Homélies des mois de Janvier à Juin 2019


Dimanche 30 Juin 2019

1R19, 16b. 19-21

Ps 15

Ga 5, 1. 13-18

Lc 9, 51-62

 

Alors, chers amis, nous avons des figures,  des  grandes figures de la Bible  dans ces textes que nous venons d’entendre.  Elie et Elisée sont des prophètes absolument incroyables par leur force.  Par leur force !  Quiconque lit dans l’ancien testament,  les récits du prophète Elie et les récits du prophète Elisée, on est décoiffé en fait.  On a à faire à des personnages  tempétueux.  Il y une sorte même,  de cœur brûlant à l’intérieur d’eux.   Alors je vous laisse la primeur de ces récits. Vous pouvez voir à l’intérieur  en tous cas  - qu’il est intéressant de voir que sur l’ordre du Seigneur,   Elie qui  va disparaître  de la circulation  -  ne laissera pas une place vide  mais  il doit préparer sa succession.  Et donc il va interpeller cet autre prophète, son apprenti prophète,  qui s’appelle Elisée.  Et vous avez entendu comme moi  -  que Elisée ne va pas se gratter partout,  pour savoir si,   il dit oui ou non,  à l’appel que lui adresse  Elie,  hein ?  Il se met en route tout de suite, tout de suite !   Parfois par exemple,  quand on a des choses à faire,  ou nos parents nous demandent de faire des choses,   il se peut  que nous mettions toujours du délai.   Je dois terminer telle partie,   je dois aller aux toilettes avant,  il faut qu’il fasse beau…  enfin bref,  toujours des bonnes raisons pour différer la réponse.

 

Mais voilà,  Elisée c’est celui qui ne diffère pas !   Et alors il va être un modèle pour nous.   Voilà,  aujourd’hui, je vous le propose comme un modèle : celui qui ne diffère en rien sa réponse et qui va. Alors il ne va pas dans un piège,  le but du jeu  ce n’est pas de se dire : est-ce qu’il a raison ou tort d’avoir réfléchi ou pas réfléchi ?   Le but de ces textes aujourd’hui,  c’est  se dire : c’est sûr,   il ne va pas droit dans le mur.  Mais ce qui est bien,  c’est qu’il y va,  il est en route  tout de suite.  C’est la moralité  de l’histoire.

 

Alors en lisant l’évangile, on a trois exemples  d’hommes,  qui eux diffèrent leurs réponses.   Ils sont d’accord pour dire que  Jésus qui les appelle, c’est  pas un problème, hein ?  Ils sont d’accord pour dire : c’est pour moi.  Sauf qu’ils ne donnent pas  leur réponse tout de suite. Et si,  ils la donnent, ils ne se mettent pas en route tout de suite.  Vous avez vu, ils ont tous des bonnes raisons.  Alors ces trois personnages,  en fait,  c’est un peu des images de nous-mêmes.Ils viennent nous révéler quels sont les trois boulets que nous portons à nos chevilles.  Tous !   Même si nous n’avons pas de paires  de bœufs, même si nous n’avons pas un père à enterrer  ni rien. Quels sont les boulets que nous avons aussi à nos chevilles  et qui nous retardent  dans notre route ?  Ils sont comme des brumes matinales,  qui sans cesse  nous ralentissent …  quand on doit se mettre debout le matin.   Trois boulets :  alors le premier si on regarde dans cette rencontre que Jésus fait sur sa route, le premier homme : Jésus interpelle quelqu’un :  « Je te suivrai partout »   lui dira le monsieur.   Et  cet homme entend Jésus lui dire : « Attention le Fils de l’Homme n’a pas d’endroit où poser la tête. » Quel est le boulet ?  Quel est le boulet ?   Le boulet : c’est notre volonté de maîtriser notre destin. Si vous y réfléchissez deux secondes, cette volonté de maîtriser notre destin s’immisce partout :chez les parents pour les enfants, chez les grand parents pour les parents, chez les grand parents pour les petits enfants.  Dès qu’on grandit,  plus c’est vrai  pour nous-mêmes : « Tu feras ci…  ça serait bien que tu fasses ça…  Ne parle pas avec untel…  Je serais toi,  je ne prendrais pas telle décision…  Volonté de maîtriser son destin.

 

Alors c’est une chose de prendre des décisions,  ça on est d’accord ! Une autre,  est de dire : «  J’ai l’entière maîtrise de ma route. »   Ben non !Et plus je vais avoir l’entière maîtrise de ma route,  moins je me mettrai en route,  moins rapidement.  Ce n’est  pas possible !  Il y a toujours une part d’aventure dans notre route.  Notre destin nous échappe toujours pour une  part.   Et voire  même une grande part !Et ceux qui ont des cheveux gris parmi nous : vous pouvez le dire ! (Je pense). Oui vous avez travaillé dur,  oui sans doute vous avez souffert,  oui vous avez eu du courage,  mais reconnaissez-le :  ce que vous êtes aujourd’hui, c’est pas complètement  ce que vous aviez imaginé à l’origine. On ne peut pas maîtriser son destin : premier boulet.

 

Deuxième boulet : deuxième  personnage : « Seigneur, permet-moi d’abord d’aller enterrer mon père. »  On ne peut pas maîtriser la vie,  la vie biologique, on ne peut pas.  Ceux et celles parmi vous qui n’arrivent pas à avoir d’enfants le savent.  Ceux et celles qui qui accompagnent les personnes qui sont malades et âgées le savent. Devant la vie, devant la mort, nous sommes devant des mystères.Et celui qui gaillardement  dit : «  Oui, oui, moi, je suis plus fort que ça ! »  se trompe.  Ca veut dire qu’il  n’a toujours pas eu l’occasion de mettre le nez devant ces mystères.On ne peut pas la maîtriser la vie.   Et la mort non plus. Ca nous renvoie souvent d’ailleurs à des tas de souffrances,  celui qui va dire : « Je suis plus fort que ça. »  Eh bien, retarde sa mise en route.  Il veut se faire le  Dr Frankeinstein,  plus fort que tout !  Mais il a du mal  à se mettre en route sur le chemin de la liberté !  Il y a une part d’obéissance pour nous  devant ces mystères. Cela revient à dire qu’on veut maîtriser son destin aussi,  on revient au premier personnage,  c’est le deuxième boulet.  

 

Troisième boulet : troisième personnage : « Je te suivrai partout Seigneur, mais permet moi d’abord de faire mes adieux aux gens de la maison. »  Je ne peux pas maîtriser absolument ma carte de relations.  Je ne peux pas maîtriser absolument ceux qui sont mes amis, ceux qui sont mes ennemis ;  ça arrive qu’on ait des très bons amis puis du jour au lendemain,  ils vous laissent tomber comme des vieilles chaussettes.  C’est très difficile ;  ça  arrive que des  gens avec lesquels  on aurait juré ne  jamais imaginé avoir de liens,  qui  tout d’un coup  deviennent des amis.  Il se peut que celles et ceux que nous n’aurions pas choisi apparaissent  sur notre route.  Qu’est-ce que je vais faire ? Les envoyer bouler ?Non, cela revient à vouloir maîtriser notre carte de relations.  Et je ne peux pas. Sinon, si je veux absolument mordicus,  je retarde ma mise en route.  Trois boulets  qui sont en vérité trois symptômes  d’une seule et même réalité qui touche mon cœur : c’est la réalité de  la liberté.   En moi   il y a une tension entre la liberté que je voudrais et la liberté qui m’est donnée. Or  la liberté que je voudrais,  elle est souvent maîtrisée, contrôlée par ce qu’on appelle  des convoitises, des passions.  Et la liberté qui m’est donnée, eh bien elle  m’est donnée,  elle est plus forte que tout.

Alors que propose Jésus pour ceux et celles qu’Il met dans une liberté plus forte que tout ? Celles et ceux qui veulent se mettre en route.  Rapidement  comme ça !  Embrasés par un feu intérieur !  Jamais tout seul mais avec les autres.  Jamais pour soi mais pour le monde.  Qui sont-ils ?  Qui sont-elles ? Ce sont celles et ceux qui vont s’attacher  - non pas à un boulet -  mais à Christ ! 

 

Christ n’est pas un boulet.  Etre chrétien, ça  n’est pas une tare.  Faire son signe de la Croix, ce n’est pas un esclavage,  au contraire : c’est une source de libération !   Ceux qui sont attachés à Christ sont ceux qui ôtent ces trois boulets qui ralentissent leur marche, ça n’est plus leur volonté propre, absolue,  qu’ils veulent maîtriser leur destin,  les mystères de la vie et de la mort,  et  leurs cartes de relations. 

Mais  ils vont d’abord entendre l’appel et y répondre, dans le souffle de l’Esprit.  C’est  quitter un lien en vue d’un autre.  Et cet autre lien : c’est le Christ ! Et toute personne qui vit son baptême, on lui dit : « Tu as choisis le Christ !  Te voici devenu un homme, une femme libre. »

 

Voilà, c’est notre projet.  Alors  ……  était  très touché parce que la communauté éducative de l’école Ste Thérèse était au milieu de cette célébration.  Eh bien c’est le projet de l’enseignement catholique dans ses grandes lignes,  de faire naître des hommes et des femmes.   Alors avant qu’ils ne le soient, ce sont d’abord des petits, des enfants,  eh bien, qu’ils soient accompagnés dans cette liberté-là,  c’est le  projet de l’enseignement catholique. C’est ce projet-là.  Dans le respect évidement des uns des autres et  partout dans les familles,  mais il faut grandir dans cette liberté,  et pour qu’ils puissent les uns les autres,  dire un jour,  s’ils ne le connaissent pas encore : « Oui, je veux être libre à la manière du Christ. »On peut être baptisé et ne pas être libre à la manière du Christ, hein ?  Malheureusement sur cent baptêmes que je peux célébrer,  je crains  qu’il n’y en ait que vingt pour cent qui soient libres à la manière du Christ,  un jour !  Et s’ils ne rencontrent personne sur leur route,  ils ne seront pas libres à la manière du Christ.C’est là que les professeurs, vous avez un rôle à jouer,  important.

Que devienne fécond ce baptême pour celles et ceux qui l’ont reçu, là,  eh bien  que ce baptême devienne fécond dans leur vie.

Chers amis, tout cela est vrai aussi pour nous quel que soit notre âge.   Entendons cet appel à nous mettre en route : 

A devenir libres  à la manière  du Christ.

 

Amen


Samedi 29 Juin 2019 : Saints Pierre et Saint Paul

Ac 12, 1-11

Ps 33

2Tm 4, 6-8. 17-18

Mt 16, 13-19

 

Voilà,  nous avons toujours conscience que l’Eglise - au-delà de ce que nous en vivons dans notre communauté,  nous sommes attachés,  habitués, fidèles,  pratiquants et  acteurs  -  l’Eglise c’est d’abord cette réalité qui a été fondée sur la foi de quelques hommes.  La foi de Marie aussi.   Mais  une foi qui a été concrètement reçue et transmise des hommes qui ont reçu dans leur vie,  reconnu  le don que Dieu a fait pour eux.  En réponse,  ils ont fait don de leurs  vies. Mais au-delà de la reconnaissance d’un don,   il y a eu des  mots,  des paroles,  des discours,  des constructions,  de la foi transmise.

Donc ce que nous professons, ce que nous célébrons dans les sacrements,  ça vient  d’eux. C’est la raison pour laquelle  chaque fois que nous  célébrons la fête d’un apôtre  -  là  en la solennité de Pierre et Paul  -  nous célébrons leur  foi,   ce qu’ils ont transmis.

 

Je voudrais  juste partager que la souffrance des apôtres pour tous ceux et toutes celles qui sont  au service de l’Eglise,  eh bien  la souffrance de l’apôtre est source de grande espérance,  car   ceux qui sont au service de l’Eglise,  aussi connaissent des souffrances.  Les souffrances de l’apôtre nous rattachent à celles  du Christ,  nous rattachent  surtout à la fidélité de Jésus à son Père. Donc les souffrances de ceux qui sont au service de l’Eglise ne sont pas des fins,  ce ne sont pas des échecs,  ce ne sont pas des enfers.  C’est une communion  avec le Christ   par ses apôtres.

On pourrait dire la même chose par exemple avec les Béatitudes, tous ceux qui sont en peine sur le chemin de la vie,  quiconque au fond et  bien entendu,  ceux qui ont conscience qu’ils sont baptisés,  eh bien cette peine sur le chemin  de la vie  n’est pas une fin  ni un échec.   C’est une source d’espérance  comme les Béatitudes,  à cause des Béatitudes.

 

Et tous ceux qui connaissent les tentations,  tous ceux qui connaissent la soif,  tous ceux qui connaissent les mirages  et  l’envie d’abandonner,   ça n’est pas une fin  ni un échec,  ça n’est jamais qu’une source d’espérance,  un passage  à cause ou grâce  à.   Eh bien  Jésus  au désert sera otage.

Alors il est heureux que l’Eglise nous présente Pierre et Paul, eh bien dans leur version souffrante :  première lettre : Pierre emprisonné et libéré.  Paul : qui raconte sa foi et toutes les turpitudes qui arrivent. Eh bien à travers cela,  nous tous  qui faisons vivre notre communauté locale,  nous pouvons trouver là une source d’espérance profonde, nous sommes au service de nos frères.  Lorsque nos frères sont pour nous source de souffrance,  ça n’est pas une fin  ni un échec  mais une  espérance. A  cause des grâces.   A  ce qu’ont vécu les apôtres.   Et  au Christ.

Amen


Vendredi 28 Juin 2019

Ez 34, 11-16

Ps 22

Rm 5, 5b-11

 

Je vous propose un bouquet de trois fleurs : trois fleurs !   Pour aujourd’hui. La première fleur, c’est,  en cette solennité du Sacré Cœur : de contempler un amour divin qui s’adresse à chacun comme si nous étions uniques et quasiment seuls au monde,  un amour pour nous. Chacun,  personnellement,  unique, mais qui est  -  en même temps,  et c’est paradoxal  -  à égalité avec tous les autres.  C’est la brebis perdue que le Seigneur va chercher.  Il abandonne les quatre-vingt-dix-neuf,  c’est tout relatif,   puisque les quatre-vingt-dix-neuf  sont déjà sauvées.  Il se réjouit qu’elles soient déjà sauvées.  Un Amour qui fait de nous chacun des êtres uniques,  à égalité avec tous les autres.  C’est la première fleur.

 

Deuxième fleur de cet amour : contemplons en cette solennité, c’est que cet Amour est sans pourquoi.  Et il est sans justification aucune. On peut relire en long, en large, en travers, l’épitre de Paul aux Romains,  nous verrons bien que cet amour-là est gratuit.   Il est sans pourquoi.  On pourrait très bien à la limite ne pas répondre à cet amour-là.  On pourrait très bien ne pas aimer à notre tour,  à la limite de toutes les façons,  l’Amour que le Seigneur  Lui   le premier   a pour nous,   est sans condition. Mais cet  amour est tellement grand de toutes les façons qu’il ne peut que produire une réponse. Une réponse libre,  une réponse libre de nous-mêmes. Mais cet  Amour est sans condition.   C’est la deuxième fleur.

 

La troisième fleur en cette solennité du Sacré Cœur : c’est de se dire que,  l’amour, l’amour humain au Cœur de Jésus est extraordinaire  -   ça c’est clair  -  mais il n’est qu’un pâle reflet  de l’Amour que Dieu  depuis de toute éternité, a  pour toutes ses créatures.  C’est-à-dire  que cet Amour de Dieu est encore infiniment plus inimaginable,  en fait,   que tous ces amours extraordinaires que l’on peut concevoir avec notre tête, voilà.   Donc on a des représentations parfois du Cœur de Jésus (on voit une statue avec un cœur ou des tableaux du reste, des images pieuses).  Cet amour humain de Jésus est déjà  en lui-même extraordinaire,  mais il n’est qu’un reflet de l’Amour absolument infini  que le  Père éternel  a depuis toujours pour chacun.

 

Amen


Jeudi 27 Juin 2019

Gn 16, 1-12. 15-16

PS 105

Mt 7, 21-29

 

Alors nous sommes à la fin du discours sur la montagne qui dure deux chapitres chez Matthieu. Vous savez, ça a commencé par ces Béatitudes : «  Heureux les pauvres de cœur, le royaume des cieux est à eux » et depuis donc, maintenant  approximativement  deux semaines,  nous entendons jours après jours,  un extrait  de ce long  discours de Jésus, avec en son centre,  Jésus qui va dire deux choses  (c’est central) , la première  : «  Je ne suis pas venu abolir la Loi mais je suis venu l’accomplir  » et puis l’autre, on pourrait dire : la règle d’or  sous sa forme positive et affirmative  :  « Ce que vous voulez que les autres fassent pour vous, faites le vous aussi. »  Et alors à la fin  de ce discours que nous entendons,  une sorte de conclusion et d’appel à poursuivre ; eh bien au fond, l’interpellation que Jésus nous fait,   c’est : entendez ce que Dieu veut de vous et accomplissez-le.

 

Alors c’est un beau lien avec cette première lecture que tu as lue Pierrette,  où Ismaël signifie :   Le Seigneur entend. Le Seigneur entend,  mais est-ce que nous l’entendons, nous ? Est-ce que nous sommes capables d’entendre ce qui fait sa volonté ? Et à tel point que nous sommes capables d’y répondre ? Par l’engagement de toute notre liberté et de toute notre volonté ?   Quand on va dire tout à l’heure dans la prière du Notre Père «  Que Ta volonté soit faite » ; oui, mais laquelle ?  Au fond.  Laquelle ? Alors c’est là que nous sommes invités  et que le Christ continuera dans ses différentes prises de paroles et les signes qu’Il apportera,  les guérisons et tous ses retraits aussi quand Il sera tourné vers Son Père.  Il nous apportera des éléments pour mieux comprendre quelle est la volonté de Dieu que je suis amené à entendre dans ma vie.

 

Développer au fond un  sixième sens : cette écoute du Seigneur. Pour développer ce sixième sens, il faut le plus possible se méfier de nos cinq premiers sens.  Parce qu’en réalité,  à travers ces cinq  premiers sens,  c’est souvent la mienne de volonté que je fais ou celle des autres.   Alors on ne vit pas tout seul, il y a des autres  et on n’est  pas sans soi-même, d’accord.   Mais cette oreille  capable d’entendre ce que Dieu a à nous dire  ne se limite pas à la facilité.   Si je passe devant un marchand de glaces en pleine chaleur,  je pourrais comprendre que la volonté de Dieu est de rentrer chez le marchand,   mais est-ce vraiment cela ?

 

Alors je vous propose de toujours - autant que possible -  avoir comme petit critère de se méfier en nous  de ce qui pourrait être présomption,  de  ce qui pourrait être malice,  de  ce qui pourrait être doute, ce sont toutes sortes de choses qui viennent nous diviser nous-mêmes   et nous écarter de ce sixième sens,  de cette oreille spirituelle,  de ce murmure que le Seigneur vient nous faire. 

 

Et en revanche,  s’appuyer le plus possible sur cette capacité d’émerveillement  à travers la création,  à travers l’écriture  et  à travers  l’Esprit Saint. Voilà,   repérer  cela dans ma vie et continuer avec confiance à me dire  que,  jours après jours,  va s’affiner en moi cette oreille.

Voilà ce que je veux pour toi.

Demandons au Seigneur  qu’Il affine  cette oreille  et  à chaque fois que nous prierons  le Notre Père « Que Ta volonté soit faite »qu’Il nous donne en  l’Esprit Saint   d’entendre pour moi cette volonté et de m’engager tout entier dans ma réponse.

Amen


Mercredi  26 Juin 2019

Gn 15, 1-12. 17-18

Ps 104

Mt 7, 15-20

 

Cette image qui sépare assez radicalement les bons arbres des mauvais arbres, les bons fruits des mauvais fruits   nous dit quelque chose de ceux qui ont perdu la vie spirituelle et  ceux qui demeurent.Ceux qui portent des mauvais fruits sont ceux qui se sont laissé diviser en eux-mêmes par les séductions du démon.  Ils ont été jetés dehors,  en dehors de la vie spirituelle.  Divisés en eux-mêmes, ils vont adorer de multiples dieux.  Leur être est séparé en  multiples morceaux.  Ceux-là peuvent se laisser aller à la colère,  ils peuvent être des diviseurs autant qu’ils sont divisés en eux-mêmes.  Ils perdent cette énergie qui les élevait,  ils tombent vers les choses d’en bas.  Des mauvais arbres qui donnent des mauvais fruits.

 

Les bons arbres qui donnent des bons fruits sont ceux qui ne se sont pas laissés aller aux séductions du démon,   ou bien les quittent  au profit de Celui qui  est unité.   Ce sont ceux qui n’ont pas perdu l’image en eux-mêmes  de l’unité du Père du Fils et de l’Esprit. Ce sont ceux qui sont dans l’humilité et l’écoute de la Parole de Dieu.

Unifiés en eux-mêmes, ils servent l’unité.  Ils sont capables de contempler la beauté de Dieu en toutes choses.

 

Ceux-là sont comme Abraham et ses enfants, comme  Moïse et les prophètes,  comme David, Jean-Baptiste (que nous célébrions)  et  leurs fruits sont excellents puisque ce sont ceux de l’Esprit  Saint.

 

Amen


Lundi 24 Juin 2019  Nativité de Saint Jean-Baptiste

Is 49, 1-6

Ps 138

Ac 13, 22-26

Lc 1, 57-66. 80

 

Voilà,  c’est une fête qui est très belle et qui est toute pleine de lumière. Nous avons cette lampe qui brûle,  qui luit,  qui est Jean Baptiste et qui désigne le soleil levant :le  Christ. Le Christ que nous allons retrouver dans l’Eucharistie.  Et que nous pouvons retrouver et servir ou en tous cas,  nous  mouvoir vers Lui  pour la même  détermination et la même humilité que Jean Baptiste.

En fait,  cette fête est vraiment la fête du désir.  La fête de la joie spirituelle comme je le désignais tout à l’heure,  c’est-à-dire : ce mouvement qui nous prend au cœur et qui nous fait avancer toujours d’une  nuit vers une aurore.

 

Quand on célèbre la Nativité de  Jean Baptiste,  on célèbre bien le Christ. Mais avec tout nous-même.  C’est-à-dire  pas simplement notre tête,  nos idées,   pas simplement  la morale  bien apprise et la mieux  appliquée qui soit.   Mais aussi avec tout notre désir,  tel que c’est imagé  par cette idée de : avancer d’une nuit vers une aurore.

Paul dans les actes des Apôtres,  parle de Jean Baptiste comme  de celui qui a couru,  au terme de sa course,  il a cette idée.

Eh bien, nous sommes ainsi  -  non pas tellement dans la hâte  -  fût-ce-t-elle, du reste,  celle de Marie pour rejoindre sa cousine Elisabeth  -  mais plutôt dans l’idée d’avancer   toujours, toujours, toujours, toujours de la nuit vers une aurore,   car notre cœur est toujours désirant.   Voilà. Et c’est ce qui nous fait nous mouvoir.

 

En cette fête de la Nativité de Jean Baptiste,  demandons au Seigneur qu’Il nous fasse ce don-là de la joie spirituelle.Etre des chrétiens qui prions,  servons,  aimons avec notre cœur. Pas simplement uniquement pour répondre à un impératif  mais tout simplement parce que nous sommes aimés,  envoyés  par  le Père en Jésus  et  que le Fils aime le Père  en nous et  par nous.

 

Amen 


Dimanche 23 juin 2019 Solennité du Saint Sacrement

Gn 14, 18-20

Ps 109(110)

1Co 11, 23-26

Lc 9, 11b-17

 

Voilà, nous avons entendu l’évangile de  l’année A.   L’évangile qui est proposé cette année, c’est chez St Luc.  L’intérêt, chers amis, autant pour l’évangile chez St Luc que pour ce que nous rapporte Paul dans sa lettre qu’il adresse aux Corinthiens,  c’est que,  il y a le rappel que Jésus célèbre son dernier repas et partage le pain la nuit.  La nuit, où Il fut livré. La nuit où Il fut livré,  ça  c’est  ce que nous rappelle Paul.  Il dit : «  J’ai reçu des disciples cette tradition : la nuit où Il fut livré : Jésus prit du pain,  du vin,  Il bénit, rendit grâce et l’offrit. »   Ce que nous dit l’évangile de Luc,  c’est que au moment  effectivement de ce dernier repas, la nuit tombe.

 

Chers amis,  la nuit c’est une réalité dans  notre vie spirituelle que nous n’habitons peut-être pas assez.  Nous voyons ce que signifie la nuit, c’est-à-dire  - en ce moment elles sont courtes, du reste -  mais c’est le moment du repos,  ça peut être parfois le moment de quelques peurs,  pour ceux qui sont soumis à des nuits blanches  ça peut-être le moment de la grande attente,  la nuit.  Mais c’est aussi pour le chrétien,  la nuit, c’est le moment de la faim.   La faim.

 

Il y a une extraordinaire parabole que Jésus raconte,  que nous avons coutume d’accueillir chaque fois qu’il s’agit de parler du  pardon. Vous savez, c’est cette parabole dite du fils prodigue. D’ailleurs, on pourrait se demander qu’est-ce qui est prodigue dans cette parabole, est ce que c’est le fils ?  Qui dépense sans mesure, donc il est prodigue par rapport à toutes les personnes qu’il rencontre, notamment des femmes.  Est-ce que c’est le père qui est prodigue envers le  fils puisqu’il lui donne tout son héritage ?  Et plus encore puisqu’il va l’accueillir à la fin,  une fois que le fils retournera à la maison.   En tous cas dans  cette parabole, un fils,  le deuxième et le dernier,  quitte la maison avec tout son avoir  et part au loin.  Il dépense tout ce qu’il a,  peut-être de manière prodigue.  Et…   Il finit par avoir faim…  Il a très, très faim…  Au point que,  il va enfreindre les limites, il va transgresser les interdits,  il va aller jusqu’à manger ce qui est offert en nourriture aux cochons, ou tout du moins il aimerait bien.  Il a faim.  Et il va tellement transgresser toutes ses limites personnelles qu’il va aussi oser remettre en question sa décision de quitter son père.  Il l’a quitté, mais  il va lui falloir rentrer en lui-même et  dire il faut que  je retourne chez mon père,  ce n’est pas possible…  La faim.  Alors évidemment dans cette parabole, ce n’est pas la nuit, mais c’est la faim.   Mais la nuit est pour tout ce qui est rituel  -  notamment les prophètes dans l’ancien testament  -  le lieu de l’épreuve.  Quand on a faim,  on pourrait presque espérer que les pierres deviennent du pain.  Jésus  qui dans le désert y est poussé par l’Esprit Saint,  va être tenté pendant quarante jours.  Il fera jour, il fera nuit,  mais il a faim et  Il va rencontrer  le tentateur qui pourrait le faire transgresser toutes les limites et finir par ….  Imaginez que…  Les pierres deviennent du pain… 

 

Alors nous sommes renvoyés  frères et sœurs chacun vers nos expériences de nuit et de faim. Quelles sont nos nuits et nos faims ?  Nous sommes des affamés.   Cessons de penser que nous sommes des repus.  Il est bon que nous connaissions la faim,  la vraie faim.  Celle qui nous fait dire :  « Il faut que je retourne dans la maison de mon Père. »

 

Alors cette solennité du corps et du sang de Jésus nous est offerte. On l’appelle un mystère. Pourquoi ?  Parce que seuls ceux qui connaissent cette faim,  peuvent,  contempler dans leur cœur, l’immense prodigalité  ou  générosité du Père pour le Fils.   Jésus  lève les yeux au  ciel au moment où Il multiplie pains et poissons.  Il est tourné vers son Père.   Et le Père Lui donne la capacité de multiplier cette quantité infiniment  petite de pains et  poissons en une abondance extraordinaire.  Seul un cœur affamé peut contempler cet Amour divin.  Mais nous, quand nous avons faim,  nous ne pouvons pas  multiplier,  nous ne pouvons pas créer l’Amour ;  car un homme ou une femme qui a faim,  que va-t-il  faire ?   Il va dévorer,  il va commencer par dévorer du regard, toute proie autour de lui.   Il finira par peut-être dévorer physiquement ces proies autour de lui et finir par se dévorer lui-même,  et dévorer la planète dans laquelle il se trouve.  L’homme ne peut pas créer cet Amour, il ne peut que le recevoir. Le demander.  Comme Jésus tourné vers son Père,  Il reçoit du Père   et   Il nous l’offre.

 

Devant ces expériences de nuit et de faim,  eh bien,  nous avons ce pain  et ce vin.Nous le recevons comme nourriture, qui vient nous dilater  et  au lieu de nous transformer en nourriture les uns les autres,  nous transforme en frères  pour que nous ne nous dévorions pas chacun,  pour que nous ne mangions pas notre planète,  que nous ne mangions pas nos propres corps.  Mais que nous nous nourrissions de l’unique pain -  corps du Christ offert pour nous, sang du Christ offert pour nous  -  et nous devenons donc des frères  parce que nous partageons le même corps et le même sang.  Contemplons au creux de notre nuit  ce qui est pour nous lumière,  lumière de la foi.  La prodigalité du Père pour le Fils et devenons à notre tour lumière autour de nous. C’est quoi cette lumière autour de nous ?C’est les fils qui se nourrissent au même pain, au même vin,  au même corps et au même sang.   Partout où il y a des chrétiens qui prennent,  qui bénissent,  qui rompent et qui partagent,  il y a de la lumière.  Au lieu de s’entre-dévorer,  il y a cette lumière de ceux qui sont dans le prendre,  bénir,  rompre  et partager.

 

Voilà, c’est le mystère de l’Eucharistie,  évidemment l’Eucharistie,  ça ponctue nos semaines,  parfois nos journées.  Certains nous y  recourrons  occasionnellement,  d’autres comme par habitude. Pour  certains  c’est une nécessité, pour d’autres,  pas tellement.  Mais c’est une célébration :un mystère absolument central.  

 

Au creux de nos faims : cette lumière.  Le Père  donne tout au  Fils.  Et nous, nous devenons lumière au milieu  de la faim  du monde :   F  - A  - I  - M  -  chaque fois que nous prenons, bénissons, nous rompons et nous partageons ce pain et ce vin.

Rendons grâce pour ce cadeau que le Seigneur nous fait.   Et sachons que l’Eucharistie est toujours neuve   et   actuelle. C’est la raison pour laquelle nous ne pouvons pas y recourir par habitude. Il faut  toujours autant que possible,  demander  à  l’Esprit Saint  que cette Eucharistie  soit pour nous toujours nouvelle.

 

Amen


22 juin 2019 Juvancourt Messe d’action de grâces pour les Sœurs du Très Saint Sauveur

 

Introduction

Le départ de la communauté des Sœurs du Très Saint Sauveur qui était depuis tant d’années à Clairvaux est bien évidemment un grand sujet de regret et de tristesse pour nous tous.

En cette fête de la solennité du Corps et du Sang du Christ, et au moment de saluer Sœur Chantal Parmentier qui représente la Mère Générale de la Congrégation et toutes les sœurs qui ont œuvré à Clairvaux et dont certaines sont présentes ce soir, je me dis que nous n’avons pas le droit d’en rester à la tristesse. En considérant tout ce qu’elles ont été et ont réalisé dans le cadre de la Fraternité St Bernard et en dehors, en considérant leur témoignage d’accueil, de disponibilité à tous, le ministère de consolation et de réconfort qu’elles ont exercé pour les familles des détenus de Clairvaux et plus récemment pour les pèlerins de la Via Francigena faisant étape, en considérant leur présence et leur engagement sur le territoire paroissial, leur proximité à l’égard de tous, on ne peut que laisser monter de notre cœur une grande action de grâce. Par leur action inlassable, elles ont permis que le Royaume de justice, de paix, d’amour, soit davantage visible dans cette terre où la justice humaine condamne et met à l’écart. Elles ont consacré leur vie à l’annonce de la Bonne Nouvelle de l’amour et du pardon.

Leur message doit rester infiniment présent parmi nous et d’autres doivent le porter. Le meilleur merci que nous puissions leur dire, c’est de reprendre leur flambeau pour accueillir avec générosité et sans discrimination tout homme et toute femme qui frappe à notre porte, pour permettre à chacun de vivre et de renaître, pour reconnaître en chacun la dignité des enfants de Dieu. Dans notre prière d’aujourd’hui et de demain, demandons au Seigneur de susciter les énergies, le courage et l’espérance qui nous permettront de prendre leur relève. Le départ des sœurs donc nous interroge sur notre propre réponse à l’appel que Dieu nous adresse d’être ses disciples dans le quotidien par notre manière de nous aimer les uns les autres. Reconnaissons nos manques et nos faiblesses à cet égard.

 

Homélie   Lc 9, 11b-17

Dans ce passage de l’Evangile de Luc, Jésus est mis en scène dans toute la cohérence de la mission que lui a confiée son Père. Il va son chemin pour remplir cette mission qui est d’annoncer et de réaliser le salut de Dieu. Il pose les actes qui s’imposent à lui dans l’histoire qu’il partage avec les hommes. Il guérit les personnes qui en ont besoin et qui se présentent à lui. Il agit dans une situation profondément incarnée, une situation qui est aussi la nôtre. C’est la situation de tout être humain à laquelle Jésus répond avec ce qu’il a à apporter. Il donne à ces situations humaines le sens qui l’habite, un sens pour tous, une promesse pour tous, la promesse adressée à tous et à chacun, celle du Règne de Dieu et il pose les actes qui correspondent à sa Parole. Il donne ainsi dans cette scène à ce qui est un regroupement humain la chance d’aller plus loin. Des signes du Règne de Dieu sont posés par les dons qu’il réalise.

Cette cohérence de Jésus, de la manière dont il vit la mission qui est la sienne, est située face aux disciples dont il attend qu’ils s’inscrivent dans la même démarche que lui. Dans la situation précise de cette scène évangélique, comment répondre aux manques constatés ? On peut les gérer avec réalisme. C’est le premier réflexe des disciples qui disent à Jésus : « Renvoie cette foule, qu’ils aillent se chercher à loger et à manger », car l’endroit où ils étaient était totalement dépourvu de moyens. Une gestion réaliste, c’était de disperser les personnes pour que chacun trouve sa pitance par lui-même. Telle n’est pas la réponse de Jésus. Sa réponse se situe même à l’opposé de cela. Il n’est pas venu pour disperser, mais pour renforcer le rassemblement. Quel que soit le peu dont on dispose, on peut mettre ensemble les personnes et créer à partir de ce peu une vie qui se donne, qui se transmet et qui comble. Tel est le message du Royaume que le Christ est venu porter aux hommes. Mais pour cela il faut que les disciples comprennent que ce qu’ils ont à disposition n’est pas rien. Les cinq pains et les deux poissons, portion de disette selon des critères de gestion efficace, sont au contraire une immense richesse dès lors qu’ils deviennent les moyens d’un partage, d’un rapprochement, d’une communion.

 

Jésus appelle ses disciples et nous aujourd’hui à une vraie conversion. Il nous convoque à la foi et à la confiance. Dans chaque Eucharistie, nous sommes invités à vivre la communauté rassemblée autour de lui, nourrie de sa parole et de son pain. Devant ces gens qui écoutent et ont faim de sa Parole, Jésus appelle ses disciples à avoir confiance : « Donnez-leur vous-mêmes à manger ». Cinq pains et deux poissons. Le trop peu est partagé et devient abondance. Tous mangèrent et ils furent rassasiés. Les disciples découvrent qu’ils peuvent à leur tour nourrir les foules, donner espoir et répondre à la faim de leurs contemporains.

Il est bien difficile de répondre aux faims et aux soifs de notre monde avec le peu de moyens que nous avons. Notre Eglise est en permanence appelée à se mettre en face de ce secret de la multiplication des pains de Jésus qu’elle doit savoir accueillir par-delà tous les signes de décroissance qui pourraient l’accabler. Nous sommes aujourd’hui à tout moment affrontés aux discours lamentatoires de ceux qui au nom de statistiques décisives considèrent que l’Eglise est en posture catastrophique : chute du nombre des prêtres, chute du nombre des chrétiens, chute du nombre des catéchisés, fermeture des communautés religieuses. Forts de ces constats, nous pourrions être tentés d’en rester à gérer la crise. Mais il ne suffit pas qu’on regroupe les paroisses parce qu’on manque de prêtres. Quand on les aura toutes regroupées, il n’y aura plus qu’une seule et après qu’est-ce qu’on fera pour l’assumer ? Il faut au contraire repérer tous les signes de la vie du Royaume qui sont présents au cœur de notre réalité humaine. Avec eux on surmultiplie l’espérance, on ouvre des chemins de vie, on construit des mondes nouveaux.

 

Vous le savez déjà dans le Bar sur Aubois ; vous avez pu déceler toutes les petites réalités de vie spirituelle et ecclésiale qui habitent ce territoire : les équipes, les groupes de prière, les catéchumènes, et bien d’autres réalités encore, et vous avez pu comprendre déjà qu’elles étaient les pierres de fondation d’une vaste communauté que le Christ ne cesse de venir rassembler. L’Eucharistie que nous fêtons en cette solennité du Corps et du Sang du Christ est un don, c’est le don suprême que nous fait l’amour de Dieu en Jésus-Christ. Ce don n’est pas relatif à une organisation. Il est la marque de la profusion du Royaume de Dieu.

Bien-sûr beaucoup peuvent se dire : si nous n’avons plus l’Eucharistie, faute de prêtres, comment pourrons-nous accéder à cette profusion du Royaume ? Seuls nous ne pouvons presque rien. Mais avec d’autres, nous pouvons écouter, accompagner, aller plus loin. Notre foi nous appelle à nous engager aux côtés de nos frères et sœurs en humanité, sûrs que le Christ marche avec nous. C’est ce que vous avez su faire mes sœurs. Je suis sûr que vous en avez été récompensées bien souvent en voyant face à vous une sourire éclairer un visage d’homme défiguré par le malheur ou la faim. Si nous savons mettre ensemble tout ce que l’Esprit met dans le cœur de chacun, alors ce trésor fructifiera et nous pourrons attendre la plénitude de ce Royaume de justice, d’amour et de paix, pour lequel nous rendons grâce chaque fois que nous sommes rassemblés. Le Christ ne cesse de nourrir son peuple, de donner la vie et de la donner en abondance. Notre prière aujourd’hui peut se faire confiante : il saura susciter ce dont le monde a besoin pour vivre cette plénitude de vie.

 

+Marc STENGER

 

Evêque de Troyes


Vendredi 21 Juin 2019

2Co11, 18. 21b-30

Ps 33

Mt 6, 19- 23

 

Voilà,  ce texte de l’évangile est un des textes fondateurs de ce que l’on appelle   la vie mystique. C’est-à-dire, vivre avec l’aide de Dieu,  ce que Jésus  Lui-même  a vécu  dans son intimité avec son Père.  Tout disciple de Jésus ne peut pas toujours être dans le don,   il lui faut aussi recevoir.  Tout disciple de Jésus ne peut pas toujours marcher sur les routes qui le conduisent de Galilée à Jérusalem,   il lui faut aussi partir à l’écart   et se reposer un peu.Tout disciple de Jésus ne peut pas être en permanence  à accueillir toutes sortes de demandes,   il faut aussi nourrir et se nourrir.

La vie mystique consiste  donc -  à la lumière de cet évangile, comme d’autres du reste  -  à se dire que,  il n’y a pas de limites en Dieu :

 

Si nous pensons la lumière : Dieu est lumière plus encore que la lumière que nous pensons. Si nous pensons la sagesse : Dieu est d’une sagesse encore plus grande que la sagesse que nous pensons.   Si nous pensons à la puissance : la puissance de Dieu est bien supérieure encore.  De même pour la justice,  si nous la pensons la plus parfaite  possible,  celle qui pourrait mobiliser le plus d’énergie possible,   mais   la justice de Dieu est plus grande encore.

 

Il y a un au-delà,   pour tout homme qui se tourne avec Jésus vers le Père. 

Souvenons-nous hier,   nous évoquions la prière du Notre Père.Il y a  un au-delà.   Et celui qui vit comme disciple de Jésus tourné vers le Père,   porte en lui cette tension :   Dieu est au-delà de ce que je peux. De ce que je comprends.  De ce que je peux faire,   et de ce que je peux dire.

Mais ce disciple-là  n’est pas condamné à constater son impuissance.   Le Seigneur peut lui faire le don de recevoir son Amour,  lorsqu’il constate que Sa puissance,  Sa lumière,  Sa sagesse,  Son amour  sont plus grands que tout.Paul dans sa lettre  aux Corinthiens le dit à sa façon,  il ne cesse de le dire depuis que nous avons commencé la lecture de cette deuxième lettre aux Corinthiens, la semaine dernière.

 

Demandons au Seigneur  -  si nous le voulons bien  -  qu’Il nous conduise à l’écart,  un peu.   Pour  nous reposer.   Qu’Il nous permette de nous nourrir.   Qu’Il nous permette d’être avec Jésus dans cette intimité du Fils tourné vers le Père.

 

Amen


Jeudi 20 Juin 2019

2Co 11, 1-11

Ps 110

Mt 6, 7-15

 

Dans ce discours sur la montagne apparaît cette prière que Jésus  enseigne à  ses disciples.  A eux qui dans l’Esprit Saint sont devenus des fils comme Lui,  ils doivent s’adresser à Dieu comme à un Père. La troisième demande et la septième demande du Notre Père,  sont propres à Saint Matthieu.  On ne les trouve pas dans les autres évangiles.

 

La troisième demande : « Que ta volonté soit faite.»  La septième : « Délivre-nous du mal. »
On peut retrouver la prière de Jésus  à  d’autres moments de sa vie,  dans ses demandes, en particulier toujours  chez St Matthieu quand Jésus agonise à Gethsémani   : « Père, non pas ma volonté, mais Ta volonté. Que Ta volonté soit faite. »

Et la septième demande, nous la retrouvons sous la plume de Saint Jean dans cette grande prière au chapitre dix-sept,  que Jésus adresse à son Père.  Il prie pour l’unité de ses disciples, un peu avant d’être arrêté.  Et  Il dit à son père : « Je ne te demande pas de les retirer du monde,  mais,  qu’ils soient préservés du mal. »

 

Faire la volonté du Père,  c’est : s’aimer les uns les autres,  commandement premier et ultime.  Et c’est vivre en Christ, en Lui.  Voilà, ça s’appelle : la Vérité.   La professer et vivre dans la Vérité.   Etre de la Vérité.   Vivre en Christ.Et nos relations humaines,  elles  sont des relations en Christ.   Par Lui, avec Lui et en Lui.   Et par son Amour,  vivre  cette relation qu’Il a essayé de vivre avec ses disciples.

Comptant sur sa grâce seule  -  c’est  la semaine dernière, dans la liturgie quotidienne avec  Paul au début de la deuxième lettre aux Corinthiens (vous vous rappelez)  -  la Grâce.  

Comptons sur cette Grâce pour nous amender.

 

Délivre-nous du mal,  c’est  là aussi un acte de foi.   Si Jésus, nous croyons,  a  donné Sa vie  librement dans l’Amour,  Il a vaincu le mal.  Nous lui donnons un nom, à  ce mal,  c’est : satan, le diable, le diviseur.  Celui justement qui divise les fils,  qui démembre le corps.  Le corps de chacun  mais le corps de  Christ aussi.  Et le monde.

Mais  Jésus par sa mort a fait tomber le mur de la haine.   Il est plus fort que ce mal là.

Lui,  le premier d’entre les morts.  Il nous donne l’intime conviction que nous pouvons être préservés de ce mal.  Ce mal ne peut pas nous vaincre.   Jamais.   Si nous sommes attachés à Lui. 

Vivre en Christ.  S’attacher de toute notre foi à Lui et à la Puissance de sa Croix.

Amen


Mercredi 19 Juin 2019

2Co 9,6-11

Ps 111

Mt 6, 16. 16-18

 

L’original  grec de ce début du chapitre six de Matthieu,  est beaucoup plus riche que ce que la traduction liturgique nous rapporte.  J’ai  lu : « Ce que vous faîtes pour devenir des justes, évitez de l’accomplir. »Dans l’original grec, il faut lire : « Gardez-vous. »  «  Défiez-vous »  « Défiez-vous de vous-même »  « Prenez-garde à  vous-même ».

Une sorte d’injonction qui à mon avis,  est beaucoup plus large de sens,  que le simple :« Evitez de l’accomplir ».

 

Après ce temps que nous avons passé ensemble - très long,  entre le début du Carême,  le Carême, Pâques,  les jours qui ont  suivi  -  nous avons glané au fond dans les champs, un certain nombre d’intuitions,  un certain  nombre de lumières.  Peut-être avons-nous trouvé des puits spirituels, quelques ouvertures qui nous permettent de trouver le Père, au plus secret.

Mais il ne faut pas relâcher le travail.  Nous sommes revenus au temps ordinaire et nous pourrions laisser  se refermer  bien vite  tout ce qui s’est ouvert.  Nous pourrions perdre bien vite  tout ce que nous avons  glané.  Le puits peut se reboucher.  L’arc se détendre. Et écoutons  donc cette injonction : « Gardez-vous,  défiez-vous de vous-même. »   Ne vous relâchez pas.   Car bien vite,  au lieu de puiser à la source du Père qui est au plus secret de nous-même,  nous pourrions retomber dans ces jeux de regards qui nous font,  si vivre,  tant vivre les uns les autres. 

 

Trois exemples que Jésus nous rapporte dans l’évangile  (vous savez que c’est cet évangile que nous entendons  au début du Carême,  justement)   :« Quand tu fais l’aumône, ne te donne pas en spectacle » «  Méfie-toi du regard des autres et  de ce que tu peux en attendre » « Quand tu pries, cache toi, ne te donne pas en spectacle.  Méfie-toi du regard des autres.  Garde toi d’en attendre quelque chose. »« Et lorsque tu jeunes, ne te donnes pas en spectacle,  méfie-toi du regard des autres.  Garde toi d’en attendre quelque chose. »

 

En fait l’évangile met dans une balance,  le Père qui est là au secret du cœur,  d’un côté,et le regard des autres qui nous fait tant vivre,  de l’autre.

Ne laissons pas se refermer trop vite le puits qui s’est ouvert  et dans lequel nous avons  pu puiser pendant ces fêtes Pascales.

 

Amen


Mardi 18 juin 2019

2 Co 8, 1-9

Ps 145

Mt 5, 43-48

 

Cet extrait de la deuxième lettre de Paul aux Corinthiens fait l’éloge des Eglises de Macédoine qui sont particulièrement généreuses.  Nous pourrions parler de ces Eglises de Macédoine à tous ceux et toutes celles qui ne donnent pas encore au denier de l’Eglise.  Car il ne s’agit ni plus ni moins de cela en réalité.

 

Dans cet évangile, nous sommes toujours à la suite du discours de Jésus sur la montagne, chez St Matthieu.  Et peut-être que nous pouvons revisiter notre relation à la Croix, à travers ces quelques versets.

La puissance de la Croix qui transforme les inimitiés en amitiés,   les divisions en communion.

A la lumière de ces versets, on peut aussi,  jusqu’à se demander comment la Croix vient transformer tout ce que je peux ne pas aimer  en moi-même.

Et souvent, ces choses-là contribuent  -  à vouloir dans notre relation  avec le Seigneur  -  être méritant.

 

Or,  il n’y a que  la foi  qui justifie.  Et pas notre mérite.

En revanche ce qui nous revient :  c’est que de toute notre force,  de toute notre volonté,  de toute notre liberté :

 

Nous nous attachions à la Croix  pour que  se transforme par sa puissance 

Ce  qui en nous n’est pas beau  en beau.

Toutes les inimitiés en amitiés.

Toutes les divisions en communion.

 

Amen


Dimanche 16 juin 2019   La Très Sainte Trinité

Pr 8, 22-31

Ps 8

Rm 5, 1-5

Jn 16, 12-15

 

Voilà, alors chers amis, c’est une fête qui peut nous paraître comme ça, à première vue, bien étrange : la fête de la Sainte Trinité. Ca nous renvoie à  un élément de la foi chrétienne qui peut paraître assez… assez costaud, en fait.

Dieu, Il est Un en trois personnes. Donc hier les enfants ont dit leur foi en la Trinité,  puisque quand on dit le Credo, cette profession de foi du baptême : on dit qu’on croit en Dieu le Père tout puissant,  on dit qu’on croit en  Jésus son Fils unique, on croit en l’Esprit Saint. C’est ça la Trinité.

Alors la Trinité, c’est tenir ensemble, absolument, absolument, sans jamais les dissocier - jamais, jamais, jamais - tout ce qui est à la fois, la répétition du même,  et en même le temps le différent.  Il faut le tenir ensemble.

 

Et en réalité,  c’est très complexe de le tenir ensemble. Alors on dit que Dieu  -  Dieu, ça marche bien en Dieu, c’est un beau modèle  -  répétition du même et de la différence.  Alors pourquoi on professe la Trinité, nous les humains ?  Voilà  parce que c’est difficile pour nous. Eh bien c’est parce que nous sommes toujours en construction, notre vie est comme ça une construction permanente.  Et nous voulons de plus en plus devenir des bons compagnons de nous-mêmes. C’est ça l’enjeu.

 

Pour ces jeunes de la profession de foi, pour leurs parents, pour leurs grands-parents, quelque soient nos âges.  L’enjeu et  à la limite, j’ose même dire : même si on ne pratique pas, voire même si on ne croit pas  :  l’enjeu humain, humain,  c’est d’être des bons compagnons de soi-même.  Je vais vous donner un exemple. Qu’est-ce que c’est une personne qui n’est pas un bon compagnon d’elle-même ?  Eh bien par exemple une personne stressée, alors il y en a tout de suite, tout d’un coup qui ouvrent les yeux en disant : « ben tiens, déjà que  je ne suis peut-être pas un bon compagnon de moi-même, pour commencer. »  Le stress. Le stress, c’est un symptôme.  Courir de plus en plus, le temps qui est de moins en moins approprié,  je vois de plus en plus de choses à faire dans un temps de plus en plus réduit.  Des peurs de toute nature, l’impression que je passe ma vie à courir après mon ombre, ça c’est ne pas être un bon compagnon de soi-même.  Porter son passé comme si je tirais une lourde valise, de plus en plus difficile comme ça à tirer,  ne pas être compagnon de soi-même. L’avenir m’inquiète, je n’ose même pas faire d’enfants car on ne sait même pas quoi leur offrir demain, quoi ?  Ca  c’est ne pas être très bon compagnon de soi-même. J’ai peine à m’engager dans l’aujourd’hui, c’est fatiguant d’être maire dans la commune parce que tout le monde m’en veut dès que je deviens maire dans la commune. C’est compliqué de s’engager pour le bien commun parce que tout d’un coup, tous les problèmes du monde me tombent sur les pieds. Je ne veux plus faire ça,  ça ce n’est pas être bon compagnon de soi-même non plus.

 

En revanche, être bon compagnon de soi-même, on pourrait dire que c’est l’inverse d’une certaine façon.  C’est l’inverse, il y a de la confiance, il n’y a pas de stress du tout.  Je ne suis pas du tout dans la volonté de maîtriser les choses ni moi-même ni les autres, puisque les choses me sont données. Même ma vie,  elle m’est donnée. Je ne la prolongerai pas un instant de plus si je suis super stressé. A quoi ça sert ?  Et pourtant, on l’est.  Mais en revanche si je reçois ma vie comme un don, eh bien déjà en plus, c’est tout « bénéf »  parce que, en plus, déjà c’est un cadeau et ça fait du bien, et en plus je n’ai même pas à être stressé,  ça fait du bien quand même, hein ?   Ca c’est être bon compagnon de soi-même.

 

Un bon compagnon de soi-même, c’est de se dire : mon passé, je le porte et puis même,  je ne le porte pas complètement tout seul. Il est ce qu’il est, je ne peux pas le changer, voilà.  Et puis mon avenir, il m’est donné aussi, il ne dépend pas complètement que de moi, hein ?  C’est sûr que tous les jours, je fais des choix qui ont des conséquences - mais -  il ne dépend pas que de moi cet avenir.  Et puis au fond, servir les autres de manière gratuite, oui  ça peut être difficile bien entendu mais  d’abord il faut bien qu’il y en ait qui s’y collent pour commencer,  et puis ensuite, cela ne se fait pas sans les autres.  Parfois cela devient insupportable, parce que quand on veut servir le bien commun, on pense que tout dépend que de nous-mêmes ; alors évidemment je comprends que c’est dur, quoi, hein ?  Mais si jamais  je peux le faire avec d’autres ; les autres, ils apportent leur part,  ça c’est être bon compagnon de soi-même.

 

Voyez ça c’est un fondamental humain, il ne suffit pas de croire que ça profite en Dieu,  mais ;  moi par contre   -   par contre ma foi   -   de chrétien et de prêtre Guillaume  Langlois  :  c’est de dire que si je suis attaché à Christ,  si je suis attaché à Christ  je peux être bon compagnon de moi-même  -  elle me permet de l’être.  Voyez.

Alors être attaché à Christ, ça veut dire quoi ?  C’est comme quand vous allez dans la tour du donjon à Nigloland.  Il y en a qui sont déjà allés dans la tour du donjon à Nigloland, là ?   On s’agrippe à son fauteuil quand même (je ne veux pas dire, mais quand même quand on est tout en haut, on ne fait pas les fiers : on s’agrippe, on s’attache). Ben, c’est pareil avec le Christ  :  si je n’ai pas ce sentiment de m’attacher à Lui,  de toutes mes forces,  hein ?  Eh bien, c’est que je ne suis pas encore attaché à Lui, c’est aussi simple que ça.

 

Etre attaché à Christ c’est naître dans cette belle fidélité à moi,  mais tout d’un coup, avec le monde aussi.  Etre bon compagnon de soi-même c’est être aussi, cohérent, je ne peux pas toujours être par exemple,  uniquement dans des questions d’unité, comme ça : oui,  il faut que le monde soit uni, la communauté soit unie…. A ne parler que de ça, ne vouloir que ça,  le danger c’est être dans l’uniformité, dans le même,  le culte de la ressemblance. Mais on n’en étouffe, on en crève. A l’inverse ; on peut être des chantres au contraire de la différence : ah… Il faut que tout le monde ait sa place, de toutes les couleurs, de toutes les manières d’être  (c’est bien aussi) ;  mais à trop l’être  comme ça,  paf ; mais  tout se désocle.

Les deux, faut tenir les deux : ensemble, ça c’est être bon compagnon de soi.  On trouve cela en Dieu.   Etre attaché à Christ,  c’est se dire : ce modèle qui est en Dieu,  il se réalise en nous, par nous, avec nous. 

 

Alors quand le prêtre, à la fin de l’Eucharistie, présentera le Corps et le Sang du Christ,  il dira :« Par Lui, avec Lui et en Lui,  à Toi Dieu le Père tout puissant dans l’unité du Saint Esprit, tout honneur et toute gloire pour les siècles des siècles. »  Le prêtre ne dit pas le Fils, c’est normal puisque le Fils il  L’a  dans les mains : c’est le corps et le sang.

Eh bien, cette unité-là, parce que nous allons communier et parce que nous y croyons, hein ?  Nous  croyons !  Eh bien, cette unité qui est ni uniformité ni culte de la différence absolue, elle est là,  elle se réalise par nous, voilà.  C’est presque aussi simple que ça si vous trouvez que c’est simple.

Chers amis, soyez attachés au Christ. 

 

Je ne peux pas vous dire plus, après cela ne dépend que de vous, hein ? Je ne peux pas l’être à votre place,  je le suis pour ma part, et c’est déjà quelque chose.  C’est déjà un grand travail.

Vous allez trouver sur vos chaises - mais il n’y en a que un quart par rapport à toute l’assemblée que vos êtes - un prospectus - Monsieur, vous l’avez dans la main, il parle du denier de l’église. Je le fais parce que mes supérieurs disent : « il faut en parler,  absolument »   et c’est le moment parce que l’église, elle est comme la Trinité.  L’Eglise, elle est ici toute entière mais elle est aussi ailleurs en même temps et tout se tient.  Et le denier de l’Eglise que vous allez mettre à la quête tout à l’heure,  c’est pour nous ici,   et  pour les autres, voilà. Les salariés,  ceux qui font du caté (il y a une personne qui est salariée  pour le caté,  pour le prêtre et les prêtres d’ailleurs,  eh bien il y a le denier de l’Eglise. Si vous donnez déjà, donnez-le à votre voisin de chaise.  Si vous pensez que vous ne voulez pas donner, eh bien  donnez à celui de derrière.  Ne le déchirez pas, l’emporter cela ne vous engage à rien,  mais peut-être que ça vous engagera peut-être,  à donner simplement.

 

Chers amis, attachez-vous à Christ, et en ce jour de fête de La Trinité Sainte, confions  chacun de ces enfants pour qu’ils puissent rentrer  aussi dans cette foi vivante.

 

Amen


Jeudi 13 juin 2019

2Co 3, 15 à 4, 1. 3-6

Ps 84

Mt 5, 20-26

 

Ce discours sur la montagne qui se prolonge jusqu’au chapitre sept chez Matthieu après les  Béatitudes. On entend Jésus qui va comme les grains d’un chapelet, faire venir régulièrement : on vous a dit : Moi Je vous dis.  Avec une alternance : loi ancienne - loi nouvelle. Et qui fait un peu écho à ce que Paul dit dans la lettre aux Corinthiens.  La façon dont il essaie de concilier la loi de Moïse avec la façon nouvelle que le Christ a eu d’apporter le Salut et faire tomber le mur qui séparait les  juifs des païens.

 

En fait,  Jésus est absolument la Nouveauté,  Jésus est la Puissance Créatrice.  Jésus est Celui qui,  à partir d’un donné primordial  va faire, va apporter la vie,  la création et  la transformation.  Alors Il ne vient pas  - on l’a dit, on le redira et on passera son temps finalement  dans notre prière  - à se dépatouiller avec ça - il ne vient pas faire disparaître la loi ancienne.  Il ne vient pas faire disparaître notre nature, Il ne vient pas faire disparaître nos racines.  Il ne vient pas faire disparaître l’Ecriture.  Il ne rend pas caduque notre Tradition.  Il ne cesse de les porter à leur accomplissement.  Alors il y a toujours cette idée d’un dynamisme,  d’une énergie créatrice,  qui transforme tout ça.  Il n’annule pas.  Il transforme tout cela.

 

Il faut tenir les deux.  C’est le propre du Christ.  C’est ce qui se passe à la Croix.  Mais c’est  ce qui se passe aussi avec l’Incarnation,  notre chair ne disparaît pas avec la venue de Dieu.  Et puis l’inverse aussi avec sa mort et sa résurrection,  notre nature ne disparaît pas au fur et à mesure qu’elle est tirée vers Dieu.  Non les deux, les deux se tiennent.  C’est une puissance.

 

Alors très concrètement, nous sommes dans un versant moral dans ce discours sur la montagne. Jésus pousse à son extrême cette morale.  S’il y en a un parmi vous qui a quelque chose contre son frère : qu’il ne vienne pas communier.  Il va d’abord se réconcilier avec son frère.  Normalement, eh bien, tous ceux qui communient se sont déjà réconciliés avec leur frère : donc,  ça veut dire que personne n’a rien contre son frère.  Ou alors ça devrait être l’inverse : personne ne vient à l’autel.   Parce que personne n’est allé encore régler ses dettes avec ses frères.  S’il y en a un parmi vous qui traite de fou son frère, il va au tribunal.  Alors,  donc cela veut dire que personne ne traite son frère de fou.  Ou bien, il faudrait qu’ils agrandissent le tribunal parce que bientôt beaucoup vont y aller.

 

Vous voyez la manière dont Jésus pousse à son extrême. Que ça nous juge ? Tant mieux, oserais-je dire.  Mais que ça nous montre sa puissance au Christ,  Puissance  Créatrice. C’est encore mieux aussi.  Une puissance qui nous emporte, qui fait éclater en nous toutes sortes de murs intérieurs.

 

Quand nous allons communier,  nous allons recevoir le Corps du Christ,  et que ce Corps du Christ soit pour nous cette Puissance du Christ.  Cette Parole qui à partir de rien, eh bien elle vient distinguer le ciel de la terre,  la lumière de la ténèbre, cette Parole qui vient faire en nous toutes choses nouvelles. Elle est renfermée dans ce Corps que nous allons recevoir,  dans ce sang qui est versé pour nous.

 

Amen 


Mercredi 12 Juin 2019

2Co 3, 4-11

Ps 98

Mt 5, 17-19

 

Voilà depuis Adam, nous souffrons - pour peu que nous en ayons conscience - d’une sorte de blessure qui suppure en permanence dans nos vies, chez chacun d’entre nous et qui produit au fond, une sorte d’auto justification, devant soi, devant les autres, devant Dieu.   Et pour ce qui concerne Dieu,  puisque nous sommes là pour l’Eucharistie,  eh bien  nous pouvons avoir une piété qui soit vraiment de l’ordre de l’effort personnel, tout ce que nous pouvons apporter en plus dans l’histoire du Salut, comme si nous étions des héros de l’Ancien Testament.  Une piété très volontariste.

 

Bon,  je résume à grands traits parce que ce n’est jamais aussi simple que cela en réalité.  Et ces textes que nous avons entendus  aujourd’hui sont merveilleux.  Je pense en particulier à la lettre que Paul adresse, cette deuxième lettre aux Corinthiens.  Il va dire que sa puissance ne vient pas de ses capacités personnelles.  Elle lui est donnée par Dieu seul.  Gratuité : c’est-à-dire tout le contraire de ce que cette blessure ouverte,  suppurante peut produire en nous. Non pas gagner notre ciel mais le Ciel qui nous gagne, c’est un peu tout l’inverse.

 

Et c’est possible pour Paul,  comme pour nous les baptisés,  comme au fond aussi,  pour tous nos aïeux de l’Ancien Testament grâce à Jésus Christ.  Jésus Christ pour soigner les blessures ouvertes, ne va pas couper un membre - il ne va pas (je ne sais pas quoi)  utiliser un lance flamme ou que sais-je ? Il va panser avec tout le temps que cela nécessite.  N’ayons pas peur que sans cesse, Il revienne pour apporter avec toute cette délicatesse, le soin qu’il faut apporter à cette blessure, attendant, patientant, qu’elle se referme.  Et en même temps par son action seule.  Quand Il dit que,  Il va accomplir et mener à sa perfection la Loi, c’est qu’il  ne vient d’abord d’une part, ni la détruire, ni nous brusquer.  Mais il mène à sa perfection ce qui est renfermé en nous-mêmes.

 

Alors nous avons célébré ça à Pâques, nous célébrons ça à la Pentecôte, nous célébrons ça à Noël mais maintenant il nous faut le cultiver et en avoir la conviction.  La liturgie, d’une certaine façon, ne va pas nous porter, si j’ose dire,  puisque  nous ne sommes plus dans ces solennités qui nous portent.
IL s’agit de le porter nous-mêmes dans notre foi.  Cette conviction que Christ vient amener à sa perfection tout ce qui est contenu dans notre nature,  vient guérir ces plaies ouvertes avec toute la patience qu’il faut et cela produit quoi ?  Cela produit chez nous ? C’est un travail de l’Esprit, hein.

Cela produit chez nous,  un réel abandon.  Au Seigneur.

 

Nous ne sommes pas le Seigneur.   On ne va pas s’auto sauver. Seul Dieu peut le permettre.  Voilà, c’est l’affirmation de cette prise de parole de Jésus dans ce sermon sur la montagne.  Et du coup nous allons voir les jours qui vont suivre, une série de conséquences dans les toutes petites choses : comment Jésus les mène à sa perfection.  Il ne vient pas détruire ni bousculer.  Il ne vient pas heurter ni couper.   Il vient soigner.   Et accomplir.  Il vient au fond permettre ce que notre grand frère Adam n’a pas pu vivre pour lui-même, le pauvre. Mais nous ne ressemblons à la fois,  pas à Adam et en même temps, nous lui ressemblons beaucoup.

 

Demandons que par cette Eucharistie et par la puissance de notre baptême, nous soyons des hommes et des femmes qui se laissent faire par la Grâce.

 

Amen


Mardi 11 Juin 2019

Ac  11, 21b-26 ; 13, 1-3

Ps 118

Mt 5, 13-16

 

En célébrant Saint Barnabé,  on célèbre l’ouverture de l’Evangile aux païens  avec Paul. Le compagnonnage qu’ils vont avoir tous les deux leur permettra une ouverture réelle de cette  prédication du royaume,  ce que l’on appelle dans les actes des apôtres : le paganisme ou les nations, comme on le dit dans l’évangile.

Mais au temps de Jésus, au temps de St Paul,  ce monde païen et ces nations étaient religieux. Si aujourd’hui,  on utilise le terme païen,  on voudrait désigner par-là,  les personnes qui ne sont pas religieuses.  

 

Le grand défi pour les ouvriers de l’évangile aujourd’hui,  c’est d’avoir à vivre leur Foi  et à prêcher le Royaume à des hommes et des femmes qui n’ont pas la moindre idée de ce qui peut être la loi naturelle  et  même simplement  l’ouverture à la transcendance. Ou tout simplement prier. Quelques soient leurs religions.  Cela ne fait pas de ces êtres,  des sous-hommes pour lesquels il ne faudrait pas  être présent. Mais ça veut dire que le contexte est très, très différent de celui rencontré par Paul et Barnabé.

 

Quand Jésus s’adresse dans son discours missionnaire à ses disciples, Il leur demande d’aller en Galilée.  Il ne leur demande pas d’aller  aux nations, fussent-elles à l’époque religieuses.

C’est à la fin de l’évangile,  au moment de l’Ascension, qu’Il  envoie aux nations  et  c’est  Paul  et Barnabé qui le vivront.  Mais,  nous étions dans cette réalité du pourtour du bassin méditerranéen qui n’est pas la nôtre aujourd’hui.

 

Alors il nous faut rester accroché à une parole de Jésus qui sans doute nous permettra de vivre cette mission aujourd’hui dans notre environnement tel qu’il est. Sans rêver qu’il soit autrement.

« Si vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement. »C’est en pur don que vous avez reçu tout cela et  c’est en pur don que vous devez le donner. Alors ça nécessite de la part des ouvriers de l’évangile qui témoignent de l’Amour  d’être dans une extraordinaire humilité.

 

C’est-à-dire que le terrain vers  lequel ils se dirigent, il est déjà  activé par  le Seigneur de manière extrêmement mystérieuse. Ils ne peuvent pas anticiper les choses. Alors il faut être là tout simplement. Alors ça passe nécessairement par un témoignage de vie,  ça passe nécessairement par les paroles. Et nous-mêmes, c’est complètement gratuitement que nous avons connu le Christ. Alors que ce soit complètement gratuitement que nous L’offrons.

 

Amen


Lundi 10 juin 2019  -  Lundi de Pentecôte

2 Co 1, 1-17

Ps 33

Mt 5, 1-12

 

Ces textes proposés par la dixième semaine du temps ordinaire nous permettent  -  à la fois dans le début de la deuxième lettre de Paul aux Corinthiens  tout comme dans cet évangile de Matthieu avec les Béatitudes  -  d’entendre ces mots : réconfort,  consolation.

Réconfort-  Consolation.

 

« Heureux ceux qui pleurent car ils seront consolés. » 

Bénis soit Dieu, le Père de Notre Seigneur Jésus Christ, le  Père plein de tendresse, le Dieu de qui vient tout réconfort.

Nous pouvons réconforter tous ceux qui sont dans la détresse. Quand nous sommes réconfortés, c’est encore pour que vous obteniez le réconfort.

 

De même que vous avez part aux souffrances,  de même que vous obtiendrez le réconfort.

Cette promesse de l’apôtre  comme cette promesse de Jésus,  aux auditeurs du discours sur la montagne,  est la promesse de celles et ceux qui sont entièrement attachés au Christ. 

Et ce réconfort : c’est l’Esprit Saint.  Le nom propre de l’Esprit Saint : le  Consolateur.

Il nous a été rappelé hier que nous l’avons reçu.  L’Eglise l’a reçu. Et que cet Esprit Saint est coopérant.

 

N’oublions jamais d’être attachés à Christ et d’en faire notre loi. 

De l’aimer de tout notre cœur,  de toute notre âme, de tout notre esprit  et  de toute notre force.

 

Amen


Dimanche 9 juin 2019 - Solennité de la Pentecôte

Ac 2, 1-11

Ps 103 (104)

Rm 8, 8-17

Jn 14, 15-16. 23b-26

 

Voilà chers amis, cette solennité de Pentecôte,  je vous disais,  clôture ces cinquante  jours.  A partir de demain, nous entrons dans le temps ordinaire.  Et cette solennité  a le mérite de nous rappeler que par notre baptême  - pas uniquement aujourd’hui  mais depuis notre baptême  -  nous  sommes équipés pour  bien vivre le temps ordinaire qui va arriver.

Alors nous sommes équipés de l’Esprit Saint,  mais finalement-  on pourrait mieux dire,  c’est ce que je vous propose dans cette méditation  - comment fonctionne l’Esprit Saint.  C’est un peu ambitieux de ma part,  prétentieux d’ailleurs,  de répondre à cette question. Mais je voudrais retracer devant vous tout ce que nous avons vécu ici depuis le Carême en réalité.

 

Il n’y a rien d’autre à faire que de choisir Jésus Christ  :  de Le choisir et s’y attacher.  C’est une évidence déconcertante  mais il faut choisir le Christ et s’y attacher.

Pendant le Carême, justement, il y avait des adultes partout dans les paroisses qui ont  décidé de préparer leur baptême donc, quelques mois ou quelques années avant ce Carême et  ces trois semaines qui ont précédé la semaine Sainte,  ces catéchumènes  ont  été amenés à  - pendant ces dimanches qui ont précédé le Carême,  ont été  amenés à chasser le mal,  à refuser le démon  dans leur vie.

 

Choisir le Christ : c’est refuser ce qui est contraire au Christ.

Choisir le Christ et choisir  l’Amour : c’est refuser ce qui est ténébreux,  ce qui est terrestre,  ce qui est matériel,  ce qui est engluant,  ce qui peut être  une suggestion,  ce qui peut être illusion,  ce qui peut être fausse satisfaction. Et ce que nous appelons  à la lumière de la bible,  au fond  le diable,  le démon,  le satan,  en tous cas, toutes sortes de choses qui viennent diviser,  par faire croire que dans la platitude de l’horizontalité de notre condition humaine, il pourrait y avoir là  une source. C’est une illusion.

En revanche, choisir le Christ,  c’est avec Lui se tourner vers les réalités d’en haut.  Et choisissant le Christ, assurément attachés à Lui  -  attachés à Lui -  nous avançons.  Et nous sommes peu à peu conduits au large. C’est là que l’Esprit Saint va apparaître,  c’est là qu’Il va commencer à porter du fruit.  Les catéchumènes le savent. Ils savent que par leur baptême  et  grandissant dans  la suite du Christ, il y a une sorte d’élévation et de mise au large,  de liberté qui apparaît en eux.

Ceci étant,  il ne faut pas trop vite tomber dans une sorte d’orgueil,  une sorte de péché (parce que le démon n’est jamais complètement mis au large de nos vies).Croire que soi seul,  j’ai choisi le Christ,  soi seul,  j’ai  vaincu toute cette sorte de fascination et  séduction dans ma vie, c’est être bien orgueilleux. Au contraire,  c’est déjà  l’Esprit Saint qui  en nous  produit ce désir  de m’attacher au Christ,  c’est l’Esprit Saint qui en moi produit  ce choix de mettre à l’écart le démon. C’est l’Esprit Saint,  c’est sa Force.

 

Donc choisir l’esprit Saint et choisir le Christ,  c’est déjà un œuvre du Saint Esprit,  c’est absolument extraordinaire. Dès que je suis vraiment plus attaché au Christ,  alors l’Esprit Saint vient toucher mon cœur.  Il vient toucher mon cœur comme l’interprète du Christ. Il vient toucher mon cœur comme Celui qui me fait connaître à moi où je suis, comme je suis, au moment où je suis,  me faire connaître le Christ et ce qu’Il veut à ce moment-là. Et ça peut produire de grandes choses et  ça peut produire  des effets absolument extraordinaires et  puissants. Chez certains, cette conscience de la liberté  par l’Esprit,  ça peut être comme un violent coup de vent, ça peut être comme une grande tempête, ça peut être extrêmement bouleversant. Chez d’autres,  cet Esprit Saint qui vient être l’interprète du Christ dans ma vie et qui touche mon cœur,  ça peut être tout le contraire : une brise légère.  Chez certains, ça peut être comme des langues de feu, ça peut produire de l’ardeur dans ma vie, dans mon cœur, ça peut me brûler et puis brûler tout ce qui m’entoure. Chez d’autres, ça peut être une source toute fraîche.  Chez certains cette puissance de l’Esprit Saint peut laisser des traces indélébiles comme l’huile.

 

L’Esprit  Saint,  non seulement m’arrache du terreux de ma condition,  me fait choisir le Christ  -  je choisis le Christ - ce n’est pas l’Esprit Saint qui choisit à ma place, hein !Il produit cette liberté et cette liberté de plus en plus,  me met au large.  De plus en plus, me met en hauteur.  Et ça peut donc produire  ces effets absolument  insoupçonnés: une violente tempête, une brise légère, une source claire etc…

Alors c’est ce qui s’est passé pour l’Eglise réunie à travers cette belle scène du Cénacle où il y a les apôtres, la tradition rapporte la présence de Marie,  quelques femmes,  l’Esprit Saint tombe comme des langues de feu. Et ça peut produire aussi pour nous,  ça peut se produire aujourd’hui dans notre église toute petite de la communauté du Barsuraubois. Et ça se renouvelle en tous les temps, en tous lieux dans l’Eglise réunie. Mais aussi chez chacun personnellement.

 

Priez  l’Esprit Saint avec l’intention de le recevoir !Les uns les autres, hein !Avec l’intention de le recevoir !Priez-Le !  Demandez  Lui  qu’il produise  (je ne sais pas, moi)cette violente tempête ou  cette brise légère…Mais que vous ayez conscience de votre  liberté qui vous est offerte  par le Christ !

Je vous rappelle que,  au moment du Carême, nous avons confessé que nous choisissions  Jésus. A Pâques, nous confessons qu’Il est ressuscité.

Que nous ayons cette liberté  et cette élévation de celles et ceux qui sont attachés à Lui ! Quelque soient les circonstances !  Il en va de notre santé  du corps  et de l’âme,  de la vie même de notre communauté.

 

Comment ça marche l’Esprit saint ?  On pourrait rajouter un élément qui n’est pas dit  :  Par le Christ ! S’attacher à Lui !  Ca commence par-là  : je veux m’attacher à Lui et  je m’y attache effectivement. Mais tout revient à Lui !  Tout revient à lui !  Je pars de Lui et j’arrive à Lui !

Qu’est-ce que nous allons faire au moment de l’Offertoire  ?  Au moment de la quête ?On apporte le pain et le vin sur l’autel,  on offre  nos vies :  Seigneur, nous avons essayé toute cette semaine de nous attacher à Toi, nous rendons grâce d’ailleurs pour tous les fruits que porte  Ta Vie dans ma vie.  Mais qu’est-ce que nous allons faire ensuite au moment de la communion ? Nous allons bien le recevoir  à nouveau  :  tout part de Lui …  Tout retourne à Lui !

 

C’est absolument prodigieux et c’est le travail de l’Esprit Saint également.

Je vous évoquais cette image de Marie. L’année liturgique commence avec l’Avent,  vous  le savez.  Et nous avons  - alors,  c’est vrai avec le quinze août,  c’est vrai avec les dimanches de l’Avent,  cette préparation de Noël,  c’est vrai que le huit décembre,  nous avons cette évocation de Marie qui couverte de l’ombre de l’Esprit Saint -  parce qu’Elle dit oui  -  va devenir cette matrice  féconde  qui va porter le Verbe et l’offrir : l’Auteur du Salut  ( et d’ailleurs, elle en sera sauvée elle-même, bon)  .  Mais maintenant,  prenons l’Eglise elle-même,  elle est comme Marie : sans l’ombre de l’Esprit Saint sur elle, sans le oui de la communauté,  eh bien  l’Eglise ne porte rien,  elle n’enfante rien ni personne.  Et pourtant quelle est la mission de notre Eglise ?  Eh bien : c’est  d’enfanter le Christ. De le porter. De L’offrir. Nous ne sommes pas qu’une assemblée qui arrive et qui repart : nous sommes des porteurs de ce Christ-là ! Nous formons tous ensemble cette belle matrice.

Et c’est ce qui va se passer à la Pentecôte quand l’Esprit Saint va tomber en langues de feu sur cette petite Eglise toute neuve.

 

Chers amis: priez l’Esprit Saint avec l’intention de le recevoir !

Que votre relation à Christ soit sensible, tangible, palpable !

Oui, il y a une grande tempête !  Oui  il y a une brise légère !  Oui  il y a du feu ! Oui  il y a de l’eau dans ma vie !  L’Esprit Saint est fraîcheur !  L’Esprit Saint est  chaleur !  L’Esprit Saint est  vent et Souffle !

Quand on prépare des jeunes à la confirmation  (huit d’entre vous serons confirmés l’année prochaine)  nous avons coutume d’utiliser l’image de la voile et de l’embarcation sur l’eau.

L’Esprit Saint est ce souffle qui nous conduit  et nous emmène au large.  Mais que nous Le ressentions !  Que nous le ressentions !Que nous ne soyons pas seulement des chrétiens cérébraux.

Que nous soyons des chrétiens sensibles !  Cinq sens sont à l’œuvre en  nous !

 

Amen 


Samedi 8 juin  -  Messe de la Colline Ste Germaine

Ac 28, 16-20. 30-31

Ps 10

Jean 21, 20-25

 

Souvenez-vous le temps Pascal a été inauguré par la Veillée Pascale et puis surtout par ce dimanche que nous avions eu le jour de Pâques à l’église St Pierre (plein de monde, bon tout ça) et puis on avait eu cette lecture de la résurrection de Jésus dans l’évangile de Jean, déjà. Et nous avions Pierre et Jean qui courraient tous les deux jusqu’au tombeau  (je ne sais pas si  cela vous éveille quelques souvenirs).  L’un courrait plus vite que l’autre. Et puis ensuite, celui qui était second finit par entrer le premier.

 

L’un était Pierre, l’autre était Jean.  Tous deux finissent par être dans le tombeau Pascal, vide. Et l’un et l’autre vont se rendre à la même évidence : Jésus est ressuscité.

Jean,  lui - souvenez-vous de ce qui en avait été dit le jour de Pâques - est comme l’Amour.  Il n’avait pas besoin de beaucoup d’explications pour conclure à la résurrection de son Maître. Pierre, je vous avais dit, c’est le ministère, parce que Pierre est celui à qui est confiée  la charge de construire l’Eglise.  Pierre, c’est celui qui est mis en avant, c’est celui qui est amené à prendre des décisions, c’est celui qui est amené à être en tête de l’embarcation,  à la suite de Jésus. Jean est celui qui est plutôt  dans la discrétion,  collé à la poitrine du Maître,  et vous voyez, il est toujours là,  dans l’évangile d’aujourd’hui, on est un ou deux chapitres après, un après.

Il y a cette idée, que peut-être, il ne mourrait pas.  En tous cas, il rentre dans une sorte de discrétion. Pierre et Jean sont toujours associés là dans cet évangile, un chapitre plus tard.

Lorsque le jour de Pâques, il avait été dit que peut-être Jean pourrait désigner l’Amour, que peut-être Pierre pourrait désigner le Ministère. Donc toute personne qui a une charge pastorale dans l’Eglise. Un chapitre plus tard aujourd’hui,  sept semaines après Pâques, on pourrait dire, tiens : et si Pierre représentait ce que l’on appelle dans nos communautés, dans l’Eglise : la Tradition ? Et si Jean représentait au fond  l’Ecriture ?

 

Je m’explique : Pierre et à sa suite  -  nous tous en fait  - nous sommes toujours obligés, parce que nous vivons,  de créer, d’inventer, d’interpréter, d’expliquer,  de faire durer,  à partir de ce noyau de la foi que nous avons reçu à notre baptême.  A partir de ce noyau de la foi que nous avons reçu à notre baptême.

 

Les chrétiens qui se réunissaient ici dans cette chapelle  il y a cent ans, n’étaient pas confrontés aux mêmes enjeux que nous,  cent ans plus tard. Mais c’est le même noyau de la foi.  Nos aïeux d’il y a cent ans ont été obligés de parler de telle façon de leur foi,  de prendre telles décisions,  de s’exposer de telle manière,  à partir de l’unique noyau de la foi.  Cent ans plus tard,  à partir du même noyau de la foi - nous - dans la société dans laquelle nous nous trouvons, devant quels enjeux sommes-nous ?  Quels besoins rencontrons-nous ou éprouvons-nous ?  Que nous appartient-il de décider de faire à partir du même noyau de la foi ?Et cette responsabilité d’inventer,  créer, aller de l’avant, être à la proue du navire ; eh bien,  cela nous appartient par notre baptême.  Et ça dit quelque chose de la responsabilité de Pierre, voilà. Pierre, c’est celui qui paît  les agneaux,  c’est celui qui les fait aller de l’avant.  Dans l’évangile de Jean, quand Jésus dit par trois fois : « Paît mes brebis » « Paît mes brebis » « Paît mes brebis ».

C’est vraiment le mot «  brebis » qui est utilisé dans le texte grec.  Et le mot brebis est en réalité intraduisible en français.  Brebis : c’est cette chose vivante qui va toujours de l’avant. Ce n’est pas propre aux brebis d’aller de l’avant. Il y a d’autres animaux qui vont de l’avant,  il pourrait y avoir des chiens par exemple.  Que sais-je encore ?  Mais paît ces animaux qui vont de l’avant !  C’est la charge de Pierre. D’aller de l’avant.

 

Mais il y a Jean.  Je vous ai dit  Jean : ça pourrait être la Parole. On ne peut pas toujours être  - eh bien,  on ne peut jamais en réalité  - être dans la création, dans l’interprétation, la prise de décision, l’explication s’il n’y a pas ce noyau dont je vous ai parlé.  Le noyau du baptême : le noyau de la Foi.

Il y en a qui,  dans l’Eglise ont pour vocation,  d’entretenir ce noyau : de le préserver, de le protéger. Alors  certes, cela peut être certains érudits si on veut. Ce sont les contemplatifs, les priants. Ils sont là, tout proche, tout proche, tout proche du cœur qui palpite.  Ils sont le cœur. Voilà. Il faut les deux : ils lisent l’écriture, ils la lisent, la relisent.  Ils en assurent sa stabilité,  sa fécondité. Et ils permettent surtout à ceux qui sont sur le terrain,  à ceux qui doivent aller de l’avant,  eh bien, d’avoir un point fixe.  Stable.  

A partir de quoi je pourrais justifier de ma foi,  si j’ai perdu le noyau ? Voilà une grande question.

Il faut les deux : Pierre. Et puis  il faut Jean.  Il faut ceux qui vont de l’avant.  Il faut ceux qui demeurent.  Il faut les deux.

 

C’est la grande leçon de cette fin du temps Pascal.  L’ouverture du temps Pascal, c’est : il faut les deux au tombeau de Pâques : l’Amour,  le Ministère. Et la fin du temps Pascal, eh bien il faut : ceux qui demeurent et ceux qui vont de l’avant.  On a besoin des deux.

Le monde tourne.  Mais la Croix demeure.  Il faut que le monde tourne.  Et il faut que la Croix demeure.

Les chrétiens qui veulent arrêter le temps ne sont pas des bons chrétiens,  et les chrétiens qui fuient en avant ne sont pas des bons chrétiens non plus.  Il faut les deux.  Voilà.

Rendons grâce alors,  pour tout ce que ce temps Pascal nous a permis. Et puis continuons à être comme ces douze,  plus Marie,  plus quelques femmes qui sont à Jérusalem à attendre le Saint Esprit.

Car Celui qui est la liaison  vivante entre ce qui demeure et ce qui va de l’avant : c’est l’Esprit Saint.  Voilà. Le fil entre les deux : c’est le Saint Esprit.

 

Amen


Vendredi 7 Juin 2019

Ac 25, 13-2

Ps 102

Jn 21, 15-19

 

Après la vision que nous avons reçu de ces jours  qui précèdent la grande prière que Jésus adresse à son Père : ce désir d’unité,  d’une unité parfaite.  Eh bien, nous passons au réalisme de la chair,  c’est-à-dire que  pour que cette unité  soit possible, il faut des pasteurs,  il faut des agents de l’unité.  Et nous avons Pierre avec ses lourdeurs, son triple reniement, sa tristesse de ne pas être à la hauteur de l’amour du Seigneur.  Pierre est peiné parce que la troisième fois  Jésus lui demandait.

On a beaucoup commenté ce texte,  il n’y a encore pas très longtemps d’ailleurs,  ici.  Nous savons qu’il y a une gradation dans ces verbes que Jésus utilise pour parler de l’Amour.

 

Je voudrais attirer votre attention sur ce que Jésus dit à Pierre : « Quand tu étais jeune, tu mettais ta ceinture toi-même, quand tu seras vieux, tu étendras les mains et c’est un autre qui te mettra ta ceinture. »

Voyons-y si vous le voulez bien, une évocation de l’Esprit Saint.   Pierre ne peut rien sans Lui. Nous ne pouvons rien sans Lui.

 

Les plus saints de toutes les personnes, de tous les pasteurs qui peut exister dans l’Eglise d’hier et d’aujourd’hui et demain ne peuvent rien sans l’Esprit,  qui les conduisent  là où ils ne voudraient pas aller.  Et de cette façon-là que nous servons cette unité,  voulue par le Christ.

Nous savons que Pierre jouit de cette prééminence,  puisqu’il a été choisi par Jésus - parmi tous les pasteurs - qu’il a été crucifié, sous Néron à Rome  (la tête en bas du reste).

Nous avons tous à être crucifiés. Aussi difficile que cela puisse être, l’unité si désirable  pour nous-mêmes,  ne peut pas être obtenue autrement,  que par ce don-là de notre vie.

Et c’est l’Esprit Saint qui le rend possible.

 

Amen


Jeudi 6 Juin 2019

Ac 22, 30 ; 23, 6-11

Ps 15

Jn 17, 20-26

 

Alors ce sont les tous derniers versets d’une très, très longue prière,  que Jésus prononce  (nous sommes dans l’évangile selon St Jean au chapitre 17),  c’est vraiment l’intimité dévoilée de Jésus. Bien sûr, les disciples entendent,  d’ailleurs du reste, nous n’aurions pas trace de cette prière, s’ils ne l’avaient pas entendue.

 

Il ne s’adresse pas à ses disciples, comme d’une façon quasi inédite - ce n’est pas la seule fois dans l’évangile, quasi inédite - nous sommes témoins de Jésus qui parle à son Père.  Nous en avons le contenu, de ces paroles.  Alors c’est très long, là c’est la fin, et si nous lisons le verset suivant, Jésus est arrêté.   Il est arrêté, la machine infernale qui s’est mise en route au moment de la Semaine Sainte, démarre.

 

Là pour l’instant, c’est sa prière.  On peut l’imaginer comme le texte le dit : les yeux levés au ciel,   Il s’adresse à son Père. Alors il y a un mouvement irrésistible chez Lui : l’unification.  L’unification.

Alors, ça renvoie sans doute pour nous-mêmes, plein de choses qui peuvent être  du même ordre, un désir d’unification. Et si c’est un désir, c’est que nous n’y sommes pas encore. Sinon, nous n’en aurions pas le désir.  Alors, l’unification pas encore achevée pour nous-mêmes, on peut se sentir interpellé par des tas de choses, chercher à régler nos comptes avec des tas de personnes, tout du moins imaginaires, ça peut être la difficulté d’être bien avec soi-même, hein ?   Qu’il y ait un bon compagnon de soi-même.  Et puis toutes sortes de divisions très concrètes qui existent quelque soient nos imaginations, autour de nous.  Et à l’intérieur desquelles, nous sommes plus ou moins modelés.  Il y a ce désir-là.

 

Et alors Jésus, Il n’est pas dans le monde.  Alors le monde, pour Lui dans l’évangile de Jean, c’est à la fois, toutes les réalités visibles : le ciel, la terre,  les oiseaux,  etc… C’est les gens qui peuplent le monde, il y a du monde quelque part, ça c’est les gens, les personnes.  Et le monde, c’est aussi  tous ceux qui ne Le connaissent pas -  encore - tous ceux qui Lui sont hostiles.  Et tous ceux qui Lui sont indifférents.   Tout ça c’est le monde, dans l’évangile.  

Eh bien dans ce monde-là,  le désir de Jésus, c’est qu’il y ait un rassemblement. Pas une dissolution comme un cachet d’aspirine dans l’eau,  pas une division, comme quand  vous  mettez de l’huile dans l’eau - paf -  ça se sépare.  Non, Il veut un rassemblement,  c’est Son désir et c’est cela le désir de l’Eglise.  C’est puissant.

 

D’ailleurs, du reste, c’est une définition de l’Eglise : c’est le rassemblement de toutes choses en Christ.  Et l’on dit que,  la fin des temps n’aura plus besoin d’Eglise,  parce que tout sera rassemblé, si nous le souhaitons.  Si on le souhaite parce que c’est le souhait de Jésus.

Alors, il manque un maillon,  en réalité  il est déjà là : le maillon, c’est  celui de l’Esprit Saint. L’Esprit qui est l’opérateur dans nos cœurs, dans le cœur de chacun, dans les éléments du monde. Ce rapprochement ne serait pas possible sans Jésus.

Alors l’Eucharistie étant le  Corps du Christ,  l’acte même de La recevoir est vraiment source de cette unité et fruit de cette unité.  

Et vous avez remarqué, quand on communie, on se rassemble. On ne La reçoit pas par la poste. On se rassemble. 

 

Et le prêtre à la fin de l’Elévation du Corps et du Sang,  va dire : « Par Lui, avec Lui et en Lui.  A Toi Dieu le Père tout puissant dans l’unité du Saint Esprit, tout honneur et toute gloire, pour les siècles des siècles. Amen.» On se rassemble.

Eh bien, à l’avant-veille de la Pentecôte,  célébrons le don de l’Esprit Saint,  demandons  que cet Esprit Saint  fermente en nous,  selon le désir de Jésus.

On dira la prière du Notre père tout à l’heure. On dira : donne-nous ce pain quotidien, et  que ta volonté soit faite.

 

Amen


Mercredi 5 Juin 2019

Ac 20, 28-38

Ps 67

Jn 17, 11b-19

 

Voilà, nous sommes dans les parties assez denses de l’évangile de Jean qui dévoile magnifiquement l’intimité de Jésus.  Son intimité : c’est sa relation avec son Père.  Dans cette prière, très longue prière qu’Il va dire - qui du reste peut nous faire penser, un peu, un peu  mais pas complètement, complètement,  mais un peu,  à ce que Paul va vivre, est en train de vivre dans les actes des Apôtres quand  il fait ses adieux à Millet.  Millet, c’est une localité,  il fait ses adieux aux siens.  Alors  Paul s’adresse aux siens.   Jésus, Lui avant de partir vers le Père, c’est-à-dire avant son arrestation,  s’adresse à son Père.   Mais cette prière,  les disciples en sont témoins, ce qui nous permet d’en avoir cet écho dans l’évangile. Et cette intimité du Christ,  Jésus a le désir - c’est ce qu’Il exprime dans sa prière -   que ce soit aussi celle des disciples.  Mais non pas avec le Père, mais avec Lui.

 

Donc de même que Jésus a cette intime avec le Père,  cette relation intime dans cette prière : « J’ai tout reçu de Toi,  Je vais vers Toi,  nous sommes Un. »  « De même, de même » comme là dans le texte dans la version liturgique, c’est marqué : de même. En grec, c’est rendu plus communément par « comme ».  « Comme Moi  Je suis avec Toi Père, que eux soient ainsi avec Moi. »

 

Que les disciples soient Un avec le Christ et Un entre eux.   « Qu’ils reçoivent tout de Moi et qu’ils soient envoyés dans le monde comme tu m’as envoyé aussi. »

Alors ça s’appelle : la Vérité.  Et c’est un des mystères de notre identité,  la Vérité dans l’évangile de Jean, ce n’est pas savoir là où il y a quelqu’un qui a dit quelque chose de faux ou quelqu’un a dit quelque chose de vrai.  La vérité c’est cette relation,  que nous avons en nous-même et avec notre environnement qui ressemble à celle que Jésus a avec son Père.   S’il n’y a pas cette conformité, il n’y a pas vérité. S’il y a  cette conformité, il y a vérité. La Vérité dans l’évangile de Jean, c’est cette conformité.  Alors,  elle nous est donnée par l’Esprit Saint, ou pas,  il faut le vouloir aussi évidemment, hein ? Nous nous préparons à la Pentecôte, mais  c’est quelque chose qui nous dépasse.  On peut interroger au fond notre relation à l’Eucharistie : se dire,  cette relation à l’Eucharistie n’est-elle pas ?   Ou ne devrait-elle pas être ?   Ce que Jésus demande à son  Père.  

 

Que ses disciples soient Un,  qu’ils reçoivent tout de Moi, qu’ils soient envoyés dans le monde.  N’est-ce pas ce que nous vivons avec l’Eucharistie ?  (Au-delà d’une simple habitude,  plus ou moins  païenne  d’ailleurs,  maquillée de vernis chrétien). N’est-ce pas plutôt une relation vivante avec le Christ,  nécessaire autant que Jésus vit cette relation avec son Père ? N’est-ce pas le moment où nous recevons tout de Jésus comme Jésus reçoit tout de son Père ? N’est-ce pas le moment où nous recevons notre unité, comme Jésus reçoit l’unité avec son Père ?   N’est-ce pas le moment où nous sommes envoyés comme Jésus est envoyé par son Père ? N’est-ce pas au fond notre source (comme nous avons coutume de dire)  l’Eucharistie ? 

 

Le désir du Christ est manifesté dans cette prière. Que ce soit notre désir.  Que nous soyons attachés à Lui et à l’Eucharistie pour vivre ce moment de rapprochement avec Lui et d’envoi dans le monde.

Que nous recevions tout de Lui, notre identité, notre ADN, notre raison d’être.   Que nous recevions de Lui,  et l’Eucharistie est sans doute, la façon la plus sensible, la plus concrète.  Nous avons besoin de concret et l’Eucharistie est concrète.

Demandons au Seigneur d’être configurés comme Il l’entend Lui.  Et que l’Esprit Saint nous le permette.  Que nous demandions le désir de le recevoir dans notre vie.

 

Amen


Dimanche 2 Juin 2019

Ac  7, 55-60

Ps 96 (97)

Ap 22, 12-14. 16-17. 20

Jn 17, 20-26

 

Nous voilà depuis le Jeudi de l’Ascension du Seigneur avec  trois grandes idées que nous pouvons retenir : nous préparer chacun à vivre un basculement du temps Pascal au temps ordinaire. La première grande idée, c’est : nous sommes invités à nous réjouir parce que le Seigneur avait le désir ardent - depuis au fond toujours - de rejoindre son Père.  Il  l’a été de toute éternité, mais Il est venu, il est venu  parmi nous (ça c’était Noël)  et son désir c’est de rejoindre son Père et de nous tourner vers Lui.

 

Alors c’est ce qu’Il a fait,  en étant élevé sur la Croix.  Et  après avoir réussi à faire naître,  au fond,  donner la foi à ses disciples,  voici qu’Il retourne auprès de son Père. C’est donc une grande joie pour Lui,  ça pourrait  être la deuxième grande idée pour nous aider à vivre ce basculement progressif du temps Pascal au temps ordinaire.

C’est la bénédiction que le Seigneur fait sur ses disciples alors qu’Il monte au ciel.  Tout ça  c’était jeudi.  Il bénit ses disciples,  c’est-à-dire qu’Il nous bénit,  nous-mêmes,  tous, tous.

La troisième grande conviction de la foi,  en ce temps de basculement du temps Pascal au temps ordinaire, c’est que l’Eucharistie est le lien le plus tangible,  le plus  vivant,  le plus efficace avec Lui, maintenant qu’Il n’est plus présent.  Le lien : c’est l’Eucharistie.  Toujours vivant,  toujours renouvelé,  jamais la même,  et en même temps un mémorial  indépassable.  L’Eucharistie.  Voilà ces trois choses.

 

Alors du coup, nous sommes ce septième dimanche, alors entre l’Ascension et la Pentecôte et nous vivons ce basculement  - et j’ai envie de dire parce que basculement, c’est un mot un peu violent - j’ai envie de vous proposer un autre mot qui est bien illustré dans ces trois textes de l’écriture que nous avons entendue : c’est  le mot passage : passage.  Nous avons dans la première lecture, les actes des Apôtres,  Etienne. C’est curieux que nous ayons Etienne parce que son martyre n’est pas du tout entre  l’Ascension et la Pentecôte (et puis du reste, nous le célébrons le 26 décembre,  le martyre d’Etienne).  Mais il passe au ciel,  il passe au Père.  Et d’autant plus que, il va dire à ses détracteurs (alors Etienne, c’est le premier diacre,  en chaire).   Il va dire à ses détracteurs : « je vois les cieux ouverts »  alors ça leur fait mal aux gencives  d’entendre ça.  Eh bien c’est normal qu’il voie les cieux ouverts car Celui qui a fendu le ciel, c’est le Christ par son Ascension.  « Je vois les cieux ouverts : la Gloire de Dieu. »   Et il va passer au ciel après sa lapidation.

 

Un autre passage, mais c’est celui de Jésus Lui-même, c’est ce texte que nous avons entendu  à l’instant dans l’évangile.  Alors là  pareil, on n’est pas du tout après l’Ascension mais  pas  plus avant  la Pentecôte,  enfin si effectivement mais,  on est dans ce moment où Jésus prie son Père, chez St Jean.  Avant, avant  sa mort  pas avant son Ascension.  Mais Jésus passe,  Il prépare son passage, son passage au Père. Un peu comme le fait une vieille personne  prépare son départ avec ses enfants,  que tout soit en ordre.

 

Et le troisième dernier passage -  magnifique  -  dont seul St Jean a le secret, avec cette grande  vision de l’Apocalypse et le passage de toute l’Eglise vers le ciel.  Toute l’Eglise.  Donc nous vivons un passage.  Alors c’est vrai  que nous allons vivre un passage pendant  dix jours, on est invité à nous déshabituer à la couleur blanche pour nous habituer progressivement à la couleur verte,  du temps ordinaire.  Mais ce passage est de toute la vie, toute notre vie est un passage  permanent car l’Esprit Saint ne va pas nous être donné à la Pentecôte, nous l’avons déjà reçu ;  et toute notre vie doit pouvoir faire durer  le meilleur de ce que nous avons reçu dans ces fêtes Pascales.  Quand nous préparons des adultes au baptême, qu’est-ce que nous leur disons aux adultes au baptême ?   Pourquoi la préparation est si longue, en fait ?  Eh bien quand on vient d’être baptisé, ce n’est pas une fin,  ça va être un commencement,  et on a beau se dire : «  ben oui on le sait ça. »  Mais…  Bien malin celui qui est aussi sécurisé devant l’idée que cela n’est  qu’un commencement. Quand nous préparons un couple au mariage, mes amis ça n’est pas une fin, ça n’est qu’un début.  Ben oui on le sait, mais bon  dans la tête,  mais il faut le vivre.  Liberté,  indissolubilité, fécondité, vérité…  Faut le vivre, faut le faire prolonger, jusqu’à une autre fin qui est la mort mais qui elle-même n’est pas une fin.  Et tout ce qui n’est que passage.

 

Alors  ça nous invite à deux images.  Je vous propose une première image : c’est l’image du bon père et de la bonne mère de famille,  peut-être  d’ailleurs  image un peu romancée,  mais de celui et celle qui ont pour responsabilité de ne  pas dilapider ni l’héritage ni le trésor  familial. Pour pouvoir dépenser ce qu’il faut mais pas trop,  pour vivre chaque jour et jusqu’à la fin. Nous sommes invités dans ce temps de passage jusqu’à la fin de notre vie et même au-delà. Nous sommes invités à ne pas dilapider le trésor de la grâce qui nous a été fait.  Nous sommes invités à l’économiser mais pas le garder non plus. Dépenser ce qu’il faut, ne pas le jeter aux cochons mais ne pas faire de rétention de la grâce, c’est très mauvais la rétention de  la  grâce.  Dépenser ce qu’il faut comme un bon père, une bonne mère.  Celui qui est trop dépensier, dépensière, ce n’est pas bon, mais celui qui garde tout, ce n’est pas bon non plus.   Nous sommes des économes,   pas au sens de celui qui garde tout : au sens de celui qui gère les biens de la maison.

 

Notre cœur est comme une maison, notre famille comme une maison, notre communauté comme une maison.  Alors on  pourrait faire tout un dessin avec une espèce de schéma de responsabilités, de subsidiarité pour dire comment une communauté essaie d’être économe,  économe de la grâce.  Il y a le curé, il y a ses équipes, il y a les groupes de ceci et de cela,  pas très intéressant, mais il faut ça pour durer  et vivre ce passage.  La grâce que nous avons reçue à Pâques. Que cette grâce ne nous fasse jamais défaut.

 

C’est pour cela que je vous propose une deuxième image encore. Et pour l’accueillir, je vous invite à fermer les yeux.  Pour cette image, qu’on puisse l’accueillir pour ce qu’elle est : c’est-à-dire une invitation à la prière.  Une préparation à l’Eucharistie,  entre cette Ascension et cette Pentecôte.

Représentez-vous une mère, une mère qui est encore toute chaude d’être sortie de sa couche en pleine nuit, vous voyez son nourrisson, il a faim. Vous voyez son nourrisson tout petit, à peine né, il n’ouvre encore pas les yeux, il a faim.  La mère va l’allaiter, elle découvre son sein. L’enfant bouche ouverte  le cherche, et voyez ce geste de la mère, un geste magnifique qui consiste à diriger son sein vers les lèvres de l’enfant.  Légèrement, avec sa main, lever la tête du bébé pour qu’il puisse de ses lèvres toucher son sein. Ce lait qui coule chaud lui aussi, qui nourrit  l’enfant.  A nouveau la tête s’écarte,   bébé cherche,  à nouveau maman va le rapprocher. Cette mère  c’est nous, ce bébé c’est nous aussi.  Cette mère c’est l’Eglise,  ce bébé aussi.

 

Dans l’Eucharistie, nous nous nourrissons de ce lait qui coule abondant pour nous.  Nous ne voulons en perdre aucune goutte.  Nous en avons faim. Mais dans l’Eucharistie,  nous sommes aussi cette mère,  nous voulons faire couler ce que nous recevons de la grâce de notre foi qui est un don,  de l’écriture,  du pouvoir des sacrements, nous voulons nourrir. Les bons économes, ceux qui vivent de bons et de vrais passages sont celles et ceux qui vont faire se rencontrer bébé et le sein.   Celles et ceux qui font faire se rencontrer l’homme et la femme affamés et assoiffés  de cette Eucharistie qui coule et qui nourrit,  abondante.

 

Seigneur,  dans  ce passage qui n’est pas que de dix jours,  mais de toute notre vie,   que nous ne perdions ni le sein ni l’enfant.

 

Amen


Vendredi 31 Mai 2019   Visitation de la Vierge Marie

So 3, 14-18

Cantique Isaïe 12

Lc 1, 39-56

 

Je vous propose de vivre cette fête avec l’arrière fond de l’Ascension hier, et ce temps de préparation  et  d’attente à la Pentecôte.  Relevons si vous le voulez bien quelques proximités, quelques analogies entre ce que nous avons célébré hier  et ce que nous dit cette Visitation dans l’évangile de Luc.   Ce sont des proximités, ce ne sont pas des éléments identiques,  mais une bonne connaissance à cette fête.

 

Première proximité : c’est les déplacements. Les Apôtres accompagnent Jésus sur le lieu où Il va monter au ciel et de ce lieu, ils repartent ensuite à Jérusalem, pour attendre.  Marie monte dans cette localité de Judée, elle y demeure et ensuite, elle repart.

 

La deuxième proximité : c’est  cette élévation,  cette  hauteur,  qui  apparaissent  dans les paroles de Marie à Elisabeth et  Elisabeth à Marie.   Une sorte d’abolition de toutes les limites basses de la matière : «  Exalte  » « Exulte ».   L’humble servante qui est élevée de la même façon que les humbles. C’est bien ce que dit Jésus Lui-même au moment de l’Ascension,  Il est élevé.

La troisième proximité : c’est l’Eucharistie.  A partir de l’Ascension,  le seul lien tangible,  c’est l’Eucharistie  et voir  prolonger le  don de Jésus.  C’est le lien avec Jésus qui est désormais auprès de son Père.  Le lien entre Lui et nous.

 

Ses allusions eucharistiques sont nombreuses dans ce que dit Marie à Elisabeth dans son Magnificat : Saint est son nom. Trois fois Saint Et  nos amis les archanges, les anges  dans le Temple quand ils disent et chantent : «  Saint  -Saint  -  Saint  le Seigneur. »   La miséricorde qui s’étend d’âge en âge  Le don du Fils par miséricorde Il comble de biens les affamés.  N’est-ce pas cette nourriture qu’il  nous donne en abondance dans l’Eucharistie ?  Il renverse les puissants,  Il élève les humbles. N’est-ce pas ce pas ce qui arrive avec Jésus élevé sur la Croix ?

Voilà quelques proximités. Ensuite nous rappeler que l’Ascension est comme une fin  (avant  ensuite avec la Pentecôte)  et dans cette fin il y a comme une fécondation du ciel par Jésus qui monte et qui nous entraîne avec Lui dans le ciel.

 

Et la Visitation, c’est plutôt un début, un début qui se prépare : bientôt, patience, dans quelques mois  la naissance de Jésus,  qui est une fécondation  à l’envers,  le ciel qui vient  féconder la terre.

 

Amen 


Jeudi 30 Mai 2019 Ascension du Seigneur

Ac 1, 1-11

Ps 46(47)

Hb 9, 24-28 ; 10, 19-23

Lc 24, 46-53

 

Je vous propose trois  idées : la première c’est la joie,  la deuxième c’est la méditation,   la troisième  c’est l’Eucharistie.

La première c’est  la joie.  Est-ce  que nous réalisons que tout désir de Jésus  tout au long de son chemin à partir de  Bethléem,   a été de tourner le regard  des siens vers le Père et d’aller Lui-même vers le Père, retourner vers le Père.  C’est ça son désir. C’est son désir qui traverse toute sa vie.  Il avait ce désir de partager ce dernier repas avec ses disciples parce que c’était pour Lui l’occasion de dire  et de redire «  Je vais vers le Père  et chaque fois que vous célèbrerez l’Eucharistie en mon nom, vous serez avec Moi qui suis vers le Père. Vous serez tournés vers le Père avec Moi ».  « Qui accueille l’un de ces petits en mon nom,  c’est Moi  qu’Il  accueille.» Qui est à la fois tout petit comme une graine de moutarde et  accueille le royaume dans sa vie est tourné vers le Père.  C’est le désir de Jésus que Lui retourne vers le Père et que, chacun donc,  des siens soit tourné vers Lui.   Alors  enfin, Il y est  !  Imaginez sa joie. Puisque ça a été le désir de toute sa vie. Est-ce que l’on a conscience de ça ?  La joie du Christ d’être enfin à côté de son Père !  Ca devrait être la nôtre.

 

Alors quand nous avons chanté, tout à l’heure, en chant d’entrée : «  Tu es dans ta maison, on t’accueille »  c’est pareil  au fond, de la même façon que le Christ est dans sa maison,  Il est auprès du Père. Donc la joie au fond  d’être parvenu au terme d’un long voyage.   Alors nous avons des expériences semblables, quand ça fait longtemps que l’on attend quelqu’un,   quand ça fait longtemps qu’on attend pour arriver quelque part,  eh bien c’est pareil.

La joie du Christ, premier point.  Alors ça va être la joie de toute l’Eglise aujourd’hui, mais toujours en réalité.  Toujours en réalité,   Jésus ne monte pas au ciel tous les ans,  hein ?   Il y est toujours (au moins depuis deux mille ans).

 

La deuxième chose, c’est la bénédiction.  Cet évangile chez Luc se termine de la façon suivante :   au moment de séparer d’eux,  Il lève les mains et Il les bénit.   Et :   Il les bénit  tandis qu’Il  se sépare d’eux et qu’ Il est emporté au ciel.   C’est une action continue.  Il continue à les bénir quand Il monte au ciel.  

Cette bénédiction,  chers amis,   elle descend sur l’Eglise toujours et partout.  Sans cesse. Quand il y a une équipe qui se réunit pour préparer la messe ou célébrer les obsèques, quand il y a une équipe qui se réunit pour préparer la messe de l’Ascension ou pour préparer des jeunes à la confirmation.  Quand il y a une équipe moisson qui se réunit, quand il y a le conseil économique, quand il y a la messe,  quand il y a n’importe quelle chose qui réunit les chrétiens, qui réunit l’Eglise disséminée à travers le monde, ici et ailleurs,  n’importe quand,  pas simplement maintenant mais aussi hier et demain,  la bénédiction du Christ coule sur ces personnes-là.   Elle coule,  elle est présente la bénédiction qui nous vient du moment où Il se sépare d’eux. D’abord, ils ne sont pas orphelins parce qu’Il leur promet l’Esprit Saint  (ça, ça sera dans dix jours).

 

Mais ils ont cette empreinte, c’est la bénédiction.  Nous l’avons.  Pour peu que,  là encore,  nous en soyons conscients comme la joie.  Comme la joie du Christ qui retourne vers son Père. Cette bénédiction de Jésus qui monte au ciel, elle est là sur nous.  Et il n’y a rien de trop insignifiant pour qu’elle ne soit pas là dans l’Eglise. Une bénédiction  est toujours là.

Quand il y a une seule personne qui vient fleurir l’église sans que jamais personne ne le remarque, parce qu’elle le fait toute seule et que jamais personne ne lui dit rien des fleurs qu’elle a mis dans l’église  (alors qu’elle ne voit que ça,  c’est ses fleurs, elle est contente, elle les a ramassées) il y a quand même la bénédiction de Dieu.   Et quand il y a des chrétiens qui ont prennent plein les dents à cause de leur responsabilité au service de tous, la bénédiction  de Dieu est là quand même, aussi.  Elle est là.  Elle coule.  Celle du Christ,  au moment où il part rejoindre son Père. 

 

Troisième chose, c’est l’Eucharistie.  Chers amis,  on a parfois  l’impression que l’Eucharistie se répète, se répète comme le journal de vingt heures tous les soirs.  Mais l’Eucharistie est toujours la même, unique.  Unique sacrifice de Jésus. Et chaque fois qu’elle se répète, c’est l’unique fidélité qui est là.  L’unique fidélité !  Ce n’est  pas un copié-collé,  ce n’est pas une photocopie.  La fidélité de Jésus, c’est la même toujours.

Et le prêtre dit dans la prière eucharistique : « Nous attendons que tu reviennes ».Jésus,  on est là,  on est Ton Eglise,  on attend que Tu reviennes.

Eh bien le meilleur lien,   le plus concret,  qui ne vieillit jamais,  qui ne pas nous lasser,  ce n’est pas possible  -  qui ne peut  pas  nous lasser -  c’est la répétition de l’Eucharistie.  (Au fond pour être sans cesse dans une Eucharistie,  on le ferait, mais  quand on est dans l’Histoire, on ne peut pas, il y a forcément un début et une fin,  et un re début  et une  re fin,  bon).   Mais l’Eucharistie est éternelle.  Et c’est ce meilleur lien avec le Christ qui rejoint son Père.

 

Alors Il a promis l’Esprit Saint.  Nous verrons dimanche prochain que,  Il dit à ses Apôtres : « Vous devez obéir à l’Esprit Saint, vous ne pouvez pas faire autrement, sinon  vous êtes perdus.  Et tous ceux que vous accompagnez avec vous. »

Mais on n’y est pas encore.  On va attendre gentiment dimanche prochain et puis  le dimanche suivant, la Pentecôte.

 

Chers amis,  nous sommes amenés donc à être comme les disciples à attendre dans l’année,  attendre le don de l’Esprit.  En  attendant prenons conscience de la joie du Christ, de Sa bénédiction   et de la puissance de l’Eucharistie.

 

Amen


Mercredi 29 mai 2019

Ac 17, 15-22 à 18, 1

Ps 148

Jn 16, 12-15

 

Voilà,  nous abordons cette période de passage en passage avec l’Ascension, d’une part demain, la Pentecôte une dizaine de jours après et au fond un passage entre quoi et quoi ? Un passage, eh bien, entre  la présence  en chair et en os de Jésus  et sa disparition.  Un passage entre la terre et le ciel.   Et le passage qui constitue chacune de nos vies, en fait.  Le passage vers la vie éternelle, vers le royaume qui vient et vers lequel nous allons.  Et ce passage, nous ne pouvons pas l’aborder seuls. Nous ne pouvons l’aborder que,  avec l’Esprit.  L’Esprit de vérité.  Sans quoi au fond, notre vie n’est  jamais qu’une sorte de parenthèse ou  bien un aller simple vers nulle part.  Or dans notre foi au baptême, nous croyons que nous allons vers le Père et que notre vie n’est pas une parenthèse. Elle est un don,  et que seul  cet  Esprit Saint nous permet de nous remémorer ou bien de comprendre vers quel endroit nous allons, vers qui nous progressons.  Alors c’est  ce que va nous faire vivre ce temps d’attente entre l’Ascension et la Pentecôte.  Et ces textes que nous entendons,  ces jours-ci - juste avant l’Ascension - déjà  nous y introduisent. Même si la Pentecôte n’est que dans dix jours, déjà l’Esprit Saint,  son rôle, sa présence dans notre histoire est révélée par Jésus.

 

La deuxième chose que l’on peut dire, c’est que l’Esprit Saint vient nous révéler, nous enseigner, nous apprendre tout ce que Jésus a apporté et témoigné,  que les Apôtres  ne pouvaient pas eux,  en leur temps,  découvrir.  Tous les évènements qui surviennent, même si ce ne sont pas des évènements qui sont écrits noir sur blanc dans l’évangile ni même dans les actes des Apôtres.  Tous ces évènements sont à relire à la lumière de la totalité de la Révélation,  et  ça nous ne pouvons le faire que dans l’Esprit Saint également.

 

La troisième chose, c’est que chaque élément de notre vie, chaque silence, chaque parole, chaque action ou chaque retrait,  témoigne - si nous sommes dans l’Esprit Saint - de la puissance du Christ ;  ça n’est pas uniquement par des prédications comme le fait Saint Paul à  l’aréopage,  mais aussi toute attitude dans notre  existence  dit quelque chose du Christ. De la façon dont Il habite notre vie, nous habitons la sienne.  Là encore, c’est possible dans l’Esprit Saint.   Pour nous-mêmes déjà qui témoignons de cette façon,  mais aussi pour celles et ceux qui reçoivent le témoignage. Ceux qui ne le reçoivent pas, c’est  que peut-être  l’Esprit Saint n’est pas à l’œuvre en eux, pas reçu.   Et ceux qui reçoivent le témoignage, c’est sans doute  que l’Esprit Saint habite en eux.  Chacun des silences,  chacune des paroles, chacune des actions, chacun des retraits dit quelque chose,  ça dit.   L’Esprit Saint : c’est Celui qui dit.  Qui fait parler les évènements.  Et les êtres.  Dans la puissance du Christ.  Alors « Je serai avec vous jusqu’à la fin du monde » nous promettait Jésus  à  la fin  de la finale  de Matthieu.

Amen

 


Vendredi 24 Mai 2019

Ac 15, 22-31

Ps 56

Jn 15, 12-17

 

Une autre déclinaison de la résurrection après l’image du berger et celle du maître : c’est celle de l’ami,  qui nous est offert par Jésus.  Nous entrons dans l’avant-veille ou  quasiment de la célébration de l’Ascension, le moment où il quitte ses amis,  justement. Il a fait dans l’évangile,  que nous avons entendu ces jours derniers,   la promesse du don de l’Esprit Saint.

Le divin n’est pas totalement dévoilé au cœur de chacun,  même les anges ne  connaissent pas tout de Dieu, et  en même temps, le divin est en partie dévoilé et il nous est en partie accessible.  C’est un paradoxe, à la fois il est connu un peu et à la fois pas connu un peu.

 

L’image de l’ami est  intéressante,  parce que l’ami  c’est celui qui va dévoiler son cœur,  à ses amis.  L’ami, c’est celui qui va partager des projets et qui va constituer autour de lui un groupe, lié par la confiance et l’affection.  Et cette image de l’ami est donc intéressante pour dire la façon dont  Dieu en Jésus s’associe d’autres et dévoile une partie de son cœur. 

 

Alors il y a plusieurs conséquences qui sont intéressantes pour nous. La  première,  c’est que,  d’emblée l’amitié  notamment avec celle du Christ, suscite compagnonnage.  Un baptisé qui produit  le vide autour de lui,   qui n’associe pas d’autres, n’est peut-être pas dans l’élan de la résurrection. Ou ne connaît pas bien Jésus encore. L’amitié suppose la liberté de répondre, de recevoir.   Un chrétien qui n’a pas dans son cœur cette liberté de répondre et  recevoir,   a de la peine à la concevoir chez d’autres,  n’est pas dans l’élan de la résurrection, ne connaît pas  très bien encore,  Jésus. L’amitié suppose le don de soi - comme Jésus le rappelle  dans ce chapitre quinze.  Si nous sommes dans la rétention, dans la protection de soi-même,  de ce trésor que nous ne voulons pas vendre pour suivre Celui qui nous promet la vie éternelle,  nous ne connaissons encore pas bien Jésus. Et nous ne sommes pas complètement éclairés par les rayons de la résurrection.  L’amitié suppose aussi la responsabilité. Celui qui se risque à nous faire  à nous, il attend toute autre chose que la trahison. Et celui qui a du mal à vivre cette responsabilité, de ce don qui lui est fait, ne connaît pas encore très bien Jésus.   Il n’est pas encore très bien éclairé par les rayons de la résurrection.

 

Il y a une autre conséquence qui est importante : si l’ami, c’est celui qui dévoile son cœur,   alors quand  l’ami est absent, nous faisons même en son absence car nous connaissons  ce qu’il y a dans son cœur,  il nous l’a déjà dévoilé.   Quand l’ami ne parle pas,  nous faisons quand même et l’amitié demeure car nous connaissons ce qu’il y a dans son cœur,  il nous l’a dévoilé.   Quand l’ami ne peut pas faire quelque chose,  nous le faisons pour lui car nous savons ce qu’il veut faire,  il nous l’a dit.  Il nous a dévoilé ce qu’il y a dans son cœur.

 

Alors avec ces trois images : celle de l’ami, celle du maître et celle du berger,   qui depuis quelques semaines  ponctuent notre marche vers l’Ascension  -  si ces titres,  parce qu’on les  appelle des titres de Jésus Christ  -  au même titre que : Jésus est la vie, Jésus est la porte, Jésus est le chemin,  Jésus est la lumière.  Si ces titres-là, nous les conservons dans la prière et si,  ils nous guident dans la lecture de l’évangile,   il se peut que nous aimions comme Lui.

 

Amen


Jeudi 23 Mai 2019

Ac 15, 7-21

Ps 95

Jn 15, 9-11

 

Dans les actes des apôtres, nous entendons la suite du concile de Jérusalem.  Avec à la fois, le témoignage de Pierre et ce qu’il a vécu à Jopée,  et en même temps la façon dont Jacques va trancher.  Et on peut être surpris de la façon dont il tranche parce que - au lieu  purement et simplement  d’affranchir  complètement  -  soit tous,  soit uniquement les chrétiens originaires du paganisme  -  de toute observance originaire de la loi de Moïse ;  eh bien, il en rajoute d’une certaine façon.  La circoncision disparaît  mais il en rajoute.

 

En tous cas, c’est le premier acte de l’Eglise,  comme assemblée d’apôtres qui ont élu le Christ  et de celles et ceux qui  - reconnaissons-le  -  ont autorité,  il faut trancher une question qui ne trouve pas immédiatement sa réponse dans l’écriture, spontanément  il faut aller la chercher.

Justement la lumière de l’écriture est dans l’Esprit Saint. On a besoin de ces anciens là et de ces apôtres pour nous aider au discernement.   Voilà, c’est le premier concile de l’Histoire.

Et nous avons dans cet évangile, Jésus qui continue à apparaître pour nous  comme maître,  comme modèle.  Cette fois-ci, nous sommes invités à  imiter chez Lui, la façon dont  Lui-même obéit aux commandements du Père.   Tel  que Jésus accueille et vit les commandements de son Père,  eh bien nous-mêmes,  il  faut vivre les commandements du Christ.

 

Alors si hier,  nous étions invités à regarder la façon dont Jésus était enraciné  dans le Père  - notamment dans le désert,  les tentations,  la Passion et sur la Croix  à Gethsémani. Aujourd’hui, on peut contempler, dans l’évangile  -  je vous invite à le faire en tournant les pages de vos évangiles  -  eh bien, d’aller voir la façon dont Jésus parle de son Père.   La façon dont Il parle de son Père   et  la façon dont il se réclame de Lui. Ca va sans doute être à partir d’enseignement,  mais on peut aussi  le regarder dans sa prière  -   où il ne dit rien !   Quand Il prie, il dit sans doute des choses à son Père mais Il ne nous en rapporte pas.   Seul chez St Jean, effectivement,  il y a une longue prière au Père qui nous est  rapportée.   Pourvu que ça puisse nous inspirer,  chacun d’entre nous.   Et  nous inspirer dans nos paroles, de la façon dont nous parlons du Christ.   Les uns par rapport aux autres.  Notamment en communauté.  Est-ce que nos paroles sont bavardages ?  Est-ce que c’est pour raconter des choses sans intérêt ?   Ou  est-ce que au contraire  c’est pour dire la manière dont nous vivons et nous puisons à la source de Jésus ? Il y a des paroles qui construisent la foi,  il y a des paroles qui sont au contraire  idolâtrie,  futilité, perte de temps.

 

Jésus, quand Il parle de son Père,  Il  ne raconte pas le temps qui passe.  Quand Il parle de son Père, Jésus,  on n’est pas au niveau de brèves de comptoir. Et nous ?   Où en sommes-nous ?   Où est-ce que l’on en est ?  Surtout en communauté ?

 

Amen


Mercredi 22 mai 2019

Ac 15, 1-6

Ps 121

Jn 15, 1-8

 

Voilà, le chapitre quinze des actes des apôtres est célèbre dans l’histoire de l’Eglise. Nous en sommes au début du chapitre quinze qui nous laisse plein de suspense. Il suffit de lire la suite de ce chapitre demain et après- demain. On aura aussi un aperçu dimanche à la messe.Si ce suspense est insoutenable, vous pouvez ouvrir vos bibles et aller lire la suite après le verset six.

 

C’est ce que l’on appelle le concile de Jérusalem. Le tout premier concile de l’histoire de l’Eglise. Il s’agit de savoir si oui ou non pour être sauvé, il faut être circoncis, comme c’était le cas pour les disciples du Christ issus du judaïsme. Au fond, cette question : qu’est-ce qu’il faut pour être sauvé ?Et est-ce qu’on doit accueillir ou pas accueillir de que l’on appellerait du paganisme- quand on décide -quand on demande le baptême ? Est-ce qu’il faut garder ou ne pas garder du paganisme ? Cette question est  actuelle. Et elle le sera jusqu’à la fin des temps.

Qu’est-ce qui fait qu’on est à Christ ? Qu’est-ce qui fait qu’on ne l’est pas encore ?Ou qu’on ne l’est plus ?Au fond, l’évangile, il est intéressant parce qu’il est sur une thématique assez simple. Alors, souvenons-nous que l’une des déclinaisons de la résurrection, c’est de regarder Jésus comme le Maître. Et un maître, on peut l’écouter, faire ce qu’il nous dit. On peut aussi faire ce qu’il fait, quand il est un bon maître, et c’est le cas de Jésus. Et le verbe demeurer dans cet extrait de l’évangile revient plusieurs fois.

 

Que faut-il faire pour être du côté des bons sarments ? Pour ne pas être jeté au feu, et demeurer sur la vigne. Porter du fruit. Eh bien, il faut imiter Jésus qui ,lui demeure en son Père. De même Jésus demeure en son Père, nous, il nous faut demeurer en Jésus.

Comment faire pour bien demeurer en Jésus ?Imitons sa manière de demeurer en son Père. Il y a plusieurs exemples dans l’évangile de la façon dont Jésus demeure en son Père.

Cela peut-être une très belle étude d’évangile que l’on peut faire personnellement, en tournant les pages de sa bible, de ces évangiles, et puis on s’arrête à chaque fois que l’on voit Jésus qui, explicitement, demeure enraciné en son Père. Alors il y a la façon la plus splendide au fond - splendide, il y en a plein - mais la plus évocatrice, c’est quand Jésus parle à l’écart prier son Père. Mais il y a deux moments qui sont sans doute comme des phares pour nous : Jésus au désert conduit par l’Esprit Saint. Il va demeurer en son Père, alors que par trois fois, le démon va chercher à le séduire. Et puis l’autre fois, c’est La Passion. Tout ce chemin qui le mène vers sa Croix et, Il est sur la Croix. Il va demeurer enraciné en son Père.

 

Eh bien, méditons, essayons d’imiter pour comprendre la façon dont Jésus demeure en son Père et assurément, cela nous aidera dans l’Esprit Saint à demeurer à notre tour en Jésus. Par contre, on garde la façon dont il demeure en son Père dans le désert. Au début de l’évangile, nous avons par exemple Luc, chapitre quatre, et nous allons voir que, Il va déjouer les suggestions du démon. On va voir qu’il ne va pas se laisser aller aux passions, on va voir qu’il ne va pas vouloir tomber dans la vaine gloire ou dans l’amour de l’argent, du pouvoir. Il va résister à cela, par le jeûne, par la prière. Alors, c’est peut-être une façon pour nous de nous dire : ouh là-là ! C’est vrai que le Carême est passé, hein ?Il ne s’agit pas de faire de notre vie un désert, mais tout ce qui nous aura libéré pendant le Carême, peut-être qu’il faut le continuer à l’installer dans le quotidien de nos jours, de nos vies, pour que nous tenions ferme, nous demeurions enracinés.

 

Alors je vous rappelle que pendant le Carême, il y avait cette exigence, ce critère de vérification : jeûne, prière, aumône. Où en sommes-nous ?Plusieurs semaines après ? Si nous avons constaté que ceci portait du fruit dans nos vies, pourquoi attendre le Carême de l’année prochaine ?Attention, hein ? L’enjeu est de taille : c’est de demeurer en Christ, sinon, nous sommes jetés au feu. Ou alors, on risque de devenir comme ces fidèles du concile de Jérusalem. Nous risquons de faire de notre vie en Christ, une affaire de circoncision ou de tas de choses périphériques.

 

Non, notre vie en Christ est de l’ordre du demeurer, comme un sarment sur son cep. Plus nous demeurons en Lui,plus nous saurons rejeter tout ce qui est suggestion du démon. Plus nous demeurerons en Lui, plus nous aurons goût à la vie qui vient, et non pas de nous-mêmes.

 

Amen


Dimanche 19 mai 2019

Ac 14, 21b-27

Ps 144 (145)

Ap 21, 1-5a

Jn 13, 31-33a. 34-35

 

Alors chers amis, nous faisons des pas,  dimanche après dimanche depuis la résurrection de Jésus. Les premiers dimanches qui ont suivi Pâques. Les pas que nous a fait faire la liturgie en écoutant l’évangile chaque dimanche. C’était de dire : Jésus est vraiment ressuscité parce qu’il y a des preuves. La première grande preuve, c’est que le tombeau est vide. Alors au lieu de conclure que le corps a été volé, on conclut qu’Il est ressuscité. L’autre grande preuve, c’était de dire : eh bien Il est vraiment ressuscité. Et puis regardez,  Il est apparu !  Aux uns, aux autres, même à Thomas qui voulait absolument Le voir avec ses plaies dans ses  mains, son côté et ses pieds. Une autre preuve, c’est que Jésus prend de nouveau - comme Il le faisait avec ses disciples auparavant - Il prend son repas.  Comme Il faisait dans la plaine quand il avait multiplié pains et poissons.  Il partage un repas,  ça va être le cas sur le bord de la mer de Galilée,  et ça va être le cas également à Emmaüs,ça c’étaient les tous premiers dimanches.

 

Dimanche dernier, souvenez-vous, on a fait un autre pas et  je vous avais dit que, au fond, nous découvrons une  déclinaison nouvelle de la  Résurrection ;  ce ne sont plus les preuves, il ne s’agit plus de vouloir s’auto-convaincre que Jésus est ressuscité.  C’était de découvrir dans la belle figure du Bon Pasteur  (on avait fait un petit temps de prière ensemble où il s’agissait de laisser prendre chair en nous-mêmes cette image,  d’une des brebis et de leur pasteur)  eh bien, ce Bon Pasteur, c’est le Ressuscité.

 

Eh bien aujourd’hui, on a une autre image qui vient : Jésus qui est Maître.Maître.Modèle et Maître.St Irénée va même dire que Jésus est le Maître véridique. Voilà.  Le Maître. Un maître, nous  en avons tous eu, normalement, maître ou maîtresse à l’école. C’est celui qui nous donne des enseignements, c’est celui qui nous apprend, celui qui fait grandir, c’est celui qui par l’art de la répétition permet d’assimiler un certain nombre d’informations et de nous ouvrir à l’altérité, à l’inconnu.

Voilà le Maître,  Jésus.  Il enseigne ses disciples. Il donne des exemples, par la parole ou par les gestes,  que ce soient des  exemples de soin, de salut, de guérison, de délivranceet que ce soit aussi par son retrait,  par ses temps de prière en solitaire : Le temps au désert,  la Transfiguration, la prière à Gethsémani. Toutes sortes de moments qui sont,  pour ses disciples, des enseignements.

Il est le Maître.  « Comme je vous ai aimés, aimez aussi. » Un maître, on peut l’imiter, c’est peut-être la limite de nos maîtres  et maîtresses d’école. Parfois, il fallait faire ce qu’ils disent et ne pas faire ce qu’ils faisaient. Hein ?

 

Mais Jésus, on peut faire ce qu’il fait.On peut.Il faut.C’est même, quasiment obligatoire, car c’est un Maître qui fait  Lui-même ce qu’Il dit.  Imitant sa posture de Maître,  il est sûr que nous allons vraiment vers  le bon but. Il est le Maître véritable.Modèle parfait.

Quand nous contemplons la Croix.  Quand nous avons - le Vendredi Saint - adoré la Croix de Jésus,  nous y avons vu  parce que c’était de circonstance,  Celui qui donne Sa vie  au moment de Sa mort, nous venions d’entendre La Passion de Jésus  le Vendredi Saint, chez St Jean.  

Quand nous contemplons la Croix, quand nous la regardons.  Quand avant de nous coucher,  nous la saluons cette Croix qui est tout près de nos lits.  Quand parfois ça nous arrive,  presque dans un geste de prière et en même temps,  parfois un peu de superstition,  d’embrasser une croix  quand elle est autour de notre cou.  Cette Croix-là : c’est un exemple, c’est un modèle, ce n’est pas simplement une photo. Ce n’est pas simplement une chose fixe.

 

Lorsque je contemple la Croix : je contemple un parcours.Je contemple un cheminement, depuis la crèche,  même avant encore : le songe à  Joseph.  L’annonce à Marie. Le Fils de Dieu qui vient dans le monde.  Dieu qui vient se faire l’un des nôtres. Quand je contemple la Croix, je contemple le Bon Berger,  je contemple Celui qui guérit. Celui qui nourrit. Celui qui réunit.Quand je contemple la Croix,  je réentends les Béatitudes.  Je réentends la prière de Jésus à Son Père. Quand je contemple la Croix,  je vois le lavement des pieds.Quand je contemple la Croix,  je vois Celui qui porte Sa Croix.  Et qui, se laisse crucifier. Et quand je contemple la Croix, je vois aussi Le Ressuscité. Je vois Celui qui apparait à ses frères,  ressuscité !Je vois Celui qui monte au ciel. Et je vois Celui qui rejoint le Père et qui nous donne l’Esprit Saint.

Quand je contemple la Croix, je peux imiter la Croix.  Imiter la Croix, ce n’est pas simplement mourir, hein ? (Imiter la Croix,  ce n’est pas simplement se faire du mal,  d’ailleurs,  arrêtez de vous faire du mal, hein.  S’il y en a qui au nom de leur foi se font du mal,  arrêtez  absolument).

Contempler la Croix, c’est comme - je vous ai dit  de contempler la Croix  :  c’est contempler l’Amour. Et on peut la mettre en application, sans modération.  C’est le Maître et Modèle,  en l’aimant à notre tour.

Quand nous allons communier dans quelques instants,  nous allons recevoir le corps du Christ,  Le Maître de l’univers se fait tout petit pour entrer dans cette petite hostie de pain.  Je peux l’adorer ce Christ-là. Mais en le consommant - au moment de la communion -  je dis aussi  au  Maître et Seigneur : « Oui, je veux t’imiter. »  Et là encore, je pourrais refaire le même chemin,  de la crèche à la croix,  de la Croix à la Pentecôte.Celui que nous recevons dans cette hostie,  ce Corps donné : c’est Celui qui a enseigné, c’est Celui qui a montré,  c’est Celui qui a parlé du Père.

On peut l’imiter.On peut l’imiter Celui qu’on reçoit dans nos mains  sans se faire du mal.  Il ne nous est pas demandé de prendre un emporte pièces pour nous transformer en petites hosties rondes, hein…Il nous est demandé, au contraire,  de rentrer dans la vie même de Jésus. Et plus encore : Son Corps, c’est notre corps.Notre corps, c’est Son Corps.  Son Sang, c’est mon sang.Mon sang, c’est Ton Sang Seigneur !

 

Se laisser traverser dans l’Esprit Saint.Identifier,  ressembler à ce que nous recevons.

Vous avez entendu dans la deuxième lecture, un extrait de l’Apocalypse. Cette vision de la Jérusalem du ciel, cette demeure parfaite, extraordinaire.  Qui peut-être vous attire ?  - Je ne sais pas…La cité idéale. Alors  la cité idéale, c’est pas une cité ultra connectée, avec la 5G partout - au moment de l’Apocalypse, il n’en est pas question - mais, au moment de l’Apocalypse,  ce qui va compter et ce qui compte encore aujourd’hui dans cette cité idéale, c’est ce qu’ils disent les uns et les autres :ils ont tous lavé leur robe dans le sang de l’agneau.  C’est-à-dire qu’ils sont tous aimés comme le  Christ.Ils ont tous été des imitateurs de Jésus dans cette cité idéale.

 

Je ne sais pas si vous avez soif d’habiter cette cité idéale ?Moi,  j’ai soif d’habiter cette cité idéale ! 

Cette cité idéale, elle n’est pas demain et ailleurs.Cette cité idéale, elle peut dès maintenant,  être  ici.

Vous savez quand on célèbre les obsèques, souvent, on entend un texte dans l’évangile de Jean : « Je m’en vais préparer une demeure, pour vous,  au ciel dans la  maison de mon Père, il y a beaucoup de demeures. » Et puis Thomas qui dit : « Mais où vas-tu ?  On ne sait pas ? » - Mais  « Je suis le Chemin,  la Vérité,  la Vie. »Oui, il y a beaucoup de demeures au ciel : cité idéale.

Mais.  Si nous imitons Jésus,  si nous Le laissons être notre Maître.  Cette demeure, qui est faite pour nous,  elle est aussi en nous.Je deviens la demeure.Il vient faire Sa demeure,  en moi.Du reste c’est ce qu’on dit à Noël : Il vient planter Sa tente,  en moi.

 

« Seigneur,  je voudrais tant que tu sois mon Maître et Seigneur. Par ton Esprit saint. Que je te ressemble toujours plus.  Que je me laisse sauver par Toi.  Et que cette demeure du ciel soit aussi sur la terre. 

Sois ma demeure et je veux être Ta demeure ».

 

Amen  


Vendredi 17 mai 2019

Ac 13, 26-33

Ps 2

Jn 14, 1-6

 

Le chapitre quatorze de Jean est intéressant parce que c’est bien la seule fois où l’on voit Jésus dialoguer avec ses disciples. D’habitude, chez St Jean, il y a de très, très,  grands monologues. Il peut y avoir l’affirmation d’un personnage avant ou à la fin, mais Jésus sinon va dialoguer seul, au fond.  Et là, il dialogue avec ses disciples.  On en a un exemple,  Thomas interagit avec Jésus.

Le fait que Thomas interagit sur le thème du chemin me permet d’en rester sur ce mot là : le chemin.

 

Jésus est pour nous Maître et Modèle.  Il est à la fois notre horizon et en même temps Celui qui nous y conduit, qui marche avec nous vers cet horizon. Il est à la fois Celui que nous sommes appelés à imiter, et Celui qui va nous attirer à Lui. Il est Celui qui nous montre, et Celui qui marche avec nous. Irénée de Lyon dira qu’il est le Maître véridique, Il est le Modèle véridique. Il est la Lumière.

 

Voyons en Lui non pas une chose statique, fixe,  qui consisterait de notre côté à déployer tous les efforts possibles pour lui ressembler mais voyons en Lui un modèle vivant, mouvant, qui avance et qui nous fait avancer. Je vous ai dit hier que l’on appelait cela : l’économie. L’économie du salut. C’est une vieille histoire dans la Bible.  Car à partir de l’Alliance que le Seigneur fait avec Abraham,  Moïse,  avec les Prophètes, Dieu ne cesse de déployer dans l’histoire - il suffit de lire l’ancien testament -  une pédagogie,  pour raccommoder ce que le péché d’Adam a produit. Raccommoder.

La patience, elle est du côté de Dieu, elle n’est pas du côté de l’homme.  On a l’impression  parfois que Dieu nous contraint à une très grande patience,  ça serait bien d’y parvenir.  Mais c’est d’abord Lui qui fait le premier pas en étant d’abord patient.

 

Tout l’Ancien Testament, c’est une affaire de pédagogie de Dieu.  L’Alliance est défaite, Il cherche à la refaire.  Alors Il a des tas d’intermédiaires divers et variés.  Il y a  ces Patriarches mais à un moment donné, ça sera aussi des personnages qu’on appelle les Juges, il va y avoir les Prophètes. Et en ces temps qui sont les derniers.  

Le dernier pédagogue, Le Maître et Modèle qui, en Lui assume toute cette patience de Dieu et tout ce qui a été défait par l’homme, c’est le Christ    :   Chemin   Vérité   Vie

Alors pour nous la spiritualité, surtout dans ce que l’on appelle l’école française (Bérulle,  Olier, seizième siècle, dix-septième) a beaucoup développé deux verbes  - très simples -  il n’y a plus qu’à les mettre en musique   :  

Aimer  et  suivre.

 

Amen 


Jeudi 16 mai 2019

Ac 13, 13-25

Ps 88

Jn 13, 16-20

 

Lorsque nous communions, nous ne recevons pas seulement un petit morceau de pain, nous le savons bien.

Nous recevons Celui que le Père nous envoie.

Celui qu’Il nous donne.

Et lorsque nous communions, lorsque nous Le recevons, nous sommes à notre tour des envoyés du Père.

Communier,  c’est renouveler notre baptême.

Nous devenons des envoyés comme le Fils est un envoyé.

Et nous le sommes dans l’Esprit Saint.

 

Amen


Mercredi 15 mai 2019

Ac 12, 24 à 13,5

Ps 66

Jn 12, 44-50

 

Nous poursuivons ces nouvelles lectures des discours de Jésus dans l’évangile de Jean - qui nous redit comme nous avons eu l’occasion après les fêtes de Noël -  que,  le Père est cause souveraine de tous biens et qu’Il est en même temps modèle de toutes choses. Et Jésus a été envoyé par ce Père et   Il nous y conduit. Tendre vers ce Père,  car nous ne pouvons qu’y tendre (nous le toucherons à notre mort peut-être).

Tendre vers ce Père, c’est être dans la lumière. 

 

Ne pas y tendre, c’est être dans l’obscurité de la ténèbre. Ce n’est pas Jésus qui nous juge comme Il  le dit,  ce n’est pas Lui qui nous condamne, qui nous maudit,  comme Il maudira le figuier dans l’évangile.  C’est le simple fait que nous nous sommes nous-mêmes,  jugés et condamnés,  en nous éloignant de cette source qu’est le Père.

 

C’est l’occasion en cette quatrième semaine après Pâques, de situer encore autrement le Christ Ressuscité. Le Christ ressuscité n’est plus une preuve que le Père est  tout Puissant et plus fort que la mort : Jésus Ressuscité est désormais à la fois Celui qui nous conduit vers ce Père,  si nous écoutons Sa Parole,  si nous nous laissons entraîner par Lui.   Et Il est en même temps la direction. Il nous montre, Il nous montre.

 

Dans l’évangile de Jean,  Il nous dit d’ailleurs  qu’Il est le Chemin, La Vérité et La Vie.

Il est à la fois Celui qui montre et Celui qui conduit.

Un mot compliqué dans la théologie chrétienne, que nous avons l’habitude d’entendre dans nos radios à chaque fois que nous les écoutons, c’est le mot  « économie ».  L’économie, c’est à la fois la gestion des choses - et la bonne gestion, tant qu’à faire - mais c’est aussi l’art. L’art de conduire dans l’histoire.  L’art de faire avec ce que l’on a. Eh bien Jésus est un bon économe.  Pour peu que nous décidions de le suivre.  Dans notre contexte et avec ce que l’on a,  Il nous conduit vers le Père.  Mais,  si nous le désirons de tout notre cœur. Si nous le voulons.

 

C’est ça être dans la lumière.

 

Amen


Dimanche 12 mai 2019

Ac 13, 14. 43-52

Ps 99 (100)

Ap 7, 9. 14b-17

Jn 10, 27-30

 

Alors chers amis, je vous invite à repérer le chemin que nous avons parcouru  déjà,  depuis maintenant quatre semaines.  En communauté les dimanches  mais aussi les messes de semaine. Donc, depuis le jour où nous avons proclamé que Jésus était ressuscité, à aujourd’hui. Et les dimanches précédents, l’évangile qui nous était rapporté,  insistait beaucoup, sur eh bien,  le tombeau est vide,  Jésus est ressuscité,  il y a des témoins,  il y en a qui n’ont pas vu,  ou qui ont du mal à croire  en cette nouvelle et  qui finissent par se mettre à croire en cette nouvelle.

 

Et puis, nous avons des textes, notamment dans les actes des Apôtres, qui  nous rapportent, comment petit à petit,  se répand cette nouvelle de la Résurrection de Jésus. C’étaient les dimanches jusqu’à aujourd’hui, alors avec des choses assez belles,  comme par exemple : eh bien croire en Jésus Ressuscité,  c’est essayer de ne pas de ne pas l’avoir vu, hein,  comme Thomas aurait pu croire en Lui sans le voir.   Mais c’est aussi croire  très fort que Jésus ressuscite dans nos corps de chair. 

 Ca c’étaient les dimanches qui précédaient.  Et puis avec cette semaine, nous avons commencé à basculer vers une sorte d’autre modalité de la Résurrection de Jésus. Une sorte de déclinaison différente de cette Bonne Nouvelle de la Résurrection de Jésus.  Il ne s’agit pas tellement d’aller vérifier avec une lampe torche, que le tombeau de Pâques était bien vide. Mais c’est plutôt de contempler, ce signe ne vous aura pas échappé, je pense : Contempler l’infinie Bonté de Dieu.

C’est une autre façon de dire que Jésus est ressuscité.  On est moins dans les preuves, si vous voulez,  on est plus dans la tendresse infinie du Père.  Cette bonté-là, telle qu’elle se manifeste, par exemple dans cet évangile : « Le Père et moi nous sommes Un.  Rien ne pourra arracher les brebis de la main du Père.»   Dit  toute la bonté de Dieu.  Alors, c’est une déclinaison, voilà,  de la Résurrection de Jésus.   Alors, nous sommes toujours après Pâques. Voilà le chemin que nous parcourons.

 

La deuxième chose, c’est que, en contemplant l’infinie bonté de Dieu,  cette unité pleine de confiance entre le Père et le Fils,  eh bien nous sommes vraiment à l’opposé de ce que nos coeurs ont pu ressentir  lorsque nous avons célébré la Passion de Jésus le Vendredi Saint…   Jésus sur la Croix : « Mon Père, pourquoi m’as-tu abandonné ? »

 Alors que Jésus dit tout le contraire : « Mon Père et Moi, nous sommes Un, nous sommes Un. »

Vous voyez que nous sommes vraiment dans un mouvement plein de lumière,  un mouvement rempli d’Esprit saint.  Nous ne sommes plus dans les tremblements, la crainte  du Vendredi Saint.

Alors, je vous invite à faire un petit travail d’imagination. C’est comme une prière.  On peut fermer les yeux s’il y en a qui veulent de fermer les yeux  mais ce n’est pas obligatoire.  Un petit travail qui va faire fonctionner notre imagination et peut être notre cœur.  Eh bien, je vous invite à imaginer ce berger.  C’est vrai qu’il  n’y en a plus guère parmi nous, mais,  tout à l’heure, à la fin de la messe, il y aura un baptême.  Et le papa, il a des brebis. Et je pense qu’il ne s’en occupe plus guère comme on s’en occupait à l’époque de l’évangile.  Mais voilà…

 

Imaginez un berger.  Un berger,  son troupeau. Visualisez-le,  voilà un homme droit.  Vous pouvez l’imaginer  avoir veillé la nuit, un peu comme ceux qui ont veillé à Noël,  à l’écart… On peut l’imaginer rompu par ses heures de veille … Et pourtant, il est tout droit, comme ça,  solide.  Et entraînant, et entraîné,  il avance.  Autant qu’il fait avancer son troupeau, il est entraîné par son troupeau qui avance.  C’est le jour…  Imaginez  la beauté de ce berger…  Vous pouvez peut-être imaginer son odeur. Le pape François, en d’autres temps, aurait dit qu’il a la même odeur que ses brebis.  On peut imaginer tous les traits de son visage, peut-être émaciés, pourquoi pas.

 

Un homme paisible, serein.  On peut imaginer ce berger.  On peut visualiser ce troupeau qui l’environne.  Il est en sécurité, ce troupeau !  Il n’y a pas de prédateurs, il n’y a pas de loups.  Et ce troupeau, il n’est pas divisé.  Il n’y a qu’un troupeau qui fait corps autour de ce berger. Et tout le monde avance.  Vous  pouvez imaginer aussi l’environnement.  Un environnement très biblique, ça peut être par exemple,  des prés d’herbe fraîche, comme le psaume le dit.  Une herbe grasse qui vient nourrir les brebis,  avec ce berger bon et beau, présent, serein, eh bien ses brebis n’ont pas faim, elles n’ont pas soif.  Elles ont tout avec lui.  Imaginez le timbre de la voix du berger,  les brebis connaissent ce berger et ce berger les connaît chacune par son nom.  Imaginez le timbre  de la voix du berger… Est-ce que vous le voyez le berger ? Est-ce que vous le voyez ?  Vous le sentez ? Est-ce que vous pouvez admirer cette admirable unité ?  Cette confiance ?  On sent qu’il y a un centre de gravité dans le cœur de ce berger-là.  On peut imaginer un homme de profond  équilibre.  Il n’est pas gêné par un téléphone portable dans sa poche, par un rendez-vous. 

Non, c’est un homme qui est complètement présent. Est-ce que vous le voyez ce berger ?

 

Alors chers amis,  Jésus nous parle de sa relation avec le Père.  Une relation Une. Une relation sans rien de trop et sans aucun manque.  Il nous en parle à travers cette belle image de nous-mêmes avec Jésus : des brebis avec le berger.  C’est magnifique !  Je vous invite vraiment à  reproduire cette prière chez vous, si vous le voulez bien. C’est simple,  une image comme ça,  berger,  brebis,  ça dit quelque chose de cette soif de notre cœur et de cette vie d’unité.  C’est exactement ce qu’Ils se sont dit entre Jésus et Son Père. 

 

Quelle réponse on pourrait donner à cette infinie bonté de Dieu ?  Alors il y a une réponse qui est évidente, on pourrait dire : c’est notre baptême.  Alors, voilà : c’est notre baptême.  Mais le baptême, on ne le reproduit pas tous les jours. On n’est pas baptisés tous les jours.  Il y a une autre réponse  que l’on peut donner qui est tout aussi évidente : c’est l’Eucharistie.  On  peut communier tous les jours par contre : L’Eucharistie.  

 

Quand je vais communier au Corps de Jésus. Eh bien, je fais corps avec le berger.  Il me donne cette nourriture dont j’ai besoin.  Je ne peux pas demander plus ni moins, que ce Dieu qui donne toute son infinie Bonté.  Imaginez l’immensité de Dieu dans cette petite hostie que vous recevez.

Qui vous est offert.  L’Eucharistie, c’est quand même le lieu magnifique où on se repaît,  et où on fait corps - comme les brebis autour du berger - qui sont nourries par lui.  Alors on a des bergers terrestres,  on a des communautés, des troupeaux concrets,  qui sont des communautés paroissiales.  Alors, on a chacun des bergers que l’on n’a  pas choisis.  Alors, ils sont comme ils sont,  ils peuvent avoir plein de talents, les bergers qui nous sont donnés. Ils peuvent savoir chanter, ils peuvent savoir animer,  ils peuvent être beaux, ils peuvent être intelligents, ils peuvent tout ce qu’on veut quoi.

Mais la seule chose que l’on ne peut pas enlever à ces bergers que nous recevons,  c’est qu’ils nous offrent l’Eucharistie.  Alors on peut avoir un berger moche, pas intelligent, pas gentil, tout ce qu’on veut, hein...  Mais il nous offre l’Eucharistie.   Et on n’a rien à demander de plus que cela en fait. Imaginez un troupeau qui n’a pas faim et qui n’attends rien du berger ?  Ben, c’est un troupeau qui va se déliter… Tôt ou tard, les loups vont apparaître.   Ayons faim de cette nourriture qui nous est offerte.

 

Une dernière chose, cela nous arrive parfois de se tâter un petit peu le pouls, hein, et puis de se dire : « Il me manque ceci,  c’est pas facile  cela…  j’ai peur de telle chose, ce n’est plus comme avant. Voyez un peu ces choses qui nous traversent… Un peu comme si nous étions une sorte de brebis malade quoi… Ne regardons pas trop en direction de ces petites fissures qui peuvent apparaître dans nos cœurs, parce que nous ne sommes pas là pour adorer le mal, le diable.  On est là pour adorer cette profonde unité de Jésus avec son Père.  Ne nous trompons pas de berger.  Jésus nous dira un peu plus tard qu’il y a des loups qui sont déguisés en bergers.  Ne nous trompons pas de berger. Notre berger est celui qui vraiment nous éloigne de toute peur et nous met en confiance.

 

Amen


Jeudi 9 mai 2019

Ac  8, 26-40

Ps 65

Jean 6, 44-51

 

Nous poursuivons cette prise de parole de Jésus. Ce discours sur le Pain de Vie  (chapitre 6 dans l’Evangile de Jean).   Nous sommes bien avant sa Passion, mais,  en ces jours d’après Pâques, ce discours nous aide à mieux accueillir,  Jésus Pain de Vie.  Comme le Ressuscité,  Celui qui nous ressuscite chaque fois qu’on L’accueille.

Aujourd’hui, je vous propose de méditer sur la surabondante bonté du Père.    

 

La surabondante bonté du Père.

Nous disons dans le Credo,  que,  du Père est né le Fils

Il est descendu du ciel

Il a pris chair

Sous Ponce Pilate, Il a souffert

Il a donné Sa Vie, Il est mort

A été enseveli et ressuscité.

Gardons cette affirmation du Credo,  et,  contemplons ce qu’elle signifie :  

 

la surabondante bonté du Père :  

Il nous donne.  Il nous donne.   Il nous donne le Fils.

Mais  plus au-delà encore,  dans cette surabondante bonté du Père.  Reconnaissons Celui qui veut être contemplé. Le Père nous attire à Lui.  Pour que nous le contemplions. Que nous contemplions Sa Bonté surabondante. La Sienne à Lui.  Il nous attire pour que nous regardions cette bonté.  C’est la volonté du Père, c’est la volonté, c’est  Sa volonté à Lui.

Et en face de cela, nous avons nous-mêmes. Pour nous les hommes,  et pour notre salut : Jésus est Dieu fait chair.  Nous-mêmes.  Nous ne sommes pas encore avec une surabondante bonté. Mais en nous, il y a le désir.  Le désir.  Qui nous meut chaque jour.  Qui nous disperse souvent. Et nous n’avons rien d’autre à offrir que notre désir.  Comme si…   Il pouvait prendre la place,  des cinq pains et des deux poissons. Ce désir. 

 

En chaque  Eucharistie, nous pouvons nous laisser entraîner par cette bonté du Père,  si nous désirons la recevoir.  Désirons recevoir cette bonté. Désirons la regarder.  Désirons lever les  yeux, haut.  Plus haut encore que toutes les puissances de la terre,  et du ciel.  Contempler cette surabondante bonté. Quand nos regards croisent  l’hostie,  c’est notre désir qui croise la bonté du Père.

Lorsque nous communions au Corps du Christ,  c’est notre volonté qui croise la Volonté de Dieu  Père en Jésus.

Et celui qui communie au Corps du Christ,  peut alors,  vivre du Christ,  vivre de cette bonté.  C’est extraordinaire.

Il n’y a plus qu’à décider, à le vouloir.  Dans l’Esprit Saint

Amen


Mercredi 8 mai 2019

Ac 8, 1b-8

Ps 65

Jn 6, 35-40

 

Je ne sais pas,  si parmi vous   il y en a qui déjà dans leur vie,  ont pris des résolutions.  Comme par exemple,  au moment du 1er janvier ou quand on veut arrêter de fumer,  ou quand on fait un vœu à l’occasion d’un événement  tout à fait exceptionnel  dans notre existence.  Entendez  résolution,  c’est se dire : à partir de maintenant, tous les jours qui suivront jusqu’à la fin,  je ne ferai pas ceci,  ou je ferai cela.  S’il y en a qui ont pris des résolutions dans leur vie, eh bien peut-être vous avez déjà fait l’expérience du coût,  que,  entre le moment où la résolution est prise et un certain temps plus tard, eh bien, c’est plus compliqué.   Il faut travailler un peu au corps,  pour que la liberté des premiers instants, eh bien,   se prolonge.  C’est plus facile de dire par exemple : « je fais régime le 1er janvier »   mais le plus souvent, le quinze janvier,  c’est déjà plus difficile.

C’est comme par notre baptême.   Notre baptême, la plupart d’entre nous ne l’avons  pas choisi. Mais il est temps de le choisir ce baptême.   Eh bien,  nous pouvons prendre  la résolution de vivre en enfants de Dieu.    Très proches de  Jésus.    Et de vivre cette liberté qui nous vient de Lui.   Et puis, bien des jours après,  des  semaines, des mois et des années,  c’est plus dur,  de vivre de cette liberté-là.

 

Eh bien  avec  Pâques,  c’est comme si nous avions choisi, à nouveau,  notre baptême.   C’est le sens de la Veillée Pascale.  Parce que,  évidemment  comme nous sommes  tous concernés  ou presque par un baptême bébé,  la Veillée  Pascale permet de choisir notre baptême : Je choisis  mon baptême et je prends la ferme résolution de vivre en disciple du Christ,  en enfant de Dieu. 

Alors le jour de Pâques,  le jour qui suit pâques,  le jour qui suit le jour qui suit Pâques, etc…  Tout va bien.  On est dans cette joie de la Résurrection.  Mais voilà que nous sommes que nous sommes à la troisième semaine,  ça s’effiloche un peu…  On retombe peut-être dans nos vieilles ornières.  Ce que nous avons fui  d’une certaine façon,   et ce dont nous pensions nous être  définitivement  éloignés. Mais non, ça revient, c’est le péché,  le péché. 

Que propose Le Christ ?  Qu’est-ce qu’il nous rappelle ? 

«  Celui qui voit Le Fils et croit en Lui,  a  la vie éternelle. »

Eh bien,  si nous sommes tous concernés par le baptême  et par la difficulté d’étirer jusqu’à aujourd’hui,  demain et  plus souvent, la vie que Jésus nous offre.  Nous n’avons pas d’autre solution que l’Eucharistie.

 

Alors l’Eucharistie, hein ;  c’est pas du tout, du tout, du tout, quelque chose d’automatique.  Une sorte de coutume…   On pourrait voir l’Eucharistie comme on pourrait voir autre chose…  Non, non l’Eucharistie c’est : le renouvellement chaque jour.  Cette  profonde liberté dans l’Esprit que nous donne Dieu.  Parce que c’est difficile  par nous-mêmes d’étendre à l’infini tout ce que nous avons reçu par notre baptême,   le jour de notre baptême.  Il serait si bon et si agréable de faire un arrêt sur image.  C’est-à-dire que, on arrête de vivre, de vieillir,  les jours ne s’écoulent plus, et on est dans l’éternité.  Voilà, mais bien sûr que ce n’est pas possible.   En revanche,  il est possible de vivre de la vie éternelle dans le jour qui passe.

 

Quand nous allons regarder tout à l’heure, le pain et le vin ; vous êtes tout à fait équipés pour  voir dans  ce pain et ce vin, le Corps et le Sang du Christ.  Non seulement vous êtes équipés de l’Esprit Saint (et en plus, on vous l’a appris, hein !  Je n’ai même pas besoin de faire de commentaires). Vous voyez le Pain et le Vin,   donc vous voyez le Corps et le Sang de Jésus.

Et cet évangile nous indique un peu plus encore : voyez l’humilité de Dieu !   Il se fait tout petit, Lui qui est si grand,   pour tenir dans cette petite hostie et dans cette coupe de sang,  de vin :

 C’est le Corps et le Sang de Jésus.

 

Ca, ce n’est jamais que la première chose.   Il y a une deuxième chose qui va avec  :  c’est que nous n’allez pas que regarder.   Vous allez  aussi vous déplacer,   pour communier. Eh bien : en recevant ce Dieu si grand  qui  choisit de se faire si petit  - pour vous !   Eh bien,   décidez,  au fond.  Recevez   la force,  pour vous-mêmes,   fibre  de cette même humilité.  Pour devenir toujours plus enfants de Dieu.   Ce que vous êtes devenus  vous-mêmes par votre  baptême.  En fait, il vous donne cette énergie-là.   Il vous donne ce pouvoir-là.   Renouvelé chaque jour,  parce que  chaque jour,  nous avons besoin de recevoir l’Amour.   Cette force, cette capacité de vivre de la même humilité,  que celle de Dieu.  A la limite, sans nous forcer,  on n’a vraiment aucun mérite.

Alors celui qui voit le Fils  - dans le Corps et dans le Sang  -  l’hostie et le vin ;  il voit le Fils.   Et qui  croit en Lui.   Il  reçoit Dieu qui se fait tout petit :  eh bien, il a la vie éternelle. ( Il n’y a pas besoin de faire un arrêt sur image,  il n’y a pas besoin d’arrêter de vivre). Il reçoit quand même,   là où il est,  au moment où il est,   il reçoit la vie éternelle.  

 

Alors je vous souhaite de recevoir de cette façon-là  l’Eucharistie.

Les chrétiens pensent que celles et ceux qui se privent  de cette vie- là sont en eux-mêmes très éclatés, très divisés.   Et ce n’est  pas étonnant alors  qu’il y ait du conflit.  Il ne devrait pas y en avoir dans une communauté  puisque nous vivons l’Eucharistie.

 Mais si nous pouvons faire partager cette grâce de l’eucharistie  au monde entier,   c’est même certain qu’il  n’y aurait pas la guerre.

 

Amen


Mardi 7 mai 2019

Ac 7, 51à 8, 1a

Ps 30

Jn 6, 30-35

 

Nous entendons cette semaine, une partie du discours sur le Pain de Vie, qui a commencé hier,  avec le constat par les foules, que, il n’y avait qu’une seule barque. Les foules cherchent.  Elles sont en quête de Jésus.  Les voici en mouvement,  pour pouvoir aller à sa rencontre. Elles finissent par le trouver à Capharnaüm.

 

 Cela dit quelque chose de notre vie spirituelle, la rencontre avec Celui qui est source de toutes grâces par Pâques, a sans doute été, pour une part,  de courte durée, comme toutes choses dans notre vie. Les rencontres avec Le Seigneur sont un peu comme dans le livre du Cantique des cantiques : l’époux  et l’épouse qui se cherchent, et leur contact est furtif.  Et nous avons faim.

Nous avons été plongés dans l’eau du baptême et nous avons encore soif.  Alors, le discours du Pain de Vie est pour donner consistance à ce signe,  que nous avons au quotidien et qui nous nourrit. Qui vient prolonger la grâce du mystère Pascal  :  l’ Eucharistie.

 

Nos cœurs ont été unifiés par l’Esprit Saint, par le  baptême.  Chaque fois que nous vivons une grâce très forte, nos cœurs sont à nouveau,  dans l’unité.     Il ne faut pas grand-chose pour qu’ils se délitent.

Ils cherchent… Il n’y a qu’une seule barque…

Le signe eucharistique, c’est à la fois : Jésus sur la Croix,  Il s’offre.  Mais c’est aussi ce qui tourne nos regards vers les réalités d’en haut. A un moment donné, le Corps et le Sang du Christ sont élevés. Nous les regardons. Pour dire que l’unité de nos cœurs ne se trouve pas au niveau de notre réalité,     elle se trouve haut !  En haut !

Ce n’est pas pour nous échapper des réalités  terrestres,  parce que nous ne sommes pas des anges.  C’est pour les exaucer.   Nous tirer.  Tous.  Toutes.  Vers en haut.

 

Alors, quand nous allons communier,   que notre intelligence soit vraiment mue par l’Esprit. 

L’Esprit de vérité.  L’Esprit d’Unité.

Que nos cœurs aient soif de ce qui est fort.  De ce qui est plus grand et plus beau encore. A  travers Jésus, Sa mort et Sa Résurrection.

 

Amen  


Samedi 4 mai 2019

Ac 5, 27b-32. 40b-41

Ps 29Ap 5, 11-14

Jn 21, 1-19

 

Alors les grands,  je suis allé à Rome cette semaine  avec plusieurs qui sont dans l’assemblée, là.   Il y en a plusieurs qui étaient avec moi à Rome.   Rome !

Et dans le texte de l’Evangile, Jésus, Il cause avec qui ?   Il cause avec qui dans le texte de l’Evangile ? « Avec Pierre. »  Voilà.  Et donc à Rome,  où nous étions en pèlerinage,  on a été sur le tombeau de Pierre.  Il est mort martyre en 64.

Là, ça se passe en Palestine.  Et  après, il  a fait ce que Jésus lui a dit : paître ses brebis.  Il est parti en mission…  Il s’est retrouvé à Rome. En 64, il meurt martyr.  Et à l’endroit de son tombeau,  il y a une grande basilique : St Pierre de Rome,  qu’on voit à la télé chaque fois qu’il y a le pape. C’est là,  il y a un tombeau en dessous.

Alors, nous avons prié,  moi en tous cas.  Les autres aussi.   Pour la paroisse, pour chacun d’entre nous. Comme quoi, l’amour de Jésus, ça mène loin,  ça mène jusqu’à Rome. Si ça vous dit : aimez Jésus.  Aimez Jésus de tout votre cœur.

Jésus par trois fois pose la question à Pierre : « M’aimes-tu ? »

Alors je vais vous dire trois choses, ce soir,  trois choses. 

 

La première chose : dans cet évangile, nous sommes bien après la résurrection.  Nos amis disciples, ils sont repartis à leur vie d’avant. pécheur, sur la barque, tout ça…  pof...  On a l’impression que tout ce qui s’est passé avant…  La parenthèse se referme.  L’impression,  qui est donnée par le texte. Pécheur de poissons… et puis en quelques instants, Jésus est sur le rivage.   Quelques instants… Ils reconnaissent Jésus…  Toc… Pierre saute à l’eau… etc…   Et puis Jésus les attend avec un bout de repas à partager…  Et Pierre s’entend dire : « Paix mes brebis. »   Alors il va changer de métier Pierre.  « C’est quoi son premier métier ? »     «  Pécheur.»      

« Et son deuxième métier,  ça va être quoi alors du coup ? »    « Pasteur ! Pasteur de brebis ! »

Alors, on va faire un petit peu de vocabulaire,  et ça va vous permettre de comprendre où est-ce que je veux en venir avec ce premier point :

 

Brebis, brebis, brebis : en fait, c’est un mot grec que l’on ne sait pas traduire en français qui veut dire   :  marcher devant, marcher devant !  Voilà.  Et on aurait pu dire mouton, brebis, n’importe quoi d’autre qui signifie : marcher devant.

Pierre, il  est invité à faire paître, à faire marcher devant.  Et lui-même Pierre,  parce qu’il a une mission, il est invité lui-même à marcher devant. «  Et son premier métier, c’était quoi ? » « Pécheur ! »     Quand on est pécheur, on ne marche pas devant. Quand on est pécheur, on fait du sur place, sur l’eau. Et on attend,  et on attend des poissons qui sont dans l’obscurité de l’eau,  ce n’est pas très passionnant comme métier.  Il en faut des pécheurs pour manger des poissons. Mais entre marcher devant et rester sur l’eau,  je ne sais pas ce que vous préfèreriez.

En tous cas,  Jésus convertit Pierre.  De ce qui est sous l’eau, de ce qui est trouble et obscur : « Je fais de toi Pierre,  quelqu’un qui marche devant. Non seulement toi, mais ceux qui vont être avec toi.  Faîtes  marcher devant !  » Ceux qui sont avec toi sur l’eau, qui attendent de sortir de l’eau des poissons, qu’ils deviennent avec toi, ceux qui marchent et qui font marcher devant. Et ça, c’est vraiment une grâce du Ressuscité, c’est une mission. 

 

Alors, aujourd’hui Pierre ;  c’est qui Pierre  aujourd’hui ?

« Pierre, il a des successeurs,  Pierre…  Comment on appelle les successeurs de Pierre ? »  Caté quatrième année ?  Attention aux professions de Foi, elles vont passer sous le nez. « Comment on appelle les successeurs de Pierre ? »  «  Le pape ! Et le pape, il s’appelle François. »   C’est un des nombreux, c’est le dernier en tous cas, en l’occurrence,  successeur de Pierre.  Mais par notre baptême, on est tous des papes, par notre baptême, on a à conduire des gens, on a à sortir de l’eau et on à faire  marcher devant les uns les autres. Un chrétien, ce n’est pas quelqu’un qui fait du sur place. Un chrétien, ce n’est pas quelqu’un qui s’occupe d’aller regarder ce qui se passe du côté obscur, sous les fonds marins. 

 

Un chrétien, c’est celui qui avance. C’est la première chose, ça c’est la grâce de la Résurrection.

La deuxième chose que je voulais vous dire : on a l’impression que Jésus, Il a du mal à comprendre ce que dit Pierre et que Pierre a du mal à comprendre ce que dit Jésus : dialogue de sourds.

« M’aimes-tu ? Oui je t’aime. M’aimes-tu ? Oui je t’aime. M’aimes-tu ? Oui je t’aime. »   Trois fois !  « Pierre, m’aimes-tu ? »  

(Alors, ça, je pourrais passer le micro à Catherine, elle serait capable de faire l’homélie à ma place parce que, elle a entendu pendant notre pèlerinage,  un commentaire de ce texte).

 

Quand Jésus pose cette question à  Pierre la première fois. Il lui demande : «  Est-ce que tu m’aimes de l’amour même  de Dieu ? -  L’Agapè -  (On ne le voit pas, nous, on ne le sait pas). Je vous le dit parce que voilà, parce que  j’ai la bonne réponse. Mais on ne peut pas le comprendre puisque, en français, ça ne se voit pas. C’est comme brebis, c’est pareil.  Bon.

« M’aimes-tu  d’Agapè ? De  l’Amour de Dieu ? »  Et Pierre, il répond : « Mais oui, je t’aime ! … De l’amour humain,  il ne peut pas aimer plus !  Il aime de  Philia : l’autre amour qui est beau aussi  quoi,  mais c’est le maximum !  C’est le taquet de l’humain,  bon, on ne peut pas plus !      

« Je t’aime au maximum de mes capacités, mais je ne suis pas Dieu ! Pourtant Jésus lui demandait :   « Aime moi,  de l’Amour même de Dieu ! »   Deuxième fois : « Pierre, m’aimes-tu de l’Amour même de Dieu ? » Mais Pierre, il lui dit : « Je t’aime. »   Mais  je suis au maximum là ! … L’amour humain : Philia.   Alors jusque-là, on  n’avance pas beaucoup.

 

Troisième fois : Jésus, il  va descendre de ses marches.  Il va dire : « Est-ce que tu m’aimes du maximum de l’amour humain ? »

« Mais  oui,  je t’aime du maximum de l’amour humain. »

Vous vous rendez compte que…  Est-ce que vous vous rendez compte qu’on a un Dieu qui ne nous oblige pas à être menteur ?  Et un Dieu qui ne nous oblige pas à faire ce que l’on ne peut pas faire.Il finit par demander : «  Mais est-ce que tu m’aimes comme tu peux ? »   Réponse : « Ben oui, je t’aime comme je peux. »

(C’est bon Catherine, c’est à peu près ça ?)  

 

Et alors,  trois fois, trois fois ; allez savoir pourquoi trois fois ?  Mais  c’est quand même trois fois que Pierre a renié Jésus quand même ?   C’est pour dire que,  Jésus a choisi,  Il a choisi quelqu’un qui allait bâtir son Eglise.  Et ce quelqu’un c’est quand même un pas grand-chose.   Il l’aime,  Il l’envoie, Il compte sur lui.

 

La troisième chose que voulait dire,  ça s’adresse à tous ceux qui ont des cheveux blancs dans l’assemblée, ceux qui se reconnaissent dans la dernière phrase : « Quand tu seras vieux. »  Voilà.  Quand tu seras vieux…  Alors, vous savez : être vieux, c’est dans la tête que ça se passe. Il y a des jeunes qui sont vieux. Il y a des vieux qui sont jeunes. Il y en a qui sont nés vieux. Il y en a qui ne vieillissent  jamais.  Toutes sortes de choses. S’il y en a qui parmi vous qui se reconnaissent dans le « quand tu seras vieux », eh bien qu’ils entendent ce que Jésus dit à Pierre  :  « Quand tu seras vieux, tu étendras les mains et un autre te mettra ta ceinture.»

 

Amen


Jeudi 25 avril 2019

Ac 3, 11-26

Ps 8

Luc 24, 35-48

 

Alors chers amis,  en cette semaine qui suit Pâques, on est dans une bascule.  On va s’en rendre compte, si  pour l’instant  notre tête ne nous a peut-être pas encore éclairé  sur le fait qu’on bascule ; ce sera notre cœur.   Je m’explique : on a été tout tendu,  tendu, tendu, tendu jusqu’à   Pâques, et ça y est.     Et progressivement  du coup,  notre être,  alors, notre désir, nos besoins,  nos prières, nos corps, etc….  à un moment donné,  c’est comme un arc qui se relâche.  Eh bien, il ne sait plus trop vers quoi se tourner, puisqu’il a été tendu jusqu’à Pâques et puis Pâques, ça y est.  Alors on est dans les huit jours d’après Pâques,  mais…  Il va falloir retendre à nouveau -  ou en tous cas  - avoir à nouveau quelque chose  à se mettre sous la dent  (si j’ose l’image, en fait, hein ?).

 

Bon,  ça c’est la première chose.  Et dans ce mouvement de bascule, on a comme témoignage  au fond, non plus Pâques à venir,  mais comment les tous premiers ont parlé de Pâques.  Comment les tous premiers ont parlé de cette foi qui est née de la Résurrection.  Voilà ce qu’on a à grignoter, au fond.   Et voilà ce qui va nous animer jusqu’à l’Ascension et la Pentecôte,  maintenant.  Donc,  on avait quarante jours plus une semaine jusqu’à Pâques.  Maintenant, nous avons quarante jours jusqu’à l’Ascension.   Et puis on aura encore dix jours jusqu’à la Pentecôte.  Voilà, on est tendu ; ou progressivement   - on va se tendre à nouveau  -  vers cette fois-ci, non plus Pâques ; on pourrait dire la Pentecôte (si vous voulez).

 

Mais comment tout ce que nous avons vécu au tombeau Pascal peut devenir témoignage, ça c’était mon préambule. Alors dans l’évangile que nous venons de lire : c’est la suite d’Emmaüs.   Il y a la trace de la préoccupation des tous premiers témoins de la Résurrection.  Deux traces importantes, et qui courent jusqu’à aujourd’hui dans notre vie spirituelle.  Vous allez le découvrir. La première  trace, c’est de ne jamais sombrer dans une hérésie qui a existé et qui existe encore aujourd’hui  (si ça se trouve, il y en a qui en sont,  parmi nous, attention hein,  je vais faire chauffer le bûcher) :  c’est le docétisme. C’est-à-dire : eh bien au fond,  Jésus,   ou Dieu en Jésus, eh bien  n’a été présent qu’en esprit quoi…  Il n’a pas été jusqu’à être présent  dans  un grand réalisme,  un grand réalisme de notre vie incarnée,  de notre vie de chair et d’os.  Au fond,  toutes ces histoires de la Résurrection, c’est une très belle histoire, voilà…  ça  :  c’est une hérésie !    Et qui a été vécue dès les premiers instants de l’Eglise.       Et pourquoi  on voit bien  le texte qui nous donne l’antidote à cela : Jésus qui mange un poisson grillé.

Et ça sera la même chose dimanche prochain avec Thomas : « Mets ta main dans mon côté, vois les plaies dans mes mains. »   Un esprit n’a pas de chair et d’os.  Voilà.

 

La deuxième chose, la deuxième trace de la préoccupation des tous premiers chrétiens : c’est de ne pas sombrer dans une deuxième hérésie (attention au bûcher)  qu’on appelle le marsionisme. C’est-à-dire : eh bien  maintenant que Jésus est là ….  Hop ! Ancien testament : poubelle ! Eh bien non !   Il y a l’unité des deux !  Et Jésus qui raconte tout ce qui Le concernait dans les Ecritures : Moïse, Prophètes, Psaumes.

 

Tenir la chair et l’Esprit,   tenir l’Ancien Testament, le Nouveau Testament ensemble.    On pourrait rajouter, tenir l’Ecriture et notre vie ensemble : tenir, tenir.  Ne rien lâcher, ne rien lâcher de cela. Préoccupation des tous premiers témoins de la Résurrection. Eh bien oui,  pourquoi ?  Pour que ne s’évanouisse pas l’expérience Pascale en un souvenir évanescent.  Non,  non,  non.

Alors, c’est précieux pour nous parce que ça nous oblige à vivre notre foi dans un vrai réalisme. On est toujours tenté de séparer nos vies en deux : notre vie croyante d’un côté,  et le reste de l’autre. Non, il y a un vrai réalisme de la foi qui nous conduit vraiment à joindre les deux,  sans excès et sans médiocrité.  Un équilibre : c’est un équilibre.

 

 Et tout cela, cela produit quoi ?  Ceux qui le vivent au mieux,  eh bien,  ça fait d’eux des témoins.  Et ce qui sort de leur bouche,  ça s’appelle le kérygme.  C’est un gros mot et vous allez le voir beaucoup employé ces jours-ci   jusqu’à la Pentecôte,  parce que tout ce que racontent les premiers témoins,  notamment dans le Livre des Actes,  comme on l’a entendu.   Ce que raconte  Pierre,  ce que raconte Jean,  ce que racontera Paul après : cela s’appelle le kérygme.

 L’Ancien Testament,  le Nouveau Testament,  l’Ecriture,  la  Vie,  la Chair, l’Esprit  -  tout cela uni en un propos  - et  en un témoignage qui unit à la fois la cohérence de notre vie  et la beauté de nos mots  : cela s’appelle le kérygme.

Alors, pour nous aujourd’hui,  nous sommes toujours très, très proches de la Résurrection de Jésus.   

Demandons que l’Esprit Saint fasse cette unité-là. Paul, ça transpire dans toutes ses lettres.  On en a lu d’ailleurs - une - pendant le Carême, souvenez-vous. Celui qui fait l’unité   :   c’est l’Esprit. Et quand il y a de l’unité, il y a de la Paix.

 

Amen


Mercredi 24  avril

Ac 3, 1-10 : La guérison d’un impotent.

Ps 104

Lc 24, 13-35 : Les deux disciples d’Emmaüs.

 

Nous sommes dans l’octave de Pâques ; ce fameux huitième jour, (premier jour de la semaine), se prolonge toute une semaine jusqu’à dimanche prochain. La question qui est renvoyée à nos cœurs de disciple, c’est de savoir comment nous pouvons étirer ou prolonger la grâce de la Résurrection, dans notre vie. Comment peut- elle, ne pas seulement durer une journée mais être le fait de tous les jours ?

Comment les bienfaits que nous avons engrangés pendant ce temps du Carême et cette semaine Sainte, peuvent-ils produire du fruit et se distribuer tout le reste de notre année et pas simplement dans les agapes du jour de Pâques ?

 

Nous avons ce texte qui est très beau, qui est très connu ; seul, Luc s’en souvient, le rapporte. Peut-être que sa source était ce fameux Cléophas, disciple qui n’apparaît que sous sa plume, à cet endroit-là.

 

C’est un texte qui est beaucoup utilisé en pastorale liturgique et sacramentelle : nous pouvons y voir aisément les quatre temps de la messe ou bien encore, les deux tables, celle de la parole et celle de l’eucharistie. Et puis ce texte nous instruit beaucoup sur ce que signifie la révélation : comment le Seigneur se donne à connaître.

 

Je vous propose de nous arrêter quelques instants sur la façon dont Jésus à la fois, disparaît et se révèle au moment de la fraction du pain : ‘il disparut à leurs regards’, nous dit le texte en français. Et puis, peu de temps après, alors que les disciples retournent à Jérusalem, (la ville qu’ils fuyaient), ils vont dire et ils vont entendre dire que Jésus s’est révélé, par les 11 qui sont réunis là. Et ils vont rapporter comment Jésus s’est fait reconnaître à eux, sur la route. Il y a cette alternance entre Jésus qui disparaît et Jésus qui apparaît : il disparaît au moment de la fraction du pain et il apparaît au milieu des disciples, par le récit que les uns et les autres font.

 

Il va en être ainsi chaque jour de notre vie : Jésus à la fois, se donne à connaître et en même temps, il s’efface et il se donne de nouveau à connaître et ce n’est jamais sans nous et notre témoignage et c’est sans doute cela notre nourriture, notre pain quotidien.

 

Que ce Jésus que nous recevons à la Résurrection, continue à se manifester à travers notre témoignage de la foi, les uns les autres. Sans doute, nous faudra-t-il prendre des décisions, chacun, dans notre vie pour que le meilleur de ce que nous avons pu vivre pendant le Carême, chacun, nous puissions le reproduire sans que l’Eglise ne nous y oblige. Le Carême était contraint, c’était un temps obligatoire ; nous n’y sommes plus !

Mais si, pendant ce temps de Carême, nous avons pu rencontrer autrement le Christ, reste à nous alors, tout à fait librement, de reproduire les conditions qui ont permis que le Seigneur se donne à connaître. Ce n’est pas simplement un bienfait personnel ; à l’image d’Emmaüs, c’est un bienfait communautaire : si le Seigneur se donne à connaître dans la vie d’un seul, ce ‘un seul’ peut faire connaître le Seigneur au reste de la communauté.

Tandis qu’il s’efface au regard d’un, Jésus se donne à connaître au regard d’un autre et c’est son témoignage qui, à nouveau, le donne à connaître à tous. C’est ce qui se vit à Emmaüs et c’est ce qui permet, chaque jour de notre vie, de continuer à nous nourrir du Ressuscité.

 

Amen.


Dimanche 21 avril : Jour de Pâques

Ac 10, 34a. 37-43 : Discours de Pierre chez Corneille

Ps 117

Col 3, 1-4 : L’union au Christ céleste, principe de la vie nouvelle.

Jn 20, 1-9 : Le tombeau vide

 

Chers amis, la liturgie nous propose le jour de Pâques, ce récit un peu étrange d’une course entre deux disciples. Le premier des deux qui arrive au tombeau à gagner, d’une certaine façon : Pierre et Jean.

 

Jean est à peine nommé, Pierre, on le nomme souvent ; c’est peut-être celui qui, dans l’imaginaire populaire est le plus présent, Pierre ; vous savez Simon-Pierre, celui qui pêchait des poissons, un des premiers appeés par Jésus au bord du lac. Il devient disciple de la première heure ; courageux mais pas très téméraire, il va renier Jésus trois fois, pardonné trois fois.

 

Pierre est celui à qui Jésus confie la charge de son Eglise. On peut dire que, derrière la figure de Pierre, il y a tout ce que représente l’institution de l’Eglise, tout ce qui représente l’intelligence de la foi, tout ce qui serait de l’ordre aussi de la raison, de la tête.

Après tout, le successeur de Pierre c’est le pape et on a l’habitude de dire qu’il est pour nous, la tête comme le Christ est la tête de l’Eglise.

 

Et puis, il y a Jean, ce disciple à peine nommé, qui fait la course avec Simon Pierre.

Ce Jean-là, ce n’est pas le Jean-Baptiste dont il est question dans la première lecture, qui a baptisé Jésus, qui était son cousin ; non, c’est Jean, le disciple bien-aimé ; un disciple, comme Pierre. Vous savez, c’est celui que, dans les tableaux qui représentent la Cène de Jésus, l’on voit souvent proche de Jésus, penché sur lui, sur sa poitrine : Jean, le disciple bien-aimé. Ils sont associés tous les deux mais comme avec les autres disciples.

On pourrait dire que derrière Jean, il y a la figure de l’amour,

celui qui aime,

celui qui aime ce que Jésus dit du Père,

celui qui ne sera pas du tout la tête mais davantage le cœur,

celui qui sera moins la raison mais plus la foi,

celui qui sera plus dans la discrétion et moins sur le devant de la scène,

celui qui sera plus de l’ordre de ce qui palpite que de ce qui turbine dans le cerveau.

Et des ‘Jean’, dans l’Eglise, il y en a beaucoup aujourd’hui : toutes les personnes que l’on ne voit pas forcément et qui vont être dans l’ordre de la prière, de la contemplation. Au fond, Pierre et Jean représentent deux autres figures de la Tradition que nous avons dans la tête (sûrement, vous allez voir) : c’est Marthe et Marie.

 

Vous avez déjà entendu parler de Marthe et Marie ?

Deux sœurs, ce n’est pas Marie la maman de Jésus ; deux sœurs qui avaient aussi un frère, Lazare (le cinquième dimanche de Carême nous avons lu : la résurrection de Lazare). Marthe et Marie ; Marie est assise au pied du Seigneur qui écoute et Marthe qui est au service, affairée. On pourrait dire d’une certaine façon, Pierre serait Marthe, Jean serait Marie.

 

Revenons à cette course de ces deux disciples. Jean va plus vite, nous dit l’Évangile (l’amour est toujours plus rapide) mais il n’entre pas dans le tombeau le premier ; il laisse cette prérogative à Pierre.Lui qui est la tête, c’est lui qui va constater et c’est lui qui va remarquer la vérité et la dire. Jean va se mettre à croire après que Pierre ait vu.

 

Ces deux facettes, dans l’Eglise, aujourd’hui, sont indissociables. Permettez-moi d’en donner deux exemples : le premier exemple : toute institution humaine connaît des cycles, des influences intérieures à elle-même, extérieures à elle-même qui la font évoluer, la malmène, peuvent la dissoudre et la faire se relever et l’Eglise n’y échappe pas. Les nombreux scandales qui la traversent, pourraient nous dire : ‘tiens ! en ce moment, nous sommes dans un moment de profonde mutation. Disons que ce que nous remarquons-là, c’est plutôt l’Eglise dans la figure de Pierre ; ce n’est pas une remise en question de son successeur mais, dans sa forme historique et en même temps, l’Eglise dans son cœur (c’est-à-dire celle qui se rassemble autour des mystères de Pâques, celle qui célèbre l’eucharistie, les baptêmes, celle qui prie, celle qui aime, demeure en permanence, quels que soient les moments et les vicissitudes de l’histoire.

L’un a besoin de l’autre de manière inséparable mais on voit bien que Pierre est beaucoup plus exposé ; Jean, dans son amour et sa discrétion est voué à une plus grande stabilité. C’était le premier exemple : ‘qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende’.

 

Le deuxième exemple, ce sont vos enfants : Arthur, Margot. Quand on les prépare au baptême, on est plutôt dans l’intelligence de la foi et on vous dit : ‘voilà, chers parents ce qu’il faut croire, voilà ce qu’il faut transmettre à votre enfant : amenez-le au KT pour qu’il connaisse Jésus (ça serait la figure de Pierre : l’intelligence de la foi) mais nourrissez-les, ces enfants. Soyez plus aussi, également dans la figure de Jean : apprenez-leur la prière, faites-leur découvrir l’amour de Dieu, faites-les rentrer dans la beauté d’une relation à Jésus qui n’est pas simplement de la tête mais aussi du cœur (j’ai dit ‘aussi’, je n’ai pas dit ‘seulement’ !) ;  les deux sont indissociables

.

Mais pour nous tous, qui sommes ici, que ces deux belles figures, nous les portions en nous : à la fois la compréhension et en même temps l’amour.

Une dernière chose, chers amis : la Résurrection aujourd’hui, peut-être s’impose-t-elle comme une évidence, le jour de Pâques (on ne va pas fêter Noël, on est à Pâques ! la Résurrection nous paraît évidente). Attention, quand on va traverser des moments plus compliqués, il est bon qu’on se le redise : ‘par mon baptême j’ai reçu le don de la foi en la Résurrection’. Mais si cette Résurrection est une évidence, qu’elle soit aussi pour nous, une sorte d’obligation (ou tout du moins d’impératif) ; c’est-à-dire : puisque je suis baptisé en Christ, que toujours, je me rappelle que je suis conduis et je suis appelé à tourner mon regard vers les réalités d’En-Haut.

Et cela, les belles figures de Pierre et de Jean, la tête et le cœur, y aident.

 

Amen. 


Samedi 20 avril : Veillée Pascale

Gn 1,1-2,2 : L’œuvre des 6 jours

Ps 103

Ex 14,15-15,1a :Miracle de la mer

Ct Ex 15

Is 55, 1-11 : Invitation finale

Ct Is 12

Ez 36, 16-17a. 18-28 :

Ps 41-42

Rm 6, 3b-11 : La vie avec le Christ.

Lc 24, 1-12 : Le tombeau vide. Message de l’ange.

 

Je vous invite à vous asseoir.

Qu’on s’assoit et qu’on se lève depuis tout à l’heure, ça peut paraître une énigme ; ça fait partie de la liturgie et c’est aussi pour accompagner, par la position de notre corps, ces différents moments car nous avons alterné entre les lectures de la parole de Dieu et des prières.

En fonction, nous sommes assis ou debout : debout pour la prière, assis pour la parole de Dieu. Et le texte que nous venons d’entendre, l’Evangile, proclamé par le diacre, parmi tous les textes que nous avons entendus est plus important alors nous nous sommes mis debout.

 

Chers amis, ce soir nous vivons une expérience dans cette messe, un petit peu différente de toutes les autres. Vous, les papas-mamans de ces enfants qui vont être baptisés, nous vous avons informés que ça allait être une messe un petit peu différente des autres : c’est l’épicentre de la foi chrétienne, le cœur et nous essayons, par cette expérience liturgique de rejoindre une réalité de notre vie à tous. Je vais essayer de la déplier devant vous, cette réalité de la vie à tous.

 

Nous arrivons au terme d’un Carême qui a duré 40 jours plus une semaine ; nous arrivons sans doute, épuisés, pour ceux qui l’ont vécu. Je sais que dans la communauté paroissiale, beaucoup l’ont vécu intensément ; c’est long, 40 jours plus une semaine.

 

Et nous avons épuisé aussi la parole de Dieu c’est-à-dire que jusqu’à hier soir, (célébration de la Passion), nous avons écouté des textes qui mettent en scène la Passion de Jésus, sa mort, sa crucifixion.

C’est comme si nous prenions la parole et nous la pressions  pour qu’elle nous donne les toutes dernières gouttes de ce qu’elle peut nous donner ; nous l’avons épuisée jusqu’à hier soir et ça rejoint la réalité fondamentale de notre vie : il se peut que nous traversions des moments où nous épuisons toute notre espérance, qu’elle est complètement posée par terre.

Il y a des tas de motifs à cela, en fonction de nos âges,  de nos situations familiales et sociales ; nous traversons ainsi des périodes : ‘c’est moins facile’, (comme on dirait), ‘c’est pire ailleurs’, comme diraient les autres ; ‘il ne faut pas que je me plaigne mais enfin quand même !’ Toute espérance a été mise par terre.

 

Un peu à l’image de ces femmes, dans le récit de l’Évangile, qui a été fait par le diacre, ces femmes quand elles viennent au tombeau, elles ne viennent ne pas ramasser des œufs en chocolat en disant : ‘c’est Pâques’.

Ces femmes, qui vont au tombeau, vont visiter un mort, leur ami ; le monde s’est écroulé pour elles ; elles ne vont pas fêter Pâques ! Le monde s’est écroulé, elles vont visiter un mort, au cimetière : toute espérance est par terre. Les corps sont épuisés, la parole de Dieu est épuisée, toute espérance est déposée au sol : ça, c’est tout ce qu’on a vécu en communauté, jusqu’à hier soir.

 

Aujourd’hui, silence et peut-être que c’est ce que nous vivons parfois, dans nos vies une fois, deux fois, souvent. Personne ne peut dire que ça n’est jamais arrivé, jamais ; je ne crois pas et en même temps, que faisons-nous dans cette liturgie, ce soir ?

 

Les textes que nous écoutons ne nous racontent pas la mort de Jésus, ils ne nous racontent pas sa Passion, ils ne nous racontent pas la souffrance du serviteur mené comme un agneau docile à l’abattoir (ça, c’était pendant le Carême). Que nous racontent les textes, ce soir ?

L’espérance, le salut, le salut qui a illuminé différents moments de l’histoire du peuple d’Israël : voilà ce que nous avons fait ce soir, c’est-à-dire que la parole de nouveau, est imbibée ; de nouveau, elle est gonflée d’une sève qui s’offre à nous : nous pouvons à nouveau la presser, cette parole ; elle vient nous irriguer, nous hydrater.

 

Et après avoir terminé de presser la parole hier, que faisons-nous ce soir?

Le premier texte que nous entendons, raconte un commencement : ‘au commencement du monde, la terre était informe et vide’. Nous avons redémarré la lecture de l’Ecriture; après avoir terminé de la lire hier, nous recommençons au début, ce soir.

 

Et qu’est-ce qui permet aux chrétiens de passer de l’un à l’autre, comme ça, aussi facilement ?

Les gens qui ne croient pas (il y en a peut-être, parmi nous) ne comprennent pas cela : comment un chrétien peut-il aussi vite, sauter comme cela, de manière aussi légère, d’un versant à l’autre ; d’une espérance déposée au sol, à tout d’un coup, une confiance et une joie profonde.

 

Ça n’est pas la méthode Coué, ça n’est pas le résultat d’un travail psychologique, c’est la foi en la Résurrection. Ces femmes, quand elles vont au tombeau, (je vous l’ai dit), ne s’attendent pas du tout à ce que le tombeau soit vide du mort qui était dedans et ces femmes se mettent à croire, très vite, en Jésus ressuscité. Ça n’est pas du spiritisme, ça n’est pas une transmutation, une réincarnation, (ou que sais-je), c’est la Résurrection. Le tombeau est vide, elles ne voient pas de corps, elles se mettent à croire.

 

Chers amis, cette foi en la Résurrection, c’est un don que le Seigneur fait à celles et ceux à qui Il veut le faire.

 

Les personnes qui sont baptisées, (grandes, je pense à Emeline en particulier, l’adulte du groupe si j’ose dire, parmi les 9 qui vont être baptisés, ce soir !) ; eh bien les personnes adultes qui recourent au baptême, vont dire : (s’il fallait résumer Emeline : deux ans et demi de préparation ; oserais-je dire que tu as fini par lâcher) : ‘je crois ; je crois que le Seigneur m’a rejoint et je crois qu’il est ressuscité.

 

Le chrétien, ça n’est pas un catalogue de bonnes valeurs, ça n’est pas des belles cathédrales qu’on voudrait voir éternelles, être chrétien, c’est croire en la Résurrection.

 

Nous allons le croire avec vous, les parents de ces enfants qui vont être baptisés, ce soir ; nous allons croire très fort, que ces enfants pourront naître à la foi en la Résurrection pour que, sans feinte,

sans exagération, ils puissent être heureux dans leur vie, comme vous avez souhaité qu’ils le soient en choisissant le baptême pour eux (ou en acceptant qu’ils le soient, baptisés).

 Qu’ils soient heureux de découvrir que la Résurrection est possible dans la vie ; elle l’a été dans celle du Christ et qu’à chaque fois qu’ils traverseront des tunnels, ils puissent fermement s’appuyer sur la confiance en Christ, premier-né d’entre les morts. C’est ce que nous allons vivre ce soir.

 

C’est un baptême,

c’est un baptême pour vos enfants,

c’est un baptême pour Emeline,

c’est un baptême pour tous ceux qui sont déjà baptisés (nous le renouvelons ensemble),

c’est un baptême pour toute notre communauté.

 

Seigneur, aide-nous à passer d’un versant sombre au versant de la lumière par notre foi en Jésus ressuscité : c’est toi qui nous l’offre dans ton Esprit.

Que ces nouveaux baptisés ce soir, vivent de cette foi-là.

 

Amen.


Vendredi 19 avril 2019 -  Vendredi Saint  -  La Passion

Is 52, 13 à  53, 12

Ps 30

He 4, 14- 16 ; 5, 7 – 9

La Passion De Notre Seigneur Jésus Christ  (Jn 18, 1à 19, 42)

 

Je vous propose de retenir trois points  :   le premier,  c’est  :  pour nous.

Ce serviteur souffrant du livre d’Isaïe,  ce grand prêtre de la lettre aux hébreux,  Jésus tel que St Jean nous le rapporte dans La Passion, sont tous ceux-là,  un seul et même personnage  :  Jésus Christ.

Cette vie donnée, c’est pour nous,    pour nous.

 

Le deuxième point   :  souveraineté.  L’écriture nous donne de contempler la souveraineté de ce serviteur souffrant, de ce grand prêtre, de Jésus, Seul et Unique personnage :Notre Seigneur et Maître.

Souverainement,  Il donne sa vie  :  c’est-à-dire librement.   

Plus librement encore, que Pilate lui-même. Plus librement encore, que les grands prêtres. Plus librement encore,  que tous ses accusateurs.

Dans le don de sa vie,  Il n’est pas contraint.  Il s’offre librement.

 

Le troisième point   :   tout genou fléchi - comme nous avons fléchi le genou - au moment où Jésus expire.  Tout genou fléchi au ciel et sur terre et jusqu’aux enfers.  Toutes les puissances du ciel et de la terre ne peuvent que s’incliner devant la majesté de    Celui    qui se donne librement pour nous.  

 

Contemplons ce Seigneur et maître de La Passion.

 

Celui que nous allons vénérer après cette grande prière universelle.  En vénérant ou en baisant la croix,  nous fléchirons le genou.

 

Et nous contemplerons Sa Souveraineté et Son Don pour nous.  


Mercredi  17 avril 2019

Is 50, 4-9a

Ps 68

Mt 26, 14-25

 

Plusieurs petits points fournis par la Parole aujourd’hui.  Alors nous avons commencé par un extrait d’un prophète de l’ancien testament,  le livre d’Isaïe,   qu’on entend souvent dans ces circonstances de la Passion de Jésus.  Parce qu’ à  un moment donné dans ce livre, il est question d’un mystérieux personnage qui n’a pas de nom.  On sait qu’ il est serviteur , et il a toute  l’allure de quelqu’un qui se laisse aller comme un agneau à l’abattoir, devant ses ennemis, devant  l’adversité, il ne fléchit pas mais il ne fuit pas non plus. Et ne fléchissant pas, ce n’est pas qu’il la repousse,   il se laisse faire, c’est quelque chose d’assez désarçonnant en réalité,  et qui fait penser à Jésus  Lui-même au moment de Sa Passion.

 

Ce texte peut être valable pour vous les catéchistes et les animateurs pendant ces trois jours de retraite.  Je vous redis les premiers versets : « Le Seigneur  mon Dieu m’a donné  le langage des disciples, pour que je puisse d’une parole, soutenir celui qui est épuisé. »

Ca va être votre rôle pendant ces trois jours : avoir un langage de disciple pour soutenir ceux qui sont épuisés.

« Chaque matin, il éveille, il éveille mon oreille pour qu’en disciple, j’écoute.»    

 

Pendant trois jours,  il va y avoir y avoir trois matins - en voilà déjà un d’achevé,  c’est pas le plus dur, il y a  demain et après-demain.  Il faut tenir,  et,  on ne tient pas avec ses propres forces.    Quand on est dans une retraite de profession de foi, notre exemplarité ne réside pas uniquement, dans notre comportement  (ça compte) ,  mais aussi dans notre foi  : 

c’est Lui qui nous soutient,   

c’est Lui qui me soutient,  

c’est Lui qui m’éveille,     

c’est Lui qui ouvre mon oreille,

c’est Lui qui me fait écouter,   

et,    j’ai envie de l’écouter.

« Le Seigneur Mon Dieu m’a ouvert l’oreille. » : Il m’ouvert l’oreille.      

Alors la suite est plus dure.   La suite,  eh bien c’est ce que je vous ai dit en introduction :  je ne me suis pas révolté,   je ne me suis pas dérobé,   ceux qui frappaient,    je n’ai pas évité de présenter mon dos,   je n’ai pas évité qu’on m’arrache la barbe etc…   Alors cette suite-là,  fait penser à un autre aspect : c’est la mort et la résurrection de Jésus. Fait penser à l’eucharistie. Pendant ces trois jours, on va vivre ce que l’on appelle les trois jours Saints : Demain la Cène,  et on va le vivre avec les jeunes,  avec vous.  Vous allez être le centre - hormis Jésus, hein,  j’entends   -  le centre de la communauté.  Toute la communauté paroissiale va se réunir le Jeudi  Saint avec les enfants et les jeunes.  L’eucharistie Jeudi Saint : c’est la même chose.             Jeudi Saint : nous faisons  mémoire de  l’institution de l’Eucharistie.  L’eucharistie c’est  Jésus  qui porte à ses disciples l’annonce  que il va être Celui à qui on va arracher la barbe…  frapper…  railler…

Alors revenons  à l’eucharistie : vivez la comme une nourriture,  certes  (on se l’est dit plein de fois,  l’eucharistie est nourriture)  mais que le corps de Jésus soit votre corps.  Que le sang de Jésus soit votre sang.  Pas au sens du sacrifice (on s’en fout, non c’est pas ça) ; mais là encore pendant trois jours, il va falloir tenir : vos forces ne sont pas que les vôtres  :

 

c’est Lui :  son corps c’est le vôtre.  Son sang c’est  le vôtre.

L’évangile, eh bien là, l’évangile nous aide progressivement à rentrer dans l’intrigue de la Semaine Sainte : nous avons là Judas,  qui livre Jésus - alors Matthieu insiste bien sur la bassesse de Judas. Alors s’il insiste sur la bassesse de Judas,  c’est que les  Judas qui sont en nous-mêmes,  nous les mettions à la porte,  pendant ces trois jours.  Judas : c’est le traître,  il vend le Maître.  Il va regarder son intérêt personnel avant l’intérêt  des autres,  certes,  mais de Dieu Lui-même.  Il va falloir résister à ça, nous-mêmes : mettre Judas à la porte de notre cœur.   Alors cette scène que nous avons entendue dans l’évangile est elle aussi juste avant l’eucharistie. C’est-à-dire que tout de suite après,  Jésus partage son dernier repas,  ça ce sera demain.

 

Et puis il y a toute une série de prescriptions que Jésus donne,  pour la préparation de Sa Pâques. Alors Sa Pâques,  c’est pas les œufs et les lapins.  Sa Pâques, c’est  :  Il va vivre la Pâques des juifs,   Il fait préparer la table … Et ça va devenir pour nous Sa Résurrection.  Alors voilà, on se prépare et  on va vivre ça aujourd’hui,  demain Jeudi Saint,  vendredi  ici dans le village, on va vivre le Chemin de Croix,  pareil avec la communauté,  on va préparer les jeunes à cela.  Puis après, on repartira chez nous et dans nos paroisses,  pour fêter des baptêmes samedi soir et la Résurrection.

Un grand merci à chacun,  pour ce service et ce témoignage que vous allez apporter.    

 

Tout de suite après la communion,  je vous le dit d’avance, on aura l’occasion,  chacun des animateurs et catéchistes de présenter au Seigneur,  une demande   : « Seigneur,  j’ai besoin que tu me fasses le don de quelque chose pendant ces trois jours.   Alors, on peut y réfléchir maintenant.   Un don.  Pas comme Judas !  Pas un don d’argent.

 Un don !  Un talent,  j’ai besoin d’un talent pour ces trois jours.  Qu’est-ce que je vais vouloir demander à l’Esprit Saint tout à l’heure ?  Pour le recevoir.  

 

 J’en ai besoin, parce que je vais avoir des jeunes sous ma responsabilité.  On peut y penser. 


Dimanche 14 avril 2019 : Fête des Rameaux et de la Passion du Seigneur

Lc 19, 28-40   ;    Is 50, 4-7

Ps 21 (22)   ;   Ph 2, 6-11

Lc 22, 14-23, 56

 

Frères et sœurs,  je vous propose trois points pour votre méditation cette semaine. Trois pistes : toutes les trois qui viennent de cette lecture de la Passion.

 

La première piste, nous sommes au début de cette lecture.  Jésus prend son dernier  repas avec ses disciples,  c’est l’institution de l’Eucharistie, nous la célébrerons jeudi soir à Spoy.  Il dit à ses disciples : « Je vous lègue le royaume de Dieu,  je vous le transmets en héritage.  Vous avez une tâche à accomplir. C’est entre vos mains. »    Comme le Seigneur livre sa création à Adam et Eve pour la faire fructifier,  le Christ nous lègue le royaume,  il  est entre nos mains.  Mais nous avons à le faire fructifier avec l’Esprit de Jésus,  l’Esprit du serviteur.

 

Le deuxième point,  nous sommes un peu plus loin dans cette lecture de la Passion.  C’est après le repas.  Jésus est arrêté.  Il y a tout le temps  du jugement,  ou du pseudo jugement.  Et ensuite, il est conduit jusqu’au lieu  de la crucifixion. Observons que Jésus est seul à souffrir.  Personne d’autre ne souffre à sa place avec Lui.  Des personnages l’environnent,  je vais vous en citer quelques-uns.  Vous pouvez les retenir dans votre prière, vous imaginer avec eux, au milieu d’eux.  Vous pouvez dans votre prière circuler parmi ces personnages, vous identifier à l’un ou à l’autre.

 Juste après le dernier repas.  Au mont des oliviers, c’est un ange qui vient réconforter Jésus. Et tout de suite après la fin de son jugement,  et le début de son  chemin vers la croix,  il y a des femmes qui pleurent,  Jésus les évite.   Il y a un homme qui rentre des champs : Simon de Cyrène, il porte avec Jésus la croix. Il y a deux malfaiteurs,  l’un des deux que nous appelons le bon larron,  qui va dire : « nous nous savons pourquoi nous sommes condamnés,  mais Lui,  ce qu’Il a fait est juste. »  Et après la descente de la Croix, il y a Joseph d’Arimathie.  Il va recueillir dans un tombeau de sa propriété,  le corps de Jésus.  

 

Le dernier point que nous pourrons retenir : Jésus sur la Croix  : « Père, entre tes mains,  je remets mon esprit.»

C’est à partir de ce moment-là : don total du Christ,  entre les mains du Père.

C’est à partir de ce moment- là que nous pouvons recevoir la puissance de l’Esprit Saint.  Cette puissance qui traverse  toute l’histoire  de l’Eglise et l’histoire du monde,  à rebours,  jusque auprès de nos aïeux Adam et Eve.

 

Une puissance de vie qui nous vient de Jésus,  qui remet  Son Esprit.

C’est l’Esprit du serviteur, mais c’est aussi l’esprit du Réssucité,  du Réssucitant,  prions cet Esprit, demandons  Le pour notre monde,  pour chacun.  Pour notre Eglise.

 

Amen


Jeudi 11 avril 2019

Gn  17, 3-9

Ps 104

Jean 8, 51-59

 

Voilà, si quelqu’un garde ma Parole,  Nora,   il ne verra jamais la mort ! Alors,  c’est une invitation pour vous et pour chacun d’entre  nous, en tous cas,   à rentrer dans la lumière de la foi, comme cet aveugle de naissance,  est rentré dans la lumière  de la foi  - ça c’était le quatrième dimanche de Carême.  Allez puiser à la source d’eau  vive,  la source de vie éternelle  -  ça c’était le troisième dimanche - avec la samaritaine.  Et nous sommes invités à  passer de la mort à la vie avec Lui  -  comme dimanche dernier.  Et très étonnement,  les gardiens de la loi, ses détracteurs  -  qui sont violents  -  qui sont rentrés dans cette détermination à  éliminer Jésus,  nous nous approchons de la Passion,  eh bien,  très étonnement,  ils ne semblent pas avoir la foi, en fait.  Attention à ce que ce ne soit pas nous-mêmes,  aussi,  finalement.

 

Nous pouvons regarder  la façon dont Abraham s’est réjoui.  Ce fameux  Abraham à  qui a été promis  une descendance nombreuse,  alors qu’il était avancé en âge et sa femme était stérile.   Ces mystérieux visiteurs au Chêne de Moré à l’heure la plus chaude de la journée,   Abraham leur offre l’hospitalité,   ils  leur annoncent  une descendance.   Déjà,  le Seigneur  -  nous l’avons entendu dans le récit de la Genèse que nous avons lu - avait fait la promesse d’une descendance nombreuse.  Voici qu’elle arrive.   Sarah a ri.   Et le Seigneur s’est réjoui.  Et ça a donné lieu à Isaac : « Dieu s’est réjoui. » Jésus s’en est souvenu : « Il s’est réjoui,  Abraham  » nous dit-il.  Il s’est réjoui de quoi ? Eh bien,  que cette descendance soit là,  et que,  dans celle qui sortira du sein de  Isaac,  il y a le Messie : Jésus Lui-même.   Jésus Lui-même !

 

 Alors toute la  trame est là,  présente : c’est ce Jésus Lui-même,  son sacrifice sera préfiguré dans le sacrifice d’Isaac  -  c’est ce que nous allons vivre la semaine prochaine - (quand Abraham va offrir son fils).  Mais Il s’est réjoui  le Seigneur, et,  Abraham se réjouissant,  Jésus s’en souvient.  Il  le redit à ses détracteurs.

Jésus  connaît la parole du Père.  Il est Celui qui a été promis.  Il est le Messie et Le Fils de Dieu. Ses interlocuteurs n’y croient pas.  Alors quand nous serons réunis à la sortie de l’église de Bayel samedi soir,  celle de Bar-sur-Aube dimanche  pour les Rameaux ; nous entendrons une fois de plus, combien ceux qui ne croient pas en cette identité de Jésus, vont Lui jeter des pierres, vont vouloir les Lui jeter.  Comme il se passe à la fin du texte.

Comment alors que le Seigneur se réjouit,  Abraham aussi,  comment  nous pouvons rentrer dans ce circuit de violence ?  Et de vengeance ?   C’est toute la trame de la Passion.  Nous la revivrons comme pour nous dire que : à la fois, nous sommes  du côté de ceux qui ne croient pas en  l’origine divine de Jésus  - et en même temps  -  nous sommes du côté de ceux qui nous réjouirons du salut qu’Il nous offrira : les deux à  la fois. Nous sommes préparés à vivre ces fêtes de Pâques dès maintenant.

 

 

Amen


Mercredi 10 avril 2019

Dn 3, 14-20, 91-2. 95

Cantique Dn 3

Jean 8, 31-42

 

Les différents personnages de cet évangile se revendiquent d’un père,  qui semble ne pas être le même : il y a le Père du Fils, du Fils unique ;  et,  il y a le père des juifs  (les auditeurs de Jésus)  qui  est associé à Abraham.  Et pourquoi pensons-nous que ça  n’est pas le même ?  Eh bien, c’est toute l’intrigue du texte, ce grand dialogue entre Jésus et les siens.  Eux rejettent sa divinité à Jésus et il y a ce que dit  Jésus au milieu de ce passage : «  Je dis ce que Moi j’ai vu auprès de mon Père et  vous,  vous faîtes ce que vous avez entendu chez  votre père. »

Le « voir « de Jésus - alors, ça n’apparaît pas tellement dans ce texte -  le « voir » de Jésus : c’est un voir éternel, ce qu’il a vu depuis toujours,  de son Père,  depuis toute éternité. Il ne cesse pas de voir et de regarder.  Il voit,  il contemple et  c’est un voir qui ne vieillit pas. C’est un voir sans interruption, c’est un voir qui ne se sclérose pas  (il faut lire le verbe grec pour s’en rendre compte).

 

« Et vous, vous faîtes ce que vous avez entendu chez votre père.»   Et ce « entendre » là, c’est un entendre en pointillés.  C’est un entendre ponctuel,  c’est un entendre d’un  jour du temps.  Un entendre qui fait arrêt sur image, si j’ose dire,  qui fait pause.  Un entendre qui vieillit, un entendre qui a du mal à s’adapter au temps qui passe.  Un entendre qui est déjà caduc,  d’une certaine façon. Ces deux catégories de personnages,  Jésus et ses disciples et de l’autre côté, ses détracteurs,  eh bien, nous disent d’une autre  façon encore,   ce qui est en jeu pour nous dans cette fête de Pâques que nous préparons.

Souvenez-vous, avec  la résurrection de Lazare, nous avons cherché à contempler la façon dont la puissance de l’Esprit vient  nous tirer de ce qui peut être pour nous tombeaux.  Eh bien, nous avons d’autres  illustrations encore  de ce qui peut être tombeau  pour nous,  et la façon dont  Jésus entend nous en délivrer.  Ce qui peut être tombeau pour nous,  c’est  notre mémoire.  Notre mémoire peut nous lester comme une ancre rend immobile un navire.  Dans la vie spirituelle  -  être fixe,  c’est un atout - mais,  il faut être fixe dans le mouvement de l’Esprit Saint.  Et la difficulté de cette immobilité qui peut être tombeau,  c’est qu’elle nous rend tout à fait imperméable.   Elle ne nous laisse pas prendre  la puissance que l’Esprit veut nous donner.  Au contraire, il y a la façon  -  dont Jésus,  Lui,  traverse  les âges  -  est de toute éternité et  de toute nouveauté, et   vient nous libérer d’une mémoire  qui  se scléroserait et qui nous immobiliserait ;  et qui  nous rend attentifs  aux appels de l’Esprit,  aux appels.

 

 Un appel, ce n’est pas quelque chose  d’hier,  mais c’est quelque chose d’aujourd’hui qui nous envoie pour demain.  

Quand Jésus affirme qu’Il est libre ; les fils sont libres ;  et qu’Il est la parole de vérité.  Eh bien pour  nous,  c’est une invitation à renaître le jour de Pâques,  à la liberté, certes.  Mais à une très grande attention.  Une  très grande disponibilité, sur la même fréquence   à l’Esprit Saint et de l’Esprit Saint.  Que cet Esprit nous arrache l’hier et nous conduise  vers demain.

 Alors c’est une grande réalité qui traverse la parole de Dieu,  en tout temps. Dans les lettres de Paul par exemple, il est reproché par Paul  aux faux apôtres qui traversent les  communautés  de ne pas être vraiment à Christ,  ou de ne pas l’avoir forcément connu de son vivant,  ni même avoir été témoin de sa résurrection ; mais  d’être au fond des hommes du passé, qui,  en allant évangéliser une communauté,  au lieu de la rendre disponible aux appels de  l’Esprit Saint, eh bien,  l’immobilise dans des pratiques à répétition du passé. 

Que la fête de Pâques nous rende attentifs à cet Esprit-là, nous libère de nos tombeaux  et nous permette de vivre un vrai printemps.

 

Amen


Dimanche 7 avril 2019

Ez 37, 12b-14

Ps 129 (130)

Rm 8, 8-11

Jean 11, 1-45

 

Dans une semaine, nous célébrerons les Rameaux.  Ce cinquième dimanche de Carême, c’est l’occasion de faire une sorte de bilan, déjà - même si nous n’avons pas terminé - de là où nous en sommes,  après avoir commencé ce Carême, le mercredi des Cendres - et avoir entendu le prêtre lisant l’évangile chez St Matthieu, nous exhortant à nous entraîner au Carême par ces trois piliers qui apparaissent dans la bouche de Jésus : jeûne, partage, prière. Alors, on pourrait sans doute tenter de diviser notre assemblée de fidèles en quatre portions et puis voir comment chacun se situe dans l’une de ces portions-là, pour essayer de faire un bilan. Alors, si ça se trouve, parmi nous, il y a une catégorie de personnes - qui en ce cinquième dimanche  -dit : « euh, moi le Carême, oui je l’ai vécu à ma manière, j’ai mes propres moyens, mes propres outils, je vais sur internet, je fais Carême en ligne ; ou bien, j’ai un accompagnement spirituel personnalisé. Je vaux presque mieux que les autres… donc je sais ce qui me va bien pendant le Carême… » Voilà.

 

Donc une première catégorie de personnes qui a vécu le Carême,  d’une façon ou d’une autre, mais non pas dans cet entraînement communautaire mais à sa façon. Bon, c’est déjà quelque chose, c’est déjà quelque chose. Si ça se trouve, il y a parmi nous une deuxième catégorie de personnes : celles  et ceux qui ont vécu le Carême en se disant : « eh bien, je n’ai pas besoin de le vivre parce que moi j’ai déjà beaucoup vécu. L’existence ne m’a pas épargné et vu mon état - d’une certaine façon - spirituel, physique ou psychique, ce n’est pas le moment que je jeûne davantage. J’ai déjà suffisamment jeûné dans ma vie, ce n’est pas le moment que je jeûne partage plus parce que j’ai beaucoup souffert en partageant. Ce n’est pas le moment que je prie davantage parce que ma solitude imposée me fait déjà beaucoup prier ».  Donc,  pas de Carême.  Ou alors un Carême qui ne dit pas son nom. Deuxième catégorie de personnes.

Troisième catégorie de personnes : les personnes qui ont raté le train du Carême, ils sont arrivés trop tard sur le quai de la gare, le train est parti.  Mercredi des cendres, on était là ou on n’était pas là, mais en tous cas,  on est aujourd’hui cinquième dimanche et c’est toujours pas mis en route. Pour ces trois catégories de personnes que peut-être l’un ou l’autre que nous sommes, il n’y a pas de jugement à avoir en soi. Pour chacune de ces catégories de personnes, j’ai envie de dire ce que le troisième dimanche de Carême et le quatrième nous ont rappelé, dans les choses simples et quotidiennes : Dieu a quelque chose  à nous dire.  C’était la rencontre avec la samaritaine et la guérison de l’aveugle de naissance. Pas besoin de se percher haut pour vivre le Carême ni d’être des héros de la Foi. Pas besoin de se considérer à part ou en tous cas, trop en difficulté pour le vivre ce Carême. Ce Carême se vit dans des choses quotidiennes, simples telles que nous les vivons avant et telles que nous les vivons après le Carême, nous pouvons les vivre pendant.

 

La quatrième catégorie de personnes : ce sont ceux qui vont se dire : pendant le Carême, je n’ai rien compris, c’était trop dur ! Je n’ai pas compris ce que le Père Guillaume voulait dire, les évangiles étaient trop longs. J’ai eu du mal à comprendre, et puis j’étais très perturbé par tout ce qui se passe dans l’Eglise,  trop dur.  Je n’ai pas compris !  Cette quatrième catégorie de personnes - qui sans doute - se trouve en peine aujourd’hui. J’ai envie de dire : dans une vie, il y a des alternances entre des moments où on comprend et des moments où on ne comprend pas. Si ça se trouve, peut-être cette année, l’Esprit Saint a eu de la peine à nous conduire au désert avec le Christ. Ne vous découragez pas !

Voilà,  peut-être l’une de ces catégories dans lesquelles nous nous trouvons. Il y en aurait une cinquième, sans doute plus vertueuse : celles et ceux qui se sont mis en route avec la communauté et qui ont essayé de vivre jour après jour cet entraînement du Carême. Tant mieux aussi.

Maintenant, la question, c’est comment nous pouvons accueillir l’évangile que nous avons entendu dans ce cinquième dimanche ?

Ca n’est plus la samaritaine, ça n’est plus l’aveugle né. C’est la résurrection de Lazare. Permettez-moi encore une toute petite incise, avant de parler de la résurrection de Lazare. Lazare, l’ami de Jésus.

 

La vie est mouvement, tout ce qui est vivant bouge, tout ce qui est vivant est mouvement. Et donc dans une vie, il y a des alternances, entre différents stades, différentes manières d’être. Par exemple, on peut être un matin, se réveiller et être en forme ; le lendemain - allez savoir pourquoi - ne pas l’être. Il se peut que je sois envahi par de la joie un jour, par de la tristesse, un autre jour. Il se peut que je sois très influencé par le mouvement des saisons. Dans les intersaisons, je vais moins bien que dans les autres saisons. Je suis plus heureux en été qu’en hiver etc… Et puis, il y a des mouvements intérieurs dont nous subissons parfois les conséquences, ou bien tout simplement,  la modification de notre environnement que nous pouvons subir. Nous ne sommes pas toujours responsables de la façon  dont notre environnement nous est hostile ou bien au contraire, nous aide. Tout cela influe sur nous-mêmes. Si bien que comme nous sommes des vivants et que nous subissons des alternances entre ces différentes périodes ; notre manière d’être disciples du Christ,  c’est de ne jamais perdre le fil de la prière et de toujours continuer à marcher - tel un funambule - eh bien, d’un cycle vers un autre.

 

Aujourd’hui, je suis plutôt dans la tristesse, je vais plutôt prier Jésus qui marche vers le Golgotha. Demain, je suis dans  la joie, je vais plutôt prier Jésus qui ressuscite, qui monte vers le Père, qui nous donne l’Esprit. Aujourd’hui, je suis plutôt dans un combat : je vais prier à partir des psaumes, des psaumes de lutte. Demain, je suis plutôt dans la paix : je vais prier davantage avec des psaumes d’action de grâce. Le fil de la prière, c’est notre lot à tous depuis notre baptême.

Quelques soient les cycles, ça n’est pas un problème grave d’être dans un état que nous n’avons pas choisi.  Il faut reconnaître que ces états nous traversent et c’est le propre de la vie. Mais il y a une catégorie de baptisés qui vont se complaire,  peut-être par éducation, par manque d’accompagnement, par peur ou tout simplement par méconnaissance de Jésus, ou parce qu’ils ont été abandonnés trop tôt sur le chemin de la foi. Une catégorie de baptisés qui vont demeurer, demeurer,  dans les cycles les plus négatifs, les plus bas. Se dire que là où il y a de la tristesse, c’est Dieu qui le veut. Là où il y a comme du malheur autour de soi, c’est une volonté divine. Là où je me fais du mal, eh bien c’est ainsi,  il faut que ce soit ainsi. Cette catégorie de baptisés, peut-être l’un ou l’autre en est ; vit une forme de neurasthénie spirituelle et même physique, et sans doute psychique. La lecture  de l’évangile d’aujourd’hui, son accueil dans la foi devrait nous libérer de cela. Car  Jésus - voyez-vous, son ami - son ami Lazare,  chez qui Il aimait aller avec Marthe et Marie se reposer à Béthanie.  Son ami est mort.  Et,  Il ne s’est pas échappé de cette issue-là,  Jésus ! Il a dû affronter la mort de son ami en face. Il a dû regarder la mort en face. Il ne s’est pas esquivé. L’évangile le dit par trois fois, son émotion profonde : bouleversé, Il pleure, bouleversé. Trois fois ! Jamais dans tout l’évangile, Jésus en un laps de temps si court est traversé par une émotion si profonde. Il a vu la mort en face. La mort, la résurrection de son ami Lazare sont une figure que vivra Jésus Lui-même et que nous allons entendre à la Passion, la semaine prochaine et le vendredi Saint et la nuit de Pâques. Une figure d’une autre mort : la sienne cette fois-ci. Quand Jésus sera sur la croix et qu’Il expirera, Il nous donnera son Esprit Saint. Un Esprit qui nous sort de nos tombeaux,  qui nous délivre de ces intentions mortifères, qui nous délivre de ce sentiment de mal-être dans lequel nous voudrions nous complaire et dans lequel nous croyons que Dieu nous conduit.

 

L’esprit Saint est le bon Esprit, l’Esprit de Vie, la Puissance, la puissance même de Dieu qui ne peut pas nous laisser croupir dans les mares de la tristesse. Ce n’est pas possible.  Cet Esprit de Pentecôte, cet Esprit dont Paul a fait l’expérience sur le chemin de Damas et qu’il rappelle à ses communautés sans cesse dans ses lettres.  Nous sommes des êtres de l’Esprit par notre baptême. C’est ainsi que nos aïeux ont été créés avant le péché dans le jardin d’Eden. C’étaient des êtres spirituels Adam et Eve. Après ce péché, eh bien tous nos aïeux ont connu le sort des fils d’Adam. Eh bien c’est-à-dire des êtres de chair, des êtres qui vont se complaire dans la difficulté d’une vie peineuse.

 

Mais nous sommes des êtres de l’Esprit par la mort et la résurrection de Jésus.  Mais il faut le vouloir, le décider, le croire !  « Oui ! Je crois ! Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant ! » Tu vas ressusciter mon frère Lazare et Tu vas nous ressusciter ; avec nous, tu vas nous réveiller, nous qui dormons dans la nuit de la mort à l’intérieur de nos tombeaux. Au fond cet évangile nous fait anticiper la joie de la résurrection et en même temps, nous fait anticiper ce que nous allons vivre aux Rameaux.

 

Préparons-nous, faisons le bilan. Nous en sommes-là, après ces quatre semaines. Ne perdons pas le fil de la prière. Ne perdons pas le fil de la conversion.

Si nous avons raté le train du Carême, il est encore temps : une semaine. Décidons aujourd’hui de se mettre en route pour vivre cette conversion et reprendre le fil de la prière. Si nous avons l’impression d’être haut perchés avec nos propres moyens pour vivre un Carême tout à fait personnel, il est temps de redescendre sur terre. C’est dans les choses simples, les choses quotidiennes que nous vivions cette conversion, en nous frottant les uns aux autres dans une communauté,  avec ce que l’on est. Avec nos proches, nos familles tels qu’ils sont, avec nos voisins qui n’ont pas choisi, tels qu’ils sont aussi. Les choses simples et quotidiennes. Si nous pensons que la vie ne nous a pas épargnés, qu’on a fait Carême toute notre vie et qu’on ne veut pas le faire maintenant, vous vous trompez !  Même quand on a des cheveux blancs, même quand on pense qu’on a suffisamment donné, nous sommes encore des êtres vivants. Et puis ceux qui ne comprennent pas, je leur demande pardon. Qu’ils lisent seuls l’évangile ou bien que, à partir du dimanche des Rameaux, ils s’approchent avec leur buis à la main, qu’ils entrent dans l’église comme Jésus à Jérusalem et qu’ils écoutent la Passion et qu’ils regardent Jésus, pour eux, pour eux.

 

Amen


Vendredi 5 avril 

Sg 2, 1a. 12-22 : La vie selon les impies

Ps 33

Jn 7, 1-2.10.14.25-30 : Jésus monte à Jérusalem pour le fête et enseigne

 

La liturgie nous a fait sauter un chapitre : nous sommes passés du lieu de la rencontre avec le paralytique directement, (comme vous l’avez entendu) à un temps, où Jésus parcourt la Galilée, avant de se trouver à Jérusalem.Entre les deux, il y a eu l’épisode de la traversée de la mer, par Jésus et la multiplication des pains.

 

Le liturgiste a ses raisons mais nous nous retrouvons dans ce chapitre 7, des allusions à la controverse entre Jésus et ses détracteurs avec la querelle qu’il pouvait y avoir autour de la guérison du paralytique ; donc le paralytique resurgit en filigrane dans ce chapitre sept et puis, il y a une sorte de prélude qui se dessine également, au drame de la Passion comme nous-mêmes nous en approchons (puisque nous lisons qu’il est question de vouloir tuer Jésus).

 

Il est intéressant de regarder ensemble le contexte également, qui nous prépare à la fête des Rameaux. Il y a une fête, la fête des Tentes ; c’est une fête d’une récolte d’automne pour les juifs, qui dure une semaine ; une fête très joyeuse, qui consistait principalement, en deux activités : la première, à vivre quelques temps, au milieu de son champ dans des cabanes ou des tentes et la deuxième, par clan ou par village, en cortège, monter à Jérusalem. Nous sommes dans ce contexte-là et la fête des Rameaux est dans ce contexte-là. En tout cas, les récits que nous en font l’Évangile et qui servent pour notre propre fête à nous, est dans ce contexte-là, de la montée de Jérusalem, joyeuse, de celles et ceux qui fêtent la fête des Tentes. Vous voyez que nous approchons nous-mêmes de Jérusalem.

Cette fête dure un petit peu plus d’une semaine, ce sera pour nous les Rameaux, nous serons montés à Jérusalem.

 

‘On cherchait à arrêter Jésus, personne ne mit la main sur lui, parce que son Heure n’était pas encore venue’. L’Heure de Jésus, c’est l’heure de la femme enceinte qui attend d’être délivrée des douleurs ; elle est en pleine douleur d’enfantement et Jésus commence à entrer dans ces douleurs-là, de celui qui se prépare à vivre son heure : la Passion et la Résurrection. Jusqu’à lors, en écoutant ses propos dans les récits que nous rapporte la liturgie de l’Évangile de Jean, nous avons bien envie d’être spectateur de ce qu’il dit à ce mystérieux groupe indistinct, des juifs  mais à partir d’aujourd’hui, nous pouvons nous sentir destinataires de ses paroles, même si nous savons que nous ne sommes ni pharisiens ni juifs (d’ailleurs Jésus ne s’adresse pas précisément à la religion juive : il en était lui-même).

 

Si par hasard, nous étions nous aussi, de ce groupe de ceux, qui ont du mal à recevoir son identité, à la comprendre, à l’habiter, il nous pose deux questions, aujourd’hui : Vous me connaissez ?

Et vous savez d’où je suis ?

 

À nous d’y répondre.


Jeudi 4 avril 2019

Ex 32, 7-14

Ps 105

Jean 5, 31-47

 

Alors nous sommes toujours à la suite de cet épisode qui a commencé mardi : Jésus à Jérusalem - après avoir fait un bref passage en Galilée à Cana pour un deuxième signe accompli là-bas - donc retourne à Jérusalem et là, guérit un infirme, un paralytique. C’est de nouveau signe, et nous voilà engagés dans un long long long épisode et qui est donc saucissonné en plusieurs jours (enfin en tous cas pour nous, durant la messe le matin).

Nous avons eu le récit de la guérison mardi. Ca a donné lieu à un premier discours, hier mercredi. Et aujourd’hui - sans transition aucune - c’est toujours la suite, nous avons un deuxième discours de Jésus.  C’est toujours la suite.  Alors le contexte est le suivant : Il a guéri un paralytique, ça Lui est reproché parce que c’est le sabbat. Alors, on commence à être un peu habitué à ce genre de querelles. Ne réduisons pas les juifs aujourd’hui à ce genre de querelles. Mais la querelle, c’est : ah, ben, c’est le sabbat, il ne faut pas travailler ; et ce n’est pas que Jésus ait fait le miracle le jour du sabbat - encore que - c’est le problème contre Jésus, mais ça commence envers le paralytique : « Tu portes ton brancard ! C’est un sabbat ! Et c’est un travail ! Tu n’as pas le droit de travailler un jour de sabbat !   Donc ne porte pas ton brancard.»

 

Voyez, c’est presque humoristique, il y a de l’humour chez Jean, mais un humour grinçant, c’est pour mieux se moquer de ceux qui n’ont pas cru en Jésus Fils de Dieu.  Ca me permet de dire la deuxième chose, c’est que précisément, l’autre malentendu entre les détracteurs de Jésus et Jésus : c’est son identité : Il est Fils de Dieu ! Ca n’est pas qu’un agitateur, un empêcheur de tourner en rond…  Voire même,  quelqu’un qui est capable de faire des choses merveilleuses…  C’est Le Fils de Dieu !

Donc, Jésus va essayer d’une certaine façon de se justifier ou de démontrer, ça c’était hier,  et Il poursuit aujourd’hui. Hier, Il nous dévoilait un peu  - j’ai osé dire « qu’Il dévoilait Sa vie spirituelle » - et de la même façon, la nôtre. Et bien aujourd’hui, c’est tout entier ce discours tourné sur l’idée du témoignage.

 

Bon. A la limite,  vous ne voulez pas croire en Moi,  certes ! Mais si vous étiez honnêtes deux secondes, vous verriez que d’autres croient en Moi !  En tous cas, d’autres me rendent témoignage ! C’est-à-dire que d’autres disent de Moi ou manifestent de moi-même, qu’il y a derrière Moi Le Père.  Et que nous sommes unis Le Père et Moi, que J’ai tout reçu de Lui,  qu’Il m’a donné mission. Que je peux moi-même juger et faire ressusciter mais que je ne fais rien sans Le Père non plus !

D’autres y croient, d’autres le révèlent : Jean-Baptiste, les écritures, le Père lui-même. Alors, on a des épisodes, par exemple : le baptême de Jésus, il y a bien la voix du Père ; la Transfiguration,  il y a bien la voix du Père. Et puis il y a les œuvres que Jésus fait, toutes les œuvres qu’il fait.  Entre autres, la guérison de ce paralytique. On pourrait rajouter par exemple un épisode qui n’apparaît pas là,  mais qui apparaît dans les autres évangiles : on reproche à Jésus de faire des miracles par Béelzéboul (vous savez, on l’avait vu la semaine dernière, je crois). Alors ça, ce n’est pas chez St Jean, c’est les autres évangiles. Eh bien, c’est une façon de reconnaître que, c’est par ses disciples et les œuvres de Jésus lui-même,  révèlent Son Père.   Les mauvais esprits, on pourrait dire, les détracteurs de Jésus, ont voulu y voir l’œuvre du démon et pas l’œuvre du Père.

 

Quand Jésus rentre à Jérusalem, au moment des Rameaux (ça sera la semaine prochaine), on veut empêcher que la foule accueille Jésus comme ça avec des rameaux : « Laissez-les parce que s’ils ne s’expriment pas, les pierres crieront ! »

Il y a des œuvres qui parlent d’elles-mêmes, de son identité. Alors à nous,  en retour, on peut se dire : mais l’Esprit Saint, de quelle façon il nous fait reconnaître la divinité de Jésus ? De quelle façon l’Esprit Saint nous la fait reconnaître ? »

 

Reconnaissons ou cherchons à reconnaître,  qu’il y a des évidences, que peut-être nous ne voyons plus suffisamment, nous avons vu un jour, nous ne voyons plus maintenant.  Qui avec force,  nous disent que Jésus est Fils de Dieu.  Mais avec force,  nous disent que Dieu est dans nos vies, de la même façon.  Dieu est dans nos vies. Avec force.  Alors  l’eucharistie en est une œuvre. Nos propres trajectoires personnelles ; on a traversé des moments difficiles, on a été malade, on est guéri, on ne croyait pas, on croit, à un moment donné, on n’a pas eu confiance, maintenant on a confiance. Peut-être que ce n’était pas estampillé « Fils de Dieu » dessus parce que je ne sais pas, on ne l’a pas vu,  mais peut-être qu’avec force,   et dans L’Esprit Saint, aujourd’hui, on peut dire : « Ah oui… Dieu était là ! »

 

Pensez aux disciples d’Emmaüs. Sur le moment, sur le chemin qui les accompagnait à Emmaüs ? Bon, il y avait un inconnu qui les a rejoints. Mais une fois que, il y a eu la fraction du pain et que Jésus disparaît de leur regard : avec force,  ils vont dire (d’abord d’une part, c’était Lui) : « Nos cœurs n’étaient-ils pas tous brûlants tandis qu’il nous parlait  en chemin ? »

 

Bon, eh bien nous sommes invités à cet acte de relecture et de foi,  jusqu’à Pâques et après. Comment l’Esprit Saint nous aide, pour que - avec force -  nous découvrions la façon dont Dieu Lui-même traverse nos trajectoires personnelles.

Sinon, on va, eh bien sinon, eh bien sinon ; on va tomber dans ce que Jésus reproche dans l’évangile : notre gloire nous vient des uns des autres.  Qu’est-ce qu’on fait en communauté ? « Oh !  Ben, c’est un club sympa où chacun fait danser son ours…  Voyez…

Ben c’est pas ça !

 

Amen


Mercredi 3 avril

Is 49, 8-15 : La joie du retour.

Ps 144

Jn 5, 17-30 : Discours sur l’œuvre du Fils.

 

Je vous redis que depuis lundi et jusqu’à la fin de la cinquième semaine de Carême, nous entendrons de longs passages dans l’Évangile de Jean et le passage que nous entendons aujourd’hui est la suite de la guérison du paralytique d’hier. Aujourd’hui, il y a une sorte de discours et demain nous aurons encore la suite qui forme un autre discours. La narration se transforme, Jésus n’est plus en train de dialoguer avec le paralytique ou ses détracteurs, les personnages semblent s’effacer de la scène (mais il est toujours au même endroit) et il fait des discours.

 

Ce type d’Evangile est tout à fait approprié lorsque nous montons en intensité au fur et à mesure que le temps du Carême se termine puisque nous ne pouvons pas les lire distraitement, avec la radio allumée et une tasse de café, parce que, je pense que nous aurions du mal à en pénétrer facilement le sens. Ce sont des textes que nous sommes amenés à lire et à relire dans la journée, si nous le pouvons, si nous le voulons, comme si nous partions en retraite ; et ainsi jusqu’à la fin de la cinquième semaine.

 

Qu’entendons-nous dans ce texte ?

Nous rentrons dans la vie Trinitaire.

Jésus lève le voile sur son intimité, sur sa prière, sur ce que nous pourrions appeler (un peu, peut-être anachroniquement) sa vie spirituelle. Cette image est inappropriée mais si ça nous permet de mieux saisir la portée de ses paroles…

 

Alors plusieurs thèmes ; il va dire : que dans sa relation au Père il dépend, lui le Fils, complètement du Père mais en même temps, le Père lui a tout remis entre les mains.

Il y a donc, comme une sorte d’autonomie mais en même temps, il dépend complètement du Père et puis, il y a une très très grande unité du Père et du Fils et en même temps, il y a cette infinie distance entre l’un et l’autre, puisque le Père l’a envoyé et le Fils a le pouvoir de juger et de ressusciter. Il y a une très grande unité, un très grand lien (pourrions-nous dire) et en même temps, une infinie distance entre les deux ; suffisamment de quoi faire circuler entre eux, l’Esprit Saint (j’anticipe un peu, il ne le nomme pas ; il apparaîtra un peu plus tard), la distance de l’Esprit car dans la vie Trinitaire, il n’y en a pas que deux, il y en a trois : Père, Fils et Esprit.

 

Un autre thème circule dans cet Évangile : c’est le refus de la divinité de Jésus.

Jésus, dans son discours, fait allusion aux Juifs (il faut entendre par là, à ses interlocuteurs pharisiens) mais effectivement la foi juive en général, ne peut pas imaginer qu’un homme soit Dieu et que Jésus soit cet homme-là, en tout cas (et les musulmans non plus mais ça, c’est plus tard aussi). Ça dit aussi notre foi et peut-être que si nous nous reconnaissons chrétiens (je l’imagine, les uns les autres) nous devrions être interpellés par la portée des paroles de Jésus qui va être Dieu et homme et en tant que Dieu, dans une relation au Père et à l’Esprit.

 

 

Une fois que tout cela est dit, peut-être que l’on peut avancer un petit peu et se dire de manière analogique, (comme en miroir pourrions-nous dire) nous aussi, nous sommes dans une grande unité et nous aussi, nous dépendons du Christ. Nous sommes en lui, par lui, avec lui comme le prêtre le proclame à la fin de la grande prière eucharistique : ‘par lui, avec lui, et en lui’. De même que le Fils dépend du Père, nous dépendons du Fils et de même que le Père envoie le Fils, nous sommes envoyés par le Fils, par notre baptême. Nous avons un équipement : de même qu’il y a l’Esprit Saint qui circule entre le Père et le Fils ; nous avons aussi l’équipement de l’Esprit Saint et nous avons également le jugement et la résurrection.

 

Comment ça fonctionne dans nos vies (si j’ose dire) ?

Cela reprend ce que nous avons entendu les deux derniers dimanches de Carême : avoir conscience que nous sommes nés de Dieu, que la foi qui est la nôtre, nous a été donnée gratuitement, que nous sommes pardonnés profondément sans aucun mérite de notre part.

 

Si nous sommes capables de dire que nous vivons de l’Esprit, nous sommes en Christ.

Ce n’est pas le fruit d’un aboutissement, d’une grande élucubration spirituelle et intellectuelle ; ça nous est donné. Cette simplicité, cette humilité, c’est l’œuvre de Jésus lui-même. Nous sommes équipés de l’Esprit Saint et Jésus œuvre en nous. Voilà, de la même façon nous vivons de la vie Trinitaire.

 

Tout ceci va être déployé dans les temps qui viendront, également pendant la semaine Sainte mais c’est profondément le temps pascal qui nous permettra de le laisser descendre en nous-mêmes.

 

Amen.


Mardi 2 avril 2019

Ez 47, 1-9. 12

Ps 45

Jean 5, 1-16

 

Alors, depuis hier et jusqu’aux Rameaux, nous entendrons dans l’évangile, des extraits de l’évangile de St Jean. Et nous poursuivons dans la lecture de Jean, un certain nombre de signes (tels que St Jean aime à les nommer) qui se produisent. Alors hier, nous avions un signe relativement bref, qui tenait en une lecture d’une messe : c’est la guérison du fils du fonctionnaire royal. Et aujourd’hui, nous avons la guérison de ce paralytique, et en fait qui va nous occuper jusqu’à la fin de cette semaine. Parce que ce récit est très long comme les récits de la samaritaine (il y a deux semaines) et le récit de dimanche dernier, de l’aveugle de naissance. Et nous avons des choses qui ressemblent très fort,  dans ce récit (déjà nous l’entendons, je ne sais pas si nous l’avons repéré) à ce qui se passe avec la samaritaine et l’aveugle de naissance ; c’est-à-dire que la personne qui guérit, ne sait pas qui l’a guérie,  ou la personne qui promet un miracle (comme la samaritaine, par exemple) ne sait pas qui c’est.  Et au fur et à mesure, elle finit par s’en rendre compte : et, s’en rendant compte, elle devient témoin.

 

Eh bien, nous avons une définition du signe.  En tous cas, la raison pour laquelle la liturgie nous propose la lecture de ces signes à ce moment-là du Carême. Nous avons été baptisés, plongés dans l’eau du baptême et dans ce temps ; si  il est bon de rénover notre baptême, il est bon de nous remettre en face de l’identité même du Christ (un peu comme c’est le cas de cette personne malade, en tous cas de l’aveugle dimanche).

Qui sait celui qui est venu à ma rencontre, sans que je ne demande rien ?  

Alors là en l’occurrence, il y a un dialogue. Mais avec l’aveugle de naissance,  l’aveugle n’a rien demandé, Jésus non plus.       

Qui sait qui est venu à ma rencontre  un jour du temps de ma vie ?

C’est le Christ ? Ah ? C’est le Christ ! 

Je proclame le Christ !

 

Ce temps du Carême ; c’est : je me remets en face de Celui qui est venu à ma rencontre !

Alors, Jésus était à Cana en Galilée. C’était d’abord le lieu de l’accomplissement du premier signe : les noces. Donc, le deuxième, c’était avec le fils du fonctionnaire royal. Il est reparti à Jérusalem et c’est de là que va partir l’intrigue : les pharisiens veulent mettre à mort Jésus, ils cherchent comment l’arrêter. Voyons, que nous sommes vraiment déjà proches de la Passion telle qu’elle sera lue, aux Rameaux, ouverture de la grande Semaine Sainte.

Rentrer dans la foi même, nous promet et nous offre le Christ. C’est vivre du regard spirituel. C’est  s’abreuver à cette source abondante, telle qu’elle est promise par Ezéchiel. Ce côté ouvert du temple, ça va être le côté ouvert du Christ sur la Croix. Le signe par excellence, chez St Jean, c’est le Christ élevé de terre. Elevé de terre : ça n’est pas l’Ascension, c’est le moment où il est crucifié. 

Ces sources d’eau vive qui nous ont lavé et rénové, c’est aussi notre regard spirituel. Tel qu’il nous était proposé dès dimanche dernier : apprenons à regarder avec les yeux du Christ dans l’Esprit Saint.  Remémorons-nous ces différents attributs de l’Esprit Saint,  et la force que représente chacun de ses attributs : le feu, le souffle, l’huile, la colombe.

 

Nous sommes équipés par notre baptême, de cette force-là.  

Que notre regard rentre à nouveau dans ce regard du Christ, tourné vers le Père.   

Apprenons à voir : cette puissance de l’Esprit  souffle ; cette puissance de l’Esprit  huile ; cette puissance de l’Esprit  feu ; cette puissance de l’Esprit  colombe. Telle que Jésus l’est lui-même dans l’écriture, et telle que toutes choses autour de nous, le sont elles-mêmes. Nos frères et sœurs. Toute la création.

Entrons dans ce regard. Demandons à l’Esprit Saint de produire dans nos vies cette source-là.

Alors, nous nous abreuverons, et déjà nous nous abreuvons de cette source, qui est à la fois la Grâce et la Foi.

 

Amen


Dimanche 31 mars 2019

1 S 16, 16. 6-7  10- 13a

Ps 22 (23)

Ep 5, 8 – 14

Jn 9, 1 – 41

 

Alors, je ne sais pas si vous vous souvenez du très long texte que nous avons lu la semaine dernière, le dimanche, à l’occasion du premier scrutin. Un très long texte, une très longue rencontre chez St Jean : Jésus avec la samaritaine.

Et quel était dans votre mémoire, le symbole qui faisait force dans cette rencontre avec la samaritaine ? Cette rencontre avait eu lieu dans quel endroit ?  La rencontre avec la samaritaine avait lieu dans un désert. Et Jésus était assis au bord de quoi ?

D’un puits. Et, qu’y avait-il au fond de ce puits ? De l’eau. Le symbole force de cette première lecture (la semaine dernière de l’évangile)  c’était donc l’eau.

Et nous avons dit : l’eau, c’est symbole pour nous de la Grâce, de la Puissance de Dieu, et puis, c’est aussi, avec de l’eau que vous les enfants et Emeline, vous serez baptisés. On ne baptise pas avec de la poudre, on ne baptise pas avec je ne sais quoi… un courant d’air… On baptise avec de l’eau. Voilà !

 

Aujourd’hui, cette longue rencontre que Jésus a cette fois-ci, se passe non pas dans un désert mais  on est à côté du temple, à Jérusalem,  Il rencontre un homme qui était aveugle depuis toujours. Et si vous avez un petit peu entendu le texte, le symbole force, ça serait quoi alors ? Dans ce texte ?    Après avoir parlé de l’eau la semaine dernière, dans ce texte, qu’est ce qui est mis en avant ?

Alors, je vais essayer de le déplier devant vous ce texte : très longue rencontre, Jésus voit un aveugle de naissance. L’aveugle n’a rien demandé.  Jésus ne demande rien non plus. Il n’y a pas de pacte entre eux. L’aveugle ne dit pas : « Je veux voir.» Jésus ne dit pas : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? » Il n’y a rien de tout ça.  Ils se rencontrent. Jésus fait de la boue avec de la salive et de la poussière, lui applique sur les yeux et lui dit : « Va te laver à la piscine »  (qui porte un nom), la piscine de Siloé ; et il y va. Cette piscine de Siloé qui veut dire : envoyé.

 

Alors ensuite le fait que l’aveugle retrouve la vue, ça va bouleverser tout. Et, il était mendiant, et les gens qui le connaissaient ne le reconnaissent plus. Alors il va y avoir une série de va et vient entre les pharisiens, Jésus ; les parents de l’aveugle et les pharisiens. Alors l’aveugle et les pharisiens et puis à la fin : l’aveugle va être rejeté par les pharisiens. Et puis Jésus va finir par le rencontrer à nouveau et lui dire : « Est-ce que vraiment tu crois en Moi ? »

Et l’intrigue, c’est : il y a l’aveugle et il ne sait pas qui est Jésus au départ.  Et à la fin, il finit par Le reconnaître et dire : «  Je crois en Toi ! »

Alors, quel est le symbole force dans ce texte ? Alors, je vais même rajouter un détail, si vous avez fait attention à la fin ; ce sont les pharisiens qui deviennent aveugles. Il est dit : «  Les pharisiens ne voient pas clair. » Alors quel est le symbole force ? Eh bien, c’est la vue, c’est la vue et donc, ce qui va avec la vue : la lumière !

 

La semaine dernière, c’était l’eau, aujourd’hui, c’est la vue. Que nous apporte le baptême ? Il nous apporte la vue ! Il nous apporte la vue, la lumière de la foi ! Alors vraiment, la colonne vertébrale du texte, c’est pour nous dire : nous avons été - ou pratiquement tous dans cette église - baptisés. Donc, il y en a qui préparent leur baptême mais nous avons pratiquement tous été baptisés bébé. Alors nous pouvons dire : eh bien, la foi, nous l’avons reçue par nos catéchistes, nos parents, l’intention de nos familles, une grand-mère qui a beaucoup compté pour nous ou telle ou telle figure, tel saint ou sainte ; on a reçu la foi par toutes ces médiations-là. Vraiment, vraiment !

Et la colonne vertébrale du texte, c’est pour dire : eh bien, celui qui est capable de dire qu’il a reçu la foi du Christ ; eh bien le Christ va lui donner une plus grande foi encore ! Voilà.

Celui qui est capable de dire : la foi, oui je l’ai reçue effectivement de tas de médiations qui ont été importantes. Je n’aurais peut-être jamais pu parler de Jésus si on ne m’en avait pas parlé en premier, même si j’étais baptisé. Eh bien, la colonne vertébrale de ce texte dit : si tu proclames avec ta bouche, si tu crois du fond du cœur que la foi t’a aussi été donnée par Jésus, elle t’a été donnée par Jésus Lui-même !  Eh bien, tu seras encore plus croyant ! Et donc, ce qui est attendu d’Emeline et ce qui est attendu des enfants le jour de leur baptême, c’est de dire : «  Je crois parce que Jésus m’a donné la foi. »  

 

Ce n’est pas faire déshonneur à Véronique, aux catéchistes, à tous ceux qui ont préparé les uns les autres, ou au Père Guillaume qui a accompagné Emeline depuis deux ans et demi ; ce n’est pas leur faire déshonneur de dire : «  si je crois  parce que ce n’est grâce à vous : c’est parce que c’est le Christ  qui m’a donné la foi ! »

Voilà, c’est la plus belle proclamation de foi que vous pouvez faire le jour de votre baptême !  

Et, cet aveugle qui dit : « Je crois.  Je crois !  Tu m’as ouvert les yeux Seigneur ! »

Alors comment, alors la question qui se pose : c’est nous alors, les vieux chrétiens, les uns les autres, on est né dedans, hein ? On est nés dedans.  Comment peut-on renouveler notre foi comme si c’était cette foi de l’aveugle qui voit tout ?  Comment peut-on la renouveler ?

Alors, je vous propose le petit truc suivant, qui est très pratique : dans la Parole de Dieu (alors Emeline le sait, on l’a vu cette semaine) ; dans la Parole de  Dieu, quels sont les quatre symboles qui disent l’Esprit Saint ? (Là, pour le coup, on l’apprend au caté).

 

Mais quand on veut représenter l’Esprit Saint (je pense à l’équipe confirmation, à un moment donné Anne-Sophie, on en a parlé avec les jeunes). Quels sont les quatre symboles force qui disent l’Esprit Saint ? Alors il y en a un qui est apparu dans la première lecture, c’était tout à l’heure, quand elle a été lue par Blandine, c’était le premier verset qu’elle a lu. Au baptême de Jésus par exemple, qu’est-ce qui se passe au baptême de Jésus quand il est baptisé dans les eaux du Jourdain ? Une voix vient du ciel accompagnée de quoi donc ?  Une colombe, qui descend. Ca, c’est un symbole de l’Esprit Saint : la colombe. Et pourquoi dit-on que la colombe c’est un symbole de l’Esprit Saint ? Parce que l’Esprit Saint tourne nos regards  vers le ciel, voilà (parce que les colombes sont plutôt dans le ciel, elles ne sont pas sous  la terre).     Donc l’Esprit Saint élève nos yeux.

Alors le premier verset qu’a lu Blandine tout à l’heure, dans la lecture du livre de Samuel, c’est l’huile, l’onction d’huile : l’huile ! C’est aussi un symbole de l’Esprit Saint. Vous savez que quand on est ordonné prêtre ou bien encore quand on est confirmé, ou quand on est baptisé, on reçoit de l’huile sur le front : le saint chrême. Et l’huile, ça fait du bien, ça apporte de la douceur et ça laisse une empreinte, une marque : c’est un deuxième symbole de l’Esprit Saint.        

Troisième symbole de l’Esprit Saint : on le voit à la création du monde, par exemple… Oh là-là…Bientôt, ce sont les enfants qui vont en savoir plus que les grandes personnes !   

Troisième symbole de l’Esprit Saint : le souffle, le vent. « On ne sait pas d’où il vient, on ne sait pas où il va. »  On ne le voit pas, mais il a une force. Et cette force, elle nous propulse pour peu qu’on la discerne, car si nous allons contre cette force là, ce n’est pas possible.  Tous ceux qui font de la navigation - par exemple, je pense à Catherine - il faut apprendre à dompter le sens du vent, parce que sinon ou du moins aller dans le bon sens parce que sinon, ça serait très compliqué d’avancer.     Le souffle !

 

Et le quatrième signe : c’est le feu,  le feu qui réchauffe, qui brûle, une ardeur du désir et de l’amour. Eh bien, si je vous parle de ces quatre signes, c’est que pour pouvoir rénover votre foi et pour pouvoir voir clair comme cet aveugle de l’évangile : faites le test, ouvrez votre évangile, quand vous serez chez vous, à la page que vous voulez - à la page que vous voulez, ça n’a pas d’importance, du moment qu’il y ait  Jésus dedans - et essayez de repérer quand vous verrez Jésus : est-ce qu’il y a en Lui quelque chose qui tire notre regard vers le ciel,  comme la colombe ? Est-ce qu’il y a quelque chose en Lui qui est puissant ? Une force qui traverse tous les obstacles comme le souffle ? Est-ce qu’il y a quelque chose en Lui qui est plein de désir et qui nous brûle de l’intérieur ? Comme le feu. Est-ce qu’il y a quelque chose en Lui comme une douceur qui laisse une marque dans nos vies ? Comme l’huile !

 

Eh bien si vous le trouvez, c’est que l’Esprit Saint est en vous. Si vous ne le trouvez pas, cherchez le plus,  et vous le trouverez. Demandez à l’Esprit Saint  qu’il vienne, qu’il vous aide. Plus vous le trouverez : plus vous le trouverez chez les autres.  Et plus vous le trouverez : plus vous le trouverez dans la création.   Plus vous le trouverez : plus vous aurez ce regard qui était celui de l’aveugle qui a été libéré de sa cécité.  

 C’est ça le regard de la foi ! Celui qui est capable de dire : c’est le Christ qui m’a donné la foi est capable de voir l’Esprit en toutes choses parce que l’Esprit est en lui.

C’est un travail, c’est un travail ! Et au moment de votre baptême, l’Esprit Saint sera présent.  

Et cet Esprit Saint va nous renouveler tous. Toute la communauté avec vous.

Chers amis, si il est important que nous puissions nous laisser à nouveau renouveler dans notre regard de foi, c’est pour que notre baptême de foi donne envie à d’autres de goûter au baptême.

Amen


Vendredi 29 mars 2019

 

Voici cette parole un peu mystérieuse. Mystérieuse parce que nous ne sommes pas habitués à voir Jésus interrogé, qui se plie au jeu de la question et, du coup, répond ; mystérieuse aussi parce que cette espèce de trépied dont il parle, Jésus, Dieu, nous et le prochain, hormis le fait que cela peut parler à notre esprit, n’est pas si facile à vivre.

 

Alors Jésus nous rappelle cette prière que les juifs récitent chaque jour : « Ecoute Israël, le Seigneur ton Dieu est l’Unique » (Deutéronome). Il rajoute un petit extrait du Lévitique : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » et il en fait, donc, un commandement unique. Le scribe, lui, va faire comme tout bon juif également. Il va commenter, commenter la parole, la parole que Jésus lui apporte. Il va l’amplifier et un peu la modifier. … Aimer de tout son cœur, son intelligence, sa force, il va changer cœur, âme, esprit et force en cœur, intelligence et force. Ce qui est important peut-être, c’est de retenir qu’il y a là un trépied, comme nous l’avons dit, et il y a ces trois dimensions force, intelligence et cœur, qui sont rapportées.

 

On pourrait se demander si, en plus du scribe, nous n’avons pas notre place dans ce dialogue. Puisqu’il y a ce fameux trépied de Dieu, nous et le prochain, on pourrait se demander si nous pouvons avoir notre place et former aussi un autre trépied : Jésus, le scribe et nous-même. Et nous-même, que répondrions-nous ? Et nous-même, que dirions-nous ? Quelle serait notre contribution à ce petit dialogue entre ces deux personnages ?

 

Je vous suggère que notre contribution soit celle de la mise en pratique. Que nous ne rajoutions pas des mots aux mots, mais que nous apportions, peut-être davantage des gestes à ces mots-là. Que nous passions d’une foi extérieure à une foi plus vécue, plus concrète, une foi qui passe de l’écume à la moëlle et qui se traduit par des gestes vrais. Ne restons pas sur de bonnes intentions, mais allons jusqu’au bout de cet amour qui nous prend tout entiers de la tête aux pieds, de Dieu, de soi et des autres.

 

Et demandons à l’Esprit Saint qu’il nous aide à faire ce pas car, au temps de Jésus ou même deux-mille ans plus tard, ce n’est pas simple que de vivre de cet amour-là. Que l’Esprit Saint nous aide à entrer dans ce dialogue de Jésus avec le scribe et à porter notre part par notre propre engagement.

 

Amen.


Jeudi 28 mars 2019

 

Beelzéboul, au temps de Jésus, en Palestine, c’est le prince des idoles, une sorte de démon, très grand, qui rassemble plein de forces idolâtres. La particularité de Satan, de Beelzéboul, c’est que plus on parle, plus on lui donne de l’importance et plus il agit. Il y a dans le monde de la communication une idée selon laquelle quand une chose existe il faut en parler.

C’est exactement ce qui se passe. Et, très curieusement, Jésus cite deux fois le mot dans notre Evangile. Il oblige le prêtre à le dire deux fois. Et face à cette force, qui est idolâtre et qui exerce un pouvoir sur celui qui la prononce, il y a une autre force, toute contraire, qui rassemble, qui apporte la paix et qui sanctifie. C’est l’Esprit Saint. Et cet Esprit lui aussi, plus on en parle et plus il existe. Et plus on le demande et plus il produit son fruit.

 

Je vous propose une petite image : imaginez un vase, une sorte de grand contenant. Selon les lois de la physique on a coutume de dire que moins le contenant est grand, plus il est fort et solide. Il faut qu’il ne soit pas trop grand pour qu’il ne perde pas ses proriétés.

Imaginez un contenant, tout au contraire, qui, plus on mettrait de liquide à l’intérieur et plus il se renforcerait. Un contenant un peu merveilleux (qui n’existe pas en réalité, du moins dans les lois de la physique) qui se renforcerait en proportion du liquide que l’on mettrait dedans. Eh bien ce contenant, ce vase, c’est nous-mêmes. Et ce liquide, c’est l’Esprit Saint.

Si, par un excès de précaution ou par ignorance, il est vide d’Esprit, notre vase sera plus fragile. Peut-être même, d’ailleurs, est-il déjà brisé. Mais si, au contraire, vous lui apportez cet Esprit, cet Esprit Saint, ce bon Esprit, alors, votre contenant, votre vase va se renforcer.

 

Nous sommes des vases d’élection les uns et les autres. Ne nous perdons pas en conjectures pour savoir si le mauvais esprit travaille ou ne travaille pas, mais occupons-nous d’abord de remplir notre vase.

Un homme a été à un moment un diviseur, Saul. Il a été un vase d’élection. Quand il a été envoyé à Ananie, il a été annoncé à Ananie que Paul était un vase dans lequel le Seigneur avait fait son choix, qu’il le remplissait de son Esprit et qu’il voulait faire de lui l’apôtre des nations.

Qui est avec moi rassemble. Qui n’est pas avec moi disperse. Choisissons le Christ et demandons-lui son Esprit Saint.

 

Amen.


Mercredi 27 mars 2019

 

Avec ce propos de Jésus nous sommes à la racine de la vie spirituelle, une racine profonde. C’est la façon dont nous nous situons devant ce qui fait loi. Ceux qui ont participé au partage biblique avec l’extrait de l’Epître de Saint Paul aux Galates que nous avons vu se rappellent qu’il évoquait la question de la loi et de la grâce. Mais revenons à ce petit texte, en plein cœur du Carême. Rappelons-nous que Jésus lui-même réalise, accomplit cette loi de l’Ancien Testament. Il la réalise d’ailleurs en tant que promesse, pour nous dire que la pratique de la loi l’Ancien Testament montrait sa limite et que lui, Jésus, Jésus va la mettre en pratique jusqu’au bout.

 

En cela il réalise les promesses, mais en même temps, il la magnifie, la porte à sa perfection. Cette loi, il va réussir à en extraire le germe le plus intime ; il va réussir à la pousser à sa perfection, en lui-même, par sa propre vie. Ce serait un peu trop rapide de dire (ce qu’il ne dit pas, d’ailleurs) : « Désormais nous voici libéré de tout et aime et fais ce que tu veux ». Certes Saint Augustin l’a dit, mais l’amour est également un commandement, il le deviendra. Donc nous sommes toujours sous le joug de quelque chose. Même en appartenant au Christ.

 

Pour sortir un peu de l’enfermement que cela peut représenter pour nous et pour entrer dans les profondeurs de ce que signifierait la vie spirituelle du disciple de Jésus, nous pouvons nous dire que l’accomplissement parfait de la loi c’est sans doute un cœur qui commence à apprendre à aimer et un cœur qui commence à apprendre à aimer, c’est un cœur qui commence à être animé par la puissance de l’Esprit Saint. C’est sans doute ce que Jésus nous apporte de merveilleux, de parfait dans sa manière de vivre les impératifs dans sa propre vie. Il nous apporte d’être animés par la puissance de l’Esprit Saint.

Si nous aimons, nous essayons d’aimer avec nos propres forces. Si nous essayons de mettre en application avec nos propres moyens ce qui fait commandement dans notre vie, nous sommes de toute façon dans quelque chose de limité. D’abord parce que notre raisonnement, nos sens, nous conduisent à aimer de façon idolâtre, imparfaite, ténébreuse, partielle, ce n’est jamais la perfection que nous souhaiterions. En revanche, la puissance de l’Esprit Saint va nous conduire à autre chose que la perfection, qui est la vérité même de l’amour. Et là, aucun discours ne peut le décrire. Il faut le vivre.

Demandons à l’Esprit Saint, en plein milieu de ce Carême, de ressembler à Marie, d’être disponibles, comme elle l’a été aux motions de Dieu dans sa vie jusqu’à pouvoir se livrer  elle-même et dire oui, nous l’avons célébré lundi en la fête de l’Annonciation. 

Nous sommes décidément dans une semaine entièrement dédiée à l’Esprit Saint !

 

 

Eh bien, que cet esprit nous aide à entrer dans la perfection voulue par Dieu, voulue par nous, cet amour véritable, en sachant, à un moment donné, nous en remettre à celui qui est encore beaucoup plus, le Christ. Le sacrifice qu’il fait de sa propre vie sur la Croix va permettre qu’à chaque instant nos propres limites soient brûlées dans le feu de son amour à lui.

Amen.


Mardi 26 mars

Dn 3, 25.34-43 : Cantique d’Azarias dans la fournaise

Ps 24

Mt 18, 21-35 : Pardon des offenses. Parabole du débiteur impitoyable.

 

Le tout début de cet extrait de l’Évangile : ‘70 × 7 fois, doit pardonner Pierre’ et chacun d’entre nous, vient corriger ces violences tribales originaires qui étaient finalement, dans l’Ancien Testament, corrigées par la loi du talion et qui elle-même finit par être corrigée par la loi de l’Amour.

Au fond, il n’y a pas de rétribution du mal par le mal mais du bien (du pardon) en retour au mal qui peut être commis.

 

C’est quelque chose qui, quoi qu’on dise,

quelles que soient les choses que nous feignons de montrer de nous-mêmes, c’est en réalité presque contre nature quand même, d’apporter pardon et bien en retour à un mal ou une offense qui a été commis.

 

Nous sommes conviés les uns et les autres à une très grande humilité et c’est la raison pour laquelle cette parabole suit, dans la bouche de Jésus.

Il y a une dette absolument énorme qui a été remise à cet homme mais qui lui, en retour, va chercher à régler ses comptes avec chacun de ceux qui sont sous lui.

 

C’est une invitation à s’interroger sur la place que le péché des autres prend dans notre vie.

Le péché des autres nous fait ruminer,

nous constipe,

nous agace,

nous fait forcément nous sentir bien mieux qu’eux et pourtant, ce n’est pas tellement le péché les autres qui compte, finalement mais le nôtre.

 

Comment le péché des autres éclaire-t-il le nôtre ?

Et comment si nous avons à nous affliger, c’est d’abord du nôtre, éclairé par celui des autres.

Se demander s’il y a bien un espace suffisamment grand en nous-mêmes, pour que circule la grâce ou le pardon ; que nous soyons suffisamment avec un espace le plus petit qui soit pour que la paix circule et pour que nous laissions le Seigneur faire le reste et nous aider à grandir dans un chemin de pardon.

 

Pour que cet espace puisse apparaître en nous-mêmes, je vous propose trois pistes.

La première piste, c’est éviter de se lamenter sur le péché des autres autant que  possible, même si aux yeux de la justice des hommes, le péché des autres est suffisamment flagrant et mérite suffisamment de condamnation.

C’est le plus dur, en réalité.

 

La deuxième chose, c’est prendre conscience de notre prière : est-elle vraiment un dialogue ? Est-elle vraiment un entretien entre soi et le Père ?

Si une prière est trop machinale,

trop cérébrale,

trop abstraite, il y a des chances qu’il n’y ait pas suffisamment d’espace entre nous et le Père, en réalité.

S’il n’y a pas cet espace-là, le pardon va avoir du mal à circuler, en réalité.

 

La troisième chose, c’est de demander que l’Esprit Saint vienne vraiment et prions-le dans l’intention vraiment de le recevoir.

Là, ça fait suite à ce que nous avons célébré hier, dans la fête de l’Annonciation de Marie.

Comment elle a été travaillée en amont par la grâce, dans sa vie.

 

Ne pas nous affliger trop sur le péché des autres,

Notre prière permet-elle vraiment que circule en nous le pardon ?

Est-ce que nous prions le Père ?

 

Demandons à l’Esprit Saint de venir en nous avec l’intention de le recevoir.

Amen.


Dimanche 24 Mars 2019

Ex  17, 3-7

Rm  5, 1-2 . 5-8

Jn  4, 5-42

 

Dans l’évangile de Jean, il y a cette rencontre  (qui est rapportée)  de Jésus avec une femme samaritaine. Alors les samaritains sont des personnes extrêmement mal vues des autres juifs,  bien qu’ils aient une tradition semblable. Et en plus, c’est une femme. Et en plus Jésus est seul. Et ils sont tous les deux dans le désert.

Alors cette rencontre pourrait se révéler explosive  et, en fait il n’en est rien. Au contraire, c’est une rencontre absolument  merveilleuse qui nous est proposée dans cette liturgie, pour nous évoquer la foi.

Pourquoi aurait-elle pu être explosive ? Jésus n’a pas à se mêler avec des samaritains et réciproquement… Et en plus, je ré-insiste, c’est une femme seule et Jésus est seul ! Les voici à l’heure la plus chaude du jour et ils sont au bord d’un puits.

Alors pourquoi ce texte nous parle de la foi ? Eh bien, parce que la source ou l’eau, en général dans la Parole de Dieu,  sont évocatrices de ce que l’on appelle : la foi. Ou bien encore de la grâce, de la puissance que Dieu vient déposer - sans aucun mérite : aucun ! (de notre part) - qu’Il vient déposer dans notre cœur.

La Foi est comme une source, la Grâce c’est comme,  au fond, ce liquide précieux qui désaltère et qui sort de cette fontaine.

 

Alors, il y a trois échanges entre Jésus et cette femme.  Jésus s’y prend à trois fois,  pour faire passer cette femme, de l’eau qui désaltère, eh bien,  au don de la Foi. Cette femme (et  au fond nous-mêmes, nous lecteurs),  immédiatement, lorsque l’on voit qu’il y a un puits au milieu d’un désert, on pense à la soif et à l’eau.  Eh bien, par trois fois, Jésus,  dans son dialogue avec elle,  va s’y prendre pour que nous passions avec elle, progressivement de l’eau qui désaltère à la foi qui sauve.  Trois fois : ça évoque  les trois dimanches des scrutins que nous allons vivre avec Emeline : aujourd’hui, dimanche prochain et le dimanche d’après, cinquième dimanche de Carême.  

Comme si, ces trois fois étaient nécessaires pour nous tous, pour que nous découvrions la beauté et la joie de croire. Voyez comme si au fond, nos cœurs étaient comme dans cette première lecture (le livre de l’Exode), comme un rocher, et qu’il fallait comme Moïse le fait lui-même frapper ce rocher, pour que sorte l’eau jaillissante. Comme si nous redécouvrions – et que ce n’était au fond pas naturel pour nous-mêmes - nous redécouvrions la puissance et la joie de croire.

 

Alors, je vous propose trois pistes et ces pistes s’adressent aussi à toi Emeline. Trois pistes pour nous tous. Mais c’est important pour toi Emeline, comme c’est important pour nous tous. Pour que tu te rendes compte, que, les chrétiens qui sont autour de toi ont besoin toujours de renouveler leur baptême. Et que tu te rendes compte que le baptême que tu vas recevoir à la Veillée Pascale, ne va pas te mettre en orbite définitivement. Il va falloir travailler ; et pour nous communauté,  te voir faire cette étape vers ton baptême, ça nous stimule, pour que nous ne relâchions pas notre fidélité à Jésus. Tous ensemble,  on est en route vers cette beauté et la joie de croire.

Alors première piste : c’est ce que nous lisons dans une lettre de Paul : la foi c’est un don, c’est un cadeau qui est fait. Voilà.  Pourquoi il y en a qui l’ont ? Pourquoi d’autres ne l’ont pas ? Ca, je ne saurais pas répondre, mais  personne ne répond à cette question.  Mais ce qui nous intéresse : c’est ceux qui ont ce don-là.

 

Donc, la foi est un don, mais,  la foi se travaille. Elle se travaille. Comment ? On va lire St Paul : en confessant : en confessant avec nos lèvres ; en confessant avec nos lèvres,  que Christ est Seigneur et en croyant de tout notre cœur que le Seigneur l’a ressuscité des morts. Voilà, ça se travaille. Si jamais nous relâchons cela, progressivement, nous allons finir par adorer des bêtes ou alors adorer un prêtre ou une manière de faire,  ou le pape à la télévision… Mais on n’adore rien de tout ça : on aime le Christ,  donc il faut le confesser : Christ est Seigneur !  Christ est Seigneur, donc avec nos lèvres,  ce n’est pas simplement dans la tête et il faut de tout notre cœur croire que le Père l’a ressuscité des morts.  Ca c’est la première piste : mettre notre foi au travail !

La deuxième piste : c’est l’Adoration. Il est question d’adoration dans ce texte de l’évangile. Alors il y a l’adoration que l’on connaît bien nous les catholiques : c’est l’adoration eucharistique. Mais tout ce que je vais dire sur l’Adoration inclus l’adoration eucharistique. L’Adoration : c’est une disposition du cœur.

 

Prenons un exemple : imaginez que vous accueillez chez vous (chacun d’entre nous,  chez nous, dans nos maisons)  quelqu’un  que l’on connaît super bien.  Va-t-on ou pas,  lui permettre d’entrer dans toutes les pièces de la maison ?  Alors cela dépend de chacun d’entre nous, hein ?  Oui… Non… Oh ben pas celles-là… Voilà…  Bon ; maintenant, imaginons que nous fassions entrer chez nous quelqu’un que nous ne connaissons pas très bien, genre, à l’occasion d’un repas quatre quatre. Quelles sont les pièces que nous allons fermer ? Que nous ne voulons pas dévoiler à l’hôte qui rentre ? Eh bien, imaginons que désormais, ça ne soit pas nos maisons dont il s’agit, mais nous-mêmes… Et, sommes-nous prêts à ouvrir absolument toutes les pièces au Seigneur ? Même celles qui renfermeraient le plus glauque, le plus caché, le plus obscur ? Tout ! Sommes-nous prêts à ouvrir tout ? Il n’y a pas un recoin qui serait exclu de la visite du Seigneur.

Alors l’Adoration, c’est : j’ouvre toutes les pièces !  Absolument toutes !

Donc, par conséquent, devant le Seigneur, je vais me trouver comme en position de petitesse. Et Lui, est tout. Il est grand, Il est très grand ! Et ça n’est pas, ça n’est pas de la part du chrétien, ça n’est pas de la médiocrité. De la part du chrétien, ça n’est pas un aveu de faiblesse qui lui ferait perdre sa dignité - parfois,  on pense que être chrétien, c’est une sorte de névrose ; on serait tout faible, on n’oserait pas se révéler soi-même.  C’est faux !

Ouvrir toutes les pièces et considérer que Dieu est grand, ça veut dire : ma dignité,  ma force sont en Lui.

 

Deuxième exemple : nous les humains, tous,  autant que nous le sommes - vieux baptisés, nouveaux de la Foi ou jeunes baptisés,  eh bien - ou pas baptisés du tout d’ailleurs - on a des sources multiples… Alors aujourd’hui, j’ai soif de vérité : hop, je vais à la source de la vérité, mais demain j’ai soif de force : hop, je vais à la source de la force. Après demain je vais avoir soif de pouvoir : hop, je vais à la source du pouvoir…  Et ensuite à la source de la valeur, bon,  aucune de ces sources ne se rejoignent. L’humain trouve toujours à circuler auprès de multiples sources qui l’éclatent.

Mais nous, nous croyons qu’il y a une seule et unique source qui les réunit toutes. Toutes,  toutes, toutes, toutes ! Ca nous évite de courir partout et ça unifie notre cœur.

C’est le Christ,  Unique Source !

 

Il y a là,  le pouvoir, la valeur, il y a la force et la vérité. Il y a tout cela en Lui ; la dignité, tout ça pour Lui. Pas besoin de courir partout. Le monde : il nous éclate. Le Christ nous rassemble.

Et troisième piste (et j’ai fini par-là). Troisième piste : celui qui a rencontré le Christ -  Source Unique - qui fait, qui met au travail sa foi, qui est capable d’adorer ce Christ là ; forcément sa vie se transforme, il n’a même pas besoin de scruter de près, il va se rendre compte tout seul que sa vie se transforme ; et qu’il va avoir la banane. Et que ses relations vont changer, qu’il va quitter le plus douteux au profit du plus merveilleux, du plus beau. Il va se sortir tout seul,  avec la Grâce - mais sans au fond - s’en rendre compte qu’il va s’en sortir tout seul  -  des situations qui l’engluent en faveur de ce qui le libère. Voilà.

 

Eh bien, tout ça Emeline, nous espérons que tu pourras le vivre et nous espérons nous-mêmes que nous pourrons le vivre,  et que ce que nous avons déjà vécu à la suite du Christ, eh bien, se poursuive.

 

Amen


Vendredi 22 mars 2019

 

Cette semaine nous avons eu l’occasion de méditer sur l’ambition et sur le danger des richesses, et aujourd’hui, nous avons affaire à la jalousie.

A la suite de chacun des évangiles de cette semaine, nous avons eu l’affirmation du mystère du salut, c’est-à-dire le Christ offert, mort, qui ressuscite et par là même nous sauve. Cela rejoint cette affirmation de Saint Paul dans la lettre aux Romains : si tu confesses de ta bouche que le Christ est Seigneur, si tu crois de tout ton cœur qu’il a été ressuscité par le Père, alors tu seras sauvé.

 

Cette affirmation que le fils du propriétaire de la vigne est envoyé à la vigne et qu’il est tué par les serviteurs et qu’il est la pierre angulaire, cette affirmation que nous faisons à chaque eucharistie, c’est le cœur de notre foi, qui est célébré pendant la Semaine Sainte.

Nous avons à nouveau cette affirmation, nous l’avions hier d’une autre façon et le jour d’avant, encore d’une autre façon. Nous voyons ainsi poindre, petit à petit, la Semaine Sainte. Nous avons aussi ces grands-prêtres et ces pharisiens, qui ont bien compris que Jésus parle d’eux et qui cherchent à l’arrêter. Pour l’instant ce n’est qu’un projet limité par la peur de la foule. Petit à petit ce projet va pouvoir devenir réalité.

Avec cette parabole, nous avons aussi un autre texte de l’Ecriture avec une autre jalousie, celle que suscite Joseph chez ses frères. (Nous pouvons aussi penser à Caïn et Abel). Et avec cette première lecture, nous avons encore une autre lecture qui s’inscrit dans l’histoire du salut, c’est celle de la présence en Egypte de ce peuple qui, la nuit de Pâque, sera libéré. Pourquoi est-il libéré d’Egypte ? Pourquoi était-il en Egypte ? A cause d’une grande famine qui l’avait conduit à rejoindre l’Egypte parce que Joseph avait été vendu par ses frères. Cette première lecture nous permet de préparer le terrain et le décor de cette affirmation de la Résurrection du Seigneur.

 

Je vous invite à méditer deux choses : la première, c’est la place que la jalousie prend dans notre vie ; et la deuxième, c’est de nous dire que notre vocation, c’est de louer et d’adorer le Seigneur. Tant qu’il y a jalousie, richesse, ambition, et d’autres choses encore, la louange et l’adoration sont bien loin.

Et cette vigne est là pour produire du fruit et ce fruit pour produire un vin de fête. Un vin de fête qui soit vin de fête et non pas sang versé de frères qui entretuent mais qu’il soit le lieu de la fête, du banquet éternel de l’adoration, de la joie et de la louange des enfants de Dieu tournés vers leur Père.

 

Amen. 


Jeudi 21 mars 2019

 

Souvenez-vous dimanche il était question d’un arc qui allait de la promesse faite à Abraham jusqu’à Jésus et nous étions dans le récit de la Transfiguration. Donc vous voyez Abraham qui est présent dans cet imaginaire juif des fins dernières et puis nous avons, de l’autre côté de l’arc, Jésus lui-même.

 

Et dimanche prochain, Jésus sera une source dans le désert. (Je vous rappelle, ou je vous dis, pour ceux qui ne le savent pas encore que nous prenons les textes du Carême de l’année A pour les troisième, quatrième et cinquième dimanches, pas ceux qui sont dans le Prions en Eglise parce que nous avons des adultes qui préparent leur baptême et la liturgie nous propose de vivre les scrutins avec eux les troisième, quatrième et cinquième dimanches, et l’Evangile proposé pour l’année A pour le troisième dimanche de carême est celui de la Samaritaine). Tout ça pour dire que cette source dans le désert pourrait être bien agréable à ce mauvais riche qui se trouve dans la fournaise et qui a soif. Je referme l’allusion à dimanche prochain.

 

Hier nous avions l’ambition des deux fils et de leur mère. Aujourd’hui il y a la richesse arrogante d’un homme. Nous savons que cette parabole, seul Saint Luc s’en souvient. Et Saint Luc est très attentif à la façon dont les riches de richesses matérielles sont loin du Royaume. C’est peut-être pour cette raison qu’il se souvient de cette parabole. Elle met en scène un riche d’argent. Alors sur ce chemin du carême, après avoir vu ces deux fils et leur mère hier, nous pouvons nous demander en quoi des richesses, grandes ou petites, chez chacun d’entre nous, peuvent étouffer notre cœur ; et cet effort pour être ouvert à la Parole peut nous aider à être sensibles au don que Dieu veut nous faire. Il peut y avoir des richesses qui nous en empêchent et peut-être que ce chemin du carême serait pour nous de nous en défaire. Partager est une chose, pourquoi pas ? Il faut les mettre à distance de nous-mêmes ces richesses. Interrogeons le rapport que nous avons aux biens matériels.

 

 

On peut se réjouir de cette allusion, une fois encore, à la mort et à la Résurrection de Jésus, comme hier, du reste, de cette annonce explicite de sa mort et de sa Résurrection qui sauve et de nous dire : est-ce que ce n’est pas là notre richesse à nous ? 


Mercredi 20 mars 2019

 

On pourrait presque imaginer que ce texte est un texte de la mi-carême, non pas par une évocation du carnaval, mais par une évocation de la façon très claire dont Jésus annonce sa crucifixion. C’est la troisième annonce de la Passion. Nous ne sommes pas encore tout à fait à mi-chemin mais nous avançons sûrement.

 

Par contre, aujourd’hui, c’est le printemps, à défaut d’être la mi-carême !

 

Ce texte est riche. Nous voyons combien Saint Matthieu a le souci de montrer l’ambition des deux frères, Jacques et Jean, mais aussi celle de leur mère. C’est la mère qui intercède pour eux. Mais Jésus va s’adresser aux deux frères. C’est la mère qui pose la question, ce sont les deux frères qui ont la réponse en direct. Au-delà de la question morale que cela pose, cette ambition se manifeste à l’intérieur d’un monde d’hommes : il y en a deux qui sont apparemment plus ambitieux que les autres. Au-delà de cette question-là, l’ambition peut paraître le péché maximal dans le contexte parce qu’elle serait le symptôme d’un cœur absolument sûr de lui et complètement fermé, qui veut fonder sa vie sur lui-même, et, au fond, au détriment des autres.

 

Face à cette ambition, la réponse, c’est l’Esprit Saint : ces deux fils attendent de Jésus une gloire et un rôle important. La réponse de Jésus c’est : « Cela sera donné par le Père, seul ». Mais qu’est-ce qui est donné par le Père, avec Jésus ? C’est l’Esprit Saint. Et à quel moment l’Esprit Saint est-il donné ? A la Pentecôte, allez-vous dire. Oui, mais surtout, après la mort et la Résurrection de Jésus. Par sa mort sur la Croix et après que Jésus est retourné vers le Père, il y a le don de l’Esprit.  

L’esprit Saint est un don qui produit tout le contraire de l’ambition. Tout le contraire ! C’est-à-dire que tout ce que Jésus attend de ses disciples au milieu du monde, tel qu’il l’a dit, là, c’est l’Esprit Saint qui le permet. C’est lui qui permet l’humilité dans le service, c’est lui qui permet la communion, c’est lui qui permet la joie, c’est lui qui permet de se retirer sans peine des soucis, c’est lui qui va permettre l’amour, tous ces dons-là, c’est l’Esprit Saint. Alors, n’accusons pas trop ces deux frères et demandons-nous en quoi eux et nous-mêmes avons tant besoin de ce don-là. J’espère que nous en avons soif !

 

Sur cette route qui nous mène à la Semaine Sainte, avons-nous besoin de ce don de l’humilité dans le service, de l’amour, de l’absence de soucis et de la communion ? Et si nous en avons besoin cela tombe bien car c’est le don que Jésus va faire de sa vie qui va nous permettre de recevoir cet Esprit Saint. Si nous n’en avons pas besoin, ce n’est pas la peine que Jésus meure pour nous !

 

Amen. 


Mardi 19 Mars 2019 : Saint Joseph, époux de la Vierge Marie

2 S 7, 4 - 5a. 12 - 14a. 16

Ps 88

Rm  4, 13. 16 - 18. 22

Mat 1,16. 18 - 21. 24a

 

Voilà St Joseph : époux de la Vierge Marie.  Pour le distinguer du 1er mai, fête qui est arrivée beaucoup plus tardivement, St Joseph travailleur cette fois-ci.

Dans l’Eglise, St Joseph a plusieurs titres que nous avons déjà entendu, et dans la prière que j’ai prononcée au début de cette eucharistie, mais que nous entendrons également dans la préface de la prière eucharistique : Homme juste, Protecteur de l’Eglise, Epoux de la Vierge Marie, Serviteur fidèle, Père. Et à travers lui, nous reconnaissons nos pères ; des hommes justes. On pourrait y ajouter également, la pudeur et la chasteté qui l’incarnent.

 

Alors si nous honorons St Joseph époux de la Vierge Marie, nous honorons celui qui (nous l’avons entendu dans la prière tout à l’heure) à l’aube du mystère du salut, eh bien, eu foi et par sa foi a contribué à la naissance de Jésus.

Nous honorons souvent Marie. Il est bon d’honorer comme nous le faisons, aussi St Joseph. Et en cette époque, aujourd’hui, nous avons l’habitude de niveler la différence des sexes ; il est bon de se dire que, il y a du masculin et il y a du féminin et que les deux ne se confondent pas. Et les deux prennent leur part dans la création et la venue du mystère du salut. Par contre, tous ceux qui sont parmi nous des priants ; ou sensibles à la littérature mystique (je ne déplierai pas ce que je vais vous dire, mais, ceux-là y seront sensibles), eh bien, mettre du masculin dans notre prière, c’est la rendre stable, la rendre unifiée. Ne pas simplement s’appuyer que sur la figure de la Vierge Marie.

 

Nous pouvons aussi dans cette figure de St Joseph contempler l’homme juste. Et surtout : l’homme discret. Et peut-être garder cet exemple là pour notre méditation d’aujourd’hui. L’homme discret. Pas simplement, le fait qu’il soit homme pour le coup, mais la discrétion tout court. Il y a d’autres figures de discrétion dans l’évangile.  Mais prenons conscience que cette figure de Joseph va disparaître assez vite dans l’évangile,  (nous ne savons pas très bien à quel moment) finalement elle disparaîtra.  Après le passage à l’âge de douze ans de Jésus, à Jérusalem, l’évangile ne rapporte plus rien de Joseph. Et, de la même façon qu’Abraham va s’effacer, à un moment donné, de la même façon que beaucoup de prophètes s’effacent dans l’histoire du salut, pourtant ils l’ont attendu et espéré la venue du Sauveur ; eh bien, Joseph d’une manière excellente va contribuer en cette venue-là ; mais il s’efface.

Mais cette figure de discrétion peut, peut-être nous inspirer dans notre façon de vivre notre foi. Non pas être effacé dans le monde, non pas être insignifiant et médiocre dans la vie d’une communauté, mais être là, sans forcément être sur le devant de la scène. Etre là, et efficace,  sans forcément être en tête, sous le feu des projecteurs.

 

Alors il y a mille façons de se laisser interroger par cette figure de discrétion. Alors Joseph est le protecteur de l’Eglise, on va lui demander qu’il intercède tout particulièrement pour elle. Nous savons que l’Eglise en occident est fortement malmenée.  De nombreux actes (la presse ne s’en fait pas forcément toujours l’écho) mais, il y a une recrudescence d’actes contre les chrétiens dans le monde, et en occident, par du vandalisme ou de la profanation. Et puis, il y a toutes ces affaires de mœurs qui sont graves.

Eh bien, que St Joseph puisse continuer à protéger plus, plus que d’habitude peut-être, l’Eglise ; et puis les pères de famille, un certain nombre de pères de famille chrétiens ou non, mais en grand nombre chrétiens, prennent conscience de leur rôle et se placent sous le patronage de Joseph. Alors pareil, qu’il puisse les accompagner ces pères-là dans leur rôle de père de famille.

Amen


Dimanche 17 Mars 2019

Gn 15,5 - 12. 17-18

Ps 26

Ph 3,17 - 4,1

Luc 9,28 b - 36

 

Dans ce livre de la Genèse, la première lecture, qui a été lue par Christian tout à l’heure, nous avons le récit d’une scène qui peut nous paraître très curieuse : c’est une scène d’alliance. Curieuse parce que dans nos traditions occidentales et dans le christianisme, cette pratique n’existe pas. Pourtant, il existe des alliances dans le christianisme, par exemple, celle que contractent deux fiancés au moment de leur mariage mais aussi par exemple, le baptême. Le baptême, c’est une alliance entre un adulte, ou un enfant : la personne baptisée et puis le Dieu du ciel, grâce à Jésus.  

 

Il y a aussi l’alliance que le Seigneur fait et renouvelle dans l’eucharistie.

Mais là, à l’époque d’Abraham, en Mésopotamie (on pense, plus d’un millier d’années avant Jésus-Christ), eh bien, cette alliance, elle est contractée grâce à des animaux. Des animaux qui sont offerts, partagés et puis avec une torche fumante qui circule à travers eux. En tous cas, retenons de cet acte rituel - qui dans le fond est très très beau - eh bien, un engagement définitif du Seigneur avec Abraham.

 

D’ailleurs, le tout premier de ce genre : un Dieu unique, qui s’engage avec un homme et sa descendance. Alors Abraham s’engage aussi avec le Seigneur, mais la promesse que le Seigneur va lui faire, eh bien, va l’entraîner en avant et va l’encourager à aller vers une terre qu’il ne connaît pas et quitter la sienne. N’empêche que : il ne verra pas cette terre. Et que la descendance nombreuse qui lui est promise : il ne la verra pas non plus.  Abraham ne va pas vivre des milliers d’années ; il sait que plus tard, sa descendance connaîtra une terre, qu’ils deviendront des sédentaires. Il ne connaîtra ni cette terre ni cette descendance.                    

 Mais il a foi. Il a foi dans la Parole du Seigneur et dans cet acte-là. Ca c’est le début d’un grand arc qui est dessiné dans cette liturgie, avec cette première lecture.  Premier point : la parole du Seigneur, définitive : « Ta descendance sera nombreuse et tu pourras planter ta tente dans une terre qui sera la tienne. »

 

Et de l’autre côté de cet arc, longtemps plus tard ; eh bien,  nous avons cette rencontre au sommet de la montagne. Cette fois-ci, ça n’est pas Abraham : c’est Jésus. Le Seigneur Jésus vient d’annoncer à ses disciples (on ne l’a pas entendu, c’était juste avant)), Il vient d’annoncer à ses disciples qu’Il allait connaître la Passion, qu’Il allait monter à Jérusalem et d’ailleurs ; lorsque sur cette montagne, Il rencontre Moïse et Elie ; ils s’entretiennent de son départ pour Jérusalem.  Pour nous les chrétiens, nous savons que, Jérusalem, la Passion, le départ de Jésus vers Jérusalem, ça équivaut à notre Semaine Sainte, ça équivaut à sa mort, mais aussi surtout : à sa résurrection.  C’est pour ça que je vous ai dit que c’était l’autre côté de ce grand arc.  Abraham, le Seigneur s’engage pour son avenir pour toujours ; et là,  de l’autre côté, nous avons Jésus qui va arriver, à son terme. Alors, terme de sa route à Lui : qui est sa mort. Mais en même temps, qui va être un démarrage pour nous : notre résurrection. Voilà l’arc qui est dessiné : un début… Une fin, mais pour un nouveau commencement ! Alors comment l’intégrer dans nos vies ?

 

Alors, je vous propose plusieurs images.  La première image : c’est l’image de l’agriculteur. L’agriculteur va semer, à un moment donné, semer du grain (c’était il n’y a pas très longtemps ; je l’ai vu, en tous cas, autour de nous). Le début de l’arc…  et il sait que la fin, ce sera la moisson. En attendant, dans l’intervalle, il travaille l’agriculteur, même s’il y a un certain nombre de choses qui se passent sans lui. Il cultive. Un certain nombre d’actes se succèdent pour accompagner la croissance de ce qui a été semé.

Entre Abraham et Jésus : ça a été les prophètes, puis ça a été la venue de Jésus.

Une autre image : vous voulez préparer un grand repas de fête. Vous voulez envoyer les invitations pour des cousinades, un mariage, ou que sais-je ?  Le début de l’arc : vous envoyez les invitations à tout le monde,  la fin de l’arc : c’est le repas.  Mais dans l’intervalle, eh bien, il faut s’organiser : il faut prévoir la table, le repas… c’est un travail.

Une troisième image : notre vie chrétienne, au début de l’arc : c’est notre baptême. Notre baptême. La fin de l’arc : c’est la vie éternelle. 

 

Entre les deux : qu’est-ce qu’on fait ? On cultive. C’est cette très belle image qui n’est pas dans la parole de Dieu aujourd’hui, mais c’est une parabole que l’on entend. Très belle parabole chez Marc, que cet homme, qui dans son jardin, à lui, il jette une graine de moutarde ou plusieurs… Toute petite, petite, petite… Et cette graine va pousser… pour devenir un… Jésus : dit un grand arbre… et pour que les oiseaux du ciel viennent dedans.  Emeline, qui prépare son baptême (et qui sera baptisée à la Veillée Pascale, une adulte) disait : « Ah ! Mais c’est formidable ! Le ciel touche la terre ! » « Ah…bon ? »     « Mais oui, les oiseaux du ciel viennent faire leur nid dans cet arbre ; eh bien, grâce à la graine que cet homme a planté. »  Eh bien oui, c’est une belle image, au fond, de ce qui se passe entre notre baptême et ce qui nous est promis. On cultive, on cultive… Il faut bien que dans notre jardin, nous fassions ce qu’il faut pour que le ciel puisse y venir. Et c’est  l’objet du Carême !  

 

Quatrième image : mercredi des Cendres : début de l’arc…  La fin : Rameaux, Semaine Sainte. La visée : c’est la résurrection de Jésus !  Et dans l’intervalle,  faut faire ce qu’il faut ! Et le ce qu’il faut, nous le connaissons : prière, jeûne, partage, écouter… Et écouter le Seigneur qui parle. Et puis renouveler notre fidélité à Dieu. Dépoussiérer nos habitudes : surtout dans la prière, la renouveler.

Et puis nous avons une autre manière de faire ce qu’il faut : c’est l’eucharistie : nourriture extraordinaire. Qui accompagne la croissance de… (on pourrait dire)  cet arbre intérieur, dans lequel le ciel va venir.

 

Voilà, ce deuxième dimanche de Carême vient lui aussi donc, tracer  la route et nous stimuler. N’abandonnons pas trop vite cet effort qui nous conduit jusqu’aux Rameaux. C’est la raison pour laquelle la liturgie propose la lettre aux Philippiens que nous avons entendue : « Notre Dieu à nous, ce n’est pas notre ventre ; nous, nous ne mettons pas notre gloire dans ce qui fait notre honte. Nous ne pensons pas qu’aux choses de la terre. »  Rappelons-nous le terme de l’arc, nous avons notre Sauveur qui est dans les cieux.  Nous, nous attendons comme sauveur le Seigneur Jésus Christ.           Il va nous transformer.  Faisons ce qu’il faut pour qu’Il puisse venir.

 

Amen


Vendredi 15 Mars 2019

Ez 18,21-28

Ps  129

Mat 5, 20-26

 

Eh bien, nous voici revenus au début du discours de Jésus sur la montagne chez St Matthieu (vous savez quand il prononce les Béatitudes).  Et c’est la parole la plus incisive et la plus idéale, au fond de Jésus. Il a l’expression d’une loi pour nous les chrétiens, qui est poussée à  son extrême, pratiquement ou quasiment impossible à mettre en application. Vous savez, c’est dans ces passages là au sommet de la montagne, où  - tel un nouveau Moïse - qui va dire par exemple : «  Si on te frappe sur une joue, tends l’autre » ou « pardonne soixante-dix fois sept fois à ton frère.» Toutes sortes d’exigences, poussées à son sommet, et qui est fort déstabilisant. On se demande au fond comment on peut la mettre en application, mais elle nous est adressée. Et là dans ces querelles que Jésus présente, et -  desquelles il faudrait se défaire,  pour pouvoir rentrer dans la liberté que nous donne la grâce - eh bien, nous sommes renvoyés à une réalité toute simple : c’est que si nous sommes peuplés à l’intérieur de nous,  d’un certain nombre de liens que nous avons créés par nos querelles, les uns avec les autres ; jamais nous ne pourrons vivre de la liberté de l’Esprit.

 

Alors, nous sommes déjà à l’âge mûr les uns les autres, nous savons bien comment nous pouvons être enserrés dans notre cœur,  par un grand nombre de querelles (pas des querelles de cour de récréation, on n’en est plus là, mais par des rancœurs,  des regrets… untel, j’aurais dû lui dire, mais je ne lui ai pas dit… L’autre m’a dit, mais il n’aurait pas dû le dire… ou bien ce genre de choses).

Et le pardon qui n’est pas simplement qu’une question morale  (c’est bien de pardonner, ce n’est pas bien de ne pas pardonner…). Le pardon est une libération : je vais défaire, je vais permettre à l’autre aussi de défaire ; nous allons nous permettre mutuellement de défaire ce lien invisible qui nous immobilise, en fait.

 

Alors, la question que pose  Jésus, c’est cela.  Alors après, il y a d’autres questions, que ne résout pas le texte. C’est les questions,  par exemple, de justice et de réparation : quelqu’un m’a fait du mal… donc voilà… dans mon cœur, ça turbine… La question donc là qu’il renvoie c’est celle du pardon.  Mais après parfois, il peut y avoir des questions de réparation. Cela peut nous laisser dubitatif en l’occurrence, peut-être que parfois, c’est nécessaire d’obtenir réparation.

Là, c’est plutôt de dire : nous pouvons être comme enfermés à l’intérieur de nous-mêmes par un certain nombre de blessures -  dirions-nous  (c’est très à la mode de dire ça) qui sont toujours liées au passé (puisque les blessures de demain, on ne les connaît pas encore)  -  et qui nous immobilisent.

La puissance de la parole qui consiste à dire (soit à ce frère ou à cette sœur, soit à son confesseur éventuellement) toute la souffrance que cela peut produire, eh bien, cette puissance-là de la parole nous libère.

 

Alors soyons renvoyés avec un peu d’anticipation à ce que nous allons vivre le Vendredi Saint  (on est vendredi  aujourd’hui ;  bon,  dans cinq semaines).  Nous allons contempler le Christ dans sa Passion avec l’Evangile de Jean. Nous serons invités à Le voir souffrant.  Nous ne sommes pas invités à souffrir à sa place : Il est là, en face de nous, souffrant. Dans notre foi, nous confessons qu’Il souffre à cause de nos pêchés. Ce Christ souffrant, voyons le comme Celui qui librement ;  se donne, dans l’Amour.

 

Ca nous paraît simple ou pas simple, on est d’accord ou pas d’accord ; on fait ce qu’on veut et ce qu’on  peut avec ça.  Mais c’est ça. 

Si nous sommes aimés à ce point, et si notre foi nous permet d’y adhérer ; alors, laissons-nous le plus possible toucher et renouveler par cette nouvelle- là.

Celui qui donne sa vie pour nous,  comme dans chaque eucharistie.

Mais faisons un pas supplémentaire : regardons le aussi comme dedans son Esprit (chez St Jean, on nous donne les deux sur la Croix : Sa Vie et Son Esprit.   

Pas lui-même, c’est son Esprit Saint, côté ouvert. « Du côté ouvert, jaillissent le sang et l’eau. » Et cet Esprit saint, c’est celui qui nous libère et nous rend libres, voilà, donc qui ouvre, qui défait les chaînes, notamment de toutes ces blessures, rancœurs, querelles, etc…

Alors, on voit peut-être le mouvement que nous sommes invités à vivre : se laisser toucher et en même temps, se laisser attirer par cette perspective  que Dieu permet (nous ne sommes pas tous seuls dans cette aventure) : cette perspective que Dieu permet d’être dans la liberté ; le don de sa Vie sur la Croix, le don de son Esprit, la Grâce.

Et dans cette eucharistie, rappelons-nous que si nous avons quoique ce soit qui nous enserre, au moment de déposer notre offrande sur l’autel ; il est grand temps de le noter sur un bout de papier et de courir voir son confesseur pour voir comment faire pour s’en libérer.

 

Amen


Jeudi 14 Mars 2019

Est 4, 17

Ps 137

Mat 7,7-12

 

Alors dans cet évangile, il y a un certain nombre de verbes (forcément) et,  il y en a un qui est tout à fait intéressant, c’est le verbe : trouver. 

«  Qui cherche trouve »

Et il est encadré par deux autres verbes : le verbe « recevoir »  (des verbes qui sont conjugués au passif) : recevoir et ouvrir. C’est-à-dire : C’est Dieu qui fait. C’est Dieu qui ouvre, c’est  Dieu qui reçoit.

Mais trouver, c’est nous. Chercher … On trouve.

Mais le reste, ce n’est pas nous.

Ce qui est reçu et ce qui est ouvert, ce n’est pas de notre fait. Voilà. Ce n’est pas nous qui allons tourner la poignée, ce n’est pas nous qui allons expédier ce que nous allons recevoir.

 Par contre : chercher, si !

 

Alors, raison de se redire que,  quand on est proche de Jésus, très spontanément,  comme ça, on est plutôt dans l’attente, dans la volonté d’un retour vers nous. On a des prières de demande, de supplication, de plainte, on joue les sanglots longs  dans nos prières, à chaque fois,  ou souvent  en tous cas, la plainte. Et puis, un monde meilleur, eh bien,  nous pouvons le rêver et nous aimerions bien,  que le Bon Dieu l’instaure. On est encore un peu dans une sorte d’attente.

Mais,  Il nous donne, aussi. Et donc, c’est une autre attitude que nous sommes appelés à développer pendant le Carême : non pas tellement récriminer, attendre, tout ça…

 

Mais recevoir, en fait ; recevoir !  Alors s’Il nous donne, Il est actif Lui aussi, en fait. 

Recevoir ! Et Il donne, déjà.  Pas demain, mais déjà aujourd’hui !

Alors, on n’est pas obligé de dire merci quand on ne sait pas pourquoi. Mais on peut cultiver cette recherche intuitive : mais qu’est-ce-que le Seigneur me donne en fait ?  Déjà?  Et si je ne le vois pas,  ça se peut que je ne le voie pas bien ce qu’il donne…  Les Sœurs s’en vont…     il ne donne pas… Il prend…  Je vieillis…  Il ne donne pas, Il prend aussi…  Enfin, voilà…

 

Mais, Il donne quand même ! Mais quoi ? Alors ? Si je ne vois pas, eh bien, c’est peut-être qu’il me manque un bon angle de vue, une bonne perspective. On ne voit pas ce qu’il y a derrière les murs de la prison,  mais si vous montez sur la colline, vous voyez.    

Voyez…  C’est une affaire de point de vue.

 Alors, qu’est- ce qui revient à l’homme ? Eh bien : c’est de chercher le bon point de vue,  pour bien voir ce que Dieu nous donne.

Qu’est-ce qui revient à Dieu ? Eh bien : c’est de nous donner.

Il nous donne à nous déjà… On ne sait pas quoi ?

«  Eh bien, cherchez ! Vous allez voir ce qu’il vous donne. »

 « Je ne trouve pas… »

« Eh bien, déplacez-vous un petit peu et vous allez voir ! Hum ?  Bon ! »

Amen


Mercredi 13 mars 2019

Jon 3, 1-10

Ps 50

Luc 11, 29-32

 

Le prophète Jonas est un prophète qui est familier des enfants, la catéchèse, et de tous les temps de pénitence dans l’Eglise.  C’est le seul prophète, qui soit descendu ainsi, dans les profondeurs et c’est le seul qui a eu une parole en direction des païens.

Parole elle-même exhortant à la conversion, avec grande efficacité, même si nous savons que Jonas était quand même un peu timoré.

Sur ce petit passage que nous avons entendu dans l’évangile, il y aurait fort à dire. Nous sommes presque un chapitre après, à un moment où des gens demandent  à Jésus, des signes. Alors, Il n’en donne pas, Il n’en donne pas.  Et puis, tout d’un coup, Il revient sur la question du signe, cette génération demande des signes : «  mais en fait de signe il ne lui sera donné que celui de Jonas. »

Et donc nous sommes invités à lire ce texte avec notre foi en la mort et la résurrection  de Jésus. Et c’est une préparation à vivre la Passion,  pendant la Semaine Sainte. Ce Jonas étant,  la figure même du Christ, qui va être offert, descendre en terre et ressusciter. Et en même temps, Il sera un signe levé  (ça, c’est plutôt chez St Jean que l’on trouve cette affirmation) et qui sera comme une sorte d’étendard,  dressé devant les nations ; on a là, la Croix, l’image de la Croix mais aussi du Christ Glorieux, qui au fond, deviendra signe de la foi et convaincra, tout du moins, aux premières origines de la Foi chrétienne, toutes celles et tous ceux qui n’ont pas connu Jésus. Mais,  ce signe là, sera un signe de salut.

 

Alors pour avancer un petit peu plus dans le mystère de ce qu’on appelle la Rédemption ; il convient de se rappeler de quelques petites choses :

La première c’est : que Jésus, nous l’aimons ; j’imagine, en tous cas,  nous essayons de l’aimer. Nous avons une relation d’amour avec Lui. Inévitablement, il y a une sorte de transfert d’idéal, ce Jésus est au fond pour nous l’Homme, l’Homme parfait, l’Homme nouveau : tout ce que nous aimerions qu’un homme soit, et ce que nous ne sommes pas complètement, nous voudrions  le devenir. 

Il est pour nous Celui qui endosse tout cela. Et, si jamais nous le suivons, de manière libre, libre, librement ; inévitablement à un moment donné, nous allons achopper sur une pierre. C’est que précisément, à partir de cet évangile et pendant tout le temps du Carême, nous découvrons qu’Il ne peut pas être l’Homme parfait puisque à un moment donné Il est l’Homme défiguré. A moins que l’on soit un peu maso, nous avons bien de la peine à adorer comme idéal un homme défiguré.

C’est qu’il est à la fois Celui auprès Duquel  nous sommes très très proches : un disciple,  qui essaie d’être fidèle le plus possible,  et en même temps il y a une infinie distance entre nous.

Cette distance va marquer dès le dimanche des Rameaux. Et nous allons après, l’acclamer Jésus et dire au fond avec nos rameaux combien nous l’aimons.  Mais tout de suite après, nous avons la lecture de la Passion et nous sommes contraints de dire que nous devons Le laisser faire. Nous ne pouvons pas aller avec Lui jusqu’à la Passion.  Ce serait très présomptueux. Déjà,  par nous-mêmes. Ce serait aussi nous mentir.

 

Est-ce que notre humilité, en réalité, irait jusqu’à ce que nous soyons nous-mêmes crucifiés pour sauver le monde ?  Sauver le monde !  Crucifiés à la rigueur, pourquoi pas ? ... encore que… Mais sauver le monde ! ?   Voilà, on  peut là encore, se glorifier de tous les martyrs qui peuplent la tradition de l’Eglise. N’empêche que nous ne l’avons pas été nous-mêmes.  Nous pouvons éventuellement dire : «  Ah… peut-être… j’aimerais bien 

Mais !  Nous ne le sommes pas. L’instant venu, que ferions-nous ? On n’en sait rien.

Alors, je vous propose trois pistes :

 

La première, c’est : si jamais votre chemin croise la souffrance (que ce soit à cause ou pas à cause du Christ),  des contrariétés majeures, un décès dans la famille,  des choses qui nous font souffrir (on ne fait pas semblant). Eh bien, se redire que,  nous pouvons dans notre prière, prier Jésus : Son  Nom, Son Nom : Jésus,  Jésus. Déjà d’une part.

 

D’autre part, ne pas trop tout de suite, se mettre dans les bras du Crucifié, du Souffrant,  mais essayer de regarder et de nous réjouir de la compassion de Dieu (c’est vrai que le Crucifié dit la compassion de Dieu).  Mais ayons déjà bien au cœur de notre vie spirituelle, la compassion de Dieu manifestée toutes les fois où Jésus soigne, relève, guérit,  pardonne.  Avant qu’il soit crucifié les bras ouverts.

Et puis demandons à l’Esprit Saint qu’Il nous donne sa Force.

Car,  si Dieu nous choisit, pour passer par la Croix avec Jésus : c’est Dieu qui nous choisit ! Ce n’est pas nous qui choisissons. C’est Dieu qui nous choisit. On peut vouloir… C’est Dieu qui nous choisit.

Il nous en donne la force.

Ce ne sera jamais au-dessus de nos forces.

Il nous en donnera la force.

 

Amen


Mardi 12 mars 2019

Isaïe 55, 10-11

Ps 33

Matthieu 6, 7-15

 

Alors, quand nous vivons le mercredi des Cendres et que nous entendons l’Evangile avec ses fameux trois phares,  trois piliers, que sont : le jeûne, la prière, l’aumône.  Eh bien, la liturgie nous fait sauter à pieds joints par-dessus un petit passage de l’Evangile (qui est inséré) quand il s’agit de la prière :

Jésus indique à ses disciples comment prier le Notre Père.

Ce qui nous est réservé sept jours plus tard. Ce petit passage que nous avons donc  aujourd’hui  dans  Matthieu.

 

Alors, il y a bien des choses que nous pourrions dire. Nous sommes pendant le temps du Carême et la première lecture n’est pas innocemment choisie : elle est en rapport avec l’Evangile. Alors, nous avons entendu un texte d’Isaïe  (que l’on entend aussi pendant l’Avent) ;  cette parole de Dieu ne revient pas,  comme la pluie. Elle ne revient pas, sans avoir produit son fruit.  Comme la pluie ne revient  pas sous forme d’humidité au ciel, sans avoir fécondé la terre. Sans doute, la prière du Notre Père a sa propre efficacité. Encore faut-il savoir la prier. C’est ce qui nous est proposé.  Alors,  plusieurs choses,  qu’on peut retenir :

 «  Que le règne vienne, que la volonté soit faite sur la terre comme au ciel. » C’est une affirmation qui est propre à Matthieu. Si nous lisons la prière du Notre Père dans les autres  Evangiles, nous ne l’avons pas.

Et puis : « Délivre nous du mal » : c’est aussi une affirmation propre à Matthieu.

Alors quand on la prie, comme ça (de manière apprise par cœur), tout ceci a été  compilé en une seule et même prière.

 

«  Que la volonté soit faite sur la terre  comme au ciel, et  délivre nous  du mal. »  La volonté,  faite, sur la terre comme au ciel ; nous redécouvrons ou nous entendons peut-être ce que Jésus a dit à Gethsémani, dans le lieu de son Agonie : «  Que ce ne soit pas Ma volonté qui soit faite mais la Tienne, Père ».  Jésus qui aurait bien envie d’être délivré…  Délivre-moi de ce qui va m’arriver…

 Mais : «  Non pas Ma volonté,  mais la Tienne. »

Il est bon de se redire que, toute prière, toute véritable prière,  n’est pas parole, en fait.  Elle n’est pas demande, même si c’est beau de demander.  Elle n’est pas action de grâce même si c’est magnifique.

Et l’Eucharistie, est,  action de grâce !

La prière est d’abord silence.  Et elle est la circulation de l’Esprit Saint : du Père au Fils et du Fils au Père.

 

Quand nous prions, quand nous sommes amenés à grandir dans la perfection de notre prière : ça n’est pas nous qui prions : c’est l’Esprit qui prie en nous. Et s’Il doit dire un mot ; et ne serait-ce qu’un seul ; c’est : (c’est St Paul qui nous le dit dans une de ses lettres)   : «  Abba, Père. »

Nos cœurs se tournent vers le Père, par la prière de l’Esprit en nous. Alors bien sûr que nous avons faim, bien sûr que nous avons peur, bien sûr que nous avons des regrets, bien sûr que, il y a des fautes,  en nous ;  ou des fautes chez les autres, que nous leur reprochons.  Bien sûr que,  il y a des motifs de remerciement, bien sûr qu’il y a des joies. Et tout cela dans notre cœur,  cela peut faire partie de notre prière mais d’abord,  et enfin : mais d’abord cette prière, eh bien : un mot du Fils à Son Père.

 

« Si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père,  non plus,  ne pardonnera pas vos fautes » : ça, c’est une petite addition, que fait St Matthieu (que nous n’avons pas dans notre prière du Notre Père).

Une façon de se redire,  que quand nous allons communier  (et bien même avant d’ailleurs,  au moment où je vais préparer l’autel) : tout ce que nous avons comme regrets, fautes, plaintes et autres doléances ; eh bien : laissons-les là.

Afin que nos cœurs soient tout  disposés à vivre l’Amour du Fils qui s’offre à Son Père.

J’ai conscience du caractère un petit peu idéal, de ces mots  du Notre Père ;  mais nous en sommes tous là. Voilà.

 

Amen


Dimanche 10 mars, 1er dimanche du Carême

 

Frères et sœurs, chaque année, le 1er dimanche de carême est consacré à l’écoute de ce récit des tentations de Jésus pendant quarante jours au désert. Il est poussé par l’Esprit Saint ; Saint Luc prend soin d’ajouter qu’en plus d’être poussé par l’Esprit Saint il est rempli d’Esprit Saint. Il vit donc ces trois tentations. Nous allons commencer par nous arrêter sur ces trois tentations.

 

Je vous disais le jour du mercredi des Cendres qu’il y a trois dimensions fondamentales de l’être humain. Ces trois dimensions ne sont pas énoncées comme telles dans la Bible ; les mots que je vais dire sont des mots qui nous sont familiers dans notre culture d’aujourd’hui. Mais les réalités qu’ils désignent sont bien présentes dans la Bible. Ces trois dimensions que je vais vous rappeler, on ne peut absolument pas les enlever de notre vie. Ce n’est pas possible. Ce serait comme si vous enleviez les rouages de votre montre mécanique : elle ne fonctionnerait plus. Nous en avons besoin. Ces trois dimensions sont neutres en elles-mêmes, ni bonnes ni mauvaises, ni vertueuses, ni peccamineuses. Rien de tout cela. Effectivement elles peuvent apporter du bon, effectivement elles peuvent apporter du mauvais. Tout dépend de ce que nous en faisons.

 

Ces trois dimensions : la sensualité, l’émotionnel et le savoir rationnel.

Ces trois dimensions, nous les trouvons dans les trois tentations. Pour bien les retrouver, il faut accueillir ce que nous dit littéralement le texte des tentations de Jésus au désert. Rendez-vous compte que Jésus a été pendant quarante jours privé de nourriture mais également privé de toute relation avec quiconque. Il est absolument seul dans ce désert. Quarante jours et quarante nuits ! Pas de téléphone portable, pas de présence humaine. Il est seul et il a faim.

Première tentation : c’est la faim. A votre avis, si vous vous mettez deux secondes en imagination dans la peau de Jésus, quelle serait la première des trois dimensions de votre vie illustrée par cette tentation ? Vous êtes dans le désert depuis quarante jours et on vous parle de pain. Qu’est-ce qui est sollicité ? le savoir ? l’émotion ? le sensuel ? Le sensuel. Le sensuel, c’est tout ce qui passe par nos sens, cela peut être la faim, comme c’est illustré. Imaginez… l’odeur d’un pain, pas un pain de chez nous, mais un pain comme en avait Jésus dans sa culture. Juste sorti du four… Imaginez ce que cela peut évoquer de sensuel…

 

La deuxième tentation : cela fait quarante jours que vous êtes seul, aucun contact et tout d’un coup on vous promet que vous comptez pour une foule immense. Une foule immense vous attend ! Elle a besoin de vous ! Quelle dimension est-ce que cela sollicite dans votre vie ? Le savoir ou l’émotionnel ? Vous savez les émotions, par exemple joie, peur, enthousiasme… Alors ? Quelle dimension est sollicitée à ce moment-là, si vous vous mettez dans la peau de Jésus en imagination ? L’émotion, oui ! le voilà étourdi, en tout cas peut-être le serions-nous : des gens m’attendent, on compte sur moi ! Imaginez toute la gloire que je peux avoir.

 

Par déduction nous allons trouver la troisième dimension, mais peut-être ne vous apparaît-elle pas très clairement. Jésus est conduit en haut du temple et le démon lui dit : « si tu sautes il ne va rien t’arriver ». Vous allez le dire : c’est le savoir. Mais on commet toujours une erreur par rapport à Jésus : on pense qu’il sait tout. Jésus ne sait pas tout. On pense qu’il savait absolument qu’il allait ressusciter. Non ! Il sait que dans l’Ecriture il est question de ressusciter le troisième jour, mais quand il va vers sa croix, est-il certain qu’il va vivre un passage extrêmement douloureux mais qui va être tellement bref que cela ne lui fait même pas peur ? Eh bien non. Il n’en a aucune certitude. Le démon lui dit : « jette-toi ; tu sais que les anges vont te rattraper de toute façon ! » Il n’en sait rien. Il aimerait bien savoir… Et Jésus refuse. Il y a des certitudes comme cela que nous aimerions bien avoir. Cela vous donne un vrai pouvoir, de posséder un certain nombre de concepts dans la tête où appuyer notre expérience, cela peut nous sécuriser. C’est la troisième tentation. Jésus ne tombe dans aucune des trois. Il ne se laisse pas étourdir par l’émotion, pas plus par le savoir et pas plus par ses sens.

 

Si nous nous mettons dans la peau de Jésus en imagination nous pouvons comprendre, alors, que Jésus ne fait pas semblant d’être tenté. Il est vraiment tenté. Rappelez-vous, quarante jours dans le désert. Ce que Jésus dit au démon pour l’en écarter, là encore, ce n’est pas une formule de la Bible apprise par cœur : « tu me dis… moi j’ai appris… alors je te dis… » Ce n’est pas cela que fait Jésus. Il n’est pas dans une leçon de rhétorique. Au fond, Jésus va crier sa réponse au diable. Car il est vraiment tenté. Ce qu’il dit, c’est une profession de foi. Sa fidélité à son Père.

Au plus profond de la faim, au plus profond de la solitude, et sans doute de la peur, alors que j’aimerais bien être dans le savoir, que je suis étourdi par mes émotions, et peut-être que mes sens me perdent… et bien ce que fait Jésus, c’est une profession de foi. Vivons-là comme telle. Comme si déjà il était au plus profond du tombeau, du tombeau dans lequel il sera déposé le vendredi Saint. Il crie vers son Père. Ces trois extraits bibliques qu’il cite au démon sont un cri du cœur du Fils attaché à son Père.

 

La première lecture, le livre du Deutéronome, cinquième livre de la Bible : il y est question d’un araméen nomade à qui il est dit : « quand tu vas déposer ton offrande à l’autel, souviens-toi que… Et tu prononceras ces paroles : « Mon Père est un araméen nomade. »

Le père en question, c’est Jacob, un des fils d’Isaac. Jacob, il a faim, lui et sa descendance. Ils ont faim dans leur pays. Grande famine, plus rien à manger, comme Jésus. Ils partent en Egypte. L’un de ses enfants Joseph va les accueillir, il y est déjà. Il va y rester, lui et sa descendance sur plusieurs générations. Ils deviennent esclaves en Egypte. Et après, nous l’entendrons à la veillée pascale, va se lever Moïse qui les sortira de cette terre d’esclavage. Et ils vont se retrouver en route vers la Terre Promise, mais entre-temps, vous savez qu’ils vont marcher quarante ans dans le désert.

 

Eh bien, chaque fois que tu as une offrande à déposer devant l’autel, souviens-toi que, par ton baptême, tu as été sauvé de la terre d’Egypte.  De tout ton cœur dépose cette offrande. Ce ne sont pas seulement trois pièces dans une corbeille, c’est tout ton cœur que tu déposes dans cette offrande. C’est une profession de foi que tu fais : J’ai été baptisé et sauvé par Jésus. De même que Jésus a confiance en son Père, au plus profond de son épreuve, de même nous avons confiance dans le Christ qui nous a sauvés. Ce qui nous permet de dire, comme Saint Paul dans sa lettre aux Romains : notre profession de foi, qu’elle soit authentique, sincère, du fond de nos tripes, si je dis que je suis sauvé, c’est parce que vraiment, vraiment, tout mon être l’est et si je fais l’expérience de la faim, si je fais l’expérience de la solitude, je n’ai peur de rien, si je veux bien, car Dieu, mon Père en Jésus, me sauve.

C’est une profession de foi que nous sommes invités à faire aujourd’hui en ce premier dimanche de carême. Le jeûne, le partage et la prière, vécus le plus intensément possible par chacun comme il le peut, est une façon de ne pas être trop esclaves de nos sens, de nos émotions et de notre savoir, et de redire notre fidélité au Christ.

 

Amen. 


Jeudi 7 Mars 2019. : Sainte Anne de Clairvaux

 

Nous sommes entrés dans un temps où nous voulons résolument vivre une conversion, une conversion qui puisse être durable dans notre vie. Nous avons ces trois repères du jeûne, de la prière et du partage.         

Une conversion ça coûte puisqu’il s’agit pour nous d’extirper de notre vie ce qui nous laisse à un stade de médiocrité. Alors, il y a toujours un passage à vivre dans une conversion.  

 

C’est toujours très difficile de parler de la croix car la croix est toujours associée à la souffrance. C’est la raison pour laquelle nous en parlons, d’ailleurs. C’est difficile d’en parler parce que la souffrance ne peut guère se justifier.

Nous sommes invités néanmoins à nous rappeler que le quotidien de nos vies ne peut pas être en permanence chatoiement, bonheur et autres choses somptueuses et délicates, mais le quotidien de nos vies est aussi parsemé de choses plus difficiles. Et il faut l’accepter. Ce n’est pas toujours le problème des autres. Et dans ce temps de renoncement ou de conversion qui nous est donné à vivre, le Seigneur nous invite à nous placer en face de ces croix-là.

 

Ceci étant, et c’est le grand thème de l’Ecriture qui nous est proposée aujourd’hui, le Seigneur nous donne de porter ce qui est portable. Il ne nous donne jamais à porter ce qui est trop lourd. Il ne nous donne jamais ce qui est écrasant et fait mourir mais il nous donne toujours sa grâce, sa force à lui.

C’est cela la bonne nouvelle aujourd’hui : nous avons des croix, il nous appartient d’accepter de les porter, mais Il les porte avec nous, avec sa puissance. Il n’y a aucune croix qui soit pour nous signe d’aplatissement et de mort, mais ce sont des croix qui sont à notre mesure. Ayons cette confiance. Mais il faut la porter !

 

La puissance et la force qu’il veut nous donner, nous la trouvons dans l’Eucharistie également. Cette nourriture est là, sur notre chemin, elle nous donne force et espérance alors que ces croix peuvent nous paraître trop lourdes. Si nous recourrons à la puissance du Christ dans l’Eucharistie c’est que nous reconnaissons que nous portons nos croix et que nous avons besoin de Lui. Si nous avons conscience de cela, nous avons déjà fait les trois quarts du chemin jusqu’à Pâques. Mais il faut les faire ces trois premiers quarts…

Portons nos croix. Nous avons besoin de Lui. Nous trouverons Sa force dans l’Eucharistie.

 

Amen.


Homélie de Mgr Marc Stinger 3 mars 2019

 

St Martin d’Arconville  -  consécration du nouvel autel 

 

Introduction

La consécration de l’autel de l’église paroissiale est toujours un grand moment pour une communauté. L’autel est le signe du rassemblement autour du Christ. Même si beaucoup de choses nous séparent les uns des autres, il est une invitation à nous unir pour célébrer ensemble l’Eucharistie. C’est ce que nous allons faire ce matin autour de ce nouvel autel. Reconnaissons au début de cette Eucharistie tout ce qui peut nous séparer et laissons-nous réunir par la miséricorde du Père.

 

Homélie    Lc 6, 39-45

Chers amis,

Une des raisons de nous retrouver dans l’église dimanche après dimanche est, sans aucun doute, la joie de rencontrer des proches avec qui nous partageons la foi. Nous sommes en effet plongés dans un monde où croire est chose fort singulière. Aussi nous goûtons comme une joie chaque dimanche la chance qui nous est donnée de nous retrouver dans la foi et de renouveler nos raisons de vivre, et cet autel qui va être consacré et qui représente le Christ est le cœur de notre venir ensemble avec nos amis, qui nous aide à avancer dans l’épreuve et le combat de la vie.

Il y a incontestablement de la joie à être ensemble. Mais ce serait de la naïveté d’ignorer qu’il y a entre nous d’importantes différences et que notre vie communautaire peut connaître des tensions et même des conflits. St Luc nous dit que ce n’est pas d’aujourd’hui. Dans la première communauté chrétienne, il y a eu des difficultés. L’Evangile y fait allusion et invite à réguler les relations entre frères : « Ne regarde pas la paille qui est dans l’œil de ton frère ; regarde plutôt la poutre qui est dans le tien ». Cette exigence qui est un commandement du Christ s’adresse à nous aussi et nous invite à regarder de plus près notre vie personnelle et communautaire.

Cette parole est d’abord une exigence personnelle pour nous. Elle nous appelle à ne pas accabler de reproches ou de leçons de morale nos frères et sœurs. Elle s’adresse aussi à la communauté chrétienne dont nous faisons partie : ne pas dénoncer et ne pas donner de leçons, donc ne pas exclure. C’est difficile à vivre : celui qui a une poutre dans l’œil est aveugle et ne voit plus rien. Il est alors comme un aveugle qui veut guider d’autres aveugles. Le résultat, dit l’Evangile, c’est qu’ils vont tomber tous les deux dans le trou.

Il y a un deuxième aspect dans cette parole de Jésus. Elle nous demande de commencer par ce que l’on appelle aujourd’hui un travail sur soi : enlever ce qui nous empêche de voir clair. Nous débarrasser de tous les rêves et les fantasmes, toutes les idées toute faites qu’il y a dans notre tête et qui nous empêchent de voir la réalité. Pour vivre en amitié ou en fraternité, il faut accueillir l’autre : ne pas projeter sur ce qu’il dit nos propres opinions, mais l’écouter et ensuite prendre le temps de la réflexion en tenant à distance nos impatiences et nos colères. La parole qui naît alors est une parole qui construit et ne détruit pas. Cela veut dire ne pas s’emballer et regarder au-delà de ce que nous voyons de négatif ce que Jésus nous révèle de positif.

C’est vrai aussi pour la communauté chrétienne. Aujourd’hui surtout, en raison de tous les évènements que nous connaissons chez certains la parole de l’Eglise n’est plus reçue. D’une manière générale d’ailleurs, beaucoup considèrent que le discours de l’Eglise est irrecevable, surtout en matière de morale. Ils peuvent reconnaître que l’Eglise est soucieuse de promouvoir la solidarité et l’attention au petit, mais ils sont choqués lorsqu’ils voient le ton sur lequel l’Eglise moralise, dénonce ou condamne. L’annonce de l’Evangile suppose un autre ton, celui que Jésus nous demande aujourd’hui.

Pour comprendre la valeur de ce que Jésus nous demande dans cet Evangile, nous pouvons penser un instant au chemin qui a été celui de notre accès à la foi ou son approfondissement. J’ai rencontré les catéchumènes qui vont être baptisés à Pâques l’autre samedi. Ils me l’ont raconté. J’en ai été très ému.

Qui de nous ne sait pas que les personnes qui nous ont le plus marqués quand nous avions besoin d’une parole de vérité, ce n’est pas nécessairement les gens les plus riches, les plus savants, les plus heureux, mais des personnes qui savent ce que c’est l’épreuve et la difficulté et qui ont appris à vivre une bonté qui n’accuse pas. C’est tellement facile de juger, de dénoncer, d’accuser. Jésus nous invite à un autre regard. Jamais un bon arbre ne donne de mauvais fruits. On ne cueille pas des figues sur les épines, on ne vendange pas non plus du raisin sur les ronces. Il vaut mieux donc chercher le raisin plutôt que de s’arrêter aux ronces.

La parole adressée à autrui par celui qui se croit parfait est souvent blessante. Elle n’aide donc pas à faire grandir l’autre. Comme un buisson d’épines ou un massif de ronces déchirent la fragilité de la peau, notre parole ne doit pas déchirer la délicatesse de l’âme qui s’ouvre à la lumière. Notre parole n’est juste que si elle vient de la bonté du cœur.

La bonté du cœur est souvent acquise au prix de la souffrance. Celui qui a souffert a appris à connaître ses limites et il ne se sent pas, comme on dit, de faire la leçon aux autres. Il s’est libéré de toute arrogance. Ce qu’il sait, il le dit avec humilité et sans la dureté qu’on voit sur le visage des inquisiteurs ou des moralistes. Celui qui a cheminé dans l’aridité des jours et les difficultés de la fidélité, celui-là peut montrer la route de l’amour de Dieu qui ne se dérobe jamais.

Pensons à ceux qui nous ont aidés et nous aident à naître, à grandir, à mûrir. Par leur humilité ils sont une image de Celui qui se donne à nous, Dieu lui-même dans son humanité. Jésus nous le dit dans ce passage d’Evangile. Ceux-là nous ont rapprochés du Christ, nous ont aidés à devenir des enfants de Dieu. Ils sont vraiment des manifestations de la présence de Dieu dans notre vie. Les catéchumènes ou encore les jeunes dans leur lettre de demande de la confirmation perçoivent bien qui sont ces personnes qui par leur manière d’être leur ont permis de découvrir le Christ.

Au fond si nous pouvons être heureux de nous retrouver dans la même célébration et dans le partage de la même foi par-delà nos différences et nos oppositions, c’est parce que en nous il y a l’Esprit Saint qui fait de nous des êtres au cœur rempli de bonté, à l’image de Dieu. Dieu n’est pas venu à nous comme un maître tout puissant, comme un juge souverain qui décrète et qui condamne, il est venu à nous dans l’humanité toute simple d’un petit enfant, d’un homme disponible à tous, accueillant à tous, attentif à tous, à l’écoute de tous, Jésus son Fils. Il vient aujourd’hui dans notre communauté par le même chemin d’amitié, d’écoute, d’accueil et de partage. Cet autel que nous allons consacrer en est le symbole et le signe. C’est la raison pour laquelle je préfère un autel simple à un grand monument. Qu’il soit pour nous un appel, une invitation à être sur le même chemin dans nos relations les uns avec les autres.

 

+Marc STENGER

 

Evêque de Troyes


Vendredi 1er Mars : messe votive au Saint Esprit

Si 6, 5-17 : L’amitié

Ps 118

Mc 10, 1-12 : Question sur le divorce.

 

Ce dernier petit verset : ‘si une femme qui a renvoyé son mari en  épouse un autre, elle devient adultère’, c’est la preuve, pour les exégètes, que saint Marc s’adressait à un public qui ignorait la loi juive, qui était plutôt habitué à la loi romaine puisque dans la loi juive, il n’est pas possible qu’une femme renvoie son mari pour en épouser un autre. Il n’y a que le mari qui peut renvoyer sa femme. Matthieu n’en parle pas, il connaît davantage la loi juive ; il s’adresse à des auditeurs qui sont habitués à la loi juive.

 

Ceci étant, ce passage de l’Ecriture nous rappelle que de toutes les façons (ça fait partie de notre foi, de notre confession de foi), nous avons perdu l’image et la ressemblance d’avec Dieu, celle des origines, celle du jardin chatoyant d’Eden : à l’image et à la ressemblance ils ont été créés.

Nous avons perdu cette ressemblance, il nous reste (Dieu soit loué) encore l’image et nous confessons que le Christ la restaure, cette ressemblance perdue. Ce qui nous manque, nous l’obtenons avec Jésus ; c’est le sens de notre foi chrétienne, c’est le sens de nos assemblées quand nous venons communier à la table eucharistique.  Cette nourriture qui nous est offerte par la mort et la résurrection de Jésus, c’est pour dire : nous avons conscience d’une perte et en même temps, nous savons que Jésus nous restaure (et dans les deux sens du terme : il nous alimente et il nous rétablit).

 

Dans ce texte, cette union perdue est manifestée de deux manières : la première, c’est la répudiation mais la deuxième c’est la loi de Moïse. Normalement, il n’y aurait pas besoin de loi de Moïse : l’union de l’homme et de la femme perdurerait et il n’y aurait pas besoin de se poser de questions (si on peut répudier ou ne pas répudier). Mais c’est valable aussi pour toutes sortes d’union en nous-mêmes et entre nous. Il y a des infidélités (que l’on appelle le péché) à nous-mêmes et vis-à-vis d’autrui qui sont la marque de cette perte.

 

Si je propose que nous célébrions (et ça n’est pas la première fois) une messe en l’honneur de l’Esprit Saint, c’est que l’acteur de nos eucharisties, Celui qui permet que ce pain et ce vin deviennent Corps et Sang, Celui qui nous relève de la terre et de la cendre dans lesquelles nous gisons (et mercredi prochain, nous dirons que nous gisons dans la cendre), Celui qui nous relève de ça, qui vient faire sa demeure en nous et qui nous élève à une dignité de prêtre, de prophète, de roi, d’ange de Dieu, d’apôtre même, c’est l’Esprit Saint.

C’est Lui qui vient faire de nos ossements desséchés, un corps vivant. C’est Lui qui, après la disparition de Jésus, monté au Ciel, vient raffermir et donner confiance à ses disciples. C’est cet Opérateur qui rend possible dans nos vies, ce raccord que Jésus opère par sa mort et sa résurrection ; ce raccord avec ce qui est perdu. En tout cas, c’est l’Esprit Saint qui nous restaure.

 

Dans cette eucharistie, réclamons ou rappelons-nous qu’il est bon de réclamer, chaque jour, l’Esprit Saint avec l’intention de le recevoir.

 

Nous savons que dans notre foi, nous pouvons confesser l’Amour, la charité ;

nous savons que dans notre foi, nous pouvons toujours circuler entre la contemplation et l’action ;

nous savons que dans notre foi, il y a une tension permanente vers Dieu ;

nous savons que dans notre foi, il est bon de confesser l’amour du Seigneur pour nous et donc de reconnaître notre péché ; tout cela est important.

 

Le faire, ça permet à l’Esprit Saint de venir en nous et en même temps, si nous le faisons c’est que c’est l’Esprit Saint qui le permet (voyez un peu ce cercle vertueux). Reconnaissons cette action de l’Esprit et demandons que cet Esprit, toujours, opère en nous.

 

Amen.


Jeudi 28 Février 

Si 5, 1-8 : Richesse et présomption.

Ps 1

Mc 9, 41-50 : Charité envers les disciples. Le scandale.

 

Il y a une histoire qui vient de l’époque de nos pères, une vieille histoire que je vais vous raconter : c’est l’histoire d’un homme très, très saint et il avait en face de lui de très jolies jeunes filles, très belles (remarquez, on peut inverser : c’est l’histoire d’une femme très sainte qui avait en face d’elle de très, très beaux jeunes gens ; vous adaptez).

 

Je reviens à la version de l’homme saint. Cet homme très saint, était tellement saint qu’il arrivait à parler en tête à tête avec les démons (car ces jeunes filles, voyez-vous, avaient des démons en elles).

 

Ce jeune homme saint demande aux démons : ‘qu’est-ce qui est le plus important chez les chrétiens ?’

Les démons répondent : ‘il y a trois choses importantes chez les chrétiens et qui nous font faire frémir, nous, les démons.

La première chose, c’est ce qu’ils portent autour du cou (pas la meule !).

La deuxième chose qui est le plus important, c’est cette eau qui ‘nous lave’, dans leurs églises.

La troisième chose, c’est cette nourriture qu’ils prennent dans leurs assemblées.’

 

Alors, le jeune homme très saint, dit aux démons : ‘Fort bien ! Et de ces trois choses, laquelle est la plus importante ?’‘

Oulala, celle qui nous fait fuir assurément, c’est la troisième : cette nourriture qu’ils prennent dans leurs assemblées’. ‘Très bien’.

 

Vous voyez, il y a trois choses importantes : la Croix, le baptême et l’eucharistie et c’est sans doute cette eucharistie qui nous donne du sel, qui nous évite d’utiliser nos mains, nos pieds, nos yeux et nos bouches, qui risquent de nous rendre manchots estropiés, borgnes ou muets.

Cette nourriture nous donne la Paix.

 

Amen.


Mercredi 27 Février 

Si 4, 11-19 : la Sagesse éducatrice.

Ps 118

Mc 9, 38-40 : Usage du nom de Jésus.

 

Cette préoccupation de ce disciple Jean, dit bien la préoccupation du groupe des Apôtres, en présence de Jésus et aussi de l’Eglise, aux origines de son histoire et jusqu’à aujourd’hui ; c’est-à-dire : comment faire avec ceux qui ne sont pas du dedans, ne sont pas avec nous ?

 

Il y a ceux qui ne sont pas avec nous et qui nous font du mal, (semble-t-il, de manière objective) et il y a ceux qui ne sont pas avec nous mais qui ont aussi une vraie fécondité, une vraie lumière en eux. Cela pose des tas de questions d’œcuménisme, pour ceux qui se réclament du Christ ; de l’inter-religieux, pour ceux qui se réclament d’un ‘Dieu un’ et puis, dans un débat assez contemporain, la question du lien entre l’humanisme, l’athéisme et les baptisés, la vie religieuse.

 

Ceci étant, je vous propose de prendre cet Évangile un petit peu autrement et de nous demander : qu’est-ce qui unit notre cœur ?

Il y a bien des aspects de notre vie qui unissent notre cœur et le contraire aussi, qui le divisent mais nous croyons que l’eucharistie, par excellence, unit notre cœur, (si toutefois nous le voulons) : Jésus qui est le Pain de vie, Jésus qui est Source : ‘celui qui mange mon corps et boit mon sang a la vie éternelle’ en lui ; c’est l’assomption d’un désir, (l’eucharistie) : le sien pour nous et le nôtre, pour lui. À partir du moment où c’est l’assomption d’un désir et la rencontre de deux désirs, c’est forcément un lieu d’unité et d’unification : de Dieu, de nous-mêmes et du Corps (du Corps du Christ) et de notre corps.

 

Saint Paul, dans une de ses lettres (aux Romains), fustige ceux qui vont à l’eucharistie (ou tout du moins, communient au Corps et au Sang) sans discerner le Corps ; celles et ceux qui chosifient l’eucharistie ou la pratiquent de manière tout à fait machinale et oublient que c’est le lieu d’une assomption d’un désir, d’une rencontre, d’une union. Ceux-là, dit-il (saint Paul) vont à leur perte, dès aujourd’hui.

 

Il n’y a, dans notre foi, que ce lieu-là qui, par excellence, est un lieu d’unification et c’est en même temps une figure des réalités à venir ; c’est-à-dire que nous recevons dans le Corps et dans le Sang (dans le pain et dans le vin), le corps et le sang de Jésus qui sont vraiment corps et sang.Il y a du divin, de la vie, dans ces espèces-là et en même temps, c’est ce que ça sera pour nous-mêmes à l’avenir ; mais ça l’est, dès aujourd’hui.

 

Ce désir-là, tant qu’il est désir, nous met en mouvement. Celui qui ne se met pas en mouvement et qui ne cherche pas à recevoir cette vie-là, dans le Corps et le Sang, est quelqu’un qui est extrêmement dispersé.

 

Dans cet Évangile, on peut se demander d’ailleurs, qui de Jean ou de cet homme anonyme, est le plus divisé ?

Puisque cet homme fait des miracles au nom de Jésus, peut-être qu’il ne l’est pas divisé, du tout et qu’il est en profonde communion avec Lui. Et puisque Jean est profondément préoccupé par la présence de cet homme, (il se gratte un petit peu partout pour savoir si sa place est la bienvenue), peut-être que c’est Jean qui est en train de se perdre.

 

Il n’y a qu’une seule chose qui compte, (si nous le voulons bien) c’est la façon dont nous laissons monter en nous, le désir de l’union avec Dieu et l’eucharistie est un lieu absolument extraordinaire pour la vivre aujourd’hui et la vivre demain.

 

Amen.


Mardi 26 Février

Si 2, 1-11 : La crainte de Dieu dans l’épreuve.

Ps 36

Mc 9,30-37 : Deuxième annonce de la Passion. Qui est le plus grand ?

 

Nous sommes à la deuxième annonce de la Passion (on en compte 3) et dans cette annonce de la Passion, Jésus est seul avec ses disciples ; il était jusqu’à lors, avec d’autres gens.

Il est dans l’intimité du cercle des disciples.

 

Jésus est tout à fait conscient de sa Passion, à cet  instant-là : Il n’en parle pas comme d’un évènement probable et en parlant d’un autre ; Il parle de Lui.Il est brûlé (et Il sera brûlé) par l’Amour de Dieu, et d’ailleurs, Il est ce feu- là, Lui-même ; en contraste : les disciples qui paraissent complètement froids, secs et en dehors de la scène (nous l’avons vu), se posent des questions de préséance.

 

Alors, c’est une façon pour nous, de nous redire que si le feu de l’Amour de Dieu ne fait pas partie, dans la puissance de l’Esprit, de notre âme, il est probable que tout ce que Jésus vit et va vivre soit difficile à suivre, à entendre à  accepter fasse peur et rebute, que ce ne soit pas un chemin d’amour mais un tel anéantissement, qu’il n’est déjà, d’une part, pas humain et ne dit rien de l’Amour du Père.

 

Si l’Esprit anime notre cœur et si nous percevons la puissance ardente de l’Amour,  à travers le geste du Fils, alors il se peut que tout ceci nous attire, au contraire, nous brûle à notre tour, soit contagieux.

 

Nous pouvons demander au Seigneur qu’il nous fasse la grâce d’avoir cette perception-là, de nous laisser brûler par l’Amour ; sans quoi, nous risquons d’être bien préoccupés par des affaires de préséance.  Cela risque d’être très ennuyeux pour nous et surtout produire beaucoup de violence.

 

Que le Seigneur nous permette donc, de percevoir cet  Amour-là, qu’Il nous fasse grandir dans l’humilité, dans la patience et dans la confiance.

 

Amen


Dimanche 24 Février 2019

1 S 26,2. 7-9. 12-13. 22-23 : David épargne Saül.

Ps 22

1 Co 15, 45-49 : Le mode de la résurrection.

Luc 6, 27-38 : L’amour des ennemis. Miséricorde et bienfaisance.

 

Frères et sœurs, commençons par la 1ère lecture : c’est un tout petit extrait du livre de Samuel.

Nous sommes à l’époque de l’histoire d’Israël où le royaume n’était pas encore divisé en deux morceaux et où il n’y avait qu’un seul roi.

Et à cette époque, c’était le premier de tous les rois : Saül.

 

Saül, à un moment donné de sa royauté, s’est mis un peu à avoir dans la tête beaucoup de monde (cela commençait à être un tout petit peu compliqué dans sa tête).

 Il s’est mis à imaginer qu’il avait des rivaux ; vous me direz, pour un roi, cela n’est pas très original.

Mais, il était plein d’obsessions pour un de ceux-là, qui s’appelait David, (qui était le meilleur ami de son fiston, d’ailleurs) et qui, jusqu’à lors, ne lui avait fait aucun mal. Il l’avait même aidé à se sauver.

 

Ces deux personnages (Saül, roi, David qui ne l’était pas ; Saül qui  imaginait que David voulait lui prendre sa place et qui pourchassait David, David qui n’avait absolument pas l’intention de faire de mal à Saül), ces deux personnages se retrouvent ensemble dans une espèce de grotte, dans la montagne. Saül dort, Saül et les siens dorment. David est réveillé, il est debout à côté de Saül allongé  (ça, c’est ce qu’on a lu) et il y a une sorte de chef de guerre, (en tous cas, de bras droit de David), qui est avec lui ; tous les deux sont réveillés.

Imaginez bien la scène, c’est important : Saül et les siens dorment, (du coup désarmés, puisqu’ils dorment)  et nous avons David. Saül, en fait, est là dans cette grotte parce qu’il était en campagne pour capturer David et David est là, à côté, il le voit encore allongé. Il sait que Saül veut le prendre, parce que Saül est obsédé (obsédé du mal que David pourrait lui faire mais qui n’en a pas l’intention).

Que se passe-t-il en cet instant ?

 

L’histoire que nous avons lue : l’espèce de bras droit de David, le fameux Abishaï, lui dit : « mais,  vas-y ! »

« Vas-y quoi ? »

« Eh bien, tue le ! Il te pourchasse ! »

Imaginez David,  lance à la main, le corps de Saül, allongé…

Eh bien David ne le tue pas !

 

L’histoire se poursuit : David s’en va.

Imaginez une espèce de vallée où les deux versants de deux montagnes sont assez rapprochés.

Imaginez que David est de l’autre côté de la vallée et Saül se réveille et va lui aussi, en dehors de la grotte. Et il prend conscience que David n’était pas loin de lui et David crie d’un côté de la vallée vers Saül : « eh bien tu vois, je ne t’ai pas tué ». 

C’est ça l’histoire.

 

Alors, ce qui nous  permet  d’arriver à cet Evangile.

Nous avons lu, le week-end dernier, les Béatitudes chez st Luc, continuons. Comme pour st Matthieu, les Béatitudes se poursuivent par la proclamation de ce que nous appelons : la règle d’or. La règle d’or formulée dans la bouche de Jésus, se lit ainsi :  ‘Fais pour autrui ce que tu voudrais qu’autrui fasse pour toi’. Plus encore :

‘Tout ce que tu voudrais qu’autrui  fasse pour toi, fais-le pour lui’. Ça c’est la règle d’or dans la bouche de Jésus. On la connaît, on l’a déjà entendue au caté.

 

La règle d’or n’est pas très originale, il y en a une dans l’Ancien Testament, vous la connaissez,  aussi ; elle est très négative : ‘tout ce qu’autrui t’a fait, fais-le pour lui’ ; ‘œil pour œil, dent pour dent’.  Une autre règle d’or circulait en cette époque, plus positive : ‘Ne fais pas à autrui ce que tu ne veux pas qu’autrui fasse pour toi’. Mais dans la bouche de Jésus, nous sommes un cran au-dessus.

Vous pourrez en parler au moment de l’apéro, quand vous serez à table tout à l’heure et voir combien nous sommes à un cran supérieur. Ce n’est pas : ‘ne fais pas à autrui ce que tu ne veux pas qu’autrui te fasse’ ; c’est : ‘tout ce que tu voudrais que l’on te fasse à toi, fais-le pour l’autre’.

C’est ça la règle d’or.

 

Alors généralement, nous les chrétiens, quand on entend ça, soit on baisse les yeux parce que on se sent jugé et démasqué ; soit on lève les yeux,  parce qu’on s’en fout, on s’ennuie, on a l’impression que c’est une phrase tellement galvaudée,  qu’elle ne nous dit plus rien.

‘Tout ce que vous voudriez que l’on fasse pour vous, faites-le pour autrui !’

 

Alors, soit on baisse les yeux, soit on a les yeux levés au ciel.

 

Je vous propose d’abord,  de repérer la puissance de cette phrase et de tout ce qui précède et suit.

 

La première chose, c’est que Jésus est entrain de dire : il y a quelque part dans nos têtes (un petit peu comme dans celle de Saül),  il y a quelque part un peu du monde,  dans nos têtes.

Et dans ce monde qu’il y a dans nos têtes, il y a un œil. On croit qu’il y a un œil qui peut nous juger mais aussi un œil duquel nous attendons de la reconnaissance et il se peut que cela influence notre manière d’être avec les autres : soit que nous avons peur que les autres nous jugent, soit que nous cherchons des autres, leur reconnaissance. Et il se peut que ça soit avec les autres comme c’est avec Dieu, dans notre imaginaire.

 

Donc Jésus commence déjà par dénoncer cela : ‘Attention, s’il y a dans vos têtes comme un œil qui vous juge ou un œil, duquel vous attendez toute la reconnaissance dont vous avez besoin ; eh bien, vous vous trompez ! Voilà.

 

La deuxième chose : Jésus est en train de nous dire : il y a en nous comme un vieil Adam qui sommeille, (ça c’est ce que nous dit Paul dans sa lettre aux Corinthiens ; Claudette a très bien lu tout à l’heure) ; il y a comme un vieil Adam, un premier homme tout terreux, tout argileux. Vous savez, c’est un peu comme une mare aux canards dans laquelle on patauge : c’est glauque, on ne s’en sort pas. Et dedans,  (ce vieil homme qui sommeille en nous), nous rend complices, suscite des complicités en nous, avec le mal : au lieu de nous élever vers ce qui est beau et lumineux ; nous pataugeons dans : ‘il m’a fait ceci ; elle m’a fait cela’.

Vous savez, c’est le petit vélo intérieur qui nous empêche de dormir, la nuit et il a envie d’en découdre avec tout ce qui, en moi, me blesse. Eh bien (cela existe on ne peut pas faire comme si cela n’existait pas !), mais Jésus le dénonce : ‘attention, cela existe, n’en soyez pas complices ! Mettez-le à distance ! Sinon, on ne s’en sort pas.

On finit par couper les têtes et les bras de toutes les personnes que nous considérons être des ennemis. Mais une fois qu’il n’y aura plus qu’une seule sur terre ; je vais finir par être l’ennemi de moi-même ! Ce qui est encore plus dangereux.

Voilà la deuxième chose que Jésus dénonce.

 

Mais la troisième chose, (permettez-moi d’en arriver là et après, de conclure avec cela) : c’est que Jésus commence son grand enseignement à la suite des Béatitudes,  en disant : ‘Je vous le dit à vous qui m’écoutez’. On a commencé le temps ordinaire en janvier, en se disant : ‘au fond, tout ce que nous recevons de l’Evangile, jour après jour, dimanche après dimanche est une aventure d’écoute ! Apprendre à écouter ! Et là, l’Evangile que nous apprenons à écouter : ‘et vous qui m’écoutez : mûrissez, grandissez, quittez le vieil Adam, pour tendre vers la perfection de Dieu !

Cessez de baisser la tête comme si vous étiez jugés, cessez de regarder le ciel comme si vous vous ennuyiez ; mais plutôt, cherchez à avancer, à grandir. Ma Parole veut vous faire découvrir la profonde miséricorde de Dieu.’

 

Alors, passons aux exercices pratiques.

Dans quelques semaines, (très, très bientôt), nous entendrons un Evangile ; ce sera un mercredi, (ce sera le lendemain du mardi gras), le mercredi des Cendres. C’est très bientôt, cela approche.

Dans cet Evangile, nous entendrons : ‘Enferme-toi dans ta chambre’.

 

Alors l’exercice pratique,  c’est : Je vous invite, à un moment donné, dans les jours qui viennent, (pas trop tard, parce que nous allons oublier), de nous enfermer dans notre chambre en éteignant les portables, la radio      la télé.  On fait silence.

Et de commencer à prier.

Et dans cette prière, de proscrire absolument (c’est le but de l’exercice pratique) proscrire absolument, toutes les généralités que le Seigneur connaît par cœur : untel  m’a fait du mal, Seigneur, fais tomber le feu du ciel sur tel autre que je ne peux pas voir en face et toutes les blessures que j’accumule depuis mon enfance, qui me font souffrir ; Seigneur, j’aimerais tant que par miracle, elles disparaissent…etc…etc…  

Ces généralités, Il les connaît,  (mais on peut les lui dire), mais le propos,  c’est d’avancer et donc, dans cette prière, (ce que je vous suggère), c’est de mettre des prénoms sur toutes les personnes qui vous font souffrir : Françoise, Pierre, Eric,

Anne ; mettre des noms sur ces personnes et vous mettez de côté les qualificatifs (les noms d’oiseau, tout ça),  vous ne les citez pas dans la prière. Vous mettez les prénoms de ces personnes  et vous dîtes : ‘Seigneur, moi je te les offre, voilà,  je te les offre Seigneur, ces personnes’. Et il sait très bien pourquoi vous les Lui offrez, ce n’est pas la peine de lui en faire un descriptif.  ‘Je te les offre. Après tout, c’est Toi qui aimes de manière parfaite, alors aime-les’.

C’est ça l’exercice pratique.

 

Si vous trouvez que c’est difficile (parce que moi, j’ai essayé et en fait, j’ai trouvé cela très difficile, pour tout vous dire et ma liste est longue) alors n’oubliez pas de me citer dans votre liste (ceci étant), la liste est longue.

 

Alors vous pouvez invoquer l’Esprit Saint. Sortez le joker du Saint Esprit !‘Esprit Saint, aide-moi à prier et à t’offrir à Toi, qui aimes mieux que tous, toutes ces personnes.Après tout, ce sont tes enfants comme je suis ton enfant’.

 

Amen


Vendredi 22 Février : Chaire de St Pierre

1 P 5, 1-4 : Avertissements aux anciens.

Ps 22

Mt 16, 13-19 : Profession de foi et primauté de Pierre.

 

Alors plusieurs petites choses, si vous êtes des lecteurs quotidiens de vos missels ; vous avez peut-être remarqué assez facilement que le texte d’aujourd’hui, c’était le texte d’hier, mais quand même, pas complètement puisque le texte d’hier était chez St Marc ; aujourd’hui c’est chez St Matthieu et la différence est quand même de taille puisque seul Matthieu (les évangélistes Luc, Marc et Matthieu se souviennent de ce dialogue entre Jésus, à Césarée de Philippe, et ses disciples) mais si la liturgie en cette fête de la Chaire de St Pierre nous propose Matthieu, c’est parce que seul, Matthieu apporte dans son souvenir, un détail majeur dont ni Marc ni Luc ne se sont souvenus.

C’est le fameux nom ;  le jeu de mots que Jésus donne à Pierre.

Pierre s’appelle Simon  (on l’a tous appris au caté : Simon, Simon-Pierre).

Mais il lui donne un autre nom, Jésus : Pierre.

C’est un nom qui n’existait ni en grec, ni en latin, donc ce n’est pas du tout un prénom qu’il a sorti du calendrier des PTT, Jésus, pour baptiser à nouveau Simon.

Il forge un nom qui devient un nom propre tout neuf, à partir d’un jeu de mots et ce jeu de mot, c’est : ‘sur toi, je vais fonder mon Eglise’ donc, une pierre et du coup ce sera ton nom !

Et ça, c’est possible uniquement avec  l’araméen et seul, Matthieu  s’en souvient !

 

Eh bien, il se trouve que cela marche aussi en français, d’ailleurs, mais ils ne parlaient pas le français.

Mais ce n’était pas un nom propre parce que je ne sais pas si vous avez fait attention à ce détail : ‘Pierre, tu es pierre et sur cette pierre, je bâtirai mon Eglise’. Alors cela marche bien en français, cela marche surtout en araméen et c’était une invention de Jésus dont s’est souvenu Matthieu.

 

C’est le premier détail, le détail est quand même majeur parce qu’en fait chez Matthieu le souvenir est clair : c’est le pêcheur de Galilée qui est devenu la pierre de fondation.

C’est la première chose.

 

La deuxième chose dont seulement Matthieu s’est souvenu (et ni Luc, ni Marc), c’est à la question que pose Jésus : ‘Et pour vous qui suis-je ?  etc …ils répondent et Pierre dit : ‘Tu es le Messie’, (Simon dit : ‘Tu es le Messie’).

Cela tous les trois s’en souviennent, tous les trois mais Matthieu se souvient d’un détail majeur supplémentaire : ‘Le Fils de Dieu !’

 

Ça, c’est la foi des chrétiens : ‘Le Fils de Dieu !’

Ce qui permet à Jésus de rajouter (seulement chez Matthieu) : ‘ça n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux’.

Là, cela fait écho avec un autre évènement dans l’Evangile : c’est quand les disciples, (les soixante-douze reviennent de mission, ils racontent ce qu’ils ont fait ; ils sont contents etc…) et Jésus dit : ‘j’ai vu satan tomber du Ciel etc…’ et puis il se met à exulter sous l’action de l’Esprit Saint et il dit : ‘bienheureux les petits à qui le Père a révélé cela ; ce n’est pas aux sages et aux savants ; c’est seulement aux tout petits’ et à tous ceux à qui le Père veut le révéler ;  et donc, ce Simon fait partie  de ces petits-là.

Ce n’est pas le seul petit mais c’est à un de ces petits et c’est à un petit que Jésus confie la charge de la succession !

 

Donc en fait, c’est à un pêcheur de Galilée (on pourrait accentuer le jeu de mots : c’est à un pêcheur de poissons mais c’est un pécheur de péchés) puisque à bien des endroits dans l’Evangile, c’est l’un des seuls disciples devenu apôtre, dont les quatre évangiles racontent combien à de nombreuses fois, il se vautre dans sa présomption.

 

Alors, c’était ma prédication d’hier : le cœur présomptueux de Pierre. 

Alors ça allait bien avec le cadre de cette rencontre à Césarée de Philippe, mais il y a d’autres exemples, super célèbres, que nous connaissons par exemple, au caté : Pierre qui marche sur les eaux et qui se met à regarder le vent, et paf il tombe ; ‘sauve moi, au secours’…

et puis il y a ce fameux reniement par trois fois.

 

Donc, ce fameux Simon-Pierre, il est tout sauf un héros, c’est un anti-héros ! Et c’est important pour nous de le retenir parce que le pouvoir que Jésus communique à Pierre et à ses successeurs n’est pas un pouvoir de surhomme ;  ce n’est une grâce surhumaine que Pierre avait et que du coup, ses successeurs doivent avoir.

‘Ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela mais mon Père qui est aux cieux’ : c’est une pure grâce ; dans  une chair absolument, la plus simple et petite qui soit. Il n’avait pas de charisme extraordinaire Pierre.

C’est la première chose.

 

La deuxième chose, c’est : quelle est la charge de Pierre et ses successeurs ?

D’affermir la foi de ses frères ; affermir la foi, faire l’unité et présider à la charité.

 

Ça, c’est vrai pour le pape aujourd’hui et pour tous ceux qui lui succéderont.

Donc, ce n’est pas un grand prophète, Pierre. J’ose une comparaison mais prenez-la pour ce qu’elle est cette comparaison, juste pour dire que ‘ça n’est pas ça’ : Pierre n’est pas, comme dans d’autres religions, celui qui est nimbé d’un pouvoir surnaturel (comme peut l’être par exemple Mahomet pour les musulmans).

Pas du tout.  

Pierre reste un humain et il l’est jusqu’au bout.  Et il n’est pas celui qui fonde l’Eglise, ce n’est pas lui qui la fonde.

 

Il est celui qui va présider à la charité de ses frères, celui qui transmet, quoi ? 

Sa foi et non pas son pouvoir ; sa foi, c’est cela qui fait son autorité : c’est sa foi !

Et puis, il doit affermir la foi de ses frères, l’affermir ! 

Affermir la foi

 

Puis la troisième chose, j’ai eu l’occasion de vous en parler lorsque nous avons fêté Cyrille et Méthode, (c’était la semaine dernière).

Très, très tôt, très, très tôt, avant la paix constantinienne au 4è siècle, déjà le successeur de Pierre (Pierre était mort depuis déjà trois siècles), il y avait déjà des successeurs à Rome.

Vous savez : le pape c’est l’évêque de Rome ; il y a l’évêque de Troyes, l’évêque de Rome, l’évêque de Langres, des évêques partout.

Le pape c’est l’évêque de Rome mais très tôt, dès avant le 4è siècle, à l’intérieur du corps des évêques de l’époque, c’était l’évêque de Rome qui avait déjà une prééminence ; mais c’était une reconnaissance pour le fait que son prédécesseur était mort martyr à Rome ; et qu’il y avait eu ce dialogue que nous entendons dans l’Evangile ( : son prédécesseur, sa foi était reconnue par le Christ).

L’évêque de Rome n’est pas un super évêque. C’est un évêque comme les autres et c’est tout à fait, par exemple quand le pape réunit tous les évêques autour de lui, il n’est pas super évêque, il est parmi ses frères.

 

Mais il y avait un évêque (et il y est toujours d’une certaine façon), une sorte de jumeau, qui se trouvait à Constantinople : le Patriarche d’Orient.

Alors il n’y a pas de fait historique majeur qui pourrait justifier qu’il soit, qu’il y ait une prééminence particulière, mais historiquement,  il réunissait autour de lui toute une partie du monde qui était plus proche qu’à Rome. Et assez tôt, ce patriarche d’Orient à Constantinople existait lui aussi dès l’origine quasiment (c’était aussi un évêque,  l’évêque de Constantinople) et il reconnaissait en l’évêque de Rome, un frère et celui qui était le successeur de ce Pierre dont on parle.

L’unité s’est faite jusqu’au fameux 11è siècle puisque vous le savez, à la fin du 11è siècle, il y a eu ce  schisme qui a donné l’église orthodoxe.

 

Paul VI, à la fin du concile Vatican II et les années qui ont suivi, a essayé de marquer un geste fort,  un début de rapprochement,  (puisqu’il y a toujours les catholiques, toujours les orthodoxes), un début de rapprochement, en allant rencontrer le successeur, onze siècles, douze siècles passés plus tard,  le successeur du patriarche de Constantinople (Athénagoras, à l’époque dans les années 60) et lui dire : ‘eh bien voilà, on est frères …’.

 

Prions pour l’Eglise, son unité et la charge du pape et de ses successeurs et de nos évêques.

 

Amen.


Jeudi 21 Février 

Gn 9, 1-13 : le nouvel ordre du monde.

Ps 101

Mc 8, 27-33 : Profession de Pierre. Première annonce de la Passion.

 

Cette rencontre à Césarée de Philippe entre Jésus et ses disciples, ce petit dialogue qui suit ensuite, la réponse magnifique de Pierre et  peu de temps après, cette réponse qui se retourne contre lui (Pierre est capable de dire le vrai, il est aussi capable d'éloigner Jésus du vrai) ; cette rencontre est importante et peut nous enseigner plein de choses.

 

Je vous propose qu'elle nous enseigne la chose suivante (plus toutes celles que nous avons dans notre cœur).

La chose suivante est que notre cœur est très présomptueux (qui que nous soyons d'ailleurs, très présomptueux) et dans cette rencontre, Pierre est tombé dans la présomption ; alors ça lui est vivement reproché.

 

Jamais nous ne pouvons découvrir la puissance de Dieu et comprendre qui est Dieu si nous sommes dans l'indolence et le confort, ce n'est pas possible.

Il y a toujours la nécessité d'être dans une forme de désert, de combat spirituel,  pour découvrir la puissance de Dieu.Prier son chapelet bien chaudement à côté de son poêle en hiver, ne permet pas du tout de connaître la puissance de Dieu. Bénir une table opulente, ne permet pas de connaître la puissance de Dieu.

Prier alors que nous sommes assis sur nos propres trésors, ne permet pas de connaître la puissance de Dieu.Il y a toujours un désert, toujours une croix ; c'est la raison pour laquelle Jésus nous rappelle que le Fils de l'Homme doit souffrir beaucoup.

 

Cela coûte beaucoup, à Jésus de nous conduire chacun  jusqu'aux portes de notre propre désert.

Jésus est allé au désert, conduit par l'Esprit Saint, il a été tenté trois fois mais,  par trois fois, il a été victorieux et il a redit la puissance de la Parole du Seigneur. Lui, il nous conduit à notre propre désert ; ça lui coûte parce qu'il voit que ça nous coûte, mais il nous y conduit ; il faut se laisser conduire. 

 

Le désert pour nous, c'est le lieu de beaucoup de méprises de nous-mêmes : il faut quitter nos opulences, nos poêles bien chauds, nos repas somptueux et nos coffres bien pleins pour rencontrer le Tout-Autre.

 

Ne tombons pas dans le même péché de présomption, qui fut celui de Pierre.

Laissons nous conduire.

 

Amen


Dimanche 17 Février 

Jr 17, 5-8 : Sentences de sagesse.

Ps 1

1Co 15, 12. 16-20 : Le fait de la résurrection.

Lc 6, 17. 20-26 : Discours inaugural. Les Béatitudes.

 

Chers amis, déjà, je vous rappelle (pour celles et ceux  pour lesquels ce n’est pas très clair) : il y a deux listes de Béatitudes, dans l’ensemble des Évangiles :

il y a les Béatitudes chez saint Matthieu que Jésus proclame sur une montagne et c’est au début d’une série de chapitres où Jésus parle à ses disciples, les enseigne et le sommet de ce discours c’est ce qu’on appelle ‘la règle d’or’ : ‘faites à quiconque (à autrui) tout ce que vous voudriez que les autres fassent pour vous’. Ça, c’est chez saint Mathieu et la toute première Béatitude commence chez Saint Matthieu, par : ‘Heureux les pauvres de cœur’. C’est ce qu’on entend par exemple, le jour de la Toussaint, à la messe.

 

Et une autre liste de Béatitudes, c’est celle que nous venons de lire : là, on est chez saint Luc où Jésus n’est pas sur une montagne (vous avez entendu, Luc a un autre souvenir que Matthieu, il situe les Béatitudes dans une plaine) premièrement et ensuite, l’autre différence notable, (après, évidemment, si on prend une loupe on va voir 1000 différences), la toute première Béatitude commence par : Heureux les pauvres (et il n’a pas dit : de cœur).

Chez saint Luc (Luc aurait pu être l’aumônier du Secours Catholique, par exemple) les pauvres de cœur n’existent pas, mais dans tout son Évangile ; chez Luc, il n’existe en terme de pauvreté, que les pauvres matériels.

Chez Matthieu, les pauvres matériels existent aussi (je vous rassure) mais il insiste sur la pauvreté spirituelle. C’est une sorte d’introduction.

 

Maintenant permettez-moi, à partir de ces Béatitudes qui font écho à cet extrait du livre de Jérémie (que nous avons entendu en première lecture) : ‘Malheureux l’homme qui met sa confiance dans un mortel’ et puis, notre foi en Jésus ressuscité (la lettre de Paul aux Corinthiens), permettez-moi de vous parler de la prière.

 

D’abord, je vous encourage toutes et tous, à continuer à prier comme vous le faites déjà, notamment pour vos défunts, pour les personnes qui vous sont chères et qui sont encore vivantes, en bonne santé ou pas en bonne santé, qui sont proches de vous ou très lointaines ; continuez à prier. Continuez à prier pour le monde, continuez à parler dans votre prière, continuez à prier (ça, il n’y a pas de problème), il faut le faire faire.

 

Ce dont je voudrais vous parler, c’est d’une autre prière encore, qui est peut-être encore plus grande, peut-être encore plus accomplie : c’est ‘la prière qui ne parle pas’.

Dans cette ‘prière qui ne parle pas’, qui est la prière par exemple que Jésus a, quand il va prier son Père à l’écart, c’est la prière que n’importe quel baptisé a, quand il grandit dans son cœur, ‘cette prière qui ne parle pas’. Vous avez, dans cette ‘prière qui ne parle pas’, trois moments,

trois choses, trois pôles. La première dans cette prière, ce cœur à cœur de celui qui est devant la croix, devant son Christ, le compagnon de toute sa vie (n’importe qui de nous, du moment que nous sommes baptisés, puisque nous avons revêtu le Christ à notre baptême) nous sommes face à lui, dans un face-à-face (ça serait la même chose si nous étions devant l’eucharistie, au moment de l’adoration eucharistique, par exemple) nous sommes face à lui, compagnon de notre route ; premier moment (ou première chose importante) c’est que celui que nous avons devant nous, il engage notre avenir.

Et l’avenir que nous avons comme baptisé, c’est la promesse de son Royaume.

On peut y mettre nos rêves (si on veut, il n’y a pas de problème) ; dans cette promesse d’avenir que Jésus nous fait, on peut rêver, on a le droit de rêver : j’aimerais aller sur la lune, j’aimerais avoir plein d’argent (tout ce que vous voulez, il n’y a pas de problème). On peut y mettre nos rêves mais une chose qu’il faut absolument y mettre sans oublier, c’est le Christ aussi : notre avenir avec Lui.

C’est un peu, peu ou prou, ce qui se passe quand un couple se marie, il dit : ‘demain nous avons l’intention d’être encore ensemble. Nous ne savons pas de quoi demain sera fait mais nous avons l’intention d’être ensemble même, demain’. Eh bien, c’est pareil : je suis en face-à-face avec le Christ ; premier moment de cette ‘prière qui ne dit rien’, c’est : ‘mais, je suis et je serai avec toi’. Quand on dira la prière du Notre Père tout à l’heure, tous ensemble, on dira : ‘que ton règne vienne’, c’est bien demain.

 

Ensuite, la deuxième chose qu’il y a dans cette ‘prière qui ne parle pas’, quand nous sommes face à Christ, c’est : aujourd’hui.

En plus de demain il y a l’aujourd’hui.

Dans cet aujourd’hui, il y a l’aujourd’hui tel qu’il est, notre aujourd’hui à nous : chacun, devant la croix.

C’est là qu’il ne faut pas rêver, justement (on peut rêver pour demain) mais quand on prie Jésus, il faut arrêter de vouloir toujours lui demander la lune, comme si nous priions le Père Noël. L’aujourd’hui c’est tel qu’il est : je n’ai jamais suffisamment tout ce que je voudrais avoir, je ne suis pas tout ce que je voudrais être ; peu importe, je présente ça au Seigneur, mon aujourd’hui est forcément pauvre, mon aujourd’hui est forcément sobre.

Je ne peux pas mentir à Jésus, il me connaît et c’est pour ça, d’ailleurs, que dans cette prière, inutile de lui dire des trucs : il sait comment je suis, c’est-à-dire : pas comme je voudrais complètement être, pas avec tout ce que j’aimerais avoir : Je suis pauvre devant lui, aujourd’hui.

 

La troisième chose dans cette ‘prière qui ne dit rien’, c’est : le passé.

Si je prie Jésus et si je suis à genoux devant lui, c’est parce qu’un jour, il a donné sa vie pour moi et c’est ce dont nous faisons mémoire à chaque messe : sa mort et sa résurrection.

 

Cette belle prière que je vous souhaite de vivre, c’est d’être posé devant lui, avec ses trois dimensions du cœur : demain avec toi, aujourd’hui avec toi et hier, déjà avec toi.

 

Cette prière a deux intérêts (mais il y en a plein, j’en ai repéré deux pour nous, ce matin).  

Premier intérêt : cette prière nous permet de dé-idéaliser ; elle nous permet de dé-rêver (de ne pas rêver justement) d’être là et Jésus ne nous engage pas à être heureux si jamais nous fuyions, ailleurs.

Non, il nous engage à être heureux maintenant. C’est le premier intérêt majeur que je vois à cette prière.

 

Le deuxième intérêt majeur que je vois à cette prière, c’est que Jésus m’aide à ce que je le laisse faire dans ma vie ; parce que parfois, quand on parle à Jésus dans la prière, on lui commande plein de trucs, en fait : non seulement c’est le catalogue de la Redoute mais en plus, c’est une armée et moi je suis le général : il faudrait qu’il fasse tout ce que je lui demande. Mais dans cette ‘prière qui ne dit rien’, j’apprends à le laisser faire. Alors, ça fait peut-être frémir (je ne sais pas) mais le but du jeu, c’est d’être joyeux puisque c’est l’objectif : d’être heureux. Demain avec toi, aujourd’hui avec toi, hier avec toi.

 

Il y en a pour qui ça pose problème, le fait que Jésus parle, dans les Béatitudes, de la Croix, des tribulations, des soucis. Je vais conclure avec ça.

Vous pourrez réfléchir et vous pourrez me dire après, si ça vous convient ou pas. Ce que je voulais vous dire en conclusion c’est : il vaut mieux pour un chrétien qu’il fasse l’expérience de la Croix, qu’il y ait de la Croix dans sa vie, plutôt que la Croix soit absente de sa vie.

Si la Croix est absente de sa vie, c’est mauvais signe ; si la Croix est présente dans sa vie (quoi qu’on en pense: c’est juste, pas juste…), c’est plus ‘bon signe’ que si elle est absente car si elle est absente de sa vie, la Croix, tôt ou tard, elle finira par lui exploser à la figure et ça risque de faire très mal.

 

Amen.


Jeudi 14 Février : Saints Cyrille et Méthode, co-patrons de l’Europe

2Co 4, 1-7 : le ministère apostolique.

Ps 95

Mc 4, 1-9 : La parabole du semeur.

 

Ces deux figures, Cyrille et Méthode, peuvent nous conduire à regarder très différemment, ces textes : cette deuxième lettre aux Corinthiens et puis cet Évangile.

 

Par exemple, si nous chaussons les lunettes de l’évêque Méthode, nous pourrions nous dire : ‘ces textes sont une bonne exhortation à la vie apostolique.

L’apôtre, c’est celui qui porte dans des vases d’argile, cette responsabilité, ce trésor de la consécration et même de l’envoi au nom du Christ ; cette responsabilité de la mission’.

 

Et sa responsabilité encore, c’est de ramener à Christ un grand nombre de gens comme cet épi qui est fécond, abondant, plein de blé après que ces grains de blé sont tombés dans la bonne terre. Donc, l’éloge de la vie apostolique, sa difficulté et sa fécondité.

 

Et on pourrait regarder aussi ces textes avec les lunettes du moine Cyrille et se dire : ‘ce trésor dans le vase d’argile, c’est la fine pointe de l’Esprit dans l’âme’ ; ce que vont rechercher tous les hommes et femmes contemplatifs.

Et ce qu’ils vont chercher également, c’est de circuler entre ces différents terrains, conscients que tantôt il y a dans le cœur, ronces, tantôt, il y a pierres tantôt, il y a peu de profondeur et tantôt, il y a une belle profondeur et ils vont chercher à circuler là, pour optimiser et eux aussi, accueillir une grande fécondité de l’Esprit.

 

Dans les deux cas, il s’agit de fécondité et pour le moine Cyrille et pour l’évêque Méthode mais il ne faut pas les mettre dos à dos, ces deux personnages ; un peu comme pour Marthe et Marie : nous avons besoin, dans la fécondité de l’Eglise, que les deux marchent ensemble.

 

S’il n’y avait que des évêques et des apôtres, l’Eglise ne marcherait que sur un pied et il y aurait une forme de pauvreté spirituelle et puis, s’il n’y avait que des moines, l’Eglise ne marcherait que sur l’autre pied et il y aurait aussi une pauvreté spirituelle ; les deux fonctionnent ensemble : Cyrille et Méthode.

 

Amen. 


Mercredi 13 février 

Gn 2, 4b-9.15-17 : la formation de l’homme et de la femme.

Ps 103

Mc 7, 14-23 : Enseignement sur le pur et l’impur.

 

Dans  cet Évangile, si on ne fait pas attention, on pourrait penser que Jésus est en train de différencier les excréments de la nourriture

ou bien l’anal de l’oral ; ce n’est pas ce qu’il fait mais il distingue quand même, ce qui est l’oral du verbal et c’est là toute la différence.

L’oral serait cette liste de choses perverses qui sortent de la bouche de l’homme et de son cœur : inconduite, vol, meurtre, etc. etc. et qui serait le résultat d’un cœur qui ignore sa propre fragilité, d’un cœur profondément divisé.

 

Mais qu’est-ce que le verbal ?

Le verbal, c’est parfaitement connaître la définition des mots que nous prononçons et savoir que les mots ont un pouvoir et il y a des pouvoirs destructeurs (les pouvoirs qui sont de l’oralité) et des pouvoirs unificateurs (des pouvoirs qui seraient de l’ordre du verbal).

 

Quand le Verbe prend chair, il rétablit l’humain sur ses pieds ; quand Dieu parle, la Terre est créée ; ce n’est pas de l’oral, c’est du verbal (ce sont des verbes qui sortent de la bouche de Dieu).

 

On va faire un test : le nom de Jésus, est-ce qu’il produit en vous ce qu’il signifie ?

Quand vous le prononcez, quand vous le voyez, quand vous le méditez, est-ce que ce mot a la puissance qu’il revêt ?

 

Je vais m’y prendre autrement : est-ce que vous trouvez facile de définir le goût du miel et sa douceur si vous n’en avez jamais mangé ?

Et parviendrez-vous à définir pour quelqu’un qui, lui-même, ne l’a jamais goûté, le goût du miel ?

 

Chacun est renvoyé à sa propre expérience du nom de Jésus.

Ce n’est pas un nom au hasard, Ce n’est pas un mot comme ça, qui prend sa place au milieu d’une multitude de mots que l’on pourrait prononcer comme une dictée. C’est un nom qui est tout-puissant qui crée et qui recrée, qui à la fois, construit un cœur, l’unifie et éloigne le péché et en même temps, est le résultat d’un cœur unifié, éloigné du péché.

 

Celui qui boit à la source, devient source ; celui qui boit à la source, de lui couleront des fleuves d’eau vive.

 

Il nous faut donc communier à ce saint Nom et il nous faut faire la vérité : exposer notre cœur à la grâce et confesser l’Amour.

Voilà la différence entre l’oral et le verbal.

 

Amen.


Dimanche 10 Février 

 

Frères et sœurs, les textes (l’extrait du livre d’Isaïe, cet extrait de la première lettre de Paul aux Corinthiens et cet extrait de l’Évangile de Luc) semblent tous trois, faire l’éloge des minus, des pauvres types : Isaïe dans le temple, après que le charbon ardent a touché ses lèvres : ‘malheur à moi car je suis un homme aux lèvres impures’ ; Paul, le grand Paul, va dire que Jésus-Christ lui apparaît à lui aussi, lui ‘qui est le dernier des apôtres’ : il n’est pas digne et Simon Pierre, l’autre colonne de l’Eglise, va dire après la pêche miraculeuse : ‘Éloigne-toi de moi, je suis un homme pécheur’.

 

Vous voyez se dessiner une sorte de fil rouge entre les trois : le thème (pourrait-on dire), du manque de dignité la petitesse, les pauvres types dans le Royaume. Ça, c’est le verre à moitié vide mais, on peut aussi dire que le fil rouge qui se tend entre ces trois personnages, c’est aussi le contraire : c’est la confiance et l’Amour d’un Dieu qui est Tout-Puissant et qui va, sans crainte, choisir des hommes à son service ; et puisque lui est Tout-Puissant, forcément les hommes qui sont à son service, sont diamétralement opposés à sa Toute-Puissance et ce sont des tout-impuissants, des tout-faiblards, des minus, en face de ce Dieu Tout-Puissant. Le Seigneur ne choisit pas des surhommes.

Ça, c’était le premier point.

 

Le deuxième point, je vais refaire l’itinéraire que nous avons fait ces dernières semaines, grosso modo, en sautant l’un ou l’autre dimanche. Voici l’itinéraire, c’est celui de la vocation (car nous sommes tous appelés), que nous soyons des jeunes enfants ou que nous soyons des personnes très avancées en âge : le Seigneur continue à nous appeler. Si nous pensons que nous sommes déjà en orbite dans la vie spirituelle et la compagnie du Seigneur, alors la vie est bien triste. Non !

Il continue à nous appeler et il faut continuer à tendre l’oreille à cette voix qui vient d’ailleurs.

 

La première étape que nous avons franchie ensemble c’était : (souvenez-vous) Jésus présenté au temple alors qu’il a seulement 40 jours : c’était la Présentation de Jésus au Temple, (un samedi soir, il y a deux semaines ; on avait parlé des sœurs, de la vie consacrée) ; c’est le quatrième mystère joyeux du rosaire. Jésus, présenté par ses parents, tourné vers le Tout-Puissant, dans le temple ; il est bébé.

 

L’étape suivante : Jésus est plus grand (ça, c’était des semaines avant) : cinquième mystère joyeux du rosaire. Jésus a 12 ans : le recouvrement au temple. Il n’est présenté par personne puisqu’il fait le choix, lui-même, d’aller au temple, alors que ses parents sont en pèlerinage à Jérusalem. Ils le cherchent, ils le retrouvent ; il est au milieu des docteurs de la Loi ; grande surprise pour père et mère : ‘Ne saviez-vous pas qu’il faut que je sois aux affaires de mon Père ?’ Jésus a grandi déjà, il n’a plus 40 jours, il a 12 ans et il s’ouvre, déjà seul, à Celui qui est le Tout-Autre.

 

L’étape suivante : le baptême de Jésus. Alors, il n’est pas bébé, (on le sait bien) ; on a célébré cela dans cette église, alors que nous étions encore dans le temps de Noël ; le baptême de Jésus, Jésus s’ouvre à cette voix qu’il fait sienne. Il est dans le Jourdain ; un extrait du psaume deux accompagne l’Esprit Saint : ‘celui-ci est mon fils bien-aimé’, en lui j’ai mis tout mon amour (ça, c’est redondant). Il fait sienne cette parole, il se l’approprie ; Jésus cette fois-ci a 30 ans.

 

Un texte que nous n’avons pas encore entendu (ce sera pour le début du Carême).  suite à son baptême, Jésus est conduit par le même Esprit Saint au désert, pendant 40 jours et là, il va apprendre dans le désert à distinguer la bonne voix, de la mauvaise ; la voix qui est parole du Père de la voix qui est parole du diable.

Les trois tentations de Jésus au désert, s’accompagnent de la parole du diable devant laquelle, Jésus va opposer la parole de son Père. Jésus va apprendre à distinguer (comme nous apprenons un jour, dans notre vie spirituelle), que tout ce qui brille n’est pas d’or et que tout ce qui est voix, n’est pas la voix du Père. Il y a aussi du bruit qu’il convient de mettre de côté et c’est au milieu du bruit, qu’il faut pouvoir distinguer cette voix familière du Père, qui nous attire vers lui.

 

Dernière étape (ça c’était dimanche dernier), Jésus, après être allé au désert, retourne dans la ville où il a grandi, à Nazareth. Il lit un extrait du rouleau d’Isaïe (plus précisément, le même prophète que nous avons entendu en première lecture) et il va dire (ce que vous avez entendu la fois dernière) : ‘aujourd’hui s’accomplit cette parole’.

 

Cette fois-ci, il ne s’identifie plus forcément à cette parole ; il n’a plus besoin de distinguer la voix du Père, du bruit ; cette fois-ci, il EST la Parole, il est la parole agissante, Jésus lui-même. Ceci pour dire que chacun d’entre nous, jeunes ou vieux, cet itinéraire en cinq étapes, nous sommes amenés à le vivre, tous, plus ou moins rapidement, chacun à son rythme mais, un jour du temps, nous nous ouvrons à cette voix qui vient du plus profond de nous, de plus loin que nous, qui est celle du Père et progressivement, cette voix nous imprègne comme une rosée imprègne la terre et c’est le programme de toute cette année liturgique que nous allons vivre ensemble.

 Jésus est prêt d’une certaine façon et c’est cette fois-ci, aujourd’hui.

 

Quelqu’un qui est complètement imprégné de la voix du Père, quelqu’un qui est disciple de Jésus, quelle est sa fécondité ?

Sa fécondité, c’est qu’il devient une belle figure devant laquelle, (c’est mon troisième point), nous pouvons nous identifier sans crainte.

Quelqu’un qui est complètement ouvert (si vous voulez) au Tout-Autre, c’est quelqu’un à qui l’on peut faire confiance : il ne va pas nous capter, elle ne va pas s’approprier notre visage, notre cœur ; c’est quelqu’un qui va nous conduire vers, plus loin ; c’est quelqu’un qui va nous aider à nous tourner vers la voix du Père ; ce n’est pas quelqu’un qui veut nous capturer.

 

Un chrétien, un chrétien mûr, c’est vraiment quelqu’un qui nous ouvre vers le Ciel et  quand je dis ‘vers le Ciel’ ça ne veut pas dire qu’il nous éloigne des réalités de la terre, de la vie des hommes et des difficultés de vivre ensemble et des combats pour la justice. Non !non !non ! non ! parce que, plus on est tourné vers les réalités du Ciel, plus on est des hérauts de la justice ; plus on est tourné vers les réalités du Ciel et plus on va mettre les deux mains dans le cambouis et mouiller la chemise.

Quelqu’un qui est plutôt à l’écart, peureux et timoré, n’est pas tourné vers les réalités du Ciel ; celui qui est tourné vers les réalités du Ciel, est tourné vers la vie de ses frères.

 

Quand il rencontre Simon Pierre, dans l’Évangile d’aujourd’hui, forcément ça produit ce que ça produit, c’est-à-dire, deux choses : Simon Pierre va découvrir son âme, Simon Pierre va naître à la foi.

 

Chers amis, notre âme a deux yeux (nous ne sommes pas qu’un amas de chair, nous ne sommes pas que objets de désir, nous ne sommes pas que des êtres sensuels ou que des êtres pétris d’émotion, nous ne sommes pas que des êtres de raison, non plus : nous avons cette âme, nous le croyons par notre baptême).

 

Deux yeux : premier œil de notre âme, c’est cet œil qui sait voir les merveilles de Dieu autour de lui. On commence déjà par voir les merveilles de Dieu assez facilement, en regardant le printemps, par exemple (on voit bien les merveilles de Dieu, on est assez sensible aux merveilles de Dieu devant ce qui est beau) mais cet œil-là voit aussi les merveilles de Dieu dans ce qui est moins beau, il voit aussi les merveilles de Dieu, surtout aussi chez les autres. Cet œil a besoin de s’exercer tous les jours. Souvent d’ailleurs, entre l’heure du réveil et puis, pas loin de l’heure du déjeuner, cet œil est encore dans les brouillards matinaux : il a du mal à voir les merveilles, surtout s’il écoute la radio le matin ou lit les nouvelles dans la presse. Il faut l’exercer parce qu’il est fait pour ça ; il a cette capacité-là à regarder les merveilles et il ne fonctionne pas tout seul parce qu’il y a un autre œil : vision binoculaire de l’âme.

 

Le deuxième œil : voir les merveilles de Dieu en soi ; les deux vont ensemble. Il y en a qui ne voient que ailleurs et pas en eux-mêmes et d’autres qu’en eux-mêmes et pas ailleurs alors, ils ne voient pas, en fait, en vérité ; ils croient voir mais ils ne voient pas. On ne peut pas voir les merveilles de Dieu en soi, si les autres ne nous les renvoient pas à nous, parce que nous ne sommes pas dotés de rétroviseur. Ce sont les autres qui nous renvoient les merveilles de Dieu que nous sommes, nous-mêmes.

 

C’est ce dont Pierre est l’objet : miracle des poissons, (pêche abondante), merveilles de Dieu autour de lui. Il était dans la nuit, toute la nuit il a pêché sans rien prendre ; disons que son œil gauche de l’âme n’était peut-être pas ouvert encore et tout d’un coup : pêche miraculeuse, abondante ; merveilles de Dieu chez les autres. Le deuxième œil peut alors s’ouvrir :

éloigne-toi de moi je suis un homme pécheur’.‘- Désormais, ce sont des hommes que tu prendras’ : il découvre qu’il est merveille, lui-même, Pierre.

Si jamais Pierre en reste uniquement à dire : ‘je ne suis qu’une simple serpillière qui ne sert à rien’, son œil droit n’est pas encore ouvert. Il manque quelque chose. Mais il s’est ouvert, son œil droit : il devient héraut de la foi ; il voit les merveilles de Dieu, en lui.

 

Pêche miraculeuse : merveilles de Dieu chez les autres ; il se met à suivre le Seigneur : il voit les merveilles de Dieu en lui. Les deux vont ensemble.

 

J’espère que vous aurez la grâce (ou que vous avez déjà eu la grâce) de rencontrer des chrétiens, des chrétiennes qui vous permettent ça : à leur contact, vous êtes dans une telle hospitalité de leur part, que tout d’un coup, ces deux yeux de votre âme s’ouvrent. Peut-être que ça vous est-il déjà arrivé, ce n’est pas simplement les prêtres ; (les prêtres peuvent être très mauvais, là-dedans), parfois ça peut être le chrétien qui est toujours assis au fond de l’église, par exemple. On n’ose pas lui parler, donc on ne risque pas d’ouvrir les deux yeux Mais si jamais on rentre en contact avec cette personne-là, on peut être surpris : tout d’un coup on a nos deux yeux qui s’ouvrent : merveilles de Dieu chez les autres, merveilles de Dieu en nous.

 

Ma conclusion, je voudrais revenir au livre d’Isaïe (et après je vous laisse tranquilles) ; vous avez cette vision majestueuse d’Isaïe dans le temple. Il faut imaginer une sorte d’édifice (normalement plutôt moins grand que celui-là et puis quand même très ajouré) mais avec la gloire de Dieu qui est présente ; il faut imaginer une sorte de fumée à l’intérieur de cet édifice, et puis des odeurs, l’encens et puis des chants avec des anges qui chantent (une vision, un chérubin, des anges) : ‘Saint, Saint, Saint’, ce fameux ‘sanctus’ qu’on reprend à chaque messe, vient de là.

Quand on chante ‘Saint, Saint, Saint le Seigneur’, ça vient précisément de ce livre d’Isaïe, de ce passage  que nous avons lu. Ce n’est pas simplement une ritournelle de fin de banquet : ‘Saint, Saint, Saint’ (comme ça, on chante, sans trop savoir pourquoi on chante ‘Saint, Saint, Saint’) ; imaginez qu’à la place d’Isaïe, c’est Pierre ou la place de Pierre c’est Paul ou chacun d’entre nous. À ce moment-là, où il entend ce chant : ‘Saint, Saint, Saint’, ce prophète, ce baptisé, ses deux yeux de l’âme se sont ouverts : il est en train de dire la grandeur de Dieu et en même temps, il est en train de confesser combien Dieu l’aime ; les deux à la fois : ‘Il est Tout-Puissant, je suis tout petit mais Il m’aime, Il me prend dans ses mains’. Cela se traduira par la consécration du pain et du vin qui deviennent Corps et Sang ; on verra l’hostie fractionnée, le Corps du Christ qui s’offre pour nous ; c’est précisément parce que nous sommes dignes de l’Amour du Dieu, trois fois Saint.

 

Et en allant communier, disons : ‘oui c’est vrai, tu m’aimes ; je suis petit mais tu fais de moi ton instrument’.

 

Amen.

 

 

 

 

Jeudi 7 Février 

He 12, 18-19.21-24 : Les deux alliances.

Ps 47

Mc 6, 7-13 : Mission des douze.

 

Jésus en appelle à lui 12 et il les envoie ; ils deviennent donc des apôtres ; de disciples, ils deviennent des envoyés.

 

Je vais vous proposer une petite image, peut-être qu’elle vous sera profitable pour rentrer dans le mystère de cet appel et de cet envoi ; c’est une image que l’on trouve chez les Pères de l’Eglise, c’est l’image d’ailleurs, du puits de Jacob (mais elle est remise à ma sauce) :c’est le puits, l’eau au fond du puits et le seau pour puiser l’eau qui est au fond du puits.

 

Je vous propose d’imaginer que le puits c’est le Royaume de Dieu ou la vie éternelle, la vie de la foi ou dans la foi ; que l’eau au fond du puits, c’est l’Esprit Saint, (ce qu’il faut pour vivre de cette vie éternelle) et puis le seau (pour aller profond), au fond du puits récupérer cette eau, c’est la parole de Dieu et c’est la vie en communauté ; c’est l’apprentissage de la parole de Dieu et de la vie en communauté.

 

Au fond, pour pouvoir avoir cette vie-là, éternelle, qui nous est promise par Jésus, il faut plonger dans l’Esprit Saint et pour y parvenir, il nous faut apprendre à lire l’Ecriture et à vivre en communauté. C’est ce que nous faisons chaque fois que nous nous rassemblons, nous essayons de faire.

 

Vous voyez un peu cette affaire, (un peu comme des poupées gigognes) ? Nous avons cet objectif de la vie dans la foi, l’Esprit Saint qui nous permet de …et la vie communautaire et la parole de Dieu qui nous permettent de vivre de l’Esprit Saint, qui nous permet de vivre de cette vie dans la foi. Voyez ? Le puits, l’eau, le seau.

 

Eh bien, les apôtres, c’est à la fois l’eau et le seau. Pourquoi ?

Par leur ordination et par le pouvoir qu’ils ont, de la vie sacramentelle (par exemple dans l’Ecriture que nous avons lue, il est question du sacrement des malades (ou quelque chose qui pourrait ressembler au sacrement des malades) : ‘imposez-leur les mains et ils se sentiront mieux’; ‘chasser les démons’ (pourrait être aussi le sacrement du pardon, pourrait-on dire) ; avec les cinq autres sacrements que nous connaissons dans l’eucharistie, les apôtres ont ce pouvoir, par leur ordination et en même temps, ce sont eux qui essaient, autant que  possible, d’organiser la vie d’une communauté et de donner des outils pour mieux lire la parole de Dieu ; (essayer autant que possible de donner goût à cette parole).

 

Mais l’objectif n’est pas de vivre des apôtres, l’objectif est de vivre de la vie même qui vient de Dieu

et cette vie, c’est le puits.

 

Lorsqu’il envoie des apôtres, voilà ce qu’il attend d’eux et voilà ce qu’il attend de nous et voilà le projet qu’il a pour chacun d’entre nous : vivre de sa vie même, à lui et ça n’est pas possible sans aller puiser l’Esprit Saint et cet Esprit Saint, on ne le trouve pas ailleurs que dans l’Ecriture st la vie communautaire.

 

Amen

 

 

 

 

Mardi 5 Février : ste Agathe

He 12, 1-4 : L’exemple de Jésus.

Ps 21

Mc 5, 21-43 : Guérison d’une hémorroïsse et résurrection de la fille de Jaïre.

 

Ce que nous pouvons retenir de ce passage : bien des choses. Je vous propose deux petites choses ; c’est que ces deux personnages : cette femme, victime de perte de sang depuis 12 ans et ce père de cette jeune fille (ainsi que les gens de sa maison et peut-être la jeune fille elle-même : on va dire que tout cela c’est un seul personnage) ces deux personnages : la femme et cette jeune fille et son entourage adviennent, dans ce texte, à la vérité. Ils sont tous les deux plongés dans une sorte de soliloque, une sorte d’enfermement, qui est dû à bien des choses (mais notamment, déjà légitimement, leur propre peur, leur souffrance, ensuite le ‘qu’en-dira-t-on’, la foule oppressante dans les deux cas qui peut être, condamne avant l’heure, ces personnages et puis les prescriptions légales de la Loi ; tout ceci enferme ces personnes dans leur monde, depuis douze ans (en tout cas, pour la femme âgée) ;et dans les deux cas, c’est une parole de Jésus qui les en sort, de cet enfermement, de cette espèce de discours intérieur : cette femme qui se disait en elle-même : ‘si seulement je parviens à toucher le pan de son manteau !’ Et puis ce père de famille qui essaie, au-delà de la rumeur et au-delà des pleurs des gens de la maison, essaie de se dire et de dire à Jésus : ‘si seulement !’

 

Et dans les deux cas, ça réussit grâce à une parole de Jésus : ‘Talitha koum,  je te le dis, lève-toi’ ou ‘femme va, ta foi t’as sauvée’ ; ce qui revient à dire pour chacun d’entre nous que nous avons dans notre cœur, chacun, une grande potentialité à se laisser enfermer, piéger par nos pensées qui sont toutes légitimes, en fait : nos blessures, ce que les gens nous ont dit ou pas dit, les regards posés sur nous ou les regards qui n’ont pas été posés sur nous, toutes sortes de choses qui nous font produire des tas de pensées ; et nous voulons résoudre ces pensées, comme si nous voulions chasser la mer à nous tout seuls et ça peut durer des nuits et des jours et des jours et des nuits.

 

Et la seule chose qui permet à ces personnages d’en sortir comme sans doute nous le croyons nous-mêmes, (si nous y croyons), c’est la parole de toute puissance de Jésus, si seulement nous lui disons la vérité. C’est ce que fait cette femme, elle finit par lui dire toute la vérité, à Jésus. C’est une part importante de ce qui constitue, dans le sacrement du pardon ou dans l’accompagnement spirituel, l’ouverture de notre cœur.

 

Nous pouvons opposer à ces pensées oppressantes et parfois aliénantes et parfois qui nous tuent avant l’heure, nous pouvons opposer la prière pure, la prière qui n’est pas : ressasser nos pensées, peser le pour et le contre et chercher à les résoudre comme si nous étions le bon Dieu mais plutôt poser notre regard sur le Christ, c’est la prière pure et c’est ce que nous avons lu dans la lettre aux Hébreux : ‘l’épreuve qui nous est proposée, courons avec endurance pour la vivre, les yeux fixés sur Jésus.

Il est à l’origine et au terme de la foi’ et les yeux fixés sur Jésus qui est bien plus fort que toute l’agitation de cette foule, qui est comme une mer agitée. Souvenez-vous, à un autre moment, il va calmer les éléments, Jésus.

 

Accueillons cette parole et sa parole toute puissante et cherchons à en vivre dans une prière qui soit silencieuse, contemplation et invocation du nom de Jésus, prière pure.

 

Amen.


Dimanche 3 février

 

Chers amis, nous sommes toujours dans ces tout premiers dimanches du temps ordinaire, (quatrième dimanche). Je vous redis ce que j’ai été amené à dire les dimanches précédents : ces textes nous permettent de planter le décor progressivement, de ce que signifie notre vie chrétienne.

 

Aujourd’hui, nous sommes plutôt sur la foi et l’écoute. En fait, pour un chrétien, nourri de la parole de Dieu, être croyant c’est écouter, entendre ; entendre, c’est être croyant. La foi, c’est cette oreille nécessaire pour bien entendre ce que Dieu dit a à dire.

 

Tant que nous n’avons pas encore développé cette oreille, nous sommes des enfants et tant que nous sommes des enfants, nous sommes sensibles à la vue et tant que nous sommes encore sensibles à la vue, nous ne connaissons encore pas Dieu.

 

Alors, je récapitule : être un adulte dans la foi, c’est avoir cette oreille toute développée ; ne pas l’avoir, c’est être encore un bébé, un enfant et si je suis un enfant, ce n’est pas l’oreille qui va prévaloir, ce sont les yeux et quand je dis les yeux, c’est : se comparer aux autres et vouloir se situer à partir de ce que les autres me renvoient (souvent par le jugement : untel, une telle est comme si, comme ça ; c’est bien, ce n’est pas bien ; je suis d’accord, pas d’accord), ça c’est être comme un enfant.

 

Mais au contraire, être dans la foi comme un adulte, c’est (pas se contrefiche, mais) mettre vraiment de côté ce que les autres me renvoient par les yeux, c’est savoir entendre une voix qui vient de plus loin que moi.

 

Alors, il est bon de se redire d’où nous venons, chacun ; nous avons tous été baptisés et nous avons été présentés par les parents, un jour (souvent, nous étions tout petits) et le geste même (qui rejoint celui de Marie et Joseph quand était présenté au temple 40 jours après sa naissance) est pour redire : ‘Père du Ciel, je te présente mon bébé ; nous te présentons notre bébé mais le présentant, nous ne voulons plus qu’il soit que nôtre, (que mon), nous vous l’offrons pour qu’il soit le vôtre. Nous voulons l’ouvrir à plus grand que nous ; nous voulons par notre geste, (certes, qu’il fasse partie de la famille des chrétiens ; certes, qu’il soit sauvé ; certes, qu’il puisse bénéficier de la grâce qui vient d’En-Haut et surtout) surtout, qu’il se décolle de nous ; alors ce sera long parce que c’est encore un bébé et il a besoin de se réchauffer au sein maternel ; il a encore besoin d’être protégé par la virilité du père mais quand viendra le moment, Seigneur, aide-nous à ce qu’il soit décollé de nous ; aide-nous à ce qu’il puisse entendre une voix qui vient de plus loin que la nôtre ; aide-nous à l’ouvrir à une dimension qui soit beaucoup plus large que le sein maternel’.

 

Vous savez, papa coupe le cordon ombilical et le bon Dieu le sépare de la matrice de maman ; le bon Dieu l’ouvre à plus large, il l’arrache au ‘même’ pour l’ouvrir à l’Autre.

 

Nous avons tous été comme ça, projetés dans l’Autre par notre baptême ; mais sommes-nous devenu des adultes pour autant ? C’est-à-dire, notre oreille s’est-elle habituée à écouter une voix qui vient de plus profond ? une voix qui dépasse largement notre origine ?

 

Jésus a été formé à cela mais si je dis Jésus, ça pourrait être vrai pour tous les prophètes de l’Ancien Testament, nous avons un exemple avec Jérémie ; nous pourrions rajouter Elie, Samuel, Moïse, Ézéchiel et puis, chacun d’entre nous.

 

Cinq étapes dans la vie de Jésus : la première, nous l’avons lue hier, à la fête de la Présentation de Jésus au temple (celle que j’ai lue à l’instant, c’est la dernière). La première, celle que nous entendons à la fête de la Présentation de Jésus au temple ; Jésus à 40 jours (40 jours après sa naissance il est présenté au temple). Il est au temple, le lieu du Très-Haut ; comme vous avez présenté vos enfants, le jour de votre baptême,  comme vous avez été présentés vous-mêmes, à votre baptême dans ce lieu du Tout-Autre.

 

Deuxième étape pour Jésus : il a 12 ans ; il est au temple. Vous souvenez-vous ? Quand on prie les mystères joyeux : ‘le recouvrement de Jésus au temple’: au profit d’un pèlerinage à Jérusalem avec ses parents, au moment où ses parents repartent vers Nazareth, Jésus lui, est resté au temple. Ses parents le recherchent partout : où est-il ?

Ils le retrouvent au temple :‘ne saviez-vous pas qu’il me fallait être chez mon Père ?’

Donc Jésus parle (vous me direz à 12 ans, ce n’est pas très original) et qu’est-ce qu’il dit ?

‘Je dois être chez mon Père’.

Il s’ouvre déjà ; il a été déjà (sans qu’on le sache trop comment, aidé par ses parents) ouvert à cette réalité plus grande que lui et plus grande que ses parents : mon Père (avec un p majuscule), mon Père du Ciel.

 

Troisième étape : il a son baptême dans les eaux du Jourdain, il a 30 ans. Il s’approprie la parole de Dieu ; pourquoi ? Un verset du psaume 2, il le fait sien : ‘celui-ci est mon fils bien-aimé’. Vous savez, cette voix qui vient du Ciel, avec cette colombe qui descend sur lui (l’Esprit Saint), au moment où il est baptisé dans les eaux du Jourdain par Jean-Baptiste. Troisième étape donc, de croissance dans l’ouverture au Tout-Autre, c’est : il s’approprie la parole de Dieu.

 

Est-ce qu’on s’approprie la parole de Dieu ? Est-ce qu’on est capable de parler avec les mots de la parole de Dieu ? ‘Celui-ci est mon fils bien-aimé’, mais c’est vrai pour chacun, aussi : je suis le fils, la fille bien-aimée du Père, Celui qui est le Tout-Autre.

 

L’avant-dernière étape : il est au désert (ce sera le premier dimanche de Carême) ; voyez, il est 40 jours au désert comme il aura attendu 40 jours avant d’être présenté au temple, après sa naissance (40 jours au désert). Là, silence et dans ce silence, ça n’est pas Dieu qui lui parle, c’est le diable. Vous souvenez-vous de la scène de la tentation ? Par trois fois et il ne se laisse pas avoir par les fausses paroles, par les fausses voix qui, au lieu de l’élever, le disperseraient et l’écraseraient et le feraient redevenir enfant tout de suite, bébé. Il ne tombe pas dans les mirages de cette fausse voix du diable et il va dire, toujours, il va rétorquer (comme une sorte de bouclier de la foi) ; il va s’appuyer sur les paroles de son Père, il va recourir à l’Ecriture en permanence et c’est là qu’il réussit son combat pour devenir un adulte dans la foi : l’écoute de la parole du Père aura été plus forte que les tentations de celui qui divise et disperse. Là il est devenu un adulte mûr alors que sinon, il serait redevenu comme ceux dont parle Paul : il serait redevenu un enfant. Il serait tombé dans les mirages du ‘même’ ; il s’est ouvert au Tout-Autre dans le désert.

 

Ce qui lui permet, dernière étape, de vivre ce que je viens de vous lire. Il est à Nazareth, il a une trentaine d’années, il a quitté le désert : première prédication publique. Il est sous les yeux scrutateurs de tous ceux qui le connaissent depuis qu’il est en culotte courte. Ils le connaissent (du moins, ils croient le connaître) ; ceux qui sont là ne sont pas encore des adultes (les oreilles), ils sont encore des enfants (les yeux). Alors voici qu’ils regardent, ils jugent, ils scrutent et ils comparent : ‘mais on te connaît, toi ! Tu as joué dans la cour de récréations avec les nôtres. On connaît tes parents. Tu n’es jamais qu’un type de chez nous, quoi !’ ; alors que Jésus, par l’autorité de sa parole, va dire que ce qu’il a lu dans le livre d’Isaïe, se réalise ; c’est-à-dire : par la puissance de sa parole, il va entraîner les uns et les autres faire un au-delà mais encore faut-il que les autres l’entendent avec leurs oreilles. S’ils n’en restent qu’aux yeux, que se passe-t-il. ?

Ils veulent le jeter dans le ravin et que dit la parole ?

‘Il passe au milieu d’eux, il continue son chemin’ ; la puissance de la foi.

 

Ça nous renvoie chacun, assez simplement, à : comment aujourd’hui (à la limite, hier on s’en fiche, hier c’était autre chose), aujourd’hui et demain vais-je croître dans l’écoute ?

Je vais prendre des petits exemples tout simples ; par exemple : vous allumez la télé, vous écoutez la radio, vous lisez le journal et on vous raconte les faits qui… tout ce dont on pourrait vous parler maintenant et ce qui fait peur (je ne dis pas que ce n’est pas vrai mais ça vous renvoie à un tas de choses qui font peur) et alors, il y a deux tentations : soit je vais me laisser aller à ce qui est dit (et dire : ‘ah ! bah oui effectivement : rien ne va plus …’), soit je vais dire : ‘tout ça, ce sont des sornettes’ et je vais m’isoler ; ce qui revient à la même chose).

Si jamais je déploie cette écoute de cette parole qui vient de plus profond, sans fuir du tout ce monde, je vais continuer ma route, je vais être solidaire de ce monde tel qu’il est mais je vais aller ni dans la fascination, ni dans la répulsion ; je vais continuer ma route.

 

Deuxième exemple, vous êtes dans une communauté paroissiale, vous allez avoir la tentation soit de vous situer du côté de la majorité (alors ça dépend des communautés : soit la majorité adore le curé, soit la majorité l’exècre (ça dépend des communautés) et alors, en fonction de …je vais me mettre dans un clan ou je vais me mettre dans l’autre. Mais si je déploie cette écoute, d’une parole qui vient de bien plus profond et de bien plus haut et qui m’emmène à bien plus loin eh bien, la question n’est pas du tout d’être pour, contre, aimer, pas aimer (on s’en fout) ; on est là pour le Christ, le reste ce sont des machins de femmes saoules. Mais oui, mais oui ! et on pourrait multiplier les exemples, comme ça. Et alors, ce n’est pas réservé aux parfaits, c’est pour tous, c’est vraiment pour tous.

 

Je voulais vous lire un petit extrait d’une personne qui n’est pas plus, pas moins. Elle a été comme Elie, comme Samuel, comme Jérémie (que nous avons entendu dans la première lecture : puisqu’il avait développé cette écoute, il peut être ‘une ville fortifiée’ comme lui dit le Seigneur), ça peut être chacun par la puissance de notre baptême et l’écoute de la parole. C’était une petite fille, qui a fini par grandir et un jour, elle est arrivée à cette étape, comme Jésus (le désert des tentations, il lui a fallu mettre de côté les fausses paroles, les lucioles et les chimères et écouter la parole qui vient du Père) et puis ensuite, elle est arrivée à l’étape (comme Jésus à Nazareth) où elle était toute dans la communion avec cette voix qui vient du Ciel. Certes elle était religieuse donc vous allez dire : ‘ah bah oui forcément, elle était religieuse donc elle pouvait, elle !’. Mais ce n’est pas réservé aux religieuses.

 

Et voici ce qu’elle écrit : ‘Je compris que l’Amour renfermait toutes les vocations, que l’Amour était tout, qu’il embrassait tous les temps et tous les lieux ; en un mot, qu’il est éternel.

Alors, dans l’excès de ma joie délirante, je me suis écriée : oh Jésus, mon amour ! ma vocation, enfin je l’ai trouvée : c’est l’Amour.

Oui, j’ai trouvé ma place dans l’Eglise et cette place, oh mon Dieu ! c’est vous qui me l’avait donnée : dans le cœur de l’Eglise ma Mère, je serai l’amour.

Ainsi, je serai tout, ainsi mon rêve sera réalisé’.

 

Si on est capable de dire ça : j’ai trouvé ma place, ma place dans l’Eglise et dans le monde ; ma joie est là, mon rêve est réalisé ; sans dévisser les ampoules, sans être parfait (ce n’est pas la question),sans être mieux que celui que j’idolâtre ou différent de celui que j’exècre (on s’en fout) ; si je suis capable de dire : ‘je suis à ma place, je suis heureux, c’est l’amour’ alors, je suis tout à fait branché sur cette voix qui vient d’au-delà de moi-même et que j’ai appris à écouter.

 

Cette petite fille-là, quand elle a écrit cela, elle était déjà plus âgée (une vingtaine d’années), elle n’est pas morte très vieille (Josette, tu ne voulais pas vivre très vieille, elle, elle est morte beaucoup plus jeune que ça) : c’est Thérèse de Lisieux, qui a donné son nom à l’école qui est Bar sur Aube.

 

Alors, je vous souhaite, les uns, les autres, de vivre cette dynamique de l’écoute. Ce quatrième dimanche est vraiment : la foi égale l’écoute. Le reste, c’est pour les punaises de sacristie et les grenouilles de bénitier.

Amen.

 

 

 

 

Vendredi 1er Février 

He 10, 32-39 : Motifs de persévérer.

Ps 36

Mc 4, 26-34 : Parabole du grain qui pousse tout seul. Parabole du grain de sénevé. Conclusion.

 

Avec ces petites paraboles, aujourd’hui, nous poursuivons la découverte de ces trois sens de l’Ecriture qui a été inaugurée avec le discours de Jésus, à la synagogue de Nazareth ; nous étions dimanche dernier. Nous avons vu ces derniers jours, les deux premiers sens ; le premier sens : Jésus qui se cache, qui nous révèle que l’Amour de Dieu nous invite à creuser profond pour aller à la recherche de son trésor, au fond du champ.

La deuxième dimension : l’Amour de Dieu nous convie à franchir un certain nombre d’échelons, d’étapes, de cols pour atteindre des cimes ; l’Amour de Dieu nous invite à la vertu.

La troisième dimension a bien été déployée aujourd’hui : l’Amour de Dieu nous projette vers l’avenir, nous tire vers l’avant. L’Amour de Dieu nous fait marcher, c’est cette troisième dimension, signification, sens de l’Ecriture ; ces paraboles parlant de la croissance, nous invitent à demain, à nous projeter demain et c’est la croissance du Royaume, la croissance de nos vies personnelles, croissance de notre foi, la croissance du monde, toute croissance, l’avenir.

Nous ne faisons pas du surplace assurément ; en plus de creuser, de monter, nous avançons.

 

Je vous invite (vous savez, je vous le rappelle, les paraboles sont inépuisables donc, personne ne peut avoir la prétention d’en avoir fait le tour) à regarder trois petits points.

 

Le premier point : comment, si nous identifions cet homme, qui a jeté la semence, au Christ, dans cette première parabole, comment pouvons-nous voir que le Christ, lui qui est la foi et qui jette la semence est à côté de celui qui vit sa vie normale : dormir, se lever ; Dormir, se lever. La croissance du désir se fait à l’intérieur de notre vie normale. Il y a néanmoins, une petite distance entre Jésus que l’on ne peut pas attraper et notre vie de tous les jours, comme elle est et qui avance.

 

Ceux qui, par leur baptême, vivent l’Évangile avec le plus d’amour et de désir possibles (comme les personnes consacrées, le savent bien), c’est à l’intérieur d’une vie normale, (normale et pas héroïque) que la foi et le désir du Ciel se creusent, que les montagnes sont franchies et que l’avenir du Royaume apparaît.

 

Le deuxième petit point d’attention que je vous invite à regarder : c’est Jésus qui associe ses disciples à la construction des paraboles : ‘à quoi allons-nous comparer le règne de Dieu ?

Par quelle parabole pouvons-nous le représenter ?

En associant ainsi ses disciples et ses auditeurs à la construction des paraboles, il nous dévoile la mécanique du désir, la mécanique de la foi ; c’est-à-dire qu’aujourd’hui déjà, l’avenir est donné ; il est complètement là et en même temps, il n’y est pas encore. Mais la seule façon de pouvoir le toucher du doigt, le vivre, le sentir, c’est de le raconter, de le dire, d’en parler, l’écouter. Ces petites paraboles sont la meilleure façon de raconter ce qui est déjà là et pas encore.

 

La troisième chose, qui est en filigrane dans ce texte, c’est la prière.

Je vous invite à rentrer dans cette prière qui à la fois, magnifie la vie ordinaire, la vie simple dans sa réalité la plus domestique soit-elle  et en même temps, cette prière qui arrive à se tourner, à la fois vers les réalités d’En-Haut et à la fois, vers les profondeurs de là où le Christ se cache et en même temps vers l’avenir où il nous promet d’être là. La prière qui tient tout ça est une très belle prière.

 

Demandons à l’Esprit Saint de nous enseigner cette prière-là et que les personnes consacrées que nous avons à proximité de nous, puissent en être de beaux visages.

Amen.

 

 

 

 

Jeudi 31 janvier : st Jean Bosco

He 10, 19-25 : Jésus nous assure l’accès au Sanctuaire.

Ps 23

Mc 4, 21-25 : Comment recevoir et transmettre l’enseignement de Jésus ?

 

On peut continuer à lire ces paraboles qui se suivent (hier, c’était la parabole du semeur; cette fois-ci, deux petites paraboles : la lumière ; ce que vous entendez : la mesure que l’on utilise pour nous et pour autrui, dans l’écoute ; on peut les accueillir de la même façon que nous avons essayé de le faire depuis dimanche, c’est-à-dire : en repérant les différents sens de l’Ecriture et l’âme de l’Ecriture, qui est le Christ lui-même ; la façon dont, Le cherchant, se creuse en moi, la profondeur de l’amour de Dieu ou se gravit en moi, les cimes de l’amour de Dieu ou bien encore que l’horizon en moi, s’aperçoit, du futur que Dieu, dans son amour, veut pour moi et avec moi.

 

Cette petite parabole dit fort bien que : moins je me laisse travailler par l’Ecriture, moins elle va me parler mais plus profondément, je serai dans la ténèbre ; mais plus je me laisse travailler par l’Ecriture, plus elle va me parler et plus profondément, je serai dans la lumière.

 

Il est la lumière du monde, le Christ et je ne le trouve pas tant que je le cantonne à l’obscurité ou tant que je ne me laisse pas, je ne cherche pas, que la lumière soit faite en moi.

Je ne le trouverai pas mais si je ne le trouve pas, c’est tout simplement peut-être, parce que je ne le cherche pas.

 

On va rester quelques instants sur l’idée de l’écoute.

La foi est d’abord audition.

Si nous étions dans d’autres religions, on dirait peut-être que la foi est vision mais là, elle est audition et l’acte de foi naît de l’écoute.

Alors évidemment, on est habitué à dire notre foi à la messe le dimanche, à remplir les bonnes cases dans le catéchisme (très bien !) mais l’acte de foi lui-même, c’est : écouter.

 

Écouter ; c’est vrai, ça vaut aussi dans la façon dont nous nous écoutons les uns les autres mais c’est surtout et d’abord, la façon dont je me laisse creuser les oreilles par la parole et à l’intérieur de la parole, par le Christ parce que ça fait des générations, (sur des millénaires), que Dieu essaie de parler par les prophètes, par sa Loi (à travers Moïse : ‘écoute Israël, le Seigneur ton Dieu est l’Unique Seigneur’), par la voix des sages et par Celui qui, ultimement est la parole par excellence : le Christ ; ça fait donc des siècles et des millénaires qu’Il essaie de parler et que peu, sont ceux qui l’écoutent, ou qui l’entendent.

 

Il y a beaucoup de bruit alors, il est nécessaire de rentrer dans le silence pour mieux entendre cette parole et laisser le Seigneur creuser les oreilles, (creuser profondément en nous-mêmes) pour que, enfin, nous entendions de la même façon que les sourds se mettent à entendre, grâce aux miracles que Jésus fait. Vous savez que c’est un signe de la venue du Messie que les sourds se mettent à entendre.

 

Il y en a une qui a été toute écoute, c’est Marie ; elle a entendu.

Nous pouvons lui demander dans la prière que nous lui adressons, à elle, la Mère que par son intercession, elle nous permette de rentrer dans une imitation, son imitation à l’écoute. Que nous soyons plus attentifs ; en tout cas, que nous soyons un bon terreau où la parole peut nous creuser, creuser, creuser, creuser.

 

Attention à la manière dont nous écoutons !

De manière très pratique, au-delà de la façon dont nous laissons le Christ nous creuser dans l’écoute de l’Ecriture, il y a la façon dont nous écoutons nous-mêmes.

Nos oreilles, où est-ce qu’elles se laissent aller ?

Est-ce qu’elles écoutent les potins ?

Est-ce qu’elles écoutent les choses négatives, les choses qui détruisent ?

Ou est-ce qu’elles vont chercher à entendre ce qui est beau et ce qui est vrai ?

C’est lié avec notre façon d’écouter la parole.

Amen.

 

 

 

 

Mercredi 30 Janvier 

He 10, 11-18 : Efficacité du sacrifice du Christ.

Ps 109

Mc 4, 1-20 : La parabole du semeur et son explication.

 

Juste un petit mot pour commencer, sur cette lecture continue que nous avons de la lettre aux Hébreux : ce passage de l’Ecriture a fait beaucoup couler beaucoup d’encre entre protestants et catholiques, pour savoir quelle est la signification de la messe.

Est-ce que la messe prétend reproduire le sacrifice de la Croix, par qui nous vient le salut ?

À ce compte-là, alors, les protestants reprochent aux catholiques de vouloir réitérer ce qui a été fait une fois pour toutes ; d’après l’auteur de la lettre aux Hébreux, il n’a pas besoin de réitérer : ce sacrifice est unique et il est parfait.

 

Les catholiques répondent aux protestants, en disant : le sacrifice de la messe c’est l’unique sacrifice de la Croix. On peut avoir effectivement plusieurs messes par jour ou plusieurs messes par semaine, il n’empêche que c’est l’unique sacrifice de la Croix. Ceci étant, entre catholiques et protestants, la question demeure.

 

Revenons à ce texte de l’Évangile. Nous disions, dimanche à la messe, qu’il y a trois sens à l’Ecriture. Peut-être que cette parabole du semeur, utilement, nous plonge dans le premier sens : comment Jésus se cache et nous conduit à creuser fort et dans l’Ecriture et dans la création et en nous-mêmes, pour le trouver. C’est une dynamique qui n’épuise aucunement le sens, ni de nous-mêmes, ni du monde, ni de l’Ecriture et effectivement, cette parabole, (comme toutes les paraboles, d’ailleurs) nous invite à chercher dans l’Ecriture, ce qu’elle peut bien vouloir nous apporter comme nourriture.

 

Souvenez-vous que l’âme, (le Christ), est présente dans toute l’Ecriture et alors du coup, comment l’ensemble ou la totalité de l’Ecriture nous permet de saisir le geste de ce semeur : pourquoi cette maladresse apparente, de semer dans des terrains qui sont pour certains très féconds, d’autres pas du tout ?

 

Jésus a l’habileté de transformer, ce que l’Ancien Testament résumait par la catégorie d’ennemis ; les ennemis de la Nation d’Israël, les ennemis qui nous en veulent, les ennemis du psalmiste : Chaque fois que le psalmiste implore le Seigneur de le défendre, de le protéger de ses ennemis ou bien encore chaque fois que le psalmiste se réjouit et rend grâce quand le Seigneur l’a aidé à écraser ses propres ennemis.

Comment le Seigneur vient restaurer Jérusalem qui était envahie ou détruite par les ennemis, en chassant les ennemis ; cette catégorie d’ennemis, nous la retrouvons dans cette parabole par, (on ne sait pas trop quoi, d’ailleurs) en tout cas cela se traduit par des graines qui ne poussent pas beaucoup pourtant il y a la générosité du semeur, il y a ces différents types de sol.

Le personnage principal semble être (semble être !) le semeur et puis après, on pourrait trouver que d’’autres personnages’ peuvent être également, les sols eux-mêmes (ces différentes types de sol) à moins que ce soit les graines (nous voyons comment Jésus essaie d’interpréter lui-même cette parabole et montre que les graines sont toutes à la fois les graines et ceux qui écoutent la parole).

Je n’épuiserai pas le sens de la parabole mais je voudrais rajouter encore un autre ‘personnage’ : c’est le ciel d’où viennent les oiseaux qui mangent les graines, d’où vient le soleil qui brûle les graines mais vers où poussent les graines, quoi qu’il en soit (même si ça ne dure pas longtemps).

C’est vers où va le Christ, après qu’il soit tombé en terre et qu’il soit mort, par son Ascension. Et c’est du ciel que vient l’Esprit Saint (peut-être, l’Esprit Saint est-il la fécondité de ces graines, indépendamment du terreau dans lequel elles tombent).

 

Nous voyons les composantes importantes de ce tableau dressé par le Christ dans sa parabole :

Comment est-ce que j’associe le ciel à la fécondité de ma vie ?

Est-ce que je compte uniquement sur mes propres forces ?

Est-ce que je vais compter sur, uniquement, l’univers dans lequel j’ai été semé au point de me laisser engluer dans cet univers quand il semble hostile, aride ?

Ou est-ce que je vais aussi, tourner mon regard vers la source de toute Providence ?

 

Alors, je vous propose trois pistes pour écarter les broussailles et mettre de côté les cailloux et laisser passer la lumière qui vient du ciel.

 

La première piste, ça va être l’aveu (en tout cas tout du moins, la confession) de l’Amour du Seigneur.

Confesser cet Amour,

confesser cet Amour,

confesser cet Amour ; si je ne le confesse pas alors, je ne vais faire que me lamenter sur les cailloux et les ronces et je finis par tomber malade ; confesser l’Amour.

 

La deuxième piste, c’est la pureté (ou tout du moins le désir de pureté).

Avoir de l’amour ou se laisser pétrir par l’amour qu’il pourrait y avoir entre moi et l’ensemble du créé (mes frères, mes sœurs, mais aussi différents éléments de la nature : après tout, les ronces ont été créées par le Père, également ainsi que les cailloux et les oiseaux qui viennent tous manger) ;la pureté, désir de pureté.

 

Et le troisième élément, c’est l’humilité (cet humus) qui est précieuse, cette humilité, cette profondeur de cette humilité, pour nous.

 

Ces trois éléments aident à laisser passer le ciel dans les broussailles de nos vies.

Amen. 

 

 

 

 

Mardi 29 Janvier

He 10, 1-10 : Inefficacité des sacrifices anciens.

Ps 39

Mc 3, 31-35 : La vraie parenté de Jésus.

 

Voilà un regard en cercle que Jésus fait autour de lui, comme il l’a fait dans la synagogue de Capharnaüm, lorsqu’il s’est mis à guérir, un jour de sabbat, un homme qui avait la main sèche. Souvenez-vous, il regarde en cercle autour de lui, sauf qu’il était avec regard navré ; ce qui n’est pas le cas, semble-t-il, ici.

 

Il parcourt du regard ceux qui étaient assis en cercle autour de lui, un cercle d’ailleurs, qui évoque peut-être aussi, la vie divine.

Et ceux qui écoutent la parole (c’est saint Luc qui nous le rapporte), ceux qui font la volonté de Dieu, (comme nous dit saint Marc), sont sans doute ceux qui, attirés par l’Esprit Saint, rentrent dans la vie même du Père, du Fils et de l’Esprit : une filiation nouvelle, des liens nouveaux qui dépassent la filiation ‘du papa, de la maman, du frère et des sœurs’, la filiation nucléaire.

 

Nous pouvons nous redire ces trois sens de l’Ecriture que nous avons entendus à la messe, dimanche ; cette profondeur : cet amour de Dieu qui nous appelle à creuser profond pour chercher le Christ, qui se cache, cette hauteur : pour mieux dire également, la façon dont l’amour de Dieu nous invite à franchir les étapes, escalader des cimes et également franchir des échelons comme pour progresser

 

et puis, le troisième sens de l’Ecriture : cet amour qui me provoque à aller loin en avant, me projeter loin dans mon avenir.

 

‘Celui qui fait ma volonté est pour moi un frère, une sœur et une mère’ ; c’est quelqu’un qui, au préalable, va s’asseoir et calculer s’il a de quoi pour construire la tour de sa vie ou construire sa propre vie sur Dieu. Et calculer pour savoir si on a ce qu’il faut, ça revient à laisser l’Esprit Saint scruter mon propre esprit, ça revient à laisser l’Esprit Saint faire en moi, toute chose nouvelle.

 

Alors, comment faire, hormis de dire que l’Esprit Saint, vient en moi faire toute chose nouvelle ?

L’Esprit Saint va, en moi, m’aider à faire la volonté du Père.

 

La première chose, ça revient à confesser très fort l’amour de Dieu pour moi, (redire dire, redire, et re-redire que le Seigneur m’aime) ; il est plein de miséricorde.

Ce n’est pas le moment, forcément, de dire qu’il aime les autres, (ça on le sait) mais s’exposer soi-même à l’amour qui restaure, (l’amour)du Père ; exposer jusqu’au plus infime de nos fragilités et jusqu’au plus monstrueux de notre péché, l’exposer à son amour ; c’est la première étape qu’il faut faire, qu’il faut franchir.

 

La deuxième étape pour laisser l’Esprit Saint faire en moi, toute chose nouvelle et me permettre de faire la volonté du Père, c’est se redire qu’il n’y a rien qui soit étranger à l’Esprit Saint, dans ma vie : de la cime de mon crâne jusqu’à la pointe de mes pieds, de mon histoire, de mon affectivité, de mon désir et de mes projets, l’Esprit Saint connaît toutes ces choses-là, vient les visiter. Encore faut-il que je l’accepte, encore faut-il que j’ouvre la porte, que je lui laisse faire sa demeure, à l’intérieur.

 

Troisième chose, pour laisser l’Esprit Saint faire en moi, toute chose nouvelle, me permettre de faire la volonté du Père et entrer dans la vie du Père, du Fils et de l’Esprit, c’est de se mettre à l’école de l’Ecriture : connaître, aimer, suivre Jésus Christ. Ça, il n’y a pas à tortiller, ça ne nous est pas donné par enchantement : connaître, aimer et suivre.

 

La quatrième étape pour laisser l’Esprit Saint faire toute chose nouvelle et nous permettre de faire la volonté du Père, c’est de se mettre sous la protection d’un père spirituel ou d’une accompagnatrice spirituelle, quelqu’un qui peut m’aider à laisser l’Esprit Saint discerner mon esprit (et non pas mon esprit discerner l’Esprit Saint) ; c’est bien m’aider pour que l’Esprit Saint vienne discerner mon propre esprit.

 

S’il n’y a pas ces quatre choses-là, on n’est pas forcément mort mais on devient sec comme une vieille pomme au soleil, on n’est pas très intéressant, en fait et on est donc condamné à rester à l’extérieur de la maison : ‘ta mère, tes frères et sœurs’, sont là dehors. ils te cherchent’.

 

On peut toujours mais c’est tellement mieux d’être dans la vie même de Dieu.

Amen.


Vendredi 25 Janvier : Conversion de saint Paul

Ac 22, 3-16 : Harangue de Paul aux Juifs de Jérusalem.

Ps 116

Mc 16, 15-18 : Apparitions de Jésus ressuscité.

 

Dans les Actes des Apôtres, (même dans l’une ou l’autre de ses lettres), nous avons le récit (de Paul), de sa conversion ; celui que nous avons lu est un des plus longs qui nous donne le plus de détails.

Il rappelle qu’il est né à Tarse et qu’il était à l’école d’un (docteur), d’un maître de la Loi : Gamaliel.

Ce même Gamaliel aura sauvé, (dans les Actes des Apôtres toujours, plutôt au début), les apôtres qui avaient été, une fois de plus, convoqués devant le Sanhédrin à Jérusalem, pour rendre des comptes : il se trouve qu’ils attiraient à eux la foule, par leurs paroles et leurs miracles.

Il n’y avait pas Paul, encore ; il y avait Jean, il y avait Pierre, il y avait sans doute, Barnabé et Ananie et les autres et Gamaliel dit (il dit à ses pairs, il ne dit pas aux Apôtres) : ‘écoutez : ‘si ce qu’il font ne vient pas de Dieu mais des hommes, cette œuvre tombera toute seule’, inutile de se mettre la rate au court-bouillon

mais ‘si ce qu’il font, vient de Dieu’, ça marchera et ça tiendra : ‘ne risquez pas de vous mettre en guerre contre Dieu’. Et c’est ce même Gamaliel qui aura été (on pourrait dire, le prof de théologie de Paul), son maître ; ce qui permet de penser que Paul était à l’école à la fois d’un observant mais en même temps, pour une certaine part, d’un libéral (on pourrait dire avec nos mots d’aujourd’hui). En tout cas, voilà qui est ce Gamaliel.

 

Paul est envoyé à Damas, la suite du récit est relativement claire ; nous assistons donc, à une épiphanie ; il y a de la lumière qui apparaît, une voix : ‘je suis Jésus le Nazaréen, celui que tu persécutes’.

 

 Cette affirmation est capitale pour nous tous et nous renvoie à notre propre baptême : il n’y a pas de vie en Dieu possible, si nous ne nous laissons pas rejoindre au plus sordide de notre péché, (pas celui des autres ! le nôtre) par le Christ lui-même. Il se peut, bien souvent, que nous considérions que nous faisons déjà partie des purs à partir du moment où nous touchons le manteau du prêtre, à partir du moment où nous sommes baptisés, à partir du moment où nous assistons à la messe ; mais nous n’en sommes pas : il n’y a aucun pur, sur la terre et dire qu’il n’y a que des pécheurs, ça n’est pas être pessimiste.

Dire qu’il n’y a que des pécheurs, c’est dire qu’il y a de l’amour.

 

Paul est tombé de son piédestal, a été rejoint dans son péché et il ne l’a jamais renié, son péché : il ose l’avouer à tous, à voix haute : ‘j’ai été rejoint dans mon péché par le Christ’. Il ne peut rien faire, Paul et c’est la puissance de sa conversion et c’est la clef de lecture de toutes ses lettres : si Paul insiste beaucoup sur la gratuité de l’amour de Dieu, s’il insiste beaucoup sur les conséquences communautaires de cet amour, c’est qu’il était le premier à en être bénéficiaire.

 

Nous devrions revisiter notre péché, non pas pour nous faire du mal mais pour nous faire du bien, car c’est là que germe l’amour et nous en avons besoin.

 

On pourrait se donner aussi, une autre piste, une autre clef : si jamais nous ne sommes pas encore capable de guérir des personnes, si nous ne sommes pas encore capable de défier les serpents, si nous ne sommes pas encore capable de parler des langues nouvelles, c’est que nous avons encore du chemin à faire : ce n’est pas réservé qu’à quelques-uns et ça n’est pas réservé qu’aux Apôtres ; c’est possible pour tout baptisé. Alors, nous avons du chemin à faire dans notre propre conversion, à la manière de Paul et aussi, du chemin à faire dans notre prière car celui qui prie, entre dans le Royaume de Dieu, celui qui prie, vit de la puissance des vertus et celui qui prie, vit de la puissance de l’Esprit Saint.

 

Plutôt que de penser à nos ennemis, pensons à Dieu et à son Amour dans notre prière.

Amen.

 

 

 

 

Jeudi 24 Janvier 

He 7, 25-8, 6 : Perfection du grand prêtre céleste.

Ps 39

Mc 3, 7-12 : Les foules à la suite de Jésus.

 

Cette petite mention est pour nous l’occasion d’approfondir un mystère dans notre vie ; cette petite mention c’est : cette barque tenue en permanence à l’écart. Il demande à ses disciples de maintenir en permanence, à l’écart du rivage (juste ce qu’il faut pour qu’il ne soit pas écrasé), une barque.

 

Alors, il y a l’explication qui est souvent rapportée, en disant : comme ça Jésus, sa voix peut porter un petit peu grâce à la mer et en même temps, il n’est pas accaparé par les gens qui sont sur le rivage ; mais une autre explication pourrait être la suivante : tenir à l’écart (juste ce qu’il faut) les passions de nos vies.

C’est possible, si nous refusons l’oisiveté et si nous sommes en permanence à confier au Seigneur, ce qui est dans notre vie, péché, car nous sommes envahis par la passion et les passions. Et ce n’est pas mal en soi, c’est comme ça mais les passions peuvent déferler sur nous comme un tsunami sur un rivage et nous emporter.

 

Et Jésus est une image (pour le coup) complètement inversée de nous-mêmes : si jamais les démons proclament à tous et finissent par convaincre tous, que Jésus est le Fils de Dieu, Jésus sera tenu à l’écart de sa Passion mais s’il est tenu à l’écart de sa Passion, il ne peut pas nous sauver. Il faut qu’il aille jusqu’au bout de son itinéraire de Fils.

 

En revanche, nous, (nous sommes une image inversée) : nous avons besoin d’être tenus à l’écart de nos passions sans quoi, jamais nous ne pourrons nous laisser aimer jusqu’au bout car nous ne serons même plus là, d’ailleurs, pour confesser l’amour de Dieu, nous ne serons même plus là pour reconnaître combien le péché est haïssable, nous ne serons même plus là pour reconnaître qu’il y a la lumière.

 

Jésus n’a pas à être tenu à l’écart de sa Passion mais nous avons besoin d’être tenus à l’écart des nôtres.

Amen.

 

 

 

 

Mercredi 23 janvier 

He 7,1-3.15-17 : Melkhisedeq.

Ps 109

Mc 3, 1-6 : Guérison d’un homme à la main atrophiée.

 

Ce jour du repos, dont il est question depuis plusieurs pages dans l’Évangile de Marc, qui est notre dimanche (et chacun des jours que Dieu fait), est un jour où nous sommes amenés à être dans le repos, dans la prière, la louange et le souvenir des miséricordes du Seigneur.

 

Si ce sabbat, (ce jour de repos), ne le permet plus alors, il convient de le retrouver et c’est ce que Jésus propose dans sa propre personne. Il mène un dur combat ; il n’y a pas de repos, sans ce combat-là, du Christ ; un combat sévère, à l’image de son regard circulaire, navré et ce combat est possible aussi par nous, si nous laissons ce combat nous traverser ; les sacrements sont là pour cela.

 

Non seulement, ils nous apportent le salut, ils rétablissent une communion perdue mais à travers nos corps, c’est le combat du Christ. Son regard circulaire traverse nos âmes et vient s’opposer à tous les ennemis dont parle chacun des psaumes.

 

C’est une façon pour nous de revisiter (ou en tout cas, de renouveler) notre attache à chacun des sacrements qui nous redressent, qui nous permettent d’aller au centre, d’être proches de la personne du Christ.

 

Ce n’est pas nous qui combattons, c’est lui mais, avec nous. L’homme est fait pour louer le Seigneur, non pour chercher à le faire périr.

 

Demandons à l’Esprit Saint que notre fidélité à l’eucharistie (et aussi aux autres sacrements) nous permette de louer Dieu, plutôt que de récriminer.

Amen.

 

 

 

 

Mardi 22 Janvier : 18h st Vincent à Bligny

Rm 12, 3-13 : Humilité et charité dans la communauté.

Ps 138

Lc 12, 13-21 : Ne pas thésauriser.

 

La messe que nous voulons dans notre commune, Bligny, comme ça, chaque 22 janvier est pour nous, l’occasion de nous rassembler ; très bien.

Ça précède le temps de fête qui va suivre; très bien.

On rend grâce pour l’année, on demande au Seigneur le maximum de faveurs pour l’année qui vient.

Ça va ?

 

Alors, je peux me rasseoir mais il est bon quand même de se redire que l’Eglise est attachée à ses martyrs et Vincent en est un. Au de-là de l’anecdote de cet homme qui était coriace (du début du quatrième siècle en Espagne, à Valence) et qui était diacre, il est bon de se demander pourquoi l’Eglise est attachée à ses martyrs. Je vais vous le dire.

 

L’Eglise n’est pas nostalgique du martyre, (on n’est pas dingo) : personne parmi nous ne rêverait d’être écartelé sur une roue ou mangé par des bêtes dans un cirque.

 

On est attaché à nos  martyrs pour la première raison : c’est qu’ils sont édifiants.

Nous sommes bien contents de ne pas être à leur place ; heureusement qu’ils ont pris la nôtre (d’une certaine façon).

 

Ensuite, ils ont une manière assez excellente, imité le Christ justement, dans le sacrifice de l’eucharistie : vous savez qu’on célèbre le dernier repas de Jésus et Jésus qui anticipe sa mort. Ils ont fait pareil, d’une certaine façon, sans le vouloir ; c’est la deuxième raison.

 

La troisième raison qui est la plus simple à comprendre en fait, c’est que les martyrs, à cause de leur foi, étaient attachés à Christ et que leur foi à Christ se manifestait, se démontrait par leur courage. Ce n’est pas compliqué : si je suis à Christ jusqu’au bout, je vais jusqu’au bout dans l’épreuve ; si je n’y suis pas, je renonce ; c’est-à-dire qu’ils pouvaient très bien ne pas mourir à cause de leur foi ; il suffisait qu’ils disent : ‘je ne crois pas’. C’est aussi simple que ça.

 

En fait, il n’y a pas de gris ; il n’y a ni blanc, ni noir, il y a une seule couleur avec les martyrs c’est : ‘je suis attaché au Christ ; à cause de cela, je vais jusqu’au bout’.

 

Ce n’est pas : ‘je veux mourir’ ; c’est : ‘je suis attaché au Christ mais parce que j’y suis attaché, je vais jusqu’au bout’. Donc, il n’y a pas de demi-mesure, c’est simple ; c’est dur mais simple.

 

Une fois que la persécution est terminée et qu’on rentre dans un temps de paix, être attaché au Christ, c’est déjà plus flou et c’est là que le règne du paraître commence : je fais montre d’être attaché au Christ et par derrière ?

‘Oui, regardez, je suis à Christ

- très bien, montre-moi tes vertus, montre-moi jusqu’où va ta fidélité’.

‘Tu aimes le Christ, tu le connais, tu veux le suivre ? suis-le !

Ah bien, c’est ce que je fais : je vais à la messe, j’aide un petit peu, comme ça.

Bon. Et après ? Jusqu’où va ton exemplarité ?’

 Je vous rappelle que les martyrs n’avaient pas le choix, c’était : je suis ou je ne suis pas. Mais après, en temps de paix ?

Alors, si on fait référence aux martyrs, c’est par ce que cette exemplarité peut nous édifier nous, qui ne sommes pas persécutés.

 

On a souvent tendance à se plaindre néanmoins, mais ça n’a rien à voir avec une vie risquée.

Je peux me plaindre de ma condition personnelle, on peut se plaindre de tas de choses qui relèvent de notre vie affective, qui relèveraient de nos moyens financiers, qui relèveraient de tas de choses, du sort qui nous est réservé mais malgré cela, (malgré cette plainte) il y a parfois (ce que je dis est valable pour moi aussi) peu d’occasions d’être exemplaire.

 

Or, suivre le Christ (si vraiment on dit qu’on en est) c’est être exemplaire dans la pratique de notre foi : il ne suffit pas de dire ‘ je crois’ ; il ne suffit pas de venir avec un beau chapeau à la messe ; il y a en plus de tout cela, une pratique.

 

Dans les textes qui ont été lus, il y a des choses très concrètes et j’en ai sélectionné trois mais chacun, peut-être, aura eu une oreille attentive et retient pour lui (ou pour elle) d’autres choses.

La première c’est : ‘soyez unis les uns aux autres par l’affection fraternelle, rivalisez de respect les uns pour les autres’ ; ça c’est dans cet extrait de Paul aux Romains, qu’a très bien lu Michael.

Dans cette lecture, une façon d’être exemplaire c’est d’avoir le sens du bien commun et de l’intérêt général puisqu’on part du principe que, quelle que soit notre condition, nous sommes unis les uns aux autres par l’affection fraternelle.

 

Nous ne sommes pas des prédateurs les uns des autres ni même des rivaux ; et s’il faut rivaliser en une chose, c’est en respect. Ça, c’est ce que nous avons entendu sous la plume de Paul aux Romains.

 

Deuxième chose que j’ai retenue dans l’Évangile, c’est dans cette petite histoire que raconte Jésus (une parabole), c’est (vous allez voir, c’est un piège !) : ‘Repose-toi, mange, bois, jouis de l’existence’.

Eh bien, c’est justement ce qu’il ne faut pas faire. Vous savez, celui qui a de grands biens, réussit à construire des greniers plus grands encore pour accumuler tous ses biens et les garder. Il se dit : ‘qu’est-ce que je vais faire ?’

Eh bien : ‘repose-toi, mange, bois, jouis de l’existence’ et c’est là que les ennuis commencent. Alors, j’en déduis qu’il faut plutôt préférer la vertu à la médiocrité : dès que je commence à me reposer une seconde, c’est là que les pépins apparaissent (je l’ai déjà constaté pour moi-même).

 

Si nous sommes bien dotés, le ciel nous gâte, le banquier aussi ; eh bien, c’est le moment de ne pas nous reposer justement et de continuer à nous gratter la tête et de savoir comment je peux continuer à mieux faire, parce que c’est là (je pense que je parle à des gens tout à fait convaincus, parce que vous avez beaucoup plus d’expérience que moi) si je me laisse aller à la médiocrité, les tuiles commencent à tomber.

 

‘Que votre amour soit sans hypocrisie’ ; je reviens à Paul.

C’est là que l’exemplarité non feinte, est requise de notre part. Je peux très bien faire semblant d’aimer et c’est terrible parce que c’est une emprise exercée sur les autres et c’est très pervers et dans nos communautés on en crève, dans nos villages, n’en parlons pas et parfois dans nos professions, ça doit être terrible. J’aime… on se demande pourquoi.

Non !

‘Que notre amour soit sans hypocrisie’.

 

Et si ça peut nous stimuler, peut-être que l’exemple des martyrs peut nous redire que le Seigneur n’aime pas les demi-mesures.

Amen.

 

 

 

 

Mardi 22 Janvier : saint Vincent

He 6, 10-20 : Paroles d’espérance et d’encouragement.

Ps 110

Mc 2, 23-28 : Les épis arrachés.

 

Le sabbat est  prescrit pour l’homme, c’est une grande affirmation que nous trouvons dans l’Évangile.

Si nous faisons la lecture suivie de saint Marc, c’est la première fois que nous la trouvons : le sabbat est prescrit pour l’homme, ‘il a été fait pour l’homme’ et ce sabbat n’a pas été abrogé par Jésus même si nous ne le vivons pas comme les juifs et le même jour que les juifs.

 

Le but du sabbat, c’est de rentrer dans le repos ; le but du sabbat, c’est d’être dans la paix pour la prière et dans la mémoire des miséricorde de Dieu et ça, ce n’est pas renvoyé à des vieux aïeux, avant nous, c’est notre vocation : nous avons vocation au bonheur et ce bonheur très concrètement, peut se déployer par ces trois orientations : le repos, la paix de la prière et la mémoire de miséricorde de Dieu.

 

Ce sabbat a été progressivement transgressé et s’est enrichi d’un certain nombre de prescriptions qui devenaient certainement asservissantes et nous sommes à cette époque-là de l’histoire du sabbat (dans les relations d’ailleurs, entre les détracteurs de Jésus et Jésus).

Mais si les chrétiens ont été allégés de toutes ces prescriptions juridiques, est-ce que pour autant, les chrétiens vivent le repos du Seigneur ?

Je vous pose la question : nous n’avons plus les mêmes prescriptions que les juifs, (on pourrait imaginer que c’est un progrès), mais est-ce que pour autant, cela nous aide ?

Est-ce que de nous-mêmes, dans la puissance de l’Esprit, nous vivons cette paix,  cette prière et cette mémoire des miséricordes de Dieu, concrètement, là où nous sommes, les uns les autres ? Pas plus, je pense, parce que si non, ça se saurait ; donc, ne regardons pas dédaigneusement ces prescriptions.

 

Il nous reste alors, à nous, à les vivre.

Nous avons d’autres prescriptions qui nous ont été données par le Christ : ses commandements. Et il faut imaginer que ces commandements-là, concrètement vécus, nous permettent de vivre notre foi.

Notre foi ne se déploie pas, ne s’incarne pas et n’apporte pas la vie, comme ça, par enchantement, de manière superstitieuse (comme si nous avions des pattes de lapin et des fers à cheval à la maison), notre foi a besoin d’un enracinement de notre part, en Christ et cela passe par l’observation de ces commandements.

Il y en a un qui est fameux mais il y en a plein d’autres, qui viennent du Christ lui-même (nous pouvons relire les chapitres 5,6 et 7, par exemple, de Matthieu mais pas seulement, dans les quatre Évangiles) ; celui qui est fameux : ‘faites à autrui ce que vous voudriez qu’autrui  fasse pour vous’, cette règle d’or ; il y a le pardon aussi et surtout.

Ces commandements-là, essayez de les vivre et risquez votre vie à les vivre (parce qu’en fait il y a des résistances en nous qui nous empêchent de les pratiquer, ces commandements-là, complètement, comme si on allait nous amputer un bras  ou que nous allions perdre notre vie à les appliquer.

Il faut les appliquer, n’ayons pas peur, jusqu’à risquer de perdre notre âme parce que le Christ va rappeler dans son Évangile au chapitre 16, verset 24 de Matthieu : ‘si jamais nous allons jusqu’à perdre notre âme à sa suite, nous gagnerons la Vie.

Donc, il n’y a pas grand chose à perdre à suivre le Christ jusqu’au bout.

 

Je vais vous relire une affirmation de l’Évangile de Jean au chapitre 3 : ‘Dieu a tant aimé le monde qu’il nous a donné son Fils unique pour que quiconque croit en lui ne se perde pas mais ait la vie éternelle’.

Vous savez, ce n’est pas uniquement dans l’intimité de notre tête, de notre cœur ; c’est dans notre capacité à vivre ses commandements.

Amen.


Dimanche 20 Janvier 

Is 62, 1-5 : Splendeur de Jérusalem.

Ps 95

1Co 12, 4-11 : Diversité et unité des charismes.

Jn 2, 1-12 : Les noces de Cana.

 

Chers amis, nous étions réunis dans cette église fin novembre-début décembre (juste entre la fin du temps ordinaire de l’année précédente et le début de l’Avent) et nous avions des récits bibliques qui nous étaient proposés à la lecture, qui étaient des récits, souvenez-vous, très catastrophistes : il était question que les astres tombent sur la terre, que des famines arrivent, que les peuples entrent en conflit les uns contre les autres ; et là, nous commençons cette année liturgique avec des textes aux tonalités toute différentes : nous sommes davantage dans la fête, nous sommes davantage dans la joie, ce qui est heureux : des noces. C’est très encourageant et il est bon de commencer par se dire cela.

 

Quand nous avons terminé l’année les uns, les autres, là où nous étions, nous avons coutume (entre le 31 décembre et le 1er janvier) de nous adresser des vœux, nous souhaiter des choses.

Quelles sont les choses qui sont revenues le plus ?

Qu’est-ce que l’on peut se souhaiter lorsque l’on passe du 31 décembre au 1er janvier ?

Quels sont les mots qui sont revenus le plus souvent à vos lèvres ?

Que vous avez le plus souvent entendus, hormis ‘bonne année’ ?

Quels mots reviennent le plus souvent ? La santé,

L’argent, la joie, le bonheur, la paix : on se souhaite de très bonnes choses, généralement.

Peut-être des gens pervers souhaitent-ils le pire à leurs ennemis mais en tout cas, là, c’est plutôt la paix, la santé, la joie, quelqu’un a dit l’argent, le bonheur, le meilleur du meilleur. Dans cette noce de Cana, le vin à cette valeur-là : le meilleur du meilleur. Le meilleur du meilleur est représenté, rassemblé, présenté même, par ce vin et en plus, le vin lui-même est bon jusqu’au bout, donc on est vraiment au sommet du meilleur.

 

Je vais prendre un autre exemple (c’est un peu une affaire d’opinion, mais) quel est le meilleur moment de l’année quand on veut regarder le paysage qui nous environne, dans le barsuraubois ?

À votre avis quel est le moment le plus beau, qui vous emporte le plus, qui vous fait le plus rêver, qui vous attire ? Quel est le moment de l’année ? Le printemps, à ma main droite, l’automne en face, Qui dit mieux, l’hiver? Bon, il ne reste plus qu’un choix : l’été.

 

En tout cas, pour chacun, il y a un moment qui est le moment qui fait le plus rêver, méditer, qui nous emporte. En fonction des tempéraments, ça varie ; eh bien, pareil, si ça vous permet aux uns et aux autres d’atteindre la cime de votre cœur, eh bien là encore, vous rentrez dans la signification du vin, le bon vin.

 

Jésus est celui qui nous pourvoit en bon vin ; sans lui, il n’y a pas ce bon vin. Que seraient les noces sans du bon vin ? Que ce serait une année sans printemps ? Que ce serait une année sans l’automne, Béatrix? Que ce serait une année si l’on ne pouvait pas atteindre une bonne santé ou tout du moins se la souhaiter ou en tout cas, la paix et le bonheur ; qu’est-ce que ce serait ? Que serait des noces sans ce vin-là ? Que serait une communauté sans la relation fraternelle ?

Il manquerait le vin.

 

Jésus seul, apporte ce vin-là, le vin de la joie.Le vin de la fête, ce serait au fond, pour nous, l’Esprit même, la cime de notre cœur, ce que nous visons.

 

Je vous propose de retenir trois choses de ce texte de l’Évangile : la première chose, c’est que chaque fois que nous sommes réunis pour une eucharistie ou tout autre sacrement, que ce soit l’hiver, que l’assemblée soit clairsemée, que ce soit au contraire, les meilleurs moments et qu’il y ait de la fête, qu’il y ait des familles présentes ou qu’il n’y en ait pas, que nous soyons dans une grande fête liturgique ou pas du tout, chaque fois que nous sommes rassemblés par un sacrement, c’est le Christ qui nous invite et là est le vin, (quelle que soit notre impression) ; là est le vin.

Ça, c’est la première leçon de ce texte de l’Évangile : Jésus est pourvoyeur de vin, de bon vin et dans l’eucharistie en plus, ce bon vin, on le retrouve avec la coupe du sang versé.

 

La deuxième leçon, c’est dans ce texte de l’Évangile : il y a des serviteurs. Sans eux, il ne peut pas y avoir ce bon vin ; c’est eux qui se remontent les manches, ils écoutent l’ordre qui vient de Jésus ; c’est eux qui vont verser dans chacune de ces jarres, 100 l d’eau (il y en a six : vous avez 600 l) ; c’est eux qui vont puiser ; c’est eux qui vont porter au maître du repas. Sans les serviteurs, pas de bon vin, même s’il y a Jésus. Que cela peut-il signifier pour nous, cette deuxième leçon ? Je vais prendre l’exemple, si vous le permettez, de la vigne :La vigne fait partie de notre paysage, de notre économie locale et peut participer aussi de nos fêtes, par le champagne qu’elle peut produire mais aussi par ‘la route de champagne’, la ‘Saint-Vincent’ et autres moments qui nous rassemblent.

Dans ces meilleurs moments, la vigne nous enchante mais la vigne ne vient pas par enchantement : il faut la travailler, il faut (toutes les tâches que nous amis viticulteurs connaissent bien) la tailler, il faut la surveiller, il faut la soigner, il faut vendanger et il faut s’occuper de tout ça ; il y a un côté très laborieux, il y a un côté,’ il faut se remonter les manches’ ; avant de pouvoir profiter du meilleur, il faut s’efforcer, il faut déployer du courage.

Eh bien, c’est pareil, c’est ce que font ces serviteurs : avant de profiter du meilleur, il faut travailler ; avant qu’une communauté paroissiale soit réjouissante et pétillante, il faut qu’il y ait en elle, parmi elle, des personnes qui se relèvent les manches, qui la servent, qui créent du lien. Avant qu’un paysage nous émerveille, il faut le modeler et le soigner ; c’est pareil. Nous ne pouvons pas profiter de la joie du bon vin si en même temps, nous ne sommes pas du côté des coulisses et du service ; ce service s’appelle les vertus.

 

Si nous ne déployons pas dans nos vies, cet effort, ce courage, ce travail vis-à-vis de nous-mêmes, des autres, de l’Eglise que nous servons, du monde ; avant de profiter du beurre et de son argent et de la crèmière, il faut le travailler. Il y a et les serviteurs et il y a le Christ.

 

La troisième leçon et c’est ma conclusion (vous tenez le coup ?): ‘Femme, mon heure n’est pas encore venue’, dit Jésus à sa mère et puis, quand il le décide, il donne des consignes aux serviteurs. Nous ne sommes pas maître des agendas et des horloges du bon Dieu, c’est lui qui décide. Nous aimerions bien que le moment favorable soit lié à nos décisions mais ça n’est pas comme ça ; le moment favorable, le temps de Dieu c’est à lui seul.Ça demande de notre part, beaucoup d’abandon, beaucoup d’écoute, beaucoup de patience et beaucoup d’obéissance ; ce que nos amis qui travaillent la vigne, savent parfois. Parfois, on pense qu’à ce moment-ci, il va se passer quelque chose dans la vigne et ça ne se passe pas (et inversement) mais c’est vrai dans nos propres vies.

 

Si cette noce est réussie, c’est parce que le moment venu (que Dieu seul connaît), Jésus a donné ses consignes à ces serviteurs qui étaient prêt à y répondre. C’est la troisième leçon, celle de l’abandon.

 

Chers amis, on pourrait lire ce texte un peu comme une sorte de programme pour nous, cette année : d’abord, quelles que soient nos impressions, chaque fois que le Christ est là, il y a le vin de la fête.

Ensuite, ce n’est jamais sans nos manches relevées et notre implication personnelle.

Troisièmement, mettons-nous dans le temps même de Dieu :

grandissons en patience et en écoute : Lui seul est maître de nos calendriers et de nos horloges.

Amen.

 

 

 

 

Vendredi 18 Janvier 

He 4, 1-5.11 : La foi introduit dans le repos de Dieu.

Ps 77

Mc 2, 1-12 : Guérison d’un paralytique.

 

Par le thème des rencontres, que Jésus fait en ce début de l’Évangile de Marc, nous pouvons associer dans notre prière communautaire

et personnelle, toutes les personnes que nous connaissons qui souffrent une infirmité.

Par ailleurs, comme nous l’avons vu les jours qui précèdent, la visite de Jésus, à travers ces territoires et ces populations de Galilée, permet de recréer ou de remettre sur pied ou en place, la création des origines.

 

Aujourd’hui, nous pouvons nous laisser attirer par cette parole : ‘Dieu seul est Un’, tandis que dans ce passage de l’Ecriture, nous voyons que l’humain, lui, est divisé. Il est divisé de trois fois façons :

 

La première façon: on reproche à Jésus de ne pas pouvoir pardonner car ‘Dieu seul, peut pardonner’ mais c’est méconnaître qui est Jésus et le méconnaître c’est diviser Dieu.

Dieu est Un :

il est Un, Père, révélé dans le Fils, dans la puissance de l’unique Esprit Saint.

Celui qui divise Dieu c’est celui qui est lui-même, divisé. Dans ce passage, tous le sont, hormis quelques personnes : quatre hommes qui ont l’audace d’apporter leur compagnon malade.

 

La division est manifestée d’une autre façon encore : Dieu est Un, l’homme est unique aussi, il n’est pas compartimenté ou saucissonné.

Les sciences humaines qui sont nées à la fin du XIXe siècle, compartimentent terriblement : il y a le psychisme, il y a le soma, (le corps), il y a l’affectivité, il y a la spiritualité ; mais l’homme est un. Jésus pardonne et guérit à la fois.

 

La troisième façon de diviser, c’est cette façon dont nous mettons (parce que c’est un nous) à part,

à côté, ceux qui sont en panne.

Ce paralysé est littéralement en panne puisqu’il est paralysé (des personnes en panne, il y en a beaucoup) et on peut même se demander d’ailleurs, s’il l’est vraiment ou si c’est la foule qui ne l’aurait pas condamné à être en panne ; en tout cas, il est à part.

 

La création paraît, là, divisée : quelques-uns en panne, à côté et d’autres en foule, à l’intérieur. Il y a l’audace de ces quatre hommes, qui consiste à réunir ce qui a été divisé et d’apporter, même par le toit, cet homme. Il ressort debout, son brancard sous le bras ; il est réintégré.

 

Alors, le diviseur qui met en pagaille

ou en tohu-bohu la création d’origine du Père, est vaincu par l’action toute puissante du Fils.

Dieu est Un, l’homme est un et le corps social est un.

Nous avons notre place, chacun, dans cette création.

Amen.

 

 

 

 

Jeudi 17 janvier 

Eph 6, 10-18 : Le combat spirituel

Ps

Mt 19, 16-21 : Le jeune homme riche.

 

Plusieurs petites choses :

la première, à partir de cette première lecture que Claude-Annie nous a faite dans la lettre de Paul aux Ephésiens (nous sommes à la fin de la lettre) : ‘puisez votre énergie dans le Seigneur et dans la vigueur de sa force ; revêtez l’équipement de Dieu’ et ensuite l’apôtre parle d’une lutte contre les forces invisibles du monde. Nous pouvons y opposer une autre force invisible, qui est aussi dans le monde, puisque là où nous sommes, cette force est mais ça n’est pas la force des esprits du mal.

C’est la force de l’Esprit de Dieu, l’Esprit Saint.

 

Rappelons-nous tel que nous le dit dans l’Évangile de Jean, Jésus à Nicodème : ‘le vent souffle où il veut, nous l’entendons mais nous ne savons pas d’où il vient ni où il va’ et cet Esprit Saint est une force, où que nous soyons : dans le monde ou à l’extérieur, enfermé ou dehors (ça n’a pas d’importance) ; cette force traverse nos vies. Nous ne pouvons rien faire contre elle.

 

Si !

Nous pouvons choisir de nous laisser pousser par elle ; mais si nous la prenons dans le mauvais sens, elle nous détruit ; ça reste l’Esprit Saint, l’Esprit de Dieu.

Un bateau qui prend mal un courant, un vent ; une maison mal construite, la tentative de bloquer le vent dans je ne sais pas trop quel courant ou couloir, ferait que, de toutes les façons, le vent serait vainqueur mais il serait destructeur.

 

En revanche, je peux prendre ce souffle ou ce vent, dans son sens à lui et il est source d’énergie.

C’est comme ça que faisaient les meuniers, c’est comme ça que font les navigateurs, cette force-là, c’est comme ça que nous faisons pour produire de l’électricité aujourd’hui et c’est comme ça que nous faisons pour avancer dans nos vies.

 

Donc l’équipement (l’équipement de la foi que propose Paul à ses auditeurs éphésiens), ça n’est pas de faire la guerre contre quoi que ce soit sinon, de mieux connaître cette force qui traverse nos vies et du coup, de mieux se distancer de celle qui nous trompe.

 

Le deuxième aspect, c’est par rapport aux commandements dans l’Évangile : Obéir aux commandements de Dieu.

Jésus, jamais, ne va abroger les commandements ; jamais, il n’abrogera La loi, jamais ; c’est la raison pour laquelle (dans l’Évangile que nous aurions pu lire aujourd’hui mais il y avait un Évangile à peu près semblable la semaine dernière, je me souviens déjà en avoir parlé) Jésus passe par-dessus les commandements en touchant le lépreux ; c’est vrai mais que demande-t-il tout de suite après au lépreux ?

‘Va te faire voir par les prêtres comme l’a dit Moïse’ ; donc, il se remet sous le joug des commandements. Jésus, nous le savons par son ministère, sa mort et sa résurrection, nous permet de rentrer dans une Loi nouvelle mais c’est toujours une affaire de loi (c’est une Loi nouvelle) ; il ne met pas de croix sur le mot.

 

Qu’est-ce qui fait loi dans notre vie ?

Eh bien, il y a une réalité qui fait loi dans notre vie : c’est nous-mêmes, qu’on le veuille ou non. Il suffit que vous viviez solitaire et vous verrez bien vite qu’il y a quelqu’un de trop : c’est vous. Alors, il faut apprivoiser ce ‘quelqu’un de trop’, apprendre à vivre en bonne compagnie, n’est-ce pas Claude-Annie ?

Ça nécessite obéissance, non pas à soi mais obéissance à Celui qui est plus grand que nous, pour vivre en bonne compagnie avec nous-mêmes sinon, c’est la faute de tous les autres (on le sait bien !) : ceux qui ne sont pas là, ceux qui ne nous accueillent pas, ceux qui ne nous écoutent pas, ceux qui ne nous comprennent pas : quelqu’un fait loi : c’est nous mais nous grandissons ou nous vivons avec, en obéissant à plus grand que nous. Sinon, c’est le vertige : on ne peut pas être l’auteur et l’exécuteur de notre propre loi, ce n’est pas possible ; c’est le suicide. Saint-Antoine l’a bien découvert dans son exil, dans le désert.

 

Troisième aspect (et le dernier) qui font loi pour chacun d’entre nous par notre baptême : d’une, se rappeler que Dieu, toujours donne ; il donne.

De deux : que son Nom est tout-puissant ; nous pouvons l’invoquer sans cesse.

Et de trois : le courage est une vertu ; il nous appartient de la mettre en œuvre.

 

Dieu donne,

Invoquer le Nom tout-puissant de Jésus

Et se décider d’avoir du courage : ces trois choses nous permettent d’être parfaits.

Amen.

 

 

 

 

Mercredi 16 Janvier 

He 2, 14-18 : Le sacerdoce du Christ.

Ps 104

Mc 1, 29-39 : Guérison de la belle-mère de Simon-Pierre. Guérisons multiples.Jésus quitte secrètement Capharnaüm et parcourt la Galilée

 

Nous sommes dans cette grande semaine inaugurale du temps ordinaire (première semaine) durant laquelle Jésus accomplit, sans s’arrêter, un grand nombre de signes et nous savons que le premier grand signe, (celui qui est accueilli comme un grand signe) sera celui accueilli dimanche : le signe des noces de Cana.

 

Tout porte à croire que Jésus vient recréer des conditions qui ont été perdues.

Souvenez-vous (si nous pouvons nous en souvenir) le jardin des Origines, son accès est barré depuis que nos aïeux en ont été expulsés mais voici que Jésus semble en recréer quelques conditions comme s’il installait parmi nous, ce que notre cœur désire et ce désir est le désir de Dieu lui-même : cette harmonie et cette communion des Origines.

 

Jésus relève la belle-mère de Simon Pierre (on pourrait y voir la recréation de cette femme, de cette Eve qui va devenir la Femme, la Mère de tous, dont Marie sera par excellence, la figure) de la même façon qu’Adam ‘a pu donner vie’ à Eve dans le jardin des Origines.

 Nous voyons cette grande foule de gens atteints d’un mal, qui se pressent à la porte et Jésus qui vient comme discriminer, séparer tel un tamis, chassant les démons et la maladie, recréant compagnie des Origines : l’homme qui avait pour comme compagnie toutes sortes de créatures.

Jésus n’a pas pour compagnie, le mal mais il a pour compagnie toutes ces personnes qui sont là et qui attendent d’en être délivrées (du mal) et il les délivre.

 

Jésus prie, tout à l’écoute comme a pu l’être, (avant qu’il ne devienne trop oublieux) Adam lui-même, à l’écoute de la voix du Créateur.

‘tout le monde te cherche, où es-tu ?’ disent ses disciples alors que c’est Dieu qui a dû chercher Adam et Eve après qu’ils se soient cachés.

‘Allons ailleurs, dans les villages voisins afin que là aussi, je proclame l’Évangile : c’est pour cela que je suis sorti’.

Et oui, nos aïeux sont sortis, malgré eux ; ils le regrettent (et nous avec) et si Jésus est sorti c’est pour mieux nous y faire rentrer à nouveau, dans ce jardin.

 

Contemplons l’œuvre de recréation de Jésus et c’est ce qu’il fera pendant tout son pèlerinage jusqu’à Jérusalem

et c’est ce qu’il fait aujourd’hui, lui qui est descendu aux enfers,

dans nos enfers pour prêcher et nous libérer.

Amen.

 

 

 

 

Mardi 15 janvier 

He 2, 5-12 : Exégèse du psaume 8.

Ps 8

Mc 1, 21-28 : Jésus enseigne à Capharnaüm et guérit un démoniaque.

 

Nous sommes un peu, dans la semaine inaugurale de Jésus,

la première semaine de sa vie publique après son baptême et c’est précisément la première semaine du temps ordinaire.

Nous voyons se succéder des signes et dimanche nous aurons le signe par excellence, le premier grand signe qu’il fera : les noces de Cana.

 

Hier, nous avons vu Jésus aller à la rencontre de quelques pêcheurs de poissons, Jésus qui entre dans le quotidien de la vie de ces hommes, comme il se propose de le faire par sa parole, dans la nôtre.

L’enchantement que nous a procuré Noël est, d’une certaine façon, terminé.

 

Comment la platitude de nos vies de chaque jour, peut-elle accueillir la parole pour ce qu’il est réellement, une parole de Dieu ?

Il est cette parole, Jésus.

Et cette parole, dans cette rencontre dans la synagogue, à Capharnaüm, vient faire taire un cri et Jésus va dire avec autorité : ‘Sors de cet homme, tais-toi !’

 

‘Qu’est-ce de nous à toi, Jésus de Nazareth ?’ disent les démons, un peu comme Jésus dira une chose à peu près semblable à sa mère, à Cana : ‘quoi entre toi et moi, femme ?’

Qu’est-ce de nous à toi, Jésus de Nazareth ? disent les démons.

Une parole, de leur côté, qui va les mettre à distance de Jésus

comme Jésus se mettra à distance de sa mère, avant qu’elle ne devienne la mère de l’humanité.

L’autorité de la parole de Jésus vient mettre à distance, non pas pour abandonner, non pas pour trier

mais pour réordonner, pour remettre chaque chose à sa place, dans l’ordonnancement des premiers jours de la création, cette semaine inaugurale de la création : sept jours pour séparer la lumière des ténèbres, le ciel de la terre etc. Jésus va faire de même par l’autorité de sa parole.

 

Nous pouvons retenir deux choses : Jésus se met à distance des démons, du coup, les démons deviennent démons ; ils nous apparaissent comme tels. Tant qu’ils sont mêlés à cet homme dans la synagogue, on pourrait croire que qu’ils sont cet homme et cet homme est ‘les démons’ mais non!

 

Par sa parole toute-puissante, Jésus vient séparer les démons de l’amour, de l’amour même du Père.

 

Deux conséquences pour nous : soit nous voulons, soit nous ne voulons pas (mais si nous voulons il faut s’y mettre), c’est d’accueillir la parole et l’écouter et lui obéir à cette parole, lui donner autorité dans nos vies.

 

Et la deuxième : c’est de revenir au fondement de notre baptême car, par notre baptême, nous avons été dépouillés du vieil Adam, par notre baptême, nous avons été remis dans la clarification de cette semaine inaugurale ;

par notre baptême, le tri s’est fait entre ce qui est péché et ce qui ne l’est pas.

Revenons à ce baptême ; nous avons été baptisés, ne l’oublions pas.

Amen.


Dimanche 13 janvier : le Baptême du Seigneur (la fête sans frontière)

Is 40, 1-5.9-11 : Annonce de la délivrance.
Ps 103

Tt 2, 11-14 ; 3, 4-7 :

Lc 3, 15-16.21-22 : Prédication de Jean-Baptiste. Baptême de Jésus.

 

Chers amis, pour ceux qui ont été un peu attentifs aux dimanches qui ont précédé Noël, les dimanches de l’Avent, la figure de Jean le Baptiste a déjà été présente mais Jean le Baptiste, dans tous les passages de l’Évangile que nous avons entendu n’était pas en contact avec Jésus.

Et là, nous terminons le temps de Noël et Jean-Baptiste est, ô combien, en contact avec lui : c’est lui qui le baptise.

 

Cette fête du baptême de Jésus devrait nous rappeler notre propre baptême, les uns, les autres.

Nous sommes certainement 95 % de l’assemblée à avoir déjà été baptisés, ce trésor que nous avons reçu, pour la plupart, quand nous étions tout petit, petit.

Certains parmi les enfants qui sont au KT, préparent leur baptême : ils seront baptisés à la Veillée Pascale, cette année ; notre baptême.

 

Je vous invite à être attentifs à trois tentations du chrétien, quatre même :

 

La première tentation c’est : de ne pas écouter,

oublier.

Est-ce que vous vous souvenez des quatre verbes du pape François, tout à l’heure ?

Les quatre verbes du pape François, qu’on a entendu : accueillir, protéger, promouvoir, intégrer.

Ça c’était la première tentation. Très bien ! nous avons réussi notre examen.

 

La deuxième tentation du chrétien, c’est : toujours vouloir se comparer au Bon Dieu.

Alors, comme le Dieu est bon et nous, nous ne sommes pas Dieu alors, la tentation du chrétien c’est de dire : ‘moi je ne suis rien du tout devant lui (une crotte de bique, tout petit.

Je n’arriverai jamais à ses semelles, jamais je ne pourrai enlever la courroie de ses sandales, je ne suis pas digne).

La seule chose que je peux faire donc devant le bon Dieu c’est de me faire tellement petit qu’il ne peut même pas me voir : je me cache sous les plinthes comme les araignées.

C’est la tentation de se comparer à Celui que nous considérons comme parfait, grand, excellent, saint ; ça, c’est une grave tentation parce que le Bon Dieu a beau être bon, grand, parfait, saint, Il nous donne de pouvoir devenir comme Lui.

Alors, chassez cette tentation ; c’est affaire d’éducation chez la plupart d’entre nous : quand on était petit (il y a fort longtemps), on a entendu les grandes personnes nous dire : ‘fais attention, le Bon Dieu va te punir’. Ça, c’est une mauvaise tentation : chassez ça de votre tête.

 

La troisième tentation : c’est de se comparer aux autres.

Alors là, pour le coup, on est bien mieux que les autres : tous les autres sont très nuls ; on est bien mieux qu’eux. Le monde est noir, il n’y a que nous qui voyons clair et puis tous les autres, ne connaissent pas Dieu comme je le connais et puis tous les autres sont des étrangers (qui sont mauvais, d’ailleurs !). Alors, quand on se compare aux autres, on est, pour le coup (c’est tout l’inverse d’avec le Bon Dieu) on est supérieur.

Alors, forcément, les autres nous dérangent puisqu’ils sont en-dessous de nous, ils nous gênent.

Il faut chasser ça aussi de nos cœurs, c’était troisième tentation, il faut l’enlever : mauvaise tentation parce que quand on se compare aux autres, on s’isole sur une île, une belle île déserte avec des beaux palmiers, des baobabs (Anne-Sophie aime bien ça) et puis, on vit tout seul sur sa planète.

 Il faut enlever cette tentation aussi parce qu’à Noël, on fête Dieu qui rejoint l’homme et l’homme qui rejoint Dieu ; il n’y a pas de plus parfait, il n’y a pas de moins parfait ; ce n’est pas une affaire de perfection.

 

La quatrième tentation : (vous vous souvenez de la première ? La première tentation, c’était de ne pas écouter ce qu’on raconte et de ne pas s’en souvenir.

La deuxième tentation, c’est de se comparer au Bon Dieu.

La troisième tentation, c’est de se comparer aux autres).

La quatrième, c’est de vouloir se comparer à soi-même.

Alors là, il faut être un petit peu dingo : comment peut-on se comparer à soi-même ?

C’est exactement ce qu’on fait quand on se regarde dans un miroir, le matin : ‘oh là ! là ! aujourd’hui, je suis plus beau qu’hier, je vais plaire,je vais mettre un petit peu de maquillage ou je vais mieux me raser la barbe’.

Ça c’est la tentation du nombril ; pour le coup, tous les autres sont ni mieux ni moins bien, ils n’existent pas du tout, je me prends pour le bon Dieu. Et je suis tellement éblouissant, que je m’aveugle. Ça, c’est une grande tentation aussi et on voudrait que la communauté chrétienne me ressemble etc.(ou le monde tout entier : je voudrai que tout le monde me ressemble), ça c’est la tentation de la monotonie ou de vertige.

 

On chasse c’est quatre tentations-là et je vous propose une solution, une porte de sortie, une issue de secours, une heureuse voie (v o i e), un heureux chemin qui est de plonger (c’est un cinquième verbe après accueillir, protéger, promouvoir et intégrer) c’est le verbe plonger ; (ce qu’on ne peut pas faire à Bar sur Aube, en ce moment mais ça va venir bientôt, avec la nouvelle piscine), plonger dans le bain du baptême.

 

Rappelons-nous que nous sommes des baptisés et donc nous n’avons pas à nous tortiller, à nous gratter sous le coude pour savoir si on est mieux ou moins bien, on est tout simplement en Dieu et Dieu en nous ; point, c’est tout ; c’est aussi simple que cela.

On n’a pas à se mettre la rate au court-bouillon, c’est facile.

 

Alors, vous avez vu dans l’Évangile : Jésus est plongé dans le bain du baptême.

Le baptême que Jean-Baptiste donnait, était un baptême juif (que les juifs faisaient et qu’ils font toujours) ; beaucoup de d’ablutions.

Tout à l’heure, vous allez voir le prêtre et un servant d’autel va venir vers lui et lui mettre quelques gouttes d’eau sur les mains et le prêtre va dire : ‘lave moi de mes fautes, de mon péché, purifie-moi’.

Ce sont des ablutions pour dire : ‘Seigneur, viens me rendre plus pur, viens préparer mon cœur’ ; c’était ça le baptême que Jean-Baptiste donnait. Il y avait plein de gens qui s’attendaient à accueillir le Messie ils voulaient se préparer à cela (alors, il y avait plein de gens qui se faisaient baptiser par Jean-Baptiste) et il y avait Jésus parmi les pécheurs (il ne l’était pas, pécheur) mais il a reçu le même baptême.

 

Par contre, le baptême que nous avons reçu, nous, ce n’est pas ça.

Le baptême que nous avons reçu quand nous étions grands comme ça, ce n’est pas le même baptême, c’est un baptême qui nous donne une puissance, une énergie : l’Esprit Saint.

 

C’est l’Esprit Saint qui vient du Ciel, dans l’Évangile ; le Ciel s’ouvre comme le rideau du temple, au moment où Jésus meurt.

Le Ciel s’ouvre et l’Esprit, sous l’apparence d’une colombe, vient, cette puissance qu’il nous donne. L’Esprit Saint, je vais vous raconter une petite histoire.

 

Vous savez que l’Esprit Saint est vraiment puissant, nous l’avons tous reçu et des jeunes qui sont dans notre assemblée (entre autres, pas tous), se préparent à la confirmation pour confirmer l’Esprit Saint de leur baptême. L’Esprit Saint, on le reçoit, si on e demande et dans l’intention de le recevoir.

 

Une petite histoire que je vous ai déjà racontée : c’est quelqu’un qui habitait Bayel et puis, une année il y a eu une crue immense. L’eau est montée, l’eau est montée, l’eau est montée, l’eau est montée ; alors, les pouvoirs publics se sont organisés pour évacuer les populations parce que l’eau allait inonder les maisons.

Alors un monsieur a dit : ‘non ! moi je compte sur Dieu.

Je prie le bon Dieu, il me connaît, il me sauvera’.

Bon, ils repartent avec leur camionnette, les pompiers et l’eau monte, l’eau monte, l’eau monte.

Ils reviennent avec leur barque, les pompiers.

Ils veulent évacuer le monsieur qui est toujours dans sa maison ; cette fois-ci, il est passé dans le grenier donc l’eau est bien montée.

‘Mais il faut absolument venir, parce que vous allez être noyé

- non !non ! moi, je prie le Bon Dieu, il va me sauver, le Bon Dieu’.

Bon, alors ils repartent et l’eau monte, l’eau monte, l’eau monte et c’est en hélicoptère qu’ils reviennent, les braves :

‘Mais venez donc, vous voyez bien qu’il n’y a plus de solution’ (le type était sur son toit, il n’y avait plus d’autre solution).

Et là, il y a une voix qui vient du ciel, qui lui dit : ‘mais andouille, ça fait trois fois que je t’envoie des sauveteurs et tu veux encore que moi je te sauve ?

Mais qu’est-ce que je peux faire d’autre?’

Et bien, c’est exactement pareil avec l’Esprit Saint : au lieu de se comparer avec les autres, le bon Dieu est soi-même, autant demander ce dont on a besoin vraiment avec l’intention de le recevoir parce que, vous voyez, le brave homme n’avait pas tellement l’intention de recevoir les secours, puisqu’ils venaient et qu’il les rejetait.

 

Il y a de beaux fruits de l’Esprit Saint que l’on peut demander pour nous :

sagesse,

prudence,

connaissance,

adoration,

piété,

discernement ; on peut demander tout ça à l’Esprit Saint, ce sont des fruits de l’Esprit et alors là, nous serons de beaux visages,de beaux personnages très lumineux et nous sommes prêts à commencer cette nouvelle année.

Amen.

Mercredi 9 janvier 

1 Jn 4, 11-18 : A la source de la charité.

Ps 71

Mc 6, 45-52 : Jésus marche sur les eaux.

 

Jésus oblige ses disciples à prendre de la distance, à partir au large,à partir sans lui, il les oblige. Il les oblige également à prendre de la distance par rapport aux foules.

 

Souvenez-vous, c’était l’Évangile d’hier, hier il était question de la multiplication des pains.

Les foules sont prises d’une sorte de fièvre messianique : elles veulent faire de Jésus leur roi (nous lisons ça dans l’Évangile de Jean) et sans doute que les disciples font partie des foules, pour une part.

Voilà que les disciples sont obligés de s’éloigner des foules et sont obligés de s’éloigner de Jésus.

 

Ils vont être pris d’un tourment sur la mer, ils ont peur.

Une crainte en eux, révèle que l’Amour n’est encore pas complètement formé dans leur cœur ; 

une crainte en eux, révèle qu’ils sont plus sensibles au vent, à la bourrasque, qu’au souffle léger de l’Esprit Saint.

 

Alors, il leur faut encore apprendre (et nous aussi, d’ailleurs) et entrer dans la prière de Jésus : Jésus passe la nuit à prier. Nous verrons que le jour de son baptême, Jésus aura passé aussi du temps à la prière.

 

Pour que nous passions de la crainte à l’Amour et que nous vivions de l’Esprit Saint (comme nous le rappelle Jean, dans sa première lettre), sans doute, nous faut-il apprendre de la prière de Jésus. Une prière qui nous décolle de nous-mêmes, qui nous conduit au large et nous ouvre à la brise légère de l’Esprit, l’Esprit du Père et du Fils.

Amen.

 

 

 

 

Mardi 8 Janvier 

1Jn 4, 7-10 : A la source de la charité.

Ps 71

Mc 6, 34-44 : Première multiplication des pains.

 

Nous avons ici le récit d’une épiphanie, d’une manifestation de Dieu.

C’est une épiphanie comme nous en avons d’autres, quand nous récitons le chapelet et les mystères lumineux, dont font partie : le baptême, les noces de Cana, la transfiguration, la prédication du Royaume, le dernier repas de Jésus.

 

Nous avons ici cette multiplication des pains ; nous avons coutume de l’appeler aussi un miracle et on peut se redire quelques caractéristiques de ce miracle de la multiplication des pains : nous passons d’une grande foule, à des groupes organisés, nous passons de la débandade des échelons subsidiaires (pour dire autrement : les disciples qui sont prêts à renvoyer la foule), à leur propre organisation pour la collecte et ensuite la distribution.

Une autre caractéristique : l’émotion qui prend aux entrailles, Jésus.

Nous passons de cette émotion au geste de l’eucharistie.

Une autre caractéristique : nous passons de la rareté de la nourriture à l’abondance.

Tout ceci, dans ce texte, contribue à dire que c’est un miracle, (dit en d’autres termes encore, qui sont proprement théologiques) : nous avons sous les yeux l’organisation de ce que nous appelons ‘l’économie de la grâce’ (l’économie, pas sens de thésauriser, mettre dans la poche tout ce que nous avons en plus, pour en avoir encore en plus mais l’économie, au sens de l’organisation, l’organisation de nos communautés, de nos groupes, l’organisation de nos moyens pour pouvoir pourvoir au plus grand nombre ; vous savez que ça s’appelle également l’économie) et ce n’est pas une invention que théologique.

Cette économie concerne aussi l’Eglise et définit aussi l’Eglise, (elle dit ce que nous sommes nous, communauté) : nous ne sommes pas simplement des troupes affamées qui accourons auprès du prêtre et des sacrements ; nous prenons tous notre part dans l’organisation de la distribution de la grâce, dans l’organisation de l’expansion de cette grâce, de cette puissance qui vient de Dieu, auprès de tous.

 

Dans l’Évangile que nous avons lu dimanche dernier, des mages, (trois personnages étrangers) accourent vers la source de la grâce et là, d’une certaine façon, c’est tout l’inverse : cette source de la grâce va inventer les moyens, les canaux, les réseaux de distribution pour qu’elle puisse aller au large.

 

Hier d’ailleurs, c’était mis en illustration par Jésus qui se déplace aux confins, dans le territoire de la Décapole ; il se déplace. Là, des groupes se déplacent, ils viennent, mais il faut organiser la distribution.

 

Si on insiste à ce point là-dessus, c’est d’abord parce que c’est un petit rappel :

Noël ce n’est pas uniquement l’émotion subjective de chacun d’entre nous, Noël, c’est aussi chaque fois que cet amour est propagé de manière très concrète d’une part, et d’autre part parce que ça dit Dieu (dans sa partie la plus visible : c’est ce que nous sommes et ce que nous essayons d’être)  mais dans sa partie la plus invisible, la plus mystérieuse, la plus cachée : la relation du Père, du Fils et de l’Esprit, c’est aussi l’organisation de la diffusion de la grâce mais ça, c’est la partie la plus cachée que seuls, les Ecritures et les priants nous révèlent.

Amen.


Dimanche 6 janvier : L’Epiphanie du Seigneur

Is 60, 1-6 : Splendeur de Jérusalem.

Ps 71

Eph 3, 2-3a.5-6 : Paul, ministre du Mystère du Christ.

Mt 2, 1-12 : La visite des Mages.

 

Chers amis, je vous propose trois clefs de lecture de ce texte que nous avons entendu : ce récit de la nativité chez saint Matthieu.

Il n’y a pas de détails, (vous avez remarqué), de la naissance de Jésus mais c’est surtout, la visite de ces personnages lointains qui sont appelés Mages.

 

Le premier point d’attention, c’est tout simplement que tous les attributs de Noël sont là, tels que nous les avons entendus à la nuit de Noël avec le récit que nous en a fait saint Luc : nous avons un petit enfant, des personnages viennent lui rendre visite et il y a Marie qui est là et il y a aussi surtout, les attributs de ce petit enfant : il est à la fois roi, il est en même temps homme et il est Dieu, à travers ces présents qui sont faits par les Mages : l’or pour le roi, l’encens pour Dieu, la myrrhe pour l’homme.

C’est la première clef de lecture, c’est la raison pour laquelle, nous sommes toujours dans ce temps de Noël et nous ne cessons pas de déployer tout le Mystère de la nativité.

Le récit que nous en fait saint Matthieu ne dit, au fond, pas beaucoup de choses différentes de celui de saint Luc sauf, c’est mon deuxième point d’attention !

 

 Sauf : vous savez que nous avons coutume dans notre foi et dans notre lecture biblique, de toujours mettre en correspondance, (en tension) l’Ancien Testament et le Nouveau Testament et vous avez bien perçu pendant le temps de l’Avent, que toute l’espérance de la venue du Messie, qui est attendue et réalisée en Jésus-Christ, se fonde dans l’espérance de l’Ancien Testament.

 

Il y a deux grandes espérances dans l’Ancien Testament, qui sont repérables dans ce texte de la venue des Mages.

Première grande espérance : c’est un berger.

Le peuple de l’Ancien Testament est fatigué de ne pas (ou de ne plus) avoir le berger qu’il faut et les bergers qui conviennent. Nous sommes dans une civilisation pastorale, qui est née du nomadisme et les tout premiers bergers (en tout cas, dont on a retenu leurs qualités comme telles), c’étaient les patriarches (mais des bergers de troupeaux, des bergers tout à fait concrets, tels que peut-être, nous en connaissons, ici ou là) : ils sont à la fois, des protecteurs contre les bêtes sauvages et en même temps, ils vont être ceux qui connaissent chacune de leurs brebis ou des bêtes de leur troupeau pour les soigner et les guérir ou les accompagner comme il convient.

 

Ces bergers humains, c’était pour le peuple lui-même (et non plus pour le troupeau), c’étaient les patriarches.

Ensuite il y a eu des Juges (et des bergers, il y en a surtout eu des mauvais : parmi, par exemple, les rois ou bien encore, un certain nombre de prêtres ont été de mauvais bergers) et c’est ce que nous trouvons dans l’Ancien Testament : les prophètes qui fustigent ces mauvais bergers parce qu’au lieu de s’occuper de leur troupeau, ils s’occupent d’eux-mêmes. Ils disparaissent quand un danger survient ; ce sont des mauvais bergers, ce qu’on n’attend pas d’un bon.L’attente du peuple d’Israël c’est de se dire : ‘quand est-ce que viendra enfin, (nous sommes fatigués de ne pas en avoir) ce berger-là, le Messie ?

 

Et la deuxième grande attente c’est le roi, un roi.

Il y a un peu la tentation de faire comme les nations étrangères mais à la grande différence des nations étrangères, c’est que le roi n’est pas Dieu et Dieu n’est pas le roi.

Par contre, on a besoin d’un roi, parce que ça nous protégerait des agressions extérieures, (un peu comme un berger) et puis parce qu’effectivement, il y aurait une sorte d’identification à ce que vivent les autres nations : nous aurions une sorte de stature qui nous permettrait de revendiquer le droit à la négociation avec les nations étrangères.

 

Mais des rois, il y en a eu quelques bons : on va retenir par exemple, David (évidemment), Josias et un certain nombre de très mauvais.

Pareil : il y a des rois qui au lieu d’adorer Dieu lui-même, vont créer un culte d’eux-mêmes ou bien vont adorer des divinités étrangères et des rois qui vont pactiser avec les étrangers, avec les ennemis ; bref, il va y avoir des gouvernants qui vont disperser le troupeau. Alors, la grande attente de l’Ancien Testament (en plus du berger), ça va être un roi, un roi messianique, un roi excellent, bien meilleur que les meilleurs rois que nous avons eus et le peuple d’Israël attend et l’un et l’autre dans une figure unique, qui serait le Messie.

 

Que viennent faire les Mages (vous avez noté qu’on ne dit pas qu’ils sont rois)

que viennent faire les Mages ?

Ils viennent voir le roi des juifs.

Alors, ils consultent à Jérusalem ; Hérode est un peu inquiet, il fait venir un certain nombre de personnes qui pourraient répondre à la question : nous avons des scribes, nous avons des grands prêtres ; ils ouvrent le livre de la parole de Dieu et voilà ce qui est écrit : ce roi doit naître à Bethléem en Judée parce que le prophète a dit : ‘Bethléem, terre de Juda, tu n’es certes pas le dernier parmi les chefs-lieux de Juda car de toi sortira un chef, qui sera le berger d’Israël, mon peuple’.

Donc Matthieu, dans le souvenir qu’il a, (qui lui a été rapporté à la naissance de Jésus, de la visite des Mages), a cette idée très forte que Jésus est ce roi et ce berger, tant attendus.

 

Si vous faites attention, ce sont des étrangers qui révèlent cela à Hérode, aux scribes et aux grands prêtres, alors qu’ils sont censés attendre ce Messie et ils ne le voient pas. Ce sont les étrangers qui leur révèlent, qui mettent le doigt dessus : ‘hé, il y a un Messie, il est là ! Nous, nous avons vu l’étoile qui nous a guidés, nous sommes en capacité de vous dire qu’il y a un roi des juifs, chez vous’.

Alors, c’est une espèce de critique terrible qui est faite auprès du peuple d’Israël de ce temps : ‘dans votre sein, il y a le Messie et vous ne le savez pas ?’

Et ce sont des étrangers qui le leur révèlent, ça c’était le deuxième point.

 

 Et le troisième, c’est de se dire que ce texte nous donne un certain nombre de critères très intéressants, par rapport à notre vocation à chacun. Je disais aux plus jeunes, hier, à la messe du samedi soir, qu’une vocation (je vous rappelle une définition assez simple de la vocation, de toute vocation, vocation chrétienne) : c’est risquer son unique existence (alors, quand on commence à avoir un peu de bouteille, on se doute qu’on a une unique existence mais quand on a l’âge de Louis par exemple, on pourrait s’imaginer qu’on en a plusieurs ; mais non ! on n’en a qu’une) ; notre unique existence, la risquer (parce que c’est un risque) pas seul mais avec d’autres, à la suite du Christ : ça c’est une vocation.

Une vocation chrétienne, une vocation à la suite du Christ ce n’est pas forcément devenir religieux, religieuse prêtre (c’est bien aussi !) mais on peut être grand scientifique, sportif, père de famille (et tout ça à la fois), à la suite du Christ en ayant risqué son unique existence : c’est une vocation.

 

Donc, il y a l’idée derrière, de l’écoute de ce, vers quoi nous sommes attendus, pour quoi nous sommes faits, vers quoi Dieu nous appelle : il y a l’idée de cela.

 

Entendre sa vocation, la découvrir, c’est à la fois se découvrir soi-même, découvrir Dieu et connaître le Christ et c’est exactement dans les mêmes termes que parle saint Paul dans sa lettre aux Ephésiens : avoir découvert sa vocation, c’est connaître le Mystère qui s’est révélé à nous ; ce n’est pas simplement dire : ‘papa maman, ça y est, je vais être pilote de ligne, c’est sûr et puis je vais épouser une femme et puis on va se marier à l’église.

Non ; ben oui, c’est bien, c’est très bien, tout ça est très bien mais, en même temps que tout ça, c’est : j’ai découvert le Christ ; tout ça va ensemble.

Je ne peux pas dire : j’ai découvert ma vie sans avoir découvert le Christ, ce n’est pas possible et je ne peux pas dire : j’ai découvert le Christ sans savoir ce pour quoi ma vie est faite, ce n’est pas possible, il manque encore un pas.

 

Mais celui qui est capable de dire : ‘j’ai découvert le Christ, je sais pour quoi ma vie est faite et j’y vais’, ça y est, il a trouvé. C’est une vocation et c’est y répondre, il faut l’entendre.

 

Alors pourquoi je dis tout ça à propos des Mages ?

Parce que les Mages sont formidables, dans le sens où ils nous donnent quelques critères. Ils nous en donnent au moins trois : pour découvrir notre propre vocation.

La première c’est : l’écoute et la vue, c’est être attentif aux signes.

Eux, c’est l’étoile mais ça va beaucoup passer aussi par notre regard et par notre audition et par le silence que nous sommes capables d’installer dans notre cœur pour être attentifs. Le premier point, c’est l’attention ; l’attention à cet appel qui est de toutes les façons, et extérieur à nous-mêmes

et intérieur à nous-mêmes,

 S’il n’y a pas d’attention, il n’y a rien et les Mages n’auraient pas vu l’étoile, ils n’auraient pas été jusqu’à Jérusalem et ensuite Bethléem ; ce n’est pas possible.

 

Donc, si nous sommes distraits par 1000 raisons (et en plus des raisons parfois, qui passent complètement inaperçues) jamais, notre vie n’aura de sens et jamais nous ne comprendrons le Christ. Et ce que je dis, c’est valable aussi pour les vieilles personnes parmi nous ; ce n’est pas que pour Louis, c’est pour tout le monde parce qu’on peut terminer sa vie dans la crainte et les grincements de dents. Toute personne qui a accompagné des personnes mourantes, le sait : la vie peut rester une énigme jusqu’au dernier souffle ; donc, il est encore temps si on ne veut pas ‘se geler les couennes’ à la messe le dimanche, sans savoir pourquoi on vient, ça peut être important de savoir quel est le Mystère que nous venons célébrer.

Donc, l’attention.

 

Ensuite, le deuxième point : le conseil.

Les Mages vont, à un moment donné, faire halte à Jérusalem (on sait qu’il y a un quiproquo : Hérode, les scribes ne savent pas qui est le Messie, mais pas importe) ils vont consulter ceux qui savent, qui connaissent l’Ecriture.

On ouvre la Bible ensemble et dans une découverte et du Christ (ce n’est pas que le catéchisme qui nous fait découvrir Jésus-Christ) découverte du Christ et de  notre vocation ; (ce n’est pas que le psy non plus ou que le cabinet de coaching). dans la découverte du Christ et de notre vocation, il est ultra essentiel de s’appuyer sur un accompagnement, un accompagnement spirituel. Ce que faisaient jadis, mes confrères, il y a 100 ans, quand ils écoutaient au confessionnal quelqu’un, ils ne faisaient pas uniquement d’écouter des listes de péchés : ils conseillaient ; mais aussi parce qu’il y avait des personnes qui étaient là pour attendre un conseil, également.

 

Le conseil ce n’est pas seulement : ‘ah ! vous feriez mieux d’allumer deux bougies au lieu d’une seule’ mais c’est l’aide au discernement. C’est ce que font les mages quand ils vont à Jérusalem, aide au discernement : ‘Il est où ?

Il y a une étoile, ça nous indique le lieu, mais où ?’

Et parfois, on ne peut pas tout seul, trouver.

 

Et le troisième point pour une vocation, c’est au moment où les Mages arrivent devant Jésus : ils déposent des cadeaux, ils ne prennent pas Jésus, ils ne plantent pas leur tente, ils ne décident pas de s’arrêter là, ils donnent, ils font des présents. Et une vocation ne peut pas faire l’impasse d’un don, d’un don de soi, d’une remise de soi-même.

 

Si une vocation est synonyme de rapacité, et d’accumulation et de conservation et de résistance et de protection et tous les verbes que l’on pourrait décliner dans ce sens, ça n’est pas encore une vocation et souvent d’ailleurs, quand on recherche ce que l’on peut faire de sa vie, il y a toujours une étape de résistance : on veut bien donner un petit peu mais pas tout, quoi !

Je vous avais parlé tout à l’heure de ‘risquer son unique existence’, ce n’est pas ‘donner un petit bout de ma vie’, c’est ‘risquer son unique existence’. Là, les Mages, ils donnent, ils donnent à la crèche, ils donnent au Christ, ils ne retiennent pas et ils ont découvert le Mystère.

 

Ce sont trois choses pour vous dire qu’ils ont découvert le Mystère parce qu’après, ils repartent en route : il n’y a plus d’étoile, ils n’ont plus besoin de contempler Jésus puisque Jésus, ils l’ont vu, ils le connaissent. D’ailleurs, quelqu’un qui est dans une dynamique d’une recherche du mystère et de découverte de sa vie, c’est quelqu’un qui jamais, ne va s’interrompre ; il est toujours en route. Les Mages continuent leur route mais ils n’ont plus besoin d’aller vers le Christ puisqu’ils ne connaissent, désormais.

 

Il y a l’attention, il y a le conseil et il y a le don.

 

C’était trois clefs de lecture que l’on peut faire de ce texte mais vous pouvez en faire d’autres et ce qui est très beau dans ce texte, c’est qu’il nous met en route.

Amen. 

 

 

 

 

Vendredi 4 Janvier :

1Jn 3, 7-10 : Première condition : rompre avec le péché.

Ps 97

Jn 1, 35-42 : Les premiers disciples.

 

Je voudrais tout d’abord faire une correction, procéder à un démenti : hier, lors de l’eucharistie, j’ai mis sur le même plan plusieurs récits qui sont des épiphanies (ceux qui n’étaient pas là, hier, ne le savent pas), j’ai mis sur le même plan : les Noces de Cana, j’ai mis sur le même plan : la Transfiguration (on aurait pu rajouter le Baptême de Jésus ainsi que l’Epiphanie).

Alors, ça c’est vrai, ce sont des textes qui sont tous des épiphanies, des manifestations de Dieu : dans les Noces de Cana, Dieu se manifeste, dans la Transfiguration, il se manifeste, au Baptême de Jésus, il se manifeste tout autant qu’il se manifeste aux Mages mais là où je me suis trompé, (mais c’était de bonne foi, veuillez m’excuser !), c’est que le dimanche de l’Epiphanie, tous les ans, c’est le même texte  et c’est la visite des Mages.

Je suis un peu troublé, parce que je suis certain dans ma tête qu’en d’autres temps ce fut différent mais, tant pis ! (comme vous le voyez je ne suis pas parfait).

 

Regardons les textes d’aujourd’hui : ‘ce qui a été semé par Dieu, demeure en lui’, dans la première lettre de Jean ; ce qui a été semé par Dieu.

Les commentateurs dans le passé, ont voulu s’interroger sur ce que signifie cette semence : peut-être, à la fois l’Esprit Saint, c’est peut-être, la parole de Dieu, c’est peut-être, l’onction : cette vérité à laquelle nous adhérons pas notre baptême au moment de l’onction. En tout cas, c’est quelque chose de primitif dans notre histoire, (qui ne remonte pas forcément à notre enfance ou à l’âge bébé) mais quelque chose qui est fondateur, qui fait date dans notre vie.

 

Il y a des événements fondateurs qui ne sont pas toujours des événements qui remontent à nos premiers jours d’existence mais en tout cas, c’est un moment fondateur qui est de Dieu et qui nous a fait naître ; et là encore, nous pouvons naître et renaître, pas uniquement le jour de la sortie de la matrice maternelle ; ça peut survenir bien après.

Ce qui a été semé dans nos cœurs peut être tout à  la fois : l’Esprit Saint, peut être la parole, peut être par notre baptême, l’onction. En tout cas, il s’agit là, de naître de Dieu.

 

Et nous avons dans cet Évangile, (nous sommes un nouveau jour ; quand vous lisez saint Jean, vous allez de lendemain en  lendemain) et aujourd’hui, des disciples de Jean-Baptiste rencontrent Jésus ; entendons cette question : ‘où demeures-tu ?’

‘Venez et vous verrez !’ : la réponse de Jésus.

Nous sommes dans les jours qui suivent Noël, nous sommes toujours dans le cycle de Noël et l’attention que porte la parole de Dieu pour nous, c’est : comment enraciner ce que nous avons célébré, le jour de Noël ?

Comment rester proche de la source à laquelle nous sommes allés puiser à Noël, sans nous en écarter de trop?

Comment continuer à cultiver cette beauté et cette bonté de la crèche sans trop vite, partir au désert ?

 

Ce qui est apporté par l’Ecriture, c’est cette mémoire : faisons mémoire les uns, les autres de ce qui en nous, un jour, nous a fait naître de Dieu. Nous sommes tous nés de Dieu.

 

Qu’est-ce qui, un jour, nous a fait naître de Dieu, comme Jésus est né à la crèche, comme les Mages sont nés de Dieu, comme les bergers sont nés de Dieu ?

Qu’est-ce qui nous a fait naître de Dieu, un jour ?

Quelle a été  notre crèche ?

Qui ?

Qu’est-ce qu’il nous a dit ?

Qu’est-ce qu’elle nous a dit ?

Quel témoignage avons-nous reçu ?

Qu’est-ce qui nous a fait renaître ?

 

Voilà la question et, une fois que nous faisons mémoire de cela, que nous exhumons cette naissance (ou cette renaissance), restons-y, demeurons car là, est le Christ.

Amen.

 

 

 

 

Jeudi 3 janvier 

1Jn 2, 29-3,6 : Vivre en enfants de Dieu.

Ps 97

Jn 1, 29-34 : le témoignage de Jean.

 

Nous sommes dans l’Évangile de saint Jean ; souvenez-vous le jour de Noël, dans nous lisons dans les églises le Prologue, (le premier chapitre de l’Évangile selon saint Jean) et là nous sommes dans une partie de l’Évangile qui est divisé en journées.

Si vous avez prêté attention j’ai commencé en disant : ‘le lendemain, voyant Jésus venir vers lui’.

 

La suite du Prologue (puisque nous sommes à la suite du Prologue,) est divisée en différentes journées qui nous séparent d’un événement important : ce sont les noces de Cana. Le lendemain et puis le lendemain et encore le lendemain et un autre lendemain et nous arrivons aux noces de Cana.

 

Vous savez que dimanche prochain nous allons célébrer l’Epiphanie du Seigneur et que tous les ans, on ne lit pas le récit des mages qui se déplacent  pour voir Jésus dans l’Evangile de Matthieu ; c’est tous les trois ans que nous lisons ce récit.

 

Quand ça n’est pas ‘les mages’, que lisons-nous ?

D’autres épiphanies, d’autres manifestations du Seigneur : nous avons ‘les noces de Cana’et puis, nous avons ‘la transfiguration’.

 Tout ça pour vous dire que, dans l’Évangile de Jean, nous avons plusieurs lendemains qui nous séparent d’une épiphanie (d’une manifestation lumineuse) sauf que la lumière chez saint Jean, la lumière est toute  intérieure, elle n’est pas physique, cette lumière, chez saint Jean. Les noces de Cana sont pour Jean, une épiphanie : il n’y a pas de mages chez saint Jean,  il n’y a pas de transfiguration non plus, chez St-Jean,  il y a les noces de Cana.

 

Ça c’est la première chose, la deuxième chose c’est que nous sommes dans les jours qui suivent Noël, donc on a passé le temps de l’Octave, (les huit jours qui suivent) et je ne sais pas si ça vous fait cela, vous-mêmes mais il arrive qu’un événement auquel on s’est préparé pendant très longtemps (comme par exemple Noël et les quatre semaines de l’Avent), une fois que nous le vivons le plus proche possible, il y a effectivement une joie, sans doute une paix, une vraie rencontre : c’est Noël, on s’y est préparé et c’est vrai pour n’importe quel autre événement.

 

Les jours qui suivent, on prolonge ; c’est formidable mais à un moment donné, le soufflé retombe ; c’est comme si ça paraissait déjà lointain et l’extase ou la grandeur de la rencontre vécue, tout d’un coup semble s’évanouir et on se dit alors : ‘mais où est le Seigneur  ?

Seigneur, Seigneur, je t’ai rencontré mais où es-tu ?’

C’est précisément l’objet de cette semaine qui nous sépare du 1er janvier jusqu’à l’Epiphanie.

 

Comment faire pour garder tous les fruits glaner le maximum de miettes de ce que nous avons vécu à Noël, ne pas le perdre mais installer Noël dans toute notre année ?

 

 C’est comme si nous étions un maraîcher qui va conserver un certain nombre de légumes le plus longtemps possible (je ne compare Noël à un légume) mais comment garder le plus longtemps possible les fruits de ce que nous avons vécu ?

 

Et là, la rencontre entre Jean-Baptiste et Jésus est précieuse. D’ailleurs, si vous vous en rendez compte, dans le texte que nous avons lu, il n’y a pas de rencontre (il y en a eu une mais nous n’en sommes pas témoins, c’est raconté comme par exemple pour le baptême lui-même : ‘il n’est pas vécu’, il est raconté).

 

La deuxième chose c’est que Jean-Baptiste dit, au moins deux fois, qu’il ne connaît pas Jésus, qu’’il ne le connaissait pas’.

Ça détonne un petit peu avec ce qu’on devine avec les autres Évangiles : Jean-Baptiste et Jésus seraient cousins, forcément ils auraient vécu un temps ensemble : ‘Je ne le connaissais pas’.

Et puis, nous avons cette mention de l’Esprit Saint, l’Esprit Saint qui descend sur Jésus au moment de son baptême et qui révèle Jésus.

 

Tout ça pour se dire que nous-mêmes, à Noël nous nous sommes approchés de très près mais nous ne pouvons pas arrêter notre histoire, nous n’avons pas pris la place de Jésus et Jésus n’a pas pris la nôtre.

Il n’y a qu’une seule façon de faire durer cette illumination de Noël, c’est en prenant la ferme résolution, la grande décision de toujours demander pour nous, l’Esprit Saint car l’Esprit Saint c’est les rayons de la lumière, c’est les fruits de Dieu lui-même, c’est ses dons. Jésus n’a pas pris notre place, nous n’avons pas pris la sienne mais en revanche, nous pouvons être très proches de lui et avec lui par ses fruits, par son rayonnement : ce sont les fruits de l’Esprit Saint. Il faut le réclamer pour nous-mêmes.

 

Nous ne pouvons pas être comme Jésus mais nous pouvons vivre de ses fruits : sagesse, intelligence, bonté, grâce, discernement, paix et prendre la résolution de demander (et de vouloir recevoir) l’Esprit Saint ; ça nous en avons le pouvoir et nous pouvons le faire toute l’année et ainsi les fruits de Noël, nous continuons à les recevoir toute l’année.

Pas besoin d’attendre uniquement le Noël suivant, pas besoin de se morfondre toute l’année en disant : ‘oh là là, c’était beau Noël, c’est fini !’. Non !

Chaque fois que je demande l’Esprit Saint avec l’intention de le recevoir, c’est Noël.

 

 Jean-Baptiste ne connaissait pas Jésus, dit-il : ‘je ne le connaissais pas’ mais il a reçu les fruits (du moins il a été témoin de la puissance) de l’Esprit Saint. Il a connu de Jésus, son rayonnement, son énergie, il en a vu sa gloire et c’est ce que nous voyons à Cana, c’est ce que les mages ont vu et c’est ce que nous voyons à la transfiguration : la gloire de Jésus c’est ce que nous vivons chaque fois que nous demandons l’Esprit Saint.

 

 

 

Mercredi 2 janvier : st Basile

1Jn 2, 22-28 : Se garder des antichrist.