui), mais il y a une chose que je ne peux pas toucher, c'est sa dignité de fils de Dieu et moi aussi !

Quand nous venons à l'autel recevoir ce corps du Christ, nous avons tous un point commun, c'est que nous avons faim de Jésus et nous sommes fils.

 

Alors là, vous voyez que la parabole, elle est concrète la parabole, on peut la mettre en place, en œuvre : que nous soyons de la 11e heure ou de la première heure, nous recevons le même salaire, vous voyez bien et ça peut avoir des conséquences sur nos manières de faire justice dehors, quand on aura passé la porte, quand on aura commencé à parler des migrants et de la Corée du Nord et de ce que veulent les maires d’à côté ou d’ici ou que sais-je encore !

Voilà, quand on va commencer à se rencontrer, à se frictionner ; là, on peut se dire que, quand même, on a communié un instant au même Christ.

 

Conclusion numéro trois : si on veut progresser sur ce chemin-là, il est bon de se dire : oh ! il vaut mieux ne pas être ouvrier de la première heure, car ‘qui sont les derniers sont les premiers’ ; bon ! alors, ne nous considérons pas comme les premiers !

Mais, je vous invite à ne pas vous considérer comme les derniers (c’est un orgueil à l’envers) : eh bien moi, je vais être le dernier, ouvrier de la onzième heure, comme ça, au moins, Monsieur le curé dira que je suis un ‘bon humble’ ; eh bien non ! ce n’est pas bien, non plus !

Considérons-nous  comme ouvrier de la sixième heure, le médiocre ; il n’est ni premier ni dernier (on ne parle pas de lui, au milieu), le milieu, le peloton ; vous allez voir, ça fait du bien, (ça fait du bien !)ça fermente et puis, ça finit par porter du bon fruit.

 

Amen.


Jeudi 21 septembre : Saint Matthieu

Ep 4, 1-7. 11-13 :  Appel à l’unité.

Ps 18a

Mt 9, 9-13 : Appel de Matthieu. Repas avec des pécheurs.

 

Matthieu, le collecteur d'impôts, parfois appelé Lévi, parfois appelé le fils d’Alphée, il apparaît là, à son bureau de collecteur ; au KT, on apprend aux enfants que c'était un vilain pécheur et un grand malade, pour que le Seigneur vienne à lui et désire faire de lui un apôtre.

Quelques versets plus tard, Jésus l’appelle à nouveau et il l'inclut à l'intérieur d'un groupe de 12.  

Et puis Matthieu, nous allons le voir apparaître dans la chambre haute, juste après l'Ascension de Jésus, juste avant qu'on choisisse un douzième homme, en remplacement de Juda et juste avant la Pentecôte : il est là à prier avec les autres et quelques femmes, dont Marie.

Un apôtre, une colonne de l'Eglise ; nous fêtons toute l'Eglise et ceux qui, par leur foi, nous ont transmis cette bonne odeur de Jésus, à travers les sacrements : l’eucharistie, la réconciliation, la parole.

Une colonne, parmi d'autres, inséparable, indissociable des autres 11 colonnes.

 

Alors, je me suis amusé avec le chiffre 12, qui renvoie aux 12 tribus d'Israël et à ces 12 apôtres et j'ai essayé de faire un portrait chinois de Soeur Yvette.

Olala, risqué.

 

Est-ce que, puisqu'il y a 12 trônes sur lesquels vont siéger les 12 apôtres pour juger les 12 tribus, est-ce qu'Yvette aimerait être un trône ?

Je me suis dit : ‘certainement pas, tout ce qui est associé à la gloire, elle le déteste’.

Bon, pas un trône.

 

Une porte, pour la Jérusalem céleste ?

Parmi ces 12 portes, pourquoi pas ?

Car une porte, ça comporte un seuil et un seuil, c'est un lieu de circulation : on entre, on sort,  signe de la respiration et de la vitalité de l'Eglise.

Sans doute Yvette a été cela pendant son apostolat et sans doute le sera-t-elle encore, de manière différente certes, car nous ne sommes malheureusement pas à Bagnolet.

 

Que pourrait-elle être encore ?

Je me suis dit : un panier ? Les 12 paniers pleins de morceaux, qui sont récoltés après la multiplication des pains et des poissons, portés par un petit enfant.

Veut-elle être portée par un petit enfant ?

Veut-elle récolter les restes ?

Veut-elle être panier plein ?

Panier percé, panier pas percé ?

Tu sais que Sainte Germaine, la patronne de Bar sur Aube, avait réussi à donner à boire en faisant des allers-retours entre le haut et le bas de la colline avec un panier percé. C'est quand même quelque chose !

Un panier, pourquoi pas ?

Signe eucharistique, les restes de pain qui sont récoltés à l'intérieur.

Peut-elle peut-être que Yvette veut-elle être celle qui récupère les miettes et les morceaux pour que rien ne se perdent, après tout ?

Comme font les oiseaux.

Comme font les petits oiseaux.

 

Yvette veut-elle être cette jeune fille, fille de Jaïre ?

Elle a 12 ans et elle est cloué au fond de  son lit et Jésus y est  introduit par son père et il vient avec Pierre, Jacques et Jean : "petite fille, je te le dis lève-toi".

 

Yvette veut-elle être comme cette femme hémorroïsse qui se dit, après 12 ans de pertes de sang : ‘si seulement, je touchais la frange de son manteau !

 Peut-être que…’

Et que lui arrive-t-il ?

 "Ta foi t'as sauvée".

 

Yvette est-elle comme ce petit enfant perdu, que les parents cherchent partout et ils le retrouvent auprès du Père, dans le temple : il s'appelle Jésus, il a 12 ans.

 

Que veut-elle être Yvette ?

Que pourrait-elle être, surtout?

Quelle est-elle, puisqu'elle l’est, mais que révèle-t-elle d'elle-même ?

Elle est sans doute une belle servante de la mission de l'Eglise, elle qui est fondée, l'Eglise, sur les apôtres ; l'une de ces femmes qui accompagne Jésus partout pour l'aider dans sa mission.

Rendons grâce, Yvette, rendons grâce.

À celui qui a, en premier, donné sa main ou son bras et son cœur pour qu'il soit accompagné.

Amen.


Mercredi 20 septembre : Saints André Kim, Paul Chong et leurs compagnons

1 Tim 3, 14-16 : L’Eglise et le mystère de la piété.

Ps 110

Lc 7, 31, 35 : Jugement de Jésus sur sa génération.

 

Être juste devant Dieu, c'est la quête de tout homme qui a conscience d'être une créature de Dieu et que la création tout entière est entre ses mains ; et être juste ça a été pendant longtemps obéir à la loi et surtout imaginer avec erreur, qu’obéir à la Loi peut être le fruit de la volonté propre.

C'est le drame, d'une part, de l'Ancien Testament, qui se poursuit dans cette caricature que l'on peut apercevoir à travers les pharisiens, dans cette querelle qu'il peut y avoir entre eux et Jésus.

Ils veulent accomplir la Loi, eux seuls et ils prétendent, d'ailleurs, le faire et de cette façon, ils se croient justes ; pourtant, Jésus lui-même est désigné par le Père comme celui, en qui est le Père se complaît et qui est juste dans toute son action : tout ce qu'il fait, tout ce qu'il dit, la trajectoire qu'il va emprunter selon les temps et les circonstances qui seront les siennes, seront reconnus comme justes

.

Souvenez-vous que, dans les miracles que Jésus accomplit et surtout pour ceux qui en sont témoins et destinataires, Jésus est le Messie, celui qui est promis et plus encore, il est le Juste, celui qui, de manière la plus ajustée, va correspondre au vouloir du Père jusqu'à la mort d'ailleurs, et sa mort poursuivie de sa résurrection, va nous donner une puissance à nous-mêmes, une capacité, nous aussi, à être justes,

à correspondre au vouloir du Père,

à distinguer ce que Dieu Père, veut pour nous : il va nous le permettre, c'est la grâce.

 

Rappelez-vous ce que Jésus va lire et ce qu'il va dire dans la synagogue de Nazareth : il déroule ce rouleau du livre d’Isaïe, il va être question de "cet esprit qui repose sur moi" et il est venu ce serviteur "annoncer une année de bienfaits, une année de libération" et il va dire, Jésus : eh bien "ce que vous entendez, c'est maintenant que cela s'accomplit".

Il est ce Serviteur juste qui, en lui-même, va réaliser ce que Dieu veut.

 

Réaliser ce que Dieu veut, signifie pour nous, ressembler à Jésus mais à notre façon, c'est-à-dire : nous ne sommes pas obligés de marcher sur les terres de Galilée,

nous ne sommes pas obligés d'être (selon ce que notre imagination, d'ailleurs, produit), conformes à Jésus.

Il s'agit d'être conformes dans l'Esprit ; à notre tour, obéir au vouloir du Père.

C'est un vrai don, c'est un cadeau qu'il nous faut demander ; c'est un cadeau de l'Esprit Saint qui nous faut demander : être des enfants de Dieu, être conformes à celles et ceux qui reconnaissent la sagesse de Dieu.

 

Ne soyons pas, en tout cas comme ceux qui ne comprennent ni Jean-Baptiste ni Jésus, sourds et aveugles.

Demandons pour nous-mêmes, cet Esprit Saint qui nous permet de devenir des enfants de Dieu, capables de reconnaître les vouloirs du Père pour nous-mêmes.

Qu'est-ce que le Seigneur attend de nous pour que nous puissions vraiment être conformes, capables d'être comme il veut que nous soyons, chacun ?

Amen.


Mardi 19 septembre

1Tim 3, 1-13 : L’épiscope.

Ps 100

Lc 7, 1-11 : Résurrection du fils de la veuve de Naïm.

 

Saint Luc nous rapporte cet épisode : Jésus qui rentre dans cette ville, Naïm ; il va donc rencontrer, je vous le rappelle, une veuve qui a un enfant qui vient de mourir, un jeune homme.

Il va le relever, le réveiller d'entre les morts, le ressusciter.

 

Quelques petits détails : cet homme qui se redresse "je te l'ordonne, lève-toi", ce mort qui se redresse et qui se met à parler, c'est le même verbe que Jésus qui ressuscite, à la fin de l'Évangile et c'est le même verbe que celui qui est employé pour dire qu' "un grand prophète s'est levé parmi nous et Dieu a visité son peuple".

Il s'agit de se redresser, de ressusciter.

À travers tout ce texte, la résurrection de Jésus est à l'œuvre, est en filigrane, un peu comme par avance, par anticipation.

 

Nous avons donc un miracle, le miracle de la résurrection de ce jeune homme.

À quoi servent les miracles ?

Que suscitent-t-ils dans l'Évangile ?

Par sa puissance de Ressuscité, même si c'est par avance, Jésus est capable de transformer l'effet que la nature peut avoir sur nous-mêmes.

On a d'autres exemples : la tempête apaisée sur le lac ; l'effet destructeur de la nature, Jésus le stoppe.

Là, nous avons l'effet mortel de la nature : ce jeune homme est mort et Jésus fait reculer cet effet et ça produit la vie, le retour à la vie.

Un miracle, ça n'est pas pour impressionner ; un miracle est toujours, d'abord, mû par la compassion de Jésus.

C'est écrit : "le Seigneur fut saisi de compassion pour elle".

 

Un miracle naît de l'amour même de Dieu pour la misère de son peuple et un miracle vient accomplir ce que les prophètes ont promis dans l'Ancien Testament: les prophètes ont promis inlassablement que le Messie allait faire reculer la misère de son peuple et c'est ce qui se produit en divers endroits de l'Évangile, avec des paralytiques, avec des possédés, avec la tempête et avec la faim et là, en l'occurrence la mort ; et ça produit la foi pour cette femme et pour tous ceux qui ont été témoins du miracle ; la reconnaissance qu’en Jésus même, voilà le Messie, en Jésus même, voilà l'envoyé du Père.

 

Souvenez-vous que le grand projet de Jésus, sa mission, c'est de faire découvrir qu'en lui-même, il y a le Père ; il n'y a que la foi qui peut le voir, le comprendre.

Et parfois, pour ceux qui ont un esprit un peu obtus, ceux qui ont des têtes un petit peu dures, eh bien, il n'y a que les miracles qui peuvent les faire céder.

Alors là, en l'occurrence, la résurrection de ce garçon aura fait céder cette femme et son entourage : ils se seront mis à croire.

 

On peut toujours souhaiter qu'il y ait un miracle actuellement aux Antilles ; on verra bien... on peut souhaiter qu'il y ait des miracles dans nos vies et on peut souhaiter que nous soyons attentifs aux miracles qui ont eu lieu et que peut-être nous n'avons pas vus afin que la foi se ravive, en nous.

 

Amen.


Dimanche 17 septembre

Si 27, 30-28, 7 : la rancune.

Ps 102

Rm 14, 7-9 : Charité envers les faibles.

Mt 18, 21-35 : Parabole du débiteur impitoyable.

 

Chaque fois que le prêtre commence la célébration d’une eucharistie, après avoir présidé le temps du pardon (nous chantons souvent ‘Seigneur prends pitié’ ou ‘Kyrie eleison’) et après ce grand chant d'acclamation reprenant les mots des anges dans le ciel : "gloire à Dieu au plus haut des cieux", le prêtre  prononce ce que nous appelons en réalité, une oraison et je vais vous relire celle que j'ai prononcée tout à l'heure parce que, très souvent, nous l'entendons assez distraitement et puis parfois, il faut le reconnaître, en une seule phrase, il peut y avoir plein d'idées très riches ; ce qui fait qu’à la fin de la phrase, on ne sait plus qu’elles ont été les idées très riches.

Or cette phrase, aujourd'hui, elle est relativement simple.

Je vous la relis : "Dieu créateur et maître de toute chose, regarde-nous et, pour que nous ressentions l'effet de ton amour, accorde-nous de te servir avec un cœur sans partage".

 

"Avec un cœur sans partage", qu'est-ce que ça veut dire ?

Pour comprendre cette affirmation du "cœur sans partage", je vous propose une citation de St Jean, dans une de ses lettres.

Il dit : ‘celui qui dit qu'il aime Dieu qu'il ne voit pas mais qui n'aime pas son frère qu'il voit, (peut-être il ment, c'est même complètement sûr), c'est un menteur’.

L'idée de St Jean, c'est de dire : on ne peut pas diviser l'amour, ce n'est pas possible.

Si on aime, on aime équivalemment le Père du Ciel, qui est la source de l'amour (créateur et source) ; il est aussi, cet amour, celui que nous dirigeons auprès de nos frères (nous le donnons et nous le recevons, nous avons des dettes mutuelles, les uns par rapport aux autres ; nous ne pouvons pas obliger un frère à souffrir, être embêté terriblement à cause de nous) et puis nous aimer nous-mêmes.

St Jean, dans sa citation, n’en parle pas mais nous voyons bien ce que cela signifie :  très souvent en venant à la messe, en priant personnellement ou en se revendiquant chrétiens, nous prenons la source de notre action, de notre foi, en Dieu lui-même, la puissance de son amour mais nous omettons toutes les conséquences que cela peut avoir vis-à-vis des autres.

Ça, c'est un cœur divisé (c’est un cœur divis) ; or dans cette oraison, il est question d'un cœur sans partage, qui ne soit pas divisé.

Comment est-ce possible ?

 

Au début de la prière, j'ai dit : "Seigneur, Dieu créateur du ciel, source de tout bien, regarde-nous".

"Regarde-nous", c’est important !

 Ça veut dire que la démarche que nous vivons dans nos assemblées, n'est pas une démarche de culpabilisation, nous ne sommes pas là pour nous culpabiliser du pardon que nous avons du mal à donner.

Sans doute que nous nous situons dans cet Évangile que nous avons entendu, comme étant extrêmement endettés et dans l'impossibilité de recouvrir notre dette (vous avez compris que la dette, elle était financière dans l'Évangile, dans la parabole et qu'elle renvoyait à la dette que nous avons vis-à-vis de nos frères, la dette de l'amour).

Nous sommes en dette, c'est-à-dire que quelqu'un d'autre a des reproches à nous faire et il faudrait alors que, pour que nous recouvrions la dette,  nous présentions des excuses, nous cherchions à réparer le mal que nous avons fait.

Reconnaissons-le, c'est très difficile.

"Seigneur, regarde-nous, regarde comment c'est difficile pour nous.

Du fond de notre cœur, (toi seul, peux le voir ce fond-là, de notre cœur) vois combien c'est difficile de nouer et de dénouer tout ce qui en nous, empêche d'aimer nos frères".

 

L'idée, quand nous venons à la messe, quand nous communions au corps du Christ, ça n'est pas de se dire : ‘quel méchant et mauvais pécheur que je suis, je suis un très mauvais très mauvais très mauvais très mauvais’ ; l'idée n'est pas cela, l’idée n'est pas de se démonter, de perdre confiance en soi, l'idée est de demander au Seigneur, d'avoir cette humilité-là : ‘regarde- nous, regarde nous’.

 

 Troisième aspect : nous avons des dettes, le Seigneur les voit, lui seul a accès au fond du cœur, au tiroir-caisse de notre vie, le fond du cœur.

Il voit les dettes que nous avons.

Dans l’eucharistie, en venant communier, qu'est-ce que je présente au Seigneur ?

Mes mains vides, mes mains sont vides pour recevoir le corps du Christ, mes mains sont vides : je présente mes dettes.

Que fait-il avec ces dettes-là ?

 

Dans la foi, il les convertit, il les transforme, il les transforme en capacité, en possibilité et ces dettes peuvent devenir, dans la foi en Jésus, ça peut devenir compassion, ça peut devenir tentative de réconciliation, début d'audace (oser), humilité.

Ces dettes peuvent se convertir mais nous ne pouvons pas tout seul, ce n'est pas possible, ce n’est pas possible, sinon nous buttons sur notre cœur divisé.

 

La relation avec les frères impose donc que nous acceptions que tous nous soyons regardés par ce Père du Ciel : nous sommes tous de la même façon, endettés ; tous, comme dans l'Évangile : tout le monde est endetté vis-à-vis de tout le monde.

Le seul qui peut renverser cette logique de la dette, vous avez vu qui c'est dans l'Évangile ? c'est le roi ; dans notre foi, c'est le Père du Ciel, source de toute miséricorde, en Jésus Christ.

Nous déposons avec nos mains vides nos dettes, nous en recevons compassion pour nous et sans doute pour nos frères.

Alors, c'est extrêmement précieux.

 

Les conséquences sont les suivantes :

Inutile de vouloir changer la vie de nos frères, nous ne sommes pas le bon Dieu, nous ne sommes pas la banque, nous avons tous un tiroir-caisse, nous ne sommes pas la banque.

Nous pouvons simplement accepter que nos frères soient comme nous et nous comme eux, même si c'est complexe.

Et la deuxième conséquence c'est, qu'en communauté, nous ne sommes pas rassemblés en communauté d'intérêt mais nous sommes rassemblés en communauté de fois.

Nous déposons au Seigneur nos dettes tous et chacun et il nous donne à chacun en particulier, une capacité, une capacité ; cette capacité ce n'est pas nos frères qui nous la donnent ; nos frères, au mieux, ils nous aident ; cette capacité, c'est le Christ, dans l’eucharistie.

Voilà la conséquence.

Point de culpabilisation mais surtout désir, désir de conversion.

 

Je vais terminer par une petite image.

Hier, dans l'homélie, je l'ai dite au début ; je vais la dire à la fin, parce que j'ai repéré qu'elle était un peu violente, alors je vais la dire à la fin.

Petite image que l'on rapporte parfois dans la presse pour nous dire : ‘Olala il ne faut pas s'endormir sur ses lauriers et il faut surtout toujours apprendre à résister’ ; c'est l'image de la grenouille dans l'eau et cette eau, on la met sur le gaz.

On fait chauffer l'eau dans laquelle il y a la grenouille.

La température de l'eau augmente tranquillement et la grenouille ne s'en rend pas compte.

Et au moment où la grenouille s'en rend compte, il est trop tard ; voilà, elle est presque cuite, elle ne peut plus bouger et puis, après, elle est cuite.

C'est violent, mais c'est pour nous dire : ne nous habituons pas à des relations dangereuses avec les autres qui soient mues par (comme dans cette parabole du serviteur impitoyable), mues par la vengeance, mues par les yeux de travers, mues par la médisance (ça c’était dimanche dernier).

Ne nous habituons pas à ça,  n'oublions jamais notre capacité à être dans la compassion.

Amen.


Mardi 12 septembre :

Col 2, 6-15 : Le Christ seul vrai chef des hommes et des anges.

Ps 144

Lc 6, 12-19 : Le choix des Douze. Les foules à la suite de Jésus.

 

Ça ressemble un petit peu à la rentrée scolaire avec l'appel des élèves, dans la cour de récréations, le premier jour.

 

Mais plus sérieusement encore, Jésus, le jour venu, après avoir passé la nuit dans la prière avec Dieu, appelle ses disciples et en choisit 12 ; "il choisit pour lui", (c'est le verbe que les évangélistes ont retenu) : "il choisit pour lui".

Ce n'est pas "il choisit", "il choisit pour lui".

 

Il y a presque un côté un petit peu (un petit peu, un petit peu !), le même égoïsme que ceux qui sont invités à un dîner et qui choisissent les premières places sur les sofas ; ils choisissent pour eux, c’est pareil dans l’Evangile : il choisit pour lui.

 

Mais cet égoïsme, il peut être aussi transformé en autre chose ; quand Marie, par exemple, choisit pour elle, la meilleure part ; ça ne lui est pas reproché tandis que Jésus fait des reproches à ceux qui choisissent les premiers sofas pour eux.

 

Alors, Jésus se choisit pour lui, des disciples, pour être avec lui, comme le Père s'est choisi son Fils : "voici mon élu, mon bien-aimé, écoutez-le", dit-il, au moment de la transfiguration.

 

Il s'est choisi pour lui des disciples et c'est parce que nous avons été choisis pour lui que nous ne sommes plus dans le monde.

C'est pour ça que "le monde nous hait" dira Jésus, dans saint Jean.

Et puisqu'il nous a choisis, "il nous a établis pour que nous portions du fruit et que notre fruit demeure".

 

Il ne nous a pas choisis pour que nous nous enfermions, à l'image de ce qu'il fait dans l'Évangile, tout de suite après avoir choisi pour lui, ses disciples.

 Il redescend et il continue son activité apostolique telle que saint Luc l’a décrite dès le départ : une grande quantité de malades, de possédés viennent à lui.

Et, parce que nous avons été choisis pour lui, il nous demande de participer à ce même apostolat : d'abord, il enverra ses disciples deux par deux et il leur demandera de faire comme il fait, (le lavement des pieds, le service des frères) et puis d'aller en Galilée et ensuite vers toutes les nations.

"Il s'est choisi pour lui", "venez et voyez" pour que nous voyons où il demeure et que nous demeurions avec lui.

Voilà toute la beauté du sacrement de l’eucharistie, par exemple, (tous les sacrements) ;  et la beauté du ministère de celles et ceux qui, par leur baptême et leur consécration sont des instruments de cette communion, de cette intimité.

 

Quant à nous, il nous appartient d'entretenir cette élection et de demeurer enracinés, comme dit Paul aux Colossiens, en Jésus.

 

Amen.


Dimanche 10 septembre :

Ez 33,7-9 : Le prophète comme veilleur.

Ps 94

Rm 13, 8-10 : La charité, résumé de la Loi.

Mt 18, 15-20 : Correction fraternelle.

 

 Première introduction générale au catéchisme des uns et des autres, que l’on apprend à nos enfants, que l’on se redit chacun :

chaque fois que nous nous mettons en face du Seigneur dans la prière, nous sommes créés avec un projet d'amour qui est imprimé en nous, c'est notre ADN et ce projet d'amour se traduit toujours concrètement par un désir divin de communion et d'unité.

 

Deuxième introduction très générale :

la communion et l'unité sont difficiles à mettre en œuvre, nous le savons tous, qui que nous soyons.

 

Troisième introduction générale :

le péché et celui qui est l'auteur du péché, divisent et ébrèchent l'unité voulue par le Père ; nous sommes créés pour être enfants de ce Père et nous nous retrouvons, plus ou moins, ennemis de nos frères.

 

Quatrième proposition générale :

le Christ, dans sa mort et sa résurrection, vient réparer, recoller ce qui est divisé.

 

Cinquième et dernière introduction générale :

dans le sacrement de la réconciliation, nous avons le bonheur immense de connaître cette réconciliation.

 

Maintenant, je pose une question dans l'assemblée :

qui d'entre vous a des poules, des oies ou des canards vivant chez lui ; des volailles si vous voulez ; qui en a ?

 Personne.

Alors, À la messe, hier soir, on a comptabilisé à peu près une cinquantaine de volailles.

Personne n'en a, ici ?

Si! Donc, en voilà là, il y en a au fond, vous en avez, là au milieu, oui ; eh bien voilà, vous avez des volailles.

Est-ce que parmi vous, vous avez l'habitude de les plumer ?  (c'est très sérieux, vous allez voir).

Là, il y a une main qui se lève, là aussi.

 

Il y a un très vieux chrétien, un très très vieux chrétien, qui a vécu quelque part en Orient, il y a approximativement 1700 ans (vous allez voir, à la moralité de son histoire, il devait être empêtré avec sa communauté) ; il demande à l'un de sa communauté (tout le monde avait des poules, à l’époque) : "prends une poule", bon, alors, il prend sa poule.

"Va au sommet de la montagne" ; il va au sommet de la de la montagne.

" Plume ta poule"; il plume sa poule et puis il revient.

Formidable !

Alors ensuite, il dit : "retourne au sommet de la montagne et récupère les plumes, maintenant ".

Il retourne au sommet de la montagne et han! les plumes, il y en avait partout !

C'était terrible !

Alors il revient bredouille, parce que finalement, elles s'étaient toutes éparpillées,  envolées.

Il revient voir le vieux pasteur de la communauté : "mais les plumes, elles sont envolées".

Eh bien, voilà, c'est exactement ce qui se passe avec la médisance.

 

La médisance, ça divise, ça se propage, ça s'éparpille et une fois lancée, c'est quasiment irrécupérable.

Eh bien, l'extrême contraire de la médisance, dans l'Évangile, (dans l'Évangile, là, aujourd'hui), c'est la correction fraternelle ; l'exact contraire.

La médisance c'est : si mon frère a commis un péché contre moi, je vais le dire à tout le monde (en plus ce n'est même pas sûr que ce soit un péché, d'ailleurs, je l'ai ressenti comme tel, mais je vais le dire à tout le monde).

Alors, ça se propage : han! un tel a fait que...a dit que...a blessé, nani nana, pof! Ça se propage partout. ; les plumes s'envolent.

 

La correction fraternelle c'est : au lieu d'aller le raconter à tout le monde, je vais le dire à la personne.

 

Et le propos de Jésus dans l'Évangile c'est d'essayer, c'est d'inviter à rentrer dans une posture de concorde, de conciliation, de réconciliation, de symphonie, un peu comme il s'agit d'accorder des instruments de musique pour qu'ils s'entendent, pour qu'ils concordent entre eux, pour qu'ils ne dissonent pas.

Alors, un frère qui va voir un autre frère, pour réparer la dissonance, c'est quelqu'un qui participe à ce projet d'amour du Père.

 

Dans l'Évangile de Matthieu, du chapitre cinq jusqu’au chapitre sept, Jésus martèle : ‘Nous sommes tous enfants du même Père mais il faut soigner nos liens de fraternité ; ne nous laissons pas aller à celui qui divise’.

Vous savez comment on appelle celui qui divise !

Comment on appelle celui qui divise ?

Celui qui divise, on l'appelle Satan, le diable : il divise.

 

Mais celui qui ne divise pas ou celui qui cherche la réconciliation, la restauration de l'homme auprès du Père, c'est le Christ.

 

Je vais vous raconter la même histoire en version très autorisée ; ça date du troisième siècle.

Vous allez voir, c'est un tout petit peu plus abrupt ; j'aurais commencé mon homélie par ces mots, vous m'auriez dit : ‘olala ! le Père Guillaume, il est barbant et il est même dur.

 

Voilà ce qu’écrit Saint-Cyprien au troisième siècle (il devait avoir des problèmes de vieilles poules dans son assemblée) : ‘Dieu n'accepte pas le sacrifice des fauteurs de désunion, il les renvoie de l'autel pour que d'abord, ils se réconcilient avec leurs frères.

Dieu veut être pacifié avec des prières de paix.

La plus belle obligation de Dieu, est notre paix, notre concorde, l'unité dans le Père, le Fils et l'Esprit Saint, de tout le peuple des fidèles’.

 

Eh bien oui, parce que voyez-vous, quand nous rentrons dans cette démarche de concorde, dans la correction fraternelle, quand deux ou trois cherchent à se rencontrer et à régler leurs différends,  le Ciel se rapproche de la terre et la terre s’élève vers le Ciel ; la division qui peut y avoir entre Ciel et terre, elle-même, diminue.

C'est ce que nous disons dans la prière du Notre-Père : "que ta volonté soit faite sur la terre comme au Ciel", et puis nous avons cette autre demande : "pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés".

 

Pour terminer, la correction fraternelle a une vertu profonde : c'est qu'elle fait grandir en nous la charité.

Vous savez que les fruits de la charité, c'est quand même la paix et la joie ; mais la réciproque est vraie : la charité fait grandir notre capacité de correction fraternelle.

Voyez, ça s'alimente, ça s'alimente : j'apprends à aller voir directement celui ou celle qui peut-être, m'aurait blessé (c'est même sûr : il ou elle m'a blessé ; mais, est-ce que c'était son intention ? ça, c'est une autre affaire !) mais j'apprends à parler avec lui ou avec elle directement : grandit en moi, la charité.

J'apprends, par ailleurs, à aimer plus, grandit en moi, cette capacité de la correction fraternelle.

 

Rappelons-nous que lorsque nous allons nous déplacer à l'autel, tout à l'heure, nous allons communier au même Corps ; il n'y a pas 36 corps du Christ, il n'y a pas autant de corps du Christ qu'il n'y a de fidèles dans cette assemblée ; au même Corps !

Alors, il va bien falloir que nous apprenions à être nous-mêmes, un unique Corps, fils et filles du même Père ; alors ça, c'est le projet de l'Évangile d'aujourd'hui.

 

Ça tombe bien, c'est aussi le projet de notre communauté cette année donc, je vous invite le 8 octobre pour que nous construisions ensemble cet unique Corps.

 

Amen.


Vendredi 8 septembre : la nativité de Marie

Mi 5, 1-4a : Détresse et gloire de la dynastie de David.

Ps 12

Mt 1, 1-16.18-23 : Généalogie de Jésus. Joseph assume la paternité de Jésus.

 

La liturgie nous donne souvent d'accueillir les généalogies, l'Annonciation, la Visitation, parfois le songe à Joseph, quand il est question de fête mariale, comme aujourd'hui.

 

Ces généalogies, il y en a une autre chez Saint Luc, (différente), permettent de bien nous montrer comment, il y a chez Marie une prédestination, une longue préparation dans toute l'histoire du peuple d'Israël, à devenir la matrice, à devenir le Ciel  sur la terre ;

 une longue préparation à être celle qui va dire : "oui", être l'instrument de l'Esprit Saint ;

 une longue préparation en elle mais

 une longue préparation autour d'elle, dans son environnement.

Et là, avec cette généalogie, chez Saint Matthieu, nous voyons plutôt le songe à Joseph, comment Joseph lui-même va coopérer pour que vraiment, Marie soit celle-là.

Et cette longue préparation est une source de joie car nous voyons combien Dieu vient, depuis longtemps (par certaines femmes, par des hommes, par la création tout entière pourront dire les psaumes ou certains prophètes) préparer la venue de qui ? de quoi ?

De Jésus et du salut ; plus que tout, du salut.

Elle est la source de la joie.

 

La deuxième chose, c'est que l'Eglise a toujours vu en Marie, une parfaite image, un accomplissement excellent de cette œuvre du salut ; c'est-à-dire, dans une créature comme nous (n'importe qui d'entre nous), l'accomplissement en elle, de manière excellente, du projet de Dieu de sauver les hommes.

 

Et alors, l'Eglise, en regardant Marie, veut devenir pareil ; elle veut devenir pareil, une œuvre de salut accompli.

Alors, quand on regarde, Marie, instrument de l'Esprit Saint, on se rappelle que nous, l'Eglise, on est un instrument de l'Esprit Saint.

Quand on regarde Marie qui met au monde celui qui va donner le salut, nous l'Eglise, on se rappelle qu'à chaque eucharistie,  vient au monde la source du salut.

Et si nous regardons Marie qui naît, comme aujourd'hui, on peut se souvenir de la naissance de l'Eglise et de la longue préparation à sa venue.

C'est la croix, la mort et la résurrection  de Jésus et la Pentecôte qui sont à la source de la naissance de l’Eglise.

Et nous pouvons voir comment Marie et l'Eglise continuent de naître aujourd'hui et comment nous sommes les instruments de la naissance de l'Eglise, aujourd'hui.

 

Souvent, nous nous souvenons de combien nous sommes redevables de celles et ceux qui ont beaucoup donné pour notre foi lorsque nous étions enfants, jeunes couples, adolescents ; les soeurs, si vous fêtez entre 59 et 49 ans ou 50 ans de vie religieuse, c'est que vous êtes aussi redevables de tous ceux et toutes celles qui vous ont fait connaître et entendre cet appel de Dieu dans votre vie.

Mais est-ce que nous sommes redevables pour toutes les occasions aujourd'hui, que nous avons, nous, de faire naître l'Eglise ?

Nous nous souvenons toujours d'être nés, mais est-ce que nous nous réjouissons de faire naître, aujourd'hui ?

Réjouissons-nous d'engendrer à notre tour des vocations et notre propre Eglise locale.

 

Nous ne sommes pas uniquement une queue de comète, c'est-à-dire un petit reste de ce qui aurait été fondé hier ; nous fondons aujourd'hui et la nativité de Marie nous  le rappelle,  dans la joie.

 

 Amen.


Jeudi 7 septembre : St Mesmin et ses compagnons ( du diocèse de Troyes)

Col 1, 9-14 : Action de grâces et prière.

Ps 97

Lc 5, 1-11 : Appel des quatre premiers disciples.

 

Le texte français ne rend pas bien, l'ordre que Jésus adresse à Simon.

Vous voyez le contexte : c’est au bord du lac, il y a beaucoup de gens ; dans cet Évangile selon saint Luc, c'est le moment où il va y avoir l'appel et l'envoi de Pierre, ses compagnons ; ils sont sur la barque, Jésus rentre dans la barque, il parle et il donne un ordre d'aller (dans le texte français : ‘plus au large’).

Il faudrait plutôt lire ‘allez là où c'est plus profond’, ‘là où c'est le grand fond’, ‘là où le fond est profond’ ; c'est là qu'il faut aller.

 

Et le contexte, je vous le rappelle, c'est Jésus qui enseigne, il annonce la parole de Dieu ; il parle.

Et d'ailleurs, Pierre dit à Jésus :" sur ta parole, je vais jeter les filets ", ‘mais tu sais quand même, qu’on a déjà beaucoup bossé et on n’a pas pris grand-chose’.

 

Dans l'Évangile, un autre moment, il est question de très grande profondeur ; ce n'est pas dans un lac, c'est lorsque le semeur sort pour semer et des graines sont tombées dans la bonne terre et elles ont poussé parce que c'était profond.

 

La parole de Dieu creuse en nous, elle rejoint nos profondeurs mais les profondeurs vers lesquelles nous n'allons guère nous-mêmes: nous n’osons pas trop nous y aventurer.

Nous sommes au bord, c'est plus sûr !

Et pourtant, Jésus nous entraîne plus au fond, au fond de notre cœur, au fond de lui-même.

Alors, il n'y a peut-être pas d'autres choses que de se laisser entraîner par sa parole et puis, ce n'est pas très utile de raisonner : comment ça marche ?

Le reste viendra, si on écoute sa parole ; le reste viendra, le reste nous sera donné.

 

Mais n'ayons pas peur de ce qui est profond ; ce qui est profond peut-être source de grandes révélations, de grande richesse, de grande fécondité comme cette graine qui tombe dans la bonne terre, où c'est profond.

 

Ça peut être source de solidité aussi, on n'en parlait tout à l'heure : les sapins semble-t-il, disait Nathalie, ne plongent pas leurs racines très profondément ; un coup de vent, hop ! ils tombent par terre.

 

 Jésus nous convoque à rejoindre ce qui est profond en nous et de telle sorte que nous ne pouvons pas faire autrement, après, que de découvrir combien lui, il est très grand et il est celui qui est Très-Haut, le Père du ciel, en Jésus, son Fils.

Pierre découvre une fois de plus, (il va le découvrir plein de fois), qu’en Jésus, Dieu est là.

 

Amen.


Mercredi 6 septembre :

Col 1, 1-8 : Action de grâces et prière.

Ps 51

Lc 4, 38-44 : Guérison de la belle-mère de Simon. Guérisons multiples.

 

Rappelons-nous que, dans l'Évangile selon Luc, ce que Luc retient de Jésus, c'est son autorité et sa puissance, qui produisent beaucoup d'étonnement,

 qui font naître une rumeur qui se répand

 et qui vont être la clef, pour nous, d'interprétation de la puissance de l'Esprit Saint ; cette rumeur se répand dans toutes les régions et jusqu'à nous, et aujourd'hui.

 

Cette autorité et cette puissance de Jésus dans l'Évangile d'aujourd'hui se manifeste à travers ce verbe : Jésus qui menace ou qui rabroue.

Dans l'Évangile, il menace ou rabroue à la fois les démons, mais aussi la fièvre, la fièvre qui envahit la belle-mère de Simon.

Alors, Jésus rabroue et menace dans plein d'endroits, mais pas seulement lui d'ailleurs, dans l'Évangile et c'est signe de l'autorité du Maître : s’il a une autorité, une puissance, on peut comprendre qu'il soit normal, que par moments, il ne la manifeste pas uniquement dans une grande bonté, gentillesse, caresse mais aussi en menaçant.

 

Je vous parlais hier de la mer et du vent, c'est toujours vrai : il menace la mer et le vent, au moment où il est sur la mer et dans une barque avec ses disciples et que cette mer est agitée.

Il menace en de nombreux endroits, les mauvais esprits et les démons, comme nous le voyons dans cet Évangile.

Il va menacer très fort, ses deux disciples Jacques et Jean ; je ne sais pas si vous vous souvenez de cet épisode des fils du tonnerre : Jacques et Jean, parce qu’à un moment donné, en traversant une localité Samaritaine, Jésus n'est pas accueilli, alors ils sont fortement contrariés ; ils voudraient que le feu du ciel tombe sur eux ; il les menace.

Et puis, il va menacer aussi parfois, les gens qui veulent le suivre ; ce n'est pas prégnant dans cet Évangile, il dit qu'il doit aller dans d'autres villages mais dans d'autres versions, d'autres souvenirs, d'autres évangélistes, Jésus va menacer très fortement les gens qui veulent le suivre.

 

Alors, il y a d'autres menaces proférées par d'autres gens. : par exemple, le bon larron, sur la croix, va menacer le mauvais larron parce que le bon larron, (c'est précisément son nom) a reconnu qu'il était le Fils de Dieu ; et le mauvais, non.

 

Des pharisiens, aussi, voudraient que Jésus menace ses disciples qui crient "hosanna" quand il entre dans Jérusalem et Jésus dit : "mais si je les fais taire, ce sont les pierres qui crieront".

C'est normal, ils accueillent le Fils de Dieu !

 

Et puis les disciples, menacent les petits enfants : ils ne veulent pas qu'ils s'approchent de Jésus.

Les disciples aussi, menacent deux aveugles à Jéricho, qui veulent s'approcher de Jésus ; les disciples mais aussi la foule.

 

Si on revient à Jésus, en particulier, nous voyons bien que ce sont des signes, (chez lui en tout cas, s'il menace), de sa puissance et de son autorité.

 

On peut retenir plusieurs conclusions de ces menaces de Jésus : la première, c'est qu'il a une telle relation intime avec son Père, qu'il est capable de faire la distinction entre les démons et les personnes.

Il ne menace jamais les personnes possédées, il menace les démons, il les libère des démons ; il connaît la personne, il connaît les démons, il fait la distinction.

Il est capable de discerner le mauvais esprit du bon esprit.

Il a une telle relation avec son Père, Père créateur et Maître de toute chose.

Et puis, il est tellement Fils, Jésus, Fils sauveur, qu’on voit bien, que dans toutes ces menaces proférées, il va mettre en avant, toujours le salut.

 

Il y a deux détails que je ne vous ai pas encore rapportés qui nous permettent aussi de rentrer dans l'intelligence de Jésus :

déjà, d'une part, vous vous souvenez, c'était dimanche, c'est Pierre qui menace Jésus après qu'il ait annoncé qu'il allait être livré, mourir et ressuscité le troisième jour.

Pierre le menace : ‘non, cela ne t'arrivera pas’ et Jésus répond : ‘arrière Satan’.

Et Jésus nous invite à menacer nos frères qui pèchent mais non pas, à s'en arrêter là : s’il se repend, remets-lui sa dette.

 

C'est un troisième aspect : Jésus ne menace jamais pour menacer, il ne fait pas montre de colère par plaisir ; ce n'est pas son instrument principal.

Ce qui va prévaloir, c'est bien le salut, c'est bien le pardon ; en tout cas, c'est bien la réconciliation de l’être avec lui-même et avec les autres.

 

Voilà, des signes de démonstration de puissance et d'autorité du Maître, que nous pouvons voir dans l'Évangile comme nous l'avons vu sur la belle-mère de Simon-Pierre, sur les malades et autres possédés pendant la nuit.

Regardez Jésus qui se penche sur cette femme comme il a daigné quitter son rang qui l'égalait à Dieu pour venir se pencher sur chacun d'entre nous.

 

Amen.


Dimanche 3 septembre


 Nous savons que l'apôtre Pierre est une très belle figure à laquelle nous pouvons nous identifier, si nous voulons grandir dans la fidélité à Jésus et prendre Jésus comme Maître car Pierre est complètement humain, c'est-à-dire qu'il porte en lui, toutes les contradictions que nous pouvons porter en nous-mêmes : à la fois, nous allons trouver en Pierre, un homme extraordinairement fidèle et attachant et que Jésus va choisir comme pierre solide pour bâtir son Eglise, et en même temps, nous allons avoir dans cet homme, un homme divisé, un homme qui se trompe et qui se perd,  à qui Jésus va dire : "passe derrière moi, Satan" ;

nous allons avoir un homme proche de Jésus, qui va le suivre jusqu' à la Croix et en même temps un homme qui ne va pas aller jusqu'au bout, qui va le renier ;

nous allons avoir un homme qui va être l'objet de la miséricorde du Christ, au lendemain de la résurrection.

Et donc tout cela, c'est le même personnage.

 

Nous avons plein d'autres personnages dans l'Évangile qui portent chacun, une part de cela, mais Pierre, tout cela.

Alors, c'est quelqu'un que je vous invite à regarder de près (et j'aime bien) et nous allons ensemble regarder ce matin, comment il est à la fois une pierre solide et en même temps une pierre d'achoppement.

C'est parce que, précisément, Pierre, à un moment donné,  ne sera plus derrière Jésus son Maître, mais il va se mettre à côté de lui, il va le prendre à part, pour lui dire : "cela ne t'arrivera pas".

 

Et le geste de se mettre derrière Jésus et de le choisir comme Maître est un geste plus que symbolique, c'est la condition même de chacun d'entre nous : nous mettre derrière Jésus et le choisir comme Maître, le suivre comme un Maître.

Celles et ceux, qui pour des tas de raisons (et des bonnes raisons), ne se mettent plus derrière Jésus risquent de se livrer au pouvoir de celui qui divise notre cœur,

risquent de se livrer au pouvoir de celui qui divise notre cœur.

 

Dans cet Évangile, il y a le verbe perdre : "celui qui perd sa vie à cause de moi, la trouvera et celui qui veut sauver sa vie, la perdra" ; perdre.

 'Perdre'  a de multiples significations en français, d'ailleurs, même dans la langue de Jésus.

 

La première signification : ' je perds mes clefs de voiture' et je les cherche partout ; un peu comme celui qui a perdu une brebis et va la chercher ou cette femme qui a perdu une drachme, une pièce de monnaie, la cherche partout, va balayer et va finir par la retrouver.

 

La deuxième signification, signification qui est beaucoup exploitée dans la bouche de Jésus, dans tout l'Évangile ; c'est la perversion ou la corruption : je me perds, au sens où je me trompe de chemin et je vais, sans m'en rendre compte (ou du moins, pas tout de suite), aller là où il ne faut pas aller ; moi, ou d'autres vont me perdre et vont m'entraîner là, où il ne faut pas aller.

On a cette magnifique image du fils prodigue (vous vous en souvenez), ce fils, une fois ayant reçu son héritage, s'en va loin loin loin loin de son père ; cette idée de la corruption, de se livrer à la perversion est un autre sens du mot perdre.

 

Et le troisième sens du mot perdre ça, c'est la mort.

J'ai perdu un proche ou bien il est décédé ; plusieurs parmi nous, d'ailleurs, ce matin, dans cette assemblée, ont perdu cette semaine un proche et nous allons prier pour eux et pour elles.

Par exemple, nous avons une autre figure dans l'Évangile qui porte sur elle, la deuxième signification et la troisième signification ; c'est Judas.

Judas, à un moment donné, il s'est un peu perdu, le brave ; il a détourné les fonds du groupe des apôtres et puis il a livré Jésus et il s'est aussi perdu, au troisième sens du terme: il est mort.

 

Alors le premier sens du terme, nous avons la drachme, nous avons la brebis, mais drachme et brebis peuvent être aussi prises (quand Jésus parle de ces deux exemples, dans l'Évangile) au sens d'un cœur qui se perd, puisque quand Jésus parle de la brebis perdue et de la drachme perdue, il s'adresse aux pharisiens qui sont outrés de savoir qu'il fréquente les pécheurs, Jésus.

C'est là, qu'il va utiliser l'image de la brebis qui est perdue : ‘qui d'entre vous, qui aurait 100 brebis, en perdant une, n'irait pas à sa recherche ?’

Eh bien, pour dire : ‘moi, le Fils, envoyé par le Père, je vais aller jusque chercher celui et celle qui est perdu et je vais déployer toute l'énergie divine à aller chercher celui qui s’est perdu  sur les mauvais chemins, deuxième sens.

 

Alors, peut-être que nous sommes potentiellement des hommes et des femmes qui pouvons nous perdre ; en tout cas, si nous venons célébrer l’eucharistie chaque semaine, c'est que nous reconnaissons cette faiblesse dans nos vies, cette faiblesse qui est constitutive de notre être.

Si nous ne prenons pas garde, nous nous perdons ; alors nous avons besoin de nous remettre perpétuellement, sur les bons rails : nous communions au Corps du Christ.

 

Nous pouvons avoir deux certitudes profondes : la première c'est, que si nous écoutons la voix du pasteur (du bon Pasteur), le Christ, si nous écoutons sa voix, eh bien, nous ne nous perdrons pas parce qu'’il ne perd aucune de ces brebis que le Père lui a confiées’, lui.

Alors, c'est une invitation à écouter sa voix, à écouter sa parole, la lire, à nous nous nourrir de son eucharistie, c'est une invitation à ne pas brader (parfois, on pense que c'est déjà trop vieux et trop poussiéreux), à ne pas brader ce que l'on appelle, dans le trésor de l'Eglise, les 10 commandements, les commandements et au sommet des 10, il y a celui qui récapitule tout : l'amour.

Ne transigeons pas avec la parole de Dieu lorsqu'elle nous prescrit quelque chose.

Ce n'est pas uniquement fait pour les dévots et les dévotes, ce n'est pas uniquement fait pour les religieux, religieuses ; quand la parole prescrit quelque chose, suivons-le, nous sommes sûrs que nous avons là un fil d'Ariane qui nous empêche de nous égarer, de nous perdre, à la manière de Pierre pour que nous restions toujours, toujours derrière le Maître.

 

Et une deuxième certitude, une deuxième certitude, c'est l'appartenance à une communauté.

Nous savons que, si nous commençons à côtoyer les franges et les arrière-franges et l'au-delà des limites d’une communauté, peut-être que nous pourrons aussi, nous perdre.

Jésus dans l'Évangile, notamment dans l'Évangile de Jean, au moment de la multiplication des pains, il demande à ses disciples : "donnez-leur vous-même à manger".

Et après avoir prononcé la bénédiction, avoir partagé ce pain, nourri chacun, il reste en abondance, des morceaux.

Que dit-il à ses disciples ?

"Ramassez-les, qu'aucun de ces morceaux ne se perde".

Nous avons une allusion à l'eucharistie et à la communauté eucharistique : qu'aucun de ces morceaux ne se perde, aucun d'entre nous.

C'était un rappel aussi, une manière de réviser notre façon d'être en lien avec la communauté eucharistique.

 

En tout cas, faisons comme Pierre (mais le bon Pierre), choisissons de nous mettre derrière le Maître, derrière lui et pas à côté ; suivons-le et ainsi et seulement ainsi alors, l'Esprit Saint pourra alors être très fécond, produire beaucoup de fruits, beaucoup de force, de donner beaucoup de stimulant pour ne pas, à un moment donné, que nous nous perdions.

Amen.


Jeudi 31 août

1Th 3, 7-13 : La foi et la patience des Thessaloniciens.

Ps 89

Mt 24, 42-51 : Parabole du majordome.

 

Pour les grandes personnes : on peut se demander pourquoi on a ce texte de l'Évangile aujourd'hui ; d'habitude l'Évangile de chaque jour, la liturgie de chaque jour nous habitue à une lecture suivie et là, on a sauté plusieurs versets.

C'est le mot ‘hypocrite’ qui nous permet de faire le lien, termine ce petit extrait : "il lui fera partager le sort des hypocrites".

 

Dans cette grande invective de Jésus contre les scribes et les pharisiens, dans saint Matthieu, que nous avons lu les jours d’avant, le mot ‘hypocrite’ avec des malédictions qui leur était adressées, revenait souvent ; et là, nous avons la petite accroche.

 

Alors maintenant, je m'adresse à tout le monde : ces fameux hypocrites ; je ne sais pas si vous avez déjà utilisé ce mot comme pour dire du mal à quelqu'un, à un camarade dans une cour de récréation; pour juger parfois, on peut dit ‘sale hypocrite’, c'est un mot qui est quand même violent et qui dit quelque chose de très précis et dans la bouche de Jésus, ça désigne trois catégories de personnes.

 

Ça va d'abord désigner celles et ceux qui croient et qui font des choses au nom de leur foi pour se faire bien voir, un peu comme le corbeau dans la fable de La Fontaine : le corbeau et le renard.

Ils aiment se faire flatter, ils aiment qu'on leur dise des choses superbes ; il y a un personnage comme cela dans le petit prince, (je ne sais plus lequel c’est) ; ils aiment bien se faire mousser.

Tout ce qu'ils vont dire, faire, même les cierges qu'ils vont allumer, se mettre à genoux dans une église etc... c'est pour bien se faire voir, mais par derrière, par derrière ce n'est pas joli, joli.

 

Jésus parle de ces gens-là au début de l'Évangile de Matthieu quand il est au sommet d'une montagne pendant trois chapitres : 5,6 et 7 ; et au sommet de cette montagne, à un moment donné, il va parler de trois groupes de personnages (on en entend parler chaque fois que l'on commence le Carême, le mercredi des Cendres) : il va parler de ceux qui jeûnent, de ceux qui prient et de ceux qui font l’aumône ;

pourvu que ces gens-là, ceux qui jeûnent,

pourvu que ceux qui prient, ceux qui font l’aumône, ne le fassent pas en faisant résonner de la trompette et en attirant les caméras de télévision sur eux ;

pourvu que ce soit le plus discret possible et même, ils pourraient s'enfermer dans leur chambre, là où le Père du ciel les connaît en secret ; eh bien, ça serait bien qu'ils le fassent, pour ne pas être hypocrites, justement.

 

La deuxième grande catégorie de personnes hypocrites, ce sont ceux dont on a entendu parler, les jours d'avant, justement : hier, avant-hier et avant avant-hier, dans l'Evangile de Matthieu toujours, au chapitre 23.

Ce sont ceux qui parlent de Dieu, qui connaissent Dieu sans mettre en pratique ce qu'il raconte : c'est comme si tout ce que je racontais moi, c'était bon pour les autres mais pas pour moi : 'Faites ce que je dis, ne faites pas ce que je fais'.

Ça, ce sont aussi des hypocrites, des gens pas bien, ce sont des gens pas cohérents.

Imaginez par exemple un professeur à l'école : il vous dit de faire des choses et lui, il ne les fait pas du tout ; alors, à un moment donné, vous allez rigoler derrière lui (ce ne sera pas bien non plus, d’ailleurs) mais ça sera une erreur de pédagogie importante.

Et la troisième catégorie de personnes ce sont celles qu'on entend aujourd'hui finalement, pour Jésus, c'est quasiment presque tous les autres, c’est-à-dire ceux qui, vraiment, au fond,  ne connaissent pas Dieu et ne le connaissent pas lui, Jésus.

Et ce sont ceux à qui a été promis une sorte de châtiment, en tout cas une profonde tristesse parce qu'ils sont loin loin loin ; loin loin de celui qui les a créés.

 

Alors après, quel est le remède ?

Le remède pour Jésus c'est de ne pas être hypocrite.

Alors qui sont les pas-hypocrites ?

 

Ce sont les sensés, c'est l'inverse, c'est l'opposé.

Alors là dans l'Évangile, on dit ‘les sensés’ et dans d'autres textes de l'Évangile on a ‘les avisés’.

Les avisés apparaissent plusieurs fois dans l'Évangile.

Les avisés, ce sont ceux qui écoutent la Parole de Dieu et la mettent en pratique et ils ressemblent à qui ?

Ils ressemblent à quelqu'un qui construit une maison sur du roc.

Ça ce sont des sensés, des avisés.

 

Les sensés et les avisés, ce sont aussi ceux qui, tels des brebis envoyées au milieu des loups, sont sensés et avisés comme des serpents et candides comme des colombes.

 

Et puis, les sensés et les avisés, ce sont ceux qui ont mis de l’huile dans leur lampe.

Dans une histoire que Jésus raconte, il y a cinq vierges sensées et cinq vierges pas-sensées, (il les appelle : folles) donc ça fait 10 jeunes femmes qui attendent l'arrivée de l'Epoux.

Et elles s'endorment toutes et au moment où il faut se réveiller, il y en a cinq, comme elles avaient mis de l'huile dans la lampe, eh bien elles étaient prêtes.

Les sensés et les avisés, ce sont des gens qui, finalement ont tout compris et ce sont des bons, eux.

 

Alors comment être sensé et avisé ?

Telle est la question, les amis : comment être sensé et avisé, à votre avis ?

Comment être comme un serpent : rusé ;

comment être quelqu'un qui bâtit sa maison sur du roc; survient la tempête, tout ça, ça ne démolit pas à la maison

et comment mettre un peu d'huile dans sa lampe ?

En langage spirituel, on pourrait presque dire aussi comment avoir du discernement, ou de l'Esprit.

Il y a un moyen, il y a plein de choses très concrètes à mettre en œuvre dans sa vie : la lecture de la Parole de Dieu, la prière (surtout, c’est important) ; une première chose capitale, c'est de se rappeler que : ‘nu je suis né,  nu je mourrai’ et que tout ce que j'ai, je l'ai reçu, ça ne m'appartient pas.

En d'autres termes pour être plus savant encore : j'ai dans mon cœur une blessure qui fait que, si je ne fais jamais attention, si je m'endors, si je ne m'éveille pas, je vais devenir bien vite de cette espèce de gens que Jésus n'aime pas trop, qu’il appelle : les hypocrites.

Cette trace du péché des origines dans mon cœur, si je ne fais pas attention, peut vite produire des mauvais fruits dans notre vie ; comme par exemple si jamais vous êtes en vacances pendant deux mois et que jamais, jamais, jamais, les grandes personnes ne vous disent jamais rien, vous allez voir les mauvaises habitudes qui font s’installer.

C'est un exemple.

 

Amen.


Mercredi 30 août :

1Th 2, 9-13 : L’attitude de Paul pendant son séjour à Thessalonique.

Ps 138

Mt 23, 27-32 : Sept malédictions aux scribes et aux pharisiens.

 

Voilà une affaire fortement violente que Jésus adresse à ces scribes et pharisiens, dans l'Évangile de Matthieu ; il s'adresse comme ça, 7 fois (7 fois malheureux, une malédiction qu'il leur adresse) ; et je ne sais pas, moi je serai à leur place, je pense que je finirais par être irrité aux moustaches parce que Jésus est dur et il va même dire jusqu'où cette action des scribes et des pharisiens va aller, c'est-à-dire jusqu'à la propre mort du Messie, (ce qui n'est quand même pas rien).

 

Alors, Jésus se met dans la grande tradition des prophètes de l'Ancien Testament : si nous lisons par exemple, un livre comme Isaïe, nous avons comme ça des malédictions qui s'adressent ainsi à celles et ceux qui se sont détournés de l'Alliance que le Seigneur a faite avec son peuple.

 

Alors, il est intéressant de repérer aussi que, quand Jésus parle du dedans et du dehors (vous avez repéré : il parle du dedans et du dehors, à l'intérieur et à l'extérieur ; à l'intérieur, il y a des choses impures et à l'extérieur, il y a la belle façade) ;  en fait, il n'arrête pas de donner la définition de l'hypocrisie.

 Jésus en parle dans l'Évangile, il en parle dans d'autres endroits et d'ailleurs, à un moment donné, il dénonce les faux prophètes : ceux qui arrivent comme ça, très gentiment, sous une apparence de beaux prophètes et ce sont des loups voraces, à l'intérieur.

Et il dit : vous repérerez ce qu'ils sont vraiment, à leurs fruits : on reconnaît un arbre à ses fruits.

 

Les fruits, justement.

L'intérieur de l'homme : c'est été j'ai eu l'occasion (puisque Jésus est violent dans ses paroles, je vais être choquant dans mes images), j'ai eu l'occasion d'ouvrir un bac à graisse.

Ce n'est pas beau du tout, je ne sais pas si vous avez déjà fait ça, ce n'est pas très appétissant.

Eh bien, dans la vie spirituelle et dans l'Évangile, Jésus parle bien de cette réalité qui nous est intérieure mais néanmoins, relativement inaccessible : elle nous est intérieure à nous-mêmes mais relativement inaccessible.

Le siège d'un certain nombre de passions que nous appellerions des péchés (si on veut ou tout du moins qui est la cause de notre péché), Jésus en dresse toute une liste comme Saint-Paul va en faire de nombreuses (à peu près toutes les mêmes, j'ai noté parce que, quand c'est tellement évident, je ne m'en souviens pas).

Ce qui est intérieur à nous-mêmes mais qui est cette espèce de contenu, intérieur à nous-mêmes, sans l'action de l'Esprit Saint : l'immoralité, le vol, le meurtre, l’adultère, la convoitise (vouloir ce qui appartient aux autres), la méchanceté, la tromperie, la vie dans le désordre, la jalousie, dire du mal des autres, être orgueilleux et insensé ; voilà, des choses qui en fait,  ne nous arrivent guère !

Ça, c'est Jésus qui en parle dans l'Évangile de Marc;  Paul fait des listes semblables.

 

Pour que tout ceci fermente, pour des beaux fruits (je fais des yaourts aussi, je mets des ferments dedans, ça fait des yaourts) ; eh bien pareil dans nos vies, c'est l'Esprit Saint le bon ferment.

Et quels sont les fruits de l'Esprit ?

Je vous le rappelle (pareil, je les ai notés ; excusez-moi, je ne les connais pas par cœur) : celui qui est le sommet de tous, la charité (qui est aussi la Loi dans sa plénitude), la joie, la paix, la patience, la longanimité, la bonté, la qualité de ceux qui sont doux, bons, indulgents, ce qui incline à la douceur, au pardon, la patience, la fidélité, la modestie, la continence et la chasteté ; ça, ce sont les bons fruits du bon arbre, de celles et ceux qui ne sont pas des hypocrites, ceux qui ne sont pas des hypocrites.

 

On peut faire une belle prière à l'Esprit Saint, chacun, pour que cet Esprit Saint vienne fermenter ce qui, en nous est présent (et qui peut être la source de bien des péchés) et produise ces beaux fruits.

Alors, attention, l'Esprit Saint nous fait comprendre ce que nous devons changer en nous et nous donne la puissance pour que nous le mettions en œuvre mais c'est à nous, (c’est à nous de changer), c'est à nous de mettre en œuvre ce qu'il faut pour que ça change.

 

Alors, dans cette eucharistie, venons vers le Corps du Christ avec ce cœur plein de désirs.

Que l'Esprit Saint vienne transformer ce qui est en nous, (pas beau), en beaux fruits.

Amen.


Mardi 29 août : le martyre de St Jean-Baptiste.

Jr 1, 17-19 : Vocation de Jérémie

Ps 70

Mc 6, 17-29 : Exécution de Jean-Baptiste.

 

Voilà une histoire particulièrement sordide (je ne sais pas si nous l'avons écouté attentivement) ; elle est un peu compliquée en fait, puisqu'il y a toute une série de personnages qui sont enchaînés les uns aux autres : le frère d’Hérode, sa femme qui a épousé Hérode et puis la fille etc… et la chaîne de décisions entre : ‘je veux la tête de Jean le Baptiste’ et la tête de Jean le Baptiste qui va passer par une série de personnages, la fille qui demande à la mère.

 

Je ne sais pas si vous avez déjà visité la petite chapelle qui est à Soulaines : Saint-Jean, (elle est dédiée à Saint Jean le Baptiste) ; il y a un tableau qui est à hauteur d’hommes où on voit la décollation de Jean le Baptiste : on voit la tête sur un plat (c'est très frais comme scène !).

 

La passion de Jean le Baptiste qui nous est racontée, vient à un moment donné alors qu’Hérode est vraiment tourmenté : il est question de la renommée de Jésus et il ne peut pas imaginer que ce soit quelqu'un d'autre que Jean-Baptiste et en même temps, comme il sait qu'il est mort, il n'arrive pas à percevoir qui est donc ce personnage : Jésus.

Et c'est à ce moment-là que l'Évangile, comme une incise, nous rapporte cet épisode de la mort de Jean le Baptiste.

 

Et nous avons une série de petits détails qui nous font penser à la mort de Jésus lui-même : des mots, des verbes.

Si on lit la passion de Jésus, dans le même Évangile, chez Marc, nous allons avoir comme une sorte de copié-collé.

Il y a des mots comme saisir, lier, tuer, sépulcre, occasion (‘chercher une occasion favorable pour’) et on a une allusion à ‘réveiller d'entre les morts’ même si dans l'Évangile que nous venons d'entendre, (est-ce que je l’ai lu d’ailleurs ? c'est juste avant), c'est une rumeur à laquelle Hérode ne peut pas souscrire ; mais, tous ces petits mots nous font penser à la passion de Jésus et c'est l'occasion pour nous, de nous rappeler que le martyre de Jean-Baptiste, (comme tous les martyres), nous renvoie à un seul et premier martyre qui est celui de Jésus-Christ : sa mort, sa passion.

 

Rappelez-vous, ils se rendent témoignage l’un à l'autre, mais celui qui est supérieur entre les deux, c'est Jésus.

Nous avons déjà un phénomène analogue par rapport à leur venue au monde ; eh bien nous avons des choses identiques par rapport à leur passion, même si elles sont très distantes dans le temps.

 

Jean-Baptiste était déjà en prison depuis un certain temps.

Ils ne se sont vus qu’au moment du baptême de Jésus (alors avant, peut-être !) mais après, très vite, il a été arrêté, Jean-Baptiste.

Il y avait une grande distance entre eux et pour cause, puisque Jean-Baptiste était en prison.

 

Ceci étant, on peut retenir de ce que dit Jean-Baptiste : il désigne Jésus comme l'Epoux et lui comme l'ami de l'Epoux et il est heureux de savoir que l'Epoux lui-même est dans la joie.

Son martyre n'a de sens que parce qu’il est étroitement lié à son ami, l'Epoux et que de la sorte, toute sorte de martyres a un côté heureux (a un côté beau et source de vie) parce que nous sommes étroitement liés au premier martyre, celui de Jésus.

 

Confions tous nos frères qui souffrent le martyre, qui ont donné leur vie à cause de leur foi ; confions ceux qui n'ont encore pas donné leur vie mais qui réellement, souffrent jour après jour à cause de leur attachement à Jésus-Christ et pour toute personne qui, jour après jour, souffre aussi, quels que soient les motifs.

Qu'elles puissent rencontrer l'Epoux et se réjouir en sa présence.

Amen.


Dimanche 6 août 2017

 

Alors qui parmi vous dans l’assemblée a pris la voiture pour arriver d’un autre endroit, d’un autre département pour venir à la messe ce matin ?

Ou déjà est arrivé dans la région depuis quelques jours ?

Alors par exemple : vous venez d’où ?

« Haute-Marne, ça va encore et vous habitez la Haute-Marne ».

« Haute-Garonne et là, vous êtes chez votre sœur à Bar-sur-Aube ».

« Saint-Cloud, et vous demeurez où, ici ?

A Bar sur Aube, chez des amis ».

« Du Var ; eh bien, vous avez bien raison de venir ici.

Vous êtes plusieurs du Var !

Vous logez où, quand vous êtes dans la région ? 

A Juvancourt ».

Qui d’autre vient d’ailleurs ?

« De la région parisienne, vous logez où ? chez mamie ?

A Bar sur Aube ».

Qui d’autre ?

« Amiens et vous élisez domicile à quel endroit ?

A Lignol le Château ».

« De l’Aude et vous atterrissez à quel endroit ?

A Lévigny ».

On n’imagine pas !

« Les loups, là, vous venez d’où ?

Dijon et vous avez posé votre tente, à quel endroit ? 

A Lignol le Château ».

« De la Lorraine et vous êtes chez mamie à Bar sur Aube ».

« De Lyon et vous êtes stationnés à Bar sur Aube ».

« Du Poitou et tu habites où, en ce moment ?

A Lignol le Château ».

On ne va pas faire de concours pour savoir quels sont les villages qui voient leur population doubler pendant les vacances, mais soyez les bienvenus.

Voyez, nous sommes une assemblée variée qui est à l’image de notre région, en fait, pendant l’été : une région qui accueille et puis qui dit aussi qu’un certain nombre de ses fils et filles sont partis vivre ailleurs et n’ont pas perdu le sens des racines locales.

Soyez les bienvenus.

 

G. et M.L., qui m’a prêté les talkie-walkies ?

C’est P.!

Dis-moi, P., viens voir.

La première fois que je t’ai rencontré, t’étais dans ta maison, (tu jouais avec ta sœur ou tu cherchais ta maman ?), tu avais les talkies walkies dans la main ; tu jouais avec ta sœur, qui était cachée quelque part dans la maison.

Et alors, ça fonctionne comment, un talkie-walkie ?

« Il faut appuyer sur un bouton et on peut entendre ! »

On peut parler, peut-être aussi !

« Oui, on peut parler ».

Est-ce que ça arrive que ça ne fonctionne pas ?

                    Oui, quand il n’y a plus de batterie.

Et, par exemple, quand on est trop trop loin, ça fonctionne ?

                    non, ça ne fonctionne pas.

Quand on est trop trop loin, quand il y a plein de murs, peut-être, ça arrive que ça ne fonctionne pas toujours très bien !

 

Alors dans la foi, quand on utilise la prière ; c’est le talkie-walkie de Dieu, la prière ; ça arrive que ça ne fonctionne plus trop bien parce qu’on a perdu la fréquence.

C’est comme si la lumière de la foi était éteinte, il faut un petit peu la regonfler.

On va garder les talkie-walkies, quelques secondes et je vais te demander, P., de me rendre service, si tu veux bien.

 

Dans cette corbeille, il y a douze petits papiers, numérotés de 1 à 12.

Qui veut bien jouer avec moi ?

Des grandes personnes aussi, des petits, des grands, un peu partout.

Il y a des gens qui ont levé la main et tu vas leur donner un papier.

Alors, attention, (pas que des p’tits loups), vous n’ouvrez pas les petits papiers tout de suite (est-ce qu’ils vont réussir à ne pas les ouvrir tout de suite ?)

Eh P., tu n’en donnes pas à tout le monde !

Viens un peu par là !

Paul, viens un peu par là ; trouve des grandes personnes, un peu par là, aussi !

Levez la main, pour que Paul voit.

Il n’y en a plus ?

Paul, tu en as encore ?

Tiens, pour V. !

Il en reste un, tiens, il y a quelqu’un là-bas.

Alors sur ces petits papiers, la consigne est toute simple : je vais vous interroger par ordre croissant, donc du numéro un au numéro douze.

Vous avez le droit d’ouvrir le petit papier et dès que c’est le bon numéro, vous levez la main.

Vous avez dessus un mot.

Papiers 1 à 10 vous avez qu’un seul mot, papiers 11 et 12 vous un texte.

Papiers 1 à 10, il faut que vous me disiez le contraire de ce qui est écrit sur votre papier, le contraire.

 

Alors, le papier numéro 1 : c’est écrit « grand » sur le papier ; le contraire, c’est « petit ».

Qui a le numéro 2 ?

Ma grande, qu’est-il écrit sur ton papier ?

« Loin » et quel est le contraire ? « près, proche ».

Le numéro 3 ; mon garçon, tu vas me sur le petit papier,  qu’est ce qui est écrit ?

« Doux » et alors, le contraire de doux ? « piquant », pas mal.

Le numéro 4, qu’est-ce qui est marqué ? « avant »

Et le contraire c’est : « après ».

Le 5 ?

Madame ? Vous voyez ce n’est pas très dur, et vous allez voir c’est très spirituel.

C’est marqué « droite » et le contraire c’est : « gauche ».

Le papier suivant, le 6 : qu’est-ce qui est écrit sur ton papier, Vincent ?

« Drôle » et c’est quoi le contraire ? « ennuyeux », d’accord, triste, peut-être.

Le 7 : « vrai », le contraire « faux ».

Le 8, ça devient de plus en plus dur, attention !

Qui a le 8 ? qu’est-ce qui est écrit ? « retard », « ponctualité » ; ponctuel, très bien ! merci !

Le 9, qu’est-ce qui est écrit sur ton papier ? attention, c’est là que le piège commence à arriver.

Qu’est-ce qui est marqué sur ton papier, mon garçon ? « Amour » ; et le contraire ? « haine ».

Et le dixième, qui a le dixième ? Le dixième : « Ancien Testament »,  le contraire : « Nouveau Testament ou nouvelle Alliance ».

Perdu ! Perdu ! Voilà, vous êtes tombée dans le piège.

Catastrophe !

Vous étiez en train de vous dire : « oh lala ! c’est simple, voire même ennuyeux », mais non, mais non !

 

La nouvelle Alliance n’est pas le contraire de l’ancienne Alliance.

Et non !

C’est tout l’intérêt du texte que nous avons entendu dans l’Evangile.

La nouvelle Alliance est le prolongement de l’ancienne.

L’Alliance, elle est éternelle : il n’y en a pas une qui va remplacer l’autre.

Jésus, par exemple, n’est pas venu faire table rase du passé, Jésus n’est pas venu tout briser.

L’Alliance que Dieu fait, elle est pour toujours.

 

Alors nous avons deux personnages dans ce texte de l’Evangile : Moïse et Elie, et puis il y en a un troisième : Jésus.

 

Qui veut me raconter Moïse ?

Dieu renouvelle son Alliance avec Moïse au buisson ardent, au sommet d’une montagne, « oui, j’ai entendu les cris de mon peuple »,

« je te choisis, va, pour libérer mon peuple ».

Et Moïse va, lentement mais sûrement, libérer le peuple qui est en Egypte.

Dans le désert, après avoir traversé la mer Rouge, pendant 40 ans, il va entretenir cette Alliance.

Moïse va être celui qui va recevoir les tables de la Loi, il va aussi constater l’infidélité du peuple d’Israël, il va monter sur la montagne où le Seigneur donne les tables de la Loi (et j’y faisais allusion toute à l’heure) : à force de voir le Seigneur, à force de parler avec Lui, à force d’être en communication avec Lui, son visage va devenir lumineux, blanc, resplendissant ; d’ailleurs, il va même devoir mettre un voile pour ne pas éblouir les siens.

Imaginez que vous regardez le soleil en face, vous perdez la vue, vous voyez ce n’est quand même pas rien.

 

Elie, vous connaissez Elie ?

C’est dans le livre des Rois, Elie est un prophète tempétueux, audacieux, on pourrait même dire un petit peu plus, il va tout faire pour préserver cette Alliance, notamment dans une époque où il a une forte concurrence avec d’autres dieux, (des petits dieux qui se croyaient forts et qui avaient des prophètes qui les défendaient) ; alors Elie va jouer des coudes pour entretenir cette Alliance.

Alors, il est monté aussi, un jour, Elie, sur une montagne, un jour où il avait comme une sorte de déprime, ça gazait moins bien dans sa prière avec le Seigneur (disons qu’il y avait un peu de friture sur la ligne).

Alors il cherchait absolument à rentrer à nouveau en communication avec son Seigneur ; vous savez cet épisode célèbre : il y a une tempête,

« ah !sûrement le Seigneur est dans la tempête »,

 ben non il n’est pas dans la tempête ;

il y a un feu,

« sûrement le Seigneur est dans le feu »,

non plus ;

il y a un tremblement de terre,

« sûrement le Seigneur est dans le tremblement de terre »,

non plus ;

et puis, il y a une brise légère,

(là il ne s’y attend pas),

et hop le Seigneur était dans la brise légère.

Alors il a un peu converti ce qu’il avait dans la tête, par rapport au bon Dieu et il a pu de nouveau rentrer en communication.

 

Alors Elie vous savez, Elie on croit qu’il va revenir vivant, enfin le peuple d’Israël l’attend puisqu’il est monté au ciel vivant, sur son chariot de feu ; alors il n’y a pas de raison, il va revenir !

L’Ancien Testament.

 

Est-ce qu’il y en dans l’Assemblée qui ont une idée sur ce que Jésus dit sur l’ancienne Alliance, l’Ancien Testament; vous avez une idée de ça ?

Il y a beaucoup de chrétiens qui pense que l’ancienne Alliance, c’est bon pour mettre à la poubelle  ou ne pas s’y intéresser !

Mais que dit Jésus ?

B., vas-y :

« Je ne suis pas venu abolir la Loi mais la parfaire », l’accomplir.

Donc, voyez que la nouvelle Alliance n’est pas l’annulation de l’ancienne Alliance, ce n’est pas son contraire.

 

Je vais demander à quelqu’un, qui a, dans l’assemblée, le papier numéro 11.

Qui dans l’assemblée à le papier numéro 11 ?

Viens ici, ma grande, tu vas le lire avec ta douce voix, lentement , lentement !

 

 « Ecoutez : il y avait un propriétaire qui plantait une vigne, l’entoura d’une clôture, y creusa un pressoir et bâtit une tour puis il la donna en fermage à des vignerons et partit en voyage.

Quand le temps des fruits approcha, il envoya ses serviteurs aux vignerons pour recevoir les fruits qui lui revenaient.

Mais les vignerons saisirent les serviteurs.

L’un, ils le rouèrent de coups ; un autre, ils le tuèrent ; un autre, ils le lapidèrent.

Il leur envoya d’autres serviteurs plus nombreux que les premiers.

Ils les traitèrent de même.

Finalement, il leur envoya son fils, en se disant : « ils respecteront mon fils »

ça, c’est une histoire que raconte Jésus, c’est une parabole ; vous la reconnaissez ?

C’est la parabole des vignerons homicides.

Donc, un propriétaire d’une vigne s’en va et veut récupérer le fruit de sa vigne : il en a le droit !

Il envoie des serviteurs, ceux qui sont sur la vigne les rouent de coups.

Alors il se dit « je vais envoyer mon fils ».

Les serviteurs, dont il est question, ce sont tous les prophètes de l’ancienne Alliance.

A chaque fois que l’alliance de Dieu a été contrariée, Dieu ne s’est pas impatienté, il n’a pas abandonné.

Il a toujours voulu renouer cette Alliance et il  envoyé des prophètes, (Elie était l’un de ceux-là).

Mais cette Alliance a souvent été contrariée et rompue, comme si nous rouions de coups les serviteurs que le Seigneur nous envoyait.

 

Et que dit Jésus dans la parabole ?

Le propriétaire va envoyer son fils.

Et c’est qui, le fils ?

C’est Jésus, formidable ! C’est Jésus, son propre Fils !

Donc, non seulement il n’abandonne pas la partie, le bon Dieu, mais il vient lui-même en son Fils, il n’a pas peur, il n’a pas peur !

 

Et dans ce texte de la transfiguration, avec Moïse et Elie, il y a qui ?

Jésus, il y a le Fils.

Voyez-le comme le Fils ; d’ailleurs, la voix, que dit la voix ?

 « Celui-ci est mon Fils bien-aimé », donc, c’est le Fils, ce n’est pas seulement Jésus, le Maître de Pierre, Jacques et Jean.

C’est le Fils, Dieu qui renoue son Alliance !

 

Merci, ma grande.

Et le texte numéro 12 ?

(Vous comprenez pourquoi les messes sont à 10h30), qui a le 12 ?

Viens, mon garçon !

Bon, il y a des enfants ; (le poulet pourra attendre un petit peu !)

 

« Moi, je suis la vigne véritable et mon Père est le vigneron.

Tout sarment, en moi qui ne porte pas de fruit, il l’enlève.

Et tout sarment qui porte du fruit, il l’émonde pour qu’il porte plus de fruit.

Vous, déjà, vous êtes émondés à cause de la parole que je vous ai dite.

Demeurez en moi et moi en vous.

Comme le sarment ne peut porter du fruit de lui-même s’il ne demeure dans la vigne, ainsi, vous non plus, si en moi, vous ne demeurez.

 

Alors, là, on est toujours dans une vigne, ça vient de chez St Jean.

Jésus le Fils, il renoue l’Alliance pour toujours, avec le Père, pour toujours ; il rétablit le contact ; la lumière se rallume ; le talkie-walkie fonctionne.

Il rétablit le contact, à une condition : c’est qu’il faut demeurer en lui.

 

Alors, une question : est-ce que demeurer en Lui, c’est planter sa tente au sommet de la montagne ou est-ce que c’est autre chose ?

Les grandes personnes ; il n’y a que les grandes personnes qui peuvent trouver la réponse !

Demeurer en Jésus, c’est planter sa tente au sommet de la montagne ?

 

« Non, c’est dans son cœur » ; c’est surtout que Lui vienne planter sa tente en nous, et c’est ce que l’on fête à Noël : « il est venu habiter parmi nous ».

C’est être greffé sur la vigne et à la condition extrême, à la condition extrême que nous l’écoutions.

Planter sa tente, c’est écouter le Maître ; écouter, écouter ; lire la Parole ; devenir familier de Jésus.

Et cette Parole, elle émonde toujours, c’est-à-dire qu’elle coûte toujours un peu : elle coupe ce qui dépasse pour que nous produisions plus de fruit.

 

Alors moi ce que je vous souhaite, c’est : continuez cette période de vacances, mais n’oubliez pas la Parole de Dieu, soyez greffés sur le cep, plantez votre tente mais dans la Parole, pour qu’Il demeure en vous.

 

Maxime, tu peux apporter la petite bougie, s’il te plaît ?

Déjà, ça veut dire que ça re-fonctionnera, la communication, parfois, quand on arrive juste aux vacances, on arrive après une longue période très agitée à la maison, on est content de se reposer.

Et profitons des vacances alors, pour rallumer, raviver la lumière de la foi.

Alors le jour de ton baptême, mon garçon, on t’a donné ça, à tes parrain-marraine et on a dit : gardez allumée la lumière de la foi dans le cœur de votre filleul.

Eh bien voilà, la voilà la lumière de la foi, tu pourras mettre ça dans ton coin prière.

N’oublie pas Jésus.

Amen.


Vendredi 4 août : St Jean Marie Vianney

Lv 23, 1.4-11.15-16.27.34b-37 : Le rituel des fêtes de l’année

Ps 80

Mt 13, 54-58 : Visite à Nazareth

 

Saint Jean-Marie Vianney était né à la fin du XVIII siècle et mort en 1859.

Il est né à Dardilly, à côté de Lyon ; mort à Ars, ce que l’on appelle aujourd’hui Ars-sur-Formans, une petite commune à l’époque de 200 habitants.

C’était un prêtre, (pour la plupart, vous le savez, je ne vous apprends rien) sans grande instruction, sans grande qualité pour les lettres ; il était de piètre formation en théologie et pourtant il a fait des merveilles et ce que l’on retient : c’est la fécondité de son ministère.

Et c’est cette fécondité qui l’aurait au fond rattrapé et épuisé et aurait précipité sa fin par la fatigue, comme je vous l’évoquais tout à l’heure.

 

C’est intéressant, parce que nous voyons bien que le Christ choisit des disciples, des apôtres, des pasteurs selon son cœur et ce qui compte, c’est que ces pasteurs trouvent leur fécondité, non pas en eux-mêmes, mais en Celui qui les appelle et les envoie.

Si Jean-Marie Vianney est devenu un pasteur plein de fécondité, c’est qu’il ne s’annonçait pas lui-même, c’est qu’il annonçait le Christ, en utilisant tout ce qu’il avait entre ses mains, c'est-à-dire sa faible condition, son ingénuité, sa simplicité.

 

Il n’a pas utilisé les armes de la grande connaissance, ni les ors du pouvoir, il n’a pas utilisé de grande stratégie ou un management particulier, il était là et c’est tout, avec ces formules qu’on lui connaît, l’homme pétri par le peuple qu’il a servi ; il a su dire simplement la simplicité et la puissance de l’Amour de Dieu.

 

Dans le texte de l’Evangile que nous avons lu, on peut le lire au premier degré, on n’est pas obligé de faire des interprétations, (on peut toujours si vous voulez), mais on voit combien cet Evangile renvoie à l’expérience la plus concrète du pasteur de terrain :

Voilà, « Jésus marche », et nous savons que Jean-Marie Vianney a parcouru à pieds la Bresse ; il marche, il va enseigner, il s’est beaucoup employé, Jean-Marie Vianney, au catéchisme ou aux homélies, à la prédication.

Et puis, « il guérit toutes maladies et toutes infirmités » : nous savons le temps qu’il a passé au confessionnal et dans les entretiens spirituels.

 

« Voyant les foules, Jésus fut saisi de compassion envers elles » ;

nous savons que son ministère s’est terminé avec un afflux de plus en plus nombreux de personnes qui cherchaient à recourir à sa sagesse et à la réconciliation par Dieu et avec Dieu, à travers lui.

 

« Ces foules étaient comme désemparées et abattues ».

Deux mots qui, en grec, sont étonnants et disent bien ce que l’on peut vivre au quotidien en paroisse, c’est-à-dire chacun d’entre nous et la plupart d’entre nous, nous sommes actifs dans la vie de nos communautés paroissiales : je vois bien parmi vous, des relais-villages, je vois bien parmi vous, des personnes actives dans la préparation des baptêmes ou bien dans la liturgie ou l’entretien de l’église.

Et voilà ces deux mots : l’un, ‘désemparé’, qui en réalité évoque davantage, dans son mot d’origine, la fatigue et surtout la fatigue d’autrui, l’art de fatiguer autrui, l’art de tourmenter et en même temps, l’art d’écorcher, d’être écorché ou se donner du mal.

 

Et puis l’autre mot, ‘abattu’, évoque envoyer au sol, jeter par terre, on pourrait même, avec une certaine familiarité, dire : envoyer balader.

 

Deux réalités, que vous allez trouver, pas très glorieuses, pas très positives, qui évoquent le tourbillon de la vie pastorale : combien de fois, ça peut nous arriver dans nos réunions, dans nos rencontres, de nous livrer parfois à l’une ou l’autre confidence un peu lasse, un peu fatiguée, comme ces foules dans l’Evangile.

 

Et pourtant « Jésus est saisi de compassion ».

Et c’est peut-être là qu’on peut trouver la pointe, le secret de la puissance d’un pasteur, en tout cas d’un pasteur qui a frôlé très fort la sainteté de Jésus : c’est que précisément, il n’a pas regardé sa propre fatigue,

sa propre lassitude,

son propre désir d’envoyer tout balader, mais il a regardé la compassion de Jésus, Jésus saisi aux entrailles.

Et c’est ce qui a été plus fort, et c’est ce qui lui a donné envie de témoigner, non pas de lui-même mais de cette puissance qui vient d’un Autre.

Amen.


Jeudi 3 août

Ex 40, 16-21.34-38 : Exécution des ordres divins. Le Seigneur prend possession du sanctuaire.

Ps 83

Mt 13, 47-53 : Parabole du filet et conclusion.

 

Des filets, dans l’Evangile, il y en a de plusieurs sortes, ce n’est jamais le même mot, d’ailleurs, qui est employé : il y a le filet du pêcheur du lac au début de l’Evangile, quand Jésus rencontre les premiers disciples ; il y a le filet du pêcheur, à la fin, (notamment en Jean 21, après la résurrection de Jésus) et il y a ce filet-là : c’est toujours un filet qu’on jette dans la mer et avec lequel on ramasse des poissons

Ce n’est jamais la même sorte de filet et je me suis amusé à regarder dans un livre, bien entendu nos amis, pêcheurs de la mer, par exemple, ont toutes sortes de filets aussi.

A la limite, peu importe !

 

L’interprétation dans l’esprit, c’est ce que chacun pourra bien en faire : ça peut être à la fois, le filet de l’histoire, la façon dont Dieu nous ramasse tous, (l’humanité toute entière)  et que, à la fin des temps, au moment du jugement dernier, un tri va s’opérer, (c’est ce que suggère peut-être la fin de cette histoire).

Mais on sait que, par exemple, au début de l’Evangile, ce n’est pas Dieu, celui qui va ramasser toute sorte de poissons, ça va être les disciples que Jésus appelle et on voit qu’ils vont devenir des pêcheurs d’hommes.

 

Je vous suggère, comme ça, c’est de recourir à nouveau, chacun personnellement, à la Parole de Dieu et à vous laisser instruire et peut-être à imaginer que ce filet, c’est celui de la Parole, le filet de la Parole et ce filet de la Parole, quotidiennement jeté sur nous et notre réalité, nous permet d’ôter le mauvais et de garder le bon.

 

Prenons deux petits exemples de l’Evangile (ce sont toujours des exemples en référence à la vue).

Alors déjà d’une manière assez générale, Jésus rend la vue à ceux qui ne l’ont pas mais il alerte aussi ceux qui croient l’avoir, la vue, en disant : « Attention, un aveugle ne peut pas conduire un autre aveugle, tous ensemble ils tomberont dans le même trou.

Et au lieu de regarder ce qui empêche la vue du voisin avec la paille qu’il a dans son œil, eh bien, peut-être qu’il serait bon d’enlever la poutre que vous avez dans votre œil, qui aussi, finalement, empêche votre vue ».

Mais dans l’Esprit Saint, c’est sans doute la Parole de Dieu qui permet d’enlever ce qui, dans nos regards, trouble considérablement l’appréciation du sens de l’histoire et des personnes.

 

Dans l’Apocalypse de Saint Jean, une des Eglises dont il est question, peut-être celle de Smyrne, (peut-être, je ne suis pas complètement sûr), dans une vision, l’ange lui propose un collyre pour laver son regard.

Peut-être que ce collyre peut être la Parole de Dieu, véritable filet qui ôte et corrige les choses mauvaises et conserve le meilleur.

Et c’est sans doute ce qui est nécessaire pour que nous soyons de bons pêcheurs d’hommes.

Celles et ceux qui ne connaissent encore pas la Parole, ont besoin de bons témoins pour, à leur tour, rentrer dans cette relation avec Jésus.

De même que Jésus est en relation avec son Père, de même nous sommes en relation avec la Parole.

 

Amen.


Mardi 1° août

Ex 33, 7-11 ; 34, 5b-9.28 : La Tente. Renouvellement de l’Alliance. Apparition divine.

Ps 102

Mt 13, 36-43 : Explication de la parabole de l’ivraie.

 

Le peuple d'Israël est un peuple de nomades, c'est un peuple qui bouge, un peuple qui ne connaît pas ce que signifie la permanence, la stabilité, l'enracinement, la présence en un lieu et l'édification d'une histoire.

Son histoire, elle est en cours de construction sous nos yeux dans ces textes qui nous sont donnés dans le Pentateuque (les cinq premiers livres de la Bible) et les récits que nous lisons en Exode ces derniers jours, nous montrent qu'est en train de germer quelque chose dans cette histoire du peuple d'Israël : l'Alliance.  

 

L'Alliance qui n'arrête pas de commencer, qui n'arrête pas de se renouveler, de s'attester et nous avons dans nos mémoires (ce que nous célébrons, d'ailleurs, à la Veillée Pascale) la traversée de la mer Rouge pour quitter l'Égypte, l'esclavage, la servitude ; c'est la fondation de l'Alliance, l'Alliance qui se refonde encore par la rencontre entre Moïse et le Seigneur sur la montagne du Sinaï.

 

Mais là, nous entrons dans une période où cette Alliance a besoin de se (justement pour un peuple qui ne connaît pas la permanence) eh bien, cette alliance est en train de s'enraciner.

Alors, nous avons cette tente, dans laquelle le Seigneur est présent ; le texte ne dit pas mais il faut lire un petit peu avant et un tout petit peu après : il y a l'arche d'Alliance dans cette tente.

L’arche sera majestueusement mise en scène, presque de façon liturgique, un peu plus tard, notamment  d'abord dans le livre du Deutéronome et puis dans les deux  livres de Samuel ; David en fera (c'est un objet évidemment), mais, en tout cas une liturgie : il dansera devant l'arche.

Et puis, il permettra à cette arche de ne plus jamais bouger, c'est-à-dire de connaître son lieu de permanence, ce qui sera progressivement avec Salomon, le temple qui va accueillir cette arche.

 

Mais cette arche-là est amenée à bouger : alors elle est dans une tente et à chaque fois que le peuple d'Israël change de lieu, elle va être repliée et l'arche est transportée, les tentes aussi et c'est Moïse qui a le privilège d'être au plus près de cette arche.

 

Mais l'arche n'est pas l'unique lieu de la rencontre avec le Seigneur, il y a aussi le sommet de la montagne de sorte qu’on arrive très clairement, d’ailleurs, à suivre la généalogie des tables de la Loi : nous savons qu’à l'intérieur de cette arche, normalement il y a une table de la Loi, ces 10 commandements qui vont attester l'Alliance.

 

Qu'est-ce qu'il faut retenir ?

Le peuple d'Israël connaît peu à peu, donc, l'enracinement.

Qu'est-ce qui va permettre de connaître la stabilité, dans la vie de chacun des enfants d'Israël?

Ce n'est pas demeurer en un lieu puisqu'il ne demeure pas encore dans un lieu ; ça va être l'obéissance à ces dix paroles de vie, ces dix commandements.

Jésus d'ailleurs, va renouveler, lui, en devenant un autre Moïse, il va en remettre une couche (si vous me permettez l'expression) et il va dire combien ces dix paroles sont nécessaires.

Celles et ceux qui ne leur accordent pas d'importance, vont vite imaginer d’abord que l’on peut transiger avec ces dix commandements et qu’on peut aussi imaginer que la source de tout mal, la source de tout péché, la source de toute instabilité vient des autres ; et c'est toujours le danger quand nous faisons quelques compromis avec ces paroles de vie ou avec la Loi.

 

Et alors c'est là, que la parabole du semeur a toute son importance, la parabole de la zizanie.

Nous ne pouvons pas dire qu'il y a la zizanie chez les autres et puis le bon grain chez nous ; il y a en nous, bon grain et zizanie ; il y a chez chacun, bon grain et ivraie.

Et la seule façon de survivre ou de demeurer, de demeurer vivant, droit avec ces deux types de semences, c'est de s'attacher au Seigneur.

Nous avons ces dix paroles de vie qui trouvent leur visage en Christ, une façon pour nous de demeurer et de pas nous disperser, une façon pour nous d'être grands et non pas être fragiles, en proie à toute tempête et à toute flamme.

 

Dans cette eucharistie, vous allez rencontrer celui qui renouvelle cette Alliance, qui nous permet de demeurer et qui vient demeurer en nous, aussi.

 

Demandons-lui son Esprit Saint, qu'il nous fasse entrer dans cette vie-là, du Père, du Fils et de l'Esprit.


Dimanche 30 juillet

1 R 3, 5.7-12 : Le songe de Gabaôn

Ps 118

Rm 8, 28-30 : Le plan du salut

Mt 13, 44-46 : Parabole du trésor et de la perle

 

Nous étions avec des paraboles de circonstances, circonstances qui correspondent à notre actualité locale, depuis trois semaines : Jésus est au bord du lac, dans l'Évangile de Matthieu et il nous a instruits de tout ce qui était de l'ordre des champs,

des semences,

des moissons,

des semailles

et ça nous plaît bien : les messes que nous avions dans les villages alentour, l’un ou l'autre se sentait concerné ; je me souviens d'une famille qui, presque en face de moi, me disait : « Père, quand on vient ici, dans la région pendant les vacances, on oublierait presque, que le début de l'été c'est le début des moissons ».

Eh bien oui, c'est le début des moissons, des engins agricoles sur les routes qui ralentissent notre marche et qui aussi, égayent notre paysage et Jésus dans l'Évangile est tout à fait d'actualité : il a parlé de moissons, de récoltes, de semences, etc…

 

Aujourd'hui, il termine sa série de paraboles (alors ne nous y trompons pas) Jésus n'est pas simplement là pour montrer qu'il sait de quoi nous vivons aujourd'hui,

il est là pour nous instruire;

il est là pour nous apporter une forme de souplesse à l'âme.

L'âme, nos aïeux ont beaucoup entendu parler de l'âme (l'âme n'est pas morte, l'âme existe toujours), peut-être que les plus jeunes générations entendent parler parfois du cœur ; et le cœur, pour un chrétien, ce n'est pas uniquement le haut-lieu de l'amour (bien entendu, pas uniquement non plus un organe qui bat), ce n'est pas seulement le lieu de l'amour, c'est aussi le lieu de la rencontre avec Dieu et aussi le lieu de la conscience : ce qu’il y a dans la tradition spirituelle, encore aujourd'hui (que l'on entend moins), que nous appelons l'âme.

 

Et Jésus, par ses paraboles, essaie d'être pour nous, le kiné de l'âme.

Ça vous est déjà arrivé peut-être d'avoir un trouble, un traumatisme à un membre de votre corps : vous êtes blessé, vous êtes tombé au ski, vous avez un bras cassé, une cheville tordue et le médecin prescrit une séance de kiné avec pour objectif (je crois, pour une bonne part), retrouver une souplesse perdue après l'immobilisation d'un membre ou après que ce membre ait été traumatisé et à chaque fois qu’il bouge, il a mal

N'est-ce pas Xavier ?

A peu de chose près on peut attendre ça d'un kiné ?

Pour ce qui est de la récupération fonctionnelle, je pense.

Et si ça vous est déjà arrivé, vous savez qu’il faut plein de séances de kiné, avant de retrouver cette souplesse perdue ; ça fait mal, au début (oulala ! ça fait mal) et puis au bout d'un moment on retrouve les membres qui peuvent se plier à nouveau, on peut marcher, on peut réutiliser ce que nous ne pouvions plus utiliser.

 

Eh bien, avec la parole de Dieu que nous avons entendue, il s'emploie à nous dire la même chose.

Deux petites paraboles : celui qui cherche et celui qui trouve.

Pour que l'âme puisse retrouver sa souplesse, il faut qu'elle soit toujours en position de chercher.

Alors vous allez me dire : c'est évident ; mais oui, il y a des évidences qu'il est bon de rappeler de temps  à autres : chercher.

Et puisque nous sommes en vacances, pour un certain nombre d'entre nous, les vacances peuvent signifier : je ne cherche plus,

je fais relâche,

je reste dans mon lit,

je regarde ma tablette,

j'utilise mes doigts pour faire fonctionner mon Smartphone,

je dors.

Mais là, on n’est pas en position de chercher ; c'est tout le contraire : on est en position de végéter.

C'est exactement ça qui va produire une raideur de l'âme, une raideur de l'âme ; et là, on est paralysé : incapacité à rentrer en relation avec les autres ; à un moment donné, nous finissons par être un homme ou une femme de colère, peu d'espérance et peu de charité.

Donc, chercher.

Ces deux personnages de l'Evangile, ils cherchent, ils cherchent, ils cherchent.

 

La deuxième chose, les deux personnages de l'Évangile paient : ils vont dépenser une somme d'argent extraordinaire, tellement ils sont... de vendre tout ce qu'ils ont pour acquérir tantôt le champ, tantôt la perle.

 

Dans ce chemin de l'éducation de notre âme (vous savez, notre âme a été traumatisée par ce que nos aïeux ont perdu quelque part dans le jardin d’Eden (Adam et Eve) et on a encore quelques petites traces) eh bien, pour vivre cette rééducation de l'âme, il faut emprunter des chemins, des mises en œuvre coûteuses ; ça coûte, ça coûte pour les deux personnages, il faut qu'ils dépensent beaucoup d'argent.

 

Qu'est-ce qui peut nous coûter ?

Eh bien précisément, tout ce qui est contraire à la facilité.

Faisons une expérience pendant cet été : il reste encore un mois.

Ce sont les vacances, c'est bien et pour certains, c'est l'occasion d'avoir à portée de mains, ce que l'on n’a pas pendant l'année et surtout quand on est en ville :

de la terre,

des chemins,

du vent,

de la pluie,

peut-être même pas de connexion Internet (dans une zone où il n'y aurait pas de wi-fi) ; tant mieux, profitez-en.

 

Chaque matin, levez-vous, prenez l'Evangile du jour, l'Evangile du jour.

Alors, proscrivez absolument les commentaires de l'Évangile : pour une fois ne regardez pas votre 'prions en Eglise', pour une fois ne laissez pas l'ordinateur allumé tout en faisant autre chose.

Non,  restez sur le texte, que sur le texte, sans commentaire autorisé et peut-être que dans cet Évangile vous pourriez utiliser simplement une phrase, une phrase et vous la mémorisez, vous la mémorisez.

Et pendant toute la journée, vous essayez de comprendre ce qu'elle peut vouloir dire sans aller chercher dans les livres, la réponse.

 

Binez vos tomates,

ramassez les haricots,

salissez-vous les mains,

ne rechargez pas le portable,

marchez, marchez,

fatiguez-vous,

coltinez-vous vos frères, vos sœurs,

apprenez à mettre la table et à la défaire,  

à toute chose que l'on ne fait peut-être pas forcément pendant l'année, pour que ça coûte, pour que ça coûte ; la kinésithérapie ça coûte aussi un peu, pas qu’à la sécu et quand on a fini une séance, on est fatigué ; c'est pareil.

 

Et vous allez voir, la parole, elle va produire son fruit; vous finirez par trouver, au fond du champ votre trésor, je vous le promets ; vraiment, vous finirez par trouver au fond du champ votre trésor : c'est le Christ dans le livre,

c'est le Christ dans votre cœur,

c'est le Christ dans le monde.

Amen.


Vendredi 28 juillet

Ex 20, 1-17 : le Décalogue.

Ps 18b

Mt 13, 18-23 : Explication de la parabole du Semeur.

 

Nous sommes, nous devrions être comme des instruments de musique, ou en tout cas comme des instruments qui comportent une caisse de résonance : par exemple, violon, guitare, tambour ; pour que résonne en nous, dans notre corps, dans notre chair tout ce qui nous vient de l'extérieur et par le jeu de nos émotions, de notre mémoire, produise un fruit, produise du beau, produise une réponse, produise quelque chose.

 

Prenez l’exemple aussi, d'un terroir, celui de Barsuraubois, par exemple (nous le connaissons, nous y sommes) ; eh bien, ce terroir est capable de résonner (pas au sens de la tête qui raisonne), au sens de la vibration.

Alors un exemple un petit peu futile : vous lancez une rumeur, (n'importe laquelle), vous êtes sûrs qu’elle va faire tout le tour, qu'elle va revenir, peut-être même un petit peu modifiée, déformée.

Mais ça peut être beaucoup plus beau et un terroir comme le nôtre, produit une culture, une belle histoire, des traditions ; c'est le signe que, ce qui résonne n'est pas simplement que du vulgaire mais ça peut être du beau, de l’élevé, du majestueux, du divin.

 

La parole de Dieu fonctionne de cette façon, du moins devrait-t-elle !

Je dis "devrait-t-elle" parce que  Jésus, dans ses paraboles qu’il prononce au bord du lac, dans l'Évangile de Matthieu (on est dessus depuis deux semaines, je ne sais pas si vous avez fait attention : il y a deux semaines, dimanche, on était là-dessus ; dimanche dernier, nous étions dans les paraboles qui suivent celle-là et dimanche prochain, nous serons dans celles qui suivent encore) et toujours au bord du lac, c'est toujours sur l'accueil et l'écoute, l'écoute.

Les disciples, dans  les toutes premières paraboles, ne comprennent guère, dans les suivantes pas plus, dans les dernières, (celles qu'on entendra dimanche), ils ont tout compris tout de suite.

Alors on ne sait pas si c'est parce qu'ils ne veulent pas en rajouter une couche avec Jésus ; ils disent : "oui, on a compris" tout de suite.

Mais c'est sur l'écoute, donc.

 

Si Jésus insiste, cela veut dire que cela ne va pas de soi et peut-être que nous aurions besoin de donner un petit peu de volume à nos cœurs et à nos esprits pour que résonne la parole.

Vous savez, les tout-premiers chrétiens ont très bien compris, dès le deuxième siècle : pour eux, l'Ecriture, naturellement, ça n'est pas un manifeste ni un mode d’emploi de four micro-onde, l'Ecriture produit son fruit parce qu'elle va résonner en nous ; pour qu'elle raisonne, il faut s'en donner les moyens.

Nos pères n'étaient pas les hommes des écrans, ils n'étaient pas les hommes de la vidéo ni des enregistrements, c'était des hommes de la lecture, de la récitation, de la mémorisation.

Ils connaissaient l'Ecriture, surtout l'Ancien Testament.

Ils étaient en capacité de trouver des correspondances, de faire naître des images à partir de ce qu'ils avaient reçu de Jésus.

Il y a quatre sens de l'Ecriture, je vous en fait grâce ; c’est pour dire que lorsque Jésus parle du cœur comme d'un terrain sec, aride, pierreux, un roncier ou bien tout simplement une bonne terre, il montre la maturité du cœur : un cœur qui est capable de s’ouvrir à ce qui résonne.

Dans l'Ecriture, au lieu de regarder toujours le commentaire de ‘prions en Eglise’, au lieu de regarder les notes, exclusivement dans les bibles (quand elles peuvent aider), donnons-nous cinq minutes avec le texte et rien que le texte : pas besoin d'être savant, pas besoin d'avoir fait des études de littérature ; en cherchant une chose et une seule, quelqu'un, Jésus-Christ ; même là où on a l'impression qu'on ne parle pas du tout de Jésus et dites-vous : j'ai faim, j'ai faim, j'ai très faim et j'ai très très faim, et je n'ai rien d'autres à me mettre sous la dent que Jésus : alors où est-il ?  que dit-il ?  que montre-t-il ? que fait-il ? où se cache-t-il ?

Il se cache derrière les ronces, il se cache dans cette semence, il se cache dans ces oiseaux ; où se cache-t-il ?

Et de la sorte, si trois mots jaillissent de notre cœur, ça suffit, ça suffit.

 

Vous savez faire des décoctions, des macérations ; parfois, avec une grande quantité de matière première, on n’obtient pas grand-chose comme les épinards dans une poêle : vous avez vu, on en met plein ; pouf !à la fin il n'y a plus beaucoup, mais c'est ce qui reste qui est bon ; c'est pareil pour l'Ecriture, c'est une œuvre de Dieu Père, Fils et Esprit ; même si on a l'impression qu'on est vraiment plat comme un soufflet qui n'a plus fonctionné depuis cinquante ans, ce n'est pas grave.

L'opération qui consiste à le déplier, c'est une opération de Dieu lui-même ; jamais Dieu n’aura quitté cette terre, jamais, jamais, jamais, même si on a l'impression qu'on est en plein western avec des fétus de paille et que tout est sec ; non, non !

 

Dieu n'a pas quitté cette terre, il continue à semer, il continue à ratisser, il continue à circuler, il continue à souffler et c'est ce que nous célébrons en cette eucharistie.


Mercredi 26 juillet : Ste Anne et Joachim

Ex 16, 1-5. 9-15 : La manne et les cailles.

Ps 77

Mt 13, 1-9 : La parabole du Semeur.

 

Hier comme aujourd'hui, Jésus devait subir, pâtir de la même difficulté qu'aujourd'hui et demain dans les groupes humains et dans les communautés : ces vieilles chouettes qui ne veulent pas entendre ce qui est dit et qui vont donc prétexter qu'elles ont des problèmes d'audition ou qu’elles ne sont pas en accord avec ce qui est dit.

C'est souvent ce qu’il se passe dans les groupes humains : il suffit de voir les débats, par exemple, qui sont rapportés dans la presse, lorsque des propos sont rapportés par un groupe ou un autre,  un parti, un mouvement, une association et que parfois les réactions sont tout à fait en décalage avec ce qui est dit.

Lorsque l’on ne veut pas entendre, on n’entend pas ; et c'est la difficulté des disciples, dans le chemin que Jésus leur fait faire : ils ne sont pas aussi prompts à entendre qu’Elisabeth a pu entendre les salutations que Marie lui a faites, lors de la Visitation et il faut casser la gangue du cœur car les cœurs se sont épaissis et les oreilles sont devenues sourdes.

 

Pour les disciples, qui sont témoins de nombreux miracles, de nombreux enseignements de Jésus, ça n'est pas évident pour eux, finalement, de comprendre et finalement, d’entendre cette parabole qui est rapportée.

Très souvent dans les paraboles, il y a des pointes, il y a des sommets qui sont comme la morale ou la conclusion de ces paraboles ; mais il y a aussi parfois, des profondeurs et des arrière-fonds qui nous conduisent à aller creuser toujours davantage.

Et celle-ci en est une ; une parabole qui renferme cet arrière-fond : Jésus enseigne comment il faut écouter, à des disciples qui, finalement, ne comprennent pas que ce sont eux, les premiers destinataires de ce mode d'emploi de l'écoute ; d'ailleurs, vous le savez, (nous l'avons entendu il y a deux semaines, dimanche), les disciples vont se demander : "mais qu'est-ce qu'il veut nous raconter ?"

Il faut que Jésus explique, donne le mode d'emploi du mode d'emploi.

 

Ce que les disciples ont du mal à enregistrer, mais qu'ils vont finir par enregistrer, par la grâce, c'est que Jésus

d'une part (et en cette mémoire d’Anne et de Joachim, ça tombe bien) il est le Messie promis, il est le Messie sur qui repose l'Esprit Saint, celui  qui est annoncé par Isaïe,  (ce qu'il va annoncer dans la synagogue, lors de son espèce de discours inaugural, à Nazareth) ;

et d'autre part, il n’entendent pas, ils ne veulent pas entendre (pourtant il va le dire trois fois) que le Fils de l'homme va être livré.

C’est tout.

 

 Tout ça, cela va se passer quand même, même s'ils ne veulent pas entendre ; c'est souvent la grâce que Dieu nous fait : c'est que parfois, on n’entend pas et on ne voit pas mais, heureusement, ça se passe quand même.

 

Approchons-nous de lui, notamment dans l‘eucharistie, pour qu'il fasse avec nous, (si nous le lui demandons) ce qu'il fait pour ce sourd-bègue, qui va lui ouvrir son cœur en disant : "Ephata" ; mettre les doigts dans les oreilles et un peu de salive sur sa langue : l'ouvrir, pour que ce qui est dit, soit entendu pour ce que c'est.

Alors c'est complètement vrai, (et c'est d'abord comme ça pour la parole de Dieu) mais ça a des conséquences sur notre manière d'écouter aussi les uns et les autres.

 

Amen.


Mardi 25 juillet : St Jacques

2Co 4, 7-15 : Tribulations et espérance du ministère.

Ps 125

Mt 20, 20-28 : Demande de la mère des fils de Zébédée. Les chefs doivent servir.

 

Voilà deux garçons dont l'ambition est grande, médiatisée par la maman ; chez Marc, ce sont eux qui s'adressent directement à Jésus ; là, c'est la maman, si bien qu'on ne sait pas trop qui est si ambitieux que ça.

Et heureuse vie communautaire, fraternelle, représentée par les dix autres, qui permet à ces deux frères Jacques et Jean, de retomber sur terre et ce qui permet à Jésus d'utiliser la ligne du service, la ligne du dernier contre le premier.

 

Un mot qui revient, qui est important à la fin de ce texte, c'est le mot 'rançon' qui nous fait penser aux Westerns.

La rançon, c'est un mot qui vient très très peu dans l'Évangile mais qui est capital pour dire toute notre façon de comprendre le salut que Dieu nous donne.

Dans l'Ancien Testament, la rançon (un peu comme dans les Westerns) c'est pour sauver sa vie au prix d'une forte somme d'argent, par exemple, de quelque chose qu'il faut payer (sauver sa vie donc, être préservé de la mort ou bien être libéré) ; c'est une monnaie d'échange pour les esclaves et pour les captifs et pour ceux qui sont menacés de mort.

 

Dans l'Ancien Testament, on ne peut pas donner une vie humaine contre une autre vie, c'est souvent les animaux, une forte somme d'argent mais ce n'est pas la vie de quelqu'un d'autre et là on entend que c’est Jésus qui donne librement sa vie pour, ce qui permettra à quelqu'un d'autre, Paul de dire toute sa foi, dans une lettre à Thimothée.

On est quelques temps après, dans sa première lettre au chapitre deux,  en regardant Jésus il va contempler et va dire, je cite : Jésus-Christ (manifeste ou révèle Dieu), il est Dieu, un Dieu unique mais en même temps médiateur, unique médiateur entre le Ciel et la terre, les hommes et Dieu et cet unique médiateur s'est donné librement en rançon pour tous ; et c’est ce que Jésus dit de lui-même derrière le vocable de Fils de l'homme.

 

Alors personne ne peut prendre sa place ; au mieux, comme apôtres (ce qui était le cas de Jacques que nous célébrons aujourd'hui, mais de tous les apôtres en fait et de tous les baptisés qui configurent leur vie au Christ), ce qui nous est réservé en revanche, n'est pas de mourir sur la croix voire même d'être martyrs, (il y en a des martyrs, il y en a qui sont morts à cause de leur foi) mais tout au plus se reconnaître vase d'argile; dans cette première lettre, celui qui donne le salut c'est bien le Christ, l'unique, l'unique qui a été jusqu'à mourir, souffrir pour nous.

 

Dans cette fête de Saint-Jacques, nous sommes dans une redécouverte de ce que nous célébrons dans chaque eucharistie, lorsque le prêtre présente le pain et le vin qui deviennent corps et sang, au moment où ce corps est fractionné, quand nous chantons l'agneau de Dieu : voici celui qui a donné sa vie en rançon pour nous libérer, pour nous racheter, pour nous sauver du péché.

Et dans ce texte, que nous avons lu, (l'Évangile, j'en reviens à celui-là), ce qui est très beau : heureux groupe des dix qui permet à Jésus de mettre un petit peu de perspective dans cette ambition maternelle mais c'est de voir comment, effectivement, Jésus sort de cette exclusivité (un à droite, l'autre à gauche, gouverner dans le Royaume) pour tout d’un coup, plutôt se situer dans la multitude, en regard des dix autres et c'est bien ce qui nous est réservé à chacun, lorsque nous nous situons comme baptisés ; nous ne sommes pas des uniques, personne n'est unique (nous sommes unique aux yeux de Dieu) mais notre salut est un salut qui se vit ensemble comme dans la prière du "Notre-Père" puisque nous disons : 'notre'.

 

Amen.


Dimanche 23 juillet :

Sg 12, 13.16-19 : Raisons de la modération envers Canaan.

Ps 85

Rm 8, 26-27 : Destinés à la gloire.

 Mt 13, 24- 30 : La parabole de l’ivraie

 

Aujourd'hui, on saurait comment faire pour trier l'ivraie du bon grain ; je me suis renseigné, je pense que Josette saurait par exemple, (tous ceux qui travaillent la terre) et de nouveau Bruno (je vais le laisser tranquille, aujourd'hui) je me suis renseigné auprès de Jean-Philippe qui n'est pas à la messe ce matin.

Comment ferait-on pour trier le bon grain de l’ivraie ?

Alors, on aurait à notre disposition (il paraît que tout le monde est censé le savoir ; moi, je ne le savais pas, c'est bien signe que je ne suis pas né dans un champ) le tarare.

Ça évoque des choses à tout le monde, le tarare : cette machine pour trier les grains ?

Oui, je ne me trompe pas ? Le tarare.

Alors, peut-être que c'est la chose la plus commune mais après on rentre dans des subtilités techniques et apparemment, plus je vais monter en gamme moins ça va être évident pour tout le monde : le trieur alvéolaire (ça vous dit quelque chose ?)

Le trieur alvéolaire c'est aussi pour trier les grains après la moisson, pour que le grain soit calibré (enfin ne me demandez pas comment ça marche : c'est une chose qui tourne). Alors, il y a une chose qui ne tourne pas c'est une table qui vibre je crois, c'est la table densimétrique.

C'est ça Josette, Bruno ? Oui, la table densimétrique.

Et alors, le nec plus ultra, (il paraît qu'il y en a dans la région à Longchamp sur Aujon),  le trieur optique ; le trieur optique c'est un petit peu comme le tri postal, (le centre de tri postal) : au lieu que ce soit des enveloppes qui passent devant des cellules, ce sont des grains et les grains qui ne sont pas bons, toc, ils sont éliminés.

J'ai compris que le trieur optique, triait non pas les grains en fonction de leur grandeur ni leur densité mais en fonction de leur couleur.

Alors évidemment,  plus c'est subtil, plus il faut du temps (malgré la perfection des machines) pour trier des tonnes et des tonnes de blé.

 

Alors, au temps de Jésus, je ne sais pas s’il y avait le tarare ; en tout cas la question, là, qui est posée par les serviteurs, ça n'est pas de trier après la moisson, la question qui est posée, c'est de trier avant, une fois les semailles faites.

Ce qui est très troublant dans ce texte, c'est que (je ne sais pas si vous vous en êtes rendus compte), on aurait bien envie de trier, dès le début pour éviter la catastrophe.

Mais dès le début, on ne peut pas le faire parce qu'on n'arrive pas à différencier ce qui a été semé ; on n'arrive pas, les tiges ne sont encore pas poussées ; et vous avez remarqué aussi qu'il y a le mauvais grain, l’ivraie, la zizanie (on a un doute d'autres mots pour dire l’ivraie ? Comment diriez-vous ?)

Vous voyez tous, ce que c'est ? Moi je ne sais pas trop.

Il a été semé dès le départ, sauf que c'est impossible de trier à ce moment-là, les tiges ne sont pas sorties ; il faut attendre que ça pousse.

Et c'est quand ça a poussé, dans le texte de la parabole, que tout d'un coup on se rend compte : ‘il y avait quelque chose à faire’ et les serviteurs se proposent de faire quelque chose, de suite, dans le champ.

Et dans le texte, la réponse de Jésus, c'est : "non, ce sont les moissonneurs qui s'en occupent. Les serviteurs n’ont rien à faire".

 

La parabole, d’une certaine façon, s'arrête là, elle peut nous éclairer sur nos tentations spirituelles, parce que Jésus vient pointer là, une tentation, une sorte de petite maladie du cœur : cette ivraie vient empoisonner le champ (vous avez remarqué), mais cette ivraie vient aussi de dire quelque chose de la façon dont, dans le monde,

dans nos aventures collectives,

dans notre histoire,

il y a du mêlé,

il n'y a pas que du bon,

il y a toutes sortes de choses et puis aussi à l'intérieur de notre cœur (ce n'est pas qu'à l'extérieur, c'est à l'intérieur).

 

La petite maladie qui est représentée dans cette parabole, c'est la maladie du p'tit gibus.

Vous connaissez tous le p’tit gibus ?

Oui, ça vous évoque quoi le p'tit gibus ?

Ce n'est pas dans l'Évangile.

Le p'tit gibus, Claudette, ça ne te dit rien ?

Je te mets sur la piste : bouton ; ça t'évoque quoi Claudette ?

‘La guerre des boutons’.

Dauphine tu as vu la guerre des boutons ? Tu nous connais, non ?

Tu demanderas à papa à maman de te montrer.

Le p'tit gibus, il a une réflexion de grande personne : "mon vieux, si j'aurais su, j'aurais pas v'nu" dit-il.

Il a une réflexion de grande personne, le p'tit gibus ; normalement, un enfant à l'âge qu'a le p'tit gibus dans l'histoire, ne pourrait pas dire une chose semblable.

 

C'est une réflexion de grande personne, pourquoi ?

C'est la réflexion de quelqu'un qui a eu le temps de mûrir, un peu comme les blés, les grains, les semences de cette parabole ;

et quelqu'un qui a déjà suffisamment grandi et vécu pour voir que, autour de lui, il y a du bon et du moins bon.

C'est la réflexion de celui qui est un peu déçu dans son cœur, un peu déçu, un peu embêté, que ce qui se passe autour de lui (ou d'elle), ne soit pas aussi chatoyant, heureux et harmonieux qu'il l'aurait pensé ou qu'il l’avait vu quand il était plus jeune.

En fait, pour tout dire, c'est ce que vit normalement chaque adulte, le jour où il commence à  dire : "mon vieux, si j'aurais su , j'aurais pas v'nu" ; c'est un peu la fin de l'enfance, le début de l'âge adulte : autour de moi, il n'y a pas que du bon grain et il y a aussi de l'ivraie.

 

Alors Jésus, précisément, retenez bien, il vient dire là : attention, l'idée n'est pas de tordre le cou au mauvais, parce que du mauvais il y en avait avant vous, il nous promet qu'il y en aura après nous et qu'il y en a au-dedans de nous; et là-dessus, Jésus est dans la droite ligne  du livre de la Genèse : l’ivraie du livre de la Genèse, la zizanie (la zizanie, c'est le même mot), c'est le serpent, c'est ce qui vient semer dans le cœur le trouble, le doute ; d’où des déceptions, le petit syndrome du p'tit gibus : finalement quand je regarde autour de moi et derrière moi, est-ce que ça vaut la peine de s'efforcer autant si finalement, il y a de l'ivraie ?

 

Quelle est la solution de Jésus ? C'est de laisser pousser.

Vous avez entendu pourquoi : parce que le danger c'est d'arracher ce qui est bon.

C'est de laisser pousser et de se tourner vers ce qui vaut la peine.

 

Nous nous sommes déplacés ce matin, nous sommes sortis du lit et nous sommes venus à cette messe et ce qui vaut la peine pour nous,

c'est celui qui est la semence, par excellence : le Christ ;

c'est celui qui est le semeur, par excellence : le Christ

et celui qui est la bonne terre, par excellence : le Christ ;

parce que, si jamais on en reste au p'tit gibus, on ne vit plus ; mais si je regarde vers celui qui me fait avancer, eh bien, je continue à avancer quelle que soit la réalité au-dedans de moi et autour de moi, qui est mauvaise.

Si on vient à la messe, c'est pour communier au pain eucharistique et pour avoir du pain eucharistique, il faut du bon grain ; et celui-là seul qui peut nous garantir qu'il y a du bon grain dans le pain eucharistique, c'est le Christ : il est ce pain eucharistique, il est ce corps offert.

Et nous qui allons communier à ce pain eucharistique, nous allons devenir aussi du bon pain et nous allons devenir ce corps ; nous serons (sûr, c'est sûr ! c'est grâce à lui) sans ivraie aucune, dans le corps que nous allons former et dans l'aliment que nous allons recevoir.

 

Jésus ne vient pas dire : je viens éradiquer la zizanie ;

      il ne vient pas dire : d'humains que vous êtes, je fais de vous des dieux,

        il vient nous dire : je fais de vous un peuple et un corps, de sorte que la zizanie ne vienne pas vous faire peur, car retenez ( et retenons) une chose ultra importante : c'est que dans la foi ; (ça va être vrai pour les parents de Gaétan et les parents de Raphaël) ; la foi est lumière ; (c'est pour ça que tout à l'heure on donnera aux parrains et marraines un cierge allumé, après le baptême des deux enfants) et cette foi-lumière, lumière, nous donne une certitude, c'est que la zizanie n'a de pouvoir dans ma vie que si je lui donne prise, que si je lui donne prise.

Si je ne la regarde pas, la zizanie n'a aucun pouvoir, aucun !

 

La question n'est pas de savoir si elle existe ou si elle n'existe pas, elle n'a aucun pouvoir.

Et si jamais nous rentrons dans des grandes considérations : le mal ceci, le péché cela, la zizanie etc., nous donnons prise et notre champ s'envahit de cette zizanie, raison pour laquelle, baptisés, puisque la foi est lumière, nous allons là où il y a du bon grain, là où est la vie, le pain eucharistique.

 

Jésus est le semeur,

      il est la semence,

      il est la bonne terre ; nous communions à ce pain qui est corps et nous devenons bon pain, nous devenons son corps.

 

Le reste, permettez-moi de vous dire : on s'en fiche.

Mais il ne dit pas mieux Jésus : ça n'est pas nos oignons, le devenir de l'ivraie ; nos oignons c'est le bon pain.

Allons donc là où il y en a et le bon pain est ici, dans cette eucharistie.

 

Amen.


Vendredi 21 juillet : St Laurent de Brindisi

Ex 11, 10-12,14 : La Pâque.

Ps 115

Mt 12, 1-8 : Les épis arrachés.

 

Hier, dans la liturgie, nous avons entendu Jésus qui appelle à lui tous ceux qui ploient sous le poids du fardeau ; il leur promet de leur procurer le repos et il se décrit comme celui qui est ‘doux et humble de cœur’, il parle de son cœur.

Et cette fois-ci, ce cœur de Jésus (alors que nous ne sommes plus du tout au même endroit, c'est un autre jour, un jour de sabbat, Jésus se déplace), eh bien ce cœur de Jésus est illustré par cette parole prophétique : "je veux la miséricorde, non le sacrifice".

 

"Je veux la miséricorde, non le sacrifice" ; Jésus va se présenter, là, comme quelqu'un qui est plein de liberté, qui prend quelque hauteur par rapport aux pratiques légalistes, (nécessaires néanmoins), mais il va devoir batailler pour justifier que ses disciples froissent des épis de blé parce qu'ils ont faim, un jour de sabbat et qu'ils en mangent.

Il va d'abord se comparer à David, du moins se mettre sous l'autorité de David, sous l'exemple de David ; ensuite, il va prendre une sorte de fait de jurisprudence dans la Loi : "n'avez-vous pas lu dans la Loi, que le jour du sabbat, les prêtres dans le temple manquent au repos du sabbat, sans commettre de faute" ?

 Et puis ensuite, donc, il va extraire de la tradition cette parole prophétique : "je veux la miséricorde, non le sacrifice".

 

Jésus est donc comme le nouveau Moïse de la montagne des Béatitudes, celui qui va interpréter, sans abolir, la Loi et l'accomplir d'une façon un peu toute différente, (tout de même), mettant au centre la miséricorde.

 

Nous pouvons retenir cela pour nous et essayer d'en extraire quelques appels personnels.

Le sabbat (nous allons dire : le sabbat, ce n'est pas notre jour à nous, c'est un jour juif), mais le sabbat c'est quand même pour nous, ce que nous avons la prétention de vivre, chaque fois que nous nous rappelons que nous sommes baptisés.

Le sabbat, c'est un jour sans début ni fin.

On va dire parfois que notre sabbat à nous, c'est le dimanche ;

parfois même on va l'appeler le premier jour de la semaine ou le huitième jour ;

on va dire que c'est la mémoire de la résurrection de Jésus

mais le sabbat c'est d'abord un jour sans début ni fin.

 

Nous avons une particularité nous, c'est de nous représenter le temps comme quelque chose qui s'écoule, tel le sablier que l'on met à côté des œufs, dans l'eau chaude pour qu'ils soient coque.

Mais le problème, quand nous nous représentons le temps comme quelque chose qui s'écoule, c'est que tout de suite, on voit un avant, on voit un après et on se voit ridé dans le miroir du matin en se disant : ‘Jadis, j'étais comme ceci, aujourd'hui je suis comme cela et demain, mon Dieu, comment serais-je ?’

Voilà comment on se représente le temps.

 

Mais le temps que nous propose Jésus, (en lui, dans sa personne), lui qui est le premier ressuscité et qui à la fois, se situe à la suite de la libération d'Égypte et en même temps l'englobe, l'absorbe ; ce temps-là n'est pas un temps avec un début et une fin et un écoulement et un changement ; ce temps-là, c'est plutôt un jaillissement perpétuel, comme une source d'eau vive en plein cœur de l'été.

Et nous avons bien de la peine à nous le représenter. 

 

Aujourd'hui, la parole de Dieu nous propose de l'accueillir comme la miséricorde, la miséricorde (la miséricorde j'ai dit, B.).

Eh bien, retenons-le; c'est bien plus important, du coup que tous les cadeaux et toutes les restrictions que nous pourrions poser et qui pourtant sont nécessaires pour l'organisation de notre vie.

 

Dans ce texte de l'Évangile, c'était une pratique légaliste, par rapport à laquelle Jésus s'est situé différemment mais il peut y avoir plein d'exemples au quotidien qui viennent restreindre le jaillissement de cette source de la grâce.

Et à chaque eucharistie, nous nous redisons : ‘Olala, il ne faut pas que je restreigne ce jaillissement de la source de la grâce dans ma vie, sinon je vais vieillir prématurément et c'est bien dommage’.

 

Amen.


Jeudi 20 juillet :

Ex 3, 13-20 : Révélation du Nom divin. Instructions relatives à la mission de Moïse.

Ps 104

Mt 11, 28-30 : Jésus, maître au fardeau léger.

 

St Irénée, quand il commente l'Évangile selon St Matthieu, il dit que tout l'Evangile transpire de cette douceur et de cette humilité dont il est question, là, dans ce petit verset 29 du chapitre 11; tout l'Évangile.

L'humanité et la divinité de Jésus, dépeintes dans tout l'Évangile de Matthieu, lui, il les voit avec ces lunettes de douceur et d'humilité.

 

Il y a un certain pseudo Clément aussi, dans une lettre très ancienne adressée aux Corinthiens, qui dit une chose à peu près semblable et qui dit : ‘pour pouvoir bénéficier de cette douceur et de cette humilité dans notre vie, il faut absolument s'identifier à Jésus et le suivre’ ; suivre.

 

On a beaucoup parlé et accueilli beaucoup de littérature, notamment suite aux apparitions à Sainte Marguerite Marie Alacoque sur le cœur de Jésus et je ne connais pas d'autre image (en tout cas qui me parle) que celle de la blessure que l'on est obligé d'ouvrir pour soigner, pour désinfecter pour que, vraiment, elle puisse cicatriser.

Et il y a quelque chose de cela dans la façon dont la grâce peut nous rejoindre si et seulement si nous lui permettons de nous atteindre jusqu'au plus profond (le fond du fond) de notre misère.

C'est à la fois une décision personnelle, la nôtre, et en même temps, la grâce nous y aide, à notre rythme ; on n’est pas tous des champions des blessures ouvertes, parfois, ça fait tellement mal, qu'il faut y aller très progressivement et la grâce peut nous y aider.

 

Je voudrais vous partager une toute petite expérience, vécue hier, avec une catéchumène; une personne qui chemine et qui est dans une souffrance morale et matérielle gigantesques et qui est très sensible ; elle ressent, c'est le verbe qui revient souvent dans sa bouche : "je ressens, je ressens, je ressens" ; c'est une sorte de capteur permanent.

Cette personne, elle ressent les choses.

À la lecture des Béatitudes, par exemple, elle va dire : "je ressens beaucoup de  souffrances, beaucoup de rejets, beaucoup d'injustices ; eh bien oui, parce que les personnes dont il est question dans ces Béatitudes, ce sont des personnes qui, si jamais elles n'étaient pas mises parmi les préférées du Seigneur, seraient celles qui sont l'objet de souffrances, l'objet d'injustices ; (ceux qui sont assoiffés de justice, ce sont les cœurs simples etc.) et en même temps, elle dit : "seul Jésus, seul Jésus peut m'aimer, me pardonner, me rejoindre.

 Avec Jésus je ressens du bonheur et je ressens de la paix".

Eh bien, ça me fait penser à ce cœur de Jésus, quand je revois cette rencontre avec cette catéchumène, qui est en route depuis plus d'un an.

 

Laissons-nous rejoindre par ce cœur-là de Jésus et c'est d'autant plus important, en reprenant la remarque de Saint Irénée (donc, je vous la redis) : pour lui tout l'Évangile transpire de cette douceur et de cette humilité ; que nous ne pouvons pas faire de l'Évangile une sorte de message ou de texte ou de programme de vie qui soit parallèle à notre propre vie.

L'Esprit Saint nous fait croiser l'Évangile avec notre vie.

Alors, s’il y a de la douceur et de l'humilité dans le cœur de Jésus, combien plus alors, cette douceur et cette humilité croisent-elles notre vie, à condition qu'elles puissent jaillir de notre propre cœur meurtri, réconcilié, aimé.

 

Amen.


Mercredi 19 juillet

Ex 3, 1-6. 9-12 : Le buisson ardent. La mission de Moïse.

Ps 102

Mt 11, 25-27 : L’Evangile révélé aux simples. Le Père et le Fils.

 

Ce texte est magnifique et la cible, en elle-même ne nécessite pas beaucoup, beaucoup, beaucoup de commentaires ; mais avant d'y arriver, on peut éventuellement dire deux, trois choses sur ce qui précède et succède. 

 

Les sages et les savants, sont ceux contre qui Jésus s'est élevé hier, dans le texte de l'Évangile : celles et ceux, tous ceux dans les villes de Corazine et de Bethsaïde, qui étaient des sages, des rabbins savants ; eh bien, les voilà.

À eux, a été caché, comme beaucoup d'enseignements de Jésus peuvent rester opaques aux oreilles de ceux qui sont fermés (nous entendons les paraboles le dimanche, en ce moment, dans cette période de l'année et Jésus est obligé de les expliquer, car les paraboles demeurent opaques : il y a des cœurs fermés)  et à ceux-là, à ces cœurs fermés, ce sont à la fois des personnes qui se sont fermées, à qui peut être, Dieu a rendu opaque, le trésor de sa révélation.

 

 Et puis, il y a les tout-petits : "tu l'as révélé aux tout-petits ; ces mêmes  tout-petits qui, dans le temple de Jérusalem, (une fois que Jésus sera arrivé, acclamé par les foules qui portent dans leurs mains des rameaux, lui qui est monté sur un ânon, lui qui rentre dans Jérusalem, la ville qui l'acclame comme le roi et en même temps la ville qui va le condamner), eh bien ces tout-petits qui sont dans le temple, ce sont ces boiteux et ces aveugles qui s'extasient devant ce que Jésus dit et fait dans le temple de Jérusalem ; ce sont les tout-petits des Béatitudes, au tout début de l'enseignement de Jésus sur la montagne, notamment dans cet Évangile de Matthieu.

 

La bienveillance du Père, c'est le cœur de la cible ; la bienveillance du Père, ce dont Jésus est le témoin, ce dont Jésus est l'image et ce dont Jésus est l'instrument : la bienveillance du Père.

On ne peut que s'incliner et se réjouir de cette bienveillance.

Cette bienveillance du Père apparaît à un autre endroit, c'est au tout début, lorsque Jésus naît ; ce sont les anges dans le ciel qui la proclament : "gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes pour lesquels Dieu a témoigné sa bienveillance".

Cette bienveillance du Père, Jésus s'extasie devant elle et va relier Ciel et terre.

 

Il s'adresse à son Père ; il est celui qui est l'image, sur terre, de ce Père : "Seigneur du Ciel et de la terre".

"Gloire à Dieu au plus haut des Cieux et paix sur la terre aux hommes qu'il aime".

Cette bienveillance du Père fait se rejoindre Ciel et terre en Jésus et dans les tout-petits.

 

Amen.


Dimanche 16 juillet :

Is 55, 10-11 : Une parole efficace.

Ps 64

Rm 8, 18-23 :  destinés à la gloire.

Mt 13, 1-23 : La parabole du semeur et son explication 

 

Je vais poser une question à B. : B., comment peut-on faire pour que, quand on cultive du blé ou bien des céréales, vous soyez, vous agriculteurs, assurés du meilleur rendement ?

Qu'est-ce que vous avez comme outil, comme savoir-faire à votre disposition ?

Ton fils m’en a fait toute une liste hier : alors tu as dit la technique et quoi en particulier ?

Les semences, les produits phytosanitaires (donc les engrais), le savoir-faire de l’agriculteur, les terres.

Quoi d'autre encore ?

 La météo ; alors, je crois qu'il y avait encore au moins deux choses : les GPS et bientôt les drones ; c’est vrai ?

 

Quelque part dans l'Évangile, Jésus dit : "vous voyez les nuages au levant ou au couchant, dans le ciel et vous êtes capables d'interpréter tout seuls, le temps qu'il fera demain".

Donc, nous sommes capables, seuls, avec un certain nombre d'outils (dont je vous passe le nom), d'essayer d'approcher une forme de maîtrise.

Et Jésus rajoute : "mais pourquoi ne savez-vous pas discerner les signes du Royaume ? " ; sous-entendu : nous inventons des techniques pour un meilleur rendement des sols et pourquoi ne sommes-nous pas capables de faire pareil avec nos cœurs ?

Grande question !

J., je m'arrête là ? Tu voulais l’homélie, moins de 5 mn.

Ce n’est pas moi qui l’ai dit !

 

Je vais inviter les enfants ; les enfants, venez voir (alors, ceux qui veulent, je ne force pas : ceux qui se croient suffisamment grands ; ceux qui se croient trop grands et qui ne veulent pas venir, ne viennent pas).

Venez voir, servez-vous, une chacun ça suffit et je vous invite à rester à côté de moi, quelques temps.

Qui est-ce qui n'en a pas pris encore ?

B. ; J. : viens voir, le grand ; viens, c’est là.

 

Qu’avez-vous dans les mains ?

Des noix.

Comment allez-vous faire pour manger des noix ?

Les casser.

Comment allez-vous casser les noix ?

‘Quand on va prendre une pierre et on va taper’, par exemple ; il n'y a pas de pierre ici !

Quoi d'autre ?

Un casse-noix ; il n'y en a pas non plus.

Quoi d'autre ?

Le pied et on tape avec le pied (et on plante des choux avec le nez) ; tu peux toujours essayer, par exemple.

Il y en a parmi vous qui utilisent les dents ?

‘Avec les noisettes j'y arrive, mais avec les noix je n'y arrive pas’.

Ça fait mal aux dents, on peut se casser les dents, comme les noix.

‘On peut taper un peu sur le mur’ ; un tout petit peu, pour fendre la noix : c'est ça ?

 

Comment ça pousse, une noix ?

Vous avez déjà vu un arbre sur lequel il y a des noix ?

‘On prend sa noix ; après, la coquille s'ouvre et ce qui est à l’intérieur, ça germe, cela fait une petite pousse et après ça grandit, après ça devient un arbre’.

Mais l'arbre, comment fabrique-t-il des noix ? La question est mauvaise, on va rentrer dans des détails…

Que voit-on avec nos yeux quand il y a une noix dans un arbre ?

On voit une fleur et après ? Après, c'est devenu une noix.

Il y a autour de la noix, (que vous ne voyez pas, là) une enveloppe de couleur verte et ensuite ça disparaît, vous avez ensuite la coquille.

 Si jamais vous croquez dans cette enveloppe verte, qu'est-ce qu'il va se passer ?

C'est amer, dit P., c’est amer.

 

Je vais vous raconter une petite histoire, toute simple.

Il y a un vieux chrétien, qui est très très vieux, il y a longtemps, l'église n'était pas construite, troisième siècle.

Cet homme s'appelait (vous pouvez oublier son nom) Origène ; il disait : "Jésus, c'est comme une noix, c'est comme une noix".

Quand vous voulez commencer